Bonjour/Bonsoir à tous ! Comme promis, je poste aujourd'hui le chapitre 9. Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour écrire cette semaine ( ce qui n'était pas prévu ), mais je me suis appliquée à fond. J'espère que vous apprécierez ce chapitre :)

Merci à Le Poussin Fou, ameliesky61, fandemerlin, MICHONCHON et tahury pour leurs reviews ! Vous êtes formidables ! :D

Un jour, nous avons vu apparaître sur nos écrans la merveilleuse série de la BBC, intitulée Merlin, dont j'emprunte les personnages aujourd'hui.

Malheureusement, je n'ai trouvé aucune musique qui me plaisait pour ce chapitre, je suis désolée...

Sur ce, bonne lecture mes très chers ! :)

Chapitre 9: Plus fort que la douleur...

- Morgane, murmura t-il en fermant les yeux de bonheur.

La jeune femme lui rendit son étreinte, soulagée de l'avoir retrouvé et, surtout, de l'avoir retrouvé en bonne santé.

- Comment avez-vous fait pour prendre cette apparence ? Demanda t-il en la repoussant légèrement pour l'examiner.

- Je suis une prêtresse de l'Ancienne Religion, Merlin. Cette magie n'a pas de secret pour moi.

- Ce physique vous va bien.

- De quoi ai-je l'air ? Quelle impression je renvoie ?

- Eh bien... avec vos vêtements... on dirait une paysanne naïve et un peu sotte.

Morgane avait en effet revêtu une robe en lin tirant sur le rouge clair, ce qui, en plus de lui donner une allure très provinciale, lui attribuait une candeur touchante. Les lèvres de la prêtresse s'étirèrent en un sourire narquois, ce même sourire dont elle seule avait le secret.

- Parfait. C'est exactement ce que je voulais. Alkmar n'a pas su répondre quand je lui ai demandé son avis.

- Où est-il ? Et Aithusa ?

- J'ai laissé Aithusa au château, c'était plus prudent. Alkmar... il n'est pas loin.

- Pourquoi...

Merlin n'eut guère le loisir de terminer sa phrase. La douleur était revenue à la charge. Intense. Paralysante. Sa vision se brouilla, sa respiration s'accéléra et ses jambes cédèrent.

- Merlin, qu'est-ce que tu as ?! S'écria Morgane.

Elle le fit asseoir sur un tabouret et s'accroupit près de lui. Alkmar lui avait rapporté que Merlin était souffrant, mais après trois jours passé entre les mains de Gaïus, un médecin réputé dans tout le royaume, elle avait pensé qu'il serait guéri et remit sur pied.

La douleur, cette fois ci, se montra plus indulgente avec sa proie, lui laissant une partie de son énergie et ses capacités de reconnaissance et de réflexion. En somme, Merlin n'avait pas aussi mal que les trois derniers jours, même si la souffrance engourdissait graduellement ses sens.

- Te sens-tu la force de marcher ? S'inquiéta Morgane.

- Oui... Je pense que oui... Mais, Morgane, il va y avoir un problème... Je n'ai pas le droit de sortir du château. Si quelqu'un me voit...

- Ne t'inquiètes pas pour ça. En tant qu'ancienne pupille d'Uther Pendragon, j'ai plus d'un tour dans mon sac. Arthur est sur les terrains d'entraînements et Guenièvre est dans la ville basse, je l'ai croisée en arrivant. Nous pouvons aller jeter un œil au plan des tunnels sans crainte d'être vus et sortir par l'un d'entre eux.

- Je suppose..., répondit-il, haletant.

La fatigue écrasait ses épaules et les coups répétitifs à l'intérieur de sa boîte crânienne et sa poitrine ne facilitaient pas les choses. Merlin était... las, fatigué, vidé de ses forces. Il n'avait pas envie d'être brusqué. Mais il n'y avait pas que ça. Son raisonnement initial et ses convictions au sujet d'Arthur et de Camelot avaient... évolué. Oui, c'était le mot. Pour la première fois, il avait envie de s'opposer à Morgane, de lui dire ce qu'il pensait, de lui expliquer ce qu'il avait vécu et observé au château depuis son arrivée. Une part de lui parvint à rassembler suffisamment d'énergie pour lui permettre de parler:

- Morgane... je crois que... je crois que vous vous trompez.

- Pardon ?

« - Tu es un homme très courageux, Merlin.

- Arthur est quelqu'un de bien, même si tu penses le contraire.

- J'ai non seulement pour lui le respect d'un maître envers son serviteur, mais également celui d'un ami.

- Je ne suis pas mon père ! Si je l'étais je t'aurais déjà tué, je ne tenterais pas de te sauver, espèce d'imbécile !

- Il tient à toi. »

En repensant à toutes ces paroles, la douleur se fit plus ardente, obligeant Merlin à serrer les dents le temps qu'elle s'atténue. Une fois de nouveau maître de lui-même, il poursuivit:

- J'ai passé du temps avec Arthur, vous savez... Il n'est pas comme Uther.

- Quoi ? Tu entends ce que tu dis, Merlin ?

- Je sais, ça paraît irréel et insensé, mais je vous jure que je vous dis la vérité ! Il... Il ne m'as pas tué, il se montre patient avec moi et... il... il a dit que j'étais son...

- Ami ? Siffla Morgane, furibonde. Que t'a t-il dit d'autre, au juste ? Tu n'as pas pensé qu'il pouvait te mentir pour gagner ta confiance ? Tu n'as pas imaginé qu'il pouvait te monter contre moi ?

- Si..., avoua piteusement Merlin en baissant la tête.

Morgane s'agenouilla devant son précieux allié et posa ses mains sur les siennes avec bienveillance.

- Arthur est comme Uther, ajouta t-elle, radoucie. Il te voit comme un jouet, comme un atout à utiliser dans son combat contre la magie. Quand tu ne lui serviras plus à rien il te tuera, Merlin. Il n'y a pas de place pour les sorciers dans le cœur d'Arthur.

- Mais...

- Merlin, s'il te plaît, écoute moi. Uther était quelqu'un de cruel, un tyran, un monstre. Il m'aurait tuée sans hésiter s'il avait appris que j'étais une sorcière. Moi, sa propre fille ! Arthur a repris le flambeau. Il me traque depuis des années, alors que je suis sa sœur.

- Mais...

- Il n'y a qu'en prenant le trône et en rétablissant la magie de force que nous pourrons être libres. Tu n'es pas d'accord avec moi ?

« - Vous êtes le jour et la nuit. Elle est l'ombre, tu es la clarté. Elle est la haine au cœur de ton amour. Même si tu es convaincu d'être rattaché à elle, ce n'est là que l'effet d'un poison qu'elle t'a administré.

- Tu ne t'en rends pas compte, mais Morgane te manipule ! Elle joue avec ton esprit, c'est à cause d'elle que tu es comme ça ! ».

- Uther a tué tous les dragons, n'est-ce pas ?

- Oui, mais je ne vois pas le rapport.

- Je suppose que les dragons détestent les Pendragon.

- Sans aucun doute. Mais pourquoi cette question, Merlin ? As-tu écouté ce que je t'ai dis ?

- Alors si les dragons détestent les Pendragon, pourquoi l'un d'entre eux m'a dit que ma place était à Camelot ? Pourquoi a t-il pris la défense d'Arthur ? Il m'a dit des choses...

« - Toi et Arthur Pendragon avez beaucoup en commun. Votre destin est lié depuis votre naissance.

- Le Merlin que je connais le ferait. Arthur Pendragon n'est pas l'homme que tu penses. Il est différent d'Uther. ».

- ...troublantes. Si son but était de tuer Arthur ou de se venger, pourquoi ne l'a t-il pas fait avant ? Pourquoi a t-il essayé de m'aider, à la place ?

- Merlin, je ne comprends rien ! Viens, nous devons partir, nous en parlerons ailleurs, nous ne sommes pas en sécurité ici !

Morgane attrapa la main brûlante de Merlin, mais celui-ci la retira brutalement. La douleur s'était intensifiée, enserrant son cœur d'une poigne meurtrière, enfonçant des clous empoisonnés dans son cerveau. Malgré cela, il l'ignora courageusement et se leva en prenant appui sur la table pour garder son équilibre. Il avait compris. Oh oui, il avait très bien compris à quoi jouait Morgane. Depuis le début, toutes les accusations qu'il portait contre Arthur et ses proches n'étaient pas dirigées vers la bonne personne.

Il devait s'exprimer, il devait arrêter Morgane à tout prix, et vite.

- Vous m'avez empoisonné ! Hurla t-il, les yeux brillant de larmes contenues. Le dragon avait raison, et Arthur aussi, et Gaïus... Tout le monde avait raison ! C'est vous qui m'utilisez ! Vous voulez tuer Arthur pour vous emparer du trône ! Vous vous servez de moi, de ma magie ! Je vous dis qu'Arthur est mon ami, je vous dis qu'il n'est pas comme Uther, mais vous refusez de me croire !

Merlin s'écroula lourdement sur le sol, le front ruisselant de sueur, la respiration précipitée, malmenée, les membres tremblants. Une quinte de toux le prit alors qu'il tentait de se relever, le clouant sur le sol glacé des appartements, affaibli et impuissant. La toux s'accentua jusqu'à ce que Merlin finisse par vomir... du sang. Le sang coulait de sa bouche et de son nez en cascade. Il se sentait emporté contre son gré dans une chute sombre, une chute qui ne lui offrait aucune porte de sortie. Il avait peur, tellement peur...

- Ar... Arthur... aidez-moi..., supplia t-il à mi-voix.

Comme en réponse à sa prière, Merlin entendit une voix familière vociférer en provenance de l'entrée:

- Éloignez-vous de lui immédiatement, Morgane !

- Oh, mon cher frère ! S'exclama t-elle en se retournant. Comment m'avez-vous reconnue ?

- Vous seule êtes assez cruelle pour regarder quelqu'un souffrir et y prendre du plaisir.

- Oh, ce n'est pas très gentil. Contrairement à ce que vous croyez, je n'ai pris aucun plaisir à regarder ma sœur et mes semblables mourir.

- Éloignez-vous de lui ! Répéta t-il, la main crispée nerveusement sur le manche de son épée.

- Sinon quoi ? Je n'ai pas peur de vous, Arthur.

- Mo cosán imíonn !

Morgane fut éjectée contre le mur avec violence. Le choc l'assomma partiellement, mais ne lui fit pas perdre connaissance. Le passage étant débloqué, Arthur vit Merlin à genoux, une main sur son ventre et l'autre tendue vers la prêtresse. La lueur dorée qui émanait de ses prunelles contrastait avec le sang parsemé sur son visage. Il profita de l'inattention de la prêtresse pour marcher jusqu'à Merlin qu'il remit sur ses pieds sans faire de manière. Il n'avait pas le temps d'agir avec des pincettes ou de prendre des précautions pour éviter de blesser le sorcier encore plus. L'heure était à la fuite, pas à la traîne.

- Vite, nous devons sortir !

Merlin courut aussi vite qu'il le put, mais ses jambes ne le portèrent pas très loin.

- Ar... Arthur... Laissez-moi...

- Hors de question !

Il s'arrêta, se campa solidement sur ses pieds et hissa Merlin sur son épaule. Un coup d'œil en arrière pour voir si Morgane les suivait et il repartit d'un bon pas, direction la cour. Les chevaliers pourraient alors leur venir en aide. Avec un peu de chance, Morgane prendrait la fuite.

- Laissez-moi... je vous... je vous en prie...

- Ce n'est pas le moment de plaisanter !

« - Laissez-moi !

- Tu plaisanteras un autre jour.

- De grâce, laissez-moi !

- Mais oui, bien-sûr ! Comme tu voudras ! ».

En entendant ces voix, Merlin se vit dans la même position, en travers de l'épaule d'Arthur, au beau milieu de la forêt. Ils étaient poursuivis par des mercenaires envoyés par Morgane. Oui, il s'en souvenait. Il avait eu l'épaule démise à cause d'une masse et Arthur avait voulu le sauver.

La douleur.

Elle broya ce souvenir d'un seul coup. Plus Merlin cherchait à se souvenir, plus il résistait au poison, plus il le combattait, et plus il avait mal. Il ouvrit la bouche et cracha le sang qui s'y était accumulé. Le sol se voyait tapissé de plusieurs flaques pourpres. C'est la lumière du jour qui fit comprendre à Merlin qu'ils étaient arrivés à l'extérieur. Les regards et les exclamations choqués fusaient sur leur passage, la panique prenait le dessus sur le calme apparent de la forteresse. Tout le monde comprenait, en voyant Merlin aussi faible et Arthur courir aussi vite, que quelque chose de terrible s'était produit, ou allait se produire d'une minute à l'autre. Arthur ne prêta aucune attention à la foule qui, soit se rassemblait pour s'informer de la situation, soit fuyait vers la ville basse, et déposa Merlin sur les escaliers d'honneur. Il mit sa main en visière pour scruter la cour en quête de chevaliers à rassembler. Léon et Elyan venaient vers lui, épée en main, suivis de près par des gardes et d'autres soldats, dont Perceval et Gauvain. Arthur se bénit d'avoir organisé une séance d'entraînement, ce qui permit à ses forces armées d'être directement équipées.

- Sire, que se passe t-il ? S'informa aussitôt Léon.

- Morgane est ici. Elle a changé d'apparence, ne vous faîtes pas berner. Elle est blonde et porte une robe rouge.

Léon jeta un coup d'œil derrière l'épaule d'Arthur. Merlin s'était assit sur les marches, le dos courbé et les bras enlacés autour de la taille. Le sang recouvrait entièrement le bas de son visage, sa tunique et son pantalon, mélangé à la sueur. Il peinait à respirer et tremblait comme une feuille. Au vu de son état plus qu'affolant, Léon songeait que Merlin serait capable d'y rester s'il n'était pas rapidement pris en charge. Malheureusement, ils devaient s'occuper de Morgane en priorité.

- Où est-elle ? Demanda Perceval.

- Elle était dans les appartements de Gaïus quand nous nous sommes enfuis, expliqua Arthur. Merlin a réussi à la repousser, mais ça ne l'a pas assommée. Soyons sur nos gardes, elle peut apparaître à tout moment.

Il ne restait plus personne dans la cour. Tout le monde avait été entraîné dans le mouvement de panique qu'avait déclenché l'arrivée subite d'Arthur. La ville basse était le refuge le plus sûr car le château se voyait la cible principale des ennemis de Camelot et, de toute façon, il ne pouvait accueillir tous les habitants du royaume. Arthur profita du calme avant la tempête pour donner les dernières instructions.

- Elyan, allez dans mes appartements, Guenièvre doit s'y trouver. Elle...

- Non, le coupa Merlin. Elle est d... dans la... ville...

- Elle est dans la ville basse ?

Merlin acquiesça d'un hochement de tête.

- Morgane l'a vue..., ajouta t-il.

- Est-ce qu'elle lui a fait du mal ? S'enquit Arthur, angoissé.

- Non... croisée... c'est tout...

- D'accord... Merlin, tu ne bouges pas d'ici, tu m'entends ?

- Vous avez... besoin de moi...

- Tu as vu ta tête ? C'est toi qui a besoin de nous, pas l'inverse.

- Arthur...

- Tu restes là !

- Arthur, elle arrive ! S'exclama Gauvain, sur le pied de guerre.

Morgane marcha jusqu'au centre de la cour sans inquiétude. Elle ne redoutait ni le comportement des chevaliers, ni leurs armes. Personne ne pouvait la tuer, savoir cela était sa force, sa confiance, son énergie. Cette conviction lui était plus précieuse que sa magie. Toutefois, elle n'était pas idiote, ni aveugle. Elle avait remarqué que quelque chose clochait chez Merlin. Il fallait qu'elle comprenne et, si possible, qu'elle arrive à le raisonner. Auquel cas le jeune sorcier lui deviendrait complètement inutile.

- Pas un pas de plus, Morgane ! Tonna Arthur en se plaçant devant ses chevaliers.

Ensemble, ils formaient un barrage, une immense chaîne qui bloquait l'accès à l'escalier principal et, par la même occasion, à Merlin.

- Merlin ? L'appela Morgane d'une voix sans émotion. S'il te plaît, montre toi. Je sais que tu es là.

Les chevaliers de la première ligne firent quelques pas prudents de sorte à encercler la prêtresse. Celle-ci surveilla attentivement leurs faits et gestes mais, les voyant immobiles, elle resta sereine et fixe. Un soleil de plomb chauffait le sol pavé de la cour et englobait la scène dans une auréole qui menaçait à tout moment de se briser. La moindre zone d'ombre semblait être le message implicite que la tension pouvait exploser, que le calme ne tenait qu'à un fil.

- Merlin, répéta Morgane. Tu es conscient que si tu ne te montres pas, je n'aurais aucun mal à venir jusqu'à toi. Oserais-tu mettre la vie des chevaliers en danger ? La vie d'Arthur en danger ?

Arthur fronça les sourcils. Morgane essayait de jouer sur les sentiments, de faire naître de la culpabilité dans le cœur de Merlin pour qu'il lui obéisse. Il ne la laisserait pas gagner.

- Laissez-moi... passer...

- Merlin, non ! L'arrêta Arthur en lui barrant le passage.

Mis à part Léon, Perceval, Elyan et Gauvain qui voyaient d'un mauvais œil l'implication de Merlin, aucun chevalier ne leva le petit doigt pour le stopper. Ils n'étaient pas au service d'un sorcier, mais d'un roi. Arthur. Ils obéissaient peut-être à ses ordres en laissant Merlin tranquille, mais cela ne signifiait pas qu'ils étaient d'accord avec sa décision ou qu'ils partageaient sa clémence. Par conséquent, Merlin se retrouva vite à côté d'Arthur, en tête des soldats.

- Je sais... ce que... je fais... ayez co... confiance...

- Confiance ?

Merlin baissa la tête, attristé. Il n'aurait pas dû employer le mot « confiance ». Mais c'était trop tard. C'était dit.

- C'est moi, souffla t-il avec beaucoup de difficulté, les yeux embués de larmes.

Arthur comprit le sens de ces deux petits mots. Merlin avait pris le contrôle sur le poison, mais pour combien de temps ? A quel degré résistait-il ? Jusqu'où poussait-il les limites de son corps exténué ? Quels dommages cette soudaine prise de pouvoir allait-elle causer ? Quelles conséquences subirait-il ? Car, oui, Arthur était certain que Merlin paierait le prix fort pour avoir tenu tête au poison.

- Laissez-moi... faire...

- Non... Merlin, non... tu tiens à peine debout.

- Merlin, les coupa Morgane, impatiente. Approche.

Morgane n'avait pas pu entendre leur échange. A cette distance, c'était impossible. Merlin espérait tenir assez longtemps pour s'exprimer. Il puisait en sa magie pour tenir bon, pour ne pas s'écrouler, pour garder la maîtrise sur son corps, sur ses pensées, sur ses sentiments, sur lui-même.

Il s'approcha doucement de Morgane, les jambes faibles, la respiration saccadée, le teint presque jaune.

- Cet homme, fit-elle en désignant Arthur, qui est-il pour toi ?

Merlin ancra son regard voilé par les larmes dans celui d'Arthur. Il savait le mal qu'il avait fait, il se rappelait mot pour mot ce qu'il lui avait dit, il se souvenait précisément des actions déroulées au château alors qu'il était sous l'emprise du poison. A travers les yeux d'Arthur, il se remémorait tout, absolument tout. Il dut alors faire des efforts surhumains pour ne pas laisser le chagrin, la culpabilité et la honte intervenir dans ses prochaines paroles. Il devait dire la vérité, parler franchement. Arthur savait. Les mensonges devaient s'arrêter. Le mal était déjà fait. Jamais Merlin ne pourrait se pardonner.

- Répond moi. Qui est-il pour toi ?

Il recula un peu et fit face à Morgane, la tête levée, le visage sérieux.

- Mon destin. Je suis né pour servir et protéger Arthur Pendragon. Mais il est aussi mon ami. Jamais je ne vous laisserai lui faire du mal.

Morgane resta coi en entendant cette réponse. En le sommant de la rejoindre, là, au milieu de la cour, elle avait voulu le tester, vérifier s'il avait vraiment déjoué le poison ou si son cas était récupérable. Ses espoirs étaient déçus. Ce qu'elle venait d'entendre faisait s'écrouler son plan. Cependant, en plus d'être frustrée, elle était aussi stupéfaite. Comment Merlin avait-il échappé à l'étau puissant de l'emlevian ? Elle avait fait en sorte de choisir le meilleur poison, elle avait agi minutieusement. Comment pouvait-elle échouer une fois de plus ?

Ses traits se durcirent et elle serra les poings, habitée par la fureur et l'incompréhension.

- J'ai dû te sous-estimer, Emrys, siffla t-elle, venimeuse. Tu prends ton travail très à cœur. C'est admirable. Plus fort que la douleur, n'est-ce pas ? Tu es peut-être un grand sorcier, finalement.

Elle éjecta les chevaliers qui l'encerclaient à l'autre bout de la cour et chargea ses paumes, faisant apparaître deux boules enflammées qui grossirent, grossirent et grossirent jusqu'à fusionner pour n'en former qu'une. Morgane tenait désormais une immense sphère rougeoyante entre ses mains. Les chevaliers avaient reculé par mesure de prudence, mais principalement par peur. Ils n'avaient jamais été spectateur d'une forme aussi colossale de magie. Merlin s'était également éloigné pour être au plus près d'Arthur. Il fixait Morgane, réfléchissant à toute vitesse. Il devait protéger le château, protéger les chevaliers, protéger Arthur. Mais, avant toute chose, il devait savoir qui elle visait. Lui ? Arthur ? Qui ? Probablement l'un ou l'autre. La réponse à sa question silencieuse ne tarda pas à venir.

Voyant le souverain devant les chevaliers, prêt à mener la prochaine bataille, à prendre la tête de l'assaut, Morgane sauta sur l'occasion. Ses yeux émirent une lumière dorée tandis qu'elle prononçait à voix basse une rapide formule. Le globe flamboyant fonça sur Arthur.

- NON ! Hurla Merlin.

Jamais il n'avait couru aussi vite de sa vie. Sa panique était telle qu'il en oublia totalement la douleur. L'adrénaline pulsait dans ses veines, animait sa magie. Juste avant que la sphère n'atteigne Arthur, Merlin se plaça devant celui-ci et tendit les mains devant lui.

- cabhrú liom i gcoinne tine !

Un bouclier géant apparut, bouclier que le feu heurta de plein fouet. L'onde de choc propulsa Merlin à l'autre bout de la cour. Arthur le vit, avec effroi, percuter brutalement le sol.

- MERLIN ! Hurla t-il en se précipitant vers lui.

Juste au moment où il s'agenouillait près de son corps inerte, Morgane se volatilisa dans une tornade de fumée et le silence revint. Un silence lourd et oppressant. Arthur souleva délicatement le jeune sorcier par les épaules. Son teint était devenu cireux et son pouls était presque inexistant.

- Allez chercher Gaïus, vite ! Dépêchez-vous !

Arthur luttait contre les larmes, contre la panique. Il n'osait pas bouger Merlin, il n'osait pas faire le moindre mouvement de peur d'aggraver son état déjà alarmant. Il ne pouvait que patienter. Pendant des minutes qui lui parurent des heures, il resta là, près de son ami, impuissant, désarmé, à prier pour qu'il s'en sorte.

Quand Gaïus arriva, Arthur poussa un profond soupir de soulagement.

- Gaïus...

Le médecin ausculta rapidement Merlin. Un masque de frayeur déforma soudainement ses traits, creusant les rides de son front.

- Vite, Arthur, emmenez le dans mes appartements, il est au plus mal !

Arthur ne se le fit pas dire deux fois. Les serviteurs et les nobles passaient doucement le pont levis pour regagner la cour, encore secoués par cette attaque inattendue de la part de Morgane, mais personne ne prêta attention au monarque qui, tenant son serviteur d'un geste possessif, traversa la galerie et disparut dans le château. Gaïus ouvrit grand la porte de ses appartements pour lui faciliter le passage. Aussitôt que Merlin fut allongé sur le lit, Gaïus entreprit de le débarrasser de ses vêtements.

- Arthur, dîtes moi exactement ce qui s'est passé !

Ce dernier retraça les grandes lignes de l'heure précédente, passant de sa discussion mouvementée avec Merlin sur le terrain d'entraînement, de sa confrontation avec Morgane dans les quartiers de Gaïus à la bataille qui venait de se jouer.

- Merlin était lucide, Gaïus. Il... Il a réussi à tenir tête au poison, je ne sais pas comment. Il m'a protégé de Morgane, il nous a tous protégés.

- Il a dû utiliser sa magie pour l'y aider. Il n'aurait pas dû..., murmura le vieil homme, inquiet.

- Pourquoi ?

- Merlin a de grands pouvoirs, mais résister au poison comme il l'a fait pourrait le tuer ! Arthur, j'ai besoin d'eau froide et de serviettes. Il faut nettoyer tout ce sang et faire descendre la fièvre de Merlin immédiatement ! Dépêchez-vous, le temps nous est compté !

- Je vais vous chercher ça !

Pendant l'absence d'Arthur, Gaïus fouilla dans ses placards, en quête d'une potion susceptible de plonger son pupille dans un profond sommeil. C'était pour lui le seul moyen de récupérer ses forces. Plus il dormirait, plus vite il se remettrait. En admettant, bien-sûr, qu'il se remette, qu'il trouve l'énergie nécessaire pour combattre la fièvre. Il n'y avait aucune garantie qu'il ouvre les yeux de nouveau...

Quand Arthur revint, il était accompagné de Guenièvre. Celle-ci arborait une mine pensive et tourmentée. Dès que ses yeux marrons rencontrèrent la silhouette de son ami, ils se voilèrent de larmes. Elle sut instantanément que son état était critique. Si elle ne voyait pas sa poitrine se soulever lentement au rythme de ses inspirations et expirations, elle aurait conclu qu'il était mort. Merlin était couvert de sang des pieds à la tête, le visage coloré par un ton terreux.

Habituellement, Guenièvre aurait demandé comment se portait Merlin, s'il allait s'en sortir, si elle pouvait aider, mais à ce moment-là, une vague d'impuissance et de vulnérabilité la submergea. Voir le jeune sorcier dans cet état la bouleversait.

La voix concernée d'Arthur la ramena à la réalité.

- Gaïus, tenez, fit-il en déposant le seau sur un tabouret. Est-ce que je peux faire quelque chose... ?

Arthur affichait un mine troublée, secouée, dévastée. Le spectacle auquel il avait assisté l'avait laissé pantelant.

- Il... Il va s'en sortir, n'est-ce pas ? Ajouta t-il sans laisser le temps au médecin de répondre. Ce n'est pas grave, dîtes ?

Si Gaïus s'était clairement montré chamboulé en pénétrant dans la cour et en découvrant le corps de son fils de cœur, il semblait désormais avoir retrouvé tout son professionnalisme de médecin. Il inspira profondément et annonça d'une voix aussi neutre que possible:

- Merlin est... extrêmement affaibli, Sire. Tout dépend de sa force à lui. Un traitement seul ne suffira pas à le soigner.

- Comment ça ? Vous... vous plaisantez, j'espère ?

- J'aimerais, Sire. Mais Merlin a joué avec le feu en combattant le poison de son plein gré, il a pris trop de risques.

- Merlin est dans cet état parce qu'il s'est battu volontairement contre le poison ? Répéta Guenièvre, incrédule.

- Je le crains. Souvenez-vous, ces trois derniers jours, il ne cherchait pas à retrouver sa lucidité par volonté, c'est le lien qu'il partage avec Arthur qui agissait. La situation est différente aujourd'hui.

Arthur serra les poings. C'était sa faute. Si Merlin s'était forcé à refréner le poison, s'il s'était mis en danger, c'était uniquement parce qu'il voulait tenir tête à Morgane et, par la même occasion, le protéger d'elle. Car c'était bel et bien cela qu'il avait fait en s'interposant sur la trajectoire du sortilège de la prêtresse. Arthur regarda Gaïus essuyer le visage ensanglanté de Merlin dans un état second. Il était retourné plusieurs minutes en arrière, au moment où Merlin avait rejoint Morgane, au milieu de la cour. Il l'avait vu se dresser devant cette dernière et il pouvait affirmer qu'il avait discuté avec elle, mais il n'avait pas entendu ce qu'il disait...

- Tu sais que ça n'aurait servi à rien, clama Perceval en entrant, précédé de Gauvain dont la colère ne passait pas inaperçue.

- Au moins je n'aurais pas eu l'impression d'être inutile !

- Que se passe t-il ? Voulut savoir Arthur.

- Gauvain a voulu se lancer à la poursuite de Morgane, expliqua Perceval, mais je lui ai dit qu'elle devait déjà être loin.

- Cette garce, si je la retrouve, je...

Gauvain termina sa phrase en grommelant un juron. Il avait jeté un coup d'œil à Merlin et, constatant sa santé dégradante, avait commencé à faire les cent pas, les nerfs mis à rudes épreuves.

- Gauvain, Perceval a raison, le calma Guenièvre. Morgane est puissante, elle est capable de disparaître sans laisser de trace.

- Regardez dans quel état il est ! S'écria t-il en pointant Merlin du doigt.

Furieux, Gauvain tourna les talons pour repartir.

- Où vas-tu ? L'interrogea Perceval.

- A la taverne ! J'ai besoin de me changer les idées, là.

- Je vais le suivre, cela vaut mieux.

Perceval inclina légèrement la tête devant les souverains, puis sortit en refermant doucement la porte.

- Je vais rassurer le peuple, s'enquit Guenièvre en posant une main tendre sur le bras d'Arthur. Restez avec Merlin.

- Je ne peux pas... Je dois m'occuper de...

- Je le ferai, ne vous inquiétez pas. Restez près de lui, il a besoin de vous.

Arthur couva son épouse d'un regard reconnaissant et posa un baiser sur son front.

- Je vous remercie, Guenièvre.

La reine lui offrit un triste sourire et quitta les appartements. Arthur prit quelques secondes pour lui, le temps de se remettre les idées en ordre et se redonner une contenance. Savoir que Merlin était entre la vie et la mort l'angoissait plus qu'il ne l'avouerait jamais, même si, au fond, il était certain que sa détresse et son anxiété se voyaient sur son visage. Il savait jouer la comédie devant ses sujets, devant tous ces gens qu'il gouvernait, et qu'il ne connaissait pourtant pas, mais devant ses proches la tâche n'était pas la même. Arthur ne dérangea pas Gaïus qui s'activait auprès de Merlin, et ramena une chaise de l'autre côté du lit, devant la cheminée. Il posa les coudes sur ses genoux et croisa les mains sous son menton, arborant un air grave.

« Tu as plutôt intérêt à te battre, espèce d'idiot, sinon... ».

Sinon quoi ? Arthur ne savait pas. Il était juste terrorisé que Merlin abandonne, qu'il lâche prise alors que sa vie sur terre n'était pas encore terminée.

Arthur n'avait plus qu'à le soutenir et prier.


Alkmar descendit des remparts, du haut desquels il avait pu admirer tranquillement la scène qui s'était jouée dans la cour. Se faire passer pour un garde anodin avait finalement porté ses fruits. Il avait été très étonné de la force dont avait fait preuve Merlin. Résister aussi ouvertement à l'emlevian était impossible, que la victime soit un sorcier ou non. Alkmar était pour ainsi dire choqué que Merlin n'ait pas péri. Après tout, il avait drainé toute sa force vitale durant ces quelques minutes et sa magie ne serait pas un remède à son rétablissement. Néanmoins, Alkmar était sûr qu'il allait s'en sortir. Emrys, le plus puissant sorcier que la terre ait jamais porté, ne pouvait pas mourir comme ça, aussi... bêtement. Non, ça ne pouvait arriver. De plus, il l'avait vu être emmené d'urgence dans les appartements du médecin, il avait donc toutes ses chances de se remettre.

Alkmar traversa la ville basse au milieu de l'agitation ambiante. Les habitants conversaient à tue-tête et l'allié de la prêtresse entendit à plusieurs reprises le nom de Morgane, cependant prononcé à voix basse, comme s'il s'agissait d'un nom maudit à ne surtout pas dire. Personne ne fit attention à lui, ce qui lui permit de pénétrer dans la forêt sans encombre. Il n'eut pas besoin d'aller bien loin pour trouver Morgane. Elle avait repris sa véritable apparence et s'était assise contre le tronc centenaire d'un grand chêne, ses yeux verts perdus dans le lointain.

- Vous avez été tellement assoiffée de vengeance ces derniers temps que j'en avais presque oublié cet air dépité, ironisa t-il.

- Je n'ai guère besoin de tes remarques, rétorqua t-elle, mécontente.

- Allons, Dame Morgane, ce n'est pas la fin du monde.

- Non, c'est celle de mon plan. Je ne comprends pas ! J'avais tout calculé dans les moindres détails ! Pourquoi a t-il fallu que Merlin m'échappe encore une fois ?!

- Vous marquez un point, reconnut-il en s'asseyant près d'elle. Mais je ne pense pas que Merlin soit irrécupérable.

- Explique toi, le somma t-elle, intéressée.

Alkmar attrapa un bâton et s'amusa à dessiner des figures géométriques dans la terre. Morgane se retint de lever les yeux au ciel. Elle avait vraiment du mal à comprendre le caractère de cet homme.

- Je me suis placé en haut des remparts, comme vous me l'aviez demandé. J'ai bien observé la situation et, vous pouvez me croire, Merlin n'est pas perdu.

- Continue.

- Je pense que c'est Arthur Pendragon qui est à l'origine du changement de notre cher sorcier. Réfléchissez. Merlin allait très bien en notre compagnie. Tant que nous le surveillions et que nous étions près de lui, il obéissait au doigt et à l'œil. Mais vous l'avez perdu il y a cinq jours. Si Merlin était à Camelot durant ces cinq jours, il a pu se passer pleins de choses. Il a été au contact de son ancienne vie, sa vraie vie, et, d'après ce que j'ai pu voir, il semble être très proche d'Arthur. C'est peut-être cela qui l'a influencé et l'a aidé à combattre le poison.

- Ça aussi, je ne le comprends pas..., soupira Morgane. Pourquoi mon cher frère ne l'a t-il pas tué ? Il doit être plus attaché à Merlin que je ne le pensais.

- Vous l'avez beaucoup trop sous-estimé. Au lieu de tuer Merlin, Arthur essaie par tous les moyens de l'aider. C'est... inattendu.

- Peu importe ! Déclara sèchement Morgane, la colère avivant ses as dit que Merlin n'était pas perdu. Comment pourrions-nous le ramener ?

- Si son cœur et son esprit ont été... adoucis grâce à Arthur Pendragon, si sa conception de cet homme a changé, il faut briser cette conception.

- Comment ?

- L'état actuel de Merlin gravite autour d'Arthur. L'idée est simple. Il suffit de décrédibiliser Arthur. Il faut qu'il commette un acte impardonnable, quelque chose qui poussera Merlin à fuir Camelot et à revenir vers nous.

- Tu as quelque chose à proposer ?

Pour toute réponse, Alkmar lui envoya un sourire mauvais et sournois. Bien qu'il l'ait libérée des griffes du Sarrum, Morgane avait eu quelques difficultés à lui accorder sa confiance et à oser l'appeler « allié ». Depuis son enfermement, elle se montrait d'une méfiance implacable. Mais, à cet instant, elle le sentait plus sincère que jamais. Elle se rapprocha de lui et murmura d'un ton chafouin:

- Je t'écoute.

J'espère que ce chapitre vous a plu ! :) Laissez une petite review juste en dessous, votre avis m'intéresse ^^

A très bientôt mes chers lecteurs !