La pluie coulait le long du chemin. Je voyais mes pieds nus s'embourbaient dans la terre à chaque pas que je faisais. Parsemé de dalle millimétrée pour rejoindre la petite maison de brique rouge, le sentier ressemblait pour moi au Styx. Tout comme ce chemin, tout ici est millimétré. Je grimpe à l'arbre ni trop grand, ni trop petit qui se trouve devant la fenêtre de ma chambre. J'y rentre, salissant la maison de mes pas. Je vais dans ma salle de bain, passant devant peluches et poupées trop parfaits. L'eau coule pendant que je me déshabille. Je me regarde pendant que la baignoire se remplie. Mes cheveux verts clairs ébouriffés, coupés presque à la garçonne, n'étaient pas extraordinaires et certainement pas aussi beaux que ceux de ma grande sœur. Ou ceux de mes poupées. Mes yeux marron sont encore plus banals. Et un peu trop grands. Mon visage est rond, comme tous les enfants de mon âge, mais légèrement disproportionné. Nue devant le miroir, je m'admire. L'eau coule. Mes lèvres qui ne sourient jamais sincèrement me donnent un air sérieux. Leur coins se retroussent presque malgré moi quand je coupe le robinet. L'eau s'arrête de couler mais le ciel continue de pleurer. Je rentre dans le cadre chaud du bain, manquant de de faire déborder son contenu. C'est fou ce que la chaleur du bain fait après la froideur de la pluie. Je ris face aux remous que je provoque et à la transformation de mon corps dans l'eau. Mon petit corps maigrichon grossit est se tord, le reflet le défigurant avec cette illusion. Je ris aussi des minuscules bulle qui s'y agglutinent désespérément pour ne pas éclater à la surface. Elles dépendent de moi. Si je reste trop longtemps dans ce bain, mes doigts vont se fripes les r pour finalement ressembler à la peau d'un vieux pruneau. Si je reste trop longtemps, je vais vieillir avant l'âge. Je me lève, me rince et tire le bouchon. L'eau et la crasse se noient dans le siphon nouvellement formé. J'ai brisé la paix et la propreté de ce bain. En le salissant et le vidant, je n'ai fait que réaliser son destin. Je rince la baignoire, enlevant toutes les traces indiquant que j'eu utilisé cette vasque. Voilà. Il n'y a plus aucunes traces. Je me retourne encore trempée et m'aperçois du coin de l'œil. Je ne suis pas jolie. Un éclair illumine le ciel et la salle de bain. La pluie s'est changée en orage. Je souris davantage et retourne dans ma chambre sans m'essuyer, salissant de nouveau le sol. Un autre éclair tranche le ciel. Je ne suis pas jolie. La pluie agresse la vitre. Je suis sale. Le sol comme le chemin est trempé. Je suis superbe. La pluie n'a pas cessé de tomber. Je souris encore plus et saute sur mon lit avec entrain. Je serai au sommet, et tous ces imbéciles se mordrons les doigts. Un grand bruit me fait sursauter. Avec l'orage vient le tonnerre. Je ne l'aime pas. Je sens mon cœur s'accélérer, des frissons me parcourir le corps. Le tonnerre explose juste au-dessus de moi. Ma lèvre tremble et je saisis ma poupée. Elle s'appelle Suzy et c'est ma copine. Je me mets sous la protection de ma couette en serrant Suzy tout contre mon cœur. Tant qu'elle est avec moi, je n'aurais plus peur de rien. Le tonnerre m'assourdit. Je serre mon amie contre moi. Elle n'est pas très belle. Elle a les cheveux en bataille car je ne les lui peigne jamais, ses joues sont rondes mais elle sourit. Elle me ressemble un peu mais en plus gentille. Je lui confis tous mes secrets et elle m'écoute toujours ! Je lui ai donné un autre nom mais c'est notre secret, car personne ne le saura jamais ! C'est ma poupée, ma meilleure copine et je l'aimerai toujours. Je m'endors à ses côtés, oubliant le maléfique tonnerre. Et la pluie tombante. Toi qui chute, admire donc mon ascension.
