Chapitre 5 : Premier match
Point de vue de Drago Malefoy
Alors qu'il se dirigeait vers la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner, Malefoy repensa à la soirée de la veille. Cela l'avait beaucoup amusé de voir la tête de Weasley quand il avait posé la main sur la née moldue ; mais il n'oubliait pas la véritable raison qui l'avait motivé à faire ce geste qui l'avait répugné.
Lorsque Malefoy s'approcha de la table des Serpentards et prit place en face de Zabini, il lui sembla que des dizaines de têtes s'étaient tournées vers lui. La jumelle Patil n'avait pas réussi à tenir sa langue, visiblement.
_ Est-ce que je dois vraiment te dire pourquoi tout le monde te regarde comme ça ou est-ce que tu es déjà au courant ? l'interrogea Zabini en se retenant de rire.
_ Je suis déjà au courant, lui répondit Malefoy avec un clin d'œil.
_ C'est bien ce que je me disais… dit Zabini avec un sourire entendu. J'imagine que tu t'es bien amusé.
_ J'essaye surtout de graver dans ma mémoire la tronche de Weasmoche quand j'ai peloté Granger.
Zabini pouffa de rire. Pansy Parkinson, elle, avait nettement moins envie de rigoler. Elle arriva à la hauteur de Malefoy comme une furie, le visage empourpré et semblait sur le point de lui jeter un verre de jus de citrouille à la figure.
_ J'ai entendu au moins cinq élèves dire que tu sors avec la Sang-de Bourbe ! C'est quoi encore cette histoire, Drago ?!
_ Déjà, Pansy, je ne sors pas avec Granger, j'ai juste rigolé un peu aux dépens de Weasley hier soir. Ensuite, ce n'est pas parce qu'on se voit de temps en temps que ca te donne le droit de contrôler qui je vois ou pas.
Pansy avait l'air de quelqu'un qui a malencontreusement avalé une balle de golf.
_ « Rigolé un peu » ? Ca veut dire quoi ça, Drago ?
Malefoy lui expliqua l'épisode de la veille et Pansy sembla respirer un peu mieux mais paraissait toujours très contrariée.
_ J'arrive pas à croire que tu aies pu toucher ce laideron.
_ N'exagère pas, Pansy, dit Zabini. Elle serait vraiment à mon gout si ça n'était pas une née-moldue de la pire espèce. D'ailleurs, j'ai du mal à croire qu'elle soit sortie avec Weasley, pas vrai Drago ?
_ Ouais, sans doute.
Pendant que Pansy ruminait ans son coin, Drago repensa aux paroles de Zabini. C'est vrai que Granger n'était pas affreuse à regarder, mais, de là à dire qu'il pourrait envisager un rapprochement entre eux, il y avait encore un très long chemin à faire. Il pouvait se vanter d'avoir fréquenté quelques jolies filles de l'école et d'autres, nettement moins attrayantes mais entreprenantes. Mais jamais il ne pourrait s'abaisser à ne serait-ce qu'embrasser Granger ; du moins, il ferait son possible pour parvenir à ses fins sans avoir besoin d'aller jusque là.
C'est ce moment-là que choisit la fille en question pour pénétrer dans la Grande Salle et s'asseoir à la table des Gryffondors.
Point de vue d'Hermione Granger
Sur le chemin menant à la Grande Salle, Hermione se remémorait les évènements étranges de la veille. Elle se sentait à la fois plus contrariée et plus légère que le jour précédent à la même heure. La trahison de Ron était, certes, dure à avaler, mais elle avait eu le mérite de faire disparaitre tout sentiment amoureux à son égard. Elle ne ressentait plus que de la colère et du ressentiment envers lui et son seul désir était de se trouver le plus loin possible de sa personne.
Ce n'est que lorsqu'elle pénétra dans la Grande Salle et qu'elle vit des dizaines et des dizaines de paires d'yeux se tourner vers elle qu'elle pensa qu'il était fort probable que Padma Patil ait, accidentellement bien sûr, raconté ce qu'elle avait vu à toute l'école. C'était assez impressionnant de voir à quelle vitesse se propage une rumeur surtout, dans le cas présent, en l'espace d'une seule nuit.
Lorsqu'elle se fut assise en face de Harry et Ginny, cette dernière ne lui laissa même pas le temps de leur dire bonjour et lui sauta littéralement à la gorge.
_ Hermione, tu n'aurais pas quelques explications à nous fournir ? Un petit détail dont tu aurais omis de nous faire part, comme, je sais pas moi… le fait que tu vois Malefoy en douce le soir très tard devant la salle de bain des préfets ?
Elle avait chuchoté si fort que les quelques personnes assises autour d'eux s'étaient retournés et regardaient Ginny avec intérêt.
_ Je crois que si tu chuchotes aussi fort, tu peux carrément parler normalement, ca ne fera aucune différence, lui assura Harry en riant.
_ Désolée, dit-elle négligemment en se tournant à nouveau vers Hermione, avec des yeux ronds comme des capsules de Bièraubeurre, avide d'entendre sa version des faits.
_ Ginny, ne t'attend à rien d'exceptionnel. Enfin si, mais pas me concernant… marmonna Hermione qui sentait sa mauvaise humeur prendre le dessus.
Une fois qu'elle eut fait le récit de ses péripéties de la soirée, Ginny eut la réaction qu'Hermione imaginait.
_ QUOI ?
_ Chut, Ginny ! l'intima Hermione pour essayer de la calmer.
_ J'y crois pas ! Je vais le tuer !
_ Ginny, j'apprécie ton soutien, sincèrement, mais j'aimerais bien que tu ne partages pas notre conversation avec toute l'école…
_ Hermione, là ça dépasse tout ce que j'avais imaginé, s'exclama Ginny en ignorant ce que venait de lui dire son amie. Je pensais que Ron n'était pas dans son assiette et qu'il se sentait juste flatté par les niaiseries de Padma, je ne pensais pas qu'il se laisserait prendre dans ses filets…
_ Ses filets… pouffa Harry qui s'arrêta immédiatement lorsqu'il croisa le regard sévère de Ginny.
_ D'ailleurs, il est où ce crétin ?! exulta Ginny en le cherchant des yeux.
_ Il n'est pas descendu prendre le petit-déjeuner, il est parti directement dans les vestiaires, répondit Harry.
_ Les vestiaires ? s'étonna Hermione avec une expression d'incrédulité sur le visage.
_ Tu as oublié que le premier match de Quidditch était aujourd'hui ? Gryffondor contre Serdaigle. Harry contre Cho. Comment l'oublier ? dit Ginny d'une voix mielleuse, un grand sourire hypocrite sur le visage.
Harry et Hermione ne purent s'empêcher de rire. Il était de notoriété publique que Ginny ne portait pas Cho Chang dans son cœur.
_ Il faut qu'on aille enfiler nos tenues, Harry ! Il est déjà 10 heures moins le quart ! s'écria Ginny en se levant comme si elle était sur des ressorts.
Après leur avoir souhaité bonne chance, Hermione aperçut Luna et Neville, en grande conversation près de la porte de la Grande Salle et décida d'aller les saluer. Alors qu'elle s'apprêtait à quitter la table des Gryffondors, elle leva les yeux vers celle des Serpentards et aperçut Malefoy.
Il riait sûrement à une blague de Zabini. Il avait l'air plus en forme que la veille et Hermione ne put s'empêcher d'être reconnaissante envers lui pour ce qu'il avait fait devant Ron, même si elle savait que c'était plus pour se payer sa tête que par pure charité. Il lui avait ainsi évité de passer pour l'ex petite-amie éplorée et complètement désespérée et rien que pour ça elle ne lui vouait plus une haine aussi farouche que durant les sept dernières années.
Soudain, il leva les yeux vers elle, le visage encore rieur.
Elle se sentit rougir de s'être ainsi faite repérer en train de le regarder. Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle l'observait parce qu'elle s'intéressait à sa vie ou quoi que ce soit d'autre. Elle détourna rapidement les yeux, se sentant rougir encore plus. « Merlin, Hermione, tu aggraves ton cas là. Allez, sauve les meubles, lève-toi maintenant et sort d'ici ! ». Et c'est ce qu'elle fit. Elle ne se retourna pas pour regarder si Malefoy la suivait toujours du regard car, si c'était le cas, elle aurait atteint le summum du ridicule.
_ Oh salut Hermione ! s'exclama Luna en la voyant approcher.
Ce qui était appréciable, avec Luna Lovegood, c'est qu'elle était autant au courant des rumeurs qui circulaient dans l'école qu'une racine de Snargalouf. C'est donc en compagnie de Neville et de Luna qu'Hermione fit le chemin menant au stade, dont les tribunes semblaient être déjà bien remplies. Parfois, elle voyait quelques regards se tourner vers elle, mais elle pensa que, d'ici une journée, la rumeur serait étouffée dans l'œuf quand les élèves verraient qu'elle n'avait rien à voir, de près ou de loin, avec Drago Malefoy.
Les trois amis prirent place dans la tribune des Gryffondors, entièrement ornée de banderoles rouge et or. Mme Bibine se tenait déjà au milieu du terrain lorsque les deux équipes pénétrèrent dans le stade. Hermione ne put s'empêcher d'esquisser un sourire lorsqu'elle aperçue Ginny couper la route à Cho pour se placer à la droite de Harry. Elle eut cependant nettement moins envie de sourire en voyant Ron se placer devant ses buts et elle fut très satisfaite de voir qu'il paraissait presque sur le point de tourner de l'œil.
_ Bienvenue à tous pour ce match durant lequel vont s'affronter les équipes de Serdaigle et de Gryffondor ! Le capitaine des Serdaigle, Cho Chang, nous présente ici une belle équipe qui compte deux nouveaux poursuiveurs : Stewart Ackerley et Morag MacDougal ! Pour ce qui est des Gryffondor, il semble que Potter ai décidé de recycler ses anciens joueurs bien qu'il n'ait pas trop le choix étant donné que son meilleur ami et sa petite copine font partie de l'équipe.
Hermione n'eut même pas besoin de lever les yeux vers la tribune officielle pour savoir à qui appartenait cette voix. Qui avait eu la brillante idée de confier les commentaires du match à Zacharias Smith ? Visiblement pas le professeur McGonagall qui le regardait comme si elle allait lui couper les cordes vocales.
_ Mme Bibine vient de siffler le coup d'envoi ! Et le Souafle est pour Gryffondor avec un joli coup de Ginny Weasley, qui fait une passe à Robins, qui se dirige vers les buts adverses… DIX POINTS POUR GRYFFONDOR !
Une salve d'applaudissements et de sifflements assourdissants jaillit des tribunes de Gryffondor.
_ Serdaigle à récupéré le Souafle… McDougal… Bradley…qui va tenter les quinze mètres et OUI, DIX POINTS POUR SERDAIGLE ! On dirait que Ronald Weasley n'est pas au meilleur de sa forme…
Hermione aperçut, même de loin, les oreilles de Ron devenir écarlates et eu un léger pincement au cœur. Même si elle ne le portait pas dans son cœur dernièrement, elle ne souhaitait quand même pas son malheur et elle savait à quel point ces matchs de Quidditch le tétanisaient. Elle se mit mentalement une énorme claque et la voix de la colère lui susurra qu'il avait Padma Patil pour le plaindre et qu'il n'avait plus besoin d'elle.
Le match battait son plein et lorsqu'Hermione sortit de ses pensées, elle entendit un nouveau « DIX POINTS POUR SERDAIGLE ». Visiblement, Ron prenait la pâtée de sa vie puisque Serdaigle avait déjà cinquante points contre dix pour Gryffondor.
_ Dean Thomas se saisit du Souafle, le passe à Ginny Weasley qui semble bien décider à tout défoncer sur son passage ! Elle lance le Souafle qui… PASSE ! DIX POINTS POUR GRYFFONDOR !
Soudain, Hermione vit Cho Chang prendre un virage à gauche et foncer en piqué vers un petit point lumineux qui voletait à quelques mètres du sol du côté de l'entrée des vestiaires. Harry, qui ne semblait l'avoir vu qu'une demie seconde après Cho, descendait également en piqué.
_ Apparemment, l'attrapeur de Gryffondor était trop occupé à regarder sa copine plutôt que de chercher le Vif d'Or… Vont-ils l'attraper ?... Et non, raté, le Vif d'Or a été plus rapide !
Le Vif d'Or s'était volatilisé et Hermione voyait Harry observer intensément chaque mètre carré du terrain. Elle tourna la tête vers la tribune des Serpentards et s'aperçut qu'aucune chevelure blonde ne se trouvait aux côtés de Zabini et Goyle.Si Malefoy préparait un mauvais coup, elle se ferait une joie de le coincer. Elle trouvait son comportement vraiment louche ; très différent du Malefoy qu'elle avait eu l'occasion de côtoyer et de détester tout au long de sa scolarité.
_ Ackerley s'est emparé du Souafle… il fonce vers les buts, Weasley va-t-il enfin arrêter ce tir ? … Ouch, ça doit faire très mal, joli coup de Jimmy Peakes le batteur de Gryffondor ! Et Robins s'empare du Souafle… remonte vers les buts adverses et… MARQUE ! DIX POINTS POUR GRYFFONDOR !
Soudain, tout le stade retint son souffle. Harry descendait en piqué à une vitesse vertigineuse, Cho Chang dans son sillage et…
_ Harry Potter a attrapé le Vif d'Or ! GRYFFONDOR GAGNE !
Hermione sauta de joie sur place, comme tous les Gryffondor présents dans les tribunes. Elle vit Ginny atterrir pour sauter dans les bras de Harry et tous les autres joueurs de l'équipe fondre sur eux comme une marée humaine. Seul Ron s'éloignait déjà vers les vestiaires. Padma Patil se ferait sûrement une joie de le réconforter… pensa Hermione.
Dix minutes plus tard, Hermione rentrait au château aux côtés d'Harry et Ginny qui fulminait tout en trainant des pieds.
_ Ce Zacharias Smith, si je pouvais lui faire fermer sa grande bouche…
_ Ginny, tout le monde sait que tu es dans l'équipe parce que tu es une très bonne joueuse ! Personne n'écoute ce que dit ce décérébré, essaya de la rassurer Hermione.
_ Ron est rentré directement au château ? demanda-t-elle, ce qui montrait qu'elle voulait clairement changer de sujet.
_ Oui, je l'ai vu quitter le stade juste après la fin du match. Il ne vous parle plus à vous non plus ?
_ Il m'a parlé un peu, affirma Harry d'une voix triste. Mais il a l'air d'avoir le moral dans les chaussettes. Il est vraiment mal à l'aise de t'avoir fait du mal Hermione.
_ Mal à l'aise ?! s'écria Hermione, outrée. Oh s'il est seulement mal à l'aise, le pauvre biquet, ça lui passera.
_ Je n'essaye pas de le défendre, c'est juste que malgré le fait qu'il ai été vraiment bête sur ce coup-là…
Hermione le fusilla du regard.
_ Bon, qu'il ait été un vrai crétin si tu préfères… Et bien, c'est quand même notre ami, faut pas l'oublier…
Ginny fit semblant de vomir en se mettant deux doigts dans la bouche, ce qui fit beaucoup rire Hermione mais beaucoup moins Harry. En traversant la cour pavée, Hermione ne savait pas encore que sa journée allait prendre un tournant fort désagréable.
_ Hé Granger ! meugla Pansy Parkinson qui était tranquillement appuyée contre un arbre en compagnie de Zabini. Ton petit toutou Weasmoche ne te suit plus partout comme ton ombre ? Que c'est pathétique…
_ En parlant de petit toutou, sympa ta nouvelle coiffure Parkinson ! C'est très…Wouaf wouaf ! lui lança Ginny avec un regard haineux (son imitation du chien était parfaite, soit dit en passant).
_ Fais attention à toi Weasley, sinon tu pourrais très bien retrouver une surprise dans ton jus de citrouille, la menaça Pansy.
_ Et toi tu auras aussi une grosse surprise si tu ne la ferme pas ! rétorqua Ginny.
Elle commençait à perdre patience et Pansy sembla le remarquer puisqu'elle se détourna d'elle.
_ Je parlais à Granger, Weasley ! Tu as perdu ta langue ? dit-elle en s'adressant à Hermione avec un sourire mauvais.
_ Elle est toujours là, je te remercie. Et la tienne aussi j'espère… dit Hermione d'un ton faussement inquiet. Les garçons de Serpentard seraient tous tellement déçus qu'elle disparaisse.
_ Tu insinues quoi là ?! s'écria Pansy en pointant son vilain doigt sur Hermione.
Celle-ci sentait qu'Harry essayait de la faire taire pour que les choses ne s'enveniment pas mais elle était certaine que Ginny jubilait de voir qu'elle rendait à Pansy la monnaie de sa pièce, ce qui la poussa à porter le coup de grâce.
_ Je dis simplement que tu n'es bonne qu'à faire le trottoir.
SLASH ! Pansy venait de lui asséner une claque monumentale. Bon, celle-là elle l'avait peut-être méritée. Elle porta la main à sa joue tandis que Ginny, ceinturée par Harry, tentait de se jeter sur Pansy Parkinson qui semblait folle de rage. Zabini, lui, semblait beaucoup s'amuser.
_ Tu vas regretter ce que tu as dis, Granger ! Et tu vas regretter de tourner autour de Drago (Hermione manqua de s'étrangler avec sa salive en voulant rétorquer). Tu fais ta mijaurée mais moi j'ai bien remarqué ton petit jeu ! lui cracha-t-elle au visage. Allez viens Blaise, on s'en va avant que des dents de castor nous poussent au contact de cette Sang-de-Bourbe.
Lorsqu'ils se retrouvèrent à nouveau seuls, Harry se tourna vers Hermione, les bras croisés et un sourcil levé.
_ T'es pas allée un peu loin là ?
_ Tu rigoles ou quoi ? s'indigna Ginny. Elle a été parfaite ! Tu ne vas pas défendre ce vieux bouledogue quand même ? Elle l'a giflée !
_ Non, c'est vrai que ça ne me ressemblait pas… reconnut Hermione, un peu honteuse.
En fait, elle regrettait déjà ses paroles et savait pertinemment que Pansy allait les lui faire payer. Elle avait été méchante et cela l'avait défoulé sur le moment, mais elle savait qu'elle s'était comportée exactement comme celle qu'elle avait insultée. C'est-à-dire comme une immonde peste. Le pire c'est que, bien que Pansy soit assez provocatrice envers la gente masculine, elle était, à côté de ça, une assez bonne élève qui avait sûrement d'autres projets que « faire le trottoir ». Merlin, où est-ce qu'elle était allée pêcher une injure pareille ?
_ Oh allez va, tu t'es lâchée et voila… Elle l'a bien cherché aussi ! s'exclama Ginny. Elle t'a giflé ! Et elle t'a insultée de Sang-de-Bourbe !
_ Après que je l'ai accusée d'être une fille facile, Ginny…
_ Oui, bon… Mais c'est pour toutes les autres insultes qu'elle t'a dites ces sept dernières années. Voila, fin de la séance d'auto-flagellation ! conclut la jeune fille rousse d'une voix ferme.
Il n'était sûrement pas loin de midi car Hermione sentait son estomac crier famine. En entrant dans la Grande Salle, elle vit que Ron avait déjà pris son repas et qu'il s'apprêtait à quitter la table des Gryffondors. Il s'était sûrement dépêché d'avaler son déjeuner pour éviter toute confrontation avec les autres élèves. Lorsqu'il croisa ses amis, il continua à marcher droit devant lui, la tête résolument baissée. Harry fit alors un signe de la main à Ginny et Hermione pour leur dire qu'il les rejoindrait plus tard et suivit son ami qui quittait la Grande Salle.
_ Hermione !
Ernie MacMillan se dirigeait vers elle avec un air profondément solennel.
_ Le professeur McGonagall veut nous voir dans son bureau…
_ Maintenant ?
_ Oui, elle veut nous parler de la soirée de Noël.
Après avoir jeté un regard larmoyant à l'énorme plat de viande en sauce qui lui tendait les bras, Hermione emboita le pas à Ernie.
L'entrevue dura une bonne demi-heure, une demi-heure de torture psychologique. Hermione n'avait aucune envie d'aller à cette soirée de Noël et encore moins de l'organiser puisque cela impliquerait que sa présence soit quasi-obligatoire. Pourtant, c'est ce qu'elle allait devoir faire, en collaboration avec Ernie. Un cocktail…non mais vraiment ! Pourquoi pas une soirée déguisée ayant pour thème « l'Ere Jurassique » pendant qu'on y était, avec Pansy déguisée en tyrannosaure et Ron en larve ? En plus l'année des ASPIC ! Hermione n'avait même pas lu la moitié des livres qu'elle voulait assimiler avant la fin de l'année en plus du programme officiel de révision.
_ Miss Granger ?
Le professeur McGonagall venait de la tirer de ses divagations et elle réalisa qu'elle n'avait pas du tout prêté attention à ce qui avait été dit durant les cinq dernières minutes.
_ Euh…oui, excusez-moi, j'étais ailleurs… balbutia-t-elle, confuse.
McGonagall lui lança un regard sévère et poursuivit :
_ Je vous demandais à quel groupe vous pensiez pour animer la soirée. Bien sûr, nous ne voulons rien de trop… disons… exotique.
Hermione dut chasser de son esprit l'image d'une McGonagall se déhanchant sur une musique indonésienne, un chapeau de paille sur la tête et un pagne autour de la taille.
_ Oh, et bien… pourquoi pas les Bizarr' Sisters ? proposa Hermione, en songeant au bal de Noël qui avait eu lieu quatre ans plus tôt.
_ Les Bizarr' Sisters ? s'insurgea Ernie avec une moue dédaigneuse. Pourquoi ne pas faire quelque chose de plus raffiné cette fois ? Moi, je pensais plutôt à un quatuor à cordes…
Hermione manqua d'éclater de rire mais parvint à se contenir.
_ Un quatuor à cordes ? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Il faut quand même que les gens s'amusent Mr MacMillan et bien que je ne sois pas contre quelque chose de « raffiné », je pense que les Bizarr' Sisters feront parfaitement l'affaire, conclut McGonagall tandis que Ernie haussait les épaules d'un air résigné.
Une fois qu'ils eurent discuté de tous les préparatifs de la soirée, la directrice leur permit de prendre congé. Alors qu'Hermione remettait son écharpe et s'apprêtait à aller prendre un repas bien mérité, le professeur McGonagall s'approcha d'elle.
_ Miss Granger, avant que vous partiez, je souhaiterais vous parler de quelque chose.
Elle attendit qu'Ernie MacMillan soit à bonne distance pour poursuivre.
_ Ce que je vais vous révéler est assez confidentiel, alors je souhaiterais que vous n'en parliez ni à Mr MacMillan ni à aucun de vos amis. Ou peut-être seulement Potter, afin qu'il vous aide dans votre tâche.
_ Ma tâche ?
_ Lucius Malefoy a été retrouvé par un groupe d'Auror très tôt ce matin, dans une caverne à proximité de son manoir. Il essayait vraisemblablement de rentrer chez lui après s'être échappé. Il était dans un piteux état et a été transporté à l'hôpital Ste Mangouste. Il…délire un peu…d'après ce que m'a rapporté Kingsley Shackelbolt. Il croit que sa femme est Bellatrix Lestrange et qu'elle veut le tuer.
Hermione ne savait pas si elle devait se sentir mal ou si elle s'en fichait complètement. C'était peut-être un mélange des deux.
_ Oh… et, en quoi puis-je vous être utile, professeur ? demanda Hermione en essayant de se montrer un temps soit peu concernée par ce qu'elle venait de dire.
_ Vous allez vite comprendre, Miss Granger. Mr Malefoy a identifié ses agresseurs comme étant Rodolphus Lestrange, Goyle père et Amycus Carrow. Et j'ai de fortes raisons de penser que certains élèves de la maison Serpentard cherchent à s'en prendre à Drago Malefoy, aussi, je vous demanderais de surveiller de très prêt Gregory Goyle.
McGonagall lui demandait d'être le garde du corps de Malefoy. C'était la blague la plus étrange et, en même temps, la plus drôle qu'elle ai jamais entendu.
_ Vous voulez que je… protège Malefoy ? répéta Hermione d'une voix blanche.
_ Non, Miss Granger, ça c'est mon rôle. Je vous demande juste de surveiller Mr Goyle plus attentivement que d'habitude et de m'avertir au moindre incident, même minime, ajouta McGonagall. Il y aurait un mouvement de panique si les élèves savaient que des enfants de Mangemorts cherchaient à leur faire du mal, c'est pourquoi vous serez la seule au courant, avec Mr Potter si vous désirez le lui dire.
_ Très bien, je ne dirais rien. Et Malefoy ? Drago, il est au courant ?
_ Non. Il doit se comporter normalement avec son camarade, sinon celui-ci soupçonnerait quelque chose. Oh et, Miss Granger…
_ Oui ? l'interrogea Hermione qui sentait que le ton qu'avait pris McGonagall ne présageait rien de bon.
_ Etant donné que je ne tiens pas du tout à ce que Malefoy soit sans surveillance et à la merci de ces personnes mal intentionnés, je souhaiterais que vous lui laissiez vos appartements. Bien entendu, vous reprendrez votre place dans le dortoir de la Tour Gryffondor, avec vos camarades. Je crois savoir que vous ne vous faisiez pas une joie d'hériter de cette chambre de toute façon, cela arrange donc tout le monde, lui dit McGonagall avec un léger sourire.
_ Ah. Euh…oui oui… Ca ne me dérange pas du tout, professeur… (« Ca ne me dérange pas du tout ? Qu'est-ce qui t'a pris de dire ça, Hermione ?»)
_ Je dirais à M. Malefoy que cette chambre lui a été attribuée pour des raisons de sécurité mais je n'irais pas plus loin. Il a été absent toute la journée pour être au chevet de son père et il ne rentrera que demain dans l'après-midi, je ne lui ai donc pas encore annoncé son changement de situation, vous avez donc le temps de ranger vos affaires.
« Encore heureux » pensa-t-elle. Il ne manquerait plus qu'elle laisse ses robes de sorcière à Malefoy pour qu'il puisse en faire des descentes de lit, ou pire, sa lotion coiffante pour qu'il se fasse des permanentes, avec des bigoudis plein la tête. Trêve de plaisanteries, la situation était problématique.
Bien qu'elle n'appréciait pas trop sa chambre privée au début, elle avait fini par s'y habituer. En plus, c'était pour la donner à Malefoy… génial. Déjà qu'il se considérait comme un prince entouré de sujets, il fallait en plus qu'il récupère une chambre rien qu'à lui, qui plus est la sienne. Mais, par dessus tout, elle répugnait à l'idée de se retrouver dans le même dortoir que Parvati Patil, qui était la copie conforme de Padma. Cela devait être une sensation incomparable que de s'endormir tous les soirs à quelques mètres du clone de la fille qui sort avec votre ex petit-ami.
En quittant le bureau du professeur McGonagall, Hermione n'avait plus du tout faim. Elle avait plutôt envie de régurgiter le maigre contenu de son estomac. Elle décida donc de rentrer directement dans sa chambre privée pour commencer à ranger ses affaires dans sa valise.
_ « Hippopotame »
La toile représentant la savane pivota sur ce qui était, jusqu'à il y a encore quelques heures, ses appartements, mais qui ressemblaient désormais à l'antichambre de l'Enfer. Ou du moins, ce qui ressemblait le plus à l'enfer pour quelqu'un de très maniaque, ordonné et perfectionniste comme Hermione.
Le salon était dans un état indescriptible : les rideaux et le sofa avaient été lacérés, le tapis était en charpie, des cendres provenant de la cheminée avaient été disséminées partout dans la pièce et, pour couronner le tout, ses livres étaient étalés par terre et des pages arrachées jonchaient la pièce. Hermione courut vers sa chambre et ne fut pas étonnée de la trouver dans le même état de désolation, avec, petite nouveauté, ses vêtements déchirés éparpillés ça et là.
Pansy Parkinson.
Ça ne pouvait être qu'elle. Mais comment avait-elle trouvé son mot de passe ? « Hermione…quelle idiote tu fais… ». Même un enfant de cinq ans aurait trouvé le mot de passe rien qu'en regardant le tableau de la savane. Il y avait un énorme hippopotame dessus et elle avait était tellement débordée par tout ses devoirs et ses rondes de nuit qu'elle avait complètement oublié de changer ce foutu mot de passe. Alors qu'elle s'apprêtait à tout remettre en état, elle entendit un coup frappé sur le tableau, à l'extérieur de ses appartements.
_ On s'inquiétait pour toi, tout va bien ? l'interrogea Ginny tout en pénétrant dans le petit salon accompagnée de Harry. Tu devais me rejoindre pour mang… Wow ! Tu peux nous expliquer pourquoi on dirait qu'un ouragan a détruit ta chambre ?
_ L'ouragan Parkinson…
_ Quoi ?! C'est elle qui a fait ça ? s'écria Ginny tout en poussant un livre du pied.
_ Je ne vois pas qui ça pourrait être à part elle. Elle a du profiter que je sois dans le bureau de McGonagall pour faire son sale coup.
_ Allons la voir ! s'exclama Harry.
_ Je n'ai aucune preuve contre elle, que veux-tu que je fasse ? Non, je ne peux rien dire, conclut Hermione d'une voix ferme. Et puis, ce qu'elle ne savait pas c'est qu'elle a ruiné la future chambre de son Drago adoré…
Hermione leur fit le récit de son entretien avec McGonagall. Même si celle-ci ne l'avait pas autorisée à parler de sa « mission » à Ginny, cette dernière avait toute la confiance d'Hermione.
_ Génial ! Surveiller Goyle, quelle tâche agréable… marmonna Harry.
_ Le point positif, c'est qu'on sera plus souvent ensemble puisque tu utiliseras de nouveau la salle commune, dit Ginny en souriant à son amie.
_ Oui mais ça me plait moyennement de laisser ma chambre à Malefoy. Déjà que la moitié de Poudlard croit la rumeur idiote selon laquelle on se verrait en cachette, alors là ça n'arrangera rien...
Harry et Ginny passèrent l'après-midi dans les appartements d'Hermione pour l'aider à remettre un peu d'ordre dans ses affaires. Lorsque ses derniers livres furent amenés dans le dortoir des filles de Gryffondor, il était déjà pratiquement l'heure de descendre dîner. Ils avaient croisé Parvati Patil en redescendant du dortoir qui avait esquissé un sourire timide à l'attention d'Hermione.
_ Tu sais, j'ai entendu Romilda Vane raconter que Parvati s'était disputée avec Padma. Elle a peur que sa sœur ne se soit emballée trop vite vis-à-vis de Ron. Elle croit déjà que c'est l'amour de sa vie, non mais tu le crois ça !
Hermione sentit son estomac se contracter douloureusement et parvint péniblement à chasser de son esprit l'image de Padma Patil vêtue d'une robe de mariée avançant vers l'autel où un Ron endimanché l'attendait, un sourire radieux sur le visage.
Ce soir-là, Hermione eut du mal à trouver le sommeil. Elle pensa beaucoup à Ron. Puis, un peu à ses ASPIC. Encore un peu à Ron. Enfin, elle s'endormit en se disant que, avec un peu de chance Goyle réussirait à assommer Malefoy et qu'elle récupèrerait peut-être ses appartements privés.
