Bonjour/Bonsoir tout le monde ! Je sais, j'ai un jour de retard, je suis désolée. J'ai été pas mal occupée la semaine dernière, surtout ce week-end. J'étais au salon du livre de ma ville avec l'atelier d'écriture de ma fac, mais bref, je m'étale xD Pardon ! Dooooonc, voici le chapitre 5. J'ai eu du mal à l'écrire, mais j'espère que ce n'est pas un désastre et que vous l'apprécierez :) Laissez moi une review pour me donner votre avis surtout :3
Je remercie Le Poussin Fou, ameliesky61 et MICHONCHON pour leurs reviews ultra motivantes ! :D Merci également à Listelia et najha21 pour avoir ajouté cette fiction à la rubrique " follow " ! ^^
Alors là, je vous laisse deviner ce que je vais dire... Il y a les mots " Merlin " , " BBC " et " ne m'appartient pas " dans ma phrase.
Les musiques sont dans le chapitre, as usual :)
Bonne lecture mes très chers ! :)
Chapitre 5: Vérité...
( Predestination (2014) – Ending Credits Soundtrack ) ( La musique qui dure 6:29 )
Au milieu de la nuit, tout le monde semblait avoir trouvé un peu de repos, même Gauvain qui s'était pourtant saoulé toute la soirée, au point de réquisitionner l'aide de Perceval pour rentrer dans ses appartements.
La seule personne qui, pour son plus grand malheur, ne trouvait pas le sommeil était Arthur. Il avait hâte que les premiers rayons du soleil s'abattent sur Camelot, lui donnant ainsi la permission de reprendre les recherches. Une soif enivrante de retrouver Merlin, de comprendre ce qui lui était arrivé, de le guérir, de retrouver son sourire, sa bonne humeur, sa maladresse, une soif destructrice de revoir et sauver son meilleur ami des griffes de Morgane le dévorait de l'intérieur.
Il ne laisserait pas encore une fois la magie lui voler quelqu'un de cher. Sa mère, son père, sa sœur... il les avait tous perdus à cause de la magie. Merlin était comme son frère ( même s'il ne l'avouerait pour rien au monde ). Et il ne perdrait pas son frère.
Hors de question.
Il ne laisserait pas la sorcellerie mettre un frein à son bonheur, ce bonheur qu'il parvenait à construire aux côtés de sa femme, ses amis et son peuple. Comme tout homme, roi ou non, Arthur aspirait à une vie heureuse. La magie avait fait assez de dégâts dans sa vie. Il l'éradiquerait coûte que coûte.
Las de rester inactif, envahi par des pensées qui ne voulaient pas le laisser en paix, Arthur se leva silencieusement, prenant soin de ne pas réveiller Guenièvre, et s'habilla rapidement. L'air frais lui ferait sûrement du bien. Du moins, c'est ce qu'il espérait. Une fois vêtu assez chaudement pour sortir, Arthur dévala les étages qui le séparaient de l'extérieur. Dehors, une lune éblouissante inondait la cour, couronnant la statue fièrement nichée devant l'escalier d'une auréole luminescente. Le calme qui régnait au château eut le don de détendre le monarque. Il dirigea ses pas dans les écuries, passant en revue les box un par un, ne s'arrêtant que rarement pour adresser quelques caresses aux chevaux. Dans la dernière stalle, un hennissement attira son attention. Arthur s'approcha du cheval qu'il reconnut aussitôt.
- Toi non plus, tu ne dors pas...
Tout en passant une main distraite dans la crinière de la monture de Merlin, Arthur ne put s'empêcher de soupirer. Apparemment il n'était pas le seul à qui son serviteur manquait. Oh non, il n'était pas le seul. L'absence de Merlin avait affecté le château entier, même les chevaliers. Comment un seul homme pouvait-il apporter autant de lumière dans son entourage ? Comment pouvait-il marquer à ce point les habitués du château ? Arthur ne chercha pas à épiloguer davantage. C'était Merlin, après tout.
Il sortit de l'écurie et monta sur les remparts. Les gardes lui lancèrent un regard interrogateur, ne comprenant pas la raison de sa présence. Ils n'avaient repéré aucune menace.
- Sire ?
- Je ne fais que passer, ne vous occupez pas de moi.
Les soldats froncèrent les sourcils. Leur souverain avait l'air perturbé, lui qui habituellement veillait à dissimuler son inquiétude et garder la tête haute... cette nuit-là, il donnait l'impression de manquer de force et de courage... et ses hommes savaient tous pourquoi. La disparition de son valet personnel n'était pas passée inaperçue, même pour eux qui, immobiles à longueur de journées, avaient le temps d'observer les habitants du château et, d'une certaine manière, de s'attacher à eux et à leur présence. Merlin n'échappait pas à la règle.
- Qu'est-ce que c'est... ? Murmura un des gardes, les yeux rivés sur le pont-levis, en contrebas.
- Que se passe t-il ? Se renseigna vivement Arthur.
- Regardez, majesté, là !
Arthur plissa les yeux avec concentration. Il distingua alors, très vaguement, une forme mouvante en provenance du pont, mais ne sut déterminer la nature de cet étrange phénomène entouré d'une épaisse noirceur.
- Devons-nous donner l'alerte ? S'inquiéta un garde.
- Attendez mon ordre. Voyons d'abord à quoi ou qui nous avons affaire.
Malheureusement, la lune n'atteignait pas suffisamment cette partie du château pour permettre d'éclairer le « nouveau venu ». La forme continua d'avancer, caractérisée par une lenteur qui interpella le roi de Camelot et ses soldats. Puis, sans que personne n'eut le temps de se questionner plus longtemps, elle s'arrêta. Brusquement. Une lumière blanche apparue, orienté sur un visage qui glaça le sang d'Arthur.
- Bonsoir, mon cher frère ! Le salua Morgane, un rictus sur les lèvres.
- Vite, sonnez la cloche ! Commanda t-il.
Les gardes ne se firent pas prier. Quelques secondes après cet ordre, le son tonitruant de la cloche réveilla le château. Des voix, qu'Arthur reconnut comme étant celles de ses chevaliers, emplirent rapidement la cour. Pourtant, malgré la défense préparée à la hâte, Morgane ne se décidait pas à bouger. Elle fixait son frère d'une manière que celui-ci ne sut comprendre. Elle paraissait tellement... fière. Sûre d'elle. Victorieuse. Le fait qu'elle laisse les chevaliers se préparer au combat et les flambeaux s'allumer était une preuve flagrante de son... détachement. De sa confiance absolue en elle-même. Pourquoi se montrait-elle sous ce nouveau jour, tout à coup ? Avait-elle l'intention de combattre ? Pourquoi restait-il figée sur le pont ? Qu'avait-elle derrière la tête ? Si elle n'était pas là pour se battre, que voulait-elle... ?
Soudain, la peur qu'elle ait assassinée Merlin pour ensuite venir présenter son corps ensanglanté à Arthur ranima brutalement celui-ci. Il se pencha au bord des remparts et hurla:
- Où est Merlin ?! Qu'as-tu fait de lui ?!
Pour toute réponse, le sourire de Morgane redoubla. Elle se retourna à demi sur sa gauche et répondit:
- Merlin, voyons, ce n'est pas très poli de faire patienter... notre cher roi de Camelot.
Une silhouette se détacha dans la pénombre de la nuit et s'avança docilement vers la prêtresse. Lorsqu'elle s'immobilisa, son visage se retrouva baigné par la lumière magique que tenait Morgane au creux de sa paume.
Cette silhouette, ce visage, c'était Merlin.
- C'est vous qui teniez à cet effet de surprise, Morgane, rectifia Merlin. Et vu la tête qu'il fait, c'est une réussite, ajouta t-il, ironique.
Pétrifié. C'était le seul mot assez fort pour exprimer ce que ressentait Arthur à ce moment-là. Merlin s'était rallié à Morgane. Non, impossible. Il devait raisonner clairement. Elle le manipulait, elle avait empoisonné son esprit avec un maléfice, un poison, un sortilège, sorti tout droit des ténèbres de la magie. Merlin n'était pas lui-même. Exactement comme ce jour où il avait frappé Arthur et agressé un serviteur. Ce n'était pas le vrai Merlin qui se tenait devant lui. C'était un pantin de Morgane. Mais pourquoi l'avoir emmené avec elle ? En quoi pouvait-il l'aider dans ses plans de conquête et de pouvoir ? Il n'était... qu'un serviteur... un homme maladroit qui ne savait même pas tenir une épée correctement. Si elle ne l'avait pas tué, qu'avait-elle prévu, alors ?
- Je me doutais qu'il aurait réagi ainsi, ajouta Morgane, au comble du plaisir. Allons, Arthur, vous vous en remettrez.
Merlin glissa un regard à Arthur, un seul regard. Un regard monstrueux, un regard qui traduisait mot par mot, lettre par lettre, « je vais te tuer. » ! Arthur sentit des frissons d'horreur le parcourir.
- Viens, Merlin, le spectacle va commencer.
Morgane et Merlin pénétrèrent dans la cour d'un pas assuré et triomphant. Rien ne pourrait les arrêter. Les chevaliers n'étaient que des pions en bois à faire tomber. Entre temps, Arthur était descendu des remparts et s'était placé devant la ligne de défense, tenant fièrement une épée qu'un garde lui avait prêtée. Sa position et le barrage que formaient les chevaliers obligèrent les deux sorciers à marquer un arrêt.
- A quoi pensez-vous, franchement ? Balança Morgane en riant.
- Vos armes ne peuvent rien contre nous, renchérit Merlin sur le même ton.
Arthur avait noté le « nous » employé par son serviteur, un « nous » qui le répugnait. Avait-il complètement basculé du côté obscur ? Était-il sincèrement capable de faire du mal au peuple de Camelot ? Constatant que personne ne se résignait à bouger pour leur faciliter le passage, Morgane prit les choses en main. Une intense jubilation l'habitait quand elle s'entendit parler:
- Merlin... à toi l'honneur.
Arthur, comme tous ses soldats qui connaissaient le jeune homme, ne surent interpréter l'invitation de la prêtresse. En quoi Merlin pouvait-il faire quelque chose ? En quoi pouvait-il les blesser ? C'était ridicule.
- Avec plaisir, Morgane, répondit-il en s'avançant.
Il toisa le groupe en position de combat, levant vers lui des regards interrogateurs et leurs armes de dernière qualité, puis...
- As mo shlí leat a scaipeadh !
Tous les chevaliers furent violemment projetés sur les côtés, heurtant les pavés de la cour avec une force qui leur fit perdre connaissance. Quelques hommes, dont l'impact avait été moindre, parvinrent à se relever difficilement en prenant appui sur leurs épées, mais ils ne pensèrent même pas à récidiver. Ce qu'ils venaient de voir les avait scotchés, totalement pris au dépourvu. Mais dans le lot des plus choqués, Arthur figurait à la première place. Il n'avait pas été touché par le sortilège de Merlin et se tenait encore debout devant lui et Morgane. En revanche, son corps ne répondait plus.
Il était paralysé.
As mo shlí leat a scaipeadh As mo shlí leat a scaipeadh As mo shlí leat a scaipeadh.
Cette formule tournait et tournait en boucle dans sa tête. Une formule magique. Un sortilège. Dans un état second, nageant au cœur d'un océan de sentiments négatifs, Arthur ne put que fixer Merlin dont l'éclat doré de ses yeux venait de se dissiper. Doré. Magie. Sorcellerie. Sorcier.
Merlin était un sorcier.
Tout à coup, il semblait à Arthur qu'une partie de son être se déchirait, qu'il ne connaissait plus Merlin, qu'il ne l'avait jamais connu, qu'il faisait face à un étranger, un tisseur de mensonges, un monstre... Pourtant, une petite voix lui hurlait que toutes ses pensées étaient fausses, mais il n'écoutait pas cette petite voix, il n'en avait pas la force, à ce moment-là. En plus de le clouer sur place, le choc faisait naître en lui des questions, des incertitudes, des doutes, des émotions foudroyantes qui bloquaient sa logique et l'empêchaient de réfléchir.
Merlin était un sorcier. Voilà la seule chose cohérente à laquelle il songeait.
- Sa réaction est-elle normale ? S'informa machinalement Merlin en dévisageant Arthur. Il est devenu tout pâle. Lui qui massacre les nôtres, il devrait être habitué à voir des sorciers.
- Ça n'a aucune importance, répondit Morgane, un brin agacée. Viens, Merlin. Le trône est à nous.
Mais Merlin avait levé la tête, observant le balcon principal sur lequel se tenait Guenièvre, aussi estomaquée que les chevaliers.
- C'est la reine, je suppose ?
- Elle ne nous causera aucun problème.
- Et lui ? S'enquit Merlin en pointant du doigt un vieil homme dans la galerie.
- Oh, Gaïus ! S'exclama la prêtresse, arborant son plus grand sourire. Navrée de vous avoir réveillé.
Bien qu'étant au courant de la véritable identité de son pupille, Gaïus ne se montrait pas moins secoué par le déroulement de la situation. Dès la disparition de Merlin et l'annonce de l'implication de Morgane, il avait redouté qu'une telle chose se produirait, qu'Arthur finirait par découvrir la vérité, mais il n'avait pas pensé que cela arriverait aussi vite et surtout que le roi réagirait d'une manière aussi expressive. Arthur n'était pas seulement affecté, il était littéralement en état de choc.
- Qui est-ce ? Voulut savoir Merlin.
- Le médecin de la cour, un allié de longue date de la lignée Pendragon.
- Je ne pense pas qu'il nous gênera, ironisa t-il. Il tient à peine debout.
- Il n'est pas un obstacle, comme personne ici. Bon, je crois que nous avons terminé les présentations. Suis moi, Merlin.
Lorsque Morgane passa devant Arthur, toujours silencieux et immobile, elle se pencha et lui murmura à l'oreille, aussi tranchante qu'une lame, jouissante d'une satisfaction sans bornes:
- Et de trois.
Sur ces mots, elle rejoignit Merlin qui s'était arrêté sur l'escalier afin de l'attendre. Tous les deux disparurent à l'intérieur du château, laissant derrière eux des chevaliers désarmés, une reine bouche-bée et un roi trahi.
Arthur entendait une animation certaine autour de lui. Des voix, des hurlements, des gémissements. Quelqu'un répétait son nom, le secouait, même. Quelqu'un essayait de le ramener à la réalité. Mais son cerveau restait obstinément sur « arrêt ». Découvrir la vraie nature de Merlin était une chose, mais entendre les paroles venimeuses de Morgane en était une autre.
« Et de trois. ».
Il n'avait eu aucun mal à traduire ces petits mots. Par « trois », sa sœur lui rappelait qu'il comptait désormais sa troisième trahison. Morgane, Agravain... et maintenant Merlin. Sa famille l'avait trahi. Car oui, au fond de lui, Arthur considérait Merlin comme son frère, ce frère qu'il n'avait jamais eu.
- Arthur !
C'est la voix de Gaïus qui parvint à le faire revenir parmi les « vivants ». Encore déboussolé, il prit rapidement connaissance de son environnement. Ses repères s'étaient brouillés, il n'avait plus les idées claires. Certains chevaliers étaient encore inconscients, d'autres se relevaient tout doucement, aidés par leurs frères d'armes, plusieurs feux étaient allumés et des débris jonchaient la cour. Arthur ne comprenait pas d'où venait tout ce remue-ménage. Merlin... Oui, il devait réussir à le dire... Merlin n'avait fait qu'éloigner les chevaliers de son chemin, il n'avait pas créé un tel capharnaüm... Peut-être que si, en fait. Arthur avait évolué au milieu d'un brouillard dense les minutes précédentes, il était possible qu'il n'ait pas fait attention à ces... détails.
- Arthur, des chevaliers sont à l'intérieur. Ils retiendront Morgane et Merlin, mais ils ne s'en sortiront pas tous seuls, expliqua Gaïus.
Arthur hocha la tête, le regard vide, inanimé. Il empoigna solidement son épée et fit face au médecin.
- Oui... Nous... On y va... Chevaliers, avec moi ! Hurla t-il.
Ce n'était plus le moment de se morfondre, de penser, de se faire du mal. Il fallait dépasser cela, il fallait agir. Immédiatement. Merlin et Morgane se dirigeaient tout droit vers la salle du trône. Une fois assise et couronnée, la prêtresse tuerait tous ceux qui essaieraient de la renverser, Arthur et Guenièvre les premiers. Elle mobiliserait sans aucun doute une armée ennemie à Camelot afin qu'elle l'appuie et la protège, même si ce dernier point ne lui posait généralement aucun problème, elle avait les capacités pour subvenir à sa protection.
En approche de la grande salle, Arthur ressentait de plus en plus un malaise... l'idée d'affronter Merlin lui donnait la nausée. Mais il n'avait pas le choix, il le savait. Lorsqu'il pénétra dans la salle du trône, ses chevaliers sur les talons, seule la lune permettait d'éclairer le lieu. Morgane et Merlin se tenaient au centre de la pièce, étroitement encerclés par des soldats, dont Léon, Perceval, Gauvain et Elyan. Ces derniers étaient des amis de Merlin et le voir prêter main forte à Morgane, leur ennemie jurée, les perturbait. Ils étaient peut-être au courant du comportement changeant de Merlin et de la responsabilité de Morgane, mais en être témoin était plus dur à digérer. Arthur se glissa discrètement parmi ses hommes et s'arrêta à côté de Léon.
- Merlin... Merlin est un sorcier, Sir Léon, annonça t-il du tac au tac.
- Qu'est-ce que vous avez dit ?! S'écria t-il, interloqué.
- Vous plaisantez ?! Ajouta Gauvain, complètement dégrisé.
- Je l'ai vu de mes propres yeux... Trouvez un moyen de le séparer de Morgane et attirez le à l'écart. Je... Je dois lui parler...
- Qu'allez vous faire, Sire ? Demanda Léon.
- Je ne sais pas... mais il faut que je lui parle...
Soudain, ils furent tous obligés de reculer à la hâte pour ne pas recevoir les projectiles enflammés avec lesquels Merlin et Morgane les bombardaient.
- Un pas de plus et vous serez brûlés vifs !
La voix vibrante de menace de la prêtresse venait de retentir dans la salle, provoquant un écho presque inhumain. Mais aucun des chevaliers ne se laissa démonter. Ils se ruèrent sur la jeune femme dans un assaut de rage. Léon, secondé par Perceval, Gauvain et Elyan, contourna le groupe de sorte à se tenir au plus près de Merlin. Celui-ci comprit aussitôt leur petite stratégie et les envoya valser au fond de la pièce sans même lever le petit doigt. Arthur profita de l'inattention de Morgane pour saisir la brèche qui s'offrait à lui. Il se plaça à une distance raisonnable de son... serviteur ? Ami ? Du sorcier ? ( il ne savait comment le nommer ) et l'apostropha:
- Merlin !
- Si vous voulez me supplier de vous épargner, vous vous y prenez vraiment mal, lâcha t-il, le regard meurtrier.
- Non, ça n'a rien à voir...
Arthur refoula la panique et toutes ces émotions qui s'emparaient de lui, ces émotions qui lui écrasaient la poitrine. Il devait trouver un moyen de faire revenir Merlin à la raison. Sorcier ou non... il ne pouvait pas être ce monstre qu'il donnait l'impression d'être. C'était impossible. N'est-ce pas ?
- Oh, vous essayez peut-être de retenir mon attention pendant que vos chevaliers tentent de tuer Morgane ?
- Écoute moi... Tu n'es pas toi-même, d'accord ? Tu ne te souviens pas ?
- De quoi pourrais-je bien me souvenir ? Me souvenir que vous êtes un monstre de cruauté, un homme sans cœur qui traque et massacre les miens ?! Ça je le savais déjà.
Les paroles de Merlin touchèrent Arthur en plein cœur, enfonçant des épines empoisonnées au plus profond de son être. Était-ce réellement ainsi que Merlin le voyait ? Stop ! Il devait se ressaisir ! Merlin n'était pas lui-même, ses pensées étaient commandées par Morgane, créées de toutes pièces. N'est-ce pas ? Il ne pensait pas cela, en réalité, il ne penserait jamais cela...
- Tu ne t'en rends pas compte, mais Morgane te manipule ! Elle joue avec ton esprit, c'est à cause d'elle que tu es comme ça !
- A cause d'elle ? C'est vous qui ne comprenez pas, Arthur ! Morgane m'a libéré. Ensemble nous rétablirons l'usage de la magie à Camelot, il n'y aura plus personne pour nous imposer des règles, plus aucun Pendragon pour nous éliminer !
Arthur fit un pas.
- C'est elle qui mériterait de régner, pas un être répugnant comme vous.
Un deuxième.
- Vous ne savez pas ce que c'est d'être vu comme un monstre.
Un troisième.
- Vous n'avez jamais eu peur du regard des autres, du bûcher, de l'exécution, de la mort...
Un quatrième.
- Vous vivez dans vos préjugés, vous vous emmurez dans la haine. Le véritable monstre ici... c'est vous !
Un hurlement.
- Je suis désolé..., murmura Arthur, la voix brisée.
Il retira brusquement son épée... qu'il avait enfoncée dans le flanc de Merlin. Celui-ci fixa le monarque avec des yeux embués de larmes et s'écroula dans ses bras. Ne prenant pas garde au combat engagé autour de lui, Arthur hissa Merlin sur son dos et se mit à courir. Il voulait l'éloigner de Morgane, le protéger de son influence, l'emmener à Gaïus et le faire soigner. La blessure qu'il lui avait infligée n'était pas profonde ni conséquente, il avait fait exprès de ne toucher aucun organe. Si Merlin était prit rapidement en charge par le médecin, il avait toutes ses chances de s'en sortir.
Alors qu'Arthur allait atteindre la sortie de la salle, les grandes portes se refermèrent brutalement.
- Posez le immédiatement, Arthur, ordonna Morgane d'une voix glaciale.
Arthur se retourna lentement, très lentement. Derrière lui, les corps de ses chevaliers s'entassaient les uns sur les autres. Sa seule réjouissance, c'était que Morgane n'était pas non plus dans un meilleure état. Sa robe était couverte de sang et déchirée ça et là. Arthur devina que seule sa magie parvenait à la faire tenir debout, lui donnant l'énergie nécessaire pour se dresser devant son « cher frère ».
- Que lui avez-vous fait ?! Siffla t-il, dégoûté.
- Disons simplement que je l'ai... stimulé. Mais je dois vous accorder un certain mérite, Arthur. Je n'avais pas prévu que vous l'attaqueriez. Vous avez fait échouer mon plan.
- Alors c'était ça, votre plan. Se servir de sa magie pour prendre le trône.
- Merlin est réputé comme étant le plus grand sorcier que la terre ait jamais porté. Avec sa puissance, vous n'auriez pas pu nous arrêter. Malheureusement, je me rends compte que je vous ai sous-estimé. Mais trêve de bavardage. Déposez le.
Arthur lança un regard de défi à sa sœur, un regard signifiant que si elle voulait vraiment récupérer Merlin, elle devrait d'abord lui passer sur le corps. Morgane s'accorda quelques secondes d'attente, principalement pour elle. Elle puisa dans sa magie pour redonner de l'ampleur à sa force vitale. Elle n'allait pas mourir de ses blessures, mais elle serait susceptible de s'évanouir. En somme, c'était l'heure du repli. Toutefois, avant de partir, elle devait reprendre son précieux allié. Agacée de la ténacité d'Arthur à vouloir protéger son serviteur ( ce qu'elle ne comprenait pas ), elle décida de s'en remettre au chantage, un procédé qui fonctionnait très bien.
- Si vous ne vous décidez pas, les chevaliers le paieront. Par qui pourrais-je commencer ? Sir Léon, peut-être ?
Arthur sentit la panique le gagner. Vu l'état dans lequel se trouvait Morgane, il était impossible qu'elle tue tous les chevaliers, mais elle serait tout de même capable d'ôter la vie à certains. Et Arthur savait précisément quels hommes elle prendrait pour cible. Léon, Gauvain, Perceval et Elyan.
Que devait-il faire ?
Ses chevaliers ou Merlin. Les hommes qui le protégeaient, lui et le royaume, ou l'homme qui... qui... qui quoi ? L'homme qui l'avait trahi ? Qui lui avait menti pendant des années ? Un homme incontrôlable qui n'hésiterait pas à le tuer... Il n'y avait aucun choix. Malgré cela, la petite voix était revenue, hurlant aux oreilles d'Arthur que Merlin n'était pas un traître, qu'il était bien plus... mais le roi de Camelot ne l'entendit pas. Il s'accroupit et posa délicatement le jeune sorcier sur le sol.
- D'accord... Il est à vous...
Arthur jeta un dernier coup d'œil au corps de Merlin, ce corps qui allait disparaître d'une minute à l'autre. Il recula jusqu'à la porte et regarda Morgane s'agenouiller, prendre le blessé dans ses bras, le serrer contre elle et passer une main sur sa joue, comme pour sentir la chaleur de sa peau. Puis plus rien. Une tornade de fumée les avala tous les deux, ne laissant plus qu'un grand vide dans la salle du trône.
( Ludovico Einaudi – Experience )
La pluie venait de tomber sur Camelot. A peine une heure s'était écoulée depuis le départ subit de Merlin et Morgane. Après avoir rassuré le peuple et les habitants du château en leur assurant que le danger était passé, Arthur s'était enfermé dans ses appartements. Il n'avait même pas eu la force de s'entretenir avec Gaïus, et encore moins avec Guenièvre. Celle-ci ne cherchait pas à engager la conversation, elle respectait le silence de son époux. Arthur s'était affalé à son bureau, se sentant las et endolori, comme s'il avait porté une charge lourde pendant des heures. Il avait retiré de sa poche la lettre froissée et ensanglantée de Merlin et l'avait jetée sur la table.
Plongé dans la pénombre de la nuit, n'écoutant que le bruit assourdissant de la pluie contre les vitres, Arthur tentait de faire le point... ce qui n'était pas chose facile.
Merlin était un sorcier. Et, au vu de ce qu'il avait pu voir, un puissant sorcier. Comment était-ce possible ? Où avait-il appris la magie ? Quand l'avait-il apprise ? Avec qui ? Gaïus, peut-être ? Non, impossible. Ce dernier avait fait le serment à Uther de ne plus jamais se servir de la magie. Pourquoi Merlin ne lui avait jamais rien dit ? Pourquoi se faisait-il passer pour un frêle et maladroit petit serviteur ? Pourquoi était-il resté à Camelot en sachant les risques énormes qu'il encourait ? Quand avait-il usé de magie ? Combien de fois ? Dans quels buts ? Des questions, toujours plus de questions. Des questions sans réponses, chacune perforant le cœur d'Arthur, laissant derrière elles un goût amer, le goût de la trahison, de la déception et du chagrin.
Mais ces questions n'étaient pas les plus insupportables. D'autres, cruelles et monstrueuses venaient les remplacer. Merlin était-il réellement sous l'influence d'un sortilège... ou avait-il rejoint Morgane de son plein gré ? Il aurait très bien pu se lasser de son poste auprès d'Arthur et mettre en place, avec l'appui de la prêtresse, un coup monté dans le but que son changement soit facilement accepté. Peut-être qu'il avait porté un masque durant toutes ces années et qu'il complotait contre Arthur, contre Camelot. Peut-être qu'il avait aidé Morgane et tous les nombreux ennemis des Pendragon. Peut-être que...
« Mais qu'est-ce que je raconte... ? Merlin ne ferait jamais ça. Il... Il n'est pas comme... ça. »
Qui était-il alors ? Arthur pouvait-il vraiment continuer de l'appeler « ami » quand il se rendait compte s'être fait duper ? Mais non, il devait raisonner avec logique. Il avait une preuve du changement de comportement de Merlin. Morgane n'avait pas nié qu'elle l'utilisait, elle n'avait pas nié être responsable de sa transformation. Dans ce cas... Rien de ce qu'Arthur n'avait vu n'était réel. Merlin n'était pas le vrai Merlin, il n'était pas celui qu'il avait toujours connu. Pourtant... Les sorciers étaient mauvais. Mais Merlin ne l'était pas. Non, cette haine qui l'animait était feinte, créée par Morgane. La méchanceté, la cruauté, le sadisme, le chantage, tout ça était loin de l'habiter. Il était trop gentil, trop loyal, trop généreux, trop insouciant, trop altruiste, trop... Merlin.
Sorcier / Monstre / Traque / Exécution / Merlin / Sorcier / Bienveillant / Magie / Mal / Bien / Doutes.
Arthur était complètement perdu. Merlin était de toute évidence sujet à un maléfice de Morgane. Ses pensées, ses agissements, ses paroles, son être entier était contrôlé par la prêtresse. C'était un sorcier, certes, mais en proie également aux méfaits de la magie. C'était un sorcier au cœur humble et bienfaisant, toujours optimiste, souriant, charitable, moqueur, loyal, brave... Il n'était pas mauvais. Oh non, il ne l'était pas. Il ne pouvait pas penser un seul mot de ce qu'il avait dit précédemment à Arthur. Ces mots ne pouvaient pas venir de lui.
De quoi pourrais-je bien me souvenir ? Me souvenir que vous êtes un monstre de cruauté, un homme sans cœur qui traque et massacre les miens ?!
C'est elle qui mériterait de régner, pas un être répugnant comme vous.
Vous ne savez pas ce que c'est d'être vu comme un monstre.
Vous n'avez jamais eu peur du regard des autres, du bûcher, de l'exécution, de la mort...
Vous vivez dans vos préjugés, vous vous emmurez dans la haine. Le véritable monstre ici... c'est vous !
Qu'il ait sincèrement pensé cela ou non, Merlin n'avait pas tort. Arthur avait reçu des enseignements strictes et avait emmagasiné les propos de son père concernant la sorcellerie depuis le berceau. Il n'avait jamais forgé sa propre pensée, celle-ci ayant été constamment dictée par Uther. Aux yeux des sorciers et... peut-être aux yeux de Merlin... le monstre n'était autre que lui-même, vu à travers Camelot et au delà de ses frontières comme un tyran marchant dans les pas de son père, un homme sans cœur, un meurtrier.
Mais Merlin avait toujours été conscient de cette image et de cette réputation entachée qui lui collait à la peau, alors pourquoi était-il resté à ses côtés, tout ce temps ? Pourquoi n'avait-il pas cherché à... le tuer, à venger les siens ? Il avait eu tellement d'occasion pour cela. Pourquoi était-il si différent de ce qu'Arthur savait des sorciers ?
" - Changeras-tu un de ces jours, Merlin ?
- Non, vous vous ennuieriez. Promettez-moi que votre prochain serviteur ne sera pas un infâme flatteur.
- Tu essaies de me donner ton congé, en somme ?
- Non... Je suis heureux d'être votre serviteur, et je le serais toujours, jusqu'à mon dernier jour.
- Quelques fois je pense bien te connaître, Merlin. Alors que parfois...
- Moi… Je vous connais. Vous êtes un valeureux guerrier ; un jour, vous serez un grand roi. "
" - Je fais tout le travail et le mérite en revient à un autre !
- Je sais ce que c'est ! "
" - Je ne me suis pas absenté si longtemps !
- Sans ma permission !
- Mais si j'avais été à l'agonie ?
- Je ne m'en plaindrais pas, Merlin ! Mais tu n'es pas mort ! Alors où étais-tu passé ?
- J'étais à l'agonie.
- Je n'ai pas de temps à perdre avec toi ! L'avenir du royaume repose sur mes épaules ! Aurais-tu la moindre idée de ce que cela représente ?
- Eh bien... "
" - J'ai affronté tant de choses. J'ai jamais eu peur de mourir.
- Je crois que vous devriez continuer.
- Tu me laisses perplexe, parfois.
- Vous ne m'avez jamais compris, Arthur.
- Non.
- Je crois qu'on aurait été de bons amis si les choses avaient été différentes.
- Oui, c'est vrai.
- Si vous n'étiez pas aussi arrogant, aussi pontifiant et prétentieux.
- Oh !
- On va le vaincre, le doroka. On y arrivera, Arthur. Tous les deux !
- Je te remercie, Merlin. Tu es un homme très courageux... quand il n'y a rien à craindre.
- Vous ignorez combien de fois je vous ai sauvé la vie. "
Tout ce temps, Merlin était sérieux. C'était lui son protecteur, son « ange gardien », celui qui l'avait sorti des plus mauvaises situations. Arthur le comprenait, désormais. Toutes ces fois où il avait perçu une grande sagesse et une touchante sincérité dans les paroles de Merlin, celui-ci ne mentait pas, autant sur ce qu'il disait que sur ses sentiments. Il n'avait jamais menti. Combien de fois avait-il dû se faire passer pour le pire des idiots du royaume ? Pourquoi avait-il tenu à ce point à jouer ce rôle ? Pourquoi n'avait-il jamais cherché la moindre reconnaissance ? Mais... Qu'avait-il accompli exactement ? Comment avait-il géré sa... vie secrète ?
Arthur soupira gravement. Retour à la case départ. Des questions, encore des questions.
( Merlin 4 Soundtrack « The Burial » 04 )
- Gaïus, je pars au puits chercher de l'eau, annonça Guenièvre en attrapant une cruche vide.
Le médecin hocha distraitement la tête, occupé à bander le bras d'un chevalier.
- Je n'ai guère besoin de vous mettre en garde, sir Alidor. Vous avez besoin de repos.
- Merci, Gaïus.
Sir Alidor rajusta sa cape sur ses épaules et prit congé. Durant toute l'heure Gaïus était passé de chambre en chambre, avait administré des somnifères et des calmants aux blessés les plus graves, et avait regagné ces appartements pour soigner les dernières personnes qui se présentaient. Il n'avait pas eu le temps de souffler. L'aide de Guenièvre, qui l'avait rejoint quelques minutes plus tôt, était la bienvenue. Quand elle revint dans ses appartements, il la seconda en désinfectant la plaie d'un chevalier ayant été touché par la magie de Morgane. La reine se concentrait sur la tâche à effectuer avec ardeur, mais Gaïus voyait bien qu'elle ruminait de sombres pensées, tout comme la plupart des habitants du château. Tout en rinçant une serviette dans une bassine, elle risqua:
- Vous étiez au courant, Gaïus ?
- Oui, soupira ce dernier, dépité. Merlin avait l'intention de vous en parler, le moment venu...
- Comment Morgane a t-elle appris ?
- C'est une très bonne question. Un de ses plus grands talents et de savoir se montrer discrète.
Guenièvre n'ajouta rien. Gaïus profita de son silence pour enchaîner:
- Comment va Arthur ?
- Oh... Il a besoin d'un peu de temps pour... assimiler tout ce qui vient de se passer.
- Vous connaissez tous les deux Merlin. Il n'était pas lui-même, cette nuit. Morgane est la cause de son comportement.
Gaïus espérait, en disant ces mots, défendre son pupille et dissiper le doute dans le cœur de Guenièvre, si doute il y avait.
- Je sais, Gaïus, répondit-elle. Mais je crains que le choc soit plus dur pour Arthur... Vous l'avez vu comme moi, tout à l'heure. Il est resté... pétrifié. Si vous n'aviez pas été là il serait peut-être encore en état de choc à l'heure qu'il est.
- Merlin n'a jamais souhaité qu'il découvre la vérité en ces circonstances.
Guenièvre baissa la tête. Elle avait de la peine, autant pour Arthur qui avait toujours considéré Merlin comme son meilleur ami, son frère de cœur, que pour Gaïus qui ressentait un amour paternel envers le jeune sorcier. Elle-même n'était pas insensible non plus. Si elle s'était vite entendue avec Morgane en rentrant à son service, Merlin avait été son premier véritable ami. Il ne l'avait jamais laissé tomber, pas un seul instant, allant jusqu'à la protéger au péril de sa vie. C'était lui, le sorcier qui avait soigné son père alors qu'il agonisait, victime d'une épidémie. Toutes ces mystérieuses fois où elle avait été sauvée, c'était Merlin. Elle avait une dette immense envers lui. Peu importe le mal qu'il avait causé cette nuit-là, l'opinion de Guenièvre à son égard n'avait pas été altérée. Merlin restait son ami.
- Je peux terminer toute seule, Gaïus, suggéra t-elle gentiment.
Gaïus offrit un regard reconnaissant à la jeune femme, puis s'autorisa une pause. Il alla s'enfermer dans la chambre de Merlin. Rien n'avait bougé, mis à part que Gaïus avait rabattu les draps et posé le foulard rouge de son pupille sur le lit.
Le foulard.
Le médecin se souvint alors du foulard qu'il portait pendant l'attaque. Noir. Où l'avait-il eu ? Était-ce un présent de Morgane ? Pourquoi s'était-elle donnée la peine de lui en offrir un autre ? Mais... maintenant qu'il y pensait... pourquoi Merlin avait-il laissé son foulard en quittant le château ? Gaïus se rappelait très distinctement l'avoir trouvé en même temps que la lettre. Quelque chose clochait. Il se saisit du vieux morceau de tissu et l'examina d'un œil plus attentif. Il l'étudia sous tous les angles et alla même jusqu'à le sentir. Rien. L'odeur qu'il y décelait était celle de Merlin. Gaïus refit la même chose avec le foulard bleu, mais dut s'estimer vaincu. Il ne trouva rien qui sorte de l'inhabituel. Pourtant... il était toujours autant tracassé. Serrant les deux foulards dans ses mains, Gaïus rejoignit la pièce principale. Guenièvre l'entendit arriver mais ne se laissa pas distraire, terminant d'abord de nettoyer la blessure d'un chevalier inconscient.
Gaïus s'assit à sa table de travail et posa les deux vêtements en évidence devant lui. Il se munit d'un flacon rempli d'un liquide transparent dont il versa quelques gouttes sur les foulards. Ceux-ci réagirent instantanément à l'effet de la substance. Leurs couleurs originelles, à savoir bleu et rouge, se désagrégèrent pour ne laisser qu'une sombre teinte de moisissure. Une fumée à l'odeur âcre s'en échappait.
- Non..., souffla Gaïus, horrifié.
- Gaïus, que se passe t-il ? S'inquiéta Guenièvre.
Le médecin courut aussi vite qu'il put, grimpant les escaliers menant au petit étage supérieur, juste assez large pour une personne, étage où il entreposait les livres dont il se servait le moins. Il fouilla plusieurs minutes, renversant bouquin après bouquin dans sa précipitation, jusqu'à mettre la main sur un vieux manuscrit. Satisfait, il reprit sa place sur sa chaise et déplia sa trouvaille. Guenièvre s'informa également de sa découverte, mais elle ne parvint pas à déchiffrer l'écriture.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Emlevian. J'aurai dû m'en douter...
- Gaïus, je ne comprends pas...
- L'emlevian est un poison puissant, très puissant. Même les prêtresses de l'ancienne religion en avaient peur... Je n'imaginais pas Morgane y avoir recours...
- Quel sorte de poison est-ce ?
Gaïus poussa un profond soupir, comme s'il se préparait à annoncer une terrible nouvelle.
- Il faut déposer le poison sur une matière qui rentre en contact avec la peau. La plupart du temps, les sorciers qui utilisaient l'emlevian choisissaient des vêtements que leurs cibles portaient régulièrement. Plus le vêtement est porté, plus le poison agit.
- Et Merlin met ses foulards tous les jours, comprit Guenièvre, estomaquée.
- Exactement. L'emlevian a cette particularité d'être incolore et indolore. Voilà pourquoi nous ne trouvions aucun indice.
- Que fait ce poison ?
- Il pénètre dans le corps de la personne et s'attaque d'abord au cerveau, puis au cœur. Il bloque la mémoire et tout ce qui s'y rattache. Celui qui entre en contact avec de l'emlevian perd sa capacité à réfléchir par lui-même... ainsi que tous ses souvenirs.
- Et... en ce qui concerne le cœur ? Poursuivit Guenièvre, la bouche sèche par l'angoisse.
- Le cœur est une étape plus compliqué, je le crains, et plus douloureuse. Avoir des pensées contraires à nos habitudes est une chose, mais ressentir des émotions contraires à nos habitudes en est une autre. C'est ce qui explique probablement la crise de panique de Merlin. Tous les sentiments réels et sincères de la victime sont paralysés, bloqués. C'est celui qui a confectionné le poison qui devient le « maître ». Pour être plus clair, Morgane a inséré dans l'esprit et dans le cœur de Merlin ses propres pensées et ses propres sentiments. C'est pour cela qu'il se sent si proche d'elle aujourd'hui.
Guenièvre resta complètement bouche-bée. Ce que lui racontait Gaïus dépassait tout ce qu'elle savait au sujet de la sorcellerie.
- Est-ce qu'il y a un antidote ?
- Oui, mais...
- Mais quoi ?
Gaïus posa ses lunettes sur la table et ferma les yeux quelques instants, le cœur lourd.
- Morgane possède une sorte de... pendant des foulards, un objet ou un vêtement auquel les foulards sont reliés.
- Je me souviens avoir vu... Elle avait un ruban noir autour de la taille.
- C'est peut-être ça... Quoiqu'il en soit, pour que Merlin redevienne lui-même il faut brûler, et ses foulards, et la chose que possède Morgane.
- Mais... Comment ? Nous ne savons pas où elle est. Et même si nous le savions, il n'y a aucun moyen de l'approcher.
Voilà donc pourquoi Gaïus se montrait aussi désespéré. Personne n'avait jamais réussi à se tenir près de Morgane, du moins pas de son plein gré. Alors imaginer lui voler un objet ou tout autre chose qu'elle portait sur elle... C'était mission impossible.
- Je comprends mieux pourquoi elle avait l'air aussi sûre d'elle, fit Gaïus.
- Il faut prévenir Arthur, intima Guenièvre, retournée par ces découvertes.
- Bien-sûr...
Gaïus vérifia que les blessés dormaient toujours et suivit la reine jusqu'à ses appartements.
- Sire... Que faisons-nous, maintenant ?
Arthur savait qu'il devait répondre à Léon. Il était le roi et, en tant que roi, il se devait de prendre une décision.
- Il faut envoyer des patrouilles de recherches ! Déclara Gauvain, le visage grave.
- A ma connaissance, ce n'est pas vous qui donnait les ordres, Sir Gauvain, répliqua froidement Arthur.
- Vous n'allez quand même pas laisser Merlin entre les mains de Morgane ?! Se hérissa t-il, choqué.
Cette fois, Arthur ne put répondre. Non, il n'avait pas envie d'abandonner Merlin, mais... il avait disparu avec Morgane et personne n'avait la moindre information sur le repère de cette dernière. Ils avaient fouillé la forêt, les villages, ils avaient tout fouillé ! Morgane avait dû s'établir beaucoup plus loin. Mais où chercher ? Comment agir s'ils parvenaient à les retrouver ? Arthur n'oubliait pas non plus qu'il avait volontairement blessé Merlin. Cette dangereuse initiative ne découlait pas d'une mauvaise intention, bien au contraire, mais le jeune sorcier allait-il être soigné à temps ? Non, honnêtement... Arthur était déboussolé, dépassé par la situation.
L'entrée de Guenièvre coupa court à la conversation.
- Arthur, il y a du nouveau ! Gaïus a découvert le poison qu'a utilisé Morgane.
Sans perdre une minute, Gaïus relata au roi et aux chevaliers ce qu'il avait dit à Guenièvre et s'attarda sur les risques qu'entreprendre de sauver Merlin allait engendrer. A la fin de ses explications, tous les visages se tournèrent vers Arthur. Ainsi, Morgane ne faisait pas que manipuler Merlin, elle pénétrait directement dans son esprit par le biais du poison. Comme il l'avait pensé, son serviteur n'agissait pas et ne pensait pas de lui-même, il était prit au piège, enfermé dans une cage, dans son propre corps. Il ne se rendait compte de rien, pensant aveuglément que Morgane avait raison sur toute la ligne, convaincu qu'elle était la seule à pouvoir le guider et à bâtir son existence.
Arthur jeta encore une fois un coup d'œil à la lettre. Merlin avait dû réussir à reprendre ses esprits pour être parvenu à s'échapper des donjons, à marcher jusqu'aux appartements de Gaîus, à rédiger cette lettre et à se débarrasser du foulard. Bien qu'Arthur se sentait en colère, trahi et profondément meurtri, sa première préoccupation était de secourir Merlin, quoi qu'il en coûte.
Il prit une grande inspiration, releva la tête et ordonna:
- Envoyez des patrouilles.
So, what did you think ? Was it good ? Not good ? Just tell me please ! :) Pardon, j'ai envie de parler anglais ce soir, je ne sais pas pourquoi ^^' Alors, qu'avez-vous pensé ? J'espère ne pas vous avoir déçus ^^
A la semaine prochaine ! :)
