Pardon pour l'attente, le chapitre 2 est ENFIN terminé ! J'espère qu'il vous plaira !
Chapitre 2 Confiance
Survivre. Tempête en moi. Le monde est noir, angoissant. Lassitude. Une fumée grasse et sombre m'envahit. L'angoisse est mon ombre. Glue sur mes poumons et dans ma gorge. Je ne sais plus respirer. Je ne sais plus rire. La souffrance qui irradie de mon cœur blessé se propage dans tout mon organisme. La violence pulse au bout de mes doigts au même rythme que mon pouls. Je suis perdue. Chute vertigineuse dans le noir. Chute qui n'en finit plus. Je n'ai plus la force de me battre. J'étouffe. Le monde est insipide. Une colère sauvage monte en moi. Je bous et pourtant je suis aussi immobile et froide qu'un corps sans vie. Mon regard se perd, renonçant à percer la bulle opaque qui m'entoure. L'angoisse est là. Elle me surplombe de toute sa haute taille, menaçante et chaleureuse. Elle est couverte d'un large manteau de toile noire avec une capuche. Son regard me cloue sur place. Sa main tâchée de mon sang avance vers moi. Tétanie. Ma respiration se fait sifflante. Non, je ne respire plus. Un gémissement rauque franchit le barrage de ma gorge obstruée lorsqu'elle tend son bras et caresse mon ventre. Je m'arque en arrière. J'ouvre la bouche pour un hurlement qui refuse de sortir. Je suis dominée, impuissante. Violence. J'ai peur de l'angoisse. Violence. Je brûle de l'intérieur, un poison en fusion me parcourt les veines et me ronge. Me dévore lentement.
Quand "Elle" m'a enfin relâchée, je me rue comme un véritable animal sauvage hors de ma cabine, manquant de peu de faire littéralement exploser la porte. Un liquide brûlant me brûle des yeux, rendant ma vision floue, et coule le long de mes joues. L'Angoisse… Je dois lui échapper. Je cours, trébuche, me rattrape juste à temps pour ne pas m'étaler de tout mon long sur le pont que j'ai déjà atteint. Je me dirige droit vers les cales, au beau milieu de la nuit, c'est le seul endroit que je connaisse qui sera certainement désert. Je m'écroule dans le couloir, m'assois sous une petite lucarne, m'adosse au mur et me recroqueville sur moi-même. Un bruit de pas parvient à mes oreilles sensibles. Je me tasse encore plus, alors que je pensais la chose impossible. Merde ! Qui peux bien venir faire une ronde dans les cales à une heure pareille ? J'essuie mes larmes en quatrième vitesse, mes yeux rougis seront cachés par la semi-obscurité. Du moins je l'espère… Les pas se rapprochent. Je distingue finalement la silhouette de Marco. Je retiens un juron. Pourquoi fallait-il qu'il passe par ici, maintenant ?!
- C'est toi Suki ?
- Hum…, réponds-je.
Il vient s'asseoir à mes côtés et passe un bras sur mes épaules après une hésitation :
- Tu es trempée ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
Je ne bronche pas. Il me secoue légèrement.
- Eh ! Qu'est-ce qu'il y a ? Répond !
- Je… Ce n'est rien, je voulais me rafraîchir.
- Un bain de minuit ? Pour une détentrice d'un Fruit du Démon ? raille-t-il.
- En prenant l'air ! tenté-je de me justifier, énervée.
- Dans les cales ? Même pas la peine d'essayer, Suki !
J'ai peur de sa colère, je ne veux pas qu'il me batte. Je veux fuir mais il me maintient fermement en place.
- Et reste ici, je n'en ai pas fini avec toi petite sœur !
Je sens les larmes monter à nouveau, comme du métal en fusion. Je me débats en frappant sa poitrine de mes poings. Il lève la main et je me jette sur le côté, portant mes bras repliés à hauteur de mon visage dans un réflexe défensif.
- Hey… Je ne vais pas te faire de mal, je voulais seulement vérifier que tu avais pleuré.
La fureur prend alors le pas sur la terreur :
- Lâche-moi ! Qu'est-ce que ça peut te faire d'abord ?
- Non, je m'inquiète pour toi et ne bougerai pas tant que tu ne m'auras pas avoué ce qui te tracasse, parce que je suis ton frère.
Je ne peux pas supporter cette idée ! J'ai toujours été seule au monde, obligée de devenir forte et de surmonter en solitaire les épreuves de la vie. Tant ont prétendu être des parents, des personnes aimantes pour ensuite révéler une odieuse tromperie ! Je ne veux pas, je ne veux pas revivre ça ! Tous, ils m'ont tous trahie, ils m'ont tous abandonnés… La violence pulse en moi avec une force terrible à ces souvenirs et la souffrance me dévore de l'intérieur comme un poison de feu, comme un acide… Je recommence à lui donner des coups puissants bien que maladroits alors que je me tords de douleur.
- Fiche-moi la paix ! Tu mens, tu mens ! Tu t'en moque en réalité !
- Arrête, tu sais que c'est faux.
Pourquoi sa voix est-elle si douce ? Pourquoi paraît-elle si sincère ?! C'est pas possible, c'est un piège. Je hurle en gémissant :
- Non, non, non, NON !
Je cogne plus fort. Cette fois les pleurs jaillissent pour couler en cascades sur mes joues. J'ai mal, j'ai tellement mal ! Lui resserre son étreinte avec le bras qui me retenait toujours par les épaules et je me retrouve plaquée contre lui, m'empêchant de me démener davantage.
- Lâ… Lâche-moi…
Ma voix est à peine audible. Tout à coup, je craque. J'appuie mon front sur son torse et sanglote sans pouvoir m'arrêter. J'ai si mal ! J'entends ma propre voix s'élever contre ma volonté, cédant à une pulsion :
- Ma… Marco…
- Oui ? Dis-moi ce qu'il y a ?
Je veux être protégée, je veux me sentir en sécurité… pour une fois ! Je veux qu'on se préoccupe de moi, qu'on me console, qu'on m'aime ! Non ! Je n'ai pas le droit. Et ça ne m'est pas nécessaire. Je dois me contrôler, me contrôler !
- Je… Je… Non ! Je n'ai pas bes…
- Si, me coupe-t-il. Je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre mais je vais t'y obliger. Tu as besoin de nous, tu as besoin d'amis et d'une famille. Alors maintenant parle !
Je n'ai pas la force de résister davantage.
- Je… J'ai…
Je n'y arrive pas ! Je me blottis contre lui pour qu'il comprenne. Il passe ses doigts dans mes cheveux.
- Calme-toi Suki. Chut…
Je n'ai pas le cœur à ronronner mais je me sens mieux. Je frotte ma tête contre sa paume pour quémander plus de caresses. Il semble me les accorder volontiers. Il continue de me rassurer :
- Chut… Dis-moi tout… Chut… Tu n'as pas à avoir honte… Chut… Ne pleure plus, c'est fini, je suis là… Chut…
- Marco… J'ai… ai fait… un "cau… cauchemar… ar" !
- C'est bien… Calme-toi. C'est donc pour ça que tu étais toute mouillée ; c'était la sueur. Tu as peur ma petite chérie, n'est-ce pas ?
Ma tête est si douloureuse ! Mais c'est mon cœur qui me cause le plus de souffrance. Toutes ces trahisons… Mes sanglots redoublent. Je suis morte de frayeur.
-… 'Suis… pas… pas… fai… aible !
Il a l'air surprit, mais il se reprend presqu'aussitôt.
- Non, bien sûr que tu l'es pas. Montrer ses sentiments et ses craintes ne signifie pas qu'on est faible. Tu comprends ?
Ses mots me soulagent et le feu qui consume ma poitrine diminue, disparaissant presque. Deux mots franchissent instinctivement mes lèvres :
- Grand-frère…
Il rit gentiment.
- Ma petite sœur. Tu n'es plus toute seule à présent.
Je l'agrippe si brusquement par le col de sa chemise qu'il desserre à moitié son emprise.
- Promets… Promets-moi que vous ne me trahirez pas ! Que je peux vous faire confiance ! Marco… Je veux t'appeler mon frère et les autres aussi ! Mais je…
Il me serre à nouveau très fort tout en me caressant la tête.
- Allons, allons, calme-toi. Regarde-moi.
J'obéis, pleine d'espoir. Il plante ses yeux dans les miens.
- Écoute bien. Tu es notre petite sœur désormais. Avec tout ce que ça implique. Nous serons toujours, tu m'entends toujours, là pour toi. À toi maintenant de nous accorder ou non ta confiance.
Je le lâche et m'effondre contre lui, à bout de force.
- Tu devrais retourner te coucher.
- NON ! Je ne veux pas !
Je me raccroche à ses épaules comme à des bouées. Les larmes ne se sont toujours pas arrêtées.
- Chut, chut, chut…
- S'il te plaît !
- Va te changer et reviens avec une couverture.
Interdite, je le fixe sans comprendre.
- Fais ce que je te dis.
Sidérée, j'obtempère. Je retourne dans ma cabine le temps d'enfiler un pyjama sec et d'attraper ma couverture. Je cours retrouver Marco et me jette aussitôt dans ses bras, ce qui l'amuse. Il prend ma couverture pour m'enrouler dedans avant de me serrer à nouveau sur sa poitrine. C'est alors que je me rappelle :
- Pardon Marco ! Je t'ai fait mal tout à l'heure.
Il éclate de rire :
- Je suis un phœnix Suki ! Regarde !
Son torse s'embrase. De douces flammes bleues et orangées, apaisantes et magnifiques. Je suis fascinée. À tel point que je ne réagis pas lorsqu'il essuie mes pleurs. Mon instinct félin me fait tendre les doigts et jouer avec les flammèches. Il les fait soudain disparaître.
- Dors, petite sœur.
Je me raidis immédiatement.
- Ne t'inquiète pas, je suis là.
- Je ne veux pas refaire ce "cauchemar" !
- Alors raconte-le-moi, comme ça il s'en ira.
Il a prit le mot au sens premier, aussi je lui explique que, dans un rêve, j'étais poursuivie par un ennemi trop puissant pour moi, ce qui n'est qu'une partie de la vérité, mais pas faux non plus. Je lui accorde désormais ma confiance, mais je ne me sens pas prête pour lui dire l'entière vérité... Je termine ma dernière phrase dans un bâillement et m'allonge pour poser ma tête sur ses jambes. Il pose sa deuxième main sur ma chevelure blonde.
- Tu peux dormir, chaton. Dors tranquille, petite sœur.
Bercée par sa voix et ses caresses, je m'endors enfin en murmurant :
- Nii-chan…
À suivre…
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