Bonjour/Bonsoir tout le monde ! Voici le chapitre 6, le chapitre grâce auquel vous allez enfin comprendre pourquoi j'ai choisi pour titre de cette fiction " Le lien ". Mais vous comprendrez mieux par la suite, quand vous verrez... " l'application " si je puis dire. N'hésitez pas à laisser une review surtout :)

Je tiens à remercier MICHONCHON, Listelia, Le Poussin Fou, julie, fandemerlin et tahury pour leurs supers reviews ! :D Merci également à kimy16 qui a ajouté cette fiction aux rubriques " follow " et " favs " ! Je suis aux anges ! ^^

Merlin est une oeuvre de la BBC sur laquelle je n'ai aucun droit. C'est triste... enfin, au moins les personnages s'en portent mieux (a)

Les habitudes n'ont pas changé, les musiques sont entre parenthèses dans le chapitre.

Bonne lecture mes très chers ! :)

Chapitre 6: Le lien...

( Shiki - OST – Day and Night )

Deux.

C'est le nombre de jours qui avaient passé depuis la fuite de Morgane avec Merlin.

Du haut des remparts, entouré par la ronde habituelle des gardes, Arthur scrutait les environs. Il attendait que les patrouilles qu'il avait envoyées le matin même rentrent au château. Il aurait tellement voulu les accompagner et être celui qui les guiderait à travers Camelot... mais il n'avait pas pu, se voyant obligé de confier cette importante tâche à ses fidèles chevaliers. Et il n'avait pas pu pour deux bonnes raisons.

Il était roi. Ses responsabilités étaient immenses et il ne pouvait se permettre de les reléguer à ses conseillers ou de les mettre de côté.

Et qui disait roi disait devoir assumer ses décisions et faire face aux reproches de la cour. Les nobles qui vivaient au château avaient clairement exprimé leur désaccord quant au choix de leur souverain de rechercher Merlin.

« C'est un sorcier. ». « Il n'est qu'un serviteur. ». « Il vous a trahi. ». « Votre père n'aurait pas agi de cette manière. ».

Autant de paroles qu'Arthur devait supporter et auxquelles il répondait toujours la même chose. « Je ne suis pas mon père. ». Pour le moment, il était parvenu, avec le soutien de Guenièvre et Gaïus, à endiguer la colère et les protestations de la cour, mais il était conscient qu'une querelle plus vive encore finirait tôt ou tard par éclater.

Arthur ferma les yeux, profitant avec délectation de la chaleur du soleil sur sa peau. Dans quelques minutes, il lui faudrait retourner dans ses appartements pour traiter tout un tas de paperasse. S'il s'était exceptionnellement accordé une pause, c'était uniquement pour être débarrasser de George. Celui-ci, bien que ne disant pas un seul mot et effectuant chaque corvée avec rigueur, avait une présence qui agaçait fortement Arthur, une présence qui lui rappelait l'absence de Merlin. En somme, le roi ne le supportait pas.

Les hennissements des chevaux attirèrent subitement l'attention d'Arthur. Une patrouille rentrait au château. A sa tête, il reconnut Léon et Gauvain. Il descendit des remparts en quatrième vitesse, priant pour qu'ils aient mis la main sur Merlin ou, tout du moins, sur un indice concernant l'endroit où il pourrait se cacher.

- Léon !

L'air maussade qu'affichait ce dernier fit comprendre au monarque qu'il n'avait rien de nouveau à lui apprendre. Gauvain n'arborait pas une mine plus réjouissante.

- En deux jours nous avons fouillé une grande partie du royaume. Nous n'avons mis la main ni sur Morgane, ni sur Merlin, relata Gauvain, assommé par des heures passées à cheval.

- Quels endroits n'avaient vous pas encore explorés ?

- Au delà des montagnes, au Nord, répondit Léon. C'est un endroit extrêmement reculé, il est impensable que les chevaux parviennent à grimper.

- Je vois... reposez vous ce soir et... nous irons demain. Nous laisserons les chevaux au pied des montagnes et nous continuerons en marchant.

- A vos ordres, Sire.

Léon se courba avec respect et quitta la cour. Seul Gauvain resta planté devant Arthur, semblant réfléchir à quelque chose.

- Je peux vous aider, Sir Gauvain ?

- Que va t-il advenir de Merlin si nous le retrouvons ?

- Comment ça ?

- Vous savez très bien de quoi je veux parler.

Arthur dévisagea son chevalier, bouche-bée.

- Je rêve ou vous me demandez si je compte tuer Merlin ?

Gauvain éclata de rire. Il savait qu'Arthur ne ferait jamais ça, il avait appris à le connaître depuis plusieurs années à son service. Mais il savait surtout qu'il tenait à Merlin.

- Je veux seulement savoir ce qu'il risque en revenant à Camelot.

Arthur avait l'impression que Gauvain cherchait à le provoquer et il avait horreur de cela, surtout venant d'un de ses chevaliers qu'il considérait également comme un ami. Il lui lança un regard noir et déclara d'un ton ironique:

- Et si j'avais l'intention de le tuer, par hasard ? Que feriez-vous ? Vous le cacheriez pour le protéger ? Vous savez que votre geste serait vu comme un acte de trahison, j'imagine ?

- Hé détendez-vous, Arthur ! S'exclama Gauvain, sidéré par ces propos.

- Je n'apprécie pas que vous portiez des accusations hâtives.

- Des accusations hâtives ?

- Vous pensez que je planifiais de tuer Merlin, ne le niez pas, je l'ai bien compris.

Gauvain arqua un sourcil. Il avait remarqué qu'Arthur était tendu depuis quelques jours, mais là il dépassait la limite. Il leva les mains en signe de paix et laissa tomber:

- La prochaine fois je tiendrai ma langue ! Je n'ai pas envie de froisser la Princesse !

Arthur ravala son commentaire désobligeant et tourna les talons. Bon sang, ses nerfs lui jouaient des tours. Jamais encore il ne s'était montré en colère contre Gauvain... en tout cas pas à ce degré. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Gauvain n'avait pas cherché la discorde, c'était impossible. Il pouvait parfois être bagarreur, mais il savait obéir et faire preuve de respect envers son roi. Arthur avait dû tout imaginer.

En entrant dans ses appartements, il claqua furieusement la porte, faisant sursauter Guenièvre qui lisait un parchemin. Elle regarda tristement son époux s'asseoir, mettre les coudes sur la table et le visage dans les mains. Alors, doucement, elle délaissa son travail pour aller le réconforter. Elle passa ses bras autour de son cou et posa son menton sur son épaule. Elle sentait les muscles d'Arthur tendus et devinait les sentiments douloureux et mitigés qui le rongeaient.

- Vous finirez pas le retrouver... Vous réussirez à déjouer le plan de Morgane et vous ramènerez Merlin ici.

- Et si j'échouais ?

La voix tremblante d'Arthur toucha Guenièvre en plein cœur. Elle le força gentiment à la regarder. Les yeux du roi étaient embués de larmes et sa mâchoire s'était crispée. Il faisait des efforts surhumains pour ne pas craquer.

- Vous n'échouerez pas, Arthur. Parce que vous n'abandonnerez jamais Merlin. Il est votre meilleur ami.

- Je ne veux plus entendre ça ! Soupira t-il en se détournant.

- C'est pourtant la vérité.

- Ça ne signifie plus rien, aujourd'hui ! Hurla t-il, à bout de nerfs. Si nous étions réellement amis, il m'aurait dit la vérité ! Il aurait eu confiance en moi ! Il aurait su que jamais je ne l'aurai tué ! Vous voyez, Guenièvre, pendant une seconde, j'ai pensé... je me suis demandé s'il n'était pas du côté de Morgane, si tout ce temps là il n'avait pas joué la comédie ! Et après, je me suis dit que c'était impossible parce que je sais comment il est, qui il est, je sais qu'il ne ferait jamais ça... J'en suis même venu à douter du fondement de la magie... à douter de tout...

- Vous êtes perdu, Arthur, c'est tout à fait normal. Le principal, c'est que vous connaissez Merlin. Vous savez, au fond de vous, qu'il n'aurait jamais fait de mal à Camelot, ni à qui que ce soit. Vous savez que son comportement résulte du poison, de Morgane.

- Oui...

- Peu importe ce qu'il a pu vous dire dans la salle du trône, peu importe ce qui a pu se passer entre vous, vous devez garder à l'esprit que ce n'était pas le Merlin que nous connaissons.

Arthur hocha la tête, de nouveau perdu au cœur de ses pensées. Les paroles rassurantes et sensées de son épouse n'étaient pas parvenues à alléger son esprit et son cœur. Il doutait encore. De la magie, de ses choix futurs, de lui-même. Il se sentait trahi, déçu, blessé, chagriné d'avoir été pris pour un imbécile. Mais d'un autre côté, il était aussi... reconnaissant. Il savait que Merlin était celui qui l'avait secrètement aidé durant toutes ces années, que ce soit derrière son dos ou ouvertement. Il était l'unique personne à lui prodiguer les meilleurs conseils et à le suivre partout, même dans les situations les plus périlleuses. Il était le seul à être d'une loyauté et d'une fidélité indestructibles, une loyauté et une fidélité qui dépassaient l'entendement, le poussant à désobéir aux ordres de son maître. Arthur s'était souvent demandé d'où lui venait cette insouciance envers sa propre personne, son dévouement extrême, et même si le mot « égoïste » figurait dans son vocabulaire. Et pourquoi était-il comme ça, à servir, défendre et protéger un homme qui traquait et assassinait les siens, qui faisait de la magie un tabou et l'incarnation même du mal et de la destruction ? Pourquoi agissait-il ainsi ? Quelles étaient ses raisons ?

Arthur prit une grande bouffée d'oxygène et baissa la tête. Il n'avait jamais compris Merlin et le comprenait encore moins aujourd'hui.


( The Imitation Game Soundtrack – Running )

Lorsque Alkmar pénétra dans la cour d'honneur du château, il s'attendait à recevoir les foudres de Morgane, mais certainement pas à devoir calmer un dragon en furie.

- Wow, Aithusa, du calme, ce n'est que moi !

La dragonne, postée au milieu de la cour, juste devant la fontaine, battit rageusement des ailes et fouetta l'air avec sa queue.

- Aithusa !

La voix de Morgane rappela cette dernière à l'ordre. Elle mit aussitôt fin à son petit numéro et se coucha docilement sur le sol.

- Eh bah ! Vous devriez l'attacher ou elle finira par me tuer, ronchonna Alkmar.

- Comme si je me préoccupais de toi.

- Vous dîtes ça... mais je sais très bien que vous avez besoin de moi, sinon vous m'auriez déjà tué, avoua t-il avec flegme.

- Quelle perspicacité ! J'oserai te demander si tu as mis la main sur Merlin, mais je constate, encore une fois, que tu es seul.

- Vous n'allez pas me tenir responsable de vos erreurs, Dame Morgane.

Celle-ci dévisagea son allié d'un coup d'œil menaçant, exaspérée par ses remarques, et alla s'asseoir au bord de la fontaine, la main pressée contre sa hanche. Alkmar attendit quelques instants que sa colère reflue pour prendre place à ses côtés.

- On dirait que la cicatrisation prend du temps, releva t-il en fronçant les sourcils.

- Les chevaliers de Camelot sont de fines lames.

- Il faut reconnaître qu'ils ont un bon professeur. La renommée d'Arthur Pendragon s'étend au delà de Camelot.

Morgane eut subitement un rire froid, teinté d'ironie.

- Il est peut-être un grand guerrier, mais il n'a pas grand chose dans la tête. Je ne comprends pas pourquoi, après toutes ces années, il n'a pas deviné la véritable identité de Merlin.

- Cela s'applique également pour vous, fit remarquer Alkmar. Vous avez vécu plusieurs années avec Merlin, il était aisé de comprendre que c'était lui, le fameux Emrys.

- Cela suffit ! Ordonna sèchement la prêtresse. Dis moi plutôt où tu en es dans tes recherches.

- En deux jours, étant seul, vous pensez bien que je n'ai pas pu aller loin. Je n'ai fouillé que la forêt pour le moment. Vous devriez réquisitionner du monde, vous avez des connaissances qui seraient aptes à vous appuyer.

- As-tu oublié que le royaume grouille de patrouilles ? Rappela Morgane, agacée. Un groupe attirerait l'attention. Les chevaliers sont convaincus que Merlin est avec moi. Ce n'est pas lui qu'ils recherchent... mais mon repère.

- Pensez-vous que le médecin dont vous m'avez parlé finira par comprendre ce que nous avons fait à son cher pupille ?

- C'est probable... Gaïus est observateur. S'il a retrouvé le foulard de Merlin et qu'il a vu le nouveau que je lui ai donné, il est possible qu'il ait fait le lien. Mais même s'il comprend, c'est trop tard. Personne ne pourra sauver Merlin.

- A moins de vous affronter d'abord, je sais, c'est toujours la même rengaine.

Morgane laissa un sourire satisfait fleurir sur ses lèvres. Une fierté sournoise l'animait. Elle avait parfaitement joué son coup.

- Quoi qu'il en soit, il faut retrouver Merlin avant que les chevaliers le fassent, déclara t-elle plus sérieusement.

- N'est-ce pas votre sœur qui vous avait déconseillé d'user de cette forme de magie ?

- Morgause a toujours su ce qui était le mieux pour moi..., murmura Morgane d'un air nostalgique. Elle avait confiance en mes capacités, mais savait aussi freiner mes ardeurs.

- Vous auriez dû l'écouter au lieu de braver ses interdictions.

- Je n'ai pas besoin que tu en rajoutes, Alkmar, répliqua t-elle, contrariée.

Elle était consciente de son erreur. Disparaître magiquement avec Merlin était la seule solution, mais aussi la plus risquée. Elle n'avait jamais réussi à appliquer ce sort avec deux personnes. Lorsque Morgause le lui avait enseigné, elle avait médiocrement raté. Sa sœur et elle s'étaient retrouvées séparées sur plusieurs kilomètres. La même chose venait de se produire avec Merlin. Depuis deux jours, il demeurait introuvable.

- Merlin est blessé. S'il n'est pas soigné très vite il me deviendra complètement inutile.

- D'ailleurs, à ce propos, vous ne m'avez pas raconté pourquoi vous avez dû fuir. Depuis votre retour, je n'ai droit qu'à « pars rechercher Merlin ! ».

- Le plan a échoué à cause d'Arthur. Je n'avais pas... je n'avais pas pensé qu'il oserait...

- Quoi donc ?

- C'est lui qui a blessé Merlin.

- Vous plaisantez ?

- Est-ce que j'en ai l'air ?!

Alkmar écarquilla les yeux, sincèrement étonné.

- Vous m'aviez pourtant dit qu'il s'était pris d'affection pour son serviteur.

- Oui, mais découvrir que c'est un sorcier a effacé toute cette affection.

- Le même cœur qu'Uther Pendragon, n'est-ce pas ?

Morgane baissa la tête, la main crispée sur sa blessure. Il arrivait parfois que le souvenir d'Uther vienne la hanter, que ce soit au beau milieu de la journée ou tard dans la nuit. Et elle ne pouvait rien contre ça.

- Oui. Un cœur de glace, un cœur rempli de haine.

« Comme le vôtre », pensa Alkmar.

Au fond, il avait de la peine pour Morgane. Il partageait son opinion au sujet des Pendragon et de Camelot, mais contrairement à elle il n'était pas aveuglé par l'amertume et la trahison. Il pensait qu'elle était plus à plaindre qu'autre chose. S'il lui prêtait main forte, c'était uniquement pour assouvir sa vengeance. Il avait vu ses parents mourir, dévorés par les flammes du bûcher. Jamais il n'oublierait ce jour terrible.

- Je vais reprendre les recherches. Merlin ne doit pas être loin. D'autant plus que s'il est blessé il n'a pas dû bouger.

- Très bien... je t'attends.


( Guilty Crown – Krone ~ Piano Solo )

La première chose que constata Merlin en ouvrant les paupières fut à quel point il avait mal au dos. Ses omoplates et sa colonne vertébrale étaient écrasées sur une surface dure. La douleur était tel qu'il ne se donna même pas la peine de prendre connaissance de son environnement et tenta de se redresser. Mais quelque chose de lourd, appuyé sur sa poitrine, bloquait le moindre de ses mouvements. C'est alors qu'il distingua deux points brillants dans la pénombre de ce qu'il devina comme étant une caverne. Des yeux. Des yeux dorés le fixaient avec insistance. Alarmé, il releva la tête pour voir ce qui le clouait au sol. Une patte griffue.

- Qu'est-ce que... ?

- Bonjour, jeune magicien.

- Qui êtes-vous ?! Hurla t-il, l'angoisse prenant le dessus.

- Tu n'as pas à avoir peur de moi.

- Vous... Vous êtes un dragon...

- En effet.

- Je croyais qu'il ne restait qu'Aithusa ?! Que tous les dragons avaient été éliminés pendant la Grande Purge ?!

- Uther m'a enfermé sous le château... en guise d'avertissement. Mais j'ai toujours considéré qu'il me voyait comme un trophée.

- Que me voulez-vous... ? Demanda Merlin d'un ton anxieux.

- Je sais que tu t'es rallié à la sorcière, la dame Morgane.

- Comment pouvez-vous le savoir ?

Kilgharrah resta un moment silencieux. Voir Merlin aussi perdu, aussi rongé par une colère qui n'était pas la sienne, aussi écarté de sa destinée, le voir aussi vulnérable le peinait beaucoup. Ce jeune sorcier n'avait rien à faire avec une femme comme Morgane.

- Elle est l'ombre tapit au sein de la clarté, elle est la haine au cœur de ton amour.

- Quoi... ? Que voulez-vous dire ?

- Il y a quelques années, je t'ai dit cela en parlant de la dame Morgane.

- Morgane ?

- Vous êtes le jour et la nuit. Elle est l'ombre, tu es la clarté. Elle est la haine au cœur de ton amour. Même si tu es convaincu d'être rattaché à elle, ce n'est là que l'effet d'un poison qu'elle t'a administré.

- Morgane n'aurait jamais fait ça ! Vociféra t-il. Vous êtes comme Arthur Pendragon ! Vous persistez à croire qu'il faut l'éliminer ! Vous voulez me détourner d'elle pour la tuer plus facilement, c'est ça ?!

Kilgharrah remua légèrement la queue, traduisant par ce fait son exaspération. Le poison avait pénétré fortement dans l'esprit et le cœur de Merlin pour qu'il en arrive à privilégier la colère en dépit du bon sens. Il était tout de même prisonnier sous la patte d'un dragon !

- Je ne suis pas ton ennemi, jeune sorcier. Pas plus qu'Arthur Pendragon.

- Cessez vos mensonges ! Je ne vous écouterai pas !

Kilgharrah rapprocha doucement sa tête de celle de Merlin, ancrant ses grandes prunelles dorées dans les siennes.

- Si tu refuses de m'écouter, je ne te libérerai pas. Contrairement à vous, les humains, je peux rester plusieurs jours dans la même position. Je n'ai pas de besoin particulier.

Merlin étouffa un juron et détourna son regard de celui, perçant, menaçant, du dragon. Il n'avait pas d'autres choix que de devoir supporter son prochain discours. Le sentant plus calme, Kilgharrah débuta:

- Tu es victime d'un puissant maléfice, Merlin. Il bloque tes souvenirs, ton raisonnement et tes sentiments. Ce que tu penses et ce que tu ressens aujourd'hui ne t'appartient pas. C'est l'œuvre de Morgane. Tu dois te défaire du poison, auquel cas tu ne pourras accomplir ta destinée.

- De quelle destinée parlez-vous ?

- Protéger Arthur Pendragon et ériger avec lui l'ère d'Albion.

Merlin ne put s'empêcher d'éclater de rire.

- Vous pensez réellement que je m'abaisserai à protéger quelqu'un qui n'en ferait pas de même ?

- Le Merlin que je connais le ferait. Arthur Pendragon n'est pas l'homme que tu penses. Il est différent d'Uther.

- Je me demande si ce n'est pas plutôt vous qui êtes empoisonné, railla Merlin. Il faut avoir perdu l'esprit pour débiter de tels mensonges.

- Tu dois retourner à Camelot, Merlin, poursuivit le dragon, impassible. Tu dois retourner auprès d'Arthur. Lui seul à le pouvoir de te libérer du poison.

- Vous vous entendez parler ? S'exclama Merlin, sidéré. Vous croyez que je vais me jeter dans les bras de l'homme qui me tuera ? Dans les bras d'un Pendragon ?!

- Toi et Arthur Pendragon avez beaucoup en commun. Votre destin est lié depuis votre naissance.

- Mais qu'est-ce que vous racontez ?

- Vous partagez un lien puissant, un lien que ni l'un ni l'autre ne peut briser. C'est ce lien qui est en mesure de te sauver.

- Je n'irai pas à Camelot, je ne prendrai pas ce risque !

- Tu iras à Camelot ! S'énerva Kilgharrah. Ou l'avenir des sorciers est compromis ! L'avenir de ta race !

- C'est avec Morgane que je sauverai les miens ! Pas avec un Pendragon !

- Si tu refuses de suivre ton destin, je t'emmènerais de force. Je ne me préoccupe pas d'être vu ni pourchassé, je me préoccupe bien plus de toi, jeune sorcier.

Ce commentaire eut le don de dissiper la colère de Merlin, même si celui-ci ne sut pourquoi. Puis, brusquement, les paroles d'Arthur lui revinrent en mémoire...

« Tu ne t'en rends pas compte, mais Morgane te manipule ! Elle joue avec ton esprit, c'est à cause d'elle que tu es comme ça ! ».

« Écoute moi... Tu n'es pas toi-même, d'accord ? Tu ne te souviens pas ? ».

Il se remémora la réaction d'Arthur lorsqu'il avait utilisé ses pouvoirs. Il était devenu blanc comme la craie, il était resté... sous le choc. Il revit Arthur enfoncer sa lame dans son flanc et l'entendit prononcer ces quelques mots « Je suis désolé... ». Il l'avait blessé. Mais qu'est-ce que ses excuses prouvaient ? Qu'il ne l'avait pas voulu ? Qu'il n'avait pas eu le choix ?

- Je connaissais Arthur Pendragon avant de rejoindre Morgane ? Demanda t-il.

- Oui. Tu étais son valet...

- Son valet ?!

- … et son ami.

- Son ami... C'est impossible...

- Depuis deux jours, ses chevaliers parcourent le royaume dans l'espoir de te retrouver. Crois-tu qu'Arthur se donnerait autant de peine s'il avait l'intention de t'exécuter ?

Merlin ne trouva aucune réponse à apporter. Les paroles de Kilgharrah l'avaient troublé. Est-ce qu'il lui mentait dans le seul but de l'éloigner de Morgane ? Est-ce qu'il pouvait lui faire confiance ? De toute manière, même s'il refusait d'aller à Camelot le Grand Dragon l'y obligerait. Et Merlin ne voyait pas comment lui échapper.

- D'accord... murmura t-il, réticent. J'irai...

- Tu peux avoir toute confiance en moi, jeune sorcier. Tous les deux, nous sommes alliés.

Merlin hocha vaguement la tête. Il espérait ne pas aller au devant d'une mauvaise rencontre ou pire, de sa propre mort. Kilgharrah enleva sa patte, permettant ainsi à Merlin de respirer plus sereinement et de se remettre debout. Ce dernier fit quelques pas dans la caverne et marcha jusqu'à l'entrée. Un courant d'air froid lui fouetta le visage. Il était dans une grotte incrustée au cœur d'une montagne, plusieurs mètres au dessus du sol.

- Que s'est-il passé... ? Comment suis-je arrivé ici ?

- Quand j'ai compris ce qu'avait fait Morgane, je me suis mis à ta recherche. Je t'ai trouvé, seul et blessé, à la sortie de la forêt. J'ai soigné ta blessure et t'ai amené ici pour te mettre en sécurité.

- Euh... je suppose que je devrai vous remercier...

- Je n'ai fait que mon devoir, Merlin. Maintenant... il est temps de retourner à Camelot.


( Lucy – Soundtrack 23 « Melt Into Matter » - HD )

Pour se changer les idées, Arthur décida de mettre en place une séance d'entraînement. Peu importe que le soleil soit en train de se coucher, il ne pouvait pas attendre le lendemain. Il en avait besoin. Et d'urgence. Il scruta chacun de ses chevaliers présents sur le terrain, ressentant une pointe de culpabilité à l'idée de les avoir mobilisés à une heure aussi tardive, juste pour satisfaire ses propres envies.

- Je vous ai demandé de venir, ce soir... mais... c'était une requête égoïste de ma part. Ceux qui le souhaitent peuvent partir. Je ne leur en tiendrai nullement rigueur.

Certains chevaliers s'entre-regardèrent, semblant peser le pour et le contre, mais personne ne bougea. Tout le monde resta exactement à sa place. Ils savaient la peine que ressentait leur souverain et le dilemme auquel il avait à faire face. La plupart trouvait son comportement noble et admirable et se montrait compatissant... hormis trois hommes discrets, postés à l'arrière, trois hommes qui ne comprenaient pas l'indulgence d'Arthur à l'égard de Merlin. Arthur releva la tête. Il était fier de ses chevaliers et profondément touché du soutien qu'ils lui témoignaient. Il savait qu'il pouvait compter sur chacun d'entre eux.

- Je vous remercie.

Lorsqu'il annonça le début de la séance, Acheric, Dalmace et Warin s'éloignèrent du groupe. Ils ne devaient pas prendre le risque d'être surpris par des oreilles indiscrètes...

- Parfois je me demande si Arthur sait ce que c'est, d'être roi, fit remarquer Warin d'un ton condescendant.

- Il a beau être roi depuis presque trois ans, on dirait qu'il n'a rien appris des enseignements de son père, renchérit Acheric, dégoûté.

- Avoir ordonné la recherche de Merlin pour le ramener au château... c'est incompréhensible ! Grogna Dalmace à son tour.

- Merlin n'était pas désagréable, mais c'est un sorcier...

- … et un serviteur, qui plus est, ajouta Warin. Je ne vois pas pourquoi Arthur se donne autant de mal pour quelqu'un comme lui. Il est peut-être victime d'un sort.

- Merlin doit être de mèche avec Morgane, c'est évident ! Elle n'a pas réussi à nous avoir avec Agravain, alors elle réessaye avec quelqu'un de plus proche d'Arthur.

- J'ai toujours été convaincu de la loyauté de Merlin envers le royaume, mais il nous a roulés en beauté ! A croire que même les idiots savent cacher leur jeu, n'est-ce pas ?

- Ça, c'est sûr, approuva Acheric, amer.

- Nous verrons bien ce que fera Arthur s'il se retrouve à nouveau devant Merlin, fit Dalmace, songeur. S'il le laisse s'en tirer pour trois fois rien... on lui réglera nous-même son compte.

- Ouais... les sorciers n'ont pas leur place à Camelot.


A l'autre bout du terrain, inconscient de la discussion venimeuse qui se jouait derrière son dos, Arthur se défoulait en donnant des ordres et en combattant. La pratique l'aidait bien plus que l'enfermement. Essayer de calmer ses nerfs par des remèdes ou des quart d'heures de relaxation n'était pas du tout prescrit pour quelqu'un comme lui. Assis sur un banc disposé pour la séance, Gauvain et Perceval l'observaient entraîner le premier groupe, inquiets.

- J'ai rarement vu Arthur dans un état pareil, releva Gauvain.

- Découvrir qui est réellement Merlin l'a secoué, enchaîna Perceval.

- Oh je t'ai pas dit ! On a failli avoir une altercation tout à l'heure.

Son ami lui lança un coup d'œil interrogateur, lui faisant comprendre de s'expliquer.

- Je lui ai demandé ce qui allait arriver à Merlin si on le retrouvait... enfin, quand on le retrouvera. Il en a déduit que je l'accusais de vouloir le tuer.

- Arthur est perturbé. Tu sais comme moi qu'il n'avait pas de vraie raison de se mettre en colère.

- Ouais..., soupira Gauvain en sortant une pomme de sa poche.

Le voyant faire, Perceval esquissa un sourire moqueur. Son frère d'arme n'avait décidément que deux choses en tête: manger et se saouler.

- Tu sais... Je me dis qu'on aurait pu deviner ce que cachait Merlin tout ce temps, reprit Gauvain. Maintenant, savoir que c'est un sorcier apporte un sens à toutes ses... contradictions. Pourquoi il accompagne Arthur partout alors qu'il va se cacher au moment du danger, pourquoi un jour il paraît heureux et le lendemain triste. Tu me suis ?

Perceval approuva d'un hochement de tête et ajouta:

- Toutes ces épées que les bandits perdent et ces branches cassées... je suis certain que c'était Merlin. En allant se cacher comme il le faisait, il protégeait Arthur.

- Et il n'a jamais cherché à être remercié...

Non loin des deux hommes, Arthur épiait leur conversation. Leurs paroles lui étaient tout bonnement insupportables. Il savait tout ça. Oh oui, il était parfaitement au courant du fait que Merlin se soit dénigré et oublié pendant toutes ces années, qu'il soit toujours resté humble et qu'il se soit fait passé au second plan. Il méritait tellement plus...

- Gauvain, Perceval ! Sur le terrain !


Après avoir congédié George qui l'avait aidé à remettre de l'ordre dans l'armurerie à la fin de la séance, Arthur traîna des pieds jusqu'à ses appartements. Il était las et exténué. Il n'avait qu'une envie: aller se coucher pour oublier les problèmes, les mettre de côté ne serait-ce qu'une nuit.

Guenièvre était attablée avec Gaïus, tous les deux bavardaient calmement. En voyant Arthur rentrer ils interrompirent leur discussion.

- Continuez, ne vous dérangez pas pour moi, intima poliment ce dernier.

- Gaïus voulait vous parler, précisa son épouse.

Arthur ravala sa flemme et sa fatigue et prit une chaise au côté de Guenièvre. Il passa ses mains sur son visage dans des mouvements lents et répétitifs, savourant la patience du médecin qui ne chercha pas à brusquer les choses en commençant à parler.

- Je vous écoute, Gaïus, dit-il enfin.

- Comme je vous en ai informé hier, j'ai brûlé tous les foulard de Merlin. J'ai fouillé dans mes livres afin de savoir s'il existait un moyen de l'aider, outre brûler la partie complémentaire qui est en possession de Morgane.

- Vous avez trouvé quelque chose ?

- Pas exactement... mais je sais qui serait en mesure de nous apporter son aide.

- A qui pensez-vous ? Un sorcier... je suppose ? Devina Arthur, légèrement assombri.

- Pas un sorcier, mais une créature magique.

Arthur soupira gravement, ennuyé de ne pas recevoir plus de détails. Il posa ses coudes sur la table et croisa les mains sous son menton.

- Cessez de tourner autour du pot, Gaïus et venez en aux faits.

Pourtant, Gaïus sembla hésiter. Ce n'était guère dans ses habitudes de se montrer aussi... réservé pour évoquer un sujet, surtout si le sujet en question avait les capacités de secourir Merlin.

- Seul un dragon détient cette connaissance.

- Un dragon ? Répéta Arthur, tout de suite sur ses gardes.

- Oui. Le livre sur lequel je suis tombé mentionne qu'il existe une autre façon de sauver la personne victime de l'emlevian. Il dit aussi que seul un dragon, l'unique créature pourvue de la plus riche connaissance, est capable de nous révéler ce mystérieux remède.

- C'est absurde ! Pourquoi votre livre, quel qu'il soit, ne parle pas de ce fameux remède ? Pourquoi nous réfère t-il au dragon au lieu de nous révéler directement ce dont il s'agit ?

- C'est là que ça devient plus compliqué. L'emlevian est un poison très complexe qui s'attaque au cerveau et au cœur même de la victime. Comme chaque personne est unique, habitée de pensées et de sentiments qui lui sont propres, le remède, lui aussi, est unique. Seul un dragon peut nous indiquer la manière de sauver Merlin.

- Je vois... Nous ne sommes pas plus avancés. Il nous faudrait l'aide d'un dragon. Or, les dragons sont tous morts.

Gaïus ouvrit la bouche pour répondre, prêt à révéler aux souverains de Camelot la survie de Kilgharrah, quand on frappa soudainement à la porte.

- Entrez.

Un garde pénétra dans la pièce, l'air soucieux.

- Majesté, quelqu'un vient de se présenter dans la salle du trône.

- Qui ?

- Nous ne savons pas. Il est recouvert d'une capuche et refuse de l'ôter. Il demande à vous voir.

Arthur échangea un regard vigilant avec sa femme et Gaïus. Il veilla à prendre son épée par mesure de prudence et descendit jusqu'à la salle où l'attendait le visiteur. L'intérieur baignait dans la pénombre du soir, ne laissant qu'une très faible luminosité pour s'orienter. L'étranger était au centre, bien campé sur ses deux pieds. Il portait une longue cape noire qui dissimulait entièrement son corps, avait la tête baissée et voilée par un ample capuchon, comme l'avait décrit le garde. Loin d'être impressionné, Arthur alla à sa rencontre, la main positionnée sur le pommeau de son épée.

- Avant que vous ne me demandiez quoi que ce soit, j'aimerais savoir à qui j'ai affaire.

L'inconnu porta doucement ses mains à son visage, attrapa les bords de sa capuche et la rabattit sur ses épaules.

Le cœur d'Arthur rata un battement.

- Arthur Pendragon. On m'a dit que vous deviez me sauver.

C'était Merlin.

C'est tout pour le chapitre 6 ! J'ai l'impression qu'il est court, mais c'est peut-être parce que j'ai mis beaucoup de dialogues. Qu'en avez-vous pensé ?

A la semaine prochaine ! :)