Bonjour/Bonsoir tout le monde ! ENFIN je suis de retour ( pour vous jouer un... hm... oui, oui, je sais, j'arrête. ) avec le chapitre 14 qui, comme je vous l'ai annoncé, est le dernier... Je vous remercie du fond du cœur de votre soutien et de votre fidélité tout au long de cette histoire que nous avons vécue ensemble ! :D Je vous n'aime comme des nems ^^

Alors, je tiens à remercier Le Poussin Fou, fandemerlin et Padmarosa pour leurs reviews adorables ! :3 Merci aussi à Riah021101 d'avoir follow et fav cette fiction ! :)

Allez, je suis prête à le dire une dernière fois... Merlin ne m'appartient en aucune façon. C'est une oeuvre de la BBC.

J'ai décidé, pour ce chapitre, de ne pas mettre de musique car j'ai jugé qu'il y avait trop de coupures. Vous comprendrez sûrement de quoi je veux parler.

Bon... je n'ai plus qu'à vous dire... Bonne lecture, mes très chers ! :D

Chapitre 14: Confessions...

Lorsque Merlin émergea, il mit plusieurs secondes avant de se décider à ouvrir les paupières. Son corps entier était lourd et engourdi, il avait l'impression d'être resté immobile pendant des heures et des heures, comme si quelque chose l'avait empêché de bouger.

C'était peut-être ça, en fait.

Alors, doucement, il ouvrit les yeux et utilisa plusieurs secondes pour s'adapter à la luminosité, luminosité pratiquement inexistante, d'ailleurs. Le ciel était gris et nuageux et la pluie tombait drue à l'extérieur. Les gouttes venaient s'écraser furieusement contre les vitres, créant une symphonie discordante qui agaça rapidement les nerfs de Merlin. Il se redressa lentement et appuya son dos contre le mur. Un petit sourire lui échappa quand il prit enfin connaissance des lieux. Il était dans sa chambre, à Camelot.

- Gaïus ? Murmura t-il, la voix enrouée.

Il s'éclaircit la gorge et reprit plus fort:

- Gaïus ?

Aucune réponse ne lui parvint. Les appartements de son tuteur étaient plongés dans un calme qui aurait pu être apaisant s'il ne tombait pas des cordes. Le jeune sorcier bascula ses jambes hors du lit et se leva en prenant appui contre le mur pour ne pas perdre son équilibre instable. Il fit quelques pas jusqu'à la porte et pénétra dans la pièce principale. Vide. Ce constat ne l'étonna guère, il se doutait que le médecin devait être dans la ville basse pour ses visites quotidiennes, mais il était quand même un peu triste de se retrouver seul. Il aurait aimé que quelqu'un lui dise combien de temps il avait dormi et que cette même personne l'instruise des derniers événements. Désormais, c'était une question de patience. En s'approchant de l'âtre dont les braises s'étaient depuis longtemps éteintes, Merlin dut passer à côté du lit destiné aux malades. Là, endormi, se trouvait Alkmar. Celui-ci n'était plus aussi pâle qu'à son arrivée au château. Il avait l'air reposé et bien portant. Soudain, un frisson parcourut le dos du jeune sorcier. Il frictionna ses bras dans un geste mécanique et se pencha sur la cheminée qu'il ralluma sans lever le petit doigt. La magnifique lueur dorée qui émanait de ses prunelles s'accordait du plus bel effet avec les flammes rougeoyantes. Cela fait, Merlin alla s'asseoir à côté du druide et attendit. Mais quoi, exactement ? La venue de Gaïus, d'Arthur ? Oui, probablement. Il préférait patienter que se risquer à sortir. Sa présence au sein du château ne réjouissait personne, autant qu'il reste cloîtré dans les quartiers de son tuteur.

Les minutes passèrent, encore et encore, jusqu'à former une heure. Personne ne s'étant encore présenté, Merlin décida de retourner dormir. Bon, d'accord, il s'était amplement reposé, mais il entendait déjà Gaïus lui expliquer que son sommeil, ou coma, n'avait que pour fonction de le guérir, sans apporter le repos dont il avait vraiment besoin.

Toutefois, il ne put suivre son programme comme il l'entendait...

- Gaïus a dit qu'il n'y avait aucune raison de s'alarmer, Gauvain ! S'écria Arthur.

- Ça fait quand même quatre jours, Princesse !

La porte s'ouvrit brutalement, laissant entrer Arthur, Gauvain, Léon, Perceval et Elyan, lesquels s'arrêtèrent net en voyant Merlin réveillé, et debout, de surcroît.

- Faîtes plus de bruit pendant que vous y êtes, ça ne me dérange pas, plaisanta t-il.

- Merlin ! S'exclamèrent-ils en chœur.

- Depuis combien de temps es-tu réveillé ?

- Pourquoi tu n'es pas resté dans ton lit ?

- Tu n'es pas encore rétabli, voyons !

- Hé ! Les coupa Merlin, ennuyé par leurs commentaires. Je vais très bien. Ça fait une heure que je suis réveillé.

- Une heure ? Répéta Arthur.

Merlin hocha la tête et enchaîna sans perdre une seconde. Il estimait avoir suffisamment attendu.

- Alors... j'ai dormi quatre jours, c'est ça ? Que s'est-il passé pendant ces quatre jours ?

Merlin, laisse moi te faire un résumé, répondit Gauvain, très sérieusement. La Princesse ici présente n'a pratiquement pas quitté ton chevet...

- Gauvain ! Répliqua Arthur, mécontent et gêné.

- … et je me charge de t'en informer parce que je sais qu'elle ne l'aurait pas fait, ajouta le chevalier avec un clin d'œil complice. Ensuite, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? C'est la routine ! Séances d'entraînement, patrouilles, taverne, rien n'a vraiment changé, à Camelot !

Le grand sourire de Gauvain mit du baume sur le cœur de Merlin. Son ami n'avait pas changé non plus et cela le réjouissait, le rassurait.

- Où est Gaïus ? Demanda t-il alors.

- Il devait acheter quelques marchandises dans la ville basse, relata Elyan.

Merlin glissa son regard sur Alkmar. Il n'avait pas été dérangé le moins du monde par l'entrée quelque peu fracassante des cinq hommes.

- A t-il repris connaissance ?

- Pas une seule fois, précisa Arthur d'un ton neutre.

- Pourquoi ? Fit Merlin, interloqué. Ce n'est pas normal.

- Nous n'en savons rien. Sa plaie a guéri, il est tiré d'affaire... mais il ne se réveille pas.

Le jeune sorcier fronça les sourcils. Il ne comprenait pas la raison d'un tel état de sommeil. Il essaya de réfléchir, de formuler mentalement des hypothèses, mais cela eut pour conséquences de le fatiguer encore plus. Lorsqu'il étouffa un bâillement, Perceval suggéra:

- Tu devrais aller te reposer.

Merlin acquiesça en silence et se leva pour retourner dans sa chambre.

- Et, Merlin ? Reprit Arthur. Nous sommes heureux que tu sois rétabli.

Un sourire timide, faible, se dessina sur les lèvres du concerné. Il ressentait dans la voix du roi une telle sincérité, cette même sincérité qui transparaissait sur les visages des chevaliers.

- Merci...


- Merlin, tu es sûr que c'est une bonne idée ? Demanda encore une fois Arthur.

- Oui, je pense que ça peut marcher.

Tandis que Merlin emballait quelques affaires pour le court voyage qui l'attendait, le souverain ne cessait de tourner en rond dans la chambre, en proie à une ferme hésitation. Cela faisait à peine une journée que son ami était réveillé, et il voulait déjà se trouver des occupations.

- Pourquoi tiens-tu tant que ça à l'aider ? Ne viens pas me dire que c'est uniquement parce qu'il t'a sauvé la vie.

- Nous, Arthur. Il nous a sauvé la vie. Écoutez... il tenait à tout prix à ce que je rapporte son corps à une femme du nom de Lamira. Il me l'a rappelé plusieurs fois. Je suis sûr qu'elle pourra l'aider à se réveiller.

- Et si elle n'y parvient pas ?

Merlin soupira gravement. Il ne préférait pas penser à la possibilité qu'elle soit impuissante. Après tout, il s'agissait sûrement d'une druidesse, peut-être quelqu'un de la famille d'Alkmar, elle devrait pouvoir faire quelque chose.

- J'espère qu'elle y arrivera.

- Bon, très bien, capitula Arthur, les mains sur les hanches. Je t'accompagne.

- Arthur, non...

- Oh que si, je viens avec toi ! Il est hors de question que je te laisse t'en aller tout seul pour rechercher une femme que tu ne connais même pas.

- Mais...

- Je vais préparer mon sac. Rejoins moi dans la cour dans un quart d'heure.

- Mais...

La protestation que le jeune sorcier avait au bout de la langue s'évapora comme un nuage de fumée: le monarque avait déjà filé des appartements. Merlin soupira une seconde fois. Il aurait aimé partir seul. Il avait besoin de cette solitude pour réfléchir, pour choisir la voie à emprunter une fois que tout serait rentré dans l'ordre. Et... il avait l'impression d'obliger Arthur à le suivre, de l'inciter intentionnellement à tenir le rôle du protecteur à longueur de journée. C'est justement ce qu'il voulait éviter. Il ne méritait pas tant d'attention et d'indulgence.

- Merlin ? L'appela Gaïus en entrant. Tiens, Guenièvre les a apportées ce matin.

Le médecin tendit à son fils de cœur deux belles pommes bien rouges, ses préférées.

- Merci, Gaïus.

Merlin se saisit des fruits et les fourra dans son sac. Ses gestes précipités et son visage renfermé indiquèrent aussitôt à son tuteur que quelque chose n'allait pas.

- Il y a un problème.

Ce n'était pas une question, mais une affirmation.

- C'est juste que... que j'ai peur de ne pas être débarrassé du poison.

- Tu en es débarrassé, mon garçon, c'est certain. Maintenant, si tu me disais la vérité ?

Merlin aurait dû se douter que son mensonge ne tenait pas la route pour deux sous. Il se laissa tomber sur le lit et croisa nerveusement les mains, le regard fixé sur un détail insignifiant du plancher.

- Je n'arrive pas... à accepter que... que vous agissiez comme si tout était normal, comme si... je n'avais rien fait de mal.

- Merlin, ce n'était pas réellement toi. Et c'est parce que nous savons cela que nous ne pouvons t'en vouloir.

Son pupille haussa les épaules, pas le moins du monde convaincu par ces paroles pourtant réconfortantes, mais décida de ne pas s'attarder sur le sujet. Il attrapa son sac et se remit debout.

- Arthur m'attend. A plus tard, Gaïus.

Celui-ci l'amena dans une étreinte paternelle, espérant apaiser ses tourments et lui donner du courage, puis le regarda disparaître dans le couloir.


Trouver le cœur de la forêt ne fut pas difficile, mais mettre la main sur le domaine secret de la fameuse Lamira fut une autre histoire. Arthur et Merlin avaient dû délaisser leurs montures pour poursuivre à pied, car la végétation riche et luxuriante n'aurait rien fait d'autre qu'incommoder leurs chevaux. L'herbe et la terre étaient encore humides de la pluie abondante de la veille, ce qui, aux dires de bons nombres de personnes, se révélait une bonne chose après les jours de chaleur incessante qui avaient régné à Camelot.

Durant le trajet, seuls quelques mots furent brièvement échangés entre Arthur et Merlin. Le souverain savait que quelque chose tourmentait son ami, mais celui-ci s'obstinait à s'enfermer dans un silence têtu. Il espérait crever l'abcès avant qu'il ne soit trop tard. Le jeune sorcier serait capable d'agir sur un coup de tête ou de faire une erreur. Il se montrait si... absent, discret, timide. En somme, il n'était plus vraiment le même.

- Alkmar ne t'a donné aucune indication sur l'endroit où se trouve Lamira ?

- Non.

- Et tu ne peux pas le deviner en te servant de ta magie ou... ?

- Non.

Arthur soupira gravement. Il détestait ce genre de réponses passives, surtout venant de la part de son ancien serviteur. Lorsqu'ils furent en vue d'une grotte partiellement dissimulée par de hautes herbes épineuses, il crut bon de s'arrêter et d'utiliser ce moment pour discuter. Mission de sauvetage ou non, il était à bout.

- Merlin, vas-tu finir par me dire ce qui ne va pas ?

- Comment ça ?

- Quoi « Comment ça ? » ?! Tu n'es pas toi-même depuis plusieurs jours. Je t'ai à peine vu sourire...

- Il n'y a pas de quoi sourire, répliqua t-il en haussant les épaules.

- Tu...

Le craquement des branches, à proximité de la grotte, les interrompit. Une femme marcha lentement vers eux, les cheveux retenus par un foulard d'un bleu plus foncé que ses yeux.

- Puis-je vous aider ? Demanda t-elle gentiment.

- Nous cherchons une certaine Lamira, expliqua Arthur. Savez-vous où nous pouvons la trouver ?

La femme s'avança pour être plus près des deux hommes. Elle porta sur eux un regard à la fois bienveillant, inoffensif, et à la fois inquisiteur, comme si elle effectuait un examen de leur personne. Soudain, elle mit un genoux à terre et baissa la tête en signe de respect et de soumission.

- C'est un honneur de faire votre connaissance, Emrys, murmura t-elle.

- Euh... Relevez-vous..., bredouilla Merlin, mal à l'aise.

- Vous devez être Arthur Pendragon, je présume ? Demanda l'inconnue.

Sa voix ne laissait transparaître aucune méchanceté, aucune agressivité.

- En effet, acquiesça Arthur.

- Votre venue ici est-elle en rapport avec Alkmar ? S'enquit-elle, inquiète.

- Vous êtes bien Lamira ? S'informa le monarque.

Elle approuva d'un hochement de tête affirmatif.

- Je suis navrée du tort qu'il vous a causé, enchaîna t-elle, attristée. Vous savez... Il n'a pas un mauvais fond, il est très différent de Morgane Pendragon.

- Nous le savons, répondit Merlin. Il nous a sauvé la vie.

Un sourire emplit de fierté naquit sur les lèvres de la druidesse.

- Où est-il ?

- Il... Il a été blessé. Le médecin de la cour l'a soigné, mais Alkmar ne se réveille pas. Nous espérions que votre présence pourrait l'aider.

- Je vois... Voulez-vous entrer ? Fit-elle en désignant la grotte. Je prends quelques affaires et je vous suis.

Arthur et Merlin suivirent Lamira à l'intérieur. La caverne était enveloppée d'une chaleur bienfaisante, illuminée par des bougies disposées sur des rebords en pierre.

- Comment a t-il été blessé ? Se renseigna Lamira en empaquetant du linge propre.

- Il a reçu une flèche et... et il m'a transmis une partie de son énergie vitale pour me sauver, narra Merlin, coupable.

- Je suis heureuse de l'entendre, apprécia t-elle en souriant.

Merlin et Arthur étaient étonnés que cette femme ne témoigne guère une inquiétude plus vive quant à l'état de santé d'Alkmar. Intrigué, le roi demanda:

- Etes-vous de la famille d'Alkmar ?

- J'étais la meilleure amie de ses parents.

- Que sont-ils devenus ? Voulut savoir le jeune sorcier, les sourcils froncés.

Le regard de Lamira s'assombrit légèrement tandis qu'elle replongeait dans ses sombres souvenirs.

- Quand Alkmar a eu neuf ans... Uther Pendragon a attaqué notre village. Il a détruit nos maisons et a brûlé tous ceux qui possédaient la magie. Alkmar a vu ses parents mourir. Il ne s'en est jamais remis...

Arthur déglutit avec difficulté. Il n'aimait pas cette image de monstre que les gens nourrissaient à propos de son défunt père, même s'il était parfaitement conscient que cette image, en plus de sa réputation, était malheureusement méritée. D'un autre côté, il comprenait très bien la réaction d'Alkmar et ses derniers agissements. Peut-être qu'il aurait agi de la même façon que lui s'il avait été témoin du meurtre de ses parents. Chercher vengeance semblait logique.

- Vous êtes différent de votre père, Arthur Pendragon, remarqua Lamira. Vous côtoyez Emrys et vous l'acceptez... Vous n'êtes pas aveuglé par la haine et la peur. Vous êtes sur le bon chemin pour devenir un grand roi.

Arthur tâcha de réprimer son malaise. Ces paroles le touchaient, mais l'effrayaient également. Lamira semblait faire référence à la prophétie, ou la légende, il ne savait exactement quoi, dont lui avait déjà parlé Merlin, à ce destin qu'il était censé partager avec ce dernier, un destin incroyable, presque irréel.

- Je suis prête, fit la druidesse en prenant son sac. Nous pouvons partir.


Lorsqu'ils arrivèrent à Camelot, la journée touchait à sa fin. Les paysans et autres commerçants rentraient chez eux retrouver leur famille et la chaleur de leur foyer. Un calme apaisant rôdait dans les rues de la ville basse et dans la cour du château. Aussitôt qu'ils arrêtèrent leurs chevaux devant la statue, Merlin, Arthur et Lamira virent Tyr Seward venir à leur rencontre, suivit de près par deux autres serviteurs. Ceux-ci lancèrent un regard méfiant au jeune sorcier, lequel se mordit la lèvre inférieure en détournant le regard, peiné par leur réaction. Habituellement, il ne prêtait guère attention à la manière dont les gens le voyaient, mais depuis... depuis Morgane, depuis le poison, depuis son dernier passage à Camelot en tant que « manipulé », tout avait tellement changé, à ses yeux.

- Merlin, je peux ? Demanda Tyr en désignant sa monture.

- Oh... euh... oui, pardon.

Son ami, s'il pouvait encore l'appeler ainsi, posa une main sur son épaule et lui sourit. Son sourire, sincère et pur, soulagea un peu le cœur accablé de Merlin qui le regarda partir vers les écuries.

- Merlin, tu viens ? Demanda Arthur, déjà engagé dans la galerie.

Il rattrapa le monarque, regardant par dessus son épaule au cas où quelqu'un aurait la brillante idée de le prendre par surprise, comme les trois chevaliers dont il avait oublié les noms... En arrivant devant Arthur et Lamira, il tâcha de prendre un air indifférent et leur emboîta le pas. Quand ils entrèrent dans les appartements de Gaïus, celui-ci lisait tranquillement près de la cheminée, tout en surveillant l'évolution de l'état de son patient. Il posa le bouquin et se leva afin d'accueillir les visiteurs.

- Enchantée, commença la druidesse, je suis Lamira.

- Enchanté également, répondit le médecin d'un ton courtois.

Lamira se précipita au chevet d'Alkmar et prit place sur le tabouret à coté du lit. Elle passa une main tendre et maternelle sur sa joue, heureuse de sentir la chaleur qui se dégageait sous ses doigts.

- Il faut te réveiller, mon cher enfant...

Bien-sûr, elle n'obtint aucune réponse, pas même un signe suggérant qu'Alkmar allait sortir du sommeil. Il restait obstinément endormi, le visage serein et reposé.

- Puis-je le veiller, cette nuit ? Demanda Lamira.

- Bien-sûr, accepta Gaïus.

- Bon, je vais me retirer, décida Arthur en reculant vers la porte.

Son regard s'attarda longtemps sur celui de Merlin, un regard pénétrant qui semblait vouloir dire « Je ne sais pas ce que tu me caches, mais tu ne t'en sortiras pas aussi facilement », un regard que le jeune sorcier ne préféra pas soutenir.

- Je vous remercie d'être venue me chercher, Arthur Pendragon.

- Ce n'est pas moi qu'il faut remercier, rectifia t-il.

Puis il sortit sans attendre la réponse de son interlocutrice. Merlin s'affala sur un siège et prit une pomme qu'il s'amusa à faire rouler sur la table, l'esprit déconnecté du monde extérieur. Gaïus comprit qu'il était toujours aussi préoccupé. Apparemment, il ne s'était pas confié à Arthur comme il avait espéré qu'il le ferait. Son tuteur soupira, chagriné de le voir se renfermer sur lui-même. Merlin avait toujours été habitué à faire passer sa personne au second plan et, bien souvent, à devoir s'ignorer. Mais les choses étaient différents, désormais. Arthur savait. Il n'avait plus à agir comme s'il comptait moins que les autres.

- Vous devriez lui parler, Emrys, conseilla Lamira d'une voix douce, comme ayant deviné ce qui le tracassait. Vous vous sentez coupable des actes que vous avez commis sous l'influence de Morgane Pendragon, mais vous n'y êtes pour rien. Si vous continuez à vous emmurer dans la solitude, vos remords auront raison de vous.

Constatant le mutisme de Merlin, la druidesse poursuivit:

- Mais... il y a autre chose qui vous ronge, je le sens. C'est la peur.

- Que voulez-vous dire ? Murmura t-il enfin.

- Vous avez peur de l'avenir, de la façon dont les gens vous traiteront maintenant que votre identité a été révélée. Et vous craigniez par dessus tout qu'Arthur Pendragon ne soit plus le même envers vous. Ce pourquoi vous refusez de lui parler de vos tourments.

Merlin baissa la tête et cligna plusieurs fois des yeux pour chasser ses larmes. C'est vrai, il avait peur. En plus de vouloir éviter à tout prix de devenir à nouveau un fardeau, il ne pouvait s'empêcher d'imaginer un futur sombre, couvert par d'épais nuages noirs, un futur dans lequel sa relation avec Arthur, avec ses proches, serait différente, changée.

- Cessez de vous poser trop de questions, Emrys, et allez parler à votre ami.

Merlin ne répondit pas, mais son silence n'affola pas Lamira. Elle savait qu'il réfléchirait à ses conseils. Gaïus avait écouté la conversation d'une oreille attentive. Il partageait l'avis de la visiteuse, mais il savait d'expérience que son fils de cœur avait parfois besoin de voir, de sentir, de se rendre compte par lui-même des vérités qu'il ne faisait qu'entendre.

- Je vais me coucher, annonça Merlin. Si vous voulez que je vous remplace pendant la nuit, n'hésitez pas à me le dire, proposa t-il à Lamira.

- Merci, Emrys.

Il souhaita une bonne nuit au médecin et s'enferma dans sa chambre. En attendant que le sommeil l'emporte, Merlin se perdit dans ses pensées. Au fond de lui, il savait très bien que la druidesse avait raison. Ce peuple reclus faisait preuve d'une grande sagesse et d'une intuition aiguisée, surtout le concernant. Oui, il devait probablement se confier à Arthur... Il ne fallait pas que sa peur et toutes ses interrogations le consument. C'était bien la dernière chose dont il avait besoin. L'heure était plutôt propice au changement, l'inciter à prendre un nouveau départ. Alors, en fermant les paupières, Merlin se fit la promesse d'aller voir le roi de Camelot dès le lendemain matin.


La première chose qu'il entendit en se réveillant fut des voix. Deux, pour être exact. Un pâle soleil perçait les nuages d'un gris clair, venant poser ses rayons difformes sur la silhouette de Merlin. La pluie avait fait des ravages dans le royaume, allant même jusqu'à causer des inondations, mais l'arrivée du soleil laissait sous-entendre la naissance de jours meilleurs, plus doux, annonciateurs de bienfaits... Le jeune sorcier voulait y croire. Sa résolution de la veille ne l'avait pas quitté. Il allait parler à Arthur, même si cette décision lui semblait difficile.

Merlin revêtit des vêtements propres et, en passant à côté de son bureau, se perdit dans la contemplation du foulard noir que Morgane lui avait offert. Il passa sa main dessus dans un geste tremblant, mais détourna vite le regard et entra dans la pièce principale. Le spectacle auquel il assista fit naître un petit sourire sur ses lèvres. Alkmar était réveillé et discutait vivement avec Lamira. Il interrompit la conversation en le voyant arriver.

- Merlin...

- Comment te sens-tu ? Se renseigna ce dernier.

- Je vais très bien. Grâce à toi. Si tu ne m'avais pas emmené ici, je serais... mort.

- Tu m'as sauvé la vie, je n'allais pas te laisser mourir.

Alkmar voulut ajouter quelque chose, mais se ravisa au dernier moment. Il enlaça les mains de Lamira et demanda:

- Peux-tu nous laisser seuls, Lamira ?

Celle-ci accepta sans hésiter. Elle posa un baiser sur son front et déserta les quartiers. Merlin prit la place qu'elle avait laissée en partant et attendit que l'ancien allié de Morgane reprenne la parole.

- J'avais tort... à ton sujet. Mon peuple a toujours nourri une grande foi en toi et en ta destinée. Quand j'étais plus jeune, je t'admirais, moi aussi. Mais après qu'Uther ait tué mes parents, je... mes repères se sont écroulés. Je ne croyais plus en rien ni en personne. Chez nous, la tradition veut que... que nous transformions le deuil et le chagrin en espoir. C'est pourquoi je n'ai... je n'ai pas eu le droit de pleurer la mort de mes parents. J'avais neuf ans, je n'arrivais pas à faire ce que les adultes attendaient de moi... Plus tard, quand je suis devenu plus mature, j'ai quitté les miens. Lamira m'a... elle m'a supplié de rester à ses côtés, mais je lui en voulais d'avoir fait preuve d'indifférence à mon égard, j'en voulais au monde entier ! J'ai passé plusieurs années à me former pour être capable de me défendre moi-même et j'ai acquis un maximum de connaissances. Ce que je voulais, c'était...

- Tu voulais te venger d'Uther, c'est ça ?

Alkmar secoua la tête en esquissant un triste sourire.

- Non. Ça va peut-être te surprendre, mais... je n'ai jamais cherché la vengeance.

- Pourquoi t'es-tu rallié à Morgane, alors ?

- J'avais entendu parler de Dame Morgane. J'ai appris qu'elle voulait conquérir le trône de Camelot pour libérer les sorciers du joug des Pendragon.

- Et par vengeance, également, ajouta Merlin. Elle a appris par hasard qu'elle était la fille d'Uther. Lui, il... il n'avait pas l'intention de la faire bénéficier de ce titre.

- Honnêtement, qu'il s'agisse en plus de motivations personnelles comme la vengeance, je n'en avais rien à faire, souligna Alkmar. Ce que je voulais... ce que j'ai toujours voulu... c'est que les sorciers soient libres et la magie restaurée. Je pensais que seule Dame Morgane avait le pouvoir de permettre cet accomplissement. C'est moi qui l'ai libérée du Sarrum.

Merlin hocha la tête, le regard absent. Il imaginait les longs mois que Morgane avait passé avec Alkmar et essayait de comprendre pourquoi elle ne l'avait pas jeté plus tôt. En quoi avait-elle eu besoin de lui ? C'était comme si... comme si elle avait montré de l'attachement pour quelqu'un.

- Je comprends tes raisons, admit Merlin. Je me rends compte que nous ne sommes pas différents, tous les deux.

- J'aimerais parler à Arthur Pendragon de tout cela... Je ne veux pas qu'il fasse des conclusions hâtives sur mon compte.

- Je devais justement aller le voir. Tu peux venir avec moi si tu t'en sens la force ?

- Je me suis suffisamment reposé, nota Alkmar en riant tout bas. Je t'accompagne.


Arthur était assis à son bureau et prenait des notes sur divers parchemins. La paperasse était bel et bien ce qu'il détestait le plus. Passer des heures immobile à devoir écrire, écrire et écrire était loin de lui convenir. C'était plutôt un homme d'action, à vrai dire. Il aurait aimé profiter de la présence de son épouse, mais Guenièvre était parti dans la ville basse avec Gaïus. Lorsque plusieurs coups frappèrent à la porte, Arthur saisit l'opportunité pour faire une pause. Il balança sa plume et se laissa aller contre le dossier de sa chaise.

- Entrez.

Quelle ne fut pas sa surprise de voir Merlin et Alkmar pénétrer dans ses appartements. Le druide s'inclina avec respect, puis requit:

- Puis-je m'entretenir avec vous... Sire ?

Arthur arqua un sourcil interrogateur. Il ne voyait vraiment pas ce qu'Alkmar pouvait bien avoir à lui dire. S'excuser, peut-être ? Lui demander une faveur ? Curieux, il l'invita poliment à prendre un siège, faisant de même pour Merlin. Là, son ennemi repenti lui expliqua en un résumé clair et détaillé ce qu'il avait déjà raconté au jeune sorcier précédemment. Le monarque l'écouta patiemment, sans lui couper la parole une seule fois. A la fin de son récit, il posa les coudes sur la table et croisa les mains sous son menton, puis répondit:

- Alors... tu ne cherchais pas vengeance. C'est ce qui m'étonne le plus. Je n'ai encore jamais rencontré quelqu'un comme toi. Enfin... à part Merlin, bien-sûr.

- Je regrette mes actions envers vous, sincèrement, renchérit Alkmar pour appuyer ses dires.

- Après ce que tu as fait... nous avoir sauvé la vie... je ne peux que te croire. Comment t'es-tu réveillé ?

- Ma perception des choses qui m'entourent est très développée, peut-être parce que je suis guérisseur. J'ai senti la présence de Lamira, pendant que je dormais... c'est ce qui m'a aidé à me réveiller. Et c'est parce que j'arrive à percevoir certaines choses, comme des sensations, je dirai... que je sais que Merlin veut vous parler.

Le jeune sorcier écarquilla les yeux, soudain extrêmement mal à l'aise. Alkmar se leva et repoussa la chaise contre la table.

- Je vous laisse seul à seul.

Il se courba une seconde fois et quitta les appartements, esquivant par ce fait le regard emplit de reproches de Merlin.

- Je t'écoute, commença Arthur en croisant les bras.

- Euh... En fait...

Merlin ferma la bouche d'un coup sec. Il se sentait ridicule, à bégayer aussi sottement devant Arthur. Il s'éclaircit la gorge et reprit avec plus d'assurance:

- Vous avez remarquez que... quelque chose me dérange, ces derniers temps, n'est-ce pas ?

- En effet, et j'aimerais enfin que tu me dises ce dont il s'agit.

- Écoutez, Arthur... Je ne veux pas que... que les choses changent maintenant que vous connaissez la vérité à mon sujet. Je tiens à notre amitié et à celle de Guenièvre et des chevaliers, je tiens à ma place auprès de vous, je... je ne veux pas que ça change, pour rien au monde. Je sais que vous avez besoin de temps, et c'est normal, oui, c'est tout à fait normal, je comprendre cela, c'est... c'est normal, mais...

- Merlin ! Le stoppa Arthur en posant une main sur son bras. Je sais ce que tu essaies de me dire, fit-il calmement.

- Vraiment ?

Arthur poussa un profond soupir pour se donner du courage. Il n'avait guère l'habitude de se confier à Merlin, cette étape lui demandait une certaine volonté.

- Quand Morgane nous a trahis, et Agravain après elle... je m'en suis voulu. Je me suis reproché d'avoir été négligent et j'avais des remords parce que j'estimais que j'aurai dû prévoir leur trahison. Ils étaient de ma famille... et je n'ai rien su voir.

- Arthur, vous n'étiez en rien responsable ! S'écria aussitôt Merlin. Morgane avait l'aide de Morgause et elle savait parfaitement cacher son jeu. Agravain aussi. Vous ne pouviez pas savoir, vous ne devez pas vous sentir aussi coupable.

- Je te rassure, ce n'est plus le cas. J'ai appris à... à me pardonner. Et c'est ce que tu vas faire, Merlin. Tout ce que tu viens de me dire est valable pour toi ! Comment aurais-tu pu deviner le plan de Morgane ?

Merlin voulut répliquer, mais ses mots s'envolèrent loin dans son esprit. Arthur l'avait bien eu, sur ce coup-là. Utiliser sa propre expérience pour l'appliquer sur lui. Le jeune sorcier baissa la tête, préservant un silence troublé.

- Je ne sais pas encore tout ce que tu as vécu derrière mon dos, poursuivit Arthur, mais tu es toujours là, tu as toujours su trouver la force de surmonter ce que tu traversais. C'est ce que tu vas faire aujourd'hui. Cette force n'a pas disparu.

Merlin réprima rapidement ses larmes. Les mots de son ami le touchaient énormément, c'était précisément le genre de mots qu'il avait besoin d'entendre pour retrouver une stabilité et cette force qui l'avait toujours guidé au fur et à mesure des années et des épreuves qu'il avait dû endurer.

- Les... les chevaliers..., balbutia t-il, incertain, ils veulent que je quitte Camelot. Ils disent qu'un sorcier n'a pas sa place ici...

- Quels chevaliers ? Demanda Arthur, dubitatif. Il ne peut s'agir de Léon et...

- Non, pas eux... ils sont trois, mais j'ai oublié leurs noms.

- Trois..., murmura le monarque, songeur. Attends... tu ne fais tout de même pas référence à Sir Acheric, Sir Dalmace et Sir Warin ?

- Si, c'est eux.

Arthur se redressa en sursaut et serra les poings, les traits durcis.

- Que t'ont-ils fait ?

- Oh, ça n'a pas d'importance...

- Merlin. Tu vas me dire immédiatement ce qu'ils ont osé te faire.

La voix d'Arthur était dangereusement intimidante. Mieux valait ne pas tenter sa patience.

- Ils m'ont menacé et... euh... quand je vous ai ramené au château, ils m'ont empêché d'entrer dans la citadelle, ils m'ont obligé à partir. Ils pensent que je vous ai ensorcelé. Je ne sais pas ce qu'ils feront s'ils voient que je suis toujours là...

- Je savais bien que tu me mentais, l'autre jour ! S'énerva t-il en se levant brusquement.

- Que faîtes-vous ?

- Viens avec moi.

- Arthur, mais qu'est-ce que vous allez faire ?

- Attribuer à ces chevaliers le châtiment qu'ils méritent.

Merlin déglutit avec difficulté, mais ne préféra pas se risquer à ajouter quoi que ce soit. Une objection serait inutile puisque, au fond, il souhaitait également voir ces imbéciles être réprimander pour leur méchanceté. Alors, tel un serviteur obéissant, il suivit son maître dans les couloirs et fit le tour du château avec lui, longeant la galerie, scrutant les terrains d'entraînements, cherchant dans les écuries, allant même jusqu'aux chambres des dits-chevaliers. Pour terminer, ils se rendirent à l'armurerie.

Acheric, Dalmace et Warin étaient là, en train de discuter tout en faisant du tri dans leur équipement militaire. L'arrivée d'Arthur... et de Merlin... les interpella.

- Sire ?

- Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Sir Acheric, Dalmace, Warin... je vous retire votre titre de chevalier et vous ordonne de quitter Camelot sur le champ.

Les trois chevaliers eurent exactement la même réaction. Leur mâchoire se crispa et leur regard glissa vers Merlin, un regard de pure haine. Pourtant, aucun d'entre eux n'osa aller à l'encontre de la sentence prononcée par leur souverain. Ils avaient compris la raison de sa fureur et n'avaient pas l'intention d'en rajouter pour aggraver les choses. Ils abandonnèrent donc leurs épées derrière eux, dégrafèrent leurs capes et les posèrent sur leur équipé. Lorsqu'ils passèrent devant lui, Merlin eut droit à une succession de coups d'œils venimeux. Enfin libéré de leur présence, il relâcha son souffle et passa une main gênée sur sa nuque.

- Euh... vous n'auriez peut-être pas dû...

- Si je n'avais pas pris de mesures extrêmes, ils auraient continué à te harceler.

- Me harceler... C'est un peu fort, non ?

- Pourquoi tu ne me remercie pas au lieu de te plaindre, Merlin ? Ironisa Arthur, fier de lui.

Le jeune sorcier s'autorisa un sourire, retrouvant dans la voix moqueuse de son ami un grand apaisement, un de ceux qu'il n'avait pas ressenti depuis très, très longtemps.

Arthur s'empara de nouveau d'une expression très sérieuse et débuta:

- Je vais avoir besoin de temps, Merlin. Tout ce qui s'est passé ces derniers temps, toutes ces années de mensonges... ce n'est pas quelque chose que l'on oublie facilement.

- Je sais...

- Mais sache une chose: tu es toujours mon ami et... j'accepte que tu sois un sorcier. J'ai beaucoup réfléchi et je me suis rendu compte que ça ne sert à rien de nier... mon amitié à ton égard. Je pense qu'elle est assez évidente pour tout le monde.

- Je suis soulagé de vous l'entendre dire, Arthur, répondit Merlin.

Le monarque posa une main sur son épaule et continua, toujours de cette même voix pleine d'honnêteté:

- Je ne sais pas combien de temps ça prendra, mais un jour viendra où je rétablirai la magie à Camelot.

- C'est vrai ?! S'exclama Merlin, tel un enfant exalté.

- Oui, c'est vrai. Mais il faut laisser du temps au peuple, du temps à tout le monde. Personne n'est encore prêt, surtout avec ce qui est arrivé récemment.

- Je comprends cela, admit Merlin. Et j'attendrai le temps qu'il faudra.

Cette fois, un sourire rayonnant s'était peint sur ses lèvres. La poigne qui lui enserrait la poitrine depuis plusieurs jours s'était relâchée, à son plus grand bonheur. Cette discussion à cœur ouvert avec Arthur lui avait fait beaucoup de bien, plus qu'il n'aurait pensé de prime abord.

- Mais, pour le moment, reprit le roi, tu vas rester à mon service et continuer à travailler.

Hop, envolé ! Merlin troqua son sourire pour un masque de dégoût. Arthur eut un rictus satisfait en le voyant réagir avec tant de réticence.

- Ne fais pas cette tête, enfin ! Tu as quelques privilèges maintenant, n'est-ce pas ?

Arthur quitta l'armurerie en riant d'un air faussement hautain.

- Je vous ferez savoir qu'il n'y a pas que pour mes corvées que je pourrai utiliser la magie ! Rétorqua Merlin en le suivant.

- Proclamer des menaces envers son roi est considéré comme un acte de trahison, Merlin !

- Qui a parlé de menace ? Certainement pas moi. Je disais simplement que...

- Merlin ?

- Oui ?

- La ferme.


Trois jours plus tard, Arthur, Merlin, Guenièvre, Gaïus et les quatre loyaux chevaliers des souverains étaient réunis sur l'escalier d'honneur. Alkmar et Lamira terminèrent d'accrocher leurs affaires à la scelle de leurs chevaux, puis s'inclinèrent devant le petit comité.

- Nous vous remercions de votre hospitalité, dit la druidesse, le cœur gonflé de gratitude.

- Oui, merci pour tout, renchérit le guérisseur.

- Merci à toi, Alkmar, d'avoir sauvé la vie de mon époux et celle de Merlin, précisa Guenièvre avec affection.

- Moi, je te félicite ! Rentrer dans les bonnes grâces de la Princesse, ce n'est jamais facile ! Plaisanta Gauvain en riant.

- On va dire que le destin m'a donné un coup de pouce, répondit Alkmar sur le même ton.

- Nous vous souhaitons un agréable voyage, ajouta Gaïus.

Alkmar et Lamira se courbèrent une dernière fois avant d'enfourcher leurs montures.

- Vous êtes quelqu'un de bien, Sire, fit le jeune druide à l'intention d'Arthur.

- Toi aussi, Alkmar.

Celui-ci fit un dernier tour visuel du groupe rassemblé pour son départ, conscient qu'ensemble ils formaient une grande famille, une communauté soudée et indestructible. Il se sentait heureux et fier d'avoir rejoint leur cause. Une fois définitivement prêt, il s'engagea vers le pont-levis. Mais juste avant qu'il sorte de la cour, Merlin s'avança et l'arrêta:

- Et, Alkmar ?

Il se retourna à demi sur sa selle pour entendre les prochaines paroles du sorcier. Sauf que ce fut Arthur qui parla:

- Tu as ta place à la Table Ronde ! Quand tu voudras, et si tu le veux, nous t'accueillons parmi les chevaliers de Camelot.

Alkmar afficha une surprise totale et bouleversante. Il était ému à un degré qu'il pensait ne jamais expérimenter.

- Merci infiniment ! Je réfléchirai à votre offre !

Et sur ces mots, il rejoignit Lamira qui avait déjà quitté l'enceinte du château.

Le trajet jusqu'à la grotte nichée au fin fond de la forêt fut grandement animé par leurs bavardages. Lamira n'avait pas revu ce garçon qu'elle considérait comme son propre fils, ce garçon qu'elle avait élevé après la mort de ses parents, depuis de nombreuses années, elle tenait à rattraper le temps perdu. Quant à Alkmar, il bénissait ce moment de complicité avec elle. Ces instants de confidences et de discussions lui avaient véritablement manqué, il s'en rendait compte, à présent.

Soudain, il remua sur sa scelle et passa en revue les environs. Il sentait sa présence quelque part, non loin de sa position.

- Lamira, pars devant. Je te rejoins très vite.

- A tout à l'heure, mon cher enfant.

Alkmar emprunta la route menant à la clairière. Refaire ce chemin en étant passé du côté des « gentils » était assez étrange, à son sens. Lorsque la végétation se fit moins dense, il comprit qu'il approchait de sa destination. C'est seulement quelques minutes après qu'il atteignit l'entrée de la clairière.

Morgane était là, au milieu, entourée par les ténèbres que mettaient en valeur sa mine froide et sa longue robe noire dépareillée. Le druide mit pied à terre et marcha jusqu'à la prêtresse.

- Ainsi donc, c'était vrai. Tu m'as trahie, déclara t-elle d'une voix sans émotion.

Pourtant... malgré son apparent détachement, des larmes luisaient dans ses yeux, mais des larmes commandées par un sentiment que Morgane n'avait éprouvé qu'une seule et unique fois dans sa vie.

- A l'époque, vous aviez des sentiments pour Merlin, je me trompe ? Fit Alkmar d'un ton compréhensif.

- Comment ?! Se hérissa t-elle, révulsée.

- Mais vous ne l'avez jamais compris... L'amour a toujours été un domaine qui vous échappe.

Elle dévisagea son ancien allié d'un air profondément arrogant, ne croyant pas un traître mot de ce qu'il lui disait. Si elle avait eu ne serait-ce qu'un soupçon d'amour pour Merlin, elle l'aurait su.

- Toutefois, ces sentiments ont changé, aujourd'hui, enchaîna Alkmar, toujours aussi posé, comme résigné à devoir affronter la colère de la jeune femme.

Une colère qui, néanmoins, ne vint pas. A la place, Morgane s'approcha de sorte à n'être plus qu'à un centimètre d'Alkmar. Ses yeux verts clairs, auparavant remplient de noirceur et de vices, s'étaient subitement adoucis. Elle amena ses lèvres vers celles du druide et scella avec elles un baiser tendre et fragile.

- La prochaine fois que nous nous croiserons... nous serons ennemis, murmura t-elle en reculant.

Une larme roula sur sa joue, larme qu'elle laissa couler lentement et regarda s'échouer sur l'herbe de la clairière. Puis, amère, décidée à tourner la page sur cette aventure, elle tourna les talons et disparut dans la forêt.

Alkmar resta longtemps immobile, à ressasser ce baiser délicat qu'elle lui avait donné, à tenter d'imaginer ce qu'aurait été sa vie s'il n'avait pas choisi le camp adverse, à essayer de percevoir un avenir aux côtés de Morgane. Tout ce qu'il obtint, en retour, fut une cuisante douleur, la douleur d'avoir perdu un être cher, une personne qu'il n'aurait, de toute manière, jamais pu rendre heureuse.

Il avait choisi le devoir, la serviabilité et la justice, en dépit de l'amour.

Et, à ses yeux, ce choix était le meilleur qu'il avait fait de toute sa vie.

The end

Pourquoi cette fin ? Vous avez peut-être des questions sans réponses ? Des choses qui ne vous semblent pas clair ? C'est normal ! J'ai fait exprès de laisser une fin ouverte et libre à toute interprétation.

1/ La magie reviendra probablement, mais quand ?

2/ Quelle place occupera alors Merlin dans la vie d'Arthur ?

3/ Les chevaliers sont partis très vite, ils avaient l'air très résignés, dis donc. Vont-ils chercher vengeance ?

4/ Alkmar va t-il rejoindre les chevaliers de la Table Ronde ?

5/ Oui, Alkmar et Morgane s'aiment. J'ai fait en sorte de laisser des ambiguïtés au fil du récit, mais je ne voulais pas que ce soit dit clairement avant la fin.

6/ Que va devenir Morgane, puisqu'elle n'est pas morte ?

Libre à vous de faire votre propre jugement :) Ah et, une dernière précision. En regardant de plus près la série, il m'est apparu évident que Morgane avait des sentiments pour Merlin, mais des sentiments qu'elle n'avait jamais compris. Je trouve que c'est parfois assez flagrant en fait, tout comme Guenièvre et Merlin en avaient l'un pour l'autre dans la saison 1. Bien-sûr, ce n'est que mon avis, que mon interprétation ^^ J'espère néanmoins que, si vous n'êtes pas d'accord avec moi, cette fin vous plaît quand même ^^

Allez, sur ce, au revoir tout le monde ! :) ( A très bientôt si je décide de faire une nouvelle fiction ou, qui sait, d'écrire une suite à celle-ci. )