Bonjour/Bonsoir à tous ! :) Me revoilà pour le chapitre 11. J'ai l'impression qu'il est moins long que les autres... mais bon, ce n'est peut-être qu'une impression. J'ai hâte de savoir ce que vous allez en penser ! ^^

Je remercie Le Poussin Fou, lele-35, Listelia, Black-Tulipe, MICHONCHON, tahury et fandemerlin pour leurs reviews ! :D Merci également à lolOw de suivre cette histoire ! ^^

La rengaine se répète, comme d'habitude... *tambours* *trompettes* *colombes* ( colombes ? O.O )... Merlin est à la BBC ! Eh si, je sais, ça fait un choc...

Bon, alors, je n'ai pas trouvé de musiques qui me plaisaient pour ce chapitre, j'espère que vous en trouverez de votre côté ou que vous saurez vous en passer ^^ Désolée.

Allez, sur ce, bonne lecture mes très chers ! :)

Chapitre 11: Du calme à la tempête...

Le soleil se couchait doucement à l'horizon, emportant avec lui l'agréable chaleur qui avait régné toute la journée sur Camelot. Gaïus revenait de sa ronde, plus tardive que d'ordinaire, et resta littéralement cloué sur place en entrant dans ses appartements. Merlin était à genoux et récurait le sol avec une ardeur que le vieil homme ne lui connaissait pas.

- Merlin ?

- Oh, Gaïus, fit-il en souriant timidement. Je... Je pensais que... qu'il était temps de nettoyer un peu cette pièce, expliqua t-il, mal à l'aise.

- Euh... Oui, en effet, admit Gaïus en balayant la salle d'un regard circulaire.

Sa table de travail avait été rangée, les papiers et autres livres empilés les uns sur les autres, les flacons correctement alignés et les outils rassemblés. Les meubles avaient été astiqués et resplendissaient de propreté, tandis que le sol, dont Merlin terminait de s'occuper, avait retrouvé une nouvelle jeunesse. Le jeune sorcier ne s'attarda pas sur la présence de son tuteur et continua sa besogne en silence.

Justement.

Il était trop silencieux. Trop concentré. Son comportement n'était pas normal. Merlin n'avait jamais montré un tel acharnement pour des corvées. Gaïus n'avait guère besoin de réfléchir pour comprendre la raison de son attitude. Travailler était le seul moyen pour son pupille d'éviter de penser et de ruminer ce qui s'était passé.

Il s'en voulait.

- Merlin, tu peux arrêter maint...

- Non ! Euh... je veux dire... je n'ai pas encore fini.

- Tu finiras plus tard, mon garçon, soupira Gaïus en s'asseyant.

Les traits de Merlin s'affaissèrent. Il devait reconnaître qu'il était épuisé, mais son état physique n'était rien comparé à son état d'esprit et la culpabilité qu'il ressentait. Il mit la brosse dans le seau et rangea celui-ci près de la porte d'entrée, près à être vidé par la première personne qui sortirait des appartements.

- Viens t'asseoir, lui intima gentiment Gaïus.

Merlin s'exécuta, la tête baissée. Il avait l'air d'un homme soumis, de quelqu'un qui n'osait pas répliquer à la moindre remarque.

- Merlin, ce qui est arrivé n'est pas ta faute.

- Si, c'est ma faute. J'aurai dû faire plus attention, j'aurais dû me méfier davantage... Si j'avais été plus vigilant, rien de tout ça ne se serait passé... Arthur ne me pardonnera jamais.

- Bien-sûr que si, Merlin. Il est ton ami.

- Ce n'est pas l'impression qu'il m'a donné. Quand je me suis réveillé, tout à l'heure, quand nous avons discuté... j'ai espéré que, peut-être, il... il... mais tout ce que j'ai vu en lui, c'est de la colère et de la trahison. Je le connais, Gaïus. Il n'acceptera jamais de me pardonner.

- Arthur est tourmenté, il est perdu, tu ne peux le lui reprocher.

- Non, je ne lui reproche pas, ce n'est pas ça... c'est juste que... je suis inquiet. Si j'arrive à éliminer le poison, que se passera t-il, ensuite ? Je ne pourrais accomplir ma destinée dans ces conditions.

- Laisse du temps à Arthur, fit Gaïus en posant une main paternelle sur la sienne.

Merlin ne répondit pas. Bien-sûr qu'il laisserait du temps à Arthur, il ferait tout pour ne plus l'importuner et être un fardeau pour lui, mais il s'inquiétait plus de sa destinée qu'autre chose. Si Arthur le rejetait, comment ferait-il pour le protéger et l'aider en cas de danger ? Merlin imaginait le pire des scénarios.

- As-tu faim ?

- Non.

- Comment te sens-tu ?

- Bien. Gaïus... J'aimerais sortir. Avez-vous croisé beaucoup de monde dans la cour en revenant ?

- Non, les gens rentrent chez eux à cette heure de la journée. Merlin, ne vas pas trop loin, d'accord ?

- Je reste dans la cour, je vous le promets.

Merlin revêtit sa veste, déviant au passage son regard sur son cou dénudé. Il passa une main sur ses clavicules saillantes et se rendit compte à quel point il avait perdu du poids. Même ses pommettes s'étaient creusées. Il déglutit avec difficulté et ferma les yeux quelques secondes pour chasser les images atroces qui l'assaillaient, ces images dans lesquelles il se voyait et s'entendait parler comme un monstre à Arthur.

- Le véritable monstre ici... c'est vous !

- C'est comme ça que vous vous faîtes respecter ? En usant de votre rang et de votre pouvoir ?

- Ne comptez pas sur moi pour vous protéger.

- Je le tuerais !

Merlin ne prêta aucune attention à Gaïus qui, inquiet, étudiait attentivement ses faits et gestes, et sortit en claquant la porte. Les couloirs menant à la cour étaient déserts, ce qu'il prit grand soin d'apprécier. Habituellement, il n'avait que faire des regards, des mauvaises langues ou de l'opinion publique, mais la situation était tellement différente, désormais... Il savait qu'il ne supporterait aucune forme de pression ou de harcèlement. Sa confiance et sa force s'étaient fait la malle, l'avaient laissé nu et faible.

La douce fraîcheur du soir eut le don de l'apaiser un peu. Seuls quelques serviteurs et des gardes arpentaient la cour. Personne ne le vit arriver, et il fit attention à ne pas se faire remarquer. Il prit place sur l'escalier d'honneur, se cachant dans un coin reculé, dans la pénombre. Il resta ainsi, les jambes repliées contre sa poitrine, ses prunelles bleues-grises perdues dans le vague, pendant de longues et interminables minutes. Le temps marchait au ralenti, les secondes semblaient durer des heures. C'était douloureux. Si douloureux que Merlin finit par fermer les paupières. Il tomba dans le sommeil avant même de s'en rendre compte.

C'est une voix suave et tendre qui le fit émerger. Il redressa la tête en sursaut et rencontra les grands yeux marrons de Guenièvre.

- Merlin, est-ce que tout va bien ?

- Oh... Oui... J'ai dû m'assoupir, je suis désolé !

- Tu n'as pas à t'excuser, le rassura t-elle, les traits marqués par la compassion.

Merlin prit alors connaissance de son environnement. La nuit ne faisait que tomber, puisqu'il distinguait des nuances de rose et d'orange à l'horizon. Il n'avait pas dormi longtemps. Savoir cela le rassurait. Il n'aurait pas voulu inquiéter Gaïus par sa trop longue absence.

- Tu es gelé, remarqua Guenièvre en touchant son front. Viens à l'intérieur.

- Non, je vais rentrer, décida t-il en se relevant.

- Pas avant d'avoir pris un verre avec moi.

- Je croyais que vous ne buviez pas.

- Cela m'arrive de temps en temps, précisa t-elle en souriant. J'aimerais que tu te joignes à moi.

- Est-ce qu'Arthur est dans vos appartements ?

La reine fut touchée en plein cœur d'entendre la peur dans la voix mal assurée de son ami. Elle posa des mains réconfortantes sur ses bras et répondit:

- A cette heure-ci, c'est probable. Mais je t'interdis de refuser mon invitation sous prétexte que tu veux éviter Arthur.

- Mais...

- Tout ira bien, je t'assure.

Merlin trouva un certain soulagement dans les paroles rassurantes et le sourire bienveillant de Guenièvre. Il hocha finalement la tête en guise d'acceptation. Peut-être qu'en étant témoin de ses efforts, Arthur en ferait de son côté. Peut-être qu'il lui accorderait son indulgence et... son pardon.

Les deux amis traversèrent le palais en silence. Bien que visé directement par les murmures et autres coup d'œils malveillants de la part des habitués, avoir la reine en personne à ses côtés calma l'âge agitée de Merlin. En pénétrant dans les quartiers royaux, ils trouvèrent Arthur assit en face de la cheminée, observant les flammes, le visage renfermé et songeur. Dès que la porte se referma, il poussa un profond soupir et se tourna vers sa femme qu'il pensait trouver seule.

- J'ai réfléchi au sujet de Merlin et je pense...

Arthur fut coupé dans son élan. Se retrouver nez à nez avec le jeune sorcier n'était pas censé figurer sur la liste des choses à faire ce soir-là. Merlin essaya de soutenir son regard, mais le brisa très vite et se mordit la lèvre inférieure, gêné et honteux au plus profond de lui-même.

- Je l'ai invité à prendre un verre avec moi. Cela ne vous dérange pas, Arthur ? Demanda Guenièvre d'un ton mielleux.

- Bien-sûr que non, fit-il, impassible. Puis-je me joindre à vous ?

Son épouse fut heureuse d'entendre cette proposition. Si Merlin et Arthur faisait chacun un pas vers l'autre, même un pas infime, minime, timide, elle était sûre que tout rentrerait dans l'ordre un jour ou l'autre.

- Avec plaisir. Merlin, tu peux t'asseoir.

Celui-ci fixa la table, puis la chaise mise à sa disposition. Il serait placé à la gauche d'Arthur.

- D'accord...

Rester assis l'aidait à patienter et, surtout, à cacher sa nervosité. Arthur et Guenièvre se joignirent à lui peu de temps après, posant trois coupes pleine du meilleur vin de Camelot sur la table. Mais quelques coups frappés à la porte les interrompirent.

- Entrez, ordonna Arthur.

Elyan apparut sur le seuil. Il ne sembla pas le moins du monde étonné de trouver Merlin en compagnie des souverains et adopta un visage amical.

- Salut, Merlin ! Dit-il gaiement.

Puis, sans laisser le temps à ce dernier de répondre, il se tourna vers la reine.

- Guenièvre, puis-je te voir, un moment ?

- Bien-sûr.

Le frère et la sœur s'en allèrent silencieusement. Ils s'éloignèrent dans le couloir jusqu'à atteindre l'angle dans lequel un petit groupe s'était rassemblé. Léon, Perceval, Gauvain et Gaïus ne perdirent pas de temps pour s'informer de la situation.

- Alors, ils ne se doutent de rien ? Demanda Gauvain en dissimulant son fou rire.

- Je ne crois pas. Nous avons parfaitement joué notre rôle, répondit Guenièvre, ravie.

- C'était une excellente idée, majesté, nota Léon.

- Merlin et Arthur ont besoin de temps pour eux, ajouta Perceval en hochant la tête.

- Pour sûr ! Acquiesça Gauvain. Si nous n'avions pas agi ils seraient restés chacun dans leur coin, à se morfondre. Je connais la Princesse !

- J'espère que ce moment avec Arthur fera du bien à Merlin, s'enquit Gaïus. Je n'aime pas le voir dans cet état.

- Comme nous tous, Gaïus, fit Guenièvre.

- Maintenant, je suggère que nous partions si nous ne voulons pas attirer l'attention, proposa Elyan.

- Bonne idée ! Approuva Gauvain.

Et sur ces mots, les quatre chevaliers, le médecin et la reine prirent le chemin de la sortie comme si absolument rien ne s'était passé.


Pour la première fois de sa vie, Merlin trouvait qu'écouter le feu crépiter dans la cheminée était une activité passionnante. Arthur aussi, apparemment. Ni l'un ni l'autre n'avait prononcé un mot depuis le départ de Guenièvre. Merlin gardait résolument les yeux baissés sur ses genoux. De temps en temps, il devinait qu'Arthur levait sa coupe pour boire, puis l'entendait la reposer.

- Guenièvre est plus longue que je ne le pensais, murmura le roi en soupirant.

- Euh... oui... Voulez-vous que j'aille voir ce qui se passe ?

- Non, ça ne sert à rien. Elle est avec Elyan, il n'y a aucune raison de s'inquiéter.

- Oui, vous avez raison.

Arthur daigna finalement regarder le jeune sorcier et constata, en zieutant discrètement son verre, que celui-ci était encore plein.

- Tu n'a rien bu.

D'un geste tremblant, Merlin attrapa sa coupe et la porta à ses lèvres, buvant une petite gorgée pour satisfaire le monarque. Il avait l'air d'un petit garçon qui ne se sentait pas à sa place à cette table, en compagnie de l'homme qu'il avait pourtant servi de nombreuses années. Arthur détestait le voir aussi fragile. En le regardant, il comprenait que retarder la discussion, repousser l'échéance n'apporterait rien, en fin de compte, sinon de faire souffrir Merlin encore plus. Et lui-même également. Autant profiter de sa lucidité pour mettre les choses aux claires et se parler. La douce atmosphère des appartements serait propice à engager une conversation calme et posée. Arthur rassembla donc tout son courage pour s'exprimer. Il devait rassurer Merlin. Après tout... il restait toujours son ami.

- Écoute, Merlin... je n'ai pas cherché pas à te blesser en gardant le silence sur tout ce qui s'est passé dernièrement. Je ne veux pas que tu crois que... que ça sera comme ça indéfiniment. J'ai juste besoin d'un peu de temps.

- Je comprends... Arthur, je suis désolé, profondément désolé.

- Merlin...

- S'il vous plaît, écoutez-moi ! J'ai besoin de vous le dire... Je ne voulais pas que vous appreniez la vérité dans ces circonstances, je voulais vous l'avouer moi-même, le moment venu...

- Et quand ce moment allait-il arriver ? Demanda Arthur, la rancœur transparaissant dans sa voix. Combien de temps ce petit jeu aurait-il encore duré ?

- Je... Je ne sais pas..., reconnut piteusement Merlin. Plus d'une fois, j'ai essayé... Je le voulais vraiment, mais... j'avais peur de votre réaction...

- Je pensais que tu me connaissais mieux que ça, Merlin. Je pensais que tu me faisais confiance.

- Je vous fais confiance ! Mais, enfin... Vous avez perdu vos deux parents à cause de la magie, et Morgane vous a trahi... Comment vouliez-vous que je vous le dise après cela ? Ce n'était pas le bon moment, vous... vous n'étiez pas prêt...

Arthur posa ses coudes sur la table et se cacha le visage dans les mains. Bien qu'il soit résolu à entendre Merlin s'expliquer, il sentait la colère, la déception et le chagrin parcourir son corps, couler dans ses veines, envahir son être. Il comprenait les raisons de Merlin, mais entre comprendre et accepter, la différence était immense.

- Je me sens trahi, Merlin, avoua t-il en relevant la tête, les larmes aux yeux. Je te connais depuis dix ans et tout ce temps là, tu... tu... étais quelqu'un d'autre.

- Non, Arthur, je suis toujours le même, je n'ai pas changé ! Je suis maladroit et indiscipliné, je m'amuse d'un rien, je déteste vous entendre énumérer mes corvées, je fais fuir exprès les animaux à la chasse, je... je suis moi. Ce n'est pas ma magie qui détermine celui que je suis réellement, ce sont mes qualités et mes défauts, ce qu'il y a dans mon cœur. Vous êtes mon ami, Arthur, et le plus grand roi que Camelot ait jamais connu. Je sais que je vous ai menti et... et je ne mérite pas votre pardon après tout le mal que j'ai fait ces derniers jours, mais je vous en prie... Ne pensez pas différemment de moi.

Merlin se leva brusquement et tourna le dos à Arthur. Il ne voulait pas que ce dernier voit ses larmes, qu'il voit à quel point se tenir en sa présence était difficile, à quel point la culpabilité et la honte l'écrasaient.

En l'écoutant parler ainsi, avec tant de sérieux et de foi, Arthur retrouvait cette sagesse qu'il avait déjà perçue en Merlin quelques fois. Ce sont ces paroles qui lui firent comprendre que... non, son serviteur n'avait pas changé d'un pouce. Il restait cet homme attentionné, sincère et loyal qu'il avait toujours connu, celui qu'il admirait. Au fond, Arthur ne pouvait pas croire que le cœur de Merlin puisse abriter un soupçon de méchanceté, mais il avait tout de même nourri des doutes, des appréhensions... sa méfiance et sa peur de la magie avaient agi contre sa volonté. Arthur arriva lentement derrière Merlin et posa une main sur son épaule.

- Pourquoi as-tu appris la magie, Merlin ? Et pourquoi es-tu venu à Camelot ? Tu savais les risques que tu encourrais.

Le jeune sorcier se retourna doucement et dut faire des efforts surhumains pour soutenir le regard perçant d'Arthur. Il aurait voulu s'enfuir, se cacher, sortir de cet endroit qui l'étouffait. Mais il devait la vérité à son maître, il devait faire face et assumer ses responsabilités. Après le mal qu'il avait commis, il ne pouvait pas se permettre de se défiler. C'était sa seule chance de trouver une forme de rédemption, d'empoigner un semblant de paix intérieure. Être honnête.

- Je n'ai pas appris la magie, Arthur... Je suis né avec.

- Quoi ? Répéta Arthur, dubitatif.

- Je savais déplacer des objets par la pensée avant même de savoir parler. « Crois-tu que je mérite d'être condamné à mort à cause de ma nature ? », c'est ce que Morgane m'a demandé, une fois... Je sais ce qu'elle a traversé. La solitude, l'angoisse d'être découvert... je suis passé par là.

- Tout ce que tu m'as dit, dans la salle du trône...

- Vous ne savez pas ce que c'est d'être vu comme un monstre.

- Vous n'avez jamais eu peur du regard des autres, du bûcher, de l'exécution, de la mort...

- … c'est ce que tu as toujours connu.

Merlin acquiesça d'un hochement de tête, puis reprit:

- J'ai appris à cacher mes pouvoirs.

Arthur secoua la tête, accablé en imaginant le calvaire par lequel était passé Merlin.

- Pourquoi es-tu venu à Camelot ?

- Ma mère m'a envoyé auprès de Gaïus pour qu'il m'aide. Ma magie devenait incontrôlable... elle avait peur que les habitants du village la découvre.

- Mais tu savais ce que tu risquais en venant ici. Pourquoi n'es-tu pas parti plus tard ? Pourquoi es-tu resté ?

- A cause de vous.

- Parce que tu étais mon serviteur ? Fit Arthur, décontenancé.

Merlin se permit un léger sourire amusé.

- Si ce n'était que ça, je n'aurais pas attendu pour vous donner mon congé, plaisanta t-il.

- Ah, j'aurais dû m'en douter, admit Arthur sur le même ton.

- Quand je suis arrivé à Camelot... j'ai rencontré le dragon qui était enfermé sous le château. Je n'étais pas encore votre serviteur, à ce moment-là. Il m'a parlé de notre destinée.

- Notre ? Souligna Arthur, intrigué.

Merlin ancra son regard dans celui d'Arthur, un regard témoignant d'une exaltation insoutenable, agrémentée cependant d'une touche de nervosité. Il avait tellement eu envie de prononcer ces mots, en avait même parfois rêvé. Attendre, encore et encore, avait été une dure épreuve. Plus d'une fois il s'était tenu devant le roi de Camelot, son maître, son ami, prêt à lui révéler son secret, mais avait dû se raviser. Aujourd'hui, le cœur cognant à tout rompre dans sa poitrine, le moment était enfin arrivé.

- Mon destin a toujours été de vous servir et de vous protéger, Arthur. Ma magie n'existe que dans ce but. Il est dit qu'ensemble... nous créerons Albion, une terre où la magie sera reconnue et les sorciers libres.

La première chose que fit Arthur fut de s'asseoir, ou plutôt de se laisser tomber sur la première chaise à sa portée. Il avala le reste de sa coupe d'un trait et la reposa violemment sur la table. Merlin reconnaissait bien son état d'esprit à travers son attitude. Arthur était en proie à un dilemme. Il se voyait obligé d'affronter quelque chose qui le dépassait.

- C'est le dragon qui t'a dit ça ? Ça parle, un dragon ?

- Oui, les dragons parlent. Kilgharrah m'a beaucoup aidé par la suite. Il m'a été un conseiller précieux quand... quand je rencontrais des difficultés... et il m'a aussi sauvé plusieurs fois. Sans lui, je serai déjà mort.

- Et sans toi, je serai mort, moi aussi.

Merlin resta coi. Il ne s'était pas attendu à cette réponse. Arthur avait parlé d'une voix neutre, sans pour autant être glaciale, comme s'il élaborait simplement les faits.

- Combien de fois m'as-tu sauvé la vie ?

- J'ai cessé de compter depuis longtemps...

- Et tu n'as jamais cherché la moindre reconnaissance ?

- Je vous avoue que... parfois, c'était dur. Tout ce que je voulais, c'était vous protéger. Et vous, vous ne me voyiez que comme un idiot. La seule reconnaissance que j'espérais, c'était que vous m'acceptiez pour ce que je suis.

- Je ne peux pas nier que je te prenais souvent pour un serviteur idiot... mais j'ai toujours su que tu étais plus que ça. Tu as toujours été plus qu'un serviteur, et pas que pour moi. Quoi que tu aies fait derrière mon dos, Merlin, toutes ces fois où j'ai été sauvé, je... je t'en remercie, sincèrement.

Le jeune sorcier ressentit l'envie de sourire comme un enfant, de laisser exploser sa joie, mais il s'en empêcha. Il estima qu'il n'en avait pas le droit. Pas après ce qu'il avait fait à Arthur, pas après son comportement des derniers jours. Il s'en voudrait éternellement.

Arthur avait espéré tirer un sourire à Merlin. Le voir immobile et mal à l'aise n'était pas ce qu'il avait pensé. Alors, il s'approcha de lui et posa une main maladroite sur son épaule, ne sachant exactement comment agir. Il se sentait affreusement gêné. Être aussi expressif envers Merlin était loin de lui ressembler. Pourtant, sa main glissa d'elle-même derrière le cou de son ami et il l'amena dans une étreinte affectueuse.

- Mais... qu'est-ce que vous faîtes, Arthur ?

- Tais toi et profites en, grogna ce dernier. Ce n'est pas demain la veille que je te montrerai à nouveau mon affection aussi ouvertement.

Merlin ne put retenir un petit rire ému. Il passa ses bras autour d'Arthur d'un geste incertain, osant à peine le toucher.

- Nous reparlerons de tout ça plus tard, décida le monarque, mais j'espère que tu comprends que je vais avoir besoin de temps.

- Oui, je sais... je comprends.

- Bien.

Les deux hommes se repoussèrent gentiment. Arthur tapota amicalement le bras de Merlin, de sorte à bien lui faire comprendre que, même si la colère et ce sentiment de trahison tenace le rongeaient encore, il finirait pas accepter la vérité. Bientôt. Il avait juste besoin de temps. La porte des appartements s'ouvrit soudainement, laissant entrer Guenièvre et Elyan. Voyant la proximité des deux hommes, le frère et la sœur firent un pas en arrière.

- Avons-nous interrompu quelque chose ? Se renseigna la reine.

- Non ! Répondirent Arthur et Merlin d'une même voix catégorique.

- Nous... discutions... à cœur ouvert, se justifia le roi.

- C'est ça, approuva Merlin en hochant la tête, les lèvres plissées.

- Et vous ? Enchaîna Arthur.

- Oh, Elyan voulait me voir pour des histoires de famille, rien de très passionnant.

En disparaissant dans l'autre pièce pour servir un verre de vin à son frère, Guenièvre lança un coup d'œil victorieux à ce dernier. Son petit plan avait fonctionné à merveille. L'ambiance semblait s'être adoucie entre Arthur et Merlin. Les autres seraient enchantés de l'entendre.

- Bon, Merlin, je vais te raccompagner, déclara Arthur pour briser le malaise.

- Non, ne vous dérangez pas.

Merlin salua respectueusement le couple royal et le chevalier, puis quitta les quartiers. Il s'autorisa un petit quart d'heure pour flâner dans les couloirs, savourant son entretien avec Arthur. Si au début l'échange avait été ardu à mettre en place, la suite s'était faite naturellement. Ils avaient eu beaucoup de choses à se dire, et Merlin savait qu'il restait tellement de points importants à aborder, mais, comment l'avait dit le souverain, ils verraient cela plus tard, au fil des jours. Le plus gros était passé. Arthur l'avait écouté et, principalement, il avait compris ses raisons et sa façon d'agir. L'étape suivante était l'acceptation.

Merlin arriva dans la cour du château, le baume au cœur, soulagé de sentir que les choses pouvaient s'arranger entre Arthur et lui. Le seul point qui le bloquait et qui le bloquerait à jamais, résultait dans son comportement suite aux effets du poison. S'il ne parvenait pas à se pardonner, il y avait très peu de chances pour qu'Arthur le fasse, de son côté. Il trouverait peut-être la force de pardonner ses mensonges et toutes ces années de tromperie, mais sûrement pas toutes les atrocités qu'il avait dites et commises à Camelot sous l'influence de l'emlevian. C'était trop... Ses sombres pensées détruisirent la joie pure et innocente qu'il avait ressentie quelques secondes plus tôt. Serait-il condamné à vivre éternellement avec cette culpabilité, ces remords et cette honte ? Probablement. Même si tout rentrait dans l'ordre avec Arthur, rien ne garantissait qu'il pourrait reprendre une vie normale...

Alors qu'il était en train de traverser la cour, Merlin fut brusquement forcé de s'arrêter. Il ouvrit grand les yeux de terreur en prenant connaissance de l'obstacle qui se dressait sur son passage.

Un bûcher.

Épouvanté, il recula de plusieurs mètres jusqu'à trébucher sur l'escalier. Qu'est-ce qu'un bûcher faisait au milieu de la cour ? Pourquoi ? Pour qui ? Merlin sentit des sueurs froides le parcourir. La question « pour qui ? » n'avait pas lieu d'être. Seuls les sorciers étaient destinés à mourir sur le bûcher, dévoré par ses flammes avides et destructrices. Et il n'y avait qu'un sorcier à Camelot.

Lui.

- Non... Arthur ne ferait pas ça...

La douleur. Elle se ranima. Merlin tomba à genoux en serrant les dents, les mains crispées sur son front et sa poitrine.

- Non, pas maintenant...

Il savait pourquoi il avait si mal. La haine et cette irrésistible envie de meurtre cherchaient à refaire surface dans son cœur, mais il les repoussait, les endiguait, les refoulait, car il ne pouvait pas croire ce qu'il voyait, ce qui se passait. Arthur était incapable de le condamner à mort. Pas après les paroles qu'il lui avait adressées, pas après le moment qu'ils avaient passé ensemble. Merlin devait se concentrer sur ça. Tant pis si la douleur se faisait agressive, il fallait qu'il résiste, qu'il croit en Arthur. Il remonta les marches et courut à toute allure dans les couloirs, fonçant jusqu'à l'étage des appartements royaux. Il entra sans s'annoncer.

- Pourquoi avez-vous dressé un bûcher dans la cour ?!

Arthur, Guenièvre et Elyan dévisagèrent Merlin.

- Pardon ? Lâcha le roi, incrédule.

- Il y a un bûcher dans la cour ! Hurla Merlin, terrorisé.

Tout le monde se précipita à la fenêtre pour vérifier les dires du jeune sorcier. La cour était déserte, plongée dans la pénombre du soir.

- Merlin... Il n'y a rien, lui dit Guenièvre.

- Ne vous moquez pas de moi ! Je l'ai vu, je vous dis, je l'ai vu !

Il marcha jusqu'à la fenêtre. Le bûcher n'avait pas bougé. Il était niché au centre de la grande cour. Imposant. Terrifiant.

- Là ! Il est là !

Merlin était complètement hystérique. Ses cris et sa panique déstabilisèrent la reine et son frère qui ne surent quoi ajouter pour le tranquilliser. Ils n'avaient rien vu, absolument rien. Arthur prit donc les choses en main.

- Viens, je t'emmène voir Gaïus, décida t-il en l'agrippant par le bras.

- Ne me touchez pas ! Cria Merlin en le repoussant férocement.

- Merlin, tu es en train de délirer ! Il n'y a aucun bûcher !

- Mais je le vois, je ne rêve pas !

Il tomba de nouveau à genoux, haletant, tremblant. Il ne comprenait plus. Pourquoi Arthur s'obstinait-il à nier la présence de ce maudit bûcher ?! Et pourquoi Guenièvre et Elyan rentraient-ils dans son jeu ? Merlin se savait avoir été très malade, mais son délire était passé, il avait parfaitement les idées claires à présent. Pourquoi personne ne voulait le croire, pourquoi personne ne lui faisait confiance ? Il se sentit tout à coup... incompris, seul, pris pour un imbécile. Personne ne voulait le croire.

La haine explosa dans sa poitrine... et il ne put rien faire pour l'en empêcher, cette fois-ci. Elle était si vive, si poignante, mêlée à un profond sentiment d'injustice. Tandis qu'il la laissait reprendre le contrôle, Arthur s'accroupit devant lui, alarmé par son silence subit.

- Merlin, qu'est-ce qu'il y a ?

Merlin releva lentement la tête. Ses yeux étaient voilés par l'animosité et la rancœur. Ses traits avaient durci. Arthur comprit que l'emlevian l'avait emporté.

- Vous avez été très intelligent, Arthur Pendragon, reconnut Merlin en se remettant sur ses jambes. Vous avez essayé de m'amadouer pour me faire rester au château. Vous vouliez gagner ma confiance et mon amitié... et tout ça pour endormir ma méfiance et mieux me tuer ensuite. Ingénieux.

- Merlin...

- Morgane m'avait mis en garde. Elle savait que vous finiriez par me tuer.

- Merlin, je t'en prie, tu ne crois pas un seul mot de ce que tu dis...

- Oh mais je n'ai pas besoin de croire. Le bûcher qui se trouve là, en bas, en est la preuve. C'est ce que vous projetiez de faire, depuis le début...

- Arrête, tu dis n'importe quoi...

Arthur osa faire un pas vers son ami, ami qui leva les mains devant lui en signe d'avertissement.

- Un pas de plus et je vous tue sur le champ.

Il valait mieux jouer la carte de la prudence, surtout avec Merlin qui, dans son état actuel, représentait une menace.

- Je quitte le château... Je vous préviens, n'essayez pas de me suivre ou je vous le ferai regretter.

Tout en reculant vers la sortie, Merlin surveilla les faits et gestes des monarques et du chevalier. Satisfait de la docilité dont ils faisaient preuve, il referma la porte et s'en alla.

Arrivé à l'extérieur, il contourna soigneusement le bûcher, dégoûté en imaginant Arthur ordonner à ses soldats de le construire, horrifié en se voyant attaché au milieu, incapable de se défaire de ses liens, asphyxié par la fumée... Il avait vraiment cru Arthur sincère... mais il s'était trompé, lourdement trompé. Il passa le pont-levis et, par chance, quelqu'un l'attendait avec un cheval apprêté pour lui.

- Alkmar ! S'exclama t-il, heureux de le voir. Mais, que fais-tu ici ? Comment as-tu su que... ?

- Je me suis infiltré pour te surveiller. Dame Morgane y tenait.

- Morgane...

- Tu lui manques, Merlin.

- J'aurais dû l'écouter, murmura t-il, honteux. J'ai cru qu'Arthur... J'ai cru que... qu'il était quelqu'un de bien.

Merlin essuya ses larmes et releva courageusement la tête, tâchant de se montrer impassible et désintéressé. Il attrapa les rênes et enfourcha sa monture.

- Alkmar... tu l'as vu, le bûcher, n'est-ce pas ?

- Oui. J'étais posté en haut des remparts et j'ai vu des gardes le mettre en place. Tu venais juste de partir avec la reine Guenièvre à ce moment-là.

- Elle aussi le savait... Ils étaient tous au courant !

- C'est là que j'ai compris que tu étais en danger... Je suis navré, Merlin.

- Ce n'est pas grave ! Déclara t-il en étouffant un sanglot. J'ai été trop naïf, c'est tout.

- Merlin !

Arthur venait d'apparaître sur le pont-levis, entouré de ses plus proches chevaliers. Alkmar ne perdit pas une seconde. Avant que Merlin ait pu réagir, il asséna une grande claque sur le flanc de son cheval, le faisant partir au galop.

- Toi ! S'écria Arthur, sidéré, trahi.

Alkmar ne jeta qu'un bref regard au roi de Camelot. Il grimpa sur sa monture sans attendre et suivit le jeune sorcier dans la forêt.

- Mon cheval, vite ! Ordonna Arthur. Armez-vous ! Il faut les suivre !

- Sire, mais que se passe t-il ? S'affola Gaïus en les rejoignant, alerté par le soudain remue-ménage.

Arthur s'assura que Léon, Perceval, Elyan et Gauvain avaient filé à l'écurie pour prendre les chevaux avant de se concentrer sur le médecin.

- C'est Merlin, Gaïus... Il m'a accusé d'avoir installé un bûcher dans la cour pour l'exécuter... J'ai essayé de le raisonner, de lui dire qu'il n'y avait rien, mais il ne voulait pas m'écouter. Il avait si peur...

- Le bûcher a toujours été une des peurs cachées de Merlin, Sire, expliqua Gaïus. Il en a longtemps fait des cauchemars.

- Ce traître a utilisé sa plus grande peur pour réveiller le poison ! Comprit Arthur, hors de lui.

- De quel traître parlez-vous, Sire ?

- Un homme que je croyais être un garde... Il doit être à la solde de Morgane ! Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas, Gaïus... Vous en êtes témoin, il n'y a pas de bûcher. Comment Merlin a t-il pu en voir un ?

Gaïus fronça les sourcils, perdu en pleine réflexion.

- Si l'homme qui travaille pour Morgane est un sorcier, il a pu lancer un sortilège à Merlin pour le faire halluciner, ou créer une illusion.

- Pourquoi Morgane cherche t-elle à reprendre Merlin après avoir essayé de le tuer ?

- Si elle a compris que le poison n'était pas totalement éliminé, elle a pu changer d'avis. Le seul moyen pour elle de récupérer la confiance de Merlin était de briser votre image, Arthur.

Arthur soupira profondément, dépité. Il comprenait le plan diabolique de la prêtresse.

- Me décrédibiliser..., murmura t-il. Et ça a marché. Merlin a cru que je l'avais trompé, tout ce temps là.

- Sire, tenez, fit Léon en lui tendant sa monture.

- Si nous nous dépêchons, nous pouvons encore les rattraper, dit Gauvain. Ils ont forcément laissé des traces.

Arthur se mit en selle et prit la tête de ses loyaux et fidèles chevaliers.

- En route !

Alors, comment avez-vous trouvé ce chapitre ? ( mis à part qu'il semble court ^^' )

A la semaine prochaine ! :)