Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Chapitre 9 : L'ivresse de la liberté
À la fin de la journée, Harry ne sentait plus son corps. Après avoir passé un moment à gagner la confiance des chevaux – voyant que la douceur marchait mieux que l'agressivité – il avait pu entamer sa tâche sous le regard satisfait du garde qui le surveillait. Le travail à accomplir était laborieux et, il fallait le dire, plus que dégoûtant. Et bien que les chevaux se fussent finalement laissé gentiment faire, il trouvait qu'ils le gratifiaient parfois de petits hennissements qui lui semblèrent un brin moqueurs. Aranwë, le cheval du maudit prince Edward, en particulier, semblait prendre plaisir à se dandiner joyeusement près de lui, ravi de le voir nettoyer tous ses excréments. Son regard noir et oblique ne le quittait pas une seconde, espiègle. Où était-ce son imagination ? Foutu canasson ! Au final, Marianne ne vint le récupérer qu'une fois que la nuit fut tombée depuis un long moment déjà. Le soldat, qui s'était nonchalamment appuyé contre une des écuries, n'avait jamais montré de signe d'ennui, et s'était contenté, dans un reniflement dédaigneux à son attention, de partir sans un mot à l'arrivée de la servante.
De retour dans ce qui leur servait de chambre, le brun ne pensait plus qu'à s'écrouler dans son lit de paille inconfortable. Du coin de l'œil, il vit Marianne occuper l'autre paillasse à ses côtés en lui lançant des regards compatissants. Dans l'après-midi, alors qu'elle lui apportait une vieille assiette en fer pleine de soupe jaunâtre à l'allure suspecte et au goût inimitable, la vampire lui avait appris qu'elle dormirait désormais avec lui. Qu'elle s'était désignée pour partageait son espace avec le pauvre humain qu'il était dans ce monde plein de vampires. La seconde couche était donc la sienne. Et il était ravi à l'idée de ne pas avoir à partager sa nouvelle chambre avec Laetitia ou une autre du même genre. Grommelant soudainement, une pensée lui fit penser qu'elle était certainement aussi chargée de le surveiller durant la nuit, mais ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Il s'était lui-même désigné comme une menace inconnue et imprévisible avec son foutu caractère. Soufflant de dépit, il remarqua posé prêt de son lit de fortune le même potage jaune que ce midi, ainsi qu'une miche de pain en supplément. Quelqu'un voulait sa mort ! Plus loin, une grande cruche d'eau reposait près de la porte d'entrée et il hésita un moment entre boire et avaler l'affreuse mixture. Finalement, la faim lui tordant les entrailles, il attrapa vivement son maigre repas, fronçant le nez et fermant brièvement les yeux, pour l'avaler sans attendre. En silence, il observa, installé en face de lui, Marianne manger sa part avec plus de retenue.
- Je pensais que vous ne buviez que du sang ? Dit-il au bout d'un moment, la bouche à moitié pleine.
Il sourit en pensant qu'il devait ressembler à Ron en agissant ainsi.
- Non. Rigola la servante. Nous pouvons digérer de la vraie nourriture, bien qu'il nous faille consommer toutes les semaines du sang pour ne pas nous affaiblir.
Acquiesçant, Harry avala difficilement un morceau de pain, et toussa longuement pour reprendre son souffle lorsqu'il se coinça dans sa gorge. Dans son esprit, il se mit à se demander si cette guerre avait commencé pour une histoire de sang ? Car si les vampires avaient malgré tout besoin de sang pour survivre, alors peut-être avaient-ils provoqué la guerre en s'attaquant aux humains pour se nourrir. Dans sa tête, une sombre histoire prenait place, les vampires jouant le grand rôle des méchants tant il ne pouvait s'empêcher de leur donner le mauvais rôle.
- Alors ? Chuchota-t-il, presque déçu en continuant plus doucement son repas. Cela veut dire que vous devez tuer des humains pour pouvoir survivre ?
- Non, n'importe quel sang nous est profitable. Fit Marianne d'un ton catégorique. En réalité, lorsqu'il a pris le pouvoir, le roi Carlisle a ordonné à son peuple de se nourrir uniquement de sang animal. Pour lui, c'était la meilleure manière de pouvoir instruire une paix entre humains et vampires. Il a nous de nombreuses lois en ce sens, c'est un grand roi.
Dans sa douce voix, sa dévotion pour ses souverains se fit encore fortement ressentir, et il acquiesça sans trop oser répondre. Revoyant ses théories, il n'était maintenant plus aussi sûr de savoir ce qui avait amené la guerre à Elysion, même si pour lui, les vampires restaient les coupables dans l'affaire. Le tout était de savoir la raison de ce conflit. Il fit tenter de questionner la servante avant de se raviser. Si Alice lui avait dit ne pas en être plus informée, Marianne ne devrait certainement pas non plus pouvoir l'aider. Il sourit encore en pensant à Hermione qui lui aurait alors dit d'aller faire des recherches à la bibliothèque pour le savoir. Mais, ici, il doutait de pouvoir avoir accès aux archives de la ville afin de mener des études sur le sujet. Et de toute manière, se dit-il en haussant les épaules, ce qui se passait dans ce monde ne le concernait en rien. Sa curiosité maladive le perdrait alors mieux valait pour lui de ne pas s'y intéresser en premier lieu. Finissant son repas, il ne put pourtant pas s'empêcher de revenir à la charge tandis qu'il remarquait une certaine contradiction dans ce que venait de lui révéler la servante.
- Si vous pouvez vous contenter de sang animal, commença-t-il, alors pourquoi gardez-vous des humains dans vos cachots ? Lætitia dit que vous les capturiez pour vous en nourrir.
- Lætitia est une langue de vipère ! Rugit vivement la jeune vampire. Dans nos cachots, il y a toutes sortes de criminels. Et les humains qui s'y trouvent sont pour la plupart des rebelles.
Les rebelles ? Parlait-elle des gens venant du Sud ? D'en dehors du territoire vampires ? Étaient-ils comme Gladys, ou Abel ? Malgré ses bonnes résolutions, Harry sentait qu'il ne pourrait jamais se rassasier de toutes ces nouvelles informations.
- Bien. Consentit-il. Si votre Grand Roi veut tant faire la paix, pourquoi vos princes acceptent-ils de torturer et tuer des humains ? Je ne pense pas être un grand diplomate, mais, ça doit faire tâche sur le CV, non ? Je veux dire, ce type d'attaque risque fort de ne pas vraiment aider à créer une certaine accalmie dans les rapports entre humains et vampires.
Il revoyait encore les prisonniers du maitre des jeux, ou encore les humains qui avaient été abattus à son arrivée. Les deux frères ne respectaient absolument pas les soi-disant « lois pour la paix » de leur père.
- La guerre a causé de nombreuses pertes pour nous tous. Expliqua Marianne, le dos raidi. Et les princes ont perdu de nombreux êtres chers à leur cœur au cours des affrontements qui ont continué même après le début du règne du roi Carlisle. Mais le pire a été lorsque des rebelles humains ont tué la promise du prince Edward. Ils ont tué Isabella !
Il sursauta sous son éclat. C'était bien la première fois qu'elle se mettait dans un tel état, et il la regarda rougir pour reprendre contenance en silence. La promise du prince ? Isabella ? Rien que son nom donnait de désagréables frissons à Harry. Même en ne voulant pas donner raison à l'odieux prince, il pouvait saisir sa peine si ce dernier était lié à sa promise. Perdre un être cher, ça, il pouvait le comprendre. Voilà pourquoi, de tous les fils du Roi Carlisle, Edward était le seul et dernier célibataire du lot. C'était ce qu'il avait compris sans y prêter plus d'attentions que ça de sa dernière conversation avec Alice.
- La princesse Isabella était la meilleure amie de Son Altesse Alice, et elle fut longtemps inconsolable après sa mort. Continua la vampire. Le prince Jasper nourrit depuis lors une haine égale à celle de son frère envers les humains. En réalité, les princes ont longtemps reproché à leur père d'être trop laxiste envers votre race, et nos autres ennemis. C'est pour cela qu'ils font régner la terreur dans leur propre contrée.
Mal à l'aise, Harry repensa à la façon dont il avait été traité par Edward. Cette colère, cette haine, crachée au visage dès les premiers instants. Il avait vu les vampires comme des monstres, et le prince l'avait certainement vu de la même façon, et ils tournaient dans une boucle infernale de dégout réciproque. Grimaçant en pensant que des humains n'avaient pas hésité à tuer une vampire royale, il ne sut s'il devait être réellement horrifié de ce fait ou compatir totalement à cette perte. Après tout, ces humains devaient se battre encore pour une raison. Et vu les meurtres dont il avait été témoin dans le désert, il ne pouvait vraiment pas prendre totalement position contre eux. En fait, pensa-t-il en secouant la tête, il ne savait même pas pourquoi toutes ces histoires qui ne le concernaient pas le troublaient autant.
- Nous étions tellement heureuses qu'il vous ait pris comme Animal. Poursuivit Marianne avec un sourire tendre. Mais notre bonheur fut de courte durée.
- Dieu merci ! Intervint-t-il froidement. Je ne désirais pas vraiment devenir son frigo sur patte, ou pire…
- Vous avez tort ! Rugit immédiatement la servante. Vous n'avez vu que le mauvais côté de votre rôle. Mais un Animal est bien plus que cela. Cela vous désignait comme le partenaire du prince, en attendant qu'il ne se trouve une nouvelle compagne. Seuls des vampires nobles, de très hautes lignées, pouvaient normalement bénéficier de ce privilège. Mais vous, vous aviez le soutien de la princesse Alice…
Haussant les épaules, Harry ne parvint tout de même pas à regretter sa décision. Quoi que, le confort dont il avait bénéficié pouvait le faire flancher… Non, finalement, il préférait être servant que de devoir partager la couche, ou plus, de ce prince sanguinaire. Il ne voyait vraiment pas pourquoi il devait être fier d'être celui qui réchaufferait la place en attendant qu'une autre promise du prince n'apparaisse.
- Après la mort de la princesse Isabella, le prince a refusé d'approcher toutes les autres femmes du royaume. S'apitoya Marianne.
- Pauvre chou !
- Mais avec vous, continua-t-elle sans avoir semblé l'entendre, il avait enfin commencé à montrer son envie de ne plus être seul. On a tous pensé qu'il ferait le deuil de sa compagne à vos côtés.
Levant les yeux au ciel, Harry se demanda si elle comptait un jour arrêter d'aborder ce sujet. Tout ce qui l'intéressait était de savoir s'il pourrait trouver son parrain dans ce monde, et accessoirement, trouver le moyen de rentrer chez lui. Il ne comptait absolument pas faire du social en s'occupant de la triste destinée de ce prince barbare. Ce dernier ne méritait pas sa pitié ou sa peine. Pas alors que dans son esprit des visions de Gladys ou Abel tournaient encore en boucle. Eux, humains, semblaient compter pour rien. La vie elle-même semblait ne rien valoir ici. Ses poings se serrèrent à un tel point à ces pensées qu'il sentit son sang s'écouler de ses paumes blessées.
- Je changerais cela. Affirma-t-il soudainement. Cette façon de faire et de penser. Je changerais tout.
Marianne le regarda intensément dans les yeux, et un long moment de silence s'éternisa entre eux.
- Je vous crois. Répondit-elle simplement. J'ai foi en vous, Harry.
Sur ces dernières paroles, il la vit se coucher dans son lit de fortune, lui souhaitant bonne nuit avant de clore ses yeux pour s'endormir. Les vampires dormaient-ils ? Harry ne put s'empêcher de rire à cette idée tant cela gâcher le côté invincible qu'il se faisait d'eux. Cette nuit-là, il prit du temps avant de pouvoir s'abandonner lui aussi au sommeil tant Morphée le fuyait. Les évènements de ces derniers jours, ainsi que les révélations de Marianne tournaient en boucle dans son esprit. Il allait définitivement changer tout cela. Mais comment ? Il n'était qu'un humain, certes sorcier à la base, mais il était à l'heure actuelle sans pouvoirs magiques et sans alliées. Qui viendrait le soutenir ? Et plus important, comment allait-il réussir à fuir le château du prince pour pouvoir entamer sa « quête de retrouver Sirius et fuir Elysion » ? Rentrerait-il même un jour chez lui ? Un point au cœur, il se sentit lentement s'endormir sur cette dernière pensée morose et douloureuse. Et les jours suivants qui s'écoulèrent lentement ne fit que renforcer son envie de fuir. Pourtant, aujourd'hui encore, il ne trouvait pas de solution.
Un cauchemar. Voilà ce qui le tira de ses songes en plein milieu de la nuit un jour. Totalement désorienté, le corps engourdit par les tâches qu'il avait effectuées durant la journée, il mit un certain temps à réaliser où il se trouvait. Ouvrant bien grand les yeux, il vit dans la pénombre qu'il avisa le plafond sale de sa chambre à Elysion. Cela faisait moins d'une semaine, avait-il compté, qu'il était servant, et il avait fini par s'habituer à cette pièce ténébreuse et austère jusqu'à la considérer comme un lieu sécuritaire où il pouvait se sentir à peu près bien. Il avait même fini par s'habituer à son nouveau statut de serviteur tant le temps qu'il passait avec Marianne, une vampire, lui semblait agréable. Surtout qu'il n'avait plus revu Edward le barbare depuis la fameuse chasse au trésor. Regardant la paillasse voisine, il vit que Marianne était profondément endormie. Reprenant difficilement son souffle qui s'était fait court durant l'affreux songe, il repensa à son rêve en roulant doucement sur le côté. Des scènes de la bataille finale s'étaient mêlées à ses souvenirs d'Elysion. Il avait vu Ron et Hermione se battre à ses côtés contre Voldemort, avant de mourir sous la flèche du prince Jasper. Tout cela créait un joyeux bordel dans sa tête.
Soudainement, ne supportant plus de rester allongé dans cette pièce sombre et froide, il se leva silencieusement pour enfiler ses fines sandales et quitter la chambre. Surpris de ne pas voir sa camarade se réveiller au son de ses mouvements, il sortit précipitamment dans le couloir sombre et vide de toute présence. Il savait que lorsqu'il était avec Marianne, à l'abri dans leur chambre, aucun garde ne le surveillait et s'en réjouit. Se collant le plus possible contre les murs, il essaya de se rappeler le chemin vers les écuries, ou vers une sortie quelconque. Il fallait absolument qu'il sorte. Qu'il combatte l'impression d'étouffement qui lui broyait actuellement la gorge.
Il savait que ce qu'il faisait était de la pure folie, mais il ne pouvait pas s'empêcher de continuer à avancer dans le noir le long des couloirs du château. Trébuchant parfois, ne voyant rien devant lui, il continuait sa route les mains collées contre le mur. Ce rêve l'avait comme électrocuté, comme si quelque chose de grave venait de se produire. Un besoin presque vital de retourner chez lui l'étreignait. Il fallait qu'il fasse quelque chose pour tenter de quitter le château afin de trouver le moyen de recontacter ses proches. Après tout, n'avait-il pas déjà réussi à communiquer avec eux ? Peut-être pourrait-il réussir cet exploit en étant loin du domaine des vampires. Tremblant au fur et à mesure de ses pas, il évita de peu le passage de deux soldats armés, et tenant à leur main une torche de flamme. Il se renforça dans le creux du mur, et les observa s'éloigner en cessant de respirer. Ils ne semblaient pas avoir l'avoir entendu, ou perçut son odeur, et les relents d'alcool qui résidaient dans le couloir après leur passage le renseigna sur la raison. Le cœur battant la chamade, il se mit un peu plus sur ses gardes, et prit la direction opposée à celle de ces soulards. L'adrénaline parcourant ses membres, il passa rapidement dans un autre couloir, avant de brusquement s'arrêter dans sa course. À l'orée d'un embranchement éclairé de lanternes, il frissonna en reconnaissant la silhouette de Keren, nonchalamment appuyé dans un recoin du passage, discutant avec nul autre que le prince Jasper.
- Me prendre tous mes humains. Disait l'homme à la chevelure brune d'une voix pâteuse et alourdie lui aussi par l'alcool. Vous y croyez, vous ? Qu'ai-je fait pour mériter ça ? Mon jeu de chasse au trésor avait pourtant beaucoup plus. Vous ne pensez pas ? Qu'ai-je fait pour mériter telle punition, votre Altesse ?
- Oui. Oui. Se contenta de répondre le blond, nullement intéressé par ses jérémiades, en portant un calice d'or à ses lèvres.
Son manque de réaction ne sembla pas déranger le maitre des jeux qui continua son interminable monologue tout en se resservant à son tour une coupe d'une jarre en Crystal contenant un doux liquide ambré. Harry vit que le blond, pour sa part, semblait comme las de l'entendre vu sa gestuelle, mais il était dur de l'affirmer. Son visage toujours aussi impassible ne laissait transparaitre aucun sentiment. Si ce n'était que ses grands yeux bleus qui laissait souvent échapper en sa présence toute sa haine ou sa colère. Mollement, il frémit en voyant le vampire balayer les alentours du regard avant que son regard perçant ne s'arrête vers le coin sombre où il se dissimulait toujours. Retenant sa respiration, il se rassura en pensant qu'il ne pouvait pas le voir. En effet, il était resté dans le noir total du couloir, bien dissimuler derrière un pan de mur. Pourtant, les yeux du prince restèrent fixement posés dans sa direction. Et un long et désagréable frémissement parcourut à cet instant son corps.
- Je dois avouer que cet humain était un lot de choix ! S'intéressa Keren. C'est à cause de lui, le gagnant, que j'ai perdu mes précieux humains.
Jasper ne répondit pas tout de suite. Il resta concentré vers sa cachette, et un large et affreux sourire apparut sur son visage. Un sourire malsain qui découvrit toutes ses dents blanches, tous ses crocs. Ce sourire plus qu'autre chose lui fit peur, et il se détourna en silence en prenant vivement un couloir inverse au leur. Dans sa fuite, il eut tout de même le temps d'entendre le prince répondre :
- Oui, une créature extraordinaire.
Un autre frisson le traversa le corps à ces mots murmurés au vent. Tournant à un passage, il freina net lorsqu'il aperçut deux autres gardes avancer vers lui. Rapidement, il courut au hasard vers une porte au fond d'un couloir adjacent, et fut étonné de découvrir une nouvelle pièce. Il avait atterri dans une sorte d'alcôve, ressemblant fortement à celle de la propriété de Keren. L'odeur forte d'alcool lui monta à la tête, le faisant un instant tituber. Sans perdre de temps, il se précipita vers la porte du fond, et la poussa avec force. Personne n'était en vue. Et le vent froid qui s'engouffra dans ses cheveux le fit presque pleurer de joie. Il avait enfin trouvé une sortie vers l'extérieur du château. Retenant une exclamation de victoire, il courut dans la nuit noire, faiblement éclairé par les rayons de la lune, tout en restant courbé et en évitant les gardes toujours en patrouille, et emprunta un petit chemin de terre menant à un terrain boisé jusqu'à un petit champ qu'il traversa tout aussi rapidement. Ce sentiment de liberté, même fictif, était totalement jouissif que son cœur bondissait de bonheur. Il se sentit presque voler. Voler vers une liberté si durement acquise. Si fortement désirée.
Oubliant le collier qui lui enserrait le cou, et le bracelet qui était à son bras, rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Déjà, le bruit d'un cours d'eau lui parvint, et c'est avec un plaisir non feint qu'il franchit une petite rivière. L'eau était glacée, et ses sandales, ainsi que le bas de son pantalon en furent instantanément trempés. Mais trop euphorique, il ne sembla pas ressentir le froid mordant de l'eau claire et scintillant sous le clair de lune, et se dépêcha de courir vers des bois encore plus denses, et plus menaçants par les hauts arbres bien fournis qu'ils y recelaient. Il s'éloignait définitivement du château, et son collier se mettait doucement à chauffer. Mais à l'heure actuelle, il ne remarqua même pas ces détails, qui auraient dû l'effrayer. Seuls les battements effrénés de son cœur, le bruit léger de ses pas, et la régularité de son souffle comptaient à ses yeux. D'ailleurs, ce sentiment de liberté avait même occulté son besoin de contacter sa famille. Il s'élançait sans plan, sans but, dans la nuit noire. Il était juste ivre d'êtres au-dehors. Bien trop tôt, alors qu'il riait à gorge déployée, son bracelet en or qui avait lentement commencé à chauffer lui élança le bras. L'ignorant, et ne voulant pas y croire, il continua avec obstination sa route plus loin dans la forêt. Mordant ses lèvres sous la souffrance, il ne ralentit sa course que lorsque la douleur commença lentement à se propager dans tout son corps. Meurtrière et sans pitié, elle ne tarda pas à se fixer péniblement dans son cœur, comme pour le serrer d'une poigne ferme, alors qu'il s'essoufflait et que sa vision s'obscurcissait.
À bout de souffle, il finit par s'écrouler à genoux, en tenant sa poitrine des deux mains, dans le vain espoir de contenir cette douce souffrance qui l'avait envahi. Essayant vainement de chasser les points noirs qui obscurcissaient sa vision, il s'effondra finalement face contre terre sur le sol poussiéreux de la forêt. Son cœur battait fortement à ses oreilles, et il pensa avec dérision qu'il ne s'était jamais autant évanoui que depuis qu'il avait touché le sol d'Elysion. Souffrant, il attendait la noirceur libératrice lorsqu'il sentit soudain un pied lui donner un fort coup dans les côtes. Et seule une faible plainte sortit de ses lèvres sèches sous ce brusque choc. Totalement désorienté, il laissa sans pouvoir rien y faire le pied le retourner sur le dos, face au large ciel étoilé. Clignant des paupières, il entrevit sous ses paupières à demi closes devant lui la silhouette sombre qui le surplombait. Qui était-ce ? La côte et le poignet endoloris, il chassa vainement la douleur de son regard pour tenter de distinguer son assaillant. De courts cheveux blonds, un regard sombre et amusé, ainsi qu'un large sourire cruel, le firent face. Jasper. Il l'avait donc vu. Caché dans ce sombre couloir, il l'avait repéré, et l'avait laissé croire à cette folle liberté avant de venir le capturer. Silencieusement, il comprit malgré sa souffrance que le blond avait dû le suivre depuis le début, en jubilant d'avance de pouvoir le mettre à terre après l'avoir fait espérer.
- Te serais-tu perdu, Harry ? Demanda justement l'infâme vampire en appuyant sur son prénom, telle une insulte. Ne t'inquiète pas, je vais bien m'occuper de toi.
La voix glaciale, et dépourvue de toutes bonnes intentions fut la dernière chose qu'il entendit avant de s'évanouir. Mais alors même qu'il était plongé dans l'inconscience, ces quelques mots le poursuivirent dans des cauchemars encore plus horribles les uns que les autres.
À SUIVRE.
