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Voici enfin le chapitre suivant plus tôt que prévu même si pour vous, lecteurs, c'est toujours trop tard. Mais ainsi va la vie, elle nous entraîne parfois dans une autre voie que celle que l'on avait prévu.
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Bonne lecture
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Chapitre 33 : Argumentation
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Durant les quelques jours qui suivirent le retour de Gibbs, Shepard surveilla de près ses agents et en particulier l'ancien marine mais ne put deviner rien de précis de son attitude. Il était toujours aussi bougon mais secouait plus souvent McGee que durant les mois précédents. Les remarques sur son travail étaient désormais plus nombreuses et plus virulentes.
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Les références au poste occupé précédemment par un autre agent étaient aussi visiblement faites pour émoustiller l'informaticien et lui donner un coup de fouet. Pourtant, McGee semblait plutôt se renfermer sur lui-même que de s'affirmer, sans doute parce que Ziva le raillait autant qu'elle l'avait fait avec son ancien partenaire.
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Alors afin de maitriser pleinement l'activité de l'équipe de Gibbs et contrôler son agent, la directrice décida de s'impliquer plus personnellement dans l'attribution de leurs enquêtes. Ainsi, elle choisit les affaires qui étaient dévolues à son équipe première. Elle parvint donc à circonvenir le standard et à rediriger les appels vers le bureau de sa secrétaire. Cynthia haussa un sourcil en écoutant sa supérieure lui annoncer les nouvelle directives.
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C'est ainsi que durant les premières semaines après leur escapade à Dallas, Gibbs et son équipe se retrouvèrent plus souvent en partance pour tel ou tel coin du pays et même à l'étranger plutôt que sur Washington. Si David ne s'en plaignait pas car elle était éloignée ainsi de l'atmosphère pesante du bureau, McGee n'appréciait pas trop tous ses déplacements.
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Gibbs, pour sa part, avait compris le manège de la directrice et s'en accommodait. Il avait appris qu'il valait mieux lui faire croire qu'elle avait gagné un round que de l'affronter tout de go. De plus, les leçons d'Abby lui permettaient de communiquer avec Tony, que ce soit en lui envoyant de petits messages ou en discutant directement avec lui via Internet.
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Il avait désormais dans ses bagages un petit gadget qui aurait surpris McGee s'il l'avait découvert. Et il devait encore en remercier Tony qui avait laissé aux bons soins de la gothique un petit paquet qui devait lui être remis si l'usage devenait nécessaire. C'est ainsi que l'ancien marine, réfractaire à toute nouvelle technologie, se baladait avec une tablette dernier cri qui, doté du logiciel de conversation, l'autorisait à parler avec l'italien tout en pouvant l'admirer.
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Il avait tout d'abord été réticent à utiliser ce nouvel outil mais à force de devoir ajourner ses appels téléphoniques dus au décalage horaire, il avait fini par capituler et décider que de faire une incursion dans le monde moderne n'était pas aussi contraignant que ça. Surtout, si ces nouveaux jouets lui donnaient la possibilité de voir et entendre son homme au même moment.
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Deviner l'humeur de l'italien à travers un combiné téléphonique n'était pas le même que de voir l'expression sur son visage. Et Gibbs était vite devenu accro à son gadget, à sa très grande surprise d'ailleurs. Il ne concevait plus de se déplacer sans sa tablette qui lui offrait la chance de rester en contact avec son compagnon comme s'il était près. Il avait ainsi l'impression d'être proche de lui et de bannir en quelque sorte la distance qui les séparait de par la volonté de la directrice.
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Ducky et Abby soupçonnaient que la directrice avait un motif caché derrière ses étranges pérégrinations de leurs amis et en avaient discuté un soir tandis qu'ils dinaient ensemble.
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« Ducky, tu ne trouves pas que depuis que Bossman est rentré de Dallas, son équipe voyage bien plus qu'avant » demanda t-elle pour être certaine de ne pas être dans l'erreur.
« En effet, ma chère, je trouve qu'ils sont plus souvent hors de la capitale que durant les années précédentes » convint le légiste.
« A ton avis, est ce dû à la nature des enquêtes ou y a-t-il autre chose là-dessous ? » s'enquit la jeune femme.
« J'y ai réfléchi et j'ai également observé, Abigail » remarqua Ducky. « Savais-tu que Jethro et la directrice avaient eu une aventure il y a quelques années durant une opération sous couverture qui les a menés de Russie en France? »
« Oh ! J'ignorais. Mais ca pourrait expliquer certaines choses » spécula la laborantine.
« Oui » admit le médecin. « Le fait qu'elle tente désespérément de renouer sa relation avec Jethro et qu'elle a dû mal prendre le fait que Tony et lui se soient revus. Elle a souvent considéré que leur relation avait un sens caché sans parvenir à le comprendre vraiment. Pour elle, Anthony était un obstacle à la reprise de son idylle avec son ancien amoureux. »
« Comment peut-elle espérer que Bossman revienne vers elle, c'est elle qui l'a laissé tombé après tout ? » s'étonna la jeune femme. « Et elle devrait savoir que notre Renard Argenté n'est pas du genre à reprendre une aventure qui, pour lui, s'est soldé par une séparation il y a bien des années. »
« Elle doit penser que le fait que Jethro soit désormais libre et sans véritable relation serait à son avantage » spécula l'écossais.
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Abby le regarda pensivement durant quelques minutes tout en se mordillant la lèvre inférieure. Elle était indécise quant à la question qu'elle voulait poser, elle ignorait si Ducky avait remarqué quelque chose ou ne faisait que soupçonner. Le vieil homme lui tendit une perche qu'elle s'empressa de saisir.
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« Abigail, ma chère, tu sembles être la proie d'un dilemme ? » remarqua t-il tranquillement avant de siroter son thé qu'il avait préféré à du vin.
« Je me demandais si tu… avais remarqué… Bossman et Tony… » commença t-elle sans parvenir à formuler sa pensée.
« Que cherches-tu à me dire, ma chère ? » s'enquit-il en haussant les sourcils. « Ou devrais-je dire que cherches-tu à savoir ? Si Jethro et Tony pourraient enfin laisser parler leur cœur et devenir plus que des amis ? »
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A la surprise qui se peignit sur le visage de la gothique, il rit légèrement.
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« Oh, Abigail ! » s'exclama t-il. « Je suis peut être le plus âgé d'entre nous mais je ne suis pas encore totalement sénile. Et je suis un bon observateur. Tony a confirmé avoir une relation avec ce charmant jeune homme, Cole tout en précisant que c'était plus par commodité qu'autre chose, la réunion de deux solitudes. Et Anthony et Jethro ont toujours eu une complicité particulière, elle a été quasi instantanée dès l'instant où nos deux hommes se sont rencontrés. Se comprendre d'un simple regard ou d'un geste n'est pas à la portée de n'importe qui et requiert certaines qualités qui, dans le cas de Tony, demandent de faire totalement confiance à l'autre et dans le cas de Jethro, de laisser l'autre le voir tel qu'il est. »
« Tu sembles avoir observé ces deux là sérieusement, Duckyman ! » réalisa Abby. « C'est vrai qu'ils sont en osmose, qu'ils se connaissent bien mieux que certains couples et c'est ce qui est vraiment étonnant, ils ne sont pas connus pour être expansifs et savoir exprimés leurs sentiments. »
« Sans doute parce qu'en un certain sens, ils se ressemblent qu'ils sont capables de se comprendre » spécula Ducky. « Jethro et Tony partagent certaines expériences, certaines similaires et d'autres différentes, leur vision sur certains sujets est également identique. En un mot, ils se ressemblent et sont pourtant distincts. »
« Hum, c'est sans doute en effet ce qui fait que leur relation a toujours eu ce côté si intime même lorsqu'ils n'étaient que des collègues » musarda la gothique. « Une certaine alchimie qui finalement peut aboutir à quelque chose de plus 'fusionnel', n'est ce pas ? »
« Observons et prions pour qu'il en soit ainsi, ma chère amie » déclara le légiste. « Et surtout espérons que la distance, le temps et certaines personnes ne viendront pas brouiller les cartes. »
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Abby opina et soupira lourdement tandis qu'elle terminait son repas. Elle espérait ardemment que ses deux hommes pourraient enfin trouver le bonheur ensemble. La foi et la confiance que Ducky avait à ce sujet étaient sans doute admirables mais pour l'heure, encore incertaines.
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Ducky avait noté la lueur de doute dans les yeux de sa jeune amie et il lui tapota la main pour lui insuffler un peu de sa propre confiance. Il savait que ses deux amis auraient besoin de soutien et certainement très rapidement si la directrice décidait de mettre des bâtons dans les roues de leur relation. Sheppard semblait décidée à la briser simplement parce qu'elle ne pouvait admettre que l'italien puisse avoir ce qu'elle-même ne pourrait pas avoir.
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La jalousie lui ferait commettre des erreurs et il espérait qu'elle ne serait pas à l'origine d'une catastrophe.
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Abby et Ducky n'étaient pas les seuls à spéculer sur l'attitude de la directrice. Tony avait été ravi de constater que ses discussions avec Jethro avaient porté leurs fruits. L'ancien marine avait fait l'effort de prendre en considération la demande de l'italien et avait donc décidé, de son plein gré, d'entrer dans un mode de communication qu'il avait toujours tenté de renier.
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Abby lui avait appris que, dès son retour, Gibbs l'avait appelé et l'avait prié de lui expliquer le mode d'emploi de sa messagerie téléphonique puis ensuite de l'usage du logiciel de communication informatique. Il s'était révélé un élève attentif, impatient parfois mais studieux. Quelques leçons avaient suffi pour le familiariser avec les outils modernes qu'il arborait auparavant.
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Gibbs et Abby avaient d'abord communiqué ensemble avant que Jethro ne se décide à contacter son homme via les SMS. Quand Abby lui avait finalement offert la tablette et montré son fonctionnement, il avait été réticent mais lorsqu'elle lui avait montré les possibilités de communication interactive, il avait été scotché, curieux et pour finir presque enthousiasmé à l'idée de voir et entendre Tony en même temps. L'analogie avec l'utilisation du MTAC avait grandement facilité la compréhension du système aux yeux de l'ancien marine.
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Au cours de leurs premiers rendez-vous épisodiques, Tony avait senti que son ancien patron éludait certains sujets. Finalement, un soir, l'italien choisit de le confronter pour obtenir des réponses claires et nettes et cesser toutes les suppositions possibles. Ducky et Abby lui avaient donné quelques infos mais ne connaissaient pas les raisons de la directrice d'agir comme elle le faisait.
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Tony venait de terminer son diner et méditait sur la manière de s'y prendre. Il savait que l'équipe était sur une enquête mais ne connaissait pas les détails précis, Ducky étant resté à Washington. Il avait envoyé un message à Gibbs lui demandant de le joindre via Internet le soir même s'il en avait la possibilité.
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Il s'installa au salon et disposa son ordinateur portable sur la table basse, prêt à servir si Gibbs l'appelait. Il choisit de regarder un film, ce qui lui permettrait de patienter en attendant l'appel. Ce fut finalement vers 22.00 que l'ancien marine le contacta. Aussitôt que la fenêtre de conversation fit son apparition sur l'écran de l'ordinateur, Tony stoppa le film et se concentra sur l'image qui venait d'envahir le portable.
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Il prit quelques secondes pour détailler le visage fatigué de l'ancien marine et il eut bien du mal à ne pas réagir en maudissant Sheppard. Il décida de pousser Gibbs à expliquer ce qui se passait.
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« Eh, salut, Jet » dit Tony en lui souriant.
« Salut, Tone » répondit Gibbs d'une voix lasse en lui rendant son sourire qui ressemblait plus à une grimace crispée. « Ca fait du bien de voir un visage amical » indiqua t-il.
« Désolé, je ne voulais pas t'empêcher de… » commença Tony avant d'être interrompu.
« Tone, tu n'as aucune raison de t'excuser » le contredit Gibbs. « C'est vraiment un plaisir de te voir et t'entendre même si j'avoue que la fatigue commence à peser. Les incessants déplacements deviennent lourds à gérer. »
« Jet, je pensais que l'activité de l'équipe se concentrait pour la plus grande part à Washington et ses environs ? » spécula Tony.
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Gibbs soutint le regard de l'italien et finalement, poussa un lourd soupir. Il se passa les mains sur le visage, le cou avant de poser ses coudes sur la table et de caler sa tête dans ses mains.
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« Je sais que tu dois te poser un tas de questions sur ce qui se passe ici » se lança t-il. « Abby et Ducky ont dû te rapporter quelques détails, j'imagine. »
« Ils ont tenté de me rassurer mais à voir ta tête, je dirais que tout n'est pas rose, hum » déclara Tony aussi calmement qu'il put. « Jet, que veut-elle prouver ? Qu'elle a le contrôle de ton équipe ? Qu'elle a le droit de t'utiliser comme bon lui semble ? Désire t-elle à ce point montrer qu'elle détient les cartes du pouvoir ? Réalise t-elle que la fatigue accumulée peut vous envoyer vers une mort possible ? Votre capacité à anticiper et vos réflexes sont diminués en cas de fatigue extrême. »
« Elle est furieuse de me voir lui échapper et nos retrouvailles l'ont déstabilisée pour le moins » nota Gibbs. « Elle pense que le fait de nous envoyer aux quatre coins du pays et même à l'étranger va entraîner un relâchement de nos liens. »
« Sheppard use et abuse de son autorité, elle n'est pas sensée mettre la vie de ses agents en danger de cette manière, Jet » gronda Tony. « Je n'ai aucune envie de recevoir un appel qui me dira que tu es blessé ou pire. Je ne crois pas qu'elle capitulera aisément, elle va aller jusqu'au bout jusqu'à ce que l'un de vous cède. Et je suis certain qu'elle préférera que ce soit toi plutôt qu'elle. La puissance qu'elle a entre les mains lui est montée à la tête, elle se croit invincible et intouchable. Il va falloir briser cette illusion et la ramener à la réalité avant qu'une catastrophe ne se produise » trancha Tony d'un ton froid.
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Gibbs observa attentivement son homme, ses yeux étaient de blocs de glace, ses lèvres étaient pincées. Une colère rentrée vibrait de tout son être et l'ancien marine en était navré car Tony n'était pas normalement un homme vindicatif, sauf envers ceux qui l'avaient menacé directement ou avaient menacé un ami, une personne qui lui était chère.
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Et là, il sentait bien que Sheppard avait dépassé les limites de l'acceptable selon les critères de l'italien. Pourtant, elle n'avait fait que s'impliquer dans le choix des enquêtes qui étaient dévolues à l'équipe première, comme c'était son privilège en tant que directrice. Ce que Tony ne pouvait tolérer, c'était cet abus de pouvoir maquillé qu'elle utilisait pour manipuler Gibbs.
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« Tony, je sais que tu es remontée contre elle mais il n'y a rien que nous puissions faire sinon la laisser croire qu'elle peut gagner » déclara l'ancien marine d'un ton le plus calme possible. « Elle finira par lâcher prise. »
« Ce genre de femme ne renonce pas facilement, Jet » le contredit aussitôt le jeune homme. « Elle veut l'impossible et si elle ne peut l'obtenir, alors personne ne l'aura selon sa logique. Elle est aveuglée par la jalousie, elle finira par céder à la haine qu'elle ressent envers moi. Elle me rend responsable de son échec à te reconquérir et ce faisant, elle préfèrera que notre relation ne puisse perdurer. »
« Elle ne fera rien qui puisse me mettre en danger si son souhait est de renouer avec moi » dit-il.
« C'est là où tu te trompes, Jet » contra l'italien. « Sheppard fait partie de cette catégorie de personnes qui ne peuvent assumer une telle défaite et élimineront l'objet qui la leur rappelle plutôt que de s'avouer vaincu. Oh, je sais qu'elle ne s'en prendra pas à toi directement, elle utilisera ses contacts pour faire faire le sale travail sans se salir les mains. Le résultat sera le même pourtant, elle te fera payer pour ce qu'elle considère une trahison dans son esprit malade. »
« Tu la juges bien durement, je trouve, Tone même si je pense que tu as raison sur certains points » nota l'ancien marine. « Sheppard n'est pas avide de sang à ce point. »
« Tu ne connais qu'elle que ce qu'elle veut bien te montrer, Jethro » lui assura Tony avec conviction. « Crois tu qu'elle soit devenue directrice d'une agence fédérale de façon normale ? Combien d'agences gouvernementales ont été dirigé par des femmes dans notre pays ? A ma connaissance, aucune. Il est donc logique de penser qu'elle a graissé quelques pattes pour y parvenir, elle a sans doute utilisé à bon escient ses relations mais elle a aussi du avoir recours à quelques chantages pour obtenir ce poste. Jet, elle a participé à des missions sous couverture, c'était une espionne et elle a collaboré avec le Mossad. C'est dire si question duperie, elle en connait un rayon. »
« Mais je l'ai formé, Tony, je lui ai inculqué certaines valeurs qu'elle partageait » tenta t-il de réfuter mais le doute perçait néanmoins dans sa voix.
« L'ambition démesurée de commander une agence fédérale aussi mineure que le NCIS l'a fait dévier de la route de la raison » affirma Tony. « De plus, elle a un motif caché pour avoir mis tout en œuvre pour parvenir à se hisser sur la chaise de directeur. »
« Qu'est ce qui te fait dire ça, Tony ? » le questionna son ancien patron.
« Te souviens-tu de cette mission où David et moi avons remplacé ce couple d'assassins ? » demanda l'italien.
« Oui, je me souviens et je n'avais pas aimé la façon dont elle te reluquais » gronda Gibbs.
« Eh bien, elle avait deux motifs de le faire ; le premier, tenter de me séduire sous prétexte de la mission et la seconde, elle m'observait et analysait mon attitude sous le stress » révéla le rancher.
« Pour quelles raisons ? » s'étonna l'agent fédéral.
« Peu de temps après cette enquête, la directrice m'a convoqué dans son bureau et m'a ordonné de faire quelques bricoles pour elle » expliqua l'italien. « Ce que j'ai découvert rapidement, c'est que non seulement ces missions étaient totalement illégales et je n'avais pas de couverture. Ensuite, David me surveillait et filmait. Oh, elle était discrète au possible mais n'a pas toujours pu le faire correctement, elle a du prendre des risques pour obtenir un bon angle de vue. C'est de cette façon que je l'ai prise en flagrant délit. Mais j'avais prévu mon assurance, j'ai enregistré nos conversations et ses ordres de mission grâce à mon téléphone. »
« Pourquoi ne m'as-tu rien dit à ce sujet, Tony ? » explosa Gibbs.
« Parce que je n'avais pas le droit de te révéler quoi que ce soit sous peine de vous faire virer » dévoila le jeune homme. « Elle m'a menacé de s'en prendre à vous tous si je disais un seul mot à ce sujet. »
« Et tu as préféré te laisser manipuler que de nous voir perdre notre job » confirma Gibbs. « Je comprends mieux pourquoi ton attitude vis-à-vis de McGee et David a été aussi froide durant quelques semaines. Tu les protégeais et ils t'en faisaient baver. Pas étonnant que tu aies fini par choisir de partir. Leur comportement était injuste par rapport à ce que tu subissais. »
« Et le fait que David devait savoir ce qu'il en était et alimentait la rancœur de McGee était plus que je ne pouvais supporter. Vous avez tous contribué, à divers degrés, à me faire regretter d'avoir choisi votre camp plutôt que le mien. La pression constante de ces deux conspiratrices a mis mes nerfs à trop rude épreuve et j'ai fini par me dire que le jeu n'en valait pas la chandelle. Ce fut quelques jours plus tard que j'ai entendu leur conversation et comprit leur manège. »
« Et tu as décidé de laisser tomber, de sacrifier ta carrière pour sauvegarder une équipe qui ne t'en était même pas reconnaissant » soupira Jethro. « Ton altruisme m'étonnera toujours, Tony. Tu as décidément bien plus de bonté, de tolérance que certains te prêtent. »
« J'ai toujours joué la carte de l'idiot parce que ça me servait mais je l'ai joué un peu trop bien et certains ont cru que je serais facilement manipulable » résuma l'italien.
« Bien, où tout cela va-t-il nous mener ? Sheppard est toujours directrice et a la main mise sur l'utilisation des agents sous ses ordres » récapitula l'ancien marine.
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Tony le regarda, les sourcils froncés. Il se mordilla la lèvre, les yeux baissés avant de relever la tête et de sourire largement.
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« Je vais te laisser te reposer maintenant » déclara t-il finalement. « Il est tard et tu dois avoir besoin de toute ton énergie demain pour résoudre ton enquête. »
« Tony ! » grogna Gibbs.
« Oui, Jet ! » répondit innocemment Tony.
« Qu'est ce que tu mijotes dans ta petite tête » voulut-il savoir.
« D'abord, je n'ai pas une 'petite tête' et ensuite, je ne mijotes rien » se défendit l'italien. « Je te laisse, cette fois. Rappelle quand tu pourras. Bonne nuit, Jet » conclut-il avant de couper abruptement la conversation.
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Tony s'adossa au dossier du canapé et réfléchit quelques instants. Il savait, sans l'ombre d'un doute, que l'ambition dévorante de Sheppard pour le pouvoir allait engendrer une catastrophe plus ou moins proche. Il n'avait aucune envie que Jethro soit placé au milieu d'un tir croisé. Et si son ancien patron était têtu au point de ne pas la dénoncer au SecNav, Tony lui-même allait enclencher un début de riposte.
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Il se pencha vers son ordinateur et ouvrit un dossier archivé qui lui permit ensuite d'accéder à une adresse e-mail cryptée. Il envoya un message sibyllin et codé à son destinataire. Il savait qu'il faudrait sans doute un jour ou deux avant qu'il ne reçoive une réponse. En attendant, il pouvait toujours faire autre chose. Il sourit d'un sourire carnassier.
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Sheppard et David avaient tout intérêt à bien se tenir…
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Finalement, l'enquête trouva une fin plus rapide que Gibbs n'avait supposé. Leur témoin s'avéra être plus utile qu'au premier abord et leur apporta un indice qui leur permit de trouver leur suspect. Un premier interrogateur suivi d'un second plus musclé et leur suspect confessa le meurtre de leur marine pour jalousie.
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En entendant le motif et les raisons avancés par leur meurtrier, Gibbs repensa à sa conversation précédente avec Tony. Certains aspects de leur enquête concordaient parfaitement avec les propos échangés entre les deux hommes deux jours auparavant. Et l'ancien marine se fit la promesse d'analyser en peu mieux sa discussion avec l'italien une fois revenu à Washington.
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Il remit leur prisonnier entre les mains du bureau de San Diego et demanda à être rapatrié dans la capitale par le premier avion en partance. McGee s'empressa de vérifier les horaires des vols commerciaux, Gibbs le laissa faire sachant parfaitement que leur retour se ferait par vol militaire.
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Lorsque la base appela pour leur annoncer l'horaire de leur départ, McGee grimaça tandis que l'ancien marine souriait de satisfaction. Il savait que si l'informaticien arborait ce genre de transport, l'israélienne n'en était plus aussi fan qu'elle le laissait entendre. Sa vie en Amérique avait aiguisé son désir de confort et elle avait bien du mal désormais à prétendre que 'le rêve américain' n'avait pas déteint sur elle.
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Le vol de retour fut agité, l'avion traversa des zones de turbulence qui rendirent malade McGee, qui envoyèrent à deux reprises David au sol, qui firent grogner Jameson mais sans plus tandis que Gibbs dormait paisiblement. Du moins, c'est l'impression qu'il donnait parce qu'en réalité, il écoutait attentivement les réactions de ses subordonnés.
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Entendre l'informaticien vomir le fit sourire intérieurement, McGee était parfois autant malade dans les airs que sur l'eau. Il n'était pas fait pour bosser dans la Marine s'il ne savait pas avoir le pied marin ou supporter les vols aériens militaires. Il se vantait très souvent de son parcours universitaire mais il cachait soigneusement qu'il avait le mal des transports, sa seule véritable 'faiblesse' selon lui.
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Entendre l'israélienne jurer en Hébreu lorsqu'elle fut projeté une seconde fois au sol le réjouit tout autant. Son corps porterait certainement des bleus durant quelques jours et ce n'était qu'une petite punition pour son attitude arrogante envers ses partenaires. Elle devrait apprendre l'humilité si elle désirait un jour obtenir ce dont elle rêvait. Mais il était douteux qu'elle le réalise.
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Entendre Jameson grogner le navra. Le 'bleu' fut immédiatement la cible des railleries de ses deux collègues qui lui reprochaient presque de n'être pas malade ou d'avoir un meilleur équilibre qu'eux. Le jeune agent tendait tant bien que mal de faire sa place au sein de l'équipe et ses deux agents lui faisaient payer le fait qu'il ne soit pas DiNozzo en le tourmentant tant et plus. Gibbs allait devoir faire cesser le bizutage rapidement.
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Le retour au quartier général se passa en silence et à la vitesse éclair puisque Gibbs avait pris le volant de la voiture qui les attendait à l'aéroport. Aussitôt qu'ils mirent pied dans l'immeuble, Gibbs sentit une chape de plomb peser sur ses épaules. Il savait qu'aussitôt qu'elle aurait vent de leur arrivée, il serait sommé de se présenter dans le bureau directorial.
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Il fallut, à sa grande surprise, plus d'une demi-heure pour qu'il soit prié par Cynthia de monter voir la directrice. Il prit son temps et surtout, se munit de la tasse de café qu'il venait à peine de sortir chercher. Une manière de défier son ancienne partenaire et un bouclier derrière lequel se réfugier si besoin. Il traina presque les pieds pour gravir l'escalier, s'arrêta même pour répondre à une question de l'Agent Balboa.
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Pour une fois, il choisit de patienter devant le bureau de l'assistante, Cynthia, au lieu de s'engouffrer sans façon dans le bureau. La jeune femme leva les sourcils d'étonnement avant de lui adresser un sourire un peu timide et de l'enjoindre de frapper puis d'entrer. Gibbs la remercia d'un léger sourire, Cynthia avait toujours été beaucoup plus sensible au charme de Tony qu'au sien. Elle avait très mal vécu le départ de l'italien tout comme une bonne partie du personnel de l'agence.
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Il toqua à la porte et attendit juste quelques secondes avant d'ouvrir et de pénétrer dans la pièce. Sheppard était derrière son bureau, faisant semblant d'être occupée. Il se posta juste devant elle mais ne fit aucun geste pour s'asseoir. Il se planta là et attendit qu'elle veuille bien lui accorder son attention.
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Ce n'était certes pas dans ses habitudes mais il avait décidé que la contrarier en modifiant son comportement habituel la déstabiliserait car elle ne saurait jamais à quoi s'attendre de sa part. Il avait appris ce petit tour de son bras droit qui l'utilisait souvent pour dérouter ses interlocuteurs et obtenir l'effet qu'il désirait de leur part.
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Elle déposa finalement son stylo lorsqu'elle réalisa qu'il ne poserait aucune question et attendrait aussi longtemps qu'il faudrait. Elle n'était pas certaine de comprendre ses motivations, entrer après avoir frappé, attendre presque au garde à vous devant son bureau, rester silencieux… tout ça n'était pas le Gibbs qu'elle connaissait qui fonçait toujours et qui questionnait ensuite le premier.
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« Il semblerait que vous ayez acquis quelques manières durant vos dernières vacances » tenta t-elle pour l'émoustiller.
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Tout ce qu'elle obtint fut un sourire ironique et toujours le silence. Elle changea de tactique et posa donc ses questions.
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« Bien, comme vous voudrez, Agent Gibbs » capitula t-elle. « Comment s'est passée cette affaire ? Est-elle résolue ? »
« Je pense que notre présence ici répond à ces questions, Madame » rétorqua t-il. « Si vous nous aviez laissé le temps de rédiger notre rapport, vous auriez toutes les réponses. »
« Et si je désire un rapport verbal préliminaire, je pense également que c'est mon droit » déclara t-elle fermement.
« Nous avons trouvé notre suspect grâce au témoignage de notre témoin, nous l'avons appréhendé, interrogé et il a confessé. Nous l'avons remis entre les mains de notre bureau de San Diego pour qu'il soit jugé sur place… Madame » résuma t-il.
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Elle attendit quelques secondes avant de soupirer.
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« Est-ce que c'est une obligation d'avoir un rapport de force chaque fois que nous discutons, Jethro » demanda t-elle presque plaintivement, ce dont elle se morigéna.
« Vous avez institué ces rapports entre nous, Madame, il est donc inutile de vous en plaindre maintenant » fit-il remarquer. « Puis-je disposer maintenant, Madame, j'ai un rapport à rédiger sur notre dernière enquête » termina t-il.
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Elle le scruta un instant et comprit qu'elle ne tirerait rien d'autre de lui, lorsque Gibbs avait décidé d'être têtu et borné, il n'y avait rien à espérer pour le faire changer d'avis. Elle lui fit un geste de la main lui signifiant qu'il pouvait sortir.
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Une heure plus tard, elle passa par le bullpen pour quitter le bâtiment et constata que l'équipe de Gibbs était absente. Elle marmonna quelques mots indistincts avant de prendre l'ascenseur.
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Est-il temps de donner un avant goût de défaite à la directrice ? Ou de remettre à sa place Miss Mossad ?
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La suite au prochain chapitre
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A bientôt
