Désolée de n'avoir pas fait de mise à jour depuis un bon moment mais une hospitalisation et une opération d'urgence ainsi qu'une longue convalescence en sont les principales raisons.

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Ensuite, deux ordinateurs ont rendu l'âme à quelques jours d'intervalle, leur durée de vie venant à expiration sans doute ! Remplacer le matériel à trainer un peu en longueur. Le principal est que je n'abandonne pas la mise à jour.

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Chapitre 35 : Déception

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Gibbs était assis sur un tréteau, verre de bourbon en main. Depuis maintenant deux bonnes heures, il était plongé dans des pensées peu réjouissantes. Il était fatigué, si fatigué que même réfléchir était… fatiguant. Les incessants déplacements que Shepard imposait à son équipe et ses constantes tentatives de rapprochement entre eux lui portaient désormais sur les nerfs.

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Lui qui était revenu de sa retraite, lui qui adorait se plonger dans son travail aspirait désormais à autre chose de plus serein. Et pourtant, leur dernière enquête l'avait secoué plus qu'elle n'aurait dû. La brutalité de la mort du jeune marine l'avait horrifié et amené à reconsidérer certains espoirs qu'il avait déjà eus bien du mal à concrétiser.

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Désormais, ses certitudes étaient chamboulées et son avenir plus que jamais incertain. Il devait réévaluer certaines priorités et certains choix parce qu'en définitive, il ne voulait pas que quelqu'un soit blessé ou pire parce qu'il aurait pris la mauvaise décision. Il pouvait tout arrêter et prier pour que jamais rien de ce genre n'advienne.

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Il s'empara de son téléphone et hésita durant un bon moment à passer le coup de fil qui allait changer le cours des choses de façon douloureuse. Il n'avait cependant pas la possibilité de continuer sans risquer de voir un jour se reproduire l'horreur dont il avait été témoin. Et sa principale motivation était d'épargner une vie.

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Il pressa la touche qui allait changer son destin de manière drastique. Il ne fallait plus reculer et faire souffrir pour préserver était une option bien plus acceptable que devoir faire face à une alternative plus cruelle. Il porta l'appareil à son oreille et attendit que son correspondant décroche. Il profita des quelques secondes pour peaufiner ses arguments et gagner la bataille qui allait s'engager entre eux.

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« Allo » fit soudain la voix qu'il espérait entendre.

« C'est moi, Tone » dit-il d'une voix éteinte.

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A l'autre bout du fil, Tony fronça aussitôt les sourcils, quelque chose était définitivement bizarre. Jethro semblait fatigué d'après le ton de sa voix et il redoutait quelque chose, son instinct lui soufflait que cet appel n'était pas anodin.

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« Hé, comment va ? Tu sembles fatigué, Jet » commenta l'italien.

« Oui, je le suis » confirma l'ancien marine sans détour. « Je viens de m'accrocher avec la directrice et j'ai dû faire intervenir le SecNav pour qu'elle accepte enfin de nous octroyer quelques jours de repos. »

« Wouah, j'imagine qu'elle n'a pas dû être heureuse de te voir la remettre à sa place, ni que tu rapportes ses actions à son patron. J'aurai voulu être une petite souris et assister à cet entretien » déclara l'ancien détective.

« J'ai mentionné au SecNav qu'elle était responsable de ta démission, il a demandé si tu pouvais lui faire un topo sur les circonstances exactes et les raisons qui ont motivé ta décision. Si tu pouvais lui rédiger un rapport avant lundi matin, il a rendez-vous avec Shepard pour examiner son cas. »

« Ok, je vais mettre à jour le dossier que j'avais compilé et le lui adressé sans délai » affirma Tony. « Jet, je sens qu'il y a autre chose qui te perturbe. Dis moi ce qui te tracasse, s'il te plait ou tu vas m'obliger à monter te voir » menaça t-il gentiment.

« Toujours aussi perspicace, DiNozzo » remarqua Gibbs.

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La simple mention de son nom de famille hérissa Tony, il comprit que quelque chose allait se produire et que les prochaines paroles prononcées par son ancien patron ne seraient pas agréables.

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« Ecoute, j'ai bien réfléchi et je pense que nous faisons une grave erreur » commença t-il un peu hésitant. « Notre relation ne peut continuer, l'éloignement est déjà un inconvénient majeur. Faire des allers retours chaque fois que nos agendas le permettront n'est pas la solution idéale pour préserver une relation harmonieuse. J'ai envie de stabilité et je sais qu'aucun de nous n'est prêt à renoncer à ce qu'il a en ce moment pour satisfaire l'autre. Je ne désire pas cesser mon activité d'agent avant un bon moment et je sais que tu n'as aucune envie de revenir à DC. »

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Il stoppa pour reprendre sa respiration et attendit une réaction de la part de Tony avant de s'étonner de n'avoir pas encore été interrompu.

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« Tu es toujours là, Tony ? » demanda t-il inquiet malgré tout.

« Je suis là et j'ai entendu mais je me demande si j'ai bien entendu ce que tu as dit » marmonna l'italien. « J'essaie de comprendre ce qui a motivé une telle décision de ta part, tu a été celui qui a initié notre relation et maintenant, tu veux tout arrêter. Que s'est-il passé, bon sang ? Je t'ai déçu, c'est ça ? »

« Non, mon dieu, non, Tony » le coupa t-il rapidement. « Tu n'as rien fait qui soit à l'origine de ma décision. Je t'en prie, crois-moi, je suis le seul qui doute et trois mariages soldés par des divorces me portent à croire que je ne suis pas du genre à faire un bon compagnon. »

« Il me semble que tu aurais pu songer sérieusement à la question avant de m'embarquer dans une relation que tu savais vouée à l'échec avant même de commencer » indiqua Tony d'une voix froide. « Et je sais qu'il serait vain de vouloir te faire changer d'avis et même si je suis persuadé que tu fais une erreur, je ne chercherais même pas à te dissuader de revoir la question. »

« Je suis désolé, je ne voulais pas te faire souffrir mais il vaut mieux que je te le dise maintenant que de prolonger notre relation et que la séparation soit encore plus douloureuse » s'excusa Gibbs d'une voix rapide et mesurée. « Nous pourrions rester amis et nous voir de temps en temps avec Ducky et Abby ? »

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Sa dernière tirade sonnait plus comme une question et Tony l'entendit ainsi.

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« Non, Gibbs, je préfère que tu gardes tes distances, je ne sais pas comment je réagirais dans le cas contraire » décréta Tony. « Tu viens de faire s'écrouler une seconde fois tous mes espoirs et il serait difficile pour moi d'être en ta présence et de devoir me comporter en étranger. Je pense donc qu'il vaut mieux que nous coupions les ponts définitivement, ce n'est pas la première fois mais cette fois, c'est la dernière. Il est inutile désormais de chercher à me contacter, je ne veux plus entendre parler de toi. Et pendant que tu y es, avertis Abby et Ducky qu'ils seront toujours les bienvenus chez moi à la condition qu'ils ne mentionnent jamais ton nom. »

« S'il te plait, Tony… » tenta de plaider Gibbs.

« Va au diable, Gibbs » hurla enfin Tony, laissant exploser sa peine. « Tu y seras sans doute mieux et en bonne compagnie. »

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Et sur ce, il raccrocha avant de laisser les larmes couler librement. Gibbs, ce bâtard… ce fumier… ce salaud… Tony ne trouvait pas de mots assez forts pour décrire l'homme et son attitude. Il avait fait miroiter un avenir heureux pour eux et maintenant, il envoyait tout au diable pour une raison qu'il ne voulait même pas énoncer.

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Tony faillit envoyer valser le téléphone contre le mur mais se retint au dernier moment. Il en avait besoin mais dès le lendemain, il ferait changer son numéro. Un mail à Abby et Ducky pour leur faire part du changement en leur recommandant de ne pas le communiquer à Gibbs serait nécessaire. Et par la même occasion, se créer un nouveau compte et une nouvelle adresse e-mail lui permettraient d'éviter d'être contacté par son ancien patron.

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Gibbs ne fut pas autrement surpris lorsque Tony lui raccrocha brutalement au nez, il fallait bien qu'un jour, quelqu'un lui renvoie la pareille. Il soupira et ravala la boule qui obstruait sa gorge, il savait que laisser Tony partir allait certainement lui briser le cœur mais il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire d'autre. Il ne voulait pas voir se reproduire ce qu'il avait vu au dépend de l'italien.

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Il avala le verre de bourbon qu'il avait posé intact sur l'établi et s'en versa un second, puis un troisième. Finalement, il décréta que boire directement à la bouteille serait plus facile et plus rapide. Il porta le goulot à ses lèvres et avala une bonne rasade avant de reposer la bouteille. Il laissa échapper un gémissement qui se termina en sanglot. Puis, brusquement, les larmes s'échappèrent et il sanglota comme il ne l'avait pas fait depuis presque deux décennies.

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Il versa avec elles toute la douleur qu'il ressentait d'avoir perdu son amour, un amour qu'il ne méritait pas mais qu'il avait voulu de toutes ses forces. Et maintenant, il ne pourrait plus jamais contempler celui qui lui avait redonné goût à la vie après son accident. Il ne pourrait plus plonger dans ses magnifiques prunelles vertes et voir l'amour s'y refléter, un amour dirigé vers lui.

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Il venait de perdre la chance d'un avenir radieux pour quelques bâtards aux préjugés rétrogrades qui n'hésitaient pas à faire payer des innocents parce que leur conception de la vie n'était pas la même et ne correspondait pas à celles de leurs esprits étriqués. Voir le résultat de leur étroitesse d'esprit lui avait soulevé le cœur et donné des envies de meurtre.

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Jamais il n'avait autant souhaité faire justice lui-même que ce jour-là en découvrant le corps de leurs victimes, l'abominable carnage était un message clair et net à tous ceux et toutes celles qui ne respectaient pas les normes établies par les gens bien pensants. Il avait été si choqué du traitement subi par les victimes qu'il avait bien failli en vomir et pourtant, il en avait vu des horreurs depuis le début de sa carrière au NCIS et même durant son passage chez les Marines.

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Cependant, là, c'était un lien direct avec sa vie personnelle et il ne voulait pas voir le résultat de la haine de certains l'envahir. Il voulait vivre une relation harmonieuse avec la personne de son choix sans que son compagnon ou sa compagne ne subisse un ostracisme aussi violent.

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Il savait également qu'un jour ou l'autre, il devrait expliquer à Tony la raison de leur rupture, si l'on pouvait considérer cela comme telle étant donné que leur relation n'en était qu'à son balbutiement. Il comprenait que l'italien ne veuille pas le revoir pour l'instant mais il n'avait jamais tenu rigueur bien longtemps à ses collègues de leurs attitudes à son égard.

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Tony avait toujours pardonné les offenses trop facilement et trop rapidement, se blâmant lui-même pour des fautes commises par d'autres mais parfois, oui, parfois, il ne pouvait le faire. Gibbs espérait que cette fois ne serait pas l'une des rares à laquelle il ne lui serait pas possible d'obtenir sa clémence. Si un jour, il pouvait revenir sur sa décision et finalement franchir le pas décisif, il souhaitait que Tony soit en mesure de lui accorder son pardon.

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Entendre la douleur percée dans la voix de l'italien avait failli le faire changer d'avis mais la vision des corps mutilés l'avait ramenée à la raison. Jamais il ne désirait revoir un tel spectacle et pourtant, il savait que dans sa profession, il serait exposé à d'autres actes identiques juste parce que certains ne pouvaient s'empêcher de se sentir menacer dans leurs convictions s'ils laissaient un petit nombre d'individus vivre la vie qu'ils avaient choisie.

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Mais comment expliquer sa décision à Tony ? L'italien était doté d'un esprit ouvert malgré une enfance malheureuse et particulièrement solitaire. La négligence commise par son père aussitôt après le décès de sa mère aurait pu avoir de graves conséquences mais l'apparition de ses grands-parents dans la vie de Tony lui avait permis de grandir normalement et d'apprendre la tolérance. Senior n'aurait jamais pu lui inculquer ce concept qu'il ignorait délibérément.

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Il allait lui falloir annoncer à Ducky et Abby qu'il ne serait plus le bienvenu au ranch sans pour autant leur en dévoiler la raison. Et la curiosité légendaire d'Abby et celle concernée de Ducky seraient sans doute trop fortes et ils demanderaient des explications qu'il ne souhaitait pas donner. Esquiver lui serait possible un temps mais à la longue, il risquait de céder sous la pression et de débiter tout le fatras d'inepties qu'il pourrait trouver pour se justifier.

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Il allait devoir donner le change au travail pour ne pas alerter la directrice ou l'officier du Mossad. Il savait que toutes les deux seraient trop heureuses de savoir qu'il ne serait de nouveau plus en contact avec Tony, Jenny redoublerait ses efforts et accentuerait ses avances dans l'espoir de le faire craquer et Ziva… Dieu seul savait ce qu'elle pourrait faire. Sans doute risquerait-elle de se venger de celui qui avait ruiné le brillant avenir dont elle avait rêvé !

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Et il était quasiment certain qu'elle tenterait quelque chose par l'intermédiaire d'un de ses si nombreux contacts. Il allait devoir prévenir Tony… ou plutôt quelqu'un d'autre parce que l'italien lui raccrocherait au nez sitôt qu'il entendrait sa voix, ça ne faisait aucun doute pour lui. Et choisir si possible une personne proche afin que la surveillance soit effective et efficace. Mais il connaissait si peu le personnel du ranch que le choix était restreint.

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Il avait quelques jours pour y réfléchir avant de prendre une décision définitive et de mettre en place un plan quelconque. Savoir qu'il pourra, par ce biais, préserver la sécurité de son homme serait un baume au cœur. Ne pas pouvoir assurer ses arrières lui-même était déjà suffisamment pénible, il se devait de lui procurer un soutien actif. Et si pour se faire, il devait engager un garde du corps, il n'hésiterait pas.

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Il soupira lourdement, s'essuya les joues où les dernières larmes coulaient doucement, se passa des mains tremblantes dans sa courte chevelure avant de se lever. Il n'avait pas le cœur, ni même le courage de travailler sur le nouveau projet qu'il avait eu en tête et qui était destiné à Tony. Il n'avait désormais plus aucune raison de le mettre en œuvre puisque sa présence n'était plus la bienvenue au ranch, ni même dans la vie de l'italien… du moins dans l'immédiat.

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Seul le temps dirait si les deux hommes pourraient un jour se revoir et renouer encore une fois le lien qu'ils avaient tissé il y avait des années. Oh, il ne souhaitait pas perdre le contact définitivement, il laisserait simplement à Tony le temps de se calmer, de pardonner et de réfléchir avant de tenter de se rapprocher à nouveau. Leur tentative de renouer avait fonctionné alors que Tony était parti dans des dispositions négatives, colère, déception et trahison avaient présidé à son départ.

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Cette fois, il ignorait quel sentiment dominerait mais il comptait sur le cœur généreux de l'italien pour l'autoriser à revenir dans sa vie. Et au besoin, il s'imposerait d'office si rien ne faisait fléchir Tony. S'il était quelque chose que l'italien ne pouvait dénier, c'était la constance et Gibbs en aurait assez pour mener à bien la croisade

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Le lendemain matin, il se leva avec une envie de se recoucher mais son estomac avait besoin d'être rempli et une bonne tasse de café ne serait pas superflue. Il ignorait ce qu'il allait faire de ces quelques jours de repos même s'il était les bienvenus. Normalement, il en aurait profité pour descendre et passer la semaine avec Tony. Maintenant, il pouvait faire une croix sur ce projet.

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Il prit un petit déjeuner et une seconde tasse de café avant de s'installer à son bureau et de commencer à rédiger le rapport que le SecNav avait demandé avant de songer à faire autre chose. Il lui fallut presque toute la matinée pour organiser ses notes et les mettre au propre. Il décida de sortir jusqu'au magasin proche pour faire une copie de sauvegarde avant de mettre le tout sous enveloppe et de le mettre à la boîte aux lettres.

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Une fois terminé, il se prépara un léger en-cas et prit quelques minutes pour réfléchir à ses prochaines occupations. Il ferma les yeux et tenta de se relaxer avant finalement d'opter pour passer un appel. Il savait que son interlocuteur serait sans doute surpris mais il avait envie de s'échapper de l'atmosphère de la capitale durant quelques jours et le Texas était hors de sa portée.

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Il laissa la sonnerie retentir sachant que son correspondant ne serait pas forcément près de l'appareil. A la sixième, le combiné fut décroché et une voix familière retentit.

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« Allo, Magasin général de Stillwater » dit-on. « Que puis-je pour vous ? »

« Allo, Jack » souffla Gibbs incertain de la réponse de son interlocuteur.

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Un bref instant de silence se fit avant que l'homme ne parle à nouveau.

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« Leroy, c'est toi, mon garçon ? »

« Oui » confirma Jethro.

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Et malgré son humeur, il sourit même si Jack ne pouvait le voir. Jamais son père n'avait réussi à l'appeler autrement que Leroy alors que pour tout le monde, il était Jethro.

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« Eh bien, il y a bien longtemps que je n'ai eu de tes nouvelles » nota le vieil homme sans amertume et sans colère.

« Le temps passe et tu sais ce que c'est, on promet d'appeler et le travail prend le pas sur nos résolutions » expliqua Gibbs, vaguement surpris de donner une excuse.

« A mon âge, fiston, le temps compte parce qu'il n'en reste pas forcément beaucoup » nota simplement Jack. « Y a-t-il quelque chose qui te pousse à m'appeler ? »

« Oui et non » confirma l'ancien marine. « J'avais envie de te voir et de passer quelques jours à la maison si tu veux bien m'accueillir ».

« Bien sûr que tu peux venir, fils » s'écria le père presque offensé que son fils pose la question. « La porte est toujours ouverte quel que soit le moment où tu désires en franchir le seuil. Quand arrives-tu ? »

« Demain, je pense » décida rapidement Gibbs. « Je mets un peu d'ordre ici et je prends la route en début d'après-midi. »

« Ok, je t'attends » approuva son père. « Et, fiston, ne roule pas trop vite, les routes sont en mauvais état dans le canton. Pas la peine d'avoir un accident si près du but » conseilla t-il.

« D'accord » dit Jet en souriant. « Je respecterai les limites de vitesse. »

« Tu as intérêt parce que le shérif n'est pas indulgent avec les contrevenants et agent fédéral ou pas, tu ne couperas pas à un PV. »

« Dûment noté, Jack » déclara l'ancien marine. « A demain. »

« Ok, bonne route et à demain, fiston » répondit le vieil homme avant de couper la communication.

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Gibbs laissa le signal résonner un moment avant de raccrocher à son tour. Il ignorait ce qui l'avait poussé à contacter son père, il y avait bien au moins trois à quatre ans qu'il n'avait pas mis les pieds dans sa ville natale. La querelle qui l'avait opposé à son père était sortie de sa mémoire et il songeait qu'il était temps d'enterrer la hache de guerre.

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Ses conversations avec Tony au sujet de ses grands-parents avaient sans doute ravivé quelque chose en Gibbs parce qu'il avait pensé à son père à plusieurs reprises depuis ce jour-là. Il restait sa seule véritable famille et l'homme n'était plus tout jeune, il était temps de renouer des liens avant que l'un d'eux ne quitte ce monde. Son métier comportait des risques et ces derniers se faisaient de plus en plus présents et dangereux au fil du temps.

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De même, son père était sans doute encore valide à l'heure actuelle mais sa santé ne devait plus être aussi brillante qu'auparavant. Il gérait seul le magasin général de la ville depuis son retour après la seconde guerre mondiale même si durant, quelques années, il avait compté sur la présence d'un associé atypique pour l'époque, un homme de couleur. Après le décès de sa mère, LJ Moore avait disparu du jour au lendemain sans qu'il ne sache pour quelle raison. Depuis, Jack était seul à la barre avec des aides occasionnelles pour les périodes chargées, les fêtes et les vacances.

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Il espérait également que revoir la ville de son enfance lui mettrait du baume au cœur. Devoir renoncer à Tony et la vie qu'ils auraient pu avoir lui pesait déjà et il lui fallait un dérivatif, même si la distraction serait de courte durée. Il imaginait bien qu'une fois revenu, la chape de plomb pèserait à nouveau sur ses épaules. Et pouvoir échapper pour l'instant à l'inquisition de Ducky et Abby serait un bonus.

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Gibbs s'activa durant le reste de la journée à ranger la maison, faire un peu de ménage avant de s'octroyer une pause pour le diner. Il envisagea ensuite de passer un peu de temps au sous-sol mais finalement y renonça. Il mit en route une cafetière, se servit une tasse qu'il dégusta debout devant l'évier. Puis, il prit le pot et sa tasse, se dirigea vers le salon, déposa le tout sur la table avant d'aller se choisir un livre. Il s'installa ensuite sur le divan et s'immergea dans sa lecture.

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Il était passé largement minuit lorsqu'il émit un bâillement, il consulta la pendule et constatant l'heure, il soupira. Quelques heures de sommeil seraient les bienvenues avant de terminer de ranger la maison et de se préparer pour le voyage. Il déposa le livre sur la table, s'engagea dans l'escalier et gagna sa chambre. Il se déshabilla machinalement et s'allongea dans les draps froids en soupirant.

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Il se tourna durant quelques minutes avant de trouver une position correcte, il respira à fond à plusieurs reprises pour se calmer et se relaxer. Il vida son esprit et deux minutes plus tard, il glissa dans le sommeil.

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Tony s'était plongé avec avidité dans la préparation du rapport que le SecNav voulait afin de s'occuper l'esprit. Il relut toutes les notes qu'il avait prises et les organisa chronologiquement, classa les photos en ajoutant une légende. Il fit ensuite un compte-rendu des circonstances et des raisons de sa démission et précisa qu'il avait d'autres informations si besoin était, des informations confidentielles qui ne seraient dévoilées qu'après accord des instances concernées.

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Il ajouta enfin qu'en cas de nécessité, le Général Charles Preston serait en mesure de lui donner quelques renseignements sans préciser à quel titre il connaissait le militaire. Il relut son mail, prépara les pièces jointes puis avant de changer d'idée, il appuya sur le bouton d'envoi. Il saurait que son message avait été réceptionné lorsque son destinataire lui confirmerait la réception mais vu l'heure, il devrait attendre sans doute un peu.

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Mentionner le nom du Général raviva quelques souvenirs, des bons et des mauvais. Seuls quelques privilégiés étaient au courant des liens entre les deux hommes et Tony n'avait jamais parlé de lui à quiconque après avoir cessé toute activité pour lui. Leur relation avait été des plus gratifiantes pour l'italien à une époque où il avait eu besoin d'un soutien moral et d'une raison de vivre.

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Durant quelques années, l'homme avait été présent, l'avait encouragé et félicité, l'avait motivé et poussé à se surpasser. Tony avait pris confiance en lui, avait répondu aux attentes de son mentor et pris des responsabilités que son jeune âge ne le destinait pas à prendre. Son passage dans cette unité spéciale l'avait aguerri et préparé pour sa future carrière dans les forces de police. Il en avait toujours été reconnaissant au Général de lui avoir permis de s'affirmer et de prendre confiance en lui. Devenir un membre de ce groupe l'avait fait mûrir et connaître des hommes qu'il avait respectés et considérés comme des 'frères'.

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Certains avaient continué leur carrière dans l'unité, d'autres comme lui avaient préféré une autre voie. Il avait gardé des contacts avec plusieurs d'entre eux qui, suivant son exemple, avaient choisi une carrière au service de la justice. Policiers, avocats, juges étaient des métiers qu'ils avaient décidé d'exercer au bénéfice du 'petit peuple' plutôt que pour 'l'élite'

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Tony soupira et laissa les souvenirs s'estomper, il avait aimé cette partie de sa vie mais sa brièveté avait été aussi un atout. Il avait connu des situations difficiles, des missions dangereuses, des évènements cruels, des détentions douloureuses à un âge où d'autres jeunes gens flirtaient et faisaient la fête. Il avait expérimenté ce qu'aucun autre membre de son ancienne équipe ne pouvait soupçonner, même pas l'officier du Mossad qui se targuait d'avoir vu de nombreuses atrocités.

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Depuis son plus jeune âge, il n'avait jamais vraiment connu l'insouciance de l'enfance ou de l'adolescence. Il avait dû grandir avant d'être un enfant, devenir adulte avant la puberté, s'assumer seul sans l'aide de quiconque. Savoir cuisiner à l'heure où il était censé apprécier un repas concocté amoureusement par un parent, tenir sa chambre propre et rangée, savoir jouer au piano alors que ses pieds ne touchaient pas le sol, se comporter en parfait héritier policé aux diners ostentatoires, se faire oublier le reste du temps.

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Il avait espéré que loin de la tutelle paternelle, il aurait enfin l'occasion de goûter à toutes ces joies qu'il n'avait jamais connu étant enfant. La vie lui avait fait un sacré pied de nez en le jetant dans un univers plus noir encore. Il avait déjà survécu un enfer et il était alors déterminé à survivre à ce second. Il avait eu une volonté féroce de démontrer qu'il pouvait changer son destin et il avait accompli l'impossible.

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Jusqu'à aujourd'hui, il avait traversé des périodes difficiles, côtoyé des gens biens et des imbéciles, mit sous les verrous des criminels et épargner des innocents. Il avait réussi à rester un policier intègre dans un monde où la corruption était légendaire et il avait même mis à terre une famille mafieuse. Il avait un parcours dont il pouvait être fier parce qu'il ne le devait qu'à lui-même, à son opiniâtreté et son obstination.

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Le plus dur avait été de quitter le NCIS parce que le travail lui plaisait, la variété des enquêtes lui permettait de faire travailler son esprit, la présence de Gibbs agrémentait les exigences du métier. Il avait su dès l'instant où il avait rencontré l'ancien marine que sa vie allait changer. Comment, il l'ignorait mais une certitude était sûre, les deux hommes seraient proches. A quel point et pour quelle durée, c'était encore des inconnus mais l'enjeu le motivait.

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Leur complicité avait grandement facilité leur collaboration professionnelle et joué également dans leur relation personnelle. Leur amitié avait été un mystère pour certains mais une évidence pour d'autres. Leur performance avait conduit à relever le pourcentage d'enquêtes résolues à un niveau encore jamais atteint auparavant que ce soit par l'équipe principale ou dans toute l'agence. Leur amitié avait progressé doucement mais surement au point que les deux hommes partageaient parfois un repas chez Gibbs et Tony avait été initié au fameux 'steak cow-boy' de son patron.

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Lorsque Gibbs l'avait accusé de dévoiler des informations, il avait d'abord pensé à une plaisanterie mais bien vite, il avait réalisé que l'ancien marine le pensait coupable. Comment avait-il pu penser une seconde que son second puisse être aussi peu professionnel et fournir des renseignements à une journaliste, il l'ignorait. Pourtant, il avait toujours soupçonné Shepard et David d'avoir distillé quelques remarques ici et là pour semer le doute dans l'esprit de son patron.

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Il n'empêche qu'entendre l'ancien marine l'accuser devant tout l'étage, voir la mine réjouie des deux 'bleus' l'avaient affecté plus que de raison. Et finalement, savoir qu'en fait, tout n'était que manigances et manipulations de deux femmes aigries étaient un soulagement parce que la vérité s'était faite jour. Un peu tard, il est vrai mais au moins, Gibbs avait compris que Tony n'était pas le coupable et avait fait amende honorable.

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Puis soudain, une idée traversa son esprit : et si quelque chose avait obligé Gibbs à prendre la décision de cesser toute relation avec lui ? Quelque chose de si terrible qu'il en avait été si perturbé qu'il ne voulait pas le voir impliquer dans la situation ? Tony savait que Gibbs, tout comme lui, avait à cœur de protéger ceux qu'il considérait comme sa famille, envers et contre tous. Se pouvait-il que des évènements particuliers l'aient poussé à choisir de rompre plutôt que de l'exposer à… des représailles, un chantage ou autre chose ?

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Tony soupira, il allait devoir approfondir ce mystère parce que, s'il réfléchissait calmement, il était curieux que Jethro, qui avait enfin laissé ses sentiments parlés, soit résolu à les envoyer aux quatre vents aussi vite. Il y avait définitivement une énigme à résoudre et il se promit de téléphoner à Ducky dès que possible pour tenter de glaner quelques informations.

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Il ne resterait pas les bras croisés sans réagir, il ne pouvait s'enfuir comme la dernière fois. Il allait se battre pour tenter de faire changer d'idée à Gibbs et s'il fallait pour cela, prendre le taureau par les cornes et remonter vers la capitale, eh bien, il le ferait sans l'ombre d'un doute. Il avait son rêve à portée de mains et il n'allait pas le laisser filer aussi facilement.

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Résolution prise, il décida finalement de monter se coucher, quelques heures de sommeil et il serait en mesure d'examiner les faits avec plus d'objectivité et de mettre un plan en marche pour inciter son marine à revenir sur sa décision. Il se leva, le cœur plus léger et le pas plus alerte et se dirigea vers sa chambre. Lorsqu'il s'allongea dans le lit, il prit quelques profondes inspirations pour se calmer avant de s'enfoncer doucement dans le sommeil.

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Note

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Je ne suis généralement pas du genre à laisser une note surtout pour critiquer mais j'avoue que là, je me sens le droit de faire une ou deux remarques.

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Tout d'abord, bonne nouvelle, deux saisons supplémentaires pour notre série préférée. Et cerise sur le gâteau, le personnage de Ziva est définitivement hors circuit depuis la saison 11 et j'en suis heureuse.

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J'ai toujours trouvé qu'elle faisait tache parmi les membres de l'équipe et que les nombreuses transgressions qu'elle a faites au cours des 8 saisons de présence ont culminé avec sa course poursuite pour éliminer l'assassin de son père. Jamais une agence sérieuse n'aurait cautionné un tel comportement de plus approuvé par le directeur de ladite agence, ce qui est tout de même un comble.

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Son comportement dans divers épisodes a été totalement hors normes parfois et non professionnel dans d'autres. Pour ne citer que le fait de ne pas respecter les ordres et la chaine de commandement, tuer un témoin et réussir à s'en sortir grâce à une pirouette ('Jeopardy' 3.22), ne parlons de l'épisode 'Boxed In' (3.12) où elle tire une balle dans un conteneur métallique sans songer au ricochet qui pouvait blesser l'un d'eux (pour une experte en armes, c'est gros) et également l'épisode 'Dead Air' (8.05) où McGee et elle ont coupé le seul moyen de communication avec Tony et donc ont ignoré et bafoué les procédures en vigueur et n'ont pas été sanctionné !

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Même le départ de l'actrice a été incorrect. Avertir au dernier moment qu'elle ne renouvelle pas son contrat obligeant ainsi les scénaristes à réécrire les premiers épisodes déjà finalisés de la saison 11 pour expliquer son absence montre bien qu'elle n'a eu aucun respect pour la série qui l'a fait connaître et vivre durant 8 ans.

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Un revers à la médaille, elle n'a pas participé à une autre série depuis son départ, ni tourné un film ou un téléfilm.

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En conclusion, je suis ravie qu'elle ne fasse plus partie du casting. Et ceci est mon opinion personnelle donc inutile de me critiquer à ce sujet. Les fans de Ziva sont priés de s'abstenir de m'insulter, chacun a droit à son avis.