Le mois suivant passa lentement pour les deux nains et le hobbit. Ils avaient hâte de partir mais était retenus par les conditions météorologiques ainsi que par la condition de Kili. Le printemps était bel et bien sur le village la neige avait fondue en son enceinte mais continuait cependant de s'accrocher sur les façades de la montagne. La passage dans la montagne isolant les Firebeards du reste de la Terre du Milieu serait bientôt praticable. Fili était resté discret, ne voulant pas provoquer plus de représailles de la part de son oncle ou des autres. Il escortait Bilbo sur toutes taches l'emmenant à extérieur de leur foyer et échangeait sa cuisine contre de la viande au lieu de chasser lui même. Il était amical avec les autres Firebeards et fit en sorte de leur montrer qu'il gardait ses esclave en ligne. Bilbo jouait alors le rôle de l'esclave blessé. Fili ne voulait pas laisser le hobbit ou Kili seuls pendant trop de temps. Des menaces avaient été faites. Alors qu'il imaginait que le pire pour Bilbo serait d'être prit en servitude par quelqu'un d'autre comme cuisinier grâce à sa cuisine appréciée de tous, Kili serait lui en revanche torturé et tué pour le sport. Il n'avait pas laissé le brun sortir de chez lui et pouvait voir sa frustration commencer d'augmenter.

Kili était devenu de plus en plus fort chaque jour mais il souffrait de la même manière dont il avait souffert la première fois qu'il était arrivé. Son endurance était sévèrement atteinte et il se fatiguait rapidement. Il était contraint de rester au lit ou dans le fauteuil de Fili la plupart du temps où il finissait souvent par glisser dans le sommeil. Bilbo et Fili avait fait attention à garder ses plaies traitées avec des herbes et des cataplasmes, insistant pour qu'il boive une boisson à l'odeur nauséabonde pour fortifier son système immunitaire. Il devenait renfrogné quand ils limitaient ses activités et répliquait sèchement bien qu'occasionnellement, aux deux autres mais s'excusait cependant presque immédiatement pour ses mots. Bilbo lui donnait alors des sourires rassurant et Fili le réconfortait avec de l'affection physique.

Fili acheta trois sacs à dos à Nurek et commença de préparer son plan. Il avait dit à son vieil ami qu'il les utiliserait pendant les raids de l'été pour son butin. Il voulait parler à Nurek de son plan et peut être aussi lui dire de les joindre dans leur fuite mais il jugea finalement cela trop dangereux. Il n'était de plus pas certain de vraiment pouvoir lui faire confiance après que celui-ci ait tué son propre esclave. A la place il emporta les sacs chez lui et Bilbo les remplit avec de la nourriture et des sacs de couchage préparé. Kili avait eu la tache d'aiguiser les armes du coffre de Fili quand il se sentait suffisamment en forme pour le faire. Le Firebeard fut un jour ravi de rentrer chez lui et trouver le jeune nain absorbé dans son travail, un sourire heureux traversant son visage alors qu'il manipulait entre ses mains une simple épée avec une poignée de cuire estampée de runes nanique. Le Khuzdul ne voulait rien dire pour les Firebeards mais Kili était lui passionné par cette écriture.

- Qu'est-ce qu'elle raconte ? Demanda Fili en levant sa main sur celle de Kili pour l'immobiliser. Le brun attrapa son autre main pour la placer sur sa joue et s'appuyer contre.

Bilbo, occupé à réparer des vêtements près du feu traduisit alors qu'ils parlaient.

- Celle-ci – Kili prit les doigts de Fili pour lui faire tracer doucement la rune – signifie la "force". Elle est très commune. Mais celle-ci veut dire "amis" et celle là "famille". Et celle-ci signifie "chance" et cette forme là, c'est "liberté". Et là, "espoir".

Bilbo et Fili échangèrent quelques mots en Firebeard avant que le blond ne se retourne vers Kili.

- Famille ? Demanda-t-il en langue commune tout en pointant la rune sur la lame.

Kili hocha la tête.

- Oui, famille.

- Bilbo, Fili et Kili, famille ?

Le jeune nain reposa l'épée et enroula ses bras autour du cou de Fili.

- Oui, famille. Bilbo, Fili et Kili, répéta-t-il en étreignant le Firebeard. Tu es vraiment merveilleux, Fili.

Le blond enroula ses bras autour du brun, réconforté par sa démonstration d'affection. Il reprit ensuite l'épée et la rangea dans son fourreau avant de la presser entre les mains de Kili.

- Kili.

Le jeune prince sourit et enroula la ceinture du fourreau autour de sa taille pour l'essayer. A nouveau sentir une arme sur lui fut une très agréable sensation. Il ressortît l'épée et pendant un instant donna quelques coups devant lui, son entrainement lui revenant petit à petit. Fili le regarda avec admiration, son cœur se gonflant. Quand Kili travaillait avec des armes, il était bien plus en vie qu'il ne l'avait jamais été depuis son arrivée. Il s'était jeté dans chaque tache nécessaire pour le voyage avec zèle. Ils passaient leur journée chez eux discutant et papotant à propos de leur voyage. Fili n'avait jamais voyagé plus loin qu'au sud du passage de la montagne mais Kili se sentait assez confiant pour les guider jusqu'à Erebor.

Alors que Kili aiguisait et préparait les armes, Fili s'était donné pour mission d'enseigner à Bilbo comment utiliser une épée. Le hobbit était nerveux et tressaillait plus qu'il ne donnait de coup, préférant sauter au loin que parer. Le blond l'entraina aussi bien qu'il le put mais dû finalement accepter qu'en cas de bataille, le hobbit choisirait probablement de se recroqueviller sur lui même, faisant de lui une cible, plutôt que de se battre en retour. Kili, cependant, était lui heureux de pouvoir s'entrainer avec Fili et bien qu'il était encore affaiblit par le manque de pratique et d'exercice à cause de ses blessure et maladie accumulées ces derniers mois, il se battait très bien la plupart du temps. Fili était cependant prudent, à la fois inquiet de ne pas suffisamment pousser Kili pour le préparer à une réelle bataille et à la fois inquiet que sa force ne soit pas encore suffisante pour résister à un combat. Mais cela plaisait au brun alors il engageait doucement le combat, cherchant discrètement les signes de fatigue. Ils avaient poussé tous les meubles hors du centre de la pièce commune de manière à s'entrainer dans la sécurité de leur maison, Bilbo les encourageant et applaudissant.

Ce fut lors d'une de ces sessions qu'ils entendirent un lourd coup à la porte. Le trio se regarda avec surprise avant d'essayer rapidement de remettre les meubles en place. Bilbo et Kili allèrent ensuite dans la cuisine pour tenter de paraître occupés. Une fois que tout fut en place, Fili ouvrit la porte. Le chef, son oncle Bronin, l'attendait le menton levé. Derrière lui était Coran, le nain qui servait de second à Darek pour sa patrouille.

- Tu as été lent. Et j'ai entendu des épées s'entrechoquer. Qu'est ce que tu fabriques là dedans ?

Le vieux nain dépassa Fili et regarda autour de lui. Coran le suivit et les poings du blond se resserrèrent quand il remarqua une petite épée attachée à la taille de ce dernier. Son oncle n'avait jamais emmené d'autre nain avec lui et ce détail inquiéta Fili.

Il avança alors rapidement pour rattraper son oncle et bloquer son chemin avec son corps.

- Mon Chef – il s'inclina – mon oncle, j'étais entrain de nettoyer mes armes et les ait échappé.

- Un bruit bien étrange pour avoir échappé des armes, c'était si rythmé, répondit-il. Je ne vais pas m'attarder, Fili. Je suis ici à propos des raids et de tes esclaves.

Bronin regarda derrière Fili dans la cuisine, là où Bilbo était entrain de déplacer des bocaux dans le garde à manger. Kili était derrière lui, essayant lui aussi de paraître occupé, prenant des objets et les replaçant ensuite à la même place.

- Quoi à propos d'eux ?

Fili s'efforça de garder un ton indifférent mais ses yeux vacillèrent vers la paire.

- J'ai décidé que les raids seraient plus tôt cette année, répondit le vieux nain. La neige fond rapidement et le plus tôt les patrouilles partiront, le plus loin vous pourrez aller. De nouveaux pays, de nouveaux pillages. Plus de bétail, d'épices, d'armes.

Il marcha d'un pas lourd vers la cuisine pour se rapprocher de Bilbo et le regarder avec intérêt.

- Je m'attends à ce que tu sois parti pour un moment. Je prendrais Bilbo chez moi pendant l'été. Je peux voir qu'il est très dévoué dans ses taches, notamment dans la cuisine. J'aimerais beaucoup l'avoir pour qu'il puisse me cuisiner d'aussi bon plat qu'il le fait pour toi et l'a fait pour ton père.

Fili jeta un œil autour de lui, faisant visuellement le bilan des armes à sa portée.

- Bilbo s'en est toujours très bien sortit en restant tout seul. Nurek veille sur lui.

- Pas cette année, répondit Bronin tout en attrapant le bras du hobbit. Bilbo à peut être une place spéciale parmi nous mais il reste un esclave et ne sera désormais plus laissé seul.

Le hobbit se retourna, regardant docilement le sol.

- Je m'occuperais de lui.

Fili sentit ses poils se hérisser ; ses mains se refermèrent en poings mais il resta en place, sa rage menaçant cependant d'éclater.

- Et mon autre esclave ?

Bronin libéra Bilbo qui regagna rapidement l'arrière du garde mander, plaçant de cette manière une étagère entre lui et le Chef du village. Mais l'attention de Bronin était désormais ailleurs, il traversa la cuisine, retira un bocal des mains de Kili et le plaqua contre le mur.

- Ton autre esclave, gronda-t-il en scrutant Kili avec dédain. Alors il va bien. Nous nous demandions comment il s'en tirait depuis sa punition sur l'obélisque.

Bronin tira sur la tunique du jeune nain pour révéler son dos zébré.

- Et il a survécu sans aucune infection. Il semble avoir remarquablement bien récupéré de sa punition. Tu fais tellement d'effort avec celui la, Fili.

Bronin retourna Kili et plaça son avant bras contre le cou du jeune nain, juste au dessus de son collier de cuire.

- Dis moi, Fili. Es-tu toujours amoureux de lui ? Il doit surement être effrayé de toi après le viol et les coups de fouets. Je ne sais même pas ce que tu vois en lui. Il est petit et mince. Plutôt moche.

L'autre main de Bronin se posa dans les cheveux de Kili pour tirer sa tête sur le coté.

- C'est une pitoyable, hideuse, inutile et effrayée créature. Nous pourrions faire un bon sport avec lui lors d'une chasse.

- J'ai fais ce que tu voulais que je fasse ce jour là ! Tu m'as promit que tu le laisserais. Lâche-le et sors de chez moi.

Fili s'approcha les poings fermés. Coran déplaça alors sa main sur le pommeau de son épée.

Bronin se décala sur le côté, tirant à nouveau Kili.

- Reste en arrière, Fili. Je t'ai donné la permission de le prendre et je peux très certainement te reprendre ce droit. Certains jours j'en suis tenté, juste pour te voir t'effondrer.

Les lèvres de Bronin se tordirent dans un mauvais rictus de joie. Fili était presque entrain de trembler de fureur ; il pouvait apercevoir Kili essayer de rester immobile, prisonnier de la cruelle poigne de son oncle alors que celui-ci les narguait. Bronin pressa un peu plus son bras contre la gorge de Kili. Le brun se tortilla, l'air dans ses poumons étant limitée. Le vieux nain prit alors un des couteaux posés sur table et l'amena sous son menton pour l'immobiliser. La main du Firebeard descendit ensuite à son entre jambe qu'il attrapa brutalement. Kili tressailli et tourna la tête vers Fili, recherchant son aide avec de grands yeux terrifiés.

- Lâche-le, mon oncle. Tes propres mots n'ont-ils aucun sens pour toi ?

Bronin ignora Fili et continua de toucher le pantalon de Kili.

- Ah, je comprend pourquoi celui-là t'amuse au lit, répondit-il nonchalamment. Tu réalises qu'il ressemble à ta mère ? Les mêmes cheveux, les mêmes yeux ? J'ai décidé qu'il passerait l'été avec Grenik qui se fait trop vieux pour les raids. Et parce que je lui ai auparavant enlevé l'esclave, je le laisserais veiller sur lui pendant que tu seras au loin. Ce n'est que lui rendre justice. Il lui sera apprit la soumission et il continuera de servir comme esclave sexuel. Je pense que tu le retrouvera plus docile et près pour toi à ton retour. Mais s'il échoue, alors nous le chasserons. Mais pour l'instant, il porte bien trop de vêtement pour sa position.

Bronin glissa alors le couteau le long de la clavicule puis du torse de Kili, coupant sa tunique jusqu'à ce qu'elle glisse de son dos au sol. Les mains du Chef se déplacèrent ensuite sur le pantalon du jeune nain pour en défaire les liens.

Les yeux effrayés de Kili ajouté à la propre colère de Fili suffirent à faire déborder l'eau du vase. Le blond se précipita en avant et arracha le couteau de la main de son oncle avant de l'écarter du brun. En quelques secondes il avait plaqué son oncle contre le mur comme celui-ci l'avait fait avec Kili auparavant. Le plus jeune nain amena sa main à sa gorge, les yeux écarquillés alors que Fili grognait. Bilbo couru hors du garde manger suffisamment pour pouvoir attraper la main de Kili et le tirer loin de la scène.

Fili souleva le couteau et appuya la lame dans le cou de son oncle, faisant perler un fine ligne de sang sur sa peau.

- Ne t'approche pas de lui. Tu ne le toucheras pas.

Coran extirpa son épée, regardant de manière incertaine entre son Chef menacé et les deux esclaves dans le coin. Il fit un mouvement en direction de Kili et Bilbo mais le brun ramassa un bocal d'oignons au vinaigre qu'il lui balança dessus. Il parvint à le toucher à l'épaule mais le nain continua d'avancer.

- Fili ! Hurla-t-il alors désespérément.

Le blond se tourna vers lui et découvrit le brun paniqué et anxieux. Il s'éloigna alors rapidement de son oncle pour venir se placer aux cotés de Kili. Il tint le couteau devant lui, se positionnant entre ses esclaves, Coran et son Oncle, dont les visages était aussi rouge que la barbe du plus âgé.

- Tu vas me payer ça, gronda le Firebeard. Il vient avec moi et maintenant. Je vais voir quelles sont ses compétences avant de le donner à Grenik. Je me demande s'il fera les mêmes gémissements que faisait ta mère quand je la prenais lors des absences de ton père !

Il rigola, un son cruel et moqueur.

- Non !

Fili poussa Kili plus loin derrière lui de manière à ce que celui-ci puisse battre en retraite.

Le jeune prince était désespéré de ne pas avoir d'arme et savait que leur plan d'évasion pouvait être en danger. Il tendit la main, s'accrochant au bras de Fili alors que Bilbo regardait nerveusement.

- Plus de discussion. Donne moi une chaine pour que je puisse l'emmener chez moi de manière correcte. Si tu n'obéis pas, Coran et moi irons chercher Darek et les autres pour qu'ils puissent m'aider à l'emporter.

Fili recula en jurant. Il n'aurait pas beaucoup de chance de l'emporter s'il devait combattre à la fois son Oncle et Coran avec seulement un couteau de cuisine tout en protégeant Kili et Bilbo. Il baissa alors la tête.

- S'il te plait mon oncle. Si tu veux le prendre avec toi, autorise moi au moins une dernière nuit avec lui. Je l'apporterais chez toi demain à midi, quand j'aurais finis avec lui.

Bronin scruta Fili un instant avant de passer son regard sur l'esclave d'Erebor qui avait enroulé ses bras autour de lui même et se tenait désormais effrayé contre l'étagère. Il sourit encore une fois.

- Très bien. Une dernière nuit, juste pour que tu essayes de le réconforter et rendre au finale la situation pire qu'elle ne l'est déjà pour lui. Oui, essaye de lui expliquer ce qui l'attend demain. Remplis-le d'anxiété et de peur, ça rendra les chose encore plus plaisante pour moi. Je suis impatient de voir dans quel était il sera au matin. Coran et un autre garde vont rester à l'extérieur pendant la nuit.

Fili respira un audible soupir de soulagement. Kili remarqua sa réaction et se redressa un peu.

- Oui, mon oncle.

Le vieux Firebeard partit. Fili s'affaissa alors sur le banc de la table avec soulagement avant de tirer Kili à côté de lui. Il tendit la main pour caresser les mèches noires tout en murmurant des excuses. Bilbo émergea du garde manger et vint s'asseoir de l'autre cote de Fili. Il posa une main sur son épaule.

- Finis d'emballer nos affaires. Nous ne sommes pas tout à fait prêt mais nous partons ce soir. Sinon j'ai bien peur de ne pas pouvoir tous nous sauver, annonça Fili.

- Nous ne dépasserons pas le passage dans la montagne, n'est-ce pas ? Demanda Bilbo avec inquiétude. Il sera encore bloqué pendant quelques semaines de plus !

- Mon oncle a dit que la neige fondait rapidement cette année. Nous allons tenter notre chance. Nous n'avons pas d'autre choix. Emballe toute la nourriture que tu peux. Et nous prendrons un grand repas avant de partir.

- Et les deux gardes ?

- Je préfère m'occuper d'eux plutôt qu'essayer de secourir Kili des griffes d'un autre. Je trouverais quelque chose.

Bilbo hocha la tête pensivement.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé, demanda alors Kili en regardant ses deux compagnons, ses sens toujours en alertes.

- Le Chef a menacé de te prendre à Fili ce soir, expliqua Bilbo, mais Fili lui a demandé de te garder encore pour une nuit et de te donner seulement au matin. Bronin a accepté. Fili dit que nous devons partir cette nuit ou alors nous ne pourrons jamais nous échapper. Rassemble le reste de tes affaires, Kili.

Reconnaissant de son intervention quand il était attaqué, le brun se pencha vers Fili.

- Merci.

Il planta un petit baiser sur le nez du Firebeard et le nain rougit avant de d'enrouler ses bras autour de lui.

- Famille, dit Fili en commun avant de relâcher Kili.

- Aller, les interrompit Bilbo en tirant sur leurs bras. Nous avons encore à faire si nous partons cette nuit !


La nuit tomba et les habitants du village rentrèrent chez eux pour leur repas du soir. A l'extérieur, Coran et un autre nain était assis à côté de la porte de Fili, tremblant dans l'air froid. Ce n'était pas une mission des plus plaisante mais leur Chef le leur avait ordonné. Ils étaient maintenant enroulés dans des couches de vêtements et montaient la garde alors que les lumières du village commençaient de s'éteindre.

Chez Fili, le Firebeard et ses deux esclaves faisaient un repas de fête, mangeant à leur faim jusqu'à ce qu'ils sentent que la prochaine bouchée les rendrait malade. Ils devraient voyager rapidement, sans s'arrêter pour prendre de la nourriture le premier jour. Fili ne s'attendait pas à ce que son oncle accepte cette trahison sans chercher à se venger. Les représailles seraient rapides et brutales. Le trio serait probablement épuisé mais ils devaient placer le plus de distance entre eux et les Firebeards. Le village n'avait pas grand chose concernant les chevaux : principalement des poneys et des mulets pour tirer les chariots. Aucun n'était suffisamment rapide, ce qui obligerait donc le trio à progresser à pieds.

Fili était assit pensivement quand il abattu soudainement son poing sur la table.

- Bilbo, demande à Kili s'il se sent assez en forme pour s'occuper du deuxième nain pendant que je prends le premier. Il aura seulement besoin de lui trancher la gorge.

Le hobbit fixa Fili, choqué par son ton dur. Le bond fronça les sourcils.

- Désolé, je ne voulais pas te contrarier. Mais ce sera nécessaire.

- Est-ce qu'on ne peut pas se contenter de les assommer ?

- Nous avons besoin du plus de temps possible, il ne faudrait pas qu'ils se réveillent trop tôt.

Bilbo soupira et inclina la tête sur le côté, regardant Kili qui était entrain de recouvrir un petit bout de pain de sauce chutney. Il se redressa soudainement.

- J'ai une autre idée, sourit-il, un peu moins de sang et plus de temps.

Fili fronça les sourcils mais Bilbo se releva quand même pour aller fouiller dans un placard et en retirer des ingrédients.

- Donne moi une heure.

- Ensuite il faudra que l'on parte. C'est tout ce que tu auras, répondit Fili en finissant son repas avant de repartir dans la salle commune.

Il rassembla toutes les pièces d'or qu'il avait collecté et les plaça dans un petit sac qu'il attacha à sa ceinture. Il marcha ensuite vers une étagère où il récupéra deux fermoirs ainsi que sa petite chaine ; les seuls souvenirs de sa mère, Dis. Il les regarda tendrement, les faisant glisser entre ses doigts. Elle avait été gentille et douce avec lui et n'avait pas mérité la fin qu'elle avait eu entre les mains de son père. Un sentiment d'intense culpabilité infiltra son âme. Il était désormais plus que décidé à protéger son tout nouveau frère ainsi que le hobbit qui avait servit sa famille depuis si longtemps. Il plaça la chaine de sa mère autour de son coup, la rangeant à l'abris sous sa tunique. Il plaça un des fermoir d'argent dans ses propres cheveux, les soulevant de manière à dégager son visage.

- Kili, appela t-il.

Le nain plus svelte se releva pour marcher vers lui avec un sourire sur le visage. Son impatience de retrouver son foyer, sa vie et sa famille était plus qu'évidente. Après que sa mère soit partie, Fili n'avait eut plus aucune personne à aimer et admirer. Il avait adopté le mode de vie des Firebeards, s'était fait à la tyrannie de son père et avait traité le petit hobbit avec seulement un semblant de gentillesse. Ce ne fut qu'une fois son père partit, quand il récupéra Bilbo à sa charge qu'il recommença de vivre de la même manière que sa mère. Maintenant Kili était debout devant lui, la tête penchée sur le côté alors qu'il regardait curieusement le fermoir dans les mains de Fili. Le blond prit le jeune nain par les épaules et le tourna doucement. Il amena ses doigts dans les beaux cheveux noirs et attrapa les cotés qu'il tira en arrière de la même manière que les siens pour les attacher avec le second fermoir.

Les doigts de Kili allèrent alors dans ses cheveux, effleurant le fermoir avec un sourire. Il prit la main de Fili dans la sienne, et murmura un merci avant de retourner à son sac. Bilbo était toujours entrain de travailler dans la cuisine et avait finit de rassembler le reste de la nourriture pour le redistribuer en trois. Le trio commença alors de s'habiller de plusieurs couches de vêtements ; il faisait toujours froid dans le nord, même en début de printemps et il y aurait sans doute de légères chutes de neige pendant la nuit. Fili se demanda comment serait le temps à Erebor ; il n'avait jamais connu un climat qui n'était pas désolé et gelé la plupart de l'année.

Bilbo sortit de la cuisine en tenant deux mugs et une assiette de tarte.

- C'est bon. Je suis prêt.

- Qu'est ce que tu fais ?

- Ouvre la porte. J'ai fait une plutôt forte mixture d'herbes. Elle ralentira leurs cœurs, et les plongeras dans le sommeil. Plutôt dangereux, dit il en fronçant les sourcils, si c'était trop fort, ils s'arrêteraient de respirer.

Kili eut soudain l'air alarmé.

- Est-ce que ce que tu m'as donné est la même chose qui est dans ces thés ?

- Seulement une des mixtures et moins d'un car de la dose, répondit Bilbo. Je n'aurais jamais utilisé ça sur toi Kili.

Le jeune nain hocha la tête, ayant cependant toujours l'air mal à l'aise.

- Je ne peux pas dire que ce seront mes meilleures offrandes mais ces deux là ne sentirons plus rien d'ici environs quinze minutes.

Bilbo se dirigea alors vers la porte.

- Et comment envisages-tu de leur donner ?

- Ecoutes et tu verras. Tu peux m'ouvrir la porte s'il te plait ?

- Bilbo, est ce que tu es sûr de toi ?

- Oui. Personne n'a pu résister à ma cuisine jusqu'à maintenant et je ne m'attends pas à ce que l'un d'eux commence aujourd'hui.

Fili sourit et attrapa son épée puis celle de Kili qu'il lui tendit avant d'ouvrir la porte.

- Fais attention. Je serais juste là entrain d'écouter.

Bilbo déglutit et hocha la tête avant de sortir.

- Excusez moi, maitres, murmura-t-il.

Les deux nains se retournèrent instantanément, mains sur leurs armes mais les retirèrent immédiatement quand ils aperçurent la nourriture et les thés.

- Qu'est ce qu'il y a, esclave ?

- Je vous ai apporté à boire et à manger. Il fait trop froid pour ne pas avoir une bonne boisson chaude ce soir.

- Et pourquoi ce geste ?

Bilbo s'éclaircît la gorge, son regard toujours au sol.

- S'il vous plait, ne le dite pas à maitre Fili qui est entrain de dormir avec l'esclave d'Erebor. Mais je ne l'aime pas, cet esclave d'Erebor. Je suis heureux que vous l'emportiez. Je n'aime pas partager mon espace avec lui. Je veux que vous restiez au chaud comme ça vous pourrez l'emmener demain.

Les deux nains rigolèrent.

- N'aies pas pitié de nous, esclave. Mais nous allons prendre ta nourriture et ton thé.

Ils se relevèrent pour attraper l'assiette et les mugs. Bilbo se détourna.

- Merci, maitres, dit-il. J'attends avec impatiente l'arrivée du Chef demain.

Il glissa à l'intérieur de la maison sans ajouter un mot de plus, fermant ensuite la porte et s'appuyant contre elle. Il prit alors une profonde respiration.

Fili et Kili lui sourirent tout les deux.

- Bien joué, Bilbo, le félicita le blond. Je n'aurais pas pensé à ça. Finissons de nous préparer et donnons leur le temps de succomber.

Ils continuèrent alors d'emballer leurs affaires et de rassembler leurs armes. Fili regarda fièrement Kili placer l'épée avec les runes autours de sa taille.

- Famille, dit-il et il montra le fourreau.

- Famille, répondit Kili ravi. Et tu auras encore plus de famille quand nous aurons atteint notre destination.

Il fredonna alors avec contentement en même temps qu'il ramassait plusieurs sortes de hache de lancer afin les attacher dans ses vêtements, le long de sa ceinture. Il disparut ensuite dans la chambre et réapparut immédiatement avec la petite figurine de bois que lui avait fait Fili. Il la rangea précieusement dans son sac.

Une fois que tous les vivres, vêtements et armes furent ramassés, ils se rassemblèrent devant la porte. Bilbo posa ses affaires sur le côté et se glissa de nouveau à l'extérieur. Les fortes mixtures d'herbes avaient fait leurs effets ; les deux nains étaient endormis, appuyés contre le mur et sur les caisses où ils s'était assis. Bilbo vérifia avec attention s'ils respiraient encore, effrayé qu'il ne leur en ait donné trop. Il fut soulagé de constater qu'il les avait seulement assommé. Il rentra de nouveau à l'intérieur en hochant la tête.

- C'est fait. Ils dorment. Ils ne nous entendront pas partir et seront toujours là à monter la garde au matin. Ca nous donnera plus de temps.

Fili posa une main sur le dos de Bilbo.

- Excellent travail.

Le blond termina d'attacher ses propres armes avant d'aider Bilbo avec son épée. Le hobbit flâna alors une dernière fois dans la cuisine, récupérant au passage ses couteaux de cuisine favoris. Fili jeta un coup d'œil aux alentour une dernière fois.

- Y a t-il quelque chose que tu souhaite emporter Fili ? Lui demanda le hobbit. Tu ne verras probablement plus jamais cet endroit.

- Tant mieux. J'ai le collier de ma mère, répondit-il alors que sa main traçait de manière absente l'endroit où reposait la chaine sur son cou.

Il regarda sa demeure, celle qui avait été la sienne ces cinq dernières années et avant cela, celle de son père. La cheminée où sa mère s'asseyait pour lui raconter des histoires au sujet d'Erebor avant qu'elle ne se mette à pleurer jusqu'à ce que le sommeil l'emporte. Elle avait essayé de lui apprendre la langue commune et le Khuzdul mais son père la battait ensuite jusqu'à ce qu'elle promette d'arrêter. Chaque souvenir était lacé avec plus de peine que de bonheur mais c'était le seul foyer qu'il connaissait. Fili se retourna vers le hobbit et la porte.

- Il n'y a rien d'autre dont j'ai besoin de me souvenir au sujet de cet endroit. Rien de plus dont je veux me rappeler, Bilbo. Je suis désolé que tu ait été retenu ici pendant si longtemps.

- Tu n'as rien connu d'autre Fili. Maintenant tu es celui qui est le plus courageux ; tu quittes ta maison et nous emmène vers la notre. Alors merci.

Le hobbit tapota son bras avec admiration. Il avait hâte de commencer ce voyage, d'aller dans un climat plus chaud et vers des jours plus heureux. Il n'avait seulement que le plus petit et court souvenir de sa contrée.

Fili ramassa sa lance et ouvrit la porte, observant le village silencieux et immobile dans le froid et la nuit. Il sortit et attendit un moment, jetant alors un œil au deux nains profondément endormis. S'ils se faisaient attraper dans le village, alors la mission serait complètement ratée. Kili et Bilbo seraient tout les deux pris et lui serait jeté en exil. C'était la partie la plus dangereuse. Le cœur de Fili raisonna fortement dans sa poitrine alors que son estomac menaçait de renvoyer ce qu'il avait mangé. Après quelques minutes sans aucun mouvement, il fit signe à Kili et Bilbo de sortir puis ferma silencieusement la porte de sa maison.

Sans aucun mot, le Firebeard guida les deux autres vers la haute palissade de bois placés autour du village. Ils se cachèrent dans l'ombre alors qu'ils avançaient le long des grandes portes pour aller vers la petite porte positionnée juste à côté. Si un nain était toujours entrain de chasser après le noir, la grande porte était quand même fermée mais un garde était placé à côté. Fili s'approcha doucement, se cachant derrière le coin uniquement pour découvrir la pièce de garde vide. Elle était fermée mais les clés pendaient juste à côté. Fili les prit et ouvrit la porte, hâtant alors les deux autres de sortir. Ils avaient passé le premier obstacle et était désormais sur le chemin les menant à Erebor.