Un nouveau chapitre qui met en scène Papa Gibbs, une manière de rendre hommage à cet acteur décédé en début d'année. Comment va-t-il réagir en découvrant la relation entre nos deux hommes ? Lisez et vous saurez.

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Et comme d'habitude, j'attends quelques commentaires qui, malgré le nombre de lecteurs, est plutôt faible. Bonne lecture…

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Chapitre 38 : Acceptation

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Ce petit intermède débuta les nouvelles relations entre Jet et Tony. Jethro souriait plus souvent et Tony était définitivement moins triste. L'ancien marine n'avait pas encore pu passer un moment intime avec l'italien comme il l'aurait voulu, sa frustration était parfois palpable et Tony l'avait perçue. Il tentait de rassurer son homme mais Jet perdait patience.

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La liberté qu'ils avaient connue au ranch était ici absente, la petite ville de province était encore trop ancrée dans des principes d'un autre âge pour accepter facilement la présence d'homosexuels sur son territoire. Les comportements déviants étaient réprimandés à coups de poing ou de pied et parfois de manière plus brutale, ce qui signifiait en général qu'un corps était découvert après avoir été mutilé et abandonné dans les bois et laissé aux bons soins des animaux sauvages.

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Connaissant la mentalité de ses anciens concitoyens, Jet avait pris le parti de réprimer les élans qui le poussaient à vouloir embrasser Tony quand bon et où bon lui semblait. Mieux valait leur épargner de se retrouver la cible d'individus à l'étroitesse d'esprit incontrôlable. Voir le corps désarticulé de Tony reposer sur un lit d'hôpital ou le tiroir d'une morgue n'était pas dans ses intentions.

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En parfaite connaissance des risques, les deux hommes avaient décidé de se montrer discrets lorsqu'ils étaient en présence de Jack afin de ne pas indisposer le vieil homme. Aucun ne connaissait la position que le patriarche pourrait adopter s'il venait à découvrir la véritable nature des relations entre son fils et son invité. Jet n'avait jamais abordé le sujet avec lui.

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Ils se comportaient donc avec la plus extrême prudence et évitaient les gestes équivoques qui auraient pu attirer l'attention de Jack. Cependant, malgré la plus grande vigilance, leurs regards les trahissaient quelquefois. Et le vieil homme avait beau être âgé, il n'était pas sénile et sa vue était sans doute moins bonne mais il n'était pas aveugle.

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Le premier soir, la grande complicité qui semblait animer les rapports des deux amis n'éveilla aucune suspicion dans l'esprit de Jack. Il se réjouit de voir que la relation qu'ils entretenaient n'avait pas faibli malgré leur séparation. Et voir Leroy assener cette tape sur la tête du jeune homme et recevoir en retour un sourire ou une boutade était surprenant.

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Ce qui l'était également était d'entendre l'italien répondre à son ancien patron sans même que ce dernier n'ait formulé une question ou que l'un d'eux termine la phrase de l'autre, d'assister à leurs conversations muettes où un simple geste répondait à une interrogation, de voir le jeune homme anticiper les désirs de son fils sans la moindre erreur.

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Dès lors, Jack s'employa à observer discrètement les deux hommes. Il lui fallut deux jours pour comprendre que l'amitié n'était sans doute pas la seule chose qu'ils partageaient. Ses soupçons étaient loin d'être étayés par des gestes concrets mais il avait la conviction que les liens qui les unissaient étaient plus profonds et aussi plus complexes.

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Le patriarche avait beau avoir vécu toute sa vie dans un 'trou perdu' comme Leroy qualifiait sa ville natale, il n'en assumait pas forcément la mentalité arriérée. La preuve en était sa surprenante décision de s'associer à un partenaire dont la couleur de la peau l'assimilait automatiquement à un être inférieur à une époque où les droits des 'noirs' étaient encore allégrement bafoués.

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Vivre avec son temps et accepter d'évoluer au rythme des bouleversements tant comportementaux que technologiques était un challenge qui n'avait jamais effrayé Gibbs père. Il avait une place importante au sein de la petite communauté et son bon sens et ses conseils avisés en faisaient un homme respecté. La tolérance qu'il prônait envers le racisme ou d'autres mœurs controversées était exemplaire.

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Certains pouvaient lui reprocher d'être laxiste mais Jack leur rétorquait que le monde avançait inexorablement même si eux préféraient camper sur des positions qui faiblissaient de jour en jour. Faire de la résistance ne les conduisait qu'à ignorer la réalité et à se complaire dans l'illusion que leurs actions préservaient leur vision étriquée des principes surannés qu'ils voulaient continuer de mettre en pratique au nom de la morale.

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Foncer tête baissée n'était pas dans la nature de Jack et il voulait avoir tous les faits en main avant d'oser lancer une discussion avec sa tête de mule de fils. Confronter Leroy sans avoir toutes les cartes en main pouvait envenimer rapidement les choses entre eux. Leur relation avait été chaotique depuis la mort de sa mère puis celle de 'ses filles' comme son fils les appelait.

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Voir venir était définitivement la meilleure méthode à adopter avec l'ancien marine. Il saurait être patient et attendre soit que Leroy lui en parle, soit qu'une occasion se présente. Il espérait sincèrement que père et fils pourraient ouvrir leurs cœurs et discuter librement de la relation que les deux amis entretenaient réellement.

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Il avait définitivement été agréablement surpris par l'italien, sa spontanéité, sa jovialité, sa sincérité, sa simplicité. Tout en Tony le séduisait et il n'aurait pas pu espérer meilleur compagnon pour son fils que l'homme que Leroy avait choisi.

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Tandis que Jack spéculait allégrement sur la relation entre Jethro et Tony, l'ancien marine se sentait de plus en plus frustré de ne pouvoir être plus démonstratif avec l'italien. Finalement, n'y tenant plus, il prépara un petit séjour pour eux deux dans la cabane que Jack possédait dans les bois. Sans rien dire, il planifia donc leur voyage dans le dos des deux hommes.

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Il dut ruser pour ne pas éveilleur leur suspicion mais le sens de l'observation de Tony ne s'était pas émoussé depuis son départ et il savait que Jethro préparait quelque chose. Pourtant, ne souhaitant pas mettre mal à l'aise son compagnon, il ne dit rien mais les quelques mimines qu'il échangea avec lui conduisit Gibbs à se demander s'il leurrait bien l'italien.

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Le lendemain matin, au petit déjeuner, il l'annonça donc tranquillement à son père lorsque ce dernier leur proposa une sortie. Mais il fut surpris par la discussion qui s'ensuivit et qu'il n'avait pas anticipée.

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« Marge Caldwell souhaiterait que vous vous joigniez à nous pour notre traditionnel repas du vendredi soir » indiqua Jack. « Serez-vous des nôtres ? »

« Désolé, Pa mais Tony et moi allons passer quelques jours loin de la ville » déclara Jet. « Nous avons besoin de discuter de certaines choses avant que je ne retourne au travail. »

« Et vous ne pouvez pas le faire ici, je suppose ? » s'étonna son père.

« A vrai dire, il y a des sujets qui méritent que nous soyons seuls à entendre » répliqua prudemment Jet.

« Comme votre relation personnelle, sans doute » lâcha innocemment Jack.

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Sa petite phrase eut l'effet escompté par Jack, elle figea son fils qui lui envoya un regard stupéfait et légèrement teinté d'appréhension.

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« Qu'est-ce que tu entends par là, Jack ? » questionna son fils.

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L'utilisation de son prénom fit comprendre au vieil homme que son fils n'entendait pas être critiqué et encore moins en présence d'un tiers. Et Jack, ne voulant pas risquer de perdre à nouveau son rejeton pour si peu, choisit la prudence et l'honnêteté. Il n'avait aucune intention d'être hostile à la relation que les deux hommes avaient commencé à bâtir prudemment.

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« Fiston, ce que tu fais de ta vie et avec qui tu choisis de dormir est ton affaire » affirma doucement le père. « Je ne suis en aucun cas opposé à ta relation avec ce charmant jeune homme, bien au contraire. S'il te rend heureux, ça me va parfaitement. Après autant de mariages ratés, tu as bien le droit de trouver la personne qui te convient même si elle est bien différente de celles qui l'ont précédé. »

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Jethro et Tony échangèrent un regard et le sourire lumineux qui étira les lèvres de l'italien indiqua assez son plaisir. Son fils mit un peu plus de temps à réagir et montrer sa satisfaction mais finalement, il choisit l'action à la parole. Il se pencha et souda ses lèvres à celle de l'italien pour un baiser gourmand. Jack les contempla sans pudeur, il était content que ses propos aient eu une telle réponse.

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« Merci, Pa » dit finalement Jet lorsqu'il libéra Tony. « Nous ne voulions pas t'indisposer et t'imposer une situation qui pouvait te déplaire. »

« Jet a raison, il n'aurait pas été correct d'étaler notre relation si elle vous dégoûtait » poursuivit le jeune homme. « Nous savons trop bien ce que notre attitude pourrait provoquer comme réaction. »

« Jeune homme, j'ai beau avoir passé la plus grande partie de ma vie dans cette ville qui n'a pas évolué au même rythme que les grandes cités mais ma vision du monde n'est pas restée figée aux alentours des années cinquante » dit Jack en lui tapotant la main posée sur la table. « Je reste persuadé qu'il faut vivre avec son temps et accepter que les mœurs évoluent. Il n'est rien de plus regrettable que d'être à la traîne et de rester camper sur des positions qui datent sous prétexte d'avoir peur du changement. Si tous les hommes avaient eu cette pensée, le monde n'aurait sans doute jamais évolué au-delà de l'homme des cavernes. »

« Il n'en reste pas moins que nous sommes heureux d'avoir votre support, Jack » renchérit Tony. « Bien souvent, les personnes de votre génération sont les plus virulentes en ce qui concerne le type de relation que Jethro et moi entretenons. »

« Jeune homme, mon fils a essuyé assez d'échecs sentimentaux dans sa vie » objecta le vieil homme. « Il est bien temps qu'il soit heureux et si c'est avec vous, qu'il en soit ainsi. Je n'ai pas à approuver ou désapprouver son choix, j'ai juste à accepter qu'il puisse connaître enfin un peu de bonheur. »

« Ton approbation est quand même importante pour nous, Pa » nota Jethro. « Même si nous n'attendions pas de ta part une totale acceptation, savoir que tu ne rejettes pas Tony est un point positif pour moi. Sans cette condition, notre propre relation père-fils aurait tourné court et il va sans dire que j'aurais choisi Tony plutôt que toi. »

« C'est compréhensible, Leroy et je n'aurais pas forcé ta décision de rompre tout contact avec moi si cela avait été le cas » approuva Jack.

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Le vieil homme se leva et observa un instant les deux hommes. Tony avait agrippé la main de son fils quelques minutes plut tôt et ne l'avait pas relâchée. Il avait noté l'éclair de gratitude qui avait traversé les yeux de Leroy pour ce support inconditionnel de son compagnon. Il leur sourit avant de terminer leur discussion.

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« Bien, maintenant que ce point est éclairci, tu as annoncé votre projet de prendre quelques jours » déclara Jack. « Où comptes-tu emmener ton compagnon si toutefois, ce n'est pas un secret. »

« Là où tu m'emmenais parfois en camping » répondit mystérieusement Jethro.

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Jack le contempla quelques secondes avant que la réponse de son fils ne soit décryptée. Un sourire de connivence fut partagé entre père et fils lorsque Jack comprit que la destination devait être ignorée par l'italien. Mais les deux hommes n'avaient pas compté sans la déduction logique de l'italien.

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« Dois-je en déduire que je ne dois pas être mis au courant du but de ce voyage prévu en grand secret ? » questionna-t-il innocemment en jetant un regard peiné à son homme.

« Comment… » s'étonna l'ancien marine sans terminer sa phrase.

« Je te connais et ton attitude était en soi une indication que tu préparais quelque chose » répondit Tony d'un air amusé. « Tes fréquentes absences pour charger le camion ne sont pas passés aussi inaperçus que tu le pensais. »

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Il éclata de rire devant le regard indigné de l'ancien marine. Pour se faire pardonner, il déposa un rapide baiser sur les lèvres de son compagnon qui, inévitablement, dura plus que quelques secondes. Jack sourit de voir la complicité aussi totale qui régnait entre les deux hommes. Elle lui rappelait celle que Leroy partageait avec sa première femme Shannon, elle était différente tout en étant semblable.

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Jack quitta la pièce sans que les deux hommes ne s'aperçoivent de son départ. Ils étaient bien trop préoccupés à s'embrasser pour s'en rendre compte, ce que le vieil homme comprenait. Mais il avait besoin de quelques minutes pour se reprendre et digérer la nouvelle ou plutôt la confirmation de ses soupçons.

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Son fils n'avait jamais montré d'intérêt pour le sexe masculin et le voir heureux avec un autre homme était quand même un choc même s'il était préparé à la révélation depuis plusieurs heures. Trop peu de temps pour se faire à l'idée qu'il n'aurait jamais plus de petit enfant à câliner et gâter. Kelly avait été son rayon de soleil mais elle était partie depuis si longtemps.

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Malgré tout ça, il pouvait comprendre que son fils veuille tenter sa chance avec un autre homme. Après un veuvage et trois divorces compliqués, difficiles et haineux, il aspirait sans doute à quelque chose de différent. Et pour de la différence, elle était de taille !

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Leroy était un être qui ne dévoilait pas souvent ses pensées et avait en horreur d'étaler sa vie privée. Son partenaire semblait tout le contraire de son fils et comme disait le proverbe : ''les contraires s'attirent''. Jack doutait que le choix de Leroy soit anodin mais un autre proverbe ''l'amour rend aveugle'' pouvait s'appliquer à la situation.

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Le scepticisme de Jack était cependant mitigé, il avait observé l'interaction entre les deux hommes et il n'avait jamais vu une telle réaction de la part de son fils envers un autre humain, ils étaient si intensément conscients l'un de l'autre qu'ils pouvaient communiquer d'un regard et se comprendre parfaitement.

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Le vieil homme était soufflé de constater que par certains côtés, oh très légers, l'italien lui faisait penser à Shannon. Sans doute son inépuisable énergie, sa vitalité la lui rappelaient trop bien. Tony avait un effet positif sur son fils, il le secouait et l'obligeait à réagir, ce que Shannon avait su faire en son temps lorsque Leroy était plus jeune et plus ouvert. Le drame avait changé les choses et son attitude s'était modifiée.

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La conséquence en avait été une course effrénée pour retrouver la disparue et avait conduit son fils à épouser des femmes qui ne la valaient pas. Une chevelure rousse était tout ce qu'elles avaient en commun avec sa belle-fille et bien vite, la vie de couple et les exigences d'une femme délaissée l'avaient conduit à comprendre qu'il avait fait une erreur.

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Cette fois pourtant, Leroy avait fait un choix totalement à l'opposé et on ne pouvait faire plus comme opposé. Tony ne pouvait se comparer à Shannon autrement que dans certaines attitudes. Et Shannon possédait de jolies prunelles bleues et non vertes comme celles de l'italien. Ce qui était encore une notable différence entre les deux.

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Pour sûr, l'italien était un homme complexe mais fascinant, tantôt sûr de lui et tantôt manquant de confiance en soi. Il était un parfait contraste avec Leroy dont il contrebalançait le caractère. Tony était exubérant tandis que Leroy était calme et réservé. Le jeune homme était curieux et n'hésitait pas à exprimer son opinion là où Leroy avait tendance à laisser parler ses actions.

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Le patriarche se félicitait d'avoir osé aborder le sujet et d'avoir éclairci les choses entre son fils et lui. Il avait tellement souffert de l'absence de contact entre eux qui avait suivi la mort de sa belle-fille et de sa petite-fille. Son attitude jugée irrévérencieuse par Leroy durant la cérémonie funéraire avait conduit à une rupture entre les deux hommes que son fils avait décrétée définitive.

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Il avait béni le ciel lorsque le destin avait voulu que Leroy revienne dans sa vie et choisisse de reprendre leur relation filiale même si le conflit qui avait motivé leur séparation n'était pas résolu. Le temps avait passé et la vie marqué l'homme que Leroy était à l'époque. L'échec de trois mariages l'avait rendu plus prudent et plus circonspect dans ses relations féminines.

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Chaque séjour de son fils à la maison familiale avait vu certaines femmes venir tenter leur chance de le conquérir. Leurs tentatives avaient amusé les deux hommes qui en avaient même ri de bon cœur. Aucune rebuffade n'avait découragé ces prétendantes de continuer leur assaut de séduction jusqu'au jour où Jack leur confiait l'arrivée imminente de la fiancée de son fils.

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La seule qui fut difficile à convaincre avait été Mary-Ellen, une amie d'enfance qui avait toujours été amoureuse de Leroy depuis l'école maternelle. Elle avait été choquée lorsque son ami avait épousé Shannon et avait fui loin de Stillwater pour revenir lorsque son propre mariage s'était soldé par un divorce difficile. Elle était alors rentrée s'installer dans sa ville natale avec ses deux enfants et avait cherché à refaire sa vie. Leroy était revenu à ce moment propice.

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Elle avait donc entrepris sa campagne de séduction et pour ce faire, avait réussi à écarter les deux ou trois autres femmes vénales uniquement intéressées par le bon parti qu'était son fils. Outre le magasin, Leroy hériterait d'une ferme avec quelques centaines d'hectares de bonne terre agricole et d'une petite cabane dans les bois où le confort était moins que rudimentaire.

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Mary-Ellen avait tout fait pour tenter Leroy qui, lui, n'était nullement enclin à répondre favorablement à la cour assidue de son ancienne amie. Il avait fallu toute la diplomatie de Jack pour faire lâcher prise à la femme délaissée qui, finalement, s'était tournée vers quelqu'un d'autre et filait, depuis lors, le parfait amour. A sa grande surprise, ses enfants et son nouveau mari Matt s'entendaient à merveille. Il en allait de même avec les enfants de son mari, ce qui avait facilité les choses. Depuis, elle avait oublié Leroy.

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Son troisième divorce en poche, Leroy avait claironné que l'on ne l'y reprendrait plus. Depuis cette date, quelques liaisons sans importance s'étaient succédées jusqu'au jour très récent où Jack avait vu arriver Leroy chez lui totalement dévasté. Son fils ne s'était pas étendu sur la rupture qui avait provoqué son état mais Jack n'était pas dupe. La tristesse qui émanait de son fils révélait plus que Leroy n'avait dit.

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Il n'était pas besoin d'être médium pour deviner que cette fois-ci, l'affaire était sérieuse. La femme qui avait laissé tomber son fils ne devait pas être n'importe qui, leur relation avait dû être importante à ses yeux pour qu'elle provoque ainsi une telle douleur. Aucun de ces trois mariages ratés n'avait engendré une telle réaction après le divorce. Bien au contraire, ce fut du soulagement qu'avait ressenti son fils.

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Et maintenant que le mystère était levé et que Jack voyait les deux hommes ensemble et ne cachant plus leur lien, il comprenait bien mieux l'attitude réservée qu'il avait eue en arrivant et la discrétion qu'il avait adoptée concernant la personne responsable de son état. Jack n'avait jamais ouvertement discuté de sa position relative à l'homosexualité avec son fils, aucun d'eux n'avait jamais eu l'occasion d'aborder le sujet.

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Pourtant, le vieil homme savait que son fils rencontrait ce genre de sujet dans son travail mais il n'avait cependant pas voulu débattre des enquêtes sur lesquelles il travaillait lorsqu'il lui rendait visite. Il arguait volontiers qu'il passait assez de temps au travail et ne désirait pas encore en parler lors de ses trop rares moments de détente. C'est ainsi qu'aucun des deux hommes ne se permettait de lancer un controverse sur certains sujets délicats.

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Malgré tout, Jack ne pouvait s'empêcher de regretter de n'avoir pas forcé parfois les choses, s'il avait passé outre le désir de Leroy, la situation actuelle ne se serait jamais présentée et son fils lui aurait spontanément parlé de Tony. Il était vrai que Jack n'avait jamais été le confident de son fils durant son enfance, sa mère était le récipiendaire de ses états d'âme.

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Et même s'il était heureux d'avoir aplani un sujet pour le moins délicat avec Leroy, il ne pouvait s'empêcher de penser que cette fois-ci encore, rien n'était définitif. Tant que son fils vivrait à Washington et Tony à Forth Worth, la séparation risquait de briser leur couple. Il ne faisait jamais bon de mener une liaison longue distance.

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Il soupira malgré sa relative joie. Il ne dévoilerait pas le fond de sa pensée à son rejeton mais il se promit d'être là lorsque la rupture inévitable se produirait. Il supporterait son fils du mieux qu'il pourrait et l'aider à aller de l'avant et lui éviter de se morfondre une fois de plus en constatant qu'il ne pourrait pas être heureux encore cette fois.

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Tandis que Jack se plongeait dans ses pensées dans la cuisine, les deux amoureux étaient engagés dans une discussion sérieuse après les propos énoncés par le patriarche à son fils.

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« Il accepte notre relation, Tony et j'en suis heureux » déclara Jethro, le soulagement perceptible dans sa voix. « Malgré son âge et la mentalité de la ville, il ne nous regarde pas comme des montres ou des dépravés et c'est… »

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Il ne savait pas comment définir exactement le sentiment de plénitude qui l'avait envahi lorsque son père avait annoncé que sa relation avec un autre homme ne le dégoûtait pas. Les deux hommes n'avaient jamais abordé un sujet aussi délicat durant leurs années de vie commune et après son retour à Stillwater bien des années auparavant, c'était encore tabou d'en parler.

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Tony le regarda et Jethro discerna quelque chose dans son expression qu'il ne put déchiffrer. L'italien avait peu participé à la discussion et ses deux remarques avaient comporté une certaine retenue inhabituelle pour quiconque connaissait son homme. Quelque chose avait gêné Tony dans les propos de Jack, de ça, Jethro était certain et il allait devoir en avoir le cœur net avant de songer à leur petite escapade.

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« Tu as semblé bien distant ou du moins, prudent dans tes remarques » nota l'ancien marine. « As-tu des doutes sur la sincérité de mon père à notre sujet ? »

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Tony le contempla durant un moment avant de se décider à lui répondre et ce n'était pas, là encore, une attitude fréquente chez lui. Il était connu pour sa franchise même si elle dérangeait ses interlocuteurs. Mais ici, il était bien trop silencieux pour que Jethro ne s'inquiète pas.

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« Non, Jet, je ne doute pas que ton père soit franc et son opinion me paraît sincère » commença Tony. « Je pense simplement qu'il émet des doutes sur la longévité de notre relation, tes divorces lui ont donné un exemple négatif sur tes rapports avec tes partenaires précédentes. »

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Tony s'arrêta dans sa tirade et se mordit la lèvre inférieure, signe évident chez lui qu'il était indécis sur la nécessité de poursuivre sa pensée. Alors Jethro décida de l'encourager à sa manière, il posa une main sur le cou de l'italien et lui prit la main et entrelaça leurs doigts.

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« Continue, je t'en prie. Je ne vais pas t'en vouloir d'oser exprimer ton opinion, Tony » affirma-t-il en lui serrant les doigts. « Tu as le droit de ne pas être du même avis que moi à son sujet, tu ne le connais pas aussi bien que moi. »

« C'est sans doute parce que je suis un étranger que je remarque plus facilement certains détails que des proches ne discernent plus, Jet » indiqua son ami. « Jack t'aime et ne veut que ton bonheur, j'en reste persuadé. Cependant, il a en mémoire tes précédents échecs et leurs conséquences. Et te voir maintenant engagé à nouveau dans une relation, qui plus est avec un homme, ne va pas le tranquilliser pour autant. Il redoute que l'éloignement ne brise notre lien et te laisse anéanti par ce nouveau coup du sort. »

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Jethro observa son partenaire quelques instants avant de parvenir à rassembler assez de courage pour parler.

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« Est-ce également ton avis ? Penses-tu que nous sommes destinés à faire un bout de chemin ensemble avant de partir chacun de son côté ? » demanda-t-il, laissant paraître son anxiété.

« Si j'ai un mot à dire à ce sujet, je crois que ma présence ici est déjà en soi une réponse à ta question, Jet » objecta Tony. « Je suis bien trop fou de toi pour te laisser compromettre notre relation par de stupides idées et des peurs irrationnelles. Je veux que tu fasses partie de ma vie et pas seulement pour quelques années. Je veux vieillir à tes côtés, je veux te voir chaque jour étendu près de moi à mon réveil, je veux t'entendre maudire ton âge lorsque les rhumatismes te rappelleront à l'ordre, je veux que tu sois celui qui partage ma salle de bains et ma chambre. En un mot, je ne peux que souhaiter que nous passions les prochaines décennies à nous disputer puis nous réconcilier avant de nous aimer passionnément. Suis-je suffisamment clair pour toi ? » termina l'italien.

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Le sourire qui étira les lèvres de Jet et illumina son visage était en soi une réponse suffisante mais Tony avait besoin d'entendre les mots. Il pencha la tête sur le côté dans un geste familier et attendit donc que son compagnon lui réponde.

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« J'adhère entièrement à ta vision de notre vie, Tony » murmura-t-il enfin. « Elle reflète totalement mes souhaits et mes désirs. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, pas plus que les mois et les années futures mais être avec toi, savoir que tu es là parce que tu as choisi de ton plein gré de lier ton destin au mien, moi qui ne suis qu'un vieux grincheux, va m'aider à faire les efforts nécessaires pour préserver notre amour. Quelque chose que je n'ai jamais cherché à faire dans mes précédents mariages après avoir réalisé que celle qui était ma femme à ce moment-là ne serait jamais celle qui me retiendrait indéfiniment. »

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Les deux hommes se fixèrent un bon moment sans parvenir à exprimer autre chose, leurs paroles venaient de définir les grands traits de leur vie future mais une seule chose pouvait encore sceller définitivement ce pacte tacite entre eux. Et chacun d'eux finit par le formuler en même temps.

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« Veux-tu m'épouser, Jet ? » demanda Tony.

« Me feras-tu l'honneur de devenir mon époux ? » questionna Jethro.

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A peine les deux questions posées que leurs expressions ébahies leur firent comprendre qu'ils avaient eu la même idée au même instant. Ce fut Tony qui allégea l'atmosphère en éclatant de rire avant de se jeter dans les bras de son compagnon et en le serrant presque à l'étouffer. Jet subit l'étreinte et la rendit avec plus de légèreté. Savoir qu'ils étaient sur la même longueur d'ondes était un miracle.

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Tony s'écarta enfin et contempla son… futur époux, il pouvait le dire et l'apprécier, avant de se rendre compte que Jethro attendait anxieusement sa réponse même s'il tentait de paraître calme. Dans d'autres circonstances, il aurait joué un peu et l'aurait fait mariner mais ici et maintenant, il n'en avait pas le cœur.

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« Ma réponse est… oui, je le veux » souffla Tony avant d'enfouir sa tête dans le creux de l'épaule de Jet.

« Merci, mon dieu » soupira Jet avant de déposer un baiser dans la chevelure de l'italien.

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Les deux hommes restèrent ainsi quelques minutes avant qu'une idée ne traverse l'esprit de Tony. Il la médita un instant avant d'oser la soumettre. Il la fit d'une voix basse afin de n'être entendu que de l'ancien marine.

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« Je voudrais que l'on garde notre décision pour nous, pour l'instant du moins, Jet, s'il te plait » plaida-t-il presque. « Je veux savourer l'idée avant de l'annoncer. »

« Tout ce que tu veux, Tony » approuva Jethro prêt à accorder à l'italien ce qu'il voulait. « Mettons nous au courant Jack ? » demanda-t-il tout aussi doucement.

« Non, personne pour le moment » décréta fermement Tony.

« Une raison particulière ? »

« Attendons que la situation au NCIS soit éclaircie, que tu y penses tranquillement, que nous déterminions les modalités de notre vie » répondit le jeune homme. « Et puis, j'ai simplement envie de garder ce secret quelque temps juste entre nous deux. »

« D'accord » accepta Jet en déposant un autre baiser sur son front.

« Nous devrions songer à charger le camion si nous devons faire de la route » remarqua Tony.

« Oui, il serait temps de nous mettre en route pour avoir le temps de nous installer » approuva Jet en se levant.

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Les deux hommes saluèrent Jack qui revenait de la cuisine, sortirent en se tenant la main et à la surprise de l'italien, n'eurent qu'à s'installer dans le véhicule déjà chargé de tout un matériel et de provisions.

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Le prochain chapitre sera un lemon. A vous de me dire si vous désirez le lire ou non.

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A bientôt