Disclaimer : tous les personnages appartiennent à J.K. Rowling, même Malefoy (si, si) et les paroles de la chanson citées dans ce chapitre appartiennent au groupe Artic Monkeys (d'ailleurs je vous conseille d'écouter la chanson, qui est géniale et qui s'intitule "I Wanna be yours").
Chapitre 12 : Wanna have fun (or not)
_ La noire est définitivement la mieux… reconnut Ginny avec un hochement de tête approbateur, tout en regardant le reflet de son amie dans le miroir situé près de son lit.
Hermione avait fini par passer commande grâce au formulaire de vente par correspondance que Ginny ne cessait de lui agiter sous le nez et elle devait avouer que la robe qu'elle avait choisie était vraiment jolie. Ce n'était pas ce genre de robes pleines de fanfreluches et fioritures qui feraient gémir d'envie Dolores Ombrage. Non. Elle était noire et consistait en un drapé qui passait sur son épaule gauche en laissant la droite nue, le tout resserré au niveau de la taille. Sobre et efficace.
Elle n'avait d'ailleurs pas mis longtemps à se préparer. Elle avait enfilé sa robe et avait noué ses cheveux en chignon à l'aide de quelques pinces.
Et même si Anthony Goldstein semblait adorable, la perspective de cette soirée ne l'enchantait guère. Qu'allait-elle faire ? Discuter de tout et de rien, boire du jus de citrouille pour s'occuper et, fatalement, devoir utiliser les toilettes des filles toutes les dix minutes. Puis, elle déprimerait à la vue de Ron et Padma, enlacés sous une branche de gui. Anthony finirait par se lasser et la laisserait seule pour aller se trouver une cavalière plus joyeuse. Pendant ce temps, elle terminerait probablement la soirée avec sa solitude pour seule compagnie, l'inviterait à boire un verre et finirait avec le coude dans le bol de punch. Ça promettait d'être une belle soirée.
Ginny la tira de sa torpeur en lui rappelant qu'il était presque l'heure de descendre dans la Grande Salle et une vague de stress la submergea. Elle espérait vraiment que la soirée allait bien se dérouler ; déjà parce qu'elle en avait été l'organisatrice, mais aussi parce qu'elle avait l'horrible intuition que tout ne se passerait pas comme sur des roulettes.
Son amie la précéda dans l'escalier menant à la salle commune et se retourna pour lui faire un clin d'œil d'encouragement. Elle portait une robe vert foncé qui faisait magnifiquement ressortir la couleur de ses cheveux. Harry avait beaucoup de chance, assurément.
Justement, il les attendait, dans sa tenue de soirée noire et leur adressa un sourire lorsqu'il les vit descendre l'escalier. Ron était à ses côtés, portant la nouvelle tenue de soirée que ses frères lui avaient achetée. Lorsqu'il porta son regard sur Hermione, il ouvrit la bouche et la referma à la manière d'une carpe, ce qu'elle fit semblant de ne pas avoir remarqué.
_ On ferait mieux de descendre, il est presque sept heures.
_ Oui, il ne faudrait pas qu'Hermione fasse attendre Anthony, ajouta Ginny d'un air malicieux qui la fit rougir jusqu'aux oreilles.
Le chemin menant à la Grande Salle parut très court à Hermione. Plus ils descendaient les escaliers, plus elle sentait son estomac danser la gigue ; et quand Padma Patil rejoint Ron à l'angle d'un escalier, elle eut l'impression qu'une pierre de la taille d'un melon venait de tomber dedans.
Détournant la tête de la vision d'horreur que lui offrait Padma, elle finit par atteindre le haut des marches menant au hall d'entrée, Harry et Ginny à ses côtés.
Anthony était ponctuel. Il l'attendait, en bas des marches, et semblait aussi nerveux qu'elle. Lorsqu'il leva la tête vers elle, son regard s'illumina et un large sourire s'étira sur son visage.
_ Tu es sublime, lâcha-t-il dans un souffle.
_ Merci, tu es très élégant toi aussi, lui répondit-elle en essayant d'ignorer le regard lourd de sous-entendus que lui lança Ginny, accrochée au bras d'Harry, alors qu'ils se dirigeaient tous vers la Grande Salle.
Hermione fut ravie d'entendre les exclamations de surprise et d'admiration que suscita la décoration qu'elle avait imaginée avec Ernie et qui avait été réalisée, avec brio il fallait bien l'avouer, par les professeurs McGonagall et Flitwick.
La Grande Salle n'avait plus rien d'une salle à proprement parler. Les tables avaient disparues. A leur place, une forêt de sapins semblait avoir jailli du sol, désormais recouvert d'un tapis de mousse, tandis qu'une immense clairière avait été aménagée à partir du milieu de la salle.
Au fond se dressait la scène sur laquelle les Bizarr's Sisters donnaient déjà de la voix et la longue table qu'Hermione avait aidée à placer et qui était recouverte de mets délicieux était en état de siège alors même que la soirée ne faisait que commencer.
Les professeurs étaient tous là et Hermione eu une fulgurante envie de rire en voyant le professeur Trelawney habillée d'une robe qui lui rappelait affreusement l'antiquité qui avait servie de tenue de soirée à Ron quelques années auparavant.
Les élèves semblaient apprécier ce début de soirée et Hermione ne put s'empêcher de croiser le regard d'Ernie qui bomba le torse comme s'il avait été proclamé roi de la savane.
Anthony était adorable, il n'y avait pas à dire. Il avait entamé la conversation avec Harry et Ginny comme s'il les connaissait personnellement depuis des années et, lorsque Luna et Neville s'étaient joints à eux, il était allé chercher des verres de punch pour tout le monde. Maintenant, il sirotait le contenu de son verre tout en jetant, elle ne pu s'empêcher de le remarquer, de petits coups d'œil dans sa direction à chaque fois qu'elle riait à une blague de l'un de ses amis.
Elle se sentait bien. Etrangement, formidablement, extraordinairement bien. La raison d'un tel bien-être ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Il était certain que le fait que Ron, se tenant à quelques mètres d'eux en compagnie de Padma et de sa sœur jumelle (d'ailleurs rejointe par son cavalier) et paraissant s'ennuyer comme une limace sur une feuille de laitue séchée était loin de la plonger en dépression. Pourtant, il y avait autre chose et elle ne tarderait pas à le découvrir.
Alors que Neville parlait avec animation du nouveau professeur de Défense contre les forces du mal (qui n'était pas méchant mais qui était tellement maladroit qu'il ne pouvait pas faire un pas sans donner à ses élèves la preuve de l'existence de la gravité terrestre), Dean Thomas et Seamus Finnigan arrivèrent vers eux en tenant plusieurs verres de punchs en équilibre dans leurs mains.
_ Tenez ! On vient vous apporter des munitions ! s'exclama Dean en faisant signe de la tête à Harry de se servir.
Hermione rechigna d'abord à prendre un deuxième verre alors qu'elle venait à peine de finir le sien mais elle finit par se laisser convaincre. Après tout, elle avait elle-même choisi le punch et elle savait que la quantité minime d'alcool qu'il contenait par rapport à celle de jus de fruit ne pouvait pas lui faire plus de mal qu'une Bièreaubeurre.
Une heure après le commencement de la soirée, la fête battait son plein. De nombreux élèves avaient commencés à danser et Hermione fut même surprise de voir le professeur Sinistra danser un bon vieux rock avec le professeur Slughorn.
Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas autant rit et cela devait probablement être aussi le cas pour ses amis puisqu'il ne se passait pas cinq minutes sans que Ginny, Dean ou Seamus ne lâchent une idiotie.
Ils avaient migré vers la table et grignotaient quelques canapés, pendant que Ron les regardaient toujours avec une envie non dissimulée de les rejoindre. N'y tenant plus, Hermione le vit s'excuser auprès de Padma et venir les rejoindre sous les acclamations des garçons.
Alors qu'elle finissait la dernière gorgée de son verre de punch, Hermione resta en suspend lorsque Seamus et Dean se mirent à rire en la regardant.
_ C'est juste que, en fait, on pensait que tu t'en apercevrais vu que c'est toi qui a tout commandé pour la soirée, commença Seamus en réponse au regard interrogateur qu'elle lui avait lancé.
_ Mais, quoi donc ?
_ Et bien, on a un peu modifié le punch, confessa Dean. On y a rajouté du Whisky-pur-Feu...
_ Vous avez fait… quoi ?! s'écria Hermione pendant que Ginny recrachait la gorgée qu'elle s'apprêtait à avaler en provoquant l'hilarité générale.
Ceci expliquait donc cela.
Loin d'être désolés ou bien confus, Dean et Seamus avaient largement revendiqués leur geste auprès des autres élèves et le bol de punch connut soudain une célébrité sans précédent, au grand désarroi d'Hermione. Elle ne pouvait pas alerter le professeur McGonagall sans dénoncer ses camarades et sans passer pour une préfète incapable de gérer l'organisation d'une simple soirée doublée d'une rabat-joie. D'un autre côté, elle n'aimait pas du tout avoir si peu de contrôle sur la fête. Ni sur elle-même.
Elle n'avait jamais bu d'alcool fort. Pire, elle n'avait jamais bu deux verres d'alcool fort de suite. L'étrange sentiment de gaieté qu'il l'avait envahie quelques minutes plus tôt et qui ne l'avait plus lâché depuis prenait maintenant tout son sens.
Et c'est à partir de ce moment de la soirée que la fête pris un tournant que jamais elle n'aurait imaginé. La qualifier d' « échevelée » aurait été trop faible pour définir l'ambiance qui régnait désormais au cœur de la clairière artificielle. La plupart des élèves dansaient, bientôt rejoints par Harry, trainé de force par Ginny qui semblait fortement joyeuse, ainsi que par Luna et Neville qui se lancèrent dans la réalisation de pas de danse des plus étranges.
Dean et Seamus avaient disparus, accompagnés de leurs cavalières, dans les méandres des troncs d'arbres qui bordaient la clairière, profitant sûrement de l'obscurité qu'ils prodiguaient.
Hermione se tourna vers Anthony, dont les yeux brillaient avec force. Ron, se sentant probablement de trop, était retourné vers Padma, du moins à ce qu'Hermione en savait. A vrai dire, elle ne savait plus grand-chose à part qu'elle avait une envie folle de danser.
Elle saisie la main d'Anthony qui l'entraina sur la piste, ses yeux plantés dans les siens. Malgré le brouillard qui envahissait son cerveau, Hermione ne put que remarquer qu'il était vraiment charmant. Sa main était chaude dans la sienne. Il lui fit un charmant sourire et la fit tourner, tourner, tourner. Et sa tête aussi se mit à tourner, tourner, tourner. Elle manqua de tomber et se retint à Anthony en éclatant de rire ; un rire exubérant qui ne lui ressemblait pas du tout. En fait, rien de tout ce qui se passait ce soir ne lui ressemblait mais, à cet instant, elle s'en fichait.
La musique endiablée que jouait le groupe se transforma soudain en une musique lente, aussi envoutante que les deux verres de punch qu'elle avait bu.
Elle vit alors Anthony se rapprocher d'elle, et réprima un frisson lorsqu'il posa ses mains sur sa taille. Elle enroula ses bras autour de son cou, plus par automatisme qu'autre chose. C'était un slow après tout, non ? Pourtant, elle ne pouvait pas nier que la proximité qui les liaient à présent avait quelque chose de troublant.
Ils tournaient, doucement, au rythme de la musique. Elle regarda autour d'elle et du réprimer un violent fou rire en voyant Ginny danser comme un pantin désarticulé en total désaccord avec la musique. Elle détourna vivement le regard pour se recentrer sur ce qu'elle était en train de faire, même si, présentement, son cerveau n'avait pas les lumières à tous les étages. Elle sentait le corps d'Anthony se mouvoir tout près du sien, lentement, et ne put s'empêcher de rougir de la la musique continuait, captivante, magnétique.
"Secrets I have held in my heart
Are harder to hide than I thought
Maybe I just wanna be yours
I wanna be yours, I wanna be yours
Wanna be yours, wanna be yours, wanna be yours"
Une drôle de sensation l'envahit. Celle d'être observée. Non, plus qu'observée, fixée, dévisagée, scrutée. Deux yeux gris croisèrent son regard. Leur propriétaire était négligemment appuyé contre un arbre, un verre dans une main, l'autre dans une poche. Une fille à sa droite, lui parlait dans l'oreille mais il ne semblait pas y prêter attention, son regard toujours planté dans le sien comme s'il l'a mettait au défi de détourner les yeux.
Personne ne l'avait jamais regardée comme ça. Ce n'était pas ce qu'on pouvait appeler un regard gentil, non. C'était le genre de regard que l'on enfouissait dans un recoin de sa tête et auquel on ne pouvait penser sans rougir de confusion.
" At least as deep as the Pacific Ocean
I wanna be yours "
Hermione rompit brutalement le contact visuel et détourna les yeux de Malefoy. Elle avait été plus troublée qu'elle ne voulait bien le reconnaitre et se rendit compte qu'elle avait complètement oublié la gêne qu'elle avait ressentie en sentant le corps d'Anthony près du sien.
Elle avait chaud, elle avait l'impression d'étouffer au milieu de cette foule d'élèves si bien qu'elle s'excusa auprès de son cavalier en l'informant qu'elle avait besoin de prendre l'air. Le punch devait avoir eu raison d'Anthony puisque celui-ci lui répondit par quelques onomatopées incompréhensibles, un sourire béat sur les lèvres.
L'alcool, un fléau, son fléau de la soirée. Le pire, c'est qu'elle se sentait bien, sûre d'elle. Elle aurait pu faire n'importe quoi à ce moment précis ; elle était invincible, l'invincible Hermione. Après de telles pensées, il était clair que seulement un neurone de son cerveau sur deux devait fonctionner.
Elle eut vaguement conscience d'avoir franchi le point de non-retour lorsque, essayant de sortir de la clairière pour pénétrer dans la forêt de sapins qui la mènerait à la sortie, elle aperçue Ron et Padma ne faisant plus qu'un sous une branche de gui. Après s'être auto-molestée d'avoir eu l'idée suicidaire d'accepter de placer de telles plantes dans cette satanée forêt artificielle, elle s'enfonça dans l'obscurité que prodiguaient les arbres.
Cette adjonction d'alcool avait définitivement eu raison d'elle et elle se serait volontiers maudite intérieurement d'avoir accepté un deuxième verre si sa capacité intellectuelle n'avait pas été réduite à la taille d'un petit pois.
Elle ne savait même plus où étaient passés Harry et Ginny. A chaque pas, elle avait l'impression de devoir fournir un effort colossal pour rendre sa démarche la plus naturelle possible. Si elle s'était laissée allée, elle se serait laissée tomber sur le tapis de mousse de la forêt et se serait mise à rire comme une idiote. Mais, même quand elle ne tient plus qu'à un fil, garder un minimum de dignité reste important.
Alors qu'elle atteignait l'angle du mur qui menait tout droit à la sortie, elle s'appuya contre le tronc d'un immense conifère, face au mur et ferma les yeux. C'est fou ce que deux petits verres pouvaient lui faire.
Elle repensa brièvement à Anthony, resté seul sur la piste mais, à cet instant, il était loin d'être son souci principal. Dès qu'elle avait fermé les yeux, elle avait sentie la Grande Salle entière tourner autour d'elle et elle avait du les rouvrir brusquement pour s'empêcher de tomber.
Malefoy était là, devant elle. Un sourire moqueur sur le visage, il était appuyé contre le mur, à vingt centimètres d'elle.
_ On a du mal à tenir debout, Granger ? railla-t-il. Tu as bu combien de verres ? Un seul ?
Elle lui lança le regard le plus noir qu'elle était capable de lui servir dans son état et marmonna « Deux », ce qui le fit éclater de rire. C'était la première fois qu'elle le voyait rire comme ça. Visiblement, elle devait être assez comique à regarder.
Puis, il resta là, sans rien dire, portant juste son verre à ses lèvres en la fixant. Au bout de deux minutes, Hermione ne put plus supporter ce petit jeu.
_ Tu as d'autres renseignements à me soutirer pour me regarder comme ça ? Tu veux connaitre mes plus noirs secrets ? s'exclama-t-elle sous l'effet du punch, ses paroles résonnant de manière ridicule à ses oreilles.
_ Tes plus noirs secrets ?
Il s'était sensiblement rapproché d'elle. Dans cette obscurité, à quelques centimètres d'elle, son sourire était désarmant. Son cerveau aurait du lui crier de s'enfuir, tout de suite. Mais il n'en fit rien. Et elle restait plantée là, le regardant de haut en bas en essayant vainement de combattre des pensées qui lui auraient valu la prison à vie dans un royaume où les idées déplacées étaient un crime. Il était maintenant à moins de dix centimètres d'elle. Elle pouvait sentir son parfum enivrant s'insinuer en elle comme un poison.
Puis, il attrapa son regard. Ce qu'elle vit dans ses yeux d'acier était si inavouable qu'elle était déjà perdue d'avance avant même qu'il n'approche lentement ses lèvres des siennes.
_ On dirait que tu aimes mon cinéma, Granger… murmura-t-il dans un souffle, ses lèvres n'étant plus qu'à deux centimètres des siennes.
Est-ce que c'était mal ? Oui, sûrement. Est-ce qu'elle le regretterait le lendemain ? Sans aucun doute.
Mais, finalement, Ginny en avait décidé autrement.
_ Hermione ?
A la vue de la Gryffondor, Malefoy avait reculé précipitamment, son visage exprimant toute la stupeur qui habitait également Hermione en cet instant. Sans un mot, il s'était éloigné à grands pas vers la sortie, laissant la fête et son moment d'égarement derrière lui.
Ginny, elle, semblait avoir reçu un gros coup sur la tête. Elle saisie Hermione par le bras pour l'entrainer à l'écart de la fête. Une fois dans le hall d'entrée, au pied des escaliers, son amie lui lâcha le bras et lui fit face, les sourcils froncés de mécontentement.
Visiblement, les effets de l'alcool s'était estompé chez elle bien plus vite que pour Hermione.
_ Tu vas bien ? Il ne t'a pas fait de mal ?
Alors c'était donc ça. Elle croyait qu'il l'avait importuné.
_ Non, non, répondit-elle d'une petite voix.
_ Qu'est-ce qu'il te voulait ? demanda son amie en la regardant avec inquiétude.
Etait-il vraiment nécessaire qu'elle explicite la situation ? Peut-être devait-elle lui faire un dessin et, avec un peu de chance, elle arrêterait ainsi de lui poser des questions auxquelles elle ne pouvait répondre sans révéler qu'elle avait passée la soirée dans la peau de sa jumelle maléfique. Ginny ne devait, finalement, pas être en totale possession de ses moyens pour ne pas avoir remarqué qu'elle avait été à mille lieues de s'être sentie menacée.
Mais soudain, la connexion sembla se faire dans l'esprit de son amie puisqu'elle écarquilla des yeux ronds comme des soucoupes.
_ Il… toi…vous alliez vous…, balbutia-t-elle en la pointant d'un doigt accusateur.
Hermione se sentit rougir jusqu'à la racine de ses cheveux et évita soigneusement de croiser le regard qui la dévisageait à la manière d'un rayon X. Elle n'avait pas envie de s'expliquer parce qu'il n'y avait rien à expliquer, justement. Quand elle l'avait sentie près d'elle, son parfum, son regard, son sourire, l'avaient complètement paralysée et, oui, oui, oui, elle avait eu envie qu'il parcoure les quelques derniers centimètres qui les séparaient pour sentir ses lèvres toucher les siennes. Hermione savait que l'alcool avait une énorme part de responsabilité là-dedans, autant de son côté que de celui de Malefoy, elle en était certaine.
Pourtant, cela n'expliquait pas les paroles qu'il avait eues.
« On dirait que tu aimes mon cinéma, Granger…»
Faisait-il référence à cette fois, dans l'infirmerie, où elle avait eu l'impression qu'il avait eu envie de l'embrasser ? Elle avait cru que cela faisait partie du rôle qu'il s'était donné pour lui soutirer des informations sur les reliques. Mais maintenant, il avait eu tous les renseignements qu'il voulait… alors, pourquoi ce geste ? Pourquoi ce soir ?
La réponse, elle la connaissait. Il avait bu, elle aussi, elle portait une belle robe et elle était seule entre ces arbres, dans la pénombre. Elle était la cible facile et il en avait profité pour s'amuser un peu, ce qui était un comportement parfaitement digne de sa petite personne.
Elle entendit Ginny pousser un long soupir de résignation avant de lui prendre à nouveau le bras pour la conduire dans son dortoir. Elle respectait la volonté d'Hermione de ne fournir aucune explication pour ce soir et, pour ça, cette dernière lui en était grandement reconnaissante.
Alors qu'elle s'effondrait sur son lit, elle repensa à Anthony qu'elle avait laissé complètement seul et un second sentiment de culpabilité vint s'ajouter au premier.
Avant de sortir du dortoir, Ginny se retourna pour faire un sourire rassurant à Hermione. Elle savait que son secret était bien gardé entre ses mains ; elle n'était pas du genre à faire des commérages.
Une fois seule, Hermione laissa tomber sa robe le long de ses jambes et enfila lentement son pyjama, comme si chaque mouvement lui demandait un effort surhumain.
Alors qu'elle était allongée dans ses draps, elle repensa à ce qu'elle avait ressenti lorsque ces yeux gris perçants l'avaient détaillée. Et ce qu'elle y avait vu ne pouvait être feint, même si cela ne changeait rien à leur animosité l'un envers l'autre. Du désir. Un désir dénué de toute sympathie, un désir purement égoïste mais un désir tout de même, qui ébranlait toutes ses certitudes quant au dégout que Malefoy avait toujours manifesté lorsqu'il été près d'elle.
Dire qu'elle avait honte de s'être faite ainsi manipuler et d'avoir servie d'objet de distraction aurait été un léger euphémisme. Pourtant, ce n'était rien à côté de l'opinion qu'elle aurait d'elle-même au réveil, le lendemain matin.
La tête contre la vitre, Hermione regardait le paysage défiler à toute vitesse devant ses yeux. De la buée commençait à se former sur la fenêtre du compartiment et, bientôt, elle ne put distinguer que quelques formes vagues au dehors.
Harry était assis en face d'elle, avec Ginny. Ron les avait rejoints après avoir passé la première moitié du voyage en compagnie de Padma. A peine s'était-il joint à eux qu'il maugréait déjà contre le partenaire de soirée de Parvati qui, en plus d'être d'un ennui profond, considérait désormais Ron comme son meilleur ami et ne cessait de le noyer sous un flot de paroles ininterrompu.
_ Vivement qu'on arrive, grommela-t-il en se laissant tomber lourdement sur la banquette à côté d'Hermione. J'en peux plus de ce type !
Mme Weasley les avait invités, Harry et elle, à passer les fêtes de Noël au Terrier et elle ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou trouver cela étrange. Un peu des deux, peut-être. Hermione n'était pas retournée là-bas depuis l'été et savoir qu'elle allait se retrouver dans cette maison à nouveau avait quelque chose de déstabilisant. Elle avait du s'excuser auprès de ses parents qui, malgré leur déception, avaient compris son besoin d'être auprès de ces amis et de fêter Noël dans le monde des sorciers.
Le Poudlard Express devait arriver à Londres environ quatre heures plus tard et elle n'avait jamais trouvé le train aussi silencieux qu'aujourd'hui à ce stade du trajet. Visiblement, la soirée de la veille avait laissé des traces et la plupart des élèves devaient maintenant être dans un état semi-comateux.
Hermione tentait d'effacer de sa mémoire l'épisode de la veille mais les petits sourires amusés que lui lançait Ginny à tout bout de champ n'étaient pas d'une grande aide.
Elle repensa à Malefoy. Elle ne l'avait heureusement pas croisé ce matin, ni dans la Grande Salle, ni dans le train. Du plus profond de son âme, elle souhaitait ne plus jamais le revoir, ce qui était tout bonnement irréalisable puisque Poudlard, bien qu'étant un château, était une école de taille modeste.
Aux alentours de 17 heures, le train arriva en gare de Londres. Mrs Weasley les attendait sur le quai et son visage s'illumina lorsqu'elle les aperçut descendre du train.
Après les avoir serrés chacun leur tour contre elle dans une étreinte à leur briser les os (Hermione aurait même juré l'avoir vu lui lancer un regard compatissant), elle les entraina dans une salle attenante au quai dans laquelle ils pourraient transplaner sans problème. Ginny, qui avait raté son permis de transplanage, agrippa le bras de Harry et tous disparurent en une fraction de seconde dans un « pop » sonore.
Le Terrier n'avait pas changé d'un iota. Chaleureux, accueillant, surchargé d'objets en tout genre, il était resté le même. Il était très agréable, en se levant, de s'asseoir à la longue table de la cuisine devant un copieux petit déjeuner, pendant que Mr Weasley donnait les dernières nouvelles du Ministère.
Le lendemain de leur arrivée, quand Hermione se leva et descendit dans la cuisine, Harry était déjà en train de manger ses toasts de marmelade. Percy Weasley, qui était arrivé la veille, semblait en grande discussion avec son père.
Ce n'est que lorsqu'elle prit place en face de Harry et qu'elle tendit le bras pour se saisir d'un muffin, qu'elle aperçue la Gazette du Sorcier, ouverte en grand entre le beurrier et la carafe de jus de citrouille.
Visiblement, la conversation semblait tourner autour d'un article en particulier et, avant qu'Hermione ai pu demander de quoi il était question, Harry la devança.
_ Ils ont attrapé les Mangemorts en fuite, lui expliqua-t-il. Lestrange, Goyle, et les autres.
C'était une bonne nouvelle. D'ailleurs, le soulagement pouvait se lire sur son visage. Malgré tout, quelque chose clochait dans son sourire.
_ Ça m'étonne qu'ils n'aient pas essayé d'étouffer l'affaire, tu ne crois pas, papa ? demanda Percy à son père tout en portant son bol de chocolat à ses lèvres.
_ Étouffer l'affaire ? Pourquoi ? s'étonna Hermione.
_ Parce que les Mangemorts n'ont pas été arrêtés dans des circonstances normales, lui apprit Mr Weasley. Le bureau des Aurors a été appelé à intervenir à Ste Mangouste ; ils ont réussi à s'y introduire et à achever Lucius Malefoy.
Hermione porta la main à sa bouche, choquée par ce qu'elle venait d'apprendre.
_ Heureusement, ils ont réussi à les avoir grâce à la politique de sécurité de l'hôpital, poursuivit-il. Une infirmière les a repéré et a tout de suite alerté la direction qui a fermé toutes les issues. Deux minutes après, la moitié des aurors du Ministère étaient là et ils les ont eus.
_ Mais, le problème, Hermione, continua Percy en refermant le journal, c'est que les Malefoy étaient sensé être placés sous la protection du Ministère. Comme tu peux le voir, ça n'a visiblement pas marché ; c'est pour ça que je trouve étonnant que le bureau des aurors n'aient pas essayé de passer cette histoire sous silence.
_ Oui, mais je pense qu'ils ont essayé de jouer la transparence pour ne pas retomber dans leurs anciens travers. On voit que le Ministère est encore faible, ajouta Mr Weasley d'un air soucieux, mais ça ira mieux dans quelques temps, tout est encore trop frais.
Il fronça les sourcils. Hermione échangea un regard furtif avec Harry et elle était sûre qu'il pensait comme elle que Mr Weasley pensait à Fred en disant cette dernière phrase. Même si Mr et Mrs Weasley faisaient des efforts pour offrir un beau Noël à leurs enfants, il était certain que le souvenir de leur fils décédé restait omniprésent dans leur tête.
_ Et ça c'est passé quand ?
_ Très tôt hier matin, lui répondit Perçy. Le jeune Malefoy a été prévenu aussitôt et des aurors l'ont escorté jusqu'à Ste Mangouste.
Hermione comprit alors qu'il n'y aurait eu aucun risque qu'elle le croise dans le train puisqu'il était déjà parti pour l'hôpital. Harry lui jeta un regard très expressif et elle se demanda le temps d'une seconde si Ginny n'avait pas raconté ce qu'elle avait surpris le soir de la fête. Mais, lorsqu'il prit la parole, elle comprit que ça n'arrive rien à voir avec ces futilités.
_ Je crois qu'il ne reviendra pas à Poudlard après tout ça. Je ne l'aime pas du tout mais je le plains sincèrement.
Et en effet, la suite des évènements lui avaient donné raison. Drago Malefoy n'était pas revenu à l'école à la rentrée des vacances de Noël et sa place à la table des Serpentards était restée résolument vide.
Trois semaines avant la fin des cours, un article de la Gazette du Sorcier avait attiré l'attention d'Hermione. Il annonçait que Narcissa Malefoy mettait en vente le manoir familial et partait s'installer dans le Devon.
Et pendant plus de quatre ans, elle n'entendit plus parler de Drago Malefoy.
