JE SUIS ENFIN DE RETOUR ! Hm... Excusez-moi, je voulais dire... Je suis de retour ( pour vous jouer un... ok je me tais ! ) avec le chapitre 10. Comme je vous l'ai dis précédemment, j'ai été très occupée, ce pourquoi je n'ai pas pu écrire à ma guise. Enfin bref, je suis revenue et j'espère que ce nouveau chapitre vous plaira ! :)
Je remercie tahury, un guest dont je n'ai malheureusement pas le nom, Sieba972, Le Poussin Fou, fandemerlin et Black-Tulipe pour leurs reviews absolument merveilleuses ! :D Un grand merci également à Alissa21 pour avoir ajouté cette histoire à ses favoris et à Padmarosa pour être la 12ème à la suivre ! :3 J'espère que je n'oublie personne...
Comme vous vous en doutez, je n'ai aucun droit sur la série Merlin, qui appartient à la BBC.
Allez, j'ai fini de blablater. Bonne lecture, mes très chers ! :)
Chapitre 10: Aveux...
( The imitation Game Soundtrack – Alone with Numbers )
Malgré deux jours de repos complet, Merlin n'avait pas ouvert les yeux une seule fois. Gaïus lui avait administré plusieurs potions aptes à apaiser sa douleur, mais elles ne l'avaient en aucun cas aider à combattre la fièvre et le délire qui s'était emparé de lui quelques heures après son combat contre Morgane. Merlin n'arborait peut-être plus ce teint cireux et ne crachait plus de sang, mais cette légère amélioration ne laissait en rien présager qu'il se remettrait. Il n'y avait aucune certitude que ses autres symptômes, violents et ardents, ne finiraient pas par l'emporter vers la mort. Gaïus avait usé de magie, son véritable dernier espoir, sans obtenir de résultat glorieux. Il était impuissant. Lui qui avait souvent réussi à dénicher des remèdes miracles ou des réponses renfermées dans de vieux manuscrits, là, pour celui qu'il considérait comme son fils, il n'avait aucun moyen d'agir. Ses connaissances en médecine, l'amour qu'il avait transféré à travers sa magie, rien ne fonctionnait. C'est avec beaucoup de difficulté que Gaïus partait dans la ville basse chaque jour pour effectuer sa ronde habituelle et visiter ses patients. Il craignait de trouver le corps de son pupille raide, cadavérique, glacé par la mort, à son retour au château.
- Sire, si vous avez besoin de quoi que ce soit, si Merlin se réveille...
- Je vous fais appeler, vous avez ma parole, répondit Arthur en s'asseyant près de Merlin.
Gaïus prit sa sacoche, jeta un dernier regard à son fils de cœur et quitta ses quartiers, le cœur lourd, enserré par l'anxiété. Après l'avoir regardé partir, Arthur resta un moment le regard fixe, perdu dans un autre monde, flou et obscur. C'est lui qui avait tenu à prendre la relève lors des absences de Gaïus l'après-midi. Il avait fait en sorte de rester libre à cette période de la journée en établissant un emploi du temps stratégique. Conseils, audiences, séances d'entraînement, paperasses, le tout était traité sur une durée d'une matinée. Arthur avait sommé Georges de le réveiller très tôt pour qu'il ait le temps nécessaire afin de toute faire. Guenièvre venait le seconder ensuite. Elle se montrait d'une attention et d'une douceur sans pareille, allégeant un peu le cœur de son époux lorsque celui-ci avait besoin de parler, de se confier, de partager ses angoisses et cette soudaine solitude qui l'habitait... Si Merlin devait rester inconscient encore une, deux, trois semaines, peu importe, Arthur respecterait son emploi du temps à la lettre.
Il secoua la tête pour sortir de ses songes éveillés et reporta son attention sur son ami. Merlin bougeait fréquemment la tête, comme s'il nageait en plein cauchemar, mais Gaïus lui avait expliqué qu'il ne s'agissait là que du délire qui le harcelait. Parfois, Merlin se mettait à murmurer des choses, des noms... notamment ceux de Morgane et Arthur. Il disait l'un, puis l'autre, puis l'un, puis l'autre. Cet étrange mantra donnait à Arthur l'impression que son nom et celui de sa sœur se battaient en duel pour savoir qui l'emporterait dans l'esprit de Merlin. Il en avait eu des frissons, au début. Il avait également entendu les prénoms de Freya et de Balinor. Freya lui était inconnu, mais il connaissait celui de Balinor. C'était le dernier seigneur des dragons, mort plusieurs années auparavant, alors qu'il accompagnait le prince et son valet à Camelot. Arthur se souvenait des larmes de Merlin, de son expression dévastée en voyant le corps inerte de Balinor... Il avait respecté son chagrin, sans pour autant le comprendre. Merlin avait-il pleuré car il pensait le peuple de Camelot condamné ou parce que Balinor n'était pas qu'un simple seigneur des dragons à ses yeux ? Et si Merlin, étant un sorcier, avait un lien avec Balinor ? Et si ce lien était la raison pour laquelle un dragon lui avait porté secours ? Arthur aurait pu demander les réponses à Gaïus, mais il voulait les entendre de la bouche de Merlin. Pas avant, pas autrement.
Arthur posa sa main sur le bras brûlant du jeune sorcier et se servit de l'autre pour mettre une serviette gelée sur son front.
- S'il te plaît, Merlin... tu n'as pas le droit d'abandonner. Tu vas ouvrir les yeux, c'est... c'est un ordre. Je te préviens, si tu ne m'obéis pas très vite, je te renvoie ! Tu ne seras plus mon valet, je trouverai quelqu'un de plus compétent que toi !
Bien-sûr, comme il s'y attendait, Merlin resta muet, endormi. Arthur baissa la tête, déçu, frustré par ce silence qui durait, durait et durait.
- Je t'en prie...
La porte des appartements s'ouvrit soudain, laissant une brise fraîche s'infiltrer à l'intérieur. Arthur passa ses mains sur son visage dans un geste d'agacement et se leva. Un garde apparut alors à l'entrée et l'arrêta en levant les mains devant lui.
- Laissez, Sire, je m'en charge, lui dit-il.
- Non, attendez !
L'homme, qui avait clairement l'intention de refermer la porte, dévisagea le monarque et demanda:
- Sire ? Il y a un problème ? Vous avez besoin de quelque chose ?
- Que faîtes-vous ici ? Demanda Arthur, suspicieux. J'ai rarement vu des gardes arpenter ce couloir.
L'homme eut un léger sourire. Il relâcha la poignée et adopta une posture droite et digne.
- Le médecin m'a abordé dans la cour. Il m'a demandé de me poster devant ses appartements et de le prévenir si son pupille venait à se réveiller.
- Bonne initiative, approuva Arthur, songeur.
Le soldat acquiesça d'un vague hochement de tête et se courba respectueusement.
- Attendez ! L'arrêta une fois de plus Arthur, comprenant qu'il était sur le point de sortir.
- Oui, Sire ?
- Quel est votre nom ?
- Alkmar, Sire.
- Vous pouvez... Venez vous asseoir, je vous prie, l'invita Arthur d'un ton amical.
Alkmar fronça les sourcils, visiblement interloqué. Il referma la porte et alla prendre place en face du roi de Camelot, de l'autre côté de Merlin. Il évita très soigneusement de poser les yeux sur ce dernier et attendit qu'Arthur se décide à prendre la parole. C'était lui, le roi. C'était à lui de parler le premier.
- Depuis combien de temps êtes-vous à Camelot ?
- Seulement quelques semaines.
- Vous ne connaissez pas beaucoup Merlin, alors, soupira tristement Arthur.
- Je connais sa réputation.
- Merlin a une réputation ? S'étonna Arthur, amusé.
- J'entends beaucoup de choses. Les habitants du château et de la ville basse ont l'habitude de voir Merlin à vos côtés. Tous les deux... vous êtes comme une paire. Merlin était très apprécié, vraiment, lui assura Alkmar.
- Était ? Souligna Arthur.
- Eh bien...
Alkmar s'adonna au jeu de « j'hésite-pour-rester-dans-le-rôle », comme tout bon garde doit, généralement, s'y adonner s'il ne tient pas à donner l'air d'être trop direct et indiscipliné. Il baissa la tête et gesticula un peu sur son siège, apparemment mal à l'aise.
- Vous pouvez parler, l'incita Arthur.
- C'est-à-dire que... Depuis que tout le monde connaît... sait qui il est vraiment, Merlin est vu comme une menace. Les gens pensent qu'il vous a ensorcelé.
- C'est absurde ! S'exclama Arthur en secouant la tête, dépité. Merlin a prouvé la véracité de sa loyauté envers moi il y a deux jours. Si ses intentions étaient mauvaises, s'il se servait de moi, il ne se retrouverait pas sur ce lit, entre la vie et la mort !
Alkmar scruta discrètement Arthur. Il sentait une réelle détresse chez ce dernier, une vive inquiétude, pas une inquiétude feinte, composée par un masque, pas une comédie, non, une véritable inquiétude, sincère et profonde, mêlée à un attachement simple et touchant. Depuis qu'il avait vu ses parents se faire engloutir par les flammes du bûcher, sur ordre d'Uther Pendragon, Alkmar avait appris à voir pour croire. Il n'avait jamais accordé sa confiance et son amitié à quelqu'un depuis ce jour funeste qui le hantait encore. Il avait appris à vérifier les choses par lui-même et à se méfier en toutes circonstances. Seule Morgane avait droit à sa sympathie et lui inspirait de la compassion. Il avait vécu avec elle, il l'avait observée pendant des mois. Bien-sûr, il n'était pas comme elle, aveuglé par la haine et la vengeance, il ne l'approuvait pas sur tout, mais il savait qu'elle seule était en mesure de lui apporter ce qu'il recherchait vraiment: la liberté de leur race, la reconnaissance de la magie.
Enfin ça, c'était avant.
Avant qu'il entre dans ces appartements, avant qu'il discute avec Arthur, cet homme qu'il avait toujours maudit, cet homme qu'il savait suivre les traces de son tyran de père, cet homme qu'il avait vu agir comme Uther, avant qu'il soit confronté à ses faiblesses et qu'il tienne cette discussion avec lui, une discussion qu'il qualifiait de « cœur ouvert ».
Arthur semblait... différent.
- J'ai pensé à... j'ai réellement pensé à..., bredouilla ce dernier, confus.
- A quoi... Sire ?
- A rétablir la magie.
Alkmar dut se mordre la lèvre inférieure pour ne pas laisser paraître son trouble, cette incompréhension, ces interrogations qui l'envahissaient brutalement.
Oui, il y avait définitivement quelque chose de différent, d'unique, chez Arthur.
- Mais ça risque d'être difficile, poursuivit le souverain, la gorge nouée. Les habitants de Camelot mettront du temps à accepter Merlin. Et rien ne garanti qu'ils finiront par accepter la magie.
- Et vous, Sire ? Si je puis me permettre... quelle est votre opinion au sujet de la magie ?
Arthur posa son regard sur Merlin, toujours endormi, toujours murmurant, toujours délirant. Il prit le temps de rassembler ses pensées pour les formuler sous forme de mots, pour être certain que son interlocuteur le comprendrait.
- Je sais que Merlin n'est pas mauvais, alors je me demande...
- Vous vous demandez... ?
- Est-il le seul ? Me suis-je trompé sur les sorciers ?
Alkmar allait de surprise en surprise. Arthur doutait. Il l'avait pourtant vu se comporter comme Uther, décimer des familles en tuant les membres qui avaient la malchance d'appartenir à la classe « sorciers », il l'avait vu ! Comment Arthur avait-il pu changer en si peu de temps ? Pourquoi tenait-il ce genre de discours ? Alkmar osa finalement accorder un tant soit peu de son attention à Merlin et s'attarda quelques instants sur son visage souffrant...
« Est-ce vrai, alors ? Ce que Lamira m'a toujours dit au sujet d'Emrys... est-ce vrai ? ».
- Parfois, il faut voir pour croire, répondit-il alors.
- Vous, Alkmar... que pensez-vous ?
- Je... Je pense que nous ne connaissons jamais réellement les gens, qu'ils soient des inconnus ou des proches. La vision que nous avons sur certaines choses peut basculer à tout moment.
- Je...
Arthur fut coupé dans son élan lorsque Merlin agrippa brusquement son bras et le serra très fort, si fort au point que ses jointures en devinrent blanches. Il bougea la tête de droite à gauche et battit furieusement des paupières, comme pour échapper à l'emprise tenace d'un cauchemar.
- Allez chercher Gaïus, vite !
Alkmar se précipita à toute allure vers l'entrée et disparut dans le couloir.
( Pandora Hearts – Preparation )
L'obscurité.
Voilà tout ce que Merlin distinguait à des kilomètres à la ronde. Il avait beau se retourner, baisser la tête, lever la tête, regarder dans tous les sens, rien n'y faisait. Les ténèbres qui l'encerclaient semblaient décidés à le garder prisonnier encore un bon bout de temps. Merlin fit le geste de lever la main et essaya de faire apparaître une boule lumineuse pour s'éclairer. Cela non plus n'eut aucun effet. Sa magie était inutile.
- Surtout... ne pas paniquer !
Merlin posa le pied devant lui, heureux de sentir une surface dure, bien qu'il ne la voyait pas.
- Arthur ? Vous... vous êtes là ? Est-ce qu'il y a quelqu'un ?
Le silence. Un silence pénétrant, glacial, menaçant. Merlin n'entendit que l'écho de sa propre voix lui revenir. Il fit un deuxième pas, plus hésitant que le premier.
- Hé oh !
D'accord, là, il devait avouer qu'il commençait à paniquer. Sans lumière, sans magie, sans aide, il se sentait désarmé et vulnérable. Comme s'il était bloqué dans un autre monde, un monde vide de toute présence autre que la sienne.
- Arthur..., murmura t-il, pitié, répondez-moi...
Je suis heureux que tu sois... Quelques fois je pense bien te... Cette fois tu es allé trop... Mon père m'a consigné dans... Tu m'as montré que... Tu es mon fils, et j'en ai vu assez pour savoir que... Cette tâche doit être... Tu n'as pas de pouvoirs magiques, Merlin... Je n'ai nulle envie de... Merlin, je suis Alator le Catha, je...
- Qu'est-ce que c'est ? S'écria Merlin, dérangé par ces voix entremêlées et incommodantes.
Il entendait des paroles hachées, incohérentes, des voix successives, des phrases qui ne se terminaient pas. Qu'était-il censé comprendre ? Quelle était la signification d'un tel phénomène ? Merlin fit de gros efforts pour refréner son anxiété et releva la tête afin de se concentrer au maximum. Peut-être qu'il devait justement prêter une oreille attentive à ces voix s'il voulait réussir à les déchiffrer.
Je suis heureux que tu sois là, Merlin... Quelques fois je pense bien te connaître... Cette fois tu es allé trop loin... Mon père m'a consigné dans mes appartements... Tu m'as montré que j'ai été aimée... Tu es mon fils, et j'en ai vu assez pour savoir que tu me rendras fier de toi... Cette tâche doit être accomplie en solitaire... Tu n'as pas de pouvoirs magiques, Merlin, tu ne saurais comprendre quoi que ce soit... Je n'ai nulle envie de perdre un autre ami... Merlin, je suis Alator le Catha, je suis très honoré...
- Arthur... Freya... Père... Morgane..., souffla t-il, les larmes aux yeux. Vous êtes là ? Il y a quelqu'un ?
Les voix se turent. Merlin resta silencieux pendant un bon moment, priant pour les entendre à nouveau, souhaitant désespérément pouvoir communiquer avec elles et trouver une porte de sortie à ce rêve, ce cauchemar, cette introspection incompréhensible. N'ayant aucune notion du temps à laquelle se rattacher, Merlin eut la vague sensation que plusieurs minutes s'étaient écoulées, mais c'était plutôt une déduction intuitive,... sans aucun changement apparent. Il marcha prudemment devant lui, en quête d'une source lumineuse, n'importe quoi qui le guiderait.
Tu ne t'en rends pas compte, mais Morgane te manipule ! Elle joue avec ton esprit, c'est à cause d'elle que tu es comme ça !
Tu n'as pas pensé qu'il pouvait te mentir pour gagner ta confiance ? Tu n'as pas imaginé qu'il pouvait te monter contre moi ?
Tu n'as pas à avoir honte de pleurer, Merlin.
Arthur est comme Uther. Il te voit comme un jouet, comme un atout à utiliser dans son combat contre la magie.
C'est toi qui a besoin de nous, pas l'inverse.
- Arthur, Morgane, Arthur, Morgane, Arthur, Morgane, Arthur, Morgane...
Merlin tomba à genoux, les mains plaquées sur ses oreilles. Non, il ne voulait plus les entendre, il ne voulait plus ressentir ce qu'il ressentait. La haine, puis l'amitié. La colère, puis le bonheur. La rancœur, puis la reconnaissance. Son cœur et sa tête lui faisaient mal, si mal, il voulait que ça s'arrête. Il voulait tuer Arthur, mais aussi Morgane. Il voulait protéger Arthur, mais aussi Morgane. Il souhaitait la même chose pour l'un comme pour l'autre, il éprouvait la même chose pour l'un comme pour l'autre. Comment ? Pourquoi ? Arthur et Morgane étaient si différents...
Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond, chez lui ?
- A l'aide... Arthur, Morgane... Pitié... aidez-moi...
Merlin s'allongea sur le sol invisible, recouvert par ce même manteau noir, et se recroquevilla sur lui-même. Les voix s'étaient intensifiées, poussant la cruauté à pénétrer directement dans son esprit, frottant la moindre parcelle de sa peau, le faisant trembler, accentuant sa peur et sa détresse...
- QUE QUELQU'UN M'AIDE !
- Sire, que se passe t-il ? Demanda Gaïus en entrant dans ses appartements.
- Je crois que Merlin veut se réveiller, mais qu'il n'y arrive pas, relata Arthur.
Le jeune sorcier s'accrochait au bras de son maître avec l'énergie du désespoir, refusant catégoriquement de lâcher prise. Arthur avait essayé de le réveiller, de le calmer, mais rien n'avait abouti. Son bras s'était engourdi et Merlin se montrait trop têtu pour le laisser partir.
- Merlin, réveilles toi ! Lui ordonna Gaïus en tapotant ses joues pour le stimuler.
Son pupille continua de remuer la tête et d'écraser le bras d'Arthur entre ses doigts, mais ne montra aucun signe prouvant qu'il allait obéir. Plus le choix. Gaïus s'empara d'une fiole à l'odeur aigre et nauséabonde, leva légèrement la tête de Merlin et mit le flacon sous son nez. La réaction fut immédiate.
Merlin se redressa en sursaut et toussa pour évacuer la senteur fétide qui s'était glissée dans sa bouche.
- Merlin ?
Il rencontra les yeux azurés d'Arthur, luisant d'inquiétude, puis ceux du médecin, plus graves, plus profonds. Tous les deux l'observaient, incertains quant à ce qu'ils pourraient dire.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? S'enquit Merlin, la voix enrouée.
- Tu es resté inconscient deux jours après avoir combattu Morgane, lui expliqua calmement Arthur en massant son bras libéré.
Merlin afficha alors une tête horrifiée et se laissa retomber lourdement sur le matelas.
- Quoi ? Fit le souverain, alarmé. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne t'en souviens pas ?
- Si... mais... ce n'est pas la seule chose dont je me rappelle...
Arthur s'attendait à ce que Merlin lui parle de Freya et Balinor, qu'il lui fasse part du tumulte dont il avait été victime tandis qu'il délirait et qu'il lui fournisse quelques explications sur le comment du pourquoi. Néanmoins, il n'avait pas prévu ce qui allait suivre.
- Je me souviens de cette nuit-là... quand... quand je suis sorti des donjons. Et aussi... je sais ce qui s'est passé la nuit où j'ai cru faire une insomnie.
- Celle où tu me disais avoir mal dormi ? Voulut savoir Gaïus, les sourcils froncés.
- Oui. Je ne vous en ai pas parlé, mais... je n'avais aucun souvenir de ce qui s'était passé entre mon réveil au milieu de la nuit et le moment où je me suis rendormi. Et... c'est juste après cette nuit que j'ai commencé à avoir des flashs.
- Des flashs ? Répéta Arthur.
- Je sais ce qu'ils veulent dire, maintenant.
Arthur soupira gravement et passa une main dans ses cheveux. Il ne comprenait rien à cette histoire de flashs et se demandait en quoi ces souvenirs, apparemment très récents, allaient les aider de quelques manières. Il se cala sur sa chaise et croisa les bras.
- Très bien, je t'écoute.
Merlin dévisagea le monarque, étonné de son empressement, mais ne dit mot. Il attendit que Gaïus prenne un siège à son tour avant de commencer son récit.
- Alors, voilà ce qui s'est passé...
( Mogwai – Hungry Face )
« Merlin avait le sommeil léger, cette nuit-là. Il se tournait et retournait dans son lit, écoutant distraitement le craquement des braises de la cheminée dans la pièce principale. Soudain, il entendit le bruit caractéristique d'une chaise que l'on déplace. Il devait s'agir de Gaïus. Merlin savait que son tuteur était parti d'urgence dans la ville basse suite à la chute d'un homme qui réparait le toit de sa maison. Pourtant, quand il perçut le grincement de la porte de sa chambre, Merlin ouvrit à demi les yeux. Il n'était guère dans les habitudes du médecin de le « déranger » en pleine nuit, sauf quand la situation l'y obligeait. Le jeune sorcier entendit des pas résonner sur le plancher et venir lentement dans sa direction. Non, ce n'était pas Gaïus. Celui-ci avait une démarche plus douce, plus discrète. Quelque chose n'allait pas. Il y avait un intrus. Merlin alluma la bougie d'un geste de la main et se leva, aussitôt sur le pied de guerre, prêt à frapper celui ou celle qui osait l'importuner.
- Vous !
Il s'agissait du serviteur qu'il avait surpris derrière la tapisserie, le matin où Arthur donnait un conseil sur la sécurité du royaume, c'est-à-dire environ deux jours auparavant. L'homme ne parut pas le moins du monde déstabilisé d'avoir été pris en flagrant délit. Il tenait dans une main les foulards de Merlin et de l'autre une fiole.
- C'est vous qui étiez dans les appartements d'Arthur hier matin. Vous avez essayé de voler les plans des tunnels.
- En parlant de ça, je dois te remercier, Merlin. Ou devrais-je dire... Emrys.
Merlin sentit des frissons d'horreur le parcourir.
- Comment connaissez-vous mon identité ?
- Je ne manque pas de logique. J'ai compris que quelqu'un d'autre se trouvait dans les appartements d'Arthur Pendragon, alors j'ai attendu que cette personne sorte. Quand je t'ai vu, toi, le serviteur de sa majesté, j'ai tout de suite compris qui tu étais. Ce n'étais pas difficile. Tu es le seul à être proche d'Arthur, le seul à toujours interférer dans les plans de Dame Morgane et tu es celui qui a utilisé la magie pour tenter de m'effrayer.
- Morgane ?! Vous... Vous...
- Oui, je suis au service de Morgane Pendragon, en effet.
Merlin devint blanc comme la mort. Morgane savait.
Elle savait.
- Non...
- Oh, je suis navré de te l'annoncer aussi brusquement, plaisanta sombrement Alkmar.
- Qu'aviez-vous prévu de faire avec cette fiole ? Demanda Merlin, tâchant de garder le contrôle de ses émotions.
Alkmar zieuta rapidement le flacon encore plein et répondit:
- Dame Morgane a eu la brillante idée de se servir de toi. Tu vois, ça ? Dit-il en désignant le liquide transparent. Il s'agit d'un poison qui te fera perdre toute trace de celui que tu es. Tu ne verras plus que par Morgane. Elle deviendra la personne la plus importante pour toi, la seule que tu pourras croire, ton existence tournera autour d'elle.
Le temps que les explications fassent le tour dans l'esprit de Merlin et qu'il comprenne l'étendu de ce prochain acte de la part de la prêtresse, il était trop tard. Alkmar avait profité du choc des dernières révélations pour lancer le sortilège. Une intense lumière blanche jaillit de ses paumes et heurta Merlin en pleine poitrine. Il s'écroula sur le sol comme une poupée de chiffon. ».
- Cette voix, cette silhouette noire et cette lumière blanche que je voyais dans mes flashs... c'était cet homme, termina Merlin, la tête baissée, honteux. J'aurai dû être plus vigilant.
- Il a dû te déposer sur ton lit puisque tu dormais paisiblement quand je suis rentré, ajouta Gaïus. Le sortilège qu'il a utilisé a dû t'effacer la mémoire. Les sons et les images que tu voyais n'étaient que des bribes de souvenirs.
- Il voulait sauver les apparences, comprit Arthur. Et qu'en est-il de la nuit où... où tu t'es échappé des donjons ?
- Oh... Eh bien...
« Il avait mal. Tellement mal. Il avait l'impression que quelqu'un appuyait un fer chauffé à blanc sur son cœur et son front.
Il voulait crier, hurler, appeler à l'aide. Mais il faisait nuit et il était emprisonné dans les donjons. Les soldats qui montaient la garde ne se déplaceraient pas pour le secourir. Peut-être que si, en fait. Après tout, Merlin était le serviteur d'Arthur, très proche de celui-ci qui plus est. Il avait été mis au donjons par manque de discipline, mais cela ne voulait pas dire qu'il fallait le faire payer en le laissant agoniser.
Pourtant, même avec ce constat en tête, Merlin refoula son envie d'être aidé. Quelque chose l'en dissuadait. Quelque chose n'allait pas.
Les flashs.
Ils se firent plus présents, plus tenaces, plus diaboliques. La voix se transformait pour créer des mots. Sur la silhouette noire se dessinaient des contours. La lumière blanche était plus vive.
Le souvenir s'imposa brutalement à lui. Ça y est. Il comprenait. Il se rappelait. Cet homme, cet intrus, qui voulait l'empoisonner, qui travaillait pour Morgane. Oui, il revoyait très clairement la scène. Voilà d'où résultaient son comportement, ses sentiments et ses pensées contre Arthur et ses proches, voilà pourquoi il ressentait une telle haine, une telle... envie de meurtre. C'était Morgane et son maudit poison qui l'y incitaient, qui contrôlaient son esprit.
Merlin comprenait tout.
Vite. Il devait prévenir Gaïus. Lui seul serait en mesure de trouver un remède, de déjouer le poison, de lui rendre son état normal. Merlin se remit sur ses jambes en prenant appui sur le mur pour garder son équilibre. Grâce à sa magie, il pouvait sentir le poison au tréfonds de son cœur et de son cerveau, envahissant son être entier, cherchant à refaire surface. Savoir cela le répugnait en même temps que le terrorisait. Il ne devait pas le laisser faire. Il devait tenir. Merlin utilisa sa magie pour refréner l'élan destructeur, virulent, du poison. Toutefois, son geste eut une conséquence qu'il n'avait pas imaginé. Une violente nausée le prit et il se mit à vomir du sang.
- Non... pas ça...
Il savait, pour avoir vu Gaïus exercer de multiples fois et l'avoir suivi dans ses tournées, que cracher du sang était un signe inquiétant. Mais Merlin se rassurait en se disant qu'il s'agissait probablement du contre-coup de sa magie... Il ne voyait pas d'autres explications. C'était parce qu'il résistait au poison.
Il se plaça devant la porte de sa cellule et chantonna une rapide formule qui, en passant, le vida d'une grande partie de ses forces. Les gonds cédèrent dans une pluie d'étincelles et la porte s'écrasa sur le sol, rameutant les gardes postés à l'entrée des donjons.
- Pas un pas de plus ! Comment as-tu... ?
Ils n'eurent guère le temps de terminer leur phrase qu'une force invisible les éjecta contre le mur et leur fit perdre connaissance. Merlin avait fermé les yeux par précaution, tenant à éviter qu'ils remarquent la lueur dorée de ses prunelles. Il espérait les avoir suffisamment étourdis afin qu'il ne puisse témoigner contre lui.
- Désolé..., murmura t-il en crachant encore plus de sang.
Il rampa lentement, faisant doucement un pas après l'autre, laissant sur son passage des flaques pourpres inquiétantes. Sa tête tournait, sa respiration était faible et précipitée. Il avait si mal... Jamais encore il n'avait ressenti une telle douleur. Mais il devait la supporter. C'était sa seule chance de parler à Gaïus. Le bon côté des choses, c'est qu'il s'était occupé des gardes tellement vite que ces derniers n'avaient pas eu le temps d'appeler du renfort. Le château était plongé dans le calme de la nuit. Grâce à cela, Merlin atteignit la cour sans encombrement. Le sang le suivait. Il traçait son chemin sur les pavés et sur le sol de la galerie. Le jeune sorcier avait la gorge en feu et le visage et les mains baignés par le sang. Lorsqu'il arriva en vue des appartements de son tuteur, un certain apaisement l'envahit, suivi d'une étincelle d'espoir. Gaïus trouverait un moyen de le libérer. Il en trouvait toujours un. Merlin posa sa main couverte de ce même liquide rouge sur le bois de la porte et entra.
- Gaïus...
Ses yeux s'immobilisèrent instinctivement sur le lit. Il était vide. Même la sacoche du médecin avait disparu. Il devait être parti en urgence dans la ville basse...
- Non... Pitié, non...
Merlin s'avança un peu, mais trébucha contre une chaise qu'il emmena avec lui dans sa chute. Il se redressa, mis ses bras sur la table en guise d'appui, mais aucune force ne l'aida à se remettre debout. Il tomba sur le dos, renversant des objets divers comme des plantes ou du papier.
Désespéré, sentant le poison reprendre le contrôle, Merlin se mit à pleurer. Il se sentait sale, pitoyable, seul, tel un enfant abandonné, au bord du gouffre. Ses pensées dévièrent sur cet homme mystérieux qui travaillait pour Morgane, cet homme qui était en train de détruire ce qu'il s'était efforcé de construire pour accomplir sa destinée et protéger Arthur. Il le revit lui balancer sur son air nonchalant et cruel le plan de la prêtresse, il le revit serrer dans sa main ses foulards et le poison...
Attendez.
Ses foulards et le poison. Était-il possible que... que ce poison soit d'une nature différente ? Qu'il agisse par le biais d'une matière ? Et si c'était ça, la nouvelle idée sournoise et sadique de Morgane ?
Merlin détacha son foulard rouge et le jeta. Bientôt, le poison le reprendrait, l'emmènerait à nouveau dans cette même noirceur, cette obscurité, ce vide oppressant. D'une minute à l'autre, il perdrait pied. Il devait prévenir Arthur avant qu'il ne soit trop tard. Si Gaïus était absent, Arthur restait sa seule et dernière chance. Mais comment ? Traverser le château n'était pas une option envisageable, il ne tiendrait pas aussi longtemps... Merlin s'essuya la bouche avec sa manche et laissa retomber son bras contre des feuilles éparpillées autour de lui... et la solution lui apparut.
Il chercha une plume et un encrier, puis s'empara d'un papier inutilisé.
- Arthur, je suis en danger. Je viens de comprendre qu'il faut que je rejoigne Morgane.
Les mots défilaient tous seuls sous la pointe de sa plume, et même si le sang et les larmes ajoutaient leur grain de sel, Merlin n'y prêtait pas attention. Seul tenir Arthur au courant lui importait.
- … ne pensez pas différemment de moi...
En écrivant ces mots, Merlin éclata définitivement en sanglots. Il ne savait pas de quelle manière Morgane allait l'utiliser, mais il y avait de fortes chance pour qu'Arthur découvre la vérité dans les prochains jours... Si cela arrivait, jamais Merlin ne pourrait se pardonner. S'il osait agir comme Morgane ou faire du mal à Arthur, il ne pourrait plus se regarder dans un miroir. Rien que de penser à celui qu'il allait devenir, la culpabilité jaillissait, enserrait son cœur.
- … je vous implore de me pardonner.
Cette dernière phrase fut la plus difficile à noter... »
- Et puis... je suis parti retrouver Morgane...
Un silence de mort s'installa dans la pièce. Arthur était retourné, complètement retourné. Merlin avait traversé une si lourde épreuve, exactement comme ce qui s'était passé dans la cour du château, lors de sa confrontation avec Morgane.
- Arthur..., reprit Merlin, la gorge nouée par les sanglots. Je suis lucide en vous disant cela... mais ça ne durera sûrement pas... le poison est toujours en moi, il bouge, il me cherche.
- Nous ferons ce qu'il faudra pour t'en débarrasser, lui assura le monarque d'un ton neutre.
Arthur affichait un visage grave et dur. Ses traits semblaient sculptés dans du marbre. Merlin avait remarqué ce changement lorsqu'il avait abordé la partie de la lettre et, principalement, le moment où il parlait implicitement de son secret... Il sentait le souverain tiraillé par cette découverte, ce qui n'était guère étonnant. Merlin n'avait jamais souhaité qu'il découvre la vérité de cette façon, il avait été tellement impitoyable, méchant et sec envers lui. Il lui avait mené la vie dure depuis son retour à Camelot. Son attitude était déplorable. Employer les mots « honte » et « remord » serait un euphémisme pour décrire ce qu'il ressentait réellement.
Du fait qu'Arthur ne soit pas le genre d'homme à se confier, Merlin se posait des tas de question. S'il échappait au poison, si tout rentrait dans l'ordre, aurait-il encore une place près d'Arthur ? Quelle punition allait-il recevoir ? Comment Arthur le verrait-il ? Finirait-il par lui pardonner ? Le mettrait-il de côté ? Et lui-même, aurait-il le courage de reprendre une vie normale ? La culpabilité le rongeait. Il ne parviendrait jamais à se pardonner. Mais... malgré cela... il le ferait. Il continuerait à protéger Arthur, peu importe ce qui adviendrait dans le futur. Il le protégerait jusqu'à son dernier souffle.
- Arthur... je... je suis dé...
- Te souviens-tu d'autres choses ? Le coupa Arthur d'une voix blanche.
- Euh..., fit Merlin, hésitant.
- Pendant ton sommeil, tu délirais. Tu as parlé de Balinor et de quelqu'un qui s'appelle Freya.
Merlin secoua la tête, attristé. Il savait qu'il devait profiter de sa lucidité et d'avoir la maîtrise sur ses souvenirs pour se confier, mais ressasser les fantômes de Balinor et Freya était très douloureux...
- Bon, nous en parlerons une autre fois, quand tu auras définitivement éliminé le poison, trancha Arthur.
- Sage décision, Sire, répondit Gaïus à la place de son pupille. Pour le moment, Merlin a besoin de repos.
Le médecin avait remarqué la tension entre les deux hommes, surtout chez Arthur qui se montrait plutôt rude à l'égard de Merlin. Écourter la conversation était pour le moment la meilleure solution.
- Je reviendrai te voir plus tard.
Et sur ces mots, Arthur quitta la pièce. Il fit quelques pas dans le couloir et s'adossa au mur, prenant une grande bouffé d'oxygène. Il n'aurait pas dû être aussi distant et ferme avec Merlin. Tout ce qui était arrivé n'était nullement sa faute. Il avait plus besoin d'indulgence et de compréhension que d'être confronté à des reproches. Arthur s'était fait un sang d'encre pour lui durant les deux derniers jours et s'était comporté avec beaucoup d'attention... et pourtant... la colère s'était emparé de lui quand il avait repensé à la lettre et au fait que son... meilleur ami... était un sorcier. Il ne lui en voulait pas d'en être un, mais... de tout ce qui entourait son incroyable et troublant secret. Arthur s'interdit de se poser encore une fois les mêmes questions et se fit la promesse de discuter avec Merlin une fois ce calvaire terminé.
( Rainbow:Nisha rokubou no shichinin OST – 01 Main Theme )
Alkmar avait attendu d'avoir des nouvelles de Merlin grâce aux langues bien pendues du château. Il avait vite appris que le jeune sorcier s'était réveillé et se portait bien. Suite à cette plaisante nouvelle, il avait pris le chemin de la forêt pour rejoindre Morgane. Leur plan allait pouvoir commencer. Toutefois, en chemin, il n'avait pas pu s'empêcher de remuer sa discussion avec Arthur. Il avait horreur d'être enclin au doute et de se sentir aussi... perdu. Alkmar n'était pas du genre à changer d'avis en un claquement de doigts, mais l'indifférence ne marchait plus, désormais. La vérité était bel et bien établie: il doutait. Il avait alors dévié sa trajectoire pour se rendre au cœur même de la forêt, dans une grotte dont lui seul connaissait l'existence. Il n'eut pas besoin de pénétrer à l'intérieur. Une femme d'une cinquantaine d'années, vêtue d'une robe bleue défrichée, coupait de l'herbe à l'entrée. En entendant les branches craquer, elle se releva et scruta son environnement. Elle avait de beaux yeux de saphirs, recouverts d'un voile de douceur et de tendresse, agrémentés d'un soupçon de sévérité, des yeux dont Alkmar avait oublié la profondeur.
- Alkmar ! Fit la femme en se précipitant vers lui et en l'étreignant.
- Lamira...
Leur étreinte sembla durer une éternité. Ni l'un ni l'autre ne s'était vu depuis de nombreuses années... Quand Lamira le relâcha, son premier réflexe fut d'examiner Alkmar d'un œil inquisiteur.
- Regarde toi, murmura t-elle en souriant. Tu es devenu un homme..., mais tu n'as pas changé. Tu ressembles de plus en plus à ta mère, mon cher enfant.
Alkmar se rembrunit, mais ne répliqua pas. Il détestait aborder le thème de la famille. Il était cependant satisfait d'avoir enlevé ses habits de garde pour remettre ses vêtements quotidiens, sinon Lamira l'aurait bombardé de questions.
- J'ai rencontré Emrys, lâcha t-il du tac au tac.
Lamira écarquilla les yeux, étonnée et admirative. Alkmar n'avait jamais cru en Emrys et en la destinée qu'il devait accomplir. Il avait perdu la foi ce jour tragique...
- Comment est-il ? Demanda t-elle.
- C'est un homme ordinaire. Il est au service du roi Arthur Pendragon en tant que valet personnel.
- Aussi proche ? S'extasia t-elle, des étoiles plein les yeux. C'est merveilleux... Albion est en bonne voie pour naître.
- Lamira... En ce moment, Emrys n'est pas très compétent.
- Que veux-tu dire ?
- Je me suis rallié à Morgane Pendragon et je l'ai aidée à intercepter Emrys. Mais...
Alkmar eut à peine le temps de voir la gifle venir. La joie avait été remplacée par la déception et la colère sur le visage de Lamira.
- Comment as-tu pu... ? Siffla t-elle, dégoûtée.
- Je n'ai jamais cru en Emrys.
- Tu es revenu après toutes ces années pour me dire ça ?!
- Ne me blâme pas ! S'énerva t-il à son tour. Tu sais ce que j'en pensais quand je vous ai quittés, toi et les autres !
- Tu as l'âge d'Arthur Pendragon, Emrys est plus jeune que toi ! Il n'était qu'un enfant quand tu l'as renié, un enfant encore ignorant de sa destinée ! Tu n'avais pas le droit de le juger, tu aurais dû lui laisser sa chance !
- J'avais neuf ans, Lamira... J'adulais Emrys comme vous tous ! Puis Uther est arrivé... il a tué mes parents... et tout ce que tu as trouvé à me dire, c'est de me raccrocher à un enfant ! Tu ne sais pas ce que j'ai traversé...
- Alkmar, je t'en prie...
- J'étais tout seul ! Vous m'interdisiez de pleurer, je n'avais pas le droit d'être triste et de faire mon deuil ! Il n'y en avait que pour Emrys ! Emrys, Emrys, Emrys ! Je n'étais qu'un gamin, Lamira...
Alkmar se détourna pour cacher ses larmes. C'était un réflexe, une habitude. Il n'avait jamais pleuré devant les autres, il avait toujours dû se cacher pour épancher sa tristesse.
- Quand je suis parti, reprit-il d'une voix éteinte, j'ai observé Uther, et puis Arthur quand est venu son tour... Ils étaient les mêmes. Tel père, tel fils. Et Emrys qui ne se montrait jamais... Je ne pensais pas qu'un homme seul puisse changer le cœur d'un Pendragon, j'étais désabusé...
Lamira posa une main compatissante sur l'épaule de l'homme qu'elle avait recueilli alors qu'il n'était qu'un enfant.
- Alkmar, je sais combien tu as souffert. Contrairement à ce que tu crois, je n'étais pas insensible à ta douleur, ni à la mienne... Tes parents étaient mes meilleurs amis, tu le sais. Mais... nous savons d'expérience que le chagrin peut amener les gens à commettre des actes irréparables et irréversibles. Nous avions besoin de quelqu'un à qui nous raccrocher. Nous placions nos rêves et nos espoirs en Emrys pour ne pas sombrer... Bien-sûr, tu étais trop jeune pour le comprendre... Je regrette d'avoir été si dure envers toi, mon cher enfant.
Alkmar ne répondit pas. Au fond, il n'en voulait pas à Lamira. C'est elle qui lui avait évité de finir sur le bûcher comme ses parents. Elle l'avait éloigné du village et, par la même occasion, l'avait sauvé des sbires du roi qui traquaient les sorciers de maison en maison.
- « Pourquoi maman et papa sont dans les flammes ? ». Voilà ce que je t'ai demandé quand Uther a ordonné qu'on allume le feu... Je n'avais jamais entendu des hurlements aussi déchirants...
- Ce jour-là, j'ai eu l'impression de revivre la Grande Purge..., admit tristement Lamira.
Alkmar se déroba et fit quelques pas au hasard, tâchant de reprendre ses esprits. Il se frotta les yeux et s'éclaircit la gorge.
- Ce n'est pas pour ressasser le passé que je suis revenu... J'ai parlé avec Arthur Pendragon... et... je dois avouer que je ne comprends pas. Il a l'air... d'avoir changé au contact d'Emrys.
- Je suis heureuse de l'entendre et encore plus que tu le reconnaisses. Que vas-tu faire, toi qui t'es rallié à la sorcière Morgane ?
- Je ne sais pas.
Et c'était vrai. Alkmar ne savait pas. Il s'était attaché à Morgane et il ne pouvait pas la trahir, ce n'était pas sujet à discussion, alors que faire ? Exécuter le plan prévu ? L'heure était propice à cela, maintenant que Merlin s'était réveillé. Mais...
Mais.
Il y avait un mais.
Lamira sentit le tumulte d'Alkmar. Elle s'approcha de lui et emprisonna son visage entre ses mains.
- Je ressens ton hésitation. Si tu retrouves la foi en Emrys et en Albion... tu prendras la bonne décision.
Elle l'embrassa sur le front et tourna les talons pour disparaître dans la grotte.
Alkmar refit le chemin en sens inverse, marchant cette fois sur les traces de Morgane. Il la trouva à leur point de rendez-vous, dans la Vallée des Rois Déchus. Elle n'était pas seule. Alkmar refusa de laisser paraître son état d'esprit. Il retrouva son sourire quelque peu sarcastique et annonça gaiement:
- Navré de vous avoir fait attendre, Dame Morgane, mais je vois qu'on vous a tenu compagnie !
- Alkmar, je te présente Valdric.
L'homme avait un visage froid, une mâchoire carrée et une carrure des plus impressionnantes. Autant de détails qui mirent Alkmar en état d'alerte.
- Enchanté ? Fit-il pour plaisanter.
Valdric le toisa, indifférent.
- Valdric est notre roue de secours, poursuivit Morgane. Si le plan échoue, il se chargera d'éliminer Arthur et Merlin.
- De quelle manière ?
- Comme toi, il manie l'arbalète avec beaucoup de talent, expliqua Morgane de son éternel sourire de vipère. Il nous suivra discrètement dans chacun de nos déplacements. Si nous échouons, il agira.
Alkmar arqua un sourcil. Il faisait confiance à Morgane, mais l'idée d'être pisté par un mercenaire, d'après ce qu'il devinait, ne lui plaisait pas.
- De ton côté, quelles sont les nouvelles ?
- Merlin est réveillé, dit-il simplement.
- Parfait, apprécia Morgane. Tu sais ce qu'il te reste à faire.
Alkmar gratifia la jeune femme d'un grand sourire convaincu, bien que légèrement crispé, et reprit la route du château. Il ne pouvait plus reculer, Morgane comptait sur lui. Et, qui plus est, si elle se rendait compte de sa trahison, elle n'hésiterait pas à utiliser ce Valdric pour le tuer.
Il accomplirait le plan prévu.
Alors, verdict ?
A la semaine prochaine ! :)
