Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Réponse aux reviews :
COCO73: Coucou ! Merci pour ta review. Oui, j'avance doucement, mais surement dans l'intrigue de cette fic. J'espère que ce nouveau post te plaira. Biz.
Élodie Nina: Salut ! Merci pour ton com. Pourquoi Harry ? Parce que j'adore lui faire des misères. Sinon, enfin notre Ryry s'ouvre aux autres vampires d'Elysion. J'ai pensé qu'il était temps pour lui de cesser de faire sa tête de mule lol. Pour Edward, et sa dépendance au sang d'Harry, je vais garder le secret entier. Mais ce chapitre va un peu plus étayer mon idée. Enfin, je crois ! Bisouxxx.
Perline: Coucou ! Merci pour ta gentille review. Je vois qu'entre sados, on se comprend lol ! Donc, j'espère te ravir en torturant un peu plus Harry dans mes prochains chapitres. Sinon, Harry se rapproche d'Edward en dents de scie (ça ne lui plait pas vraiment XD). Mais je voulais vraiment faire ressortir que son odeur, et après son sang, était une véritable tentation pour Edward. Pour Marianne, je voulais au début me débarrasser de ce personnage. Mais je me rends compte qu'elle va pouvoir m'aider à développer mes perso principaux. Pour Ginny, tu as raison, je n'ai encore rien révélé de concret. Dans les prochains chapitres sur le monde magique, je vais tenter d'étayer un peu plus son histoire. Allez, je te laisse lire ce nouveau chapitre ! Bisouxxx.
Charlène : Salut ! Merci beaucoup pour tes reviews, et je suis très contente que tu me suives sur cette histoire. Dans ce chapitre, le hasard va vouloir qu'Harry va se retrouver sur le devant de la scène sans vraiment le chercher lol. Pour Jasper (j'adore trop ce perso de Twilight), je voulais lui donner un côté attachant et brisé. C'est un méchant vampire qui déteste les humains, mais d'un autre côté, il veut avant tout protéger sa famille. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira tout autant que les précédents. Biz.
Chapitre 11 : Les regrets d'un monstre
Le matin venait tout juste de se lever à Elysion, et déjà la plupart des domestiques du château courraient dans tous les sens pour effectuer leurs diverses tâches de la journée. Le soleil qui irradiait de mille feux, et dont les rayons caressaient chaleureusement les forêts entourant le château d'Efryn, semblait redonner le sourire aux habitants de la contrée. Enfin… presque tout le monde souriait sous sa douceur. En effet, Harry - qui se trouvait actuellement au fin fond d'une des plantations royales - arborait depuis plusieurs jours un air bougon, et ne faisait aucun effort pour accomplir au plus vite ses besognes. Aujourd'hui, il avait été assigné à la cueillette des cyrès pour le repas du soir, ce qui le permettait de trouver un défouloir en maltraitant les plantes qui l'entouraient. Pourtant, cette activité aurait pu à la base le permettre de découvrir qu'il existait à Elysion énormément de plantes, de fruits, de légumes et d'animaux qui différaient de son propre monde. Les cyrès, par exemple, étaient des sortent de poires de couleur feu ou orangé servant à faire le Malahys, une liqueur très sucrée, et traditionnelle à Efryn. Malheureusement, Harry était beaucoup trop contrarié pour être réceptif à ce type de découverte.
Soudainement, il retint un hurlement de douleur lorsqu'à cause de son inattention son doigt alla se piquer contre une des épines du cyrès. La plante, vengeresse, semblait comme avoir pris sa revanche sur lui. Détestant lécher de ses blessures à cause du goût ferreux du sang, il se mit à secouer vivement sa main dans l'espoir de faire disparaitre la petite goutte rouge qui y avait perlé. Il observa, comme hypnotisé, le sang tracer une fine ligne le long de son doigt blessé. Le sang. La raison de sa mauvaise humeur avec justement un rapport avec ce liquide carmin. Plongeant dans ses pensées, il se remémora sans pouvoir s'en empêcher de la dernière fois qu'Edward l'avait acculé avec brusquerie dans un coin du château pour le mordre. Cela commençait presque à devenir une habitude entre eux, et bien qu'il se débatte à chaque morsure, l'injuriant copieusement au passage, le prince ne semblait jamais vouloir abandonner l'idée de revenir se sustenter. Inévitablement, durant la morsure une nouvelle douleur étreignait son corps, et il se forçait à supporter en silence sa terrible souffrance. Une fois libéré, il repoussait toujours violemment le vampire, les jambes flageolantes et les la tête bourdonnante, lorsque celui-ci cherchait à le « consoler ». Plusieurs fois, il avait dû miser sous ses maigres forces après la prise de son sang pour éviter les caresses non désirées qui lui étaient destinées. Face à son refus, le prince le plaquait généralement violemment contre le mur dans un regard de défi répondant au sien avant de s'en aller. Au moins, il n'avait plus tenté de l'embrasser. Soufflant de dépit, il devait pourtant bien admettre que durant ces morsures, il éprouvait parfois comme un doux soulagement l'étreindre. Son sang qu'il sentait parfois le démanger s'écoulait après plus librement dans ses veines. Agacé, il avait commencé à croire que son corps commençait à s'habituer à ces horribles morsures. Peut-être était-ce de cette manière que l'on devenait calice à Elysion ? Horrifié, il n'avait jamais osé poser directement des questions à ce sujet. Et il s'était dépêché de repousser cette idée de sa tête. Lui qui voulait se battre pour être plus qu'une poche de sang dans ce monde, le voilà qui était vraiment mal parti.
Revenant à l'instant présent, il lécha finalement son doigt blessé, et chassa définitivement le prince de son esprit pour cueillir sans délicatesse – comme pour se venger – un autre de ces fruits exotiques. Bien que c'était un bon défouloir, le soleil qui tapait durement sur sa tête lui donna envie de terminer cette tâche au plus vite. Essuyant la sueur de son front d'un geste las, le bruit lointain d'éclaboussures et de courses poursuites dans l'eau le fit sursauter et attira soudainement son attention. D'où cela pouvait-il bien provenir ? Sa bonne vieille amie - la curiosité - le démangeait déjà pour aller voir. Il ne se rappelait pourtant pas avoir entendu parler d'un quelconque cours d'eau près de cette plantation. Dansant d'une jambe à l'autre, il soupesa l'idée d'assouvir sa curiosité maladive. Une partie de lui l'intimait de ne surtout pas aller voir. Mais une autre, qui avait toujours soif de résoudre les mystères qui jonchaient ce monde, le poussa à jeter un œil au phénomène. On lui avait pourtant dit que sa curiosité le perdrait, mais il se rationalisa en pensant qu'il était aujourd'hui trop tard pour lui de changer. Laissant son panier de cyrès à sa place, il se laissa lentement guider par le bruit de l'eau. Tendant une oreille attentive, il remarqua que ces sons résonnaient comme le bruit que feraient des enfants qui se chamailleraient. Coupant à travers les champs, il marcha un petit moment, laissant les branches de cyrès lui fouetter le visage, avant d'apercevoir au loin, bien dissimuler derrière quelques arbres, une magnifique cascade d'eau claire. Lui qui pensait connaitre presque totalement les environs du château, grâce aux bons soins de Marianne qui l'avait renseignée sans penser qu'il s'en servirait pour une prochaine fuite, cette merveilleuse découverte allait embellir un peu sa journée.
Rapidement, il s'approcha pour regarder cette petite merveille de la nature. L'immense chute d'eau, dont les rayons du soleil illuminaient le flot de petites gouttes d'eau cristallisées, plongeait dans un lac tout aussi large et majestueux. La vue était à couper le souffle, et Harry resta un moment hagard devant tant de beauté. S'y approchant, il se demanda s'il pourrait avoir pied si jamais il décidait d'y plonger. L'idée lui parut de plus en plus tentante, et il regarda presque fébrilement autour de lui pour voir si quelqu'un avait aperçu sa désertion. Mais personne ne l'avait suivi ou vu. Depuis quelque temps, maintenant qu'il nourrissait souvent le prince et qu'il avait testé les limites de son bracelet, il n'était plus surveillé par les gardes. Sa décision prise, il s'apprêtait à commettre son forfait lorsque son regard revint sur l'étendue d'eau qui semblait comme l'appelait de ses doux remous. Mais alors qu'il allait y tremper un orteil, il se figea de la tête au pied, son cœur ratant même un battement, en croisant un regard plein de curiosité qui surgissait au loin, sous le rideau de la cascade. Là, au milieu du lac, le haut d'une tête et des yeux étrangement scintillants dépassaient à peine de l'eau et l'examinaient fixement. Abasourdi, il observa avec fascination la créature s'approcher silencieusement de lui, restant toujours bien cachée sous les eaux troubles, jusqu'à être à environ une dizaine de mètres de lui.
Plus intrigué qu'effrayé, il se rapprocha un peu plus de cet être inconnu immergé dans le lac, et sentit à peine l'eau gelée mouiller ses chevilles. Lentement, comme rassurée de le voir approcher, la créature choisit cet instant pour brusquement sortir entièrement son buste de l'eau. Et elle était tout simplement magnifique. Drapés de ses longs cheveux blonds vénitiens qui lui collaient à la peau, et flottaient en masse compacte à la surface de l'eau, une belle jeune inconnue venait d'apparaitre. Elle possédait un visage juvénile, d'une adolescente de quinze ou seize ans, une bouche pulpeuse et d'immenses yeux bleu marine. Il resta un moment interloqué par ce regard. Car elle n'avait ni pupille ni iris, seuls deux trous bleu foncé le fixaient sans ciller. L'instinct de survie d'Harry qui semblait momentanément mis en sommeil ne l'empêcha pas d'avancer encore plus dans le lac, totalement fasciné par sa beauté irréelle. Hypnotisé, son regard descendit lentement de sa poitrine à l'air libre cachée par ses longues mèches de cheveux jusqu'au début des écailles apparaissant au-dessous de son nombril. Des écailles ? Son esprit réussit difficilement à traiter cette information, comme s'il était dans du coton, mais finit par réaliser qu'il avait en face de lui une sirène. Une sirène d'Elysion. Comme pour confirmer ce qu'il avait déjà deviné, la queue que la créature tournoya délicatement derrière elle dans l'eau du lac. Il avait déjà rencontré des sirènes dans son monde, notamment durant le tournoi des trois sorciers, cependant celle-ci ne correspondait à aucun de ses souvenirs. Il avait l'impression qu'à Elysion, toutes les créatures qu'il avait pu connaitre devenaient dans un certain sens plus féerique dans ce nouveau Monde.
- Veux-tu jouer avec moi ? Demanda brusquement la sirène. Viens jouer avec moi.
D'entendre sa voix douce et enfantine le fit presque sursauter tant le silence avait été total entre eux. Sa voix semblait totalement irréelle, dans les tons aigus et envoutants, qu'il eut l'impression qu'elle semblait comme hors du temps. Hagard, il s'avança en silence dans le lac jusqu'à ce que l'eau ne lui arrive jusqu'au niveau du thorax. Là, il marqua enfin une brève hésitation. Mais devant son doute, la sirène qui l'observait toujours avec attention s'approcha au plus près de lui, et ne s'arrêta que lorsqu'il put sentir son souffle sur sa joue. L'odeur marine de la créature qui chatouilla ses narines sembla comme le réveiller complètement. Comment était-il arrivé là ? Quand s'était-il autant rapproché de la sirène ? Paniqué, il chercha à se retourner pour nager le plus vite possible vers la berge, se débattant pour donner une certaine concordance à ses gestes tout aussi engourdis que son esprit. Mais ce fut avec patience que la sirène posa alors, telle une caresse, ses deux mains de chaque côté de son visage pour qu'il lui fasse face. Avec une force incroyable pour un être si délicat, il se fit emmener encore plus loin dans le lac. Se rapprochant, elle lui souffla au visage :
- Rejoins-nous, Harry. Mes sœurs et moi prendrons soin de toi.
Ses sœurs, pensa-t-il ? Détournant le regard, il vit du coin de l'œil avec une angoisse montante qu'il était maintenant encerclé au milieu du lac par des centaines de sirènes au visage poupon. Affolé, il regarda celle qui lui tenait toujours le visage, et tenta de lui faire lâcher prise en se débattant. Ses mains rencontrèrent une peau froide, mouillée et gluante. Celle-ci, un sourire terriblement sournois aux lèvres, le tenait à elle seule immobile au milieu de l'eau par la simple force de ses bras. Sans même réellement nager, ou encore avoir besoin de l'aide de ses sœurs, la sirène l'empêchait de s'enfoncer dans l'eau profonde du lac. Charmeuse, elle approcha alors son visage du sien et, à sa grande stupeur, l'embrassa amoureusement. Choqué, il ne put ni la contré ni se défendre. Car dès que leurs lèvres se reconcentrèrent, il perdit toute notion de ce qu'il se déroulait autour de lui. Tel un pantin, il se sentait juste flotter à des milliers de kilomètres de son corps. Comme si plus rien n'avait d'importance à présent. Complètement drogué, il avait depuis longtemps cessé de se débattre. L'esprit embrumé, il resta là, à échanger un doux baiser, et ne prêta même pas attention à son corps qui coulait lentement dans l'eau. Il était loin de ses préoccupations, loin de ses angoisses, loin de tout, lorsqu'un remous dans l'eau, comme une pierre jetée dedans, l'éveilla légèrement. Quelque chose dans l'air avait changé. Quelque chose venait de le mettre en garde malgré son apathie. Brutalement, les algues qui flottaient paisiblement autour de lui prirent soudainement vie, et s'enroulèrent autour de son corps pour le tirer vers le fond avant de le libérer. À cet instant, la créature cessa enfin son baiser mortel, ce qui permit à sa proie – c'est-à-dire lui - de prendre vaguement conscience de sa situation. Il était maintenant tout au fond du lac, entouré des centaines de sirènes qui effectuaient de larges cercles envoûtants autour de lui. Leurs queues battant rageusement l'eau dans une ronde infernale. Harry dévisagea alors celle qui jusqu'à présent lui maintenait la tête, et vit avec horreur que son beau visage avait radicalement changé. De doux et enfantin, les lignes rondes et fines de ses joues, absolument tout se métamorphosa en un visage hideux cerclé de veines noires et de rides. Ses magnifiques yeux marins devinrent d'un jaune vif effrayant alors que ses longs cheveux devenaient noirs et filandreux. Enfin, sa mâchoire sembla comme se disloquer pour s'ouvrir en un gouffre géant, laissant ainsi apparaître de petites dents pointues et effilées. Gonflant les joues pour retenir sa respiration, il sentit la léthargie qui paralysait encore son esprit reculer lentement à mesure que la peur saisissait ses membres. Furieuse de le sentir reprendre conscience, la créature laissa jaillir de sa gueule un hurlement furibond qui fit mouvoir l'eau en vagues qui les entourèrent dans une onde de choc.
Harry, qui se forçait à reprendre totalement ses esprits pour se débattre, s'apprêtait à son tour à pousser un cri dans un réflexe stupide qui lui aurait fait boire la tasse, lorsqu'une autre onde fit vibrer les eaux alentour. Clignant des yeux, il battait des mains et des pieds lorsque d'étranges filaments de magie bleu opale l'encerclèrent pour se transformer en parois rigides et translucides qui formèrent une sorte de bulle de protection autour de lui. Venait-il enfin d'utiliser ses pouvoirs ? Où le collier d'Olodora'N s'était-il brisé ? Les sirènes, rageuses de voir leur repas devenir intouchable, s'abattirent avec forte contre sa seule protection qui se solidifia. Tremblant, il chercha à maitriser sa bulle protectrice en posant ses mains dessus, lorsque celle-ci remonta vivement à la surface. Il jaillit précipitamment hors du lac, et vit avec horreur sa protection disparaitre en cours de route. Battant vainement des bras pour amortir sa chute, il reprit une inspiration bénéfique d'air frais pour hurler lorsqu'il atterrit durement sur le dos dans les herbes bordant le lac des sirènes. S'étouffant presque sous la douleur, il se redressa en regardant ces dernières faire des bonds furieux hors de l'eau.
- Il n'y a que des humains pour se laisser avoir par ces manipulatrices de sirènes. Persifla une voix masculine au-dessus de lui. Bien que je suis surpris que tu te sois laissé faire, Harry.
Tournant la tête sur la droite, il aperçut la silhouette du prince Edward en personne qui s'avançait lentement vers lui. Habillé d'un bel ensemble noir, il portait une longue et fine épée attachée à sa ceinture et affichait un air goguenard. Vraisemblablement, il était celui qui venait – encore – de le sauver en utilisant ses pouvoirs.
- Je pensais... Dit-il d'une voix cassée et éraillée. Elles m'ont comme hypnotisées. Je n'ai pas réalisé ce que j'étais en train de faire.
Il leva un sourcil perplexe à son explication en reportant un regard intrigué vers le lac.
- Les sirènes d'Elysion peuvent avoir un fort contrôle mental sur leur proie, mais elles ont rarement recours à une telle hypnose. Cela veut dire qu'elles ont jugé que tu étais beaucoup trop dangereux pour qu'elles risquent une attaque de front. Répondit le vampire avec sérieux. Dans tous les cas, si je n'étais pas venue te sauver, elles t'auraient certainement entrainé dans les profondeurs de ce maudit lac pour te noyer et te dévorer... Charmant, n'est-ce pas ? Malheureusement pour elle, je ne partage pas mon repas.
Sur ces paroles pleines de sarcasmes, il lui tourna le dos dans l'envie manifeste de s'en aller. A son grand énervement, ce dernier semblait avoir pris l'habitude de l'ignorer copieusement – lorsqu'il ne le mordait pas - pour éviter toute nouvelle discussion (ou plutôt dispute) entre eux. Seul son lourd regard le suivait parfois à travers les dédales de couloirs du palais. Il prenait sans sang, se moquant de ses supplications et ses coups, et le traitait comme un moins que rien une fois sustenté. A cette pensée, il sentit la familière et douce haine qu'il lui vouait enfler son cœur et tenta de la refouler sans encore une fois y parvenir. Il se redressa, ses jambes chancelantes un instant sous son poids, avant de faire face à son dos qui s'éloignait.
- Merci bien ! Cria-t-il aussi fort que sa voix le lui permit, figeant ainsi son interlocuteur. Mais, dis-moi pourquoi te trouvais-tu dans les parages, hein ? Pourquoi encore m'aider ? Tu, t'ai dit que ce serait dommage d'être privé de ta dose de sang quotidienne, c'est ça ?
Raide, il vit Edward se retourner lentement vers lui pour l'observer avec calme. Il semblait réfléchir à la meilleure manière de lui répondre sans sortir de ses gonds. Difficile lorsque dans son regard et sa posture lui ne cherchait que ça.
- Oui. Répliqua finalement le prince. Et alors ?
- Et alors ? Répéta-t-il, au bord de l'hystérie. Tu crois que tout t'est permis ? Que c'est logique que du haut de ton piédestal tu traites tous les autres comme de la merde ? Je suis un être vivant pas ta poche de sang personnel !
Le vampire se figea un instant, comme surpris par sa révolte, puis de la colère s'inscrivit rapidement sur ses traits. Une colère qui répondit immédiatement à sa propre hargne.
- Un être vivant ? Siffla Edward. Si j'agis de cette manière c'est bien parce que tu me donnes toujours l'impression qu'il faut tout te prendre par la force. Dans ton rôle d'Animal, tu aurais droit à plus d'égards, mais tu l'as refusé, alors ne vient pas me blâmer pour cela.
- Si tu sais que je ne voulais pas être ton Animal, pourquoi continues-tu à venir me mordre ?!
- Et as-tu pensé un instant à la manière dont je pouvais me sentir ? Moi qui suis obligée de m'éloigner de la curiosité de ma famille dans le seul but de te garder à mes côtés ? Moi qui me suis bêtement rendu esclave de ton sang... Sache que ce besoin que j'éprouve pour lui me répugne tout autant que toi !
Harry ne ressentit aucune culpabilité ou empathie pour lui et resta parfaitement stoïque face à ces reproches. La tête haute, il aurait pu se moquer de l'autre d'être devenu esclave de son sang s'il n'était pas lui-même devenu obsédé par ses morsures. L'admettre, même en pensée lui tira une grimace de dégout. En réponse, le prince – toujours accroché à son esprit – lui dédia un chaleureux regard de tueur qu'il répondit par un autre tout autant rempli d'amour. Se fixant en chiens de faïence, il se rappela aussi que ce dernier lui avait parlé d'un « éloignement » avec sa famille pour le garder secret. Il se souvint alors du départ précipité de Jasper, vexé de ne pas avoir pu le torturer, qui avait dû parler aux autres de lui comme étant une menace à abattre à tout prix. Voilà qui le compliquait la tâche s'il devait un jour fausser compagnie à Edward. Il s'imaginait déjà en train de cavaler dans le désert avec une horde de vampires des quatre coins d'Elyum à ses trousses.
- Quand vas-tu cesser de te battre contre moi ? Attaqua encore le vampire pour le couper de ses pensées. Alors même que tu décides enfin à t'ouvrir aux autres, et à tendre la main à ces…. Servants… tu me refuses à moi, qui suis prince, le droit aux mêmes égards. Ai-je été si horrible que ça avec toi, humain ? Pourquoi me regardes-tu toujours de cette manière ?
Ravalant l'insulte qu'il voulait lui lancer au visage pour le vexant « humain » dit avec tant de hargne, il encaissa avec calme ces mots durs et toisa l'impertinent de toute sa hauteur. Même si le prince le dépassait d'une bonne tête, cela ne l'empêcha de renifler de mépris en lui lançant un regard à mi-chemin entre moquerie et dégout. Le vampire avait raison dans un sens : il n'arrivait pas le voir autrement que comme un barbare sanguinaire.
- De quelle manière devrais-je te regarder ? Questionna-t-il, toujours aussi railleur.
- Tu te poses réellement la question ?! Dire que j'ai surestimé ton intelligence.
Grinçant des dents, il se retint encore de répliquer encore plus vertement. De toute manière en quoi sa haine flagrante pouvait bien le déranger ? Les humains étaient traités comme la pire des espèces ici. Alors pourquoi semblait-il tant toucher par ses réactions ? Ou était-ce le fait qu'il buvait son sang et en était envouté qui le poussait à vouloir se rapprocher de lui. Si tel était le cas, il n'avait aucune chance. Après tout, cet homme était le pire d'entre tous. Il ne manquait jamais une occasion de…
- Te dire tes quatre vérités ? Réfuta Edward, en réponse à ses pensées. Voyons, toi et moi savons que tu affectionnes particulièrement nos prises de bec. C'est un jeu que nous affectionnons tous les deux. Que deviendrais-tu si je ne te répondais pas ?
Cette dernière pique le fit encore plus réagir que toutes les autres et son cœur emprisonné dans sa poitrine en rata un battement. Il vivrait parfaitement bien sans ce maudit prince dans sa vie, lui et toutes ses piques, ses morsures, et ses yeux améthyste qui le suivaient partout où il allait.
- Sur bien des plans, nargua Edward, nous sommes semblables. Admets-le.
« Semblables » Disait-il ? Ce mot le dérangeait plus qu'autre chose. Lorgnant le prince, il grimaça à l'idée qu'il pourrait toujours trouver mieux pour être son « semblable ». Il n'avait, et ne voulait, aucun point commun ou rapprochement avec ce dernier. L'idée même était une insulte. Car il s'était trop souvent montré cruel et capricieux envers lui et les autres pour trouver grâce à ses yeux. Une petite voix souffla alors dans sa tête qu'il était pourtant – pour quelqu'un de cruel - déjà venu deux fois à son secours. Mais il la repoussa aussi sec.
- Disons que j'ai gagné. Murmura joyeusement le vampire en se rapprochant de lui tout en sentant son trouble. C'est tellement rare que tu ne trouves pas une autre méchanceté à me répliquer !
Masquant ses pensées le mieux possible, il leva un regard torve, plein de fiel, vers Edward, mais consentit à ne pas surenchérir la dispute. Celui-ci se tenait silencieusement face à lui, et plongea son regard améthyste, plein d'émotions plus ou moins positives se battaient, dans ses yeux émeraude sans fléchir. Harry se raidit en voyant son regard redescendre lentement pour se fixer sur ses lèvres durant un court instant. Allait-il encore tenter de l'embrasser à un moment pareil ? Il plissa le nez en pensant que cela faisait vraiment très cliché que de se jeter l'un sur l'autre après une dispute près d'un lac. Une vraie image de carte postale. Le sourire qui s'étendit sur les lèvres du prince l'informa que celui-ci avait capté sa pensée parasitaire, et il recula d'un pas pour remettre une distance sécuritaire entre eux. Il fut surpris lorsque le vampire lui saisit rapidement le menton de ses doigts froids pour le retenir au plus près. Plissant les yeux dans une menace implicite, il eut juste le temps de détourner le visage avant que les lèvres glacées d'Edward ne l'embrassent sur la joue.
- Vais-je encore devoir te forcer ? Susurra le roux à son oreille, en ne relâchant pas son étreinte.
- As-tu déjà réussi ? Défia-t-il en réponse.
Et, catégorique, il détourna la tête en priant pour que le vampire s'en aille sans trop y croire. Raide, il sentit pourtant le doigt frais de ce dernier lâcher son visage, avant qu'il ne s'éloigne de lui, sans un regard en arrière. Pour une fois, celui-ci ne l'avait pas obligé à accepter son étreinte, ou une morsure. Au fond de lui, il s'en sentit presque déçu avant de se gifler pour avoir pensé une telle chose.
- Nous aurons le temps de parler de choses beaucoup plus importantes une autre fois, Harry. Lui transmit calmement Edward par la pensée.
Il ne sut combien de temps il resta là à réfléchir, mais lorsqu'il redressa la tête pour voir la même sirène qui l'avait attaqué le regarder avec des yeux gourmands, il courut précipitamment jusqu'au château sans demander son reste.
Ce ne fut que tard cette nuit-là lorsqu'un rêve particulièrement violent le réveilla au beau milieu de la nuit que l'angoisse qui l'avait quitté au fur et à mesure qu'il commençait à s'adapter à Elysion revint lui serrer la gorge. Loin de songer à sa famille, c'était sa séance de torture avec Jasper qui avait hanté ses cauchemars. Haletant, il avait posé une main sur sa bouche, pour retenir le cri qui menaçait d'exploser dans la chambre. Il ne voulait surtout pas réveiller Marianne qui dormait à poings fermés. La sueur coulant sur ses temps, il tenta dans un premier temps de se défaire de ces mauvais souvenirs sans pouvoir s'empêcher de se les remémorer. Il pouvait parfaitement se souvenir de la douleur infligée, non pas par Jasper, mais par les symboles qui ornaient la chaise sur laquelle il avait été attaché. Le vampire blond ne l'avait à aucun moment touché pour provoquer cette agonie. Juste quelques mots avaient suffi. Et c'était cette puissance qui l'effrayait tant. Se redressant sur sa couche de fortune, il frémit en pensant que les écritures vampiriques ne nécessitaient aucun contact physique pour être contrôlées. Jasper les avait-il alors actionnées par la pensée ? Tout comme son bracelet l'avait arrêté en pleine fuite ? Cela signifiait que les vampires pouvaient contrôler tout objet orné de symboles vampiriques à distance. Ou alors en ayant seulement recours à leurs capacités mentales. Glacé d'effroi, lui qui n'avait plus aucun pouvoir, plus aucun moyen de défense, Harry maudit encore plus son collier d'Olodora'N qu'il portait toujours autour du cou. Dans la liste des tâches à accomplir avant de fuir qu'il avait dressée dans sa tête, « s'en débarrasser pour récupérer ses pouvoirs » était sa priorité numéro un. Sinon, au-dehors, il n'aurait aucune chance. Il savait qu'il ne devait surtout pas compter sur Edward pour gentiment le lui enlever avant de le raccompagner jusqu'à la porte. Grinçant des dents, il s'avoua que si celui-ci avait bien des défauts, l'idiotie n'en faisait malheureusement pas partie. Il ne pourrait jamais le tromper en battant des cils ou en calmant son mauvais caractère. Et même s'il lui promettait de ne pas faire de vagues une fois libérées, jamais il ne serait assez bête pour le croire. Tout à coup, une autre idée lui vint en tête : pouvait-il manipuler encore une fois le don du prince pour enlever le collier ? Il dut effacer cette idée de son esprit en se rappelant que le collier était justement là pour l'empêcher de réaliser une nouvelle fois ce petit tour de passe-passe. Il passa une bonne partie de la nuit à penser à son Monde et à échafauder des plans plus ou moins bancals avant que le sommeil ne daigne enfin l'accueillir en son sein.
Après l'incident des sirènes, Harry se jura de ne plus rester près des lacs, étangs et même rivières qu'il pouvait rencontrer. Il se contentait d'effectuer son travail journalier, en se rendant à l'évidence qu'à l'heure actuelle, il était pieds et poings liés. Au fil des jours, il se surprit presque à devenir un servant modèle le jour, et à s'amuser et blaguer dans les cuisines royales une fois la nuit tombée avec Marianne et les autres. Quelle ne fut pas alors sa surprise lorsqu'un soldat vint un matin à l'aurore l'informer que le prince le convoquait dans ses appartements royaux, et il en fut tout excité. Pas de revoir le vampire, loin de là, mais l'idée de pouvoir accéder à ces couloirs qu'il savait richement décorer et qui lui était strictement interdit mettait à mal sa folle curiosité. Même l'idée qu'il allait peut-être de nouveau servir de repas n'entamait pas sa bonne humeur. Rien que de pouvoir qu'il allait passer du côté des nobles fut une grande expérience pour lui qui en observait les alentours avec admiration lorsqu'il apercevait Edward, entouré de sa horde de partisans, s'y promener tout en prenant soin de lui rendre son regard. Curieux malgré lui, il suivit le soldat, après un dernier salut pour sa camarade de chambre comme il l'aimait l'appeler, et but littéralement tout ce qui se présenta sous ses yeux. Car le château du prince, de ce côté-ci, était réellement grandiose. Les murs étaient tapissés de toiles, et le plafond magnifié par une majestueuse fresque qui, en y regardant de plus près, semblait comme raconter une histoire. Les quelques nobles qu'Harry croisait sur son chemin plissaient le nez, comme s'il portait une odeur nauséabonde, avant de lui lancer un regard dédaigneux. Loin de la grossièreté des gardes, ils évoluaient autour de lui sans montrer aucune envie manifeste de l'attaquer, mais ils fuyaient sa présence comme s'il était le pire monstre qu'il n'ait jamais vu. Ou pire, comme s'il était un pestiféré... Bêtement mal à l'aise, il se rapprocha encore plus du mur qu'il longeait sans pourtant baisser la tête. Dans un sourire, il pensa que Marianne aurait été ravie de pouvoir l'accompagner jusqu'à la chambre du prince. Elle aurait sans nul doute rayonné dans ces luxueux couloirs, comme lui à cet instant. Au bout d'une longue marche, le garde l'abandonna finalement devant une porte gardée par deux gardes armés. Ces derniers le regardèrent longuement avant de le laisser passer avec méfiance. Un avertissement, une menace, au fond des yeux. Il se retint à temps de leur adresser un sourire narquois et préféra s'engouffrer sans attendre dans la chambre princière. Une fois passée la porte, il atterrit dans ce qui semblait être un petit salon, d'où il pouvait apercevoir deux portes closes de chaque côté de la pièce. Ici, la couleur dominante était le noir et l'or. Les meubles en bois d'ébène rayonnaient de splendeur, comme les fauteuils en cuir, ou encore les lourds rideaux de soie. S'approchant d'une fenêtre, il s'y approcha et put apercevoir la forêt qui bordait le château, ainsi que des nombreux cours d'eau. On aurait dit, une étendue de diamant sur un fond verdoyant. Ce paysage était digne du plus beau des tableaux.
- Tu adores nos forêts, semble-t-il. Souffla une voix grave dans son oreille.
Sursautant, il se retourna d'un bond et aperçut le prince qui était silencieusement debout près de lui. À aucun moment il ne l'avait entendu approcher. Étonné, il se surprit à rester sur place, le dévisageant, et se surprit à penser qu'il n'avait jamais remarqué à quel point il lui semblait jeune. Il ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans. Il avait les cheveux détachés, et portait un pantalon large au bas des hanches, sous une longue robe de chambre qui pendait négligemment sur ses épaules. Tout de noir et bleu vêtu, comme bien souvent, il laissait apparaitre son torse ferme et ses muscles nerveux à sa vue. Quel frimeur ! Pensa-t-il tout de suite alors qu'il fuyait du regard le corps du vampire. Rougissant pour une raison qui lui était inconnue, il releva finalement la tête vers lui pour le défier d'un regard ennuyé:
- C'est toi qui m'as fait appeler, non ? Dit-il à voix basse. Et tu n'es même pas foutu de m'accueillir en étant correctement habillé ?
Il n'aurait pas pu être plus insolent.
- Pourquoi ? Rétorqua le vampire, un sourire narquois aux lèvres. Ma tenue te dérange ?
Ils se fixèrent un moment en chiens de faïence, avant qu'Edward n'abandonne et ne parte s'assoir sur un des confortables fauteuils alentour. D'un geste souple de la main, il lui indiqua d'en faire autant. Réticent, il s'approcha en reculant et s'assit sur la pointe des fesses sur un fauteuil face au sien, et attendit.
- Nous avons à parler de choses sérieuses, toi et moi. Commença immédiatement le prince, en s'installant pour sa part confortablement contre ses coussins. Je crois qu'il est temps.
- Vraiment ? Fit–il avec un faux air ingénu. Et par où veux-tu commencer ?
- Que faisais-tu près de l'étang des sirènes ? Attaqua Edward, qui sentait venir une méchante pique de sa part d'un moment à l'autre. Vois-tu, j'ai longtemps réfléchi à la manière dont tu avais pu te retrouver là-bas. Il prit un air grave avant de continuer. Pourquoi t'a-t-on assigné à la cueillette des cyrès dans la plantation se trouvant juste à côté de ces créatures ? C'est un endroit très dangereux pour ceux - comme toi - qui se laissent facilement guider par leur curiosité. Tout le monde le sait !
Il détourna son regard des yeux perçants du vampire sans répondre. Il pensait pourtant que toutes ses tâches lui étaient confiées par le prince lui-même. Mais maintenant, il comprenait que celui-ci ne devait plus s'encombrer de ce type de détail, et devait le laisser aux bons soins des autres serviteurs.
- C'est exact. Répondit le prince à ses pensées. Je laisse le soin aux autres domestiques de s'occuper de toi. Mais il semble que j'ai eu tort.
Il disait cela comme si Harry avait été victime d'une tentative d'assassinat. Pour sa part, sa réaction était disproportionnée. Il avait certes piqué une tête dans le bain des sirènes, mais en était ressorti en un seul morceau. Pourtant, le regard acéré que lui renvoya le vampire lui fit largement comprendre qu'il prenait tout cela très à cœur. Alors qu'allait-il faire à ses nouveaux amis pour ce simple incident ? Cet homme était tellement lunatique qu'il craignait le pire avec lui. Pourtant, il était certain que Marianne – qui était celle qui l'avait enjoint à aller cueillir les cyrès – n'avait simplement pas pensé au danger. Son amie prenait beaucoup de son temps pour l'aider, et était lentement devenue un repère fiable dans sa vie à Elysion. Grâce à elle, il avait pu comprendre que tous les vampires n'étaient pas forcément mauvais. Et que tous ne cherchaient pas à torturer ou à tuer. En dépit des princes d'Elyum. Oui, tous les vampires ne ressemblaient pas à Jasper, ou même à Edward. Et le fait que ce dernier ait commis ces crimes à cause de la peine qu'il ressentait envers la perte de sa compagne ne trouvait pas grâce à ses yeux. Voilà pourquoi il ne pouvait s'empêcher de se battre contre lui. Parce qu'à ses yeux, Edward restait à jamais un… monstre. Dès que cette idée lui effleura l'esprit, Harry vit le visage de celui-ci se glacer dans une fausse indifférence. Lisait-il toujours ses pensées ? Un sourire malsain apparut sur son visage alors qu'il lui faisait part de toute la haine, toute la rancœur, qu'il pouvait éprouver envers lui et ses méthodes. Envers ces animaux qui...
- ...Trouvait amusant d'organiser une chasse à l'homme ! Hurlait-il finalement à voix haute.
Brusquement, il sentit une colère s'emparer de manière incontrôlable de son corps, pendant que les souvenirs de cette horrible mise à mort l'assaillaient. Il voulait frapper, mordre, et détruire tout sur son passage. Il fallait impérativement qu'il se libère de toute cette haine, de toute cette peine, qu'il n'avait jamais pris le temps d'extérioriser. Même maintenant que le prince, charmé par son sang, faisait des efforts pour paraitre « sociable », maintenant qu'il semblait enfin vouloir changer les règles du jeu avec lui, il ne pouvait s'empêcher de lâcher la bride à toute sa rancœur. Toute cette colère qui était née de son atterrissage forcé dans ce monde tellement effrayant. Furieux, et sans même se rendre compte que son corps avait bougé, il balança son poing au visage de son interlocuteur. Un son d'os se froissant – pour la seconde fois - résonna longuement dans la chambre. Il venait encore de l'attaquer en perdant quelques doigts au passage. Abasourdi, il lâcha un bref cri de douleur avant de se figé sur place, s'attendait presque à ce que les soldats postés à l'extérieur ne viennent le saisir pour le mener dans les cachots.
- Tu cherches le mal là où il n'existe pas. Murmura-t-il finalement en reprenant contenance, sa main douloureuse ramenée contre son torse. Si tu veux tant que ça rendre justice, je ne saurais que trop te conseiller de te trancher la gorge.
- Je te couperais ta langue un jour !
- Ca ne changera rien à la réalité : vous êtes un monstre !
Tremblant, il attendait la réaction du vampire avec angoisse et folie. Et ce fut avec lenteur, comme au ralenti, qu'il vit ce dernier se relever de son fauteuil pour se pencher vers lui. Face à face, il pouvait maintenant percevoir son souffle saccadé sur son visage, et les vagues oppressantes de son pouvoir. Edward irradiait littéralement de pouvoir, et certains meubles alentour tremblotaient déjà légèrement, sous le coup de son immense colère.
- Oui, c'est vrai. Grinça le vampire. Et cela ne changera rien au fait que tu finiras un jour à quatre pattes dans un lit à m'attendre. Tout frétillant…
- Plutôt mourir !
Une main glacée s'enserra violemment autour de son cou, et serra. Déjà, il suffoquait tandis que des points noirs apparaissaient devant ses yeux, l'aveuglant. Il toussa, se débattit, et chercha vainement à reprendre de l'air, ses poumons le brulant atrocement, lorsque, aussi soudainement que l'attaque avait commencé, l'attaque mortelle cessa. Il toussa, reprit de longues goulées d'air salvatrices avant d'observer l'expression fermée d'Edward.
- Je ne te ferais pas ce plaisir, siffla-t-il, les yeux noirs
-Alors nous sommes dans une impasse cher Prince.
Sa voix était rauque, brisée, et il toussa une nouvelle fois pour la dégager. Il tentait encore de reprendre son souffle lorsque le regard ébène qui le détaillait toujours minutieusement s'éclaircit. Fasciné malgré lui, il vit les prunelles redevenaient améthyste, et l'expression hargneuse du visage changer, passer de neutre à impassible, tandis que seules les deux perles violettes laissaient transparaitre de violentes émotions. Sur ses gardes, lui qui tenait encore sa gorge endolorie, il se redressa pour observer en silence celui qui était toujours son ennemi. Comme si un signal avait été donné, ils finirent par reprendre place dans leur siège, très lentement, sans jamais se quitter des yeux.
- Je ne suis pas désolé pour ce qu'il s'est passé, admit le vampire d'une voix lente et basse.
- Le contraire m'aurait étonné.
Serrant les dents, il se prépara presque à prendre un coup, dont il ne saurait pas se relever, alors que cette dernière pique faisait revenir un peu de noirceur dans son regard. La tension était inimaginable entre eux alors qu'ils se fixaient, telles deux statues, attendant que l'autre émette un geste.
- Mais il m'arrive d'avoir des regrets. Chuchota Edward au bout d'un long moment.
Ce n'était qu'un murmure. Qu'un faible son résonnant dans la pièce. Et il se demanda un instant s'il n'avait pas rêvé ces mots. Il en glissa même de sa chaise et dut se rattraper aux accoudoirs pour ne pas s'étaler au sol. Plongeant ses yeux émeraude dans les perles améthyste face à lui, Harry trembla de voir si clairement les sentiments du vampire troubler son regard. Il ne venait pas de s'excuser, mais cela avait sonné tout comme. Il éprouvait… réellement… du regret… Comment était-ce possible ? Cela allait totalement à l'encontre de l'image de monstre sanguinaire à laquelle il s'accrochait depuis le début de leur rencontre. Un vide immense et un froid glacial envahirent son corps et il se retient de claquer des dents. Des excuses. Déguisé, certes, mais il venait de recevoir des excuses. Un regret profond et sincère. Et alors qu'il tremblotait encore de tous ces membres sous l'intensité du regard repenti qui lui faisait face, il sut, il sentit que c'était ce dont il avait réellement eu besoin depuis le début. Au fond, il avait toujours voulu qu'Edward se repentît de ses fautes, de ces meurtres. Malgré lui, il désirait plus que tout voir dans son regard la même humanité qui resplendissait sur les traits de Marianne et des siens. Il souhaitait se prouver que le prince n'était pas comme Voldemort : un meurtrier incapable de démontrer la moindre absolution pour ses propres pêchés.
Oui, il fallait que le prince lui demande pardon pour l'horreur de ce monde dont il avait été témoin. Car pour lui, il pourrait alors accepter son attirance pour le prince, pour ses morsures plutôt se corrigea-t-il, s'il était capable de se repentir de la douleur qu'il imposait aux autres. Alors il voulait des excuses pour la mort de ceux qui auraient pu être ses amis. Pour la mort de Gladys, et d'Abel. Et de tous ceux qu'ils avaient vus périr depuis sa venue à Elysion. C'était vital pour lui. Parce qu'avec ce pardon émis par l'un de leurs bourreaux, il pourrait enfin commencer à se pardonner lui-même de ne pas avoir su les protéger. Son « complexe du héros », ou plutôt sa conscience pourraient alors le laisser en paix. Enfin, il pourrait peut-être tenter de lever un regard différent sur Edward.
Edward le vampire, certes, mais plus, Edward l'assassin.
Telle une poupée de chiffon, il laissa son corps tomber en avant, droit contre celui du prince, et permit à quelques larmes de couler de ses yeux. Immobile, il remercia mentalement le vampire de le laisser tambouriner sa poitrine de faibles coups de poing afin qu'il puisse totalement purger toute la souffrance de son cœur. Il craquait littéralement. Pour tout ce qu'il avait perdu, tout ce qu'il avait vécu, et en était le premier surprit.
- Je regrette, Harry. Murmura Edward, la voix rauque, en usant de son nom comme si cela était la chose la plus naturelle à faire. Il y a des choses qui se passent, entre nous, qui demandent toute notre attention. Et j'aimerais enfin comprendre ce qu'il m'arrive ! Alors, s'il te plait, arrêtons de nous battre.
Quelle politesse ! Il en resta sans voix. Interloqué par sa dernière phrase, il releva les yeux vers lui pour le fixer intensément. Après un soupir las, le prince continua sur sa lancée :
- Je ne sais pas si tu l'as déjà remarqué, mais nos rapports sont en train de changer. Expliqua-t-il. Ne me demande surtout pas pourquoi parce que je me pose bien assez de questions moi aussi. Tout ce dont je suis persuadé, c'est qu'a l'instant même où j'ai bu ton sang, j'ai été… transporté… Et tu m'as aidé à me rappeler que je n'ai pas toujours été un monstre. Alors, laisse-moi te remercier, Harry.
Puis, comme pour l'empêcher d'émettre une opposition, Edward plongea vivement son visage dans son cou pour le mordre. Avide, Harry le sentit percer sa peau avant de presque aussitôt comment à lui aspirer son sang tandis que ses bras froids l'encerclaient dans une prise douce et ferme. Il avait une drôle de manière de dire « merci », pensa vivement Harry. Et toujours aussi réfractaire, il s'apprêtait à protester contre la douleur qui émanait déjà de la morsure, lorsqu'il sentit avec incrédulité sa magie tourbillonner en lui. Jamais il n'aurait cru qu'être privé de ses pouvoirs pouvait à ce point l'affecter. Il était sensible à la moindre vibration, la moindre montée de magie en lui, et autour de lui. Et il était tellement habitué à elle, que le fait de se retrouver tel un cracmol - dans un monde inconnu de surcroit - l'avait angoissé au plus au moins. Même dans sa jeunesse, avec les Dursley, pour pouvait compter sur elle pour le protéger. Là, sa vulnérabilité le rendait presque dingue. Alors ce fut avec une sourde émotion, qu'il s'était immobilisé dans les bras d'Edward pour la sentir devenir de plus en plus puissante et mouvante à l'intérieur de lui. Il la sentit alors gronder de manière sauvage, comme si – inconsciemment – l'étreinte du vampire la stimulait. Se réveillant pour le bon plaisir de celui qui le mordait. Ou peut-être se réveillait-elle pour le protéger d'une anémie au vu de la fréquence des morsures qu'il subissait ? C'était aussi plausible.
Quoi qu'il en soit, Harry serra avec force les poings, grimaçant même pas à cause de ses doigts encore blessés, avant de vicieusement diriger sa magie vers son agresseur en une vague menaçante. Il voulait tenter de le contraindre à reculer et ainsi lui passer l'envie de le mordre à nouveau. Mais quelle ne fut pas sa déception lorsque celle-ci, loin d'attaquer sauvagement le vampire, l'avait au contraire enveloppé avec délicatesse. Abasourdi, il laissa sa traitresse de magie tourbillonner entre eux avec frénésie, en tendant inconsciemment son corps contre celui du prince. Sursautant, il ne crut se désintéressa de l'étrange phénomène lorsque la douleur de la morsure et de ses doigts engourdis reflua alors pour le placer dans une sorte de douce léthargie. Lentement, il ne se sentit plus transpercer de part en part par les affreuses canines tandis que son esprit s'embrouillait sous un sentiment de douceur infinie. Presque comateux, il ne saurait dire si le prince avait ressenti dès le départ les prémices de ce nouveau plaisir, même si les forts tremblements qui secouèrent par la suite son corps pouvaient prêter à interprétation, mais il accueillit cette nouvelle distraction avec joie. Un sourd grognement échappa au vampire alors qu'il percevait la vague de puissance de sa magie reflué doucement. Vivement, il sentit plus qu'il ne vit le prince se retirer de son cou, la bouche grande ouverte, canine saillante, dans une expiration de bonheur alors que son corps frissonnait comme s'il s'était fait électrifier. Sa respiration saccadée, et son corps tremblotant le firent hésiter alors qu'il peinait lui-même à reprendre ses esprits sous cette incroyable expérience. Il cligna plusieurs fois des yeux pour éclaircir sa vue, et avisa l'air choqué et ravi d'Edward. Lui-même ne semblait plus rien saisir à ce qui leur arrivait. Après tout, avec son collier, il n'était à la base même plus censée pouvoir percevoir sa magie. Alors le fait qu'elle puisse se manifester aussi violemment revenait du miracle. Et puis, pourquoi s'était-elle manifestée à cause de la morsure du vampire ? Pourquoi l'envelopper, et… fusionner avec lui ? Il était totalement dépassé. En se souvenant de son maudit bijou, le collier d'Olodora'N, il porta une main curieuse à son cou et sentit ses doigts chauffer contre le métal précieux. Surpris, il baissa les yeux pour voir que le bijou, dont les écritures s'illuminaient à intervalle régulier, pulsait doucement d'une douce chaleur. Le bijou semblait comme avoir eu un mal fou à retenir sa magie. Tellement fasciné, il ne nota même pas que ses doigts blessés avaient guéri sous cette vague de magie, et releva son visage pour lancer un regard étonné au prince, qui le fixait alors avec un sérieux et une incrédulité qui le fit frémir. Sa lèvre inférieure remua, comme s'il s'apprêtait à parler, avant qu'il ne se fige dans un long silence. Encore décontenancé, il était resté aussi figé que lui, oubliant de se débattre pour sortir de son étreinte, alors qu'il reprenait tous les deux leur souffle sous cette étrange expérience. Puis, lentement, Edward le relâcha tout en guettant ses réactions. Il resta un moment à l'observer, des questions plein la tête, mais, encore choqué, il finit par reculer vers la porte, sans jamais lui tourner le dos. Quand il sortit enfin de sa chambre, Edward ne chercha à aucun moment à le retenir même si son regard perçant ne le lâcha jamais. L'esprit chamboulé, il retourna dans ses quartiers sans s'émerveiller des belles peintures, et des précieuses statues sur sa route, et avait passé les heures suivantes dans un brouillard constant. Était-ce sa magie qui l'avait poussé à attendre inconsciemment chaque morsure du vampire ? Pourquoi se manifestait-elle que maintenant ? Et plus important, était-il à présent capable de briser le collier d'Olodora'N ? Un fol espoir l'étreignit à cette idée. Posant sa main sur son cœur, il pleura presque de ne plus percevoir aucune trace de sa magie. Celle-ci semblait s'être comme de nouveau éteinte lui laissant comme un trou dans le cœur.
Pourtant, en se concentrant de toutes ses forces, il pouvait encore la sentir se mouvoir et s'étendre pour le lier à la part restée accrocher à Edward.
À SUIVRE.
