Bonjour/Bonsoir everybody ! :) Comment allez-vous ? ( oui, je sais, vous ne pourrez pas me répondre ). Je poste aujourd'hui le chapitre 7, qui est plutôt long, j'espère que ça ne dérange personne. J'ai eu pas mal de difficulté à l'écrire et je ne suis pas très confiante... mais bon, vous me direz vous-même ce que vous en avez pensé ! ;) Il vous suffit de laisser une petite review en bas :3

Un très grand merci à Sieba972, MICHONCHON, lele-35, Listelia, Bergonis, fandemerlin et Black-Tulipe pour leurs reviews toutes plus adorables et encourageantes les unes que les autres ! :D You're amazing !

Merlin appartient à la BBC, comme je le dis à chaque fois, mais j'emprunte humblement son univers.

Allez, je vous laisse lire ! Bonne lecture mes très chers ! :)

Chapitre 7: Problème de communication...

( Audiomachine – The Truth )

- Arthur Pendragon. On m'a dit que vous deviez me sauver.

Merlin affichait un sourire des plus ironiques, un sourire qu'Arthur qualifia de Morganesque, un sourire qui transformait son visage habituellement jovial et souriant en un visage déformé par la haine et la complaisance. Arthur s'insuffla une dose de courage. Il devait répondre, sinon Merlin le prendrait pour un véritable idiot, et pas seulement Merlin, mais lui-même également. Néanmoins, les gardes présents dans la salle du trône décidèrent de prendre le premier tour. Pointant leurs lances sur le sorcier, ils s'écrièrent, horrifiés:

- Pas un pas de plus !

- Si je peux vous donner un conseil, c'est de ne pas faire confiance à vos armes. Elles ne vous seront d'aucune utilité contre moi, répondit simplement Merlin en croisant les bras.

A ses yeux, la situation semblait n'être qu'un jeu auquel il prenait part avec... ennui. Oui, c'était le mot. Il voyait le monde extérieur comme un parasite.

- Baissez vos armes ! Ordonna Arthur à ses soldats.

- Mais, Sire...

- J'ai dis: baissez vos armes !

Il attendit que les gardes lui obéissent avant de poursuivre:

- Sortez. Oh et... pas un mot à qui que ce soit ! Me suis-je bien fait comprendre ?

C'est avec une extrême réticence que les quelques hommes au service du monarque répondirent:

- A vos ordres, Sire.

Une fois les portes refermées et le calme revenu, Merlin en profita pour ajouter:

- Morgane avait raison. Vos soldats sont très bien dressés.

- Pourquoi... Pourquoi es-tu revenu ? Que fais-tu là ?

Arthur devait l'avouer: il craignait la réponse de Merlin. Il craignait aussi que, dans son état psychologique actuel, il lève la main sur lui ou use de ses pouvoirs. Il pouvait s'agir d'un piège de la prêtresse. Peut-être qu'il n'aurait pas dû congédier les gardes finalement... le pire pouvait être à venir.

- Je répète: on m'a dit que vous deviez me sauver. Ce qui, à mon sens, est assez ironique étant donné que vous avez utilisé votre épée contre moi.

- Qui t'a dit cela ? Que... Que je devais te sauver ? Qui te l'a dit ?

- Un dragon.

Comme un éclair, les mots de Gaïus frappèrent Arthur de plein fouet. « Seul un dragon peut nous indiquer la manière de sauver Merlin. ».

Ces paroles avaient été prononcées à peine quelques minutes auparavant. Et voilà que Merlin réapparaissait en apportant avec lui la connaissance du remède, apprise de la bouche d'une de ces ancestrales créatures. Coïncidence ? Hasard ? Destin ? Arthur ne savait sur quoi parier. Mais le fait que Merlin soit là, au château, détenteur de la réponse à la question qu'ils se posaient, était une aubaine en or, un cadeau du ciel.

Merlin avait parlé à un dragon. Mais cette espèce n'était-elle pas censée avoir disparu ? Arthur avait tué le dernier environ cinq ans ans plus tôt... n'est-ce pas ? Il n'en était plus certain, tout à coup. En y pensant, l'hésitation de Gaïus à aborder le sujet du dragon n'était sans doute pas indifférente à cela. Il savait obligatoirement des choses... tout comme il avait su, depuis toutes ces années, que Merlin était un sorcier.

Arthur se retourna par réflexe, s'assurant que personne n'était susceptible de les écouter, puis reporta son attention sur Merlin. Merlin qui n'avait pas bougé d'un millimètre.

- Remets ta capuche. On va dans mes appartements et il ne faut pas que quelqu'un te voit, ça déclencherait immédiatement la panique.

- Dois-je en conclure que vous avez l'intention de garder ma venue secrète ? Demanda Merlin d'un ton neutre, mais les traits durcis.

- Pour cette nuit, oui. Ensuite... nous verrons bien. Suis moi.

Arthur n'attendit pas la réponse de son... ancien serviteur... et détourna très vite son regard du sien. Voir les yeux de Merlin si froids, si méprisants envers son prochain, envers lui, était plus qu'Arthur était capable de supporter. Tous les deux dévalèrent couloir après couloir dans un silence des plus total et arrivèrent quelques minutes plus tard à l'étage des appartements royaux. Arthur s'arrêta brusquement avant d'entrer.

- J'espère pour toi que tu n'essayes pas de me duper...

- Très franchement, j'aurai aimé vous duper. Mais vous pouvez me croire, ce n'est pas le cas. Quand vous m'aurez enfin laissé vous expliquer peut-être que vous arrêterez de vous méfier.

- Tant que tu seras sous l'emprise du poison, je resterai méfiant.

Arthur s'attendait à ce que Merlin réplique par une remarque agrémentée d'une bonne dose de sarcasme, mais il se contenta de hausser les épaules avec indifférence. Lorsque le roi ouvrit la porte et lui fit signe de rentrer le premier, Merlin s'exécuta sans poser de question. La pièce était abondamment éclairée par plusieurs chandelles disposées sur la table. Il reconnut la reine et le médecin de la cour que Morgane lui avait vaguement présentés, assis l'un en face de l'autre. Certain d'être en « sécurité », Merlin ôta son capuchon.

- Merlin ?! S'écrièrent Guenièvre et Gaïus d'une même voix, aussitôt sur la défensive.

- Gaïus, il dit qu'un dragon lui a transmis le remède dont vous parliez tout à l'heure..., expliqua Arthur.

- Ah, j'arrive au bon moment alors, remarqua Merlin, faussement amusé.

- Raconte nous plutôt ce qui s'est passé ces deux derniers jours, commanda Arthur.

- Deux jours ? Répéta Merlin, dubitatif. Vous avez dû sacrément m'amocher pour que je sois resté inconscient aussi longtemps.

- Comment cela ?

Au lieu de répondre, Merlin inspecta rapidement l'agencement de la grande chambre. Il repéra une chaise en retrait près du mur, chaise sur laquelle traînait tout un attirail de guerre qu'il envoya à terre d'un simple ordre de la pensée, créant une cacophonie infernale. Nullement mal à l'aise d'avoir gommé toute politesse, il s'affala sur la chaise et croisa les mains derrière la tête. Arthur, Guenièvre et Gaïus échangèrent un bref regard anxieux, mais n'osèrent pas ouvrir la bouche. Merlin restait instable, tout comme Morgane l'était, et il ne faudrait pas grand chose pour le mettre en colère.

- Par où commencer... ? Pour faire court, vous m'avez blessé, je me suis évanoui et je me suis réveillé dans une grotte, à l'intérieur d'une montagne.

Arthur comprenait mieux pourquoi ses chevaliers n'avaient pas réussi à le retrouver. Aucun d'entre eux n'avait la capacité de voler ni d'escalader de hautes montagnes.

- Peux-tu nous apporter plus de détails ?

- Écoutez, la seule chose que je sais c'est qu'à mon réveil j'étais dans une grotte, incapable de bouger parce qu'un dragon me clouait au sol avec sa patte ! S'énerva Merlin.

- Ce dragon, il t'a dit quelque chose ? Demanda Gaïus, intéressé.

- Plusieurs choses, ouais. Mais je vous préviens tout de suite, si je suis venu ici c'est uniquement parce que... parce qu''il m'y a obligé. Comment aurais-je pu échapper à un dragon ?

A cette question, Gaïus fronça les sourcils, interloqué. Merlin ne se rappelait pas non plus être un seigneur des dragons... il avait vraiment oublié tous ses souvenirs, alors. Contrairement à lui, ce n'était pas ce détail qui avait retenu l'attention d'Arthur, mais l'hésitation qu'avait eu Merlin. « Si je suis venu ici, c'est uniquement parce que... parce qu''il m'y a obligé. ». Il n'avait pas l'air entièrement sûr de lui en affirmant cela, il donnait plutôt l'impression de chercher à se justifier volontairement, comme s'il craignait que son auditoire pouvait imaginer un autre scénario... ce qui était le cas pour le souverain.

- C'est seulement pour ça ? Interrogea Arthur, incrédule.

- De quoi parlez-vous ?

- C'est seulement pour ça que tu es venu ici ?

Merlin resta abasourdi, désarmé, interdit. Comment Arthur avait pu deviner que ce n'était pas la seule raison ? Perspicacité ? Instinct ? Hasard ? Ou autre chose ?

- Le dragon a dit que Morgane m'avait empoisonné, que mes souvenirs et mes sentiments étaient bloqués, quelque chose comme ça. Il m'a aussi parlé de vous, Arthur Pendragon... alors... je suis venu pour vérifier si ce qu'il m'a dit est vrai.

- Que t'a t-il d...

- Et il a conclus que seul le lien que vous et moi partagez pouvait me sauver !

Comme s'il venait de sortir la blague la plus drôle du monde, Merlin éclata de rire. Quant à Arthur, il n'avait pas du tout envie de rire. Il était complètement... perdu. Non seulement parce que Merlin l'avait coupé en plein milieu de sa phrase, signé évident qu'il ne voulait pas avouer la ou les raisons de son arrivée, mais également parce qu'il trouvait l'antidote indéchiffrable, incompréhensible. Même à ses oreilles, cela sonnait comme une mauvaise plaisanterie, une farce de très mauvais goût. Pourtant, il devait cette « farce » à un dragon.

- C'est ça, le remède ? Un soit disant lien que je partage avec Merlin ?

- Apparemment, répondit Gaïus.

- Vous non plus, vous n'en croyez pas un mot ? Comprit Merlin. Ça me rassure !

- Et pourtant, c'est obligatoirement la vérité. Merlin, peux-tu nous restituer les paroles du dragon mot pour mot ?

- Euh... Vous partagez un lien puissant, un lien que ni l'un ni l'autre ne peut briser. C'est ce lien qui... qui est en mesure de te sauver. Je crois que c'était ça.

- Un lien puissant ?! Fit Arthur, dédaigneux.

Toutefois, sous son air arrogant se cachait une profonde blessure, animée par un fort doute. Quel lien pouvait-il partager avec Merlin, avec un homme qui lui avait menti pendant des années, qui avait joué double jeu derrière son dos, qui avait mené une vie secrète, un homme envers qui il n'avait plus confiance, un homme qui... qui l'avait sauvé à maintes et maintes reprises ? Un homme qu'il continuait de considérer comme son ami malgré tout ? Il ne savait plus quoi penser de Merlin, il n'arrivait pas à le comprendre... Comment pouvait-il partager quoi que ce soit avec lui ?

La colère subite d'Arthur déstabilisa Merlin. Le dragon lui affirmé qu'ils étaient amis, que le monarque avait organisé des recherches pour le retrouver, qu'il s'inquiétait pour lui... alors pourquoi réagissait-il de cette manière ? Pourquoi parlait-il sur un ton aussi... hautain, fier, orgueilleux ? Pourquoi donnait-il l'air de ne pas se préoccuper de cette affaire ? Pourquoi son comportement était-il contraire à celui que lui avait décrit Kilgharrah ?

- Peut-être que vous vous sentirez moins seul si je vous dis que je ne vois pas non plus de quoi il parle ? Tenta Merlin, renfrogné.

- C'est vrai que « ce lien » est une véritable énigme, approuva Guenièvre, jusqu'alors restée silencieuse.

- Bon, comment on procède ? Murmura Arthur, littéralement dépassé.

Son regard convergea vers Gaïus. Celui-ci avait généralement réponse à beaucoup de choses, ou tout du moins formulait de bonnes idées, émettait des hypothèses stables et fondées.

- Pour vous faire part de mon opinion à ce sujet il me faudrait vous révéler des choses, Arthur... des choses que Merlin aurait préféré vous révéler lui-même.

- Gaïus, c'est le cadet de mes soucis ! S'exclama Arthur, irrité. Comme je me fiche de savoir comment un dragon a pu survivre à la Grande Purge ! Nous verrons cela plus tard ! Dîtes moi simplement ce que je dois... ce que Merlin et moi devons faire !

Les hurlements d'Arthur amenèrent un froid glacial dans les appartements. Gaïus comprenait l'état d'esprit de son roi, mais s'il lui parlait du « lien » sans apporter de contexte ni un minimum d'explications, Arthur se sentirait encore plus désorienté. Il devait apprendre au sujet de la destinée de Merlin, des ampleurs et des conséquences de cette dernière, il devait savoir tout ce qui s'était passé, il devait prendre connaissance des risques qu'avait encourus Merlin chaque jour depuis son arrivée à Camelot et des exploits fabuleux qu'il avait accomplis. Il devait...

- Gaïus !

Le médecin soupira, attristé. Faire patienter Arthur n'était pas recommandé, surtout dans son état. Tant pis... les éclaircissements seraient pour un autre jour.

- Merlin et vous avez toujours été proches, pas seulement à cause de vos statuts respectifs, mais également dans votre relation, ainsi que... pour des raisons plus profondes, plus compliquées.

- Je vous en prie, soyez plus direct, exigea Arthur, impatient.

- Pour être bref, je pense que ce lien est un lien magique. Vous êtes liés l'un à l'autre depuis toujours, vous êtes comme les deux faces de la même pièce.

Arthur leva un sourcil perplexe, se demandant s'il devait rire ou pleurer. Il ne croyait pas un mot de ce que Gaïus venait de dire. Il reniait la magie et pourchassait les sorciers, c'était son combat quotidien. C'était impossible qu'il entretienne un quelconque rapport avec la magie outre l'éradiquer. Quant à Merlin, il n'eut aucune réaction, arborant une mine blasée au plus haut point. Il n'était pas certain que cette suggestion de la part de Gaïus soit vraie, mais il ne rejetait pas non plus la possibilité qu'elle contienne un soupçon de vérité. Les paroles de Kilgharrah retentissaient encore à ses oreilles, frémissantes, hurlantes d'assurance et de confiance.

- Pour en revenir à la manière de procéder, enchaîna le médecin, je pense qu'il serait judicieux, dans un premier temps, que vous passiez du temps ensemble, fit-il en regardant Merlin et Arthur.

- C'est une plaisanterie ?! S'écrièrent les deux hommes.

Cette soudaine synchronisation les poussa à se dévisager l'un l'autre, surpris.

- Il n'y a pas moyen que ce lien se déclenche tout de suite ? Voulut savoir Arthur. Vous n'avez pas une potion ou... ?

Gaïus se retint de lever les yeux au ciel. Il n'avait pas la science infuse et cette requête du monarque lui paraissait ridicule.

- Je crains que cela dépasse mes compétences.

Arthur se détourna en étouffant un juron, les muscles tendus, une colère sourde bouillonnant dans ses veines. Merlin l'observa discrètement. Il était déçu. D'accord, après ce qu'il avait fait il ne s'attendait pas à un accueil chaleureux ni à des embrassades, mais il avait cru, d'après le dragon, qu'Arthur était son ami et qu'il se montrerait plus... aux petits soins, prêt à faire n'importe quoi pour l'aider. Et là, le roi de Camelot clamait presque haut et fort que cette tâche lui coûtait, l'agaçait, lui pesait. Merlin était venu au château parce qu'il n'avait pas eu le choix, certes, mais aussi parce qu'il voulait se rendre compte par lui-même de la... différence d'Arthur avec Uther. Qu'était-il censé déduire de son attitude maintenant ?

- Je suppose que nous n'avons pas le choix..., se résigna Arthur, visiblement contrarié.

Les mains sur les hanches, il se tourna de nouveau vers le petit comité, évitant soigneusement les yeux pénétrants du sorcier, d'un bleu-gris expressif.

- Si Merlin doit rester ici à long terme, une confrontation avec les habitants du château est inévitable... Bon... Merlin, demain matin je veux que tu me retrouves ici à l'aube. Nous partirons à cheval.

- Pour aller où ?

- Dans la forêt. S'il est vrai que nous devons passer du temps ensemble, je pense qu'une balade est un bon début.

Merlin réprima un grognement désapprobateur. La journée du lendemain promettait d'être d'un ennui phénoménal.

- A vos ordres..., marmonna t-il entre ses dents.

- Où peux-tu dormir... ? Chuchota Arthur pour lui-même. Le mieux serait que tu reprennes tes anciennes habitudes.

- C'est-à-dire ?

- Tu as une chambre dans les appartements de Gaïus.

- Pourquoi je vis avec un médecin ? Se hérissa Merlin, dégoûté.

- Techniquement, je suis ton tuteur, expliqua Gaïus. Ta mère t'a confié à moi.

- Ma mère ?

- Tu ne te souviens pas d'Hunith ? Risqua timidement Guenièvre.

- Non. Je n'ai pas de mère. J'appartiens à Morgane et ça me va très bien. Bon, on y va ?

Il se leva prestement, remit sa capuche et sortit des appartements sans prendre la peine de ranger le bazar qu'il avait créé à son arrivée.

- Bon courage, Gaïus..., murmura la reine.

Le médecin inclina légèrement la tête, mais ne répondit pas. Il n'éprouvait pas une once de peur à l'égard de Merlin. La traversée du château jusqu'aux quartiers de Gaïus fut très silencieuse, de même que l'entrée dans la pièce principale.

- Wow ! Un vrai laboratoire !

Merlin avait employé un ton très neutre. Il demeurait serein et calme, debout au milieu de la salle, scrutant le mobilier et le matériel divers de son, apparemment, tuteur.

- As-tu faim ? Se renseigna celui-ci.

- Non.

- Très bien... ta chambre est au fond.

Merlin grimpa les quelques marches qui le séparaient de son antre privée et claqua la porte. L'endroit était assez étroit, ressemblant à s'y méprendre à une sorte de débarras. Un lit trônait au centre, un bureau à gauche et un placard à droite. Alors qu'il allait se laisser tomber sur le matelas, dont l'aspect rêche l'inquiétait fortement, un détail attira son attention. Une tunique rouge était pliée sur le bureau. Il s'en saisit et la toucha avec finesse, comme pour évaluer la qualité du tissu. Puis, il regarda celle qu'il portait. Bleue, parsemée de taches de sang séché. Mise à part la couleur, elles étaient identiques, faite de la même coupe et de la même matière. Il inspecta encore une fois la petite pièce et son maigre contenu et en vint à une conclusion: c'était bien sa chambre. Il vivait ici avant de rejoindre Morgane.

- Morgane...

Deux coups frappés à la porte interrompirent le cours de ses pensées.

- Quoi ?! Balança t-il sèchement, mécontent d'être dérangé.

Gaïus entra et posa un verre d'eau sur la caisse lui servant de table de chevet.

- Tu te réveilles souvent la nuit pour boire.

- Ah... euh... ok...

Dès que le médecin s'éclipsa, Merlin s'écroula comme une masse sur le lit. Il se pelotonna dans sa cape et cacha son visage dans son capuchon. Il avait bien décelé la méfiance et l'animosité qu'il inspirait à Arthur et la pitié mêlée de tristesse que ressentaient Guenièvre et Gaïus... il se sentait comme un étranger, comme un intrus, comme... une anomalie. Sa place n'était pas ici. Il les détestait tous.

« Morgane... vous me manquez tellement... ».


Dès que les souverains furent libérés de la présence de Merlin, la tension se relâcha. Arthur marcha jusqu'à la fenêtre et croisa fermement les bras. Son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine, envahi d'une rancœur et d'un chagrin incontrôlables. Ce n'est que quand il sentit les bras de Guenièvre venir entourer sa taille qu'il osa se confier...

- J'ai dit que... que je l'aiderai coûte que coûte... mais j'ai peur de ne pas y arriver... quand je me retrouve devant lui je n'ai qu'une envie, c'est de ne plus le voir. Je sais qu'il n'est pas lui-même et qu'il n'oserait jamais nous faire du mal en temps normal, je sais qu'il a besoin d'aide et d'attention, mais vous avez vu ce qui s'est passé tout à l'heure ? Je n'ai pas pu agir comme j'aurai dû le faire, je n'ai... pas pu...

- Que ressentez-vous exactement, Arthur ? S'enquit son épouse d'une voix douce et prévenante.

- Je suis... frustré, en colère, blessé... J'aimerais qu'il me parle, j'aimerais comprendre ce qui l'a poussé à apprendre la magie et à me mentir encore et encore, chaque jour depuis toutes ces années ! J'aimerais savoir... mais je sais que je ne peux pas, et c'est ça qui me frustre !

- Gaïus vous a pourtant proposé de...

- Non, je ne veux pas que ce soit Gaïus. Je veux entendre la vérité de la bouche de Merlin.

- Je comprends vos sentiments... mais vous devez réussir à les mettre de côté pour aider Merlin. Celui dont il a le plus besoin, c'est vous.

- Vous croyez réellement ce qu'a dit Gaïus au sujet d'un lien que l'on partagerait ?

- Je crois Gaïus, comme je crois le dragon. Que vous soyez contre la magie ne change rien, elle est plus forte que tout, c'est un domaine qui nous dépasse.

Arthur se retourna lentement, passa ses bras autour du cou de sa femme et caressa tendrement sa longue chevelure. Il avait oublié que Guenièvre savait se montrer d'une grande sagesse.

- Je ferai de mon mieux, murmura t-il.

- Je le sais, Arthur. J'ai foi en vous.


( Arwen's Vigil - ThePianoGuys Original tune )

Le lendemain matin, Gaïus fut réveillé en sursaut par l'entrée fracassante d'Arthur dans ses appartements.

- Sire, il y a un problème ? Paniqua le vieil homme, aussitôt debout.

- Non, aucun problème. Mais j'ai jugé qu'il serait préférable que je vienne moi-même chercher Merlin.

Gaïus jeta un rapide coup d'œil par la fenêtre et fronça les sourcils en constatant que ce n'était pas encore l'aube.

- Il est très tôt, Sire. Merlin dort encore.

- Je vais le réveiller.

- Arthur, vous allez bien ?

Le ton préoccupé de Gaïus fit comprendre à Arthur qu'il ne s'adressait pas à lui en tant que conseiller et ami, mais en tant que médecin. Et, en effet, le roi de Camelot n'avait pas très bonne mine ce matin-là. Il semblait manquait de sommeil et être victime d'une grande nervosité.

- J'ai mal dormi, rien de plus. Vous m'excusez...

Il se dirigea vers la chambre de Merlin et ouvrit la porte avec une telle brutalité qu'il craignit de le réveiller et pire, de le mettre en colère. Toutefois, rien de ce qu'il n'avait imaginé ne se passa. Merlin était recroquevillé sur le lit, entièrement recouvert par sa longue cape noire, et n'avait pas remué d'un pouce. Il était endormi. Sa silhouette d'enfant eut le don de calmer quelque peu Arthur.

- Hm... Merlin ?

Pas de réaction.

- Merlin ?

Toujours le silence.

Arthur commença à perdre patience. Il s'approcha et secoua l'épaule du sorcier, tout en restant extrêmement vigilant. Sa dernière envie était bien de recevoir un autre poing dans la figure. Merlin se redressa comme si quelqu'un l'avait frappé. Constatant la présence d'Arthur près de lui, il s'écria, outré:

- Non mais vous avez appris à frapper ?!

- En général, c'est moi qui te demande ça.

- Hein ?!

- Tu n'as jamais appris à frapper. Tu rentres dans mes appartements comme si c'était chez toi.

Merlin ne répondit pas. Il prit place au bord du lit et secoua ses cheveux pour leur redonner leur volume d'origine.

- Vous n'êtes pas mieux, alors.

- Je me passerai bien de tes remarques.

Merlin leva les yeux au ciel. En plus d'être mal réveillé, il fallait qu'il supporte Arthur Pendragon, cet homme qu'il avait envie de tuer, de détruire, de briser comme ce dernier avait tué, détruit et brisé les siens.

- Bon, prépares toi, je t'attends dans la cour.


Merlin pénétra dans la cour encore plongée dans la pénombre. Il avait troqué sa tunique bleue contre la rouge et retiré sa cape, révélant sa veste marron habituelle. Néanmoins, il avait tenu à garder le foulard noir que Morgane lui avait offert. Après un examen du tissu, Gaïus avait conclu qu'il s'agissait d'un habit des plus communs, il n'avait détecté aucune trace d'emlevian.

Vu l'heure, personne n'était encore levé. La cour et la galerie baignaient dans une tranquillité apaisante. Arthur patientait près de la statue, tenant deux chevaux par les rênes.

- Tiens.

Aussitôt qu'il attrapa les rênes, Merlin enfourcha sa monture, le regard fixé sur l'horizon. Tout en grimpant à son tour sur le dos de son cheval, Arthur eut une montée d'angoisse. Merlin n'avait pas daigné l'informer des raisons qui l'avaient poussé à revenir au château, il préservait un mutisme que le roi ne savait interpréter. Est-ce qu'il avait réellement ses raisons ou avait-il dit cela pour endormir la méfiance d'Arthur ? Est-ce que cette promenade en tête à tête était une bonne idée ? Est-ce qu'il n'allait pas profiter de la situation pour s'en prendre à lui ? Le souverain ne possédait qu'un indice: une phrase qu'avait prononcée Merlin, phrase sur laquelle il ne s'était pas attardé, phrase qu'il n'avait pas voulu développer. « Il m'a aussi parlé de vous, Arthur Pendragon... alors... je suis venu pour vérifier si ce qu'il m'a dit est vrai. ». Mais qu'avait pu dire un dragon sur son compte ? Et comment un dragon pouvait-il le connaître ?

- Vous comptez bouger ou vous préférez retourner dormir ? Lâcha froidement Merlin.

Arthur soupira. Stimuler leur lien allait être une épreuve de taille.

Après avoir passé le pont-levis au galop, Arthur et Merlin finirent par ralentir à l'entrée de la forêt. La rosée du matin humidifiait les plantes et la terre tandis que les oiseaux gratifiaient les deux hommes de leur chant délicat. La nature s'éveillait doucement au contact d'une nouvelle journée.

- Bon, j'attends, murmura le jeune sorcier en s'agitant sur sa selle.

- Quoi ?

- Cette balade c'était votre idée je vous rappelle. On est censé passer du temps ensemble et, bien que ça ne me réjouit pas plus que vous, j'ai accepté. Alors ça m'aiderait que vous y mettiez un peu du vôtre.

- Oui, je sais. Eh bien... on peut commencer par... des questions.

- Des questions ?

- Oui, pose moi toutes les questions que tu voudras.

- Sincèrement, il n'y a rien que je désire savoir. La soi-disant vie que j'ai eu à Camelot ne m'intéresse pas.

- Tu m'incites à y mettre du mien, mais j'estime que tu peux également faire quelques efforts.

- Ok ! Alors je vais vous poser une question. Pourquoi continuez-vous à assassiner les sorciers ?

Arthur s'était attendu à beaucoup de choses, mais certainement pas à cela. Merlin s'était exprimé directement, rapidement, sèchement. C'était une question cassante qui exigeait une réponse franche. Il remarqua également que Merlin avait employé le terme « continuer », sous-entendant qu'Arthur aurait dû arrêter... Pourquoi pensait-il cela ? Il mit cette question de côté et se justifia d'une voix claire:

- On m'a toujours dit que la magie était l'égale du mal et j'ai eu l'occasion de le vérifier de nombreuses fois par le passé.

- C'est injuste et pathétique.

- Je te demande pardon ?

- J'ai dit, fit Merlin en arrêtant son cheval, que vous êtes injuste et pathétique. Vous voulez tuer Morgane à tout prix et éradiquer la magie, vous voyez le mal partout, c'est injuste et pathétique je trouve. Vous n'êtes bon que pour les exceptions, en fait. On dirait que vous ne savez pas déceler la bonté chez les sorciers.

Les exceptions ? Mais de quelles exceptions parlait-il ? Arthur ne s'attarda pas à comprendre. Il aurait plutôt aimé dire à Merlin que sa perception avait... tangué depuis qu'il avait découvert sa magie. En réalité... il ne savait plus quoi penser à ce sujet. Mais il n'arrivait pas à s'expliquer, il n'arrivait pas à lui parler, il n'arrivait pas à s'ouvrir à lui, il ne le pouvait pas. Pas à CE Merlin. C'était au dessus de ses forces.

- Crois ce que tu veux.

Fut la seule réponse qui franchit ses lèvres.

- A ce propos, quand nous allons revenir au château, comment allez-vous justifier ma présence aux autres ?

- Je leur dévoilerai les faits et s'ils n'acceptent pas... ils n'ont pas leur mot à dire. Je suis le roi.

- Wow, quelle arrogance ! C'est comme ça que vous vous faîtes respecter ? En usant de votre rang et de votre pouvoir ?

- Je ne suis pas comme ça !

- Excusez-moi, mais ça m'en a tout l'air !

- Vas-tu la fermer ?! Hurla t-il. Tu ne me connais pas !

- Oh j'en sais assez sur vous !

- Quoi ?! Qu'est-ce que tu sais ?! Tout ce que tu crois savoir à mon sujet n'est rien d'autres que des mensonges ! Des mensonges que Morgane et son fichu poison t'ont foutu dans le crâne ! Ils t'ont retourné le cerveau !

- Ah vous n'avez pas assassiné les miens, par hasard ?! Vous ne cherchez pas à tuer Morgane non plus ?! Vous voulez savoir pourquoi je suis venu à Camelot ? Parce que le dragon m'a dit qu'on était ami ! Parce que je pensais que vous aviez de la considération pour moi ! Moi ! Un sorcier ! Parce que je pensais que vous étiez peut-être différent de votre père ! Mais... j'avais tort... Vous êtes comme Uther.

Merlin n'attendit pas la réponse d'Arthur. Il donna de violents coups de talons dans les flancs de son cheval et partit au galop à travers la forêt. Arthur resta muet de stupeur, incapable de bouger, de faire quoique ce soit. C'était ça... la raison de Merlin. L'espoir qu'Arthur ne soit pas le monstre que sa réputation laissait croire. Et il venait de lui prouver le contraire. Tout ça parce qu'il n'avait pas su lui parler. C'était sa faute.

Les doigts d'Arthur se crispèrent sur les rênes. Il mit sa monture au galop et s'engagea dans la forêt, suivant la direction qu'avait prise Merlin.

- Plus vite !

La vitesse qu'il adopta manqua de le faire tomber de sa selle, mais il ne ralentit pas le rythme. Il rattrapa très vite Merlin qui, en le voyant arriver, fit accélérer son cheval.

- Merlin ! Merlin, arrête !

La ténacité du sorcier à l'ignorer énerva considérablement Arthur. Au diable les risques, il serra les jambes et se mit en travers de son chemin. Le cheval de Merlin se cabra dangereusement, faisant chuter son cavalier. Arthur se rua sur ce dernier sans attendre. Il le plaqua au sol de toutes ses forces et s'entendit hurler:

- Je ne suis pas mon père ! Si je l'étais je t'aurais déjà tué, je ne tenterais pas de te sauver, espèce d'imbécile ! Je suis désolé que tu aies cru cela, je suis désolé de m'être mis en colère, mais ne pars pas avant d'apprendre à me connaître !

Merlin resta muet comme une tombe, ses yeux luisants de haine et de... déception ?

- Je sais que tu es persuadé que tout le monde te ment et que tu as envie de me tuer, mais si tu restes avec moi tu verras que je dis la vérité ! Quel que soit le lien que nous partageons, il finira par se manifester, alors restes !

Merlin n'osa pas répliquer. Il sentait une force et une noblesse qu'il n'avait pas soupçonnées en Arthur, il avait l'intuition qu'il pouvait lui faire confiance, que peut-être... peut-être... il était bien plus qu'Uther. Car si ce n'était pas le cas, jamais Arthur ne l'aurait empêché de s'enfuir.

- D'accord... je reste...

Arthur hocha la tête, satisfait de s'être fait comprendre et d'avoir obtenu cette marque de capitulation. Il se releva et tendit la main à Merlin pour l'aider à se remettre debout. Ce dernier la saisit avec hésitation.

- Tu n'as rien de cassé ? S'enquit Arthur en l'étudiant attentivement de la tête aux pieds.

- Quoi ? Murmura Merlin, abasourdi.

- Je te demande si tu n'as rien de cassé, je n'ai rien dit de mal.

- Je sais... c'est juste que... je ne m'attendais pas à... euh... non, je vais bien.

- Très bien... Viens, on rentre au château. Tant pis pour la promenade.


( The Theory of Everything – Soundtrack ending scene ( The Cinematic Orchestra – Arrival of the birds )

Durant le trajet du retour, ni Merlin ni Arthur ne décrocha un mot. La tension était palpable entre les deux hommes. L'un voulait se confier, expliquer à l'autre pourquoi ses nerfs étaient si instables, pourquoi il se montrait réservé et aussi maladroit à l'aider, mais il n'arrivait pas à trouver le courage. Quant à l'autre, bien que ressentant toujours une haine certaine, il ne savait plus exactement comment se comporter ni quoi penser. Il ne comprenait pas l'attitude de son soi-disant « ami », de cet homme destiné à le sauver qui ne faisait rien d'autre qu'éviter son regard et lui crier dessus... Il y avait un problème. Quelque chose qu'il ne lui disait pas.

Une fois le château en vue, Arthur se tourna vers Merlin.

- Quoi qu'il se passe, tu me laisses gérer la situation et tu fais ce que je te dis.

- D'accord...

Les gardes postés sur le pont-levis restèrent bouche-bée en apercevant leur souverain revenir en compagnie de Merlin, le sorcier qui les avait attaqués, le traître. Toutefois, comme Arthur ne semblait pas alarmé le moins du monde, ils gardèrent leurs commentaires pour eux et refoulèrent leur inquiétude. L'entrée dans la cour fut une autre étape. Plusieurs chevaliers, nobles et paysans faisaient leur ronde quotidienne, ronde qui se stoppa net devant le duo insolite qui s'avançait.

- Merlin ?!

Léon, Perceval, Elyan et Gauvain qui bavardaient sur l'escalier d'honneur furent totalement pris au dépourvu. Où Arthur avait-il retrouvé Merlin ? Pourquoi celui-ci était en possession de son cheval alors qu'il avait quitté Camelot avec Morgane plusieurs jours auparavant ? Pourquoi leur roi n'émettait pas la moindre méfiance à l'égard du jeune sorcier ?

- Sire, qu'est-ce que cela veut dire ?! Vociféra un noble.

- Expliquez vous, enfin ! Renchérit un deuxième.

- Merlin, murmura Arthur, vas dans les appartements de Gaïus et n'en sors sous aucun prétexte.

- Je sais me défendre, ce n'est pas eux qui vont me faire peur !

- S'il te plaît, n'attises pas les tensions. Fais ce que je te dis.

Merlin marmonna un bref « ok » d'un ton nonchalant et disparut dans le château sous les regards venimeux et effrayés de la Cour et des chevaliers. Arthur confia son cheval à un palefrenier et fit face à ses sujets:

- Que ceux qui veulent satisfaire leur curiosité et comprendre pourquoi j'ai ramené Merlin ici me retrouvent dans la salle du trône sur le champ.


Merlin pénétra dans les appartements de Gaïus, s'attendant à ce que celui-ci soit parti soigner des malades dans la ville, en bas de la forteresse. Aussi fut-il surpris de trouver le médecin installé à sa table de travail.

- Je peux vous parler ?

- Je t'écoute, accepta Gaïus en levant le nez de ses bouquins.

Merlin faisait les cents pas dans la pièce, les lèvres pincées, semblant en proie à un dilemme atroce... ou un grave problème.

- Je suppose que vous connaissez très bien Arthur Pendragon, non ?

- En effet, depuis sa naissance.

- Parfait, vous êtes l'homme de la situation ! J'ai trois questions à vous poser. De un: Quand suis-je... enfin... censé être arrivé à Camelot ? De deux: Quand Arthur a t-il appris que j'étais un sorcier ? De trois: Pourquoi m'a t-il accepté, moi, alors qu'il continue de traquer les miens ? Ah et, j'ai une quatrième question. Comment ai-je pu être son ami malgré cela ? Même lui ! Comment a t-il pu continuer de tuer les sorciers tout en sachant que j'en étais un ? Ça ne tient pas la route, tout ça !

- Ça fait beaucoup de questions, nota Gaïus en déposant ses lunettes sur son bureau. Je suis étonné que tu ne sois pas au courant... Arthur ne t'a rien dit ?

- Eh bien... j'ai l'impression qu'il a un problème avec moi. Pas parce que j'ai attaqué Camelot avec Morgane, c'est autre chose. Mais il refuse de me parler et, vu ma situation, je me voyais très mal tenir le rôle du confident.

- J'aurai dû me douter qu'Arthur se refermerait sur lui-même..., murmura Gaïus, chagriné.

- Que voulez-vous dire ? Fit Merlin en fronçant les sourcils.

- Assieds toi.

Le jeune sorcier ramena un tabouret devant le bureau et y prit place.

- Alors ?

- Merlin, il y a plusieurs choses que tu dois savoir... Nous allons reprendre tes questions une par une si tu le permets.

- Ouais, pas de problème. Quand suis-je arrivé ici ?

- Tu t'es présenté dans mes appartements il y a environ dix ans. Tu vivais alors dans un petit village de fermiers avec ta mère. Ta magie était puissante et incontrôlable, Hunith avait peur que les autres habitants d'Ealdor la découvrent et que cette découverte te mette en danger. Elle t'a confié à mes soins afin que je te guide.

- Ah... d'accord..., bredouilla Merlin, confus. Et... quand Arthur a t-il découvert que j'étais un sorcier, alors ?

- C'est là que ça devient plus... délicat.

- Comment cela ?

- Quand tu es arrivé à Camelot avec Morgane, il y a trois jours, tu as utilisé tes pouvoirs devant Arthur.

- Oui et alors ? Je ne vois pas où vous voulez en venir.

Gaïus soupira tristement, le cœur lourd. Il redoutait la réaction de son pupille.

- C'est à ce moment-là qu'Arthur a compris que tu étais un sorcier.

- Quoi ?! Attendez, attendez ! Mais ça n'a aucun sens ! Si ce que vous dîtes est vrai, Arthur me connaît depuis dix ans, comment ne peut-il pas être au courant ? Moi je croyais que... Le dragon m'a dit que j'étais son valet et son ami, alors je pensais qu'il savait que... Pourquoi ne lui ai-je pas dit avant ?

- Tu avais peur de sa réaction si, après tant d'années d'amitié et de confiance, il découvrait la vérité. Et tu savais que ce n'était pas le bon moment.

- Pas le bon moment ? Si j'étais son valet, j'avais pleins d'occasions de lui dire.

- C'est plus compliqué...

Merlin allait répliquer, mais se ravisa. Il profita d'un court instant de silence pour assimiler correctement ce qu'il venait d'apprendre.

- J'imagine que, vu les circonstances, c'est plutôt moi qui n'ai pas été très gentil... Mais il aurait pu m'en parler aussi ! Ajouta t-il, buté. Ce n'était pas difficile !

- Pour Arthur, ça l'est beaucoup. Il tient à toi. Découvrir la vérité d'une manière aussi brutale l'a énormément affecté, bien qu'il s'efforce de ne pas le montrer. Crois moi, Merlin, il veut réellement t'aider... il a juste besoin d'un peu de temps.

- De temps...

- Je ne prétends pas savoir ce qui se passe dans la tête d'Arthur, mais je pense qu'il est en colère et blessé...

- Je suppose que ça se comprend, reconnut Merlin, maussade.

- Mais peu importe ce qu'il ressent, tu es son ami et tu comptes pour lui, c'est pour ça qu'il essaie de t'aider. Tu ne dois pas lui en vouloir d'être si sec avec toi.

Merlin croisa les bras sur la table et y posa son menton, affichant une moue boudeuse. Il repensait plus particulièrement à la discussion animée qu'il avait tenue avec Arthur un peu plus tôt...

« - On dirait que vous ne savez pas déceler la bonté chez les sorciers.

- Crois ce que tu veux. ».

Cette phrase prenait désormais tout son sens. Peut-être qu'Arthur doutait de la magie, finalement. Peut-être que, parce que Merlin était son ami ET un sorcier, il remettait en doute l'origine de la magie...

« - Wow, quelle arrogance ! C'est comme ça que vous vous faîtes respecter ? En usant de votre rang et de votre pouvoir ?

- Je ne suis pas comme ça ! ».

Qui était-il, alors ? Quel genre de roi était-il ?

Merlin se leva brusquement et se dirigea vers la porte.

- Où vas-tu ? S'inquiéta Gaïus. Si quelqu'un te reconnaît...

- Oh ça c'est déjà fait ! Faut que je vois quelque chose.

- Mais...

Gaïus laissa sa protestation en suspend: Merlin était déjà parti. Si Arthur avait l'intention d'éclaircir son peuple, il était sûrement dans la salle du trône, la salle la plus imposante du château. Merlin se remémora rapidement le chemin menant à la dite salle, snobant sur son passage les coups d'œils effarés du personnel et les exclamations pleine d'affolement. Une agitation frénétique animait la grande pièce royale remplie de nobles furieux et de chevaliers enragés. La foule était si dense que Merlin rencontra quelques problèmes pour se trouver une place. Il apprécia toutefois que personne ne prête attention à lui, ce qui lui permit de gagner le mur pour échapper à la chaleur ambiante. Arthur, même placé de sorte à dominer la cohue, était à peine visible et parvenait difficilement à se faire entendre.

- Je réclame le silence ! Ordonna t-il une bonne fois pour toutes.

- Sire, il ne peut pas rester ici ! Avez-vous oublié ce qu'il a fait ?

- C'est un traître !

- C'est un allié de Morgane !

- Il vous a ensorcelé !

- Vous n'avez pas le droit de lui faire un traitement de faveur juste sous prétexte qu'il était votre serviteur !

- ASSEZ !

Arthur venait de hurler à s'en briser la voix. Son intervention eut le mérite de refréner la folie de ses sujets et, bientôt, un silence tendu s'installa.

- Bien ! Maintenant, j'exige que vous m'écoutiez attentivement ! Merlin ne s'est pas rallié à Morgane, il est sous l'emprise d'un poison qu'elle a réussi à lui administrer. Morgane ne fait rien d'autre que se servir de lui. L'attaque qui a eu lieu dernièrement n'était pas voulue par Merlin, il n'était pas conscient de ce qu'il faisait.

- Et que faîtes-vous de sa magie ?! C'est un sorcier, Sire ! Il a ouvertement pratiqué la sorcellerie en ces murs !

- Je connais les faits, Sir Anselme ! J'ai mes raisons de vouloir libérer Merlin du poison.

- Sauf votre respect, Sire, je vous demande d'énumérer ces raisons.

- Si Merlin voulait réellement du mal à Camelot et à moi, il m'aurait déjà tué, il aurait déjà rejoint Morgane. La plupart d'entre vous savent qu'il est à mon service depuis dix ans. Durant ces dix années, je ne compte pas les occasions en or qu'il a eues pour attenter à ma vie, ainsi qu'à celle de mon père. Il n'a jamais levé la main contre moi ni contre qui que ce soit dans cette pièce. Il a toujours travaillé dur et s'est toujours montré d'une loyauté et d'une fidélité à toutes épreuves. J'ai non seulement pour lui le respect d'un maître envers son serviteur, mais également celui d'un ami.

Un long silence succéda ses paroles emplies d'une profonde et touchante sincérité. Personne ne se risqua à parler ou à contredire le roi... car tout le monde savait qu'il avait raison. Si Merlin programmait d'éliminer Arthur ou de s'en prendre au royaume, il l'aurait déjà fait. Au premier rang, Léon, Gauvain, Elyan et Perceval couvèrent leur souverain d'un regard plein d'admiration. Les trois plus jeunes chevaliers ressentaient ce même sentiment de fierté qu'ils avaient ressenti le jour où Arthur les avait adoubés. Leur épée était au service d'un grand homme.

De son poste d'observation, Merlin était choqué. Son cœur tambourinait dans sa poitrine à une vitesse affolante. Il percevait dans son être une forte exaltation, mêlée d'une pointe d'incompréhension. Pourquoi Arthur se montrait-il aussi tolérant ? Pourquoi prenait-il sa défense d'une façon aussi ouverte ? Pour la première fois, Merlin se mit à croire véritablement aux paroles du dragon et de Gaïus. Arthur était son ami, mais il était surtout différent d'Uther. Pourtant... Morgane avait dit qu'il n'était qu'un monstre, qu'il massacrait les sorciers sans chercher à passer au dessus de ses préjugés et de ses enseignements, que son cœur était aussi froid que celui d'Uther, qu'il voulait la tuer...

Oui.

Arthur voulait tuer Morgane, et pas seulement elle, mais tous les sorciers. Et ça, Merlin ne pouvait l'oublier. La haine refit surface dans son cœur, une haine féroce et agressive. Il ne devait plus se laisser berner par la gentillesse d'Arthur ni de personne d'autre. Si le soi-disant lien ne se manifestait pas très vite, il rejoindrait Morgane. Elle devait se faire beaucoup de soucis... Mais non. Elle l'avait empoisonné. Mais non. Elle n'oserait jamais. Mais non, Gaïus et Arthur lui avaient assuré que si. Mais non. Morgane était la seule à pouvoir le comprendre.

Merlin se prit la tête entre les mains. Il était déboussolé. Ses repères et ses convictions s'écroulaient.

- Morgane...

( Pandora Hearts – Ghost Blood )

Merlin fut subitement attrapé par le col de sa veste et traîné de force dans le couloir. Pris sur le fait, il ne pensa même pas à se débattre et se laissa faire quand des mains fermes le plaquèrent contre le mur.

- Je ne sais pas ce que tu as fait à Arthur, mais crois-moi... si ce petit jeu continue, ce n'est plus un avertissement que tu auras, mais bien pire.

- Vous croyez m'intimider ? Siffla Merlin, ses yeux brillants de défi.

Deux hommes rappliquèrent au côté de leur compagnon. Tous des chevaliers. Celui qui le tenait avait une carrure d'armoire à glace et serait facilement capable de lui briser la mâchoire en un coup bien placé. Quant aux deux autres, bien que légèrement plus frêles, ils n'en étaient pas moins pourvus d'une aura glaciale et menaçante.

- Rares sont ceux qui osent défier Acheric, le prévint Warin.

- Que tu sois un sorcier ne change rien pour nous, nous n'avons pas peur de toi, poursuivit Dalmace.

- Mais nous t'accordons une chance, reprit Acheric. Mets fin au sortilège qui aveugle Arthur et quitte Camelot. Si tu fais ça, nous te laisserons tranquille. Pigé ?

- Je peux tout aussi bien dénoncer vos menaces à Arthur.

- Oh mais à ton avis... Que vaut la parole d'un serviteur contre celle d'un noble ?

- Vous semblez oublier que je ne suis pas n'importe quel serviteur.

Acheric appuya son bras sur le cou de Merlin et rapprocha dangereusement son visage du sien.

- Si tu utilises ta magie contre nous, nous n'aurons alors aucun mal à prouver que tu es bel et bien habité de la même cruauté que tous ceux de ton espèce. Ta position ne sera pas aussi facile qu'aujourd'hui. Alors mets fin au sortilège.

- Le problème, c'est qu'il n'y a aucun sortilège. Arthur parle et agit de son plein gré.

- C'est le seul avertissement que tu obtiendras de notre part. Notre prochaine entrevue ne sera pas aussi décontractée.

Acheric relâcha violemment Merlin et disparut à l'angle du couloir, suivit pas à pas par ses deux frères d'armes. Le jeune sorcier essaya de se redonner une contenance, mais il était secoué. Il savait que ces trois hommes ne plaisantaient pas. La prochaine fois qu'ils se croiseraient, Merlin paierait beaucoup plus cher le prix de sa présence à Camelot. Il rejoignit la salle du trône dans un état second, arrivant en plein milieu d'un autre discours d'Arthur.

- … bien comprendre. Merlin est sous ma responsabilité. Bien, si vous n'avez pas d'autres objections, vous pouvez tous sortir.

Personne n'émit de nouvelles contestations. La salle se vida en quelques secondes seulement. Merlin s'était tenu à l'écart, plus précisément derrière la porte, afin que personne ne le voit. Il sortit de sa cachette une fois certain qu'il ne restait qu'Arthur. La malveillance qu'il ressentait pour lui avait un peu diminué, sans qu'il ne comprenne pourquoi.

- Je t'avais dit de rester dans les appartements de Gaïus ! Lui reprocha Arthur.

- Vous auriez dû me dire la vérité.

- De quoi parles-tu ?

- Vous auriez dû me dire que vous veniez d'apprendre que j'étais un sorcier. Peut-être que je me serais montré plus raisonnable.

Arthur écarquilla les yeux. Il n'avait pas songé au fait que Gaïus en parle à son pupille. A vrai dire... il ne pensait pas que Merlin puisse s'imaginer qu'il était au courant depuis longtemps. Ce malentendu lui fit cependant réaliser une chose: ils n'arrivaient pas à communiquer. La preuve en était qu'il n'avait pas su décrypter certains signes, notamment lorsque Merlin avait utilisé le mot « continuer » et qu'il avait parlé d'« exceptions ». Il faisait alors référence à lui-même.

- Je n'avais pas la tête à en discuter, répondit Arthur.

- Mais si vous l'aviez fait j'aurais compris votre comportement envers moi. Vous auriez dû.

- Oui, j'aurais dû ! Mais c'est Gaïus qui s'en est chargé, alors peux-tu me faire le plaisir de passer à autre chose ?

Merlin serra les poings, les yeux de nouveau voilés par l'animosité.

- Si vous avez besoin de moi, je serais bien sagement dans les appartements de mon tuteur.

Et sur ces mots, il tourna les talons pour repartir. Arthur avait perçu l'ironie flagrante dans sa voix et avait vu l'étincelle de colère qui avait ébloui ses prunelles bleues-grises durant deux secondes. Merlin s'était peut-être assagi en l'espace d'une matinée, mais il était encore loin de faire ami-ami avec Arthur. Ce qui inquiétait le plus ce dernier était de savoir la façon dont le fameux lien allait se déclencher. Serait-ce douloureux ? Bienfaisant ? Soulageant ? Merlin allait-il souffrir ? Quelles sortes de symptômes subirait-il ? Arthur misait sur un phénomène magique plutôt bénéfique et pacifique. Après tout, ce lien qu'ils partageaient était une bonne chose, donc il n'y avait pas de raison pour que les effets du remède soient catastrophiques.

Mais, tout en formulant cette hypothèse rassurante, Arthur ne savait pas encore qu'elle viendrait à se vérifier le soir même...

Alors, quel est votre verdict ? Avez-vous apprécié ce chapitre ? Quel est votre avis ? Je vous écoute !

A la semaine prochaine ! :)