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Comme promis, dans ce chapitre, la fameuse discussion Sheppard/Gibbs. Donnez-moi votre avis, il me servira pour la prochaine confrontation entre nos deux ex amants.
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Bonne lecture et à vos coms, s'il vous plait.
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Chapitre 32 : Séparation
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Le soleil se levait à peine lorsque Gibbs sortit de son sommeil. Il sentit aussitôt la chaleur bienfaisante du corps de l'italien contre lui, un bras pesait sur son torse et des cheveux lui chatouillaient le cou, Tony avait posé sa tête sur son épaule. Le jeune homme était encore endormi et lentement, Gibbs se déplaça en évitant de le réveiller pour avoir le loisir de l'admirer.
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S'emplir de la beauté de l'italien avant son départ pour avoir quelques images auxquelles se raccrocher lorsque la séparation deviendrait pesante était un motif pour le contempler. Pourtant, il devait aussi reconnaître qu'il ne parvenait que difficilement à être rassasié de la beauté de Tony, il avait changé durant cette année passée.
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L'italien avait toujours été bel homme, ses multiples conquêtes étaient unanimes à ce sujet et les regards admiratifs qu'il avait souvent attiré en étaient une preuve tangible. Mais aujourd'hui, Tony faisait plus jeune encore, sans doute parce qu'il avait perdu les quelques kilos qui alourdissaient sa silhouette du temps du NCIS.
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Sa chevelure plus longue et plus claire, tirant parfois sur le blond, sa barbe qu'il laissait parfois pousser durant quelques jours - et qui ajoutait un certain négligé - lui allaient parfaitement. Ses tenues si différentes de ses costumes italiens le moulaient encore plus et accentuaient les atouts de son corps athlétique. Un corps qui le fascinait de plus en plus et l'obligeait à redoubler de prudence pour ne pas perdre le contrôle du sien.
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Finalement, Tony émit quelques petits bruits signalant qu'il s'éveillait à son tour. A peine quelques secondes et deux prunelles jade s'ouvrirent et se posèrent sur l'ancien marine, d'abord encore embrumées de sommeil et bientôt plus vives. Puis, un sourire étira les lèvres diablement tentantes et les deux combinés illuminèrent le beau visage de son homme.
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Gibbs lui sourit en retour et se pencha pour déposer un bref baiser sur ces lèvres qui n'attendaient que ça. Tony ouvrit la bouche quémandant plus et Jet fut plus qu'heureux de le satisfaire. Il ne se lasserait pas facilement d'embrasser Tony et il songeait que de lui faire l'amour serait certainement enivrant et qu'il serait vite intoxiqué.
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Sa main se mit en mouvement presque d'elle-même et vint caresser le dos nu de bas en haut, il sentit Tony frémir et il sourit. Etre en mesure de le faire réagir ainsi simplement en glissant ses mains sur sa peau était une satisfaction personnelle et Jethro était avide de pouvoir tester la puissance de leur connexion lorsqu'ils décideraient de passer à l'étape ultime de leur relation.
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« Tu me donnes mal au crâne » souffla soudain Tony.
« Hum ! » répondit Gibbs. « Besoin de quelque chose pour te soulager ? » demanda t-il cependant.
« Non » le contredit l'italien. « Tu penses trop » dit-il comme explication.
« JE pense trop ! » s'étonna Jet.
« Hum, hum » confirma le jeune homme en hochant la tête. « Laisse les choses évoluer à leur rythme, ne brusquons rien sous peine de brûler les étapes et de tout ruiner, Jet. »
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Gibbs le regarda et ne put s'empêcher d'ouvrir de grands yeux. Comment faisait-il donc pour savoir quelles étaient ses pensées ? Tony avait un don pour lire en lui, c'était certain et le temps et la séparation ne l'avaient, semble t-il, pas altéré. Il était le second à avoir cette capacité de déchiffrer les humeurs de l'ancien marine en lui jetant un simple coup d'œil.
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Shannon l'avait percé également très rapidement, elle était fine psychologue et il lui suffisait de quelques secondes pour jauger de son humeur. Elle savait ensuite comment se comporter pour adapter son attitude en conséquence ou elle fonçait et le rappelait à l'ordre pour éviter que les choses ne s'enveniment très vite.
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A bien y penser, les similitudes entre sa défunte épouse et l'italien étaient notables. Plus il apprenait à connaître Tony en privé et plus il était évident qu'il sentait que l'harmonie qui avait présidé à sa relation avec Shannon se développait entre l'italien et lui. Et cette synergie avait cruellement manqué lors de ses trois mariages ratés et c'était sans doute ce qui l'avait conduit au désastre.
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Il était sans doute l'homme d'un seul type de relation et par voie de conséquence, d'un seul type de compagne ou compagnon dans le cas de Tony. Il fallait que la personne qui partageait sa vie possède le même type de qualités et indéniablement, les deux amours de sa vie en avaient quelques unes en commun.
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Non pas que Gibbs voulait que Tony soit une copie conforme de Shannon, ce serait nier ce qui faisait le charme de chacun. Mais pour parvenir à accepter l'ancien marine tel qu'il était et ne pas chercher à tout prix à le changer demandait d'être tolérant, patient, compréhensif pour ne citer que ces qualités. L'italien avait démontré qu'il les possédait durant les quelques années à passer à travailler à ses côtés.
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« Eh ! Je vois tourner les rouages de ton cerveau » déclara soudain Tony en faisant claquer ses doigts sous son nez. « Il est trop tôt pour torturer ainsi ton esprit. Et cesse d'analyser notre relation et de la comparer à celle que tu avais avec Shannon, elles ne peuvent être similaires. Elle était une femme et je suis un homme. La seule constante dans cette équation est toi et tu n'es plus le même homme qui a vécu avec elle. La vie que tu as eue après son décès et les épreuves que tu as traversées t'ont façonné pour donner l'homme que tu es aujourd'hui, un homme qu'elle n'a pas connu. »
« Tu es vraiment surprenant, je ne cesserai sans doute pas de le dire » nota Jet en l'embrassant à nouveau avant de se redresser. « Tu es si intuitif en ce qui me concerne et tu sais si bien me comprendre. Comment fais-tu ça, Tony ? Même Ducky qui me connait depuis des années, même Abby qui prétend me comprendre, tous deux ne sont pas aussi perceptifs à mon sujet. »
« Ah, Jet ! » l'admonesta gentiment Tony. « Tu oublies qu'ils ne t'aiment pas de la même manière que moi. Mon amour pour toi a résisté au temps et à l'éloignement, c'est dire s'il est ancré en moi si profondément qu'il est difficile à déloger. Ducky et Abby t'aiment mais leur amour est amical dans le cas de notre cher docteur et paternel dans celui de notre gothique. Le mien est aux antipodes de ça, il est plus fort, plus étroit, plus personnel, plus charnel aussi. En un mot, nos amours sont différents même s'ils s'adressent à la même personne. Donc, notre perception de toi est ne peut être semblable et je suis sans doute plus désireux de te connaître parfaitement pour être en mesure de te rendre heureux » conclut-il en rougissant.
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Gibbs n'avait pas quitté un seul instant du regard son homme tandis qu'il égrenait son explication. Et ce qu'il put lire dans les magnifiques prunelles émeraude étaient tout ce qu'il voulait : l'amour, le désir. Mais il y vit aussi une certaine appréhension, un doute. Il savait que l'italien avait des difficultés pour maintenir des relations durables et il pensait certainement que pour s'attacher Gibbs, il devrait s'appliquer à réaliser ses moindres désirs.
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« Etre avec toi, savoir que tu m'aimes, pouvoir te le dire et bientôt te le montrer, c'est tout ce que je veux, Tony » affirma t-il avec conviction. « Je veux que notre relation soit simple, puissante, harmonieuse. Je veux que nous sachions aplanir nos différends, partager nos soucis, gouter nos joies. Ensemble, nous sommes forts mais séparément, nous sommes vulnérables. Un couple uni et solidaire, c'est ce que nous serons si nous ne avons la volonté. »
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Tony sourit et secoua la tête.
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« Toi aussi, tu sais aussi être philosophe lorsque tu t'en donnes la peine » remarqua t-il.
« Quand l'enjeu est primordial pour moi, je peux parfaitement être sage et avisé » railla t-il gentiment.
« Je sais » nota simplement Tony.
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Quelques minutes de silence suivirent leur conversation avant que Tony ne se redresse en soupirant. La conversation qu'ils venaient d'avoir avait été intense et riche en émotion pour lui mais il était ravi de constater que Jet parvenait à discuter avec lui. L'ancien marine faisait l'effort de dialoguer et c'était certainement la plus remarquable preuve que leur relation lui importait beaucoup.
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« Bon, nous ferions bien de nous lever même si je désirerais plutôt passer cette dernière journée blotti dans tes bras » maugréa l'italien en quittant le lit.
« Moi de même, Tone, moi de même » confirma l'ancien marine.
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Les deux hommes occupèrent la salle de bains ensemble mais prirent leur douche séparément comme s'ils savaient que, s'ils s'enfermaient dans la cabine tous les deux, leurs ablutions s'éterniseraient au-delà du raisonnable. Une demi heure plus tard, ils sortaient de la chambre et gagnèrent la cuisine. Maria s'affairait à préparer le petit déjeuner.
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« Bonjour, Tony, bonjour, M. Gibbs » les salua t-elle amicalement.
« Bonjour, Maria » répondirent-ils en cœur avant de s'installer à table.
« Dois-je prévoir le déjeuner pour deux ? » s'enquit-elle en déposant le café et les toasts sur la table.
« Mon vol est prévu en début d'après midi » rappela Gibbs.
« Alors ce sera pour deux et si le temps le permet, nous le prendrons sur la terrasse, Maria » déclara Tony en servant le café.
« Bien. Bon appétit » dit-elle avant de laisser les deux hommes seuls.
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Ils venaient juste de terminer lorsque le portable de Gibbs sonna. Tony le vit froncer les sourcils avant de prendre la communication. Elle fut brève et lorsqu'il raccrocha, le jeune homme le vit se retenir de balancer l'appareil contre un mur.
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« C'était la base, mon vol a été avancé à ce matin » annonça t-il d'une voix où perçait la colère.
« Eh ! Ce n'est pas la fin du monde » fit doucement Tony en lui serrant la main. « Juste un fâcheux contretemps. »
« Je pensais pouvoir bénéficier de ta présence encore quelques heures » avoua l'ancien marine tristement en resserrant l'étreinte.
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Tony le regarda attentivement. Gibbs n'avait jamais laissé voir aussi aisément ses sentiments. Ces deux semaines passées ici avec lui avaient permis à son ancien patron de se relaxer totalement au point de n'être pas gêné de se dévoiler aussi facilement, du moins, devant Tony. C'était rafraichissant mais aussi un tantinet déstabilisant pour l'italien qui aurait besoin de temps pour s'habituer à ce total changement d'attitude.
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« Je vais aller faire mon sac » déclara Jet en se levant.
« Je vais prévenir Maria que je déjeunerai seul » dit Tony en lui emboitant le pas pour sortir et se diriger vers la cuisine.
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Tony sortit la voiture du garage et vint la garer devant la maison, il attendit que Gibbs le rejoigne avant de quitter le siège du conducteur et de contourner le véhicule pour s'installer sur le siège passager. Laisser Gibbs conduire la Porche était un risque mais il savait aussi qu'il en apprécierait le geste.
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Gibbs sortit enfin de la maison et stoppa net lorsqu'il vit Tony l'attendant sur le siège passager. Il fit les quelques pas qui le séparaient du véhicule, ouvrit le coffre pour déposer son sac avant de s'avancer vers la place du conducteur. Il ouvrit la portière et s'inclina pour être en mesure de voir Tony. Ce dernier lui sourit et tapota le siège libre pour l'inciter à s'asseoir.
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« Tu es sûr ? » s'enquit-il en prenant place derrière le volant.
« Sûr et certain mais n'oublie pas que j'ai besoin d'elle pour rentrer » rappela t-il en souriant.
« Ok, je vais la ménager pour qu'elle soit en mesure de te ramener ici » déclara Jet en démarrant. « Je te remercie de me laisser la conduire, Tone, j'apprécie vraiment. »
« Ton plaisir est mon plaisir, Jet » souligna simplement l'italien en posant sa main sur la cuisse de l'ancien marine et en la serrant quelques secondes.
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Pour montrer sa joie, Jet se pencha et captura la bouche de Tony pour un baiser intense. Le jeune homme apprécia le geste et se félicita de sa décision mais tout en espérant que la belle mécanique ne souffrirait pas de passer entre les mains de l'ancien marine.
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A la surprise de Tony, Gibbs conduisit à vitesse raisonnable et sans brusquerie comme s'il voulait vraiment rassurer son ami. La distance était courte jusqu'à la base, trop pour pleinement prolonger le plaisir de la conduite mais l'ancien marine était ravi. C'était une preuve que Tony lui faisait confiance et se rappelant la farouche jalousie qu'il montrait par le passé envers quiconque voulait conduire sa voiture, Gibbs savait que c'était un grand pas en avant dans la bonne direction pour consolider leur relation.
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Gibbs se gara délicatement, se tourna vers Tony et lui sourit. Un sourire teinté de tristesse.
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« Je vais y aller seul » l'avertit Jethro. « Je ne serais pas capable de monter dans cet avion si tu m'accompagnes. »
« Comme tu veux, Jet » répondit Tony.
« J'ai apprécié ces quelques semaines, Tony, plus que je ne saurais dire. Il me tarde de revenir, de pouvoir passer du temps avec toi, de travailler à nouveau ensemble et surtout de dormir à tes côtés » commença Gibbs. « Je crois que je serais de retour ici rapidement, tu vas me manquer bien plus que lors de ton départ il y a un an. J'ignore si je pourrais résister à l'envie de venir ici un week-end de temps en temps. »
« Comme je l'ai dit, la maison est ouverte » lui rappela Tony. « Tu viens quand tu veux. Rentre bien et surtout, ne laisse pas la 'Reine Mère' te dicter ta conduite » conseilla t-il.
« N'aie crainte, je ne laisserai pas Jenny se rapprocher de moi, elle a eu sa chance et elle a préféré privilégier sa carrière. C'était son choix, qu'elle l'assume maintenant. »
« Bon retour » dit Tony.
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Il se pencha, embrassa longuement Jet, du moins jusqu'à ce que le souffle leur manque. Il pressa l'homme entre ses bras durant quelques minutes avant de le laisser aller. Finalement, Gibbs ouvrit la porte, sortit et stoppa quelques secondes avant de retirer son sac du coffre et de se diriger résolument vers la piste d'envol où son avion venait de se positionner. A aucun moment, il ne se retourna sachant parfaitement qu'il risquait de faire demi tour et de repartir avec Tony.
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Il monta dans l'appareil et s'installa. Il sentit sa gorge se serrer et les larmes menacer de couler et il dut faire un effort considérable pour l'éviter. Il aurait tout le temps de s'épancher une fois chez lui, loin des regards. Il prit une profonde inspiration et s'efforça de se détendre. Le vol serait court et bien vite, il serait de retour dans sa maison.
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Les quelques soldats qui faisaient le voyage le saluèrent avant de prendre place avant que les portes ne soient verrouillés. Puis l'avion commença à rouler sur la piste avant de s'élancer. Voilà, il était parti et déjà, il se sentait seul, plus seul qu'il ne l'avait jamais été. Il ignorait s'il serait capable de faire face à la solitude qui l'attendait, au silence qui régnerait, au froid de son lit solitaire.
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Le pilote annonça bientôt l'arrivée. L'avion se posa délicatement sur le tarmac de l'aéroport et il laissa les militaires descendre avant de le suivre. Il respira un bon coup puis s'en fut en quête d'un taxi pour le ramener chez lui. Il fut surpris d'entendre son nom et se retournant, il vit Abby lui faire de grands signes. Il s'empressa de la rejoindre et de lui faire la bise.
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« Tony a appelé, il m'a demandé de venir te chercher » lui apprit-elle devant sa surprise.
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Gibbs bénit intérieurement son homme, il pensait à des détails qui échapperaient à d'autres. Prévoir un chauffeur aurait sans aucun doute été le dernier souci de McGee, son agent n'avait pas toujours le sens pratique de Tony. Un taxi aurait été la réponse à leur besoin d'un transport.
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Abby babilla joyeusement durant le trajet et posa quelques questions sur ses vacances, il y répondit volontiers et invita la jeune femme à entrer avec lui. Elle avait pris soin de faire quelques courses pour son retour et s'était chargée de faire nettoyer la maison. Il insista pour qu'elle déjeune avec lui, il passa commande au restaurant italien que Tony aimait fréquenter avant son départ.
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Tous deux passèrent les quelques heures suivantes à parler de leur incroyable rencontre avec Tony, de leurs conversations respectives avec l'italien, surtout Abby car Gibbs resta évasif sur la sienne. Puis Abby se chargea d'installer l'ordinateur que Tony lui avait demandé de prévoir pour l'ancien marine.
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Ensuite, elle s'employa à lui apprendre l'utilisation d'un e-mail personnel qu'elle configura avec l'adresse mail personnelle de Tony. Puis, patiemment, elle l'initia à l'usage du logiciel de conversation skype qui lui permettrait de communiquer avec l'italien. Gibbs se montra un élève attentif et sérieux qui n'hésita pas à poser des questions. Lorsqu'il comprit le fonctionnement, Abby brancha son propre ordinateur et Gibbs s'exerça avec elle au fonctionnement du logiciel et de l'e-mail.
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Enfin, elle lui apprit à se servir un peu mieux de son téléphone portable, taper et envoyer des SMS, lire un message. Elle programma une touche spécifique sur l'appareil pour accéder simplement et rapidement à la fonction. Elle le regarda batailler un peu avant qu'il ne comprenne et réussisse son premier envoi. Gibbs était enchanté d'avoir vaincu son aversion pour la technologie et remercia la gothique pour la formation.
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Elle le félicita chaleureusement, remballa son matériel, prit ses affaires, le remercia et s'en fut.
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Le week-end passa vite, il envoya un message à Tony, fier de lui démontrer qu'il avait tenu sa promesse. Il ne s'aventura pas à essayer de communiquer par Internet juste maintenant, il voulait d'abord maitriser l'engin plus complètement pour être à l'aise lors de leurs conversations privées sans avoir recours à la gothique pour le dépanner en cas de problème.
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Il fit un peu de ménage, sortit faire quelques courses complémentaires à celles qu'Abby avait eu la gentillesse de prévoir, passa quelques heures à travailler dans le sous-sol sur de menus travaux de menuiserie. Si Tony revenait, il serait étonné de constater que le bateau avait disparu et avait laissé la place à un plan de travail qui trônait au milieu de l'espace et qui lui permettait une plus large liberté de mouvement.
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Dimanche soir vint rapidement et il se prépara mentalement à reprendre le travail mais surtout à la confrontation que Jenny voudrait avoir, il en était certain. Elle n'allait pas laisser les choses en l'état, ça aussi, il en était sûr. Elle allait vouloir affirmer son autorité, tant en tant que directrice du NCIS qu'en tant que supérieur de l'Agent Gibbs. Elle voudrait marquer de son empreinte son passage dans l'agence fédérale avant de voler vers une plus haute destinée, c'était son ambition.
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Il se coucha après un dernier appel avec Tony qui dura relativement peu de temps comparé à ce qu'il aurait voulu mais le jeune homme avait un rendez-vous matinal avec le personnel de l'hôtel pour une traditionnelle séance de travail et d'échanges que l'italien avait instauré. Il soupira puis finalement sourit à la pensée que Tony était désormais un chef d'entreprise mais que son expérience de flic servait encore à l'occasion d'après les dires du Détective Stewart.
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Il regrettait maintenant de n'avoir pas pris quelques heures pour discuter avec le policier, il semblait avoir remporté l'adhésion de Tony. Et si l'attitude d'Abby était un signe, elle avait également apprécié la compagnie non seulement des techniciens du laboratoire scientifique mais celle du jeune détective aussi. Sans doute resteraient-ils en contact si les quelques propos de la jeune femme à son sujet étaient un indice.
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Il passa une nuit relativement bonne, plus d'heures de sommeil qu'il n'aurait pensé avoir et s'éveilla, frais et dispo. Il prit sa douche tandis que dans la cuisine, la cafetière s'était mise en route automatiquement. Il remerciait souvent le ciel que Tony lui ait fait ce cadeau de Noel quelques années plus tôt même si, sur le moment, il avait été furieux. L'italien connaissait alors son aversion pour tous ses gadgets mais après quelques semaines, il ne pouvait plus s'en passer.
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Il sortit de la douche, se sécha, se rasa et s'habilla tandis que ses pensées étaient à mille lieues de la capitale. Il savait que les premiers jours seraient difficiles, se réhabituer à être seul, à partir travailler sans son homme près de lui, à supporter les reproches muets de ses subordonnés. Il fallait pourtant bien affronter l'inévitable, le temps pour lui de décider de son futur et de la meilleure façon de concilier son travail et sa vie privée avec l'italien.
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La distance n'aiderait pas à faciliter les choses mais avec la possibilité de se déplacer rapidement grâce à l'avion que Tony ne manquerait pas de mettre à se disposition s'il en avait l'envie et l'occasion, les déplacements seraient largement facilités. Avoir un amant riche était un avantage pour certaines choses telles que celles-là. Il n'était pas matérialiste comme le prouvait le fait de laisser sa porte ouverte mais parfois, ca avait du bon d'avoir de l'argent.
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Il descendit, gagna la cuisine, se servit une tasse de café qu'il savoura avant de se préparer quelques toasts en guise de petit-déjeuner. Il regrettait déjà ceux que Tony ou Maria préparaient le matin. Il s'installa à table pour lire le journal qu'il venait de récupérer sur le porche, avala son café, mangea ses tartines et se prépara mentalement pour l'affrontement.
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Finalement, il rangea la vaisselle et se dirigea vers le garage, il sortit la voiture, referma la porte puis se décida bien malgré lui à partir pour le bureau. Il fulmina contre les conducteurs mais, pour une fois, ne dépassa pas la vitesse limite autorisée. Pour la première fois de sa vie, il allait au travail de mauvais gré. Il s'arrêta en chemin pour un café qu'il savait qu'il aurait bien besoin.
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Huit heures sonnaient à un clocher au loin lorsqu'il franchit les grilles du NCIS et qu'il gara sa voiture. Il descendit, ferma la portière et se dirigea vers l'entrée tentant de paraître aussi décontracté que possible. Pourtant, ses intestins faisaient des nœuds et il en était perturbé. Puis, il prit une profonde inspiration, puis une autre, encore une autre et parvint à se calmer. Il fit le vide dans son esprit et sortit calmement de l'ascenseur.
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Il atteignait son bureau lorsque le téléphone sonna et que Cynthia lui indiqua que la directrice l'attendait 'de pied ferme'. Il ferma brièvement les yeux, songea à Tony quelques secondes et se décida à gravir l'escalier. Cynthia le salua amicalement et lui dédia un sourire d'encouragement avant de l'inviter à entrer dans le bureau directorial.
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Il ouvrit la porte et franchit le seuil, referma le battant et s'avança vers le bureau où il resta debout. Jenny l'ignora durant plusieurs minutes faisant mine d'être occupé à lire un dossier. Comprenant enfin qu'elle ne pouvait délibérément retarder l'inévitable, elle leva la tête et scruta son agent et ancien amant. Elle remarqua aussitôt les traits reposés et le bronzage plus accentué qui rajeunissait l'homme.
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Elle se crispa et serra les mâchoires, l'homme était divinement attirant et elle savait presque d'instinct qu'elle ne pourrait retrouver les liens passés. Elle avait fait un choix des années auparavant et avait tenté le tout pour le tout en devenant la première femme directrice d'une agence fédérale. Cependant, elle avait dû sacrifier une part importante de sa vie, son amour pour un marine borné et têtu au possible. Un choix qui lui paraissait désormais bien regrettable.
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« Agent Gibbs » le salua t-elle froidement. « Comme c'est aimable à vous de reprendre enfin le travail. »
« Cessez ce jeu ridicule, Madame » lui répondit-il tout aussi froidement mais calmement. « Vous savez pertinemment que j'avais des jours de congé à solder, ce que j'ai fait et vous ai expliqué mes raisons d'avoir procédé comme je l'ai fait. Maintenant, si vous désirez engager une bataille, je préfère vous avertir tout de suite que je quitte le bureau sur le champ. »
« Je persiste à dire que la méthode a de quoi surprendre de votre part, Agent Gibbs. Depuis ma nomination à la tête de cette agence, il fallait pratiquement vous forcer à prendre quelques jours de repos et soudain, vous imposez vos dates alors même que vous êtes absent du bureau » rappela t-elle. « Il aurait été plus correct de m'en informer au préalable, je suis encore celle qui peut vous autoriser une absence ou vous la refuser si je juge que votre présence est indispensable. Et qu'en est-il de votre sacro sainte règle n°3 : 'Ne jamais être injoignable' ? Pas moyen de pouvoir vous joindre durant près de deux semaines n'est pas acceptable » scanda t-elle furieusement. « Il va sans dire que tout ceci aura des répercutions, je ne saurais tolérer pareille attitude de la part d'un subordonné, aussi bon agent soit-il. »
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Elle attendit quelques instants pour voir la réaction de l'ancien marine mais ce dernier écouta la tirade sans paraître vraiment concerné par ses propos. Avait-elle déjà perdu l'homme ? Devait-il malgré tout tenter de le retenir ? Elle décida de poursuivre ses reproches, juste histoire de lui enfoncer le clou un peu plus et voir où cela mènerait.
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« Parlons de votre décision de laisser l'Agent McGee en charge de votre enquête » enchaîna t-elle. « Vous ne pouvez laisser ainsi un agent sous-expérimenté diriger une enquête, encore plus lorsqu'elle se déroule dans ces circonstances. »
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Gibbs la regarda un instant avant de se décider à réagir.
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« Quelles circonstances ? » bougonna t-il. « McGee est à ce poste depuis un an, il serait temps qu'il en assume les fonctions et qu'il cesse d'avoir peur de se mesurer à d'autres employés. »
« J'imagine que cette dernière remarque fait référence à Ziva » supputa t-elle. « Si McGee n'est pas capable de lui tenir tête, je pense que vous avez choisi la mauvaise personne pour devenir votre second. »
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Gibbs comprit sans mal qu'elle parlait de l'israélienne, elle aurait aimé qu'elle soit promis bras droit de l'ancien marine en lieu et place de l'informaticien, c'était clair. Et il allait lui démontrer séance tenante qu'il l'avait percé à jour.
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« Vous auriez aimé que votre protégée occupe ce poste, n'est ce pas, Madame ? » déclara t-il avec aplomb. « Vous oubliez un certain nombre d'éléments qui contredisent ce choix. Tout d'abord, Miss David n'en a pas les compétences professionnelles, elle n'est même pas une investigatrice confirmée. Ensuite, elle n'est qu'un agent de liaison venue d'une autre agence, étrangère de surcroit, pour qui vous avez crée ce poste de toute pièce. Enfin, elle ne possède pas la bonne nationalité pour devenir un agent fédéral. Et pour terminer, elle ne peut être autorisé à accéder à certaines informations classées confidentielles. »
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Il la laissa digérer ces précisions et la vit crisper les mâchoires de colère. Elle savait qu'elle était dans son tort mais elle persistait quand même à défendre la jeune femme.
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« Elle a tué son frère pour vous sauver la vie, est ce que ce geste cruel ne compte pas pour vous, Agent Gibbs ? » cracha t-elle.
« Obéir à un ordre paternel pour obtenir ma confiance n'est pas ce que je considère comme un geste cruel » la contredit-il. « Pensez-vous donc que je ne soupçonnerais rien parce que je n'ai rien dit ? Sa soudaine intégration dans l'équipe qui venait de perdre un agent apprécié par la faute de son frère devait forcément cacher quelque chose.3
« Vous déraisonnez, Agent Gibbs » tenta t-elle de se défendre. « Vous me prêtez des intentions absurdes et je vous prierais de cesser vos calomnies. »
« Niez tant que vous voulez, je sais à quoi m'en tenir » objecta Gibbs toujours aussi calme, ce qui le surprenait. « Je sais combien vous exceller dans le jeu douteux de la politique, Madame et votre décision a un sens caché que je finirais bien par percé à jour, n'en doutez pas. Tout comme vos manigances pour obliger DiNozzo père et fils à tomber dans vos filets sont désormais caduques, celles que vous tenterez avec moi n'ont aucune chance d'aboutir. Et il est inutile de contester vos intentions, je sais pertinemment que vous cherchez à renouer nos liens passés mais vous perdrez votre temps et votre énergie. Vous avez parfaitement exprimé votre refus de vivre avec moi il y a des années préférant consacrer votre temps à consolider vos relations personnelles afin de les exploiter professionnellement. »
« Cessez immédiatement ces accusations ridicules, Agent Gibbs ou je me verrais contrainte de prendre les mesures adéquates » le coupa t-elle furieuse.
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Elle perdait pied en découvrant que l'ancien marine connaissait certaines choses qu'elle préférerait définitivement garder dans l'ombre. Sa façade se fendillait à chaque parole accusatrice et à chaque secret mis à jour. Comment tout ceci pouvait être possible ? Qui était sa source d'informations ? Elle devait le savoir.
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« Vous pourriez faire face à une enquête des Affaires Internes » le menaça t-elle. « Vous seriez alors contraint de dévoiler votre source d'informations et la voir affronter une accusation de diffamation. »
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Gibbs la regarda quelques secondes avant d'éclater de rire, la laissant perplexe.
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« Bien essayé, Madame, une de mes propres tactiques contre moi » admit-il. « Faites donc ce que vous jugez nécessaire mais sachez bien une chose, Madame la Directrice. Je ne suis pas sans munitions et si vous voulez la guerre, soyez vous-même prête à en affronter également les conséquences. Je suis dans le métier depuis plus longtemps que vous et sans avoir vos relations, les miennes ne sont pas négligeables pour autant. »
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Elle se cala dans son fauteuil en soupirant. Tout ça ne mènerait à rien et Gibbs avait raison, elle pouvait perdre plus qu'elle ne gagnerait, elle le savait. Et si elle en jugeait par l'attitude de son agent, il n'était nullement effrayé par ses menaces voilées. Au contraire, il pouvait briser sa carrière en un clin d'œil.
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« Très bien » capitula t-elle à regret. « Laissons ceci de côté. Je voudrais revenir sur votre enquête à Dallas. Ziva m'a appris que vous aviez croisé le chemin de DiNozzo. J'imagine que les retrouvailles se sont bien passées puisque vous avez passé votre temps avec lui. Je désapprouve que vous ayez accepté l'hospitalité d'un suspect aussi facilement. »
« L'officier David a craché son venin, n'est ce pas ? » la contra Gibbs. « Se voir confronter à la personne qui concrétisait ses rêves et qui les lui avait renvoyés à la figure brisant ainsi ses espoirs de devenir une personnalité respectée et s'affranchir de l'autorité paternelle oppressante et s'apercevoir que ses charmes n'opéraient pas a dû être un camouflet pénible à accepter pour elle. Cependant, elle n'a que ce qu'elle mérite, elle a toujours sous-estimé DiNozzo mais elle était prête à se lier à lui pour bénéficier de la richesse paternelle et dominer Tony pour le manipuler aisément. Elle a vraiment mal jugé l'homme qu'elle voulait asservir, elle le pensait faible et à l'écoute de ses pulsions sexuelles et elle découvre qu'il est plus vicieux qu'elle ne le croyait capable. Dure retour à la réalité, n'est ce pas ? » ironisa t-il « Et pour terminer, Tony n'a jamais été un suspect dans cette affaire, tout au plus une source d'information. »
« Et depuis quand le NCIS autorise une 'source d'information' à procéder à l'interrogatoire d'un suspect ? Du point de vue légal, ceci est en violation parfaite de nos procédures. Le témoignage de votre assassin peut être contesté par le tribunal. Pourquoi avoir autorisé un civil, fut-il un ancien agent fédéral, à faire votre travail ? Ce n'est pas dans vos habitudes, Agent Gibbs. »
« Sans doute parce que DiNozzo n'interrogeait pas notre suspect mais avait une conversation anodine avec lui. Si notre meurtrier s'est retrouvé piégé et a confessé son crime et que tout ceci a été enregistré, ca reste une confession qui sera validée devant un tribunal. Parce que tout ceci s'est déroulé tandis que plusieurs policiers et agents fédéraux y assistaient et que tous seront des témoins impartiaux de la régularité des aveux de Prescott. »
« Il n'en demeure pas moins vrai que cette procédure ne doit pas se reproduire ou je vous ferai bannir des salles d'interrogatoire et laisserai Ziva prendre votre place. »
« Si vous tenez à obtenir des aveux de manière encore moins légale, libre à vous, Madame » nota tranquillement Gibbs. « David n'est pas connue pour respecter les procédures légales, elle ne respecte pas la chaine de commandement et préfère forcer les serrures que d'attendre un mandat. Mais si pour vous, ces méthodes sont parfaitement normales, libre à vous. »
« Pourquoi cherches-tu à dénigrer systématiquement Ziva, Gibbs ? » demanda t-elle finalement en revenant au tutoiement.
« Sans doute parce que je n'ai jamais apprécié d'avoir été berné et utilisé pour permettre à une taupe de venir travailler ici sous mon nez et de laisser faire » railla t-il. « J'aurai dû écouter mon instinct et y mettre le holà bien plus tôt. Je vous avertis que je vais tenir votre protégée à l'œil et qu'au moindre faux pas, à la moindre petite erreur, elle peut refaire ses bagages et retourner dans le giron paternel. »
« C'est bien présomptueux de votre part de songer que je vous laisserais faire, Agent Gibbs » ricana t-elle pour le remettre à sa place. « Je dirige cette agence, dois-je vous le rappeler et qui fait partie du personnel reste de mon ressort. »
« Et qui fait partie de mon équipe est du mien » rappela Gibbs. « Si vous en doutez, relisez donc les stipulations qui régissent l'équipe première de l'agence, vous les trouverez édifiantes même si j'ai rarement exercer les privilèges qui s'y rattachent. Je pourrais cependant faire exception dans le cas de David. »
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Il la vit froncer les sourcils et sourit intérieurement. La laisser spéculer pour le moment était un bon moyen de la brider, ne serait ce que quelques heures.
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« Je crois qu'il est temps que je reprenne véritablement le travail » déclara t-il. « La discussion a été instructive mais elle se termine ici » conclut-il d'un ton ferme avant de se diriger vers la porte qu'il franchit sans se retourner.
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Sheppard le regarda sortir et décida de surveiller de près l'équipe. Elle allait devoir brider Gibbs et surtout recadrer l'ancien marine. Et pour ce faire, attribuer elle-même les enquêtes qui seraient dévolues à son équipe première en privilégiant celles qui les occuperaient plusieurs jours loin de la capitale permettraient de limiter les contacts que son ancien amant pourrait avoir ainsi avec DiNozzo.
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Elle pressentait que l'ancien agent pourrait être une épine douloureuse qu'il serait difficile de déloger. L'homme avait été trop bien sous-estimé par elle et par Ziva, le Mossad n'avait pas creusé suffisamment dans le passé de l'italien. Quelque chose leur avait échappé qui avait une importance capitale aux yeux de l'ex fédéral. Sans doute une information susceptible de lui servir pour exercer un chantage futur, elle ne voyait que ça.
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Dans la mesure où c'était une méthode qu'elle avait déjà elle-même employé pour circonvenir DiNozzo et l'obliger à exécuter certaines missions pour elle, il était certain que d'autre pouvaient aussi l'utiliser. Restait à savoir quelles informations l'italien étaient susceptibles de détenir à son sujet. Comment les avait-il obtenues ? Qui était sa source ? Tant de questions sans réponses pour le moment et qu'il faudrait trouver.
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Voilà, la discussion a été polie et contrôlée mais est-elle pour autant close définitivement ?
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Gibbs laissera t-il la directrice le manipuler ? A voir… au prochain chapitre ou au suivant.
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A bientôt
