Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Chapitre 14 : Une voix pour le peuple
Déambulant dans les couloirs de l'aile Est du château, qui était réservé aux invités qui avaient l'honneur d'y séjourner, sans avoir de réelles destinations en tête, Harry fulminait tout son soûl. Voilà des jours qu'il tentait d'influencer « discrètement » le prince après son petit succès pour le faire libérer les rebelles Sudariennes. En vain. Ils avaient beau passer beaucoup plus de temps ensemble à son grand déplaisir parfois, le plus souvent dans les appartements royaux du vampire pour leurs recherches, il ne parvenait plus à faire valoir ses opinions dans ses diverses décisions stratégiques. Il avait compris depuis le temps que s'énerver ne servirait à rien, et avait gardé un silence buté qui ne l'avait pas plus aidé à le manipuler. En vérité il ne comprenait même pas son entêtement de vouloir se mélanger à leurs histoires. C'était comme si, étant de toute manière bloqué en leur compagnie, il ne pouvait s'empêcher de prendre part aux prémices de cette nouvelle guerre dont il connaissait tellement les dégâts. Peut-être que son complexe du super héros lui causait encore plus de problèmes qu'il ne se l'imaginait. Plongeant dans ses pensées, il se remémora lentement sa dernière tentative infructueuse. Il avait pourtant été discret en se contentant, aux premiers abords, de donner un simple avis sur le retrait des soldats royaux à la lisière des territoires du Sud. Affirmant ainsi à Edward que cela permettrait d'établir une certaine confiance entre les Elysionniens et leurs ennemis. Qu'il était de leur devoir de baisser les armes en premier. Malheureusement, le prince – loin d'être convaincu – s'était contenté de lui rétorquer qu'il devait avant tout protéger son peuple. Il était impératif pour lui que ses troupes demeurent en faction afin de prévoir toutes attaques, et pour, il l'avoua sans honte, intimider sans pitié leurs adversaires.
- Si tu retires tes soldats, avait-il insisté, les autres peuples au Sud pourraient y voir une envie de cesser les combats. Cela pourrait les inciter à enfin faire la paix avec Elyum.
- Ou cela leur donnera une bonne raison pour nous envahir. Avait raillé Edward. Si je retire mes troupes, non seulement je laisserais la porte ouverte pour d'éventuelles attaques, mais en plus je mettrais les autres contrées gouvernées par ma famille en danger. Si un de nous tombe, cela pourrait avoir de graves répercussions sur notre gouvernement, de cela, tu ne t'en rends pas compte.
- Mais ils ne vont tout de même pas attaquer si vous vous contentez de rester et de vous renforcer sur vos terres. Au lieu de rester là-bas à maintenir ce climat de peur et de danger. Au contraire, une fois chacun chez soi, ils pourront peut-être enfin passer à autre chose ! Avait-il insisté, buté. Je dis juste que tu devrais y penser.
- La haine et la défiance nourrissent nos cœurs depuis des décennies, Harry. Ils n'admettront jamais qu'on veut vraiment faire la paix avec eux juste avec ma seule parole. Ils ne croient déjà pas mon père qui lui est un vrai pacifique ! Alors tu penses vraiment qu'ils hésiteraient à nous mettre à terre s'ils sentent la moindre faiblesse de notre côté ? Ces gens-là ne veulent pas de paix, Harry. Ils n'y sont pas prêts !
- Ou peut-être est-ce-vous qui n'y êtes pas prêts ?! Mais il va bien falloir à un moment donné commencer quelque part.
Au final, à la fin de cette altercation d'idées, il sut qu'Edward n'était pas totalement prêt à changer sa manière de penser, ou de gouverner. Et il le lui faisait consciemment comprendre qu'il restait le seul à prendre toutes ces décisions lorsqu'il lui demanda plus ou moins poliment de quitter ses appartements pour mettre fin au débat. Harry, fulminant, était parti en sachant qu'il devait donc se résoudre à admettre cette défaite. Cette tête de mêlée d'Edward était inflexible. En plus d'être loin d'avoir totalement tord dans ses arguments… Et cela l'agaçait encore plus prodigieusement. Il tenta une autre fois d'amener ses idées plusieurs jours après de bouderie et de regards menaçants longuement échangés entre eux, et, une fois de plus, leur discussion avait immédiatement viré en dispute pour finir en pugilat. Les murs du château en avaient vibré, il en était sûr. Ses pas le menèrent finalement vers une cour extérieure d'où il pouvait apercevoir d'autres champs de plantations au loin. Il s'y engagea, passant devant une large porte en fer forgé à double battant, et continua à déambuler sans se préoccuper de ses tâches journalières qui l'attendaient toujours. Il renifla en pensant à Aranwë qui devait attendre impatiemment qu'il vienne nettoyer son écurie pour hennir joyeusement lorsqu'il découvrirait les petits cadeaux qu'il lui laissait à chaque fois dans le foin. Il était tellement pris dans ses pensées qu'il faillit ne pas percevoir le bruit sourd du métal s'entrechoquant qui résonna dans l'air de ce début de matinée. Il se stoppa pour observa derrière lui, et avisa la large porte en bois qui menait à l'aile plus au Nord du château qu'il n'avait jamais pris le temps de visiter. Aucune de ses tâches ménagères ou de ses excursions pour trouver son plan d'évasion ne l'avait mené par ici. De plus en plus intrigué, il observa le panier de draps sales qu'il portait dans ses bras sans y penser, et le déposa rapidement dans un coin au sol afin de satisfaire sa curiosité. Le bruit provenait d'une des portes en haut de la tour. Comme s'il commettait un forfait, ce qui devait être le cas, il n'arrêta pas de regarder tout autour de lui avant de lentement ouvrir le passage – qui grinça affreusement – vers l'aile Nord du château. Tout de suite, il finit par remonter le long d'un escalier de pierre en colimaçon jusqu'à atteindre un palier décoré luxueusement, mais assez sobrement comparé aux appartements royaux. Curieux, il s'avança le long d'un couloir, et, percevant d'autres bruits, s'approchèrent jusqu'à une des portes dans le fond. Le plus discrètement possible, il l'ouvrit rapidement et s'y faufila en vérifiant bien qu'il n'avait pas été vu et suivit.
Quelle ne fut pas alors sa surprise de se retrouver dans une large pièce circulaire, illuminée par de grandes portes fenêtres en bois clair, d'où il pouvait apercevoir en contrebas les tréfonds des champs et bien plus loin, de la ville. En regardant les combinaisons de sièges vides ou encore la grande estrade entreposée au milieu de la pièce, il comprit rapidement qu'il se trouvait dans une sorte de tribune intérieure. Ou plutôt, un énorme amphithéâtre. Oui, c'était le nom qu'il donnerait à cette pièce. Admiratif, il se glissa entre les diverses chaises, le long des portes fenêtres qui éclairaient largement les tableaux et les armes accrochés aux murs, et ne tarda pas à monter prestement en haut de l'estrade pour en faire le tour. Tournant sur lui-même, les yeux émerveillés de découvrir cette nouvelle pièce, il eut un sursaut lorsque son regard rencontra finalement des yeux améthyste bien connus qui le fixaient sans ciller. Clignant des paupières, il grimaça devant l'air moqueur du prince qui le dévisageait sans aucune gêne dans un des recoins de la salle. Il portait de nouveau une tenue simple, et avait retenu ses longs cheveux en catogan. Dans chacune de ses mains, il pouvait apercevoir une large épée dont la lame était ornée de plusieurs sigles en Argpal.
- Tu fais de l'escrime dans une pièce aussi belle ? Demanda Harry, une moue désapprobatrice aux lèvres. C'est limite un crime.
Le prince se contenta d'un rictus encore plus moqueur.
- Es-tu venu m'encourager ? Dit-il, charmeur. Où te joindre à moi ?
- Ni l'un ni l'autre. Réfuta-t-il en faisant déjà demi-tour. Je passais juste dans le coin.
- Mais cela ne t'empêche pas de rester.
Ignorant la proposition, il continua calmement son chemin vers la sortie. Après tout, ils étaient toujours fâchés l'un contre l'autre. Ou plutôt, lui, il était toujours en colère. Et le fait qu'il ait laissé le vampire se sustenter de son sang bouillonnant n'y changeait rien.
- Allez, Harry. Héla celui-ci. Montre-moi ce dont tu es capable !
Sans pouvoir se contrôler, il se figea à ces mots alors que ses yeux brillaient d'une nouvelle flamme. S'il y avait bien quelque chose qui le faisait réagir, c'était bien les défis. S'il doutait de ses capacités, même sans sa magie, il allait être servi. Durant la guerre, et un peu après la fin, il s'était longtemps perfectionné dans le combat au corps à corps durant des cours d'auto défense du côté moldu, y trouvant un certain exutoire à ses cauchemars. Il n'avait arrêté que parce ses recherches pour libérer son parrain du voile avaient pris un nouveau tournant avec l'apparition d'un étrange grimoire. C'était d'ailleurs là qu'il avait trouvé la formule pour Elysion.
- Tu vas encore utiliser tes pouvoirs, alors que moi je suis bloqué. Commença-t-il avec morve pour se donner l'air inoffensif. Et même sans tes pouvoirs, ta nature de vampire te donnera toujours un large avantage sur moi.
- Eh. Rigola Edward. Je voulais me battre honnêtement. Sans pouvoirs, ni capacités vampiriques… Ça te va ? Où vas-tu encore trouver une autre excuse ?
- Une excuse ?
Piqué dans son amour propre, il s'avança d'un air décidé vers son adversaire de toujours qui lui tendit prestement une de ses épées, avant de se mettre en position au milieu de l'arène. Harry, bien qu'il tique sous la lourdeur de son arme, se mit sans une once d'hésitation face à son adversaire. S'aidant du peu de connaissance qu'il avait sur la manière de se battre à l'épée, il se reposa surtout sur ses souvenirs de l'art du combat pour tenir celle-ci bien fermement des deux mains avant de la placer face à lui en défense. Sans plus attendre, le vampire abattit avec force sa lame contre lui, et il ne put contrer l'attaque qu'au dernier instant. Le coup résonna fortement dans ses mains, remontant le long de ses bras, faisant même trembler ses jambes qui glissèrent légèrement. Reculant pour tenter d'amortir le choc, hésita sous la prochaine attaque à mener, et finit par balancer vivement son épée au niveau du visage de son adversaire, espérant ainsi le surprendre. Cependant, il ne s'attendait certainement pas à ce que le prince réagisse avec autant de force, et de vivacité. Rapide, celui-ci évita son attaque en se courbant légèrement, et profita de son abdomen à découvert pour le frapper avec le pommeau de son épée. Courbé sous le coup de la douleur, il ne put esquiver l'enchainement qui suivit après cette attaque et se vit rapidement désarmé avant qu'un croche-pied ne le fasse chuter lourdement au sol. Ce fut la piqure d'une lame aiguisée pointée contre son cou qui marqua la fin de l'affrontement qui n'avait duré que quelques secondes.
- Dans un vrai combat, sache que c'est celui qui fait preuve de plus d'ingéniosité dans ses attaques qui remporte la victoire. Et que tu ne peux pas compter sur la chance en frappant à l'aveugle pour gagner. Dit Edward d'une voix rauque, ses yeux assombris par une certaine colère dont il ne comprenait pas bien la raison. Si tu hésites, si tu commets une erreur, si te montre faible, ou si tu doutes de tes capacités … seules la mort t'accueillera en son sein.
- Tout ça pour dire ? Coupa-t-il au sol, encore essoufflé par son affrontement.
Il vit le vampire plisser les yeux de manière menaçante alors que la lame de son épée s'enfoncer un peu plus dans sa gorge.
- Tout ça pour te faire comprendre ma position dans ce conflit. Martela-t-il avec hargne. Je me dois de protéger dans la limite de mes moyens chaque habitant d'Elyum. Cette guerre nous déchire dure depuis bien trop longtemps, et il y a eu beaucoup trop de perte de notre côté pour que nous nous permettions la moindre erreur. Comment quelqu'un comme toi, étranger à notre douleur, peut-il venir me donner des conseils ? Tu ne sais pas ce que cela fait d'être bercé la nuit par les cris d'agonie de tes semblables éventrés sur le champ de bataille. Tu ne peux pas avoir conscience du danger de nos ennemis alors que tu n'as jamais eu à les combattre. Tu e sais pas ce que c'est que de perdre !
- Bien sûr que si que je le sais ! Je ne suis pas aussi novice que tu le crois en matière de guerre ! Cria Harry, en saisissant la lame contre son cou pour l'écarter. Tu me reproches de ne jamais avoir été aux premières loges pendant que vous vous entretuiez ? Je connais déjà l'odeur du sang des champs de bataille, mais assassiner des innocents ne m'intéresse pas. Te voir torturer et organiser des jeux morbides ne m'intéresse pas. Ça, oui, je ne le comprends pas ! Et je ne l'accepterais jamais !
- Je ne te demande pas de juger de mes actions ! Tout ce que tu veux c'est forcé les autres à adhérer à tes opinions. À ta vision de la justice ! Répliqua le vampire. Apprends qu'Elysion est un pays marqué par la douleur et les pertes causées par la Grande Guerre. Et ce n'est rien de comparable à ce que tu as déjà vécu, crois-moi. Il prit une longue inspiration pour se calmer avant de continuer : La paix que certains cherchent tant à instaurer prendra bien place un jour, mais encore faut-il que nous soyons tous d'accord pour l'établir. Que tu veuilles montrer la voie est tout à ton honneur. Mais il faut aussi que d'autres te suivent dans ce choix afin qu'il y ait un réel changement. Aujourd'hui Harry nous somme encore trop peu à croire en tes idéaux – que ce soit à Elyum ou dans tout Elysion - pour qu'il y ait une quelconque évolution. Alors en attendant, je ne mettrais aucun membre de mon peuple consciemment en danger pour toi.
Il fixa le prince reprendre lentement son souffle après la plus longue tirade qu'il lui avait jamais encore adressée. Allongé sur le sol, l'estomac encore douloureux, il réalisa à quel point il avait peut-être eu tort. Il avait foncé tête baissée, prônant ses idées comme son drapeau, sans prendre en compte tout le reste. Il ne savait même pas ce que pensait le reste d'Elysion. Il ne connaissait même pas l'origine du conflit et se targuait de pouvoir le résoudre. Il avait voulu contrôler le prince, pensant qu'il était le seul à être capable de prendre les bonnes décisions alors qu'il n'était un enfant qui jouait dans la cour des grands. À cet instant, il réalisa que s'il voulait aider qui que ce soit, il devait impérativement gagner en sagesse. Il ne devait pas apprendre à manipuler les autres, comme il avait en premier lieu voulu le faire avec Edward, mais être ce qu'il avait été pour son peuple : un symbole de liberté. Pour la première fois, il dut se forcer à ne pas sourire aimablement au prince, alors que celui-ci l'aidait gentiment à se relever en le regardant d'un air joueur. Car enfin, ils s'étaient compris. Et alors qu'il regardait avec une certaine fascination les yeux noirs du prince redevenir violets, il sentit un agréable frisson parcourir le long de son dos. À l'intérieur de lui, diverses émotions plus ou moins négatives se battaient entre elles, et il remarqua à peine la pression des doigts froids du vampire sur sa main se faire légèrement plus ferme. Un vertige le secoua un instant lorsqu'il reconnut dans les soudains battements effrénés de son cœur et les vibrations de son corps l'envie de se faire mordre par celui qui lui répondit à son besoin en l'entrainant dans une étreinte solide. Mais ce désir était totalement différent à présent. Loin d'être dévorant, loin d'être un manque dérangeant, cela lui apparaissait brusquement comme une… évidence. Et c'était avec une justesse effrayante qu'il pencha la tête sur le côté pour se laisser mordre. Le souffle étrangement court, il vit une lueur sauvage passer dans le regard d'Edward avant que celui-ci ne se penche lentement vers lui. Totalement pris dans leur monde, il se laissait entièrement charmer et attendait avec fébrilité la douce morsure qui ne saurait maintenant tarder alors qu'un souffle chaud s'abattait dans son cou. Malheureusement ce fut le bruit des battants de la porte de la salle des combats s'ouvrant à la volée qui finit par le faire sursauter tandis que le prince retenait un grognement en s'écartant. Tournant vivement la tête, en rompant presque brutalement tout contact physique avec lui, il reporta son attention sur le nouveau venu d'un air tendu. Il observa un soldat en armure argenté, dont les cheveux d'or brillaient sous les rayons du soleil, qui s'avançait lentement vers eux en prenant bien soin d'éviter son regard. Il ne laissait rien transparaitre, mais Harry savait qu'il avait vu leur échange et se posait des questions. Il pria pour que les rumeurs qui parcouraient déjà le château depuis qu'il se rendait régulièrement dans les appartements royaux ne s'amplifient pas à cause de ça. S'inclinant respectueusement devant le prince, et en ignorant ostensiblement sa présence, le nouveau venu resta à genoux, la tête baissée, en attendant le signe de tête de son souverain qui l'autorisa à se redresser et à parler.
- Mon prince. Dit-il d'une voix veloutée. Il semblerait qu'un de nos villages ait été incendié. Et avec la chaleur de ces derniers jours, les pertes seront assez inquiétantes…
- J'arrive. Coupa immédiatement Edward d'une voix grave en reprenant tout son sérieux.
Harry qui avait observé le visage auparavant ouvert et rieur du prince muter en une expression sauvage et impénétrable à l'arrivée du soldat, écouta attentivement l'échange entre eux sans oser intervenir. Une attaque avait eu lieu ? Il resta pétrifié par la nouvelle avant de voir Edward qui se précipitait au-dehors, vers les lieux de l'incendie. Rapidement, il se reprit et courut pour attraper vivement son poignet pour ramener son attention à lui.
- Amène-moi avec toi. Demanda-t-il.
- Harry, je suis pressé. Nous parlerons plus tard…
- Amène-moi !
- Harry !
- Tu sais que je ne te lâcherais pas !
Le regard violet du prince le transperça de part en part, et il tenta de rester stoïque face à l'examen dont il faisait l'objet malgré la sueur qui coulait le long de son dos. N'avait-il pas dit qu'il était pressé ? Alors il était temps d'y aller ! Finalement, il retint un autre sourire lorsqu'Edward sembla enfin prendre sa décision et, agrippant son poignet, l'entraina vivement à sa suite sous le regard étonné du soldat qui les suivait de près. Il se laissa guider à travers d'innombrables couloirs, et observa le prince lancer de temps à autre divers ordres aux soldats qu'il croisait sur son chemin. Pendant un instant, il ne put s'empêcher de penser qu'il était malgré tout un sacré bon dirigeant qui possédait un charisme assez impressionnant. Après tout, rien ne le forçait à se rendre sur les lieux d'un incendie. Il aurait pu rester sagement sur son trône et envoyer ses hommes apporter leur aide à la population en crise. Il aurait pu sinon renvoyer le garde qui l'avait prévenu, sans se sentir concerné par cette affaire, mais au contraire, il s'élançait dans les couloirs et entrainer de nombreux hommes à sa suite, pressé de voir ce qui était arrivé à ses gens. Il fut fier de lui. Cette pensée, qui était brièvement passée dans son esprit, semblait avoir été perçue par le vampire, car il le sentit ralentir temporairement sa course pour lui lancer un sourire ravageur. Rapidement, il s'était empressé de chasser ces pensées pour aborder un autre sujet.
- Est-ce que tu vas m'enlever mon bracelet ? Demanda-t-il rapidement, l'air de rien. Juste pour que je puisse franchir les barrières du château, je n'ai pas envie de souffrir le martyre une seconde fois.
- Cela ne sera pas nécessaire. Sourit Edward avec malice, en touchant le bracelet d'Olodora'N dont les écritures scintilla un court instant. Tant que tu es avec moi, tu n'as pas à t'inquiéter de tes entraves.
Il cacha le plus possible sa déception. Lui qui pensait pouvoir dire adieu à au moins un de ces maudits bijoux. Il aurait dû savoir qu'Edward ne se laisserait pas aussi facilement avoir. Toute fierté pour ce dernier s'évanouit et il ragea dans son dos en le fusillant du regard. Enfin, ils déboulèrent dans la cour arrière et franchirent un énorme portail qui déboucha vers un chemin de pierre, bordé de bosquets bien entretenus qui avaient été tracés jusqu'à l'orée d'une petite forêt en contrebas. Au loin, il pouvait mieux apercevoir la grande ville d'Efryn entourant le château, puis bien plus loin la large fumée noire qui ternissait la vue vers les splendides montagnes aux pointes blanches et marron. Sans lui laissait le temps de retenir ce nouveau passage vers l'extérieur, le prince le tira vers un rassemblement de soldats en armure rutilante. Ils étaient tous déjà montés sur leurs chevaux, des épées accrochées à leur ceinture, une large cape rouge tombant sur la croupe de leur monture, et un phœnix ouvrant ses ailes sur deux épées entrecroisées gravées sur leur poitrail. Il avait fini par comprendre que le Phoenix était le signe distinctif des vampires. Les épées en plus devaient donc représenter le prince Edward au vu de la longue épée finement ouvragée que lui avait tendu un de ses hommes et qu'il attachait autour de ses hanches. En tout cas, cela lui correspondait bien. Grimaçant, il comprit qu'ils allaient devoir faire le trajet à cheval lorsqu'il vit les autres cheveux qui étaient amenés vers eux par les palefreniers royaux. Il n'était pas vraiment ravi de devoir monter sur ces animaux avec qui il n'avait manifestement aucune affinité. Mais pouvait-il vraiment faire des manières alors qu'il était celui qui avait insisté pour suivre le prince ? Ignorant les regards curieux que lui jetaient franchement les autres soldats, il vit un des garçons d'écurie amener un magnifique étalon noir comme la nuit qu'il reconnut immédiatement vers le prince. Avec respect, le jeune homme tendit les rennes de l'animal, un brin nerveux, à son propriétaire avant de s'écarter. Lestement, à force d'habitude, Edward s'élança d'une jambe et avait enfourché sa monture avant de récupérer la cape que lui tendait un autre de ses hommes. Le cheval hennit pour la forme, prêt à partir.
- Viens. Lui dit-il alors en lui tendant une main. Nous devons nous dépêcher pour tenter de limiter les dégâts du feu.
Hésitant, il fixa la main tendue devant lui, avant d'observer de nouveau la monture. L'étalon, comme s'il avait senti son malaise, poussa un hennissement qui sonna moqueur à ses oreilles.
- Tu n'as rien à craindre d'Aranwë. Rigola Edward en comprenant sa gêne. C'est un cheval très doux.
C'était un foutu canasson qui lui faisait la misère dès qu'il s'approchait des écuries. Alors il n'osait imaginer ce qu'il lui ferait une fois sur son dos. Devant son haussement de sourcil, et le prince sembla comprendre qu'il ne l'aurait pas avec ses doux mensonges.
- Très bien. Convint-il. Mais je te jure que tu n'as vraiment rien à craindre. Allez, dépêche-toi ! N'as-tu donc pas confiance en moi ?
- Non !
Il avait répondit sans hésiter. Clair, net, et concis. Il vit une lueur d'énervement passé dans le regard du prince, avant que celui-ci ne lui saisisse violemment le bras pour le forcer à monter en selle, à l'avant. Sans plus attendre, il sentit plus qu'il ne vit le vampire donner à sa garde le signal du départ, avant que le doux Aranwë ne se mette en route dans un galop furieux. L'animal courait à une vitesse hallucinante, et il eut rapidement mal aux yeux de se battre avec le vent pour tenter observer les bois qu'ils parcouraient. C'était la première fois qu'il sortait du palais, et il ne verrait rien de leur excursion. Serrant les jambes contre les flancs du cheval, il sentit les muscles puissants de l'animal qui le portait, alors qu'une des mains froides du prince venait de se plaquer contre son ventre sous sa chemise miteuse pour se coller aux muscles de ses abdominaux dans un frisson. Harry n'eut pas le temps de protester qu'il se sentit être tiré contre un torse ferme alors que le cheval redoublait encore plus d'efforts si possible. Le bruit de leur cavalcade au travers de la forêt devait certainement faire s'enfuir de nombreux animaux sur leur passage tant leur procession en elle-même devrait paraitre inquiétante. Coupant à travers les bois, ils évitèrent de passer dans le centre de la ville, et continuèrent inlassablement leur route vers le village incendié. Sous une telle rapidité, la fumée, et l'odeur de cendre ne tardèrent d'ailleurs pas à envahir leurs narines.
Lentement, il finit par rouvrir ses yeux pour observer le premier rideau de flammes lécher les murs des maisons collées les unes aux autres qu'ils pouvaient déjà apercevoir. Ici, l'incendie était d'une autre nature. Ce village avait la particularité d'être assez isolé en dehors de la ville, il n'y avait rien aux alentours si ce n'était un océan de pins, de bouleaux, de hêtres. Dressé à l'avant de la monture, il était pétrifié par l'ampleur du désastre et ébloui par le spectacle. Ce qu'il avait d'abord prit, il devait l'avouer, pour un simple incendie de broussailles barrait tout l'horizon, et un nuage noir empoisonnait l'air. La fumée semblait comme omniprésente autour d'eux, leur bouchant ainsi la vue, et les étouffant presque. Et Harry pouvait presque sentir la chaleur infernale émaner de ce feu mortel pour lui lécher la peau. La procession continua son chemin à l'intérieur même du village, les chevaux hennissement, nerveux, alors qu'ils s'avançaient entre les maisons en feu pour s'arrêter au milieu de ce qui avait dû être la grande place du village qui elle était totalement dégagée et épargnée par les flammes. Harry pouvait y apercevoir quelques survivants – femmes et enfants essentiellement – pleurant les uns sur les autres tandis que les soldats déjà présents les mettaient à l'abri tout en tentant de réduire l'avancée de l'incendie. Pendant que d'autres hommes de la cité accompagnaient d'autres gardes qui tentaient de prêter main-forte à ceux qui étaient encore prisonniers des flammes. D'autres encore puisaient de l'eau d'un vieux puits à proximité et tentaient vainement d'éteindre les flammes qui avaient faim de pouvoir les atteindre. Sans succès. Car au vu de la propagation du feu, seul un orage pourrait être capable de le contenir. Et, avisant le beau ciel bleu, les chances qu'il pleuve étaient quasiment nulles. À leur arrivée, Harry vit plusieurs villageois et soldats qui vinrent rapidement encercler leurs montures saluant respectueusement leur prince dans leur affolement et demandant de l'aide aux soldats royaux encore en selle. Certains d'entre eux laissèrent leur regard charbonneux errer étrangement sur lui qui se blottit inconsciemment contre le torse d'Edward avant de – se reprenant - prestement se décoller de lui.
Les mouvements rapides des vampires qui tentaient de limiter le plus possible les dégâts se firent incessants alors que le prince donnait de nouveau ses ordres d'une voix forte. Leur escorte descendirent rapidement de selle pour prêter main forte et ne furent plus que des tâches perdues parmi les flammes tant ils bougeaient vite. Mais les flammes, incontrôlables, gagnaient incontestablement du terrain. Et déjà la plupart des murs des maisons alentour s'effondraient dans des fracas assourdissants. Apeuré par le spectacle, il ne remarqua même pas lorsque le prince descendit à son tour de cheval pour s'empresser d'apporter son aide à un groupe d'enfant qui fuyait une maison en feu dont le toit s'effondrait. Dans un état second, il perçut vaguement les liens de son don de télékinésie lorsqu'il tira du puits de longues gerbes d'eau sur les maisons enflammées. Il était impressionné de voir avec quelle rapidité son pouvoir lui permit de maitriser la situation, le nuage de fumée s'effilochant et se confondant avec les nuages, tandis que l'incendie tendait enfin à mourir. Mais ce fut que lorsqu'il vit près de lui divers enfants pleurant la disparition de leurs parents, qu'Harry se résolut enfin à sortir de son état d'effarement. Se reprenant difficilement, il descendit à son tour du dos d'Aranwë – étonnement calme - pour se rapprocher des survivants de l'incendie. Peut-être pourrait-il apporter son aide ? Il n'avait pas sa magie, mais était prêt à tenter de les réconforter dans la mesure de ses moyens. Cependant, alors qu'il venait à peine de tendre la main vers une jeune adolescente qui tentait de rassurer une petite fille entre ses bras maigres et salis par la suie, celle-ci s'écarta d'un bond de lui. Abasourdi, il la regarda ouvrir la bouche pour lui montrer ses crocs alors qu'un grognement agressif, vivement amplifié par celui des autres survivants qui se placèrent devant leurs enfants, ne se fasse entendre. Dans ses bras, la petite fille qu'elle consolait jadis reprenait avec force ses grondements menaçants en le regardant avec une haine incroyable pour un si petit être. Le doux visage sali par la cendre était maintenant traversé de veines bleues et le corps vouté de l'adolescente semblait se préparer à l'attaque. En réalité, tous les villageois semblaient être prêts à l'assaillir. Et il comprit que s'ils ne l'avaient pas fait dès son arrivée, c'était parce qu'il se trouvait entre les bras d'Edward sur sa monture.
- Ça suffit ! Rugit à cet instant la voix forte et salvatrice du prince dans son dos. Recule-toi, Harry.
Sans attendre qu'il ne fasse mine d'obéir, il le sentit lui tirer le bras pour l'écarter des autres vampires qui le fixaient toujours avec hargne. Au loin, certains soldats, dont celui aux cheveux d'or, s'étaient temporairement arrêtés pour observer la scène. Certains souriaient face à la réaction des villageois, et d'autres approuvaient plus ouvertement en montrant eux aussi leurs crocs. Mais ce fut le regard glacial du prince, qui balaya intensément ses partisans, qui finit par refroidir leurs ardeurs. Se tournant face à lui, il leva un regard timide vers lui et se laissa dévisager par son regard de nouveau assombri. Le corps tendu, il comprit alors pleinement les paroles qu'il lui avait dites telles des coups de poing dans l'estomac un peu plus tôt dans la salle d'entrainement. Les vampires d'Elysion détestaient les humains. Et les humains au Sud devaient détester tout autant les vampires. Cela faisait partie de leur histoire. Et cet état des faits était tellement marqué dans leurs mentalités que cela s'était même transmis au cours des générations. Au point que même les enfants d'Elysion regorgeaient de la même haine envers les humains. S'il tenait encore à se mélanger à ces conflits pour y mettre fin avant son départ, il devait sans conteste faire d'abord disparaitre la haine. Et pour ça, il n'avait aucune solution. La poigne ferme du prince sur son épaule qui mima un sembla de caresse fit le sortir de ses sombres pensées. Son visage toujours impassible pouvait laisser penser qu'il était indifférent à la situation. Mais le regard noir et agité qui se posa sur lui lui permit à de mieux appréhender une foule de sentiments. De son geste, une main légère posée sur son épaule, Edward ne tentait-il pas de le consoler face à sa mine déconfite ? Voire même de le protéger ? Dans tous les cas, pour une fois, il ne rechigna pas devant un tel rapprochement.
- Nous en avons terminé, mon prince. Les interrompit le soldat aux cheveux d'or. Il semble que le feu n'ait pas eu le temps de faire de victime. Cependant, il est inutile de tenter de sauver l'arrière du village, les flammes ne laisseront rien derrière elles. Par chance, il n'y a que des pics rocheux de ce côté, et sans aucun arbre ou fourré, les flammes mourront d'elle-même.
- Bien. Répondit Edward avec d'une voix maitrisée. Escortez les villageois à la ville principale, et que tous trouvent abri et nourriture pour les jours à venir. Vous n'aurez qu'à réquisitionner les auberges par ordre royal. Nous nous occuperons de rebâtir leurs maisons plus tard…
- À vos ordres.
- Renforcez aussi les gardes autour de ces terres. Je ne veux plus d'incident de ce genre !
Toujours un peu déboussolé, Harry le laissa donner ses ordres et regarda une dernière fois l'adolescente qu'il avait voulu aider. Elle lui rendit un regard noir qui le força à se détourner et à suivre le prince qui retournait enfin à sa monture. Manifestement, sa présence n'avait servi à rien durant cet incendie. Si ce n'était à amplifier les tensions. Le regard balayant vaguement les ravages du feu, il sentit un frisson glacial le parcourir lorsque son regard capta au loin une forme trouble prisonnière d'une des maisons encore enflammées. Pensant avoir rêvé, il se figea et attendit un moment d'apercevoir la silhouette, les yeux plissés par la concentration.
- Là ! Cria-t-il en revoyant l'ombre s'agiter dans le feu. Il reste quelqu'un d'autre dans les flammes ! Dans la maison, là !
Un silence austère s'étendit autour de lui à ces mots. Certains vampires le regardèrent dédaigneusement avant de reprendre tranquillement leur route, tandis que d'autres le fixaient franchement comme s'il avait perdu l'esprit. Affolé en voyant maintenant une seconde silhouette se débattre vainement pour trouver une sortie, Harry s'apprêtait encore à protester lorsque les doigts froids du prince recouvrirent sa bouche.
- Arrête, Harry. Lui souffla-t-il à l'oreille. Personne ne fera rien pour eux. Ce sont ceux qui ont causé l'incendie.
- Quoi ? S'estomaqua-t-il, en se dégageant de sa prise avec difficultés. Vous avez des preuves de ça ? Et même s'ils étaient coupables, ils ne méritent d'être sauvés afin d'être jugés lors d'un procès, non ? Ce serait l'occasion de vraiment faire une vraie justice !
- Ils ont déjà été jugés. Gronda Edward en le tirant vers Aranwë. Alors, laisse tomber.
Retirant vivement sa main de la poigne du vampire, il le fixa avec entêtement sans frémir sous son regard rempli de menace. Il ne pouvait pas être sérieux, n'est-ce pas ? Ils ne pouvaient pas faire justice de cette manière. C'était juste trop… barbare ! Dévisageant le prince, il fut surpris de le voir détourner brièvement le regard comme s'il était vraiment ennuyé par son entêtement.
- Tu plaisantes, n'est-ce pas ? Demanda-t-il encore. Je croyais que tu en avais fini des tortures et autres joyeusetés. Qu'est-ce que tu ne me dis pas ?
Autour d'eux, un silence pesant semblait vouloir perdurer. Les spectateurs, effarés de voir leur dirigeant perdre son temps à s'expliquer devant un humain, en avaient presque oublié la tragédie qu'ils vivaient en les fixant d'un air abasourdi. Tout semblait s'être figé autour d'eux dans un tableau presque comique : lui, les bras croisés sur son torse, buté, face à un vampire agacé qui le toisait de toute sa hauteur.
- Ce sont des humains, des rebelles. Et ils…
- Ah d'accord ! Coupa—t-il. Parce que ce sont des humains, ce sont forcément eux qui ont mis le feu. Et ils méritent la mort le plus affreuse possible.
- Oui. Tonna Edward. Sinon, pourquoi des humains viendraient-ils dans un village appartenant à des vampires ? Surtout dans ma région. Tu crois vraiment qu'ils sont venus boire le thé ? Tu as pourtant bien vu la réaction des autres villageois à ta présence. Ou il t'en faut plus ?
Harry dut convenir qu'il n'avait pas entièrement tort sur un point. La réputation d'Edward et de Jasper n'était plus à faire. Marianne lui en avait suffisamment parlé pour savoir que leur jeu morbide, leur haine des humains, et leurs mœurs avaient largement passé les frontières et était connue à travers tout Elysion. C'était d'ailleurs une des raisons pour laquelle il était de nouveau si célèbre : lui, l'humain qui avait dompté un monstre. Il savait tout au fond de lui qu'il y avait une grande chance pour que ces humains soient des rebelles. Et que leur présence à Efryn n'était pas anodine. Mais cela voulait-il dire qu'ils avaient commis cet incendie ? En avait-il les preuves ? Cela justifiait-il qu'ils meurent ainsi parmi les flammes ? C'était justement lors des jours comme aujourd'hui, face à ce type de dilemme, qu'il devait les forcer à être plus que des meurtriers. À vouloir faire plus que juste tuer des humains sans raison ni preuve.
- Ils ont dû s'être bêtement pris dans leur propre jeu. Expliqua doucement Edward, comme pour ne pas le brusquer.
- l'as-tu lu dans leur esprit ? À travers ces flammes ?
Le prince haussa un sourcil étonné par sa question et prit un temps avant de lui répondre :
- Non. Mais cela ne changera rien au fait que personne ici n'ira les sauver, Harry. Personne ici ne risquera jamais sa vie pour un humain.
Ses mots tombèrent comme des pierres dans son estomac. Les yeux embués par les restants de fumée ou autre chose, il regarda autour de lui comme pour avoir confirmation. Les visages qui lui rendirent son regard n'exprimaient que satisfaction, hargne, et désespoir. Oui, personne ici n'irait sauver ces humains prient entre ces flammes mortelles. Car un humain mort de plus était un bon humain.
- Moi. Dit-il finalement en les défiant. Moi, j'irais.
Se détournant, il allait se mettre en route vers les maisons toujours enflammées, se moquant du souffle de la chaleur du feu qui léchait déjà sa peau, lorsque la poigne ferme d'Edward le retint par le bras. Sa prise était tellement forte qu'il lui mal.
- Ne sois pas stupide. S'énerva ce dernier. Tu n'as aucune chance d'en ressortir vivant. Même si ce sont tes semblables, tu n'as pas à payer pour leur crime.
- Tu n'as aucune preuve ! Tu les condamnes pour leur humanité ! Comment pourrais-je rester en vie à tes côtés si tu fais ça ?
Se dégageant violemment de la prise du prince, ignorant son air troublé, il sentit son courage griffondorien envahir chaque fibre de son être et l'adrénaline montée en lui. Levant la tête, et s'écartant de la haute stature d'Edward pour faire face au reste du village et aux soldats, maintenant mitigés face à l'étrangeté qu'il représentait, il prit la parole :
- Je ne vais pas les sauver juste parce qu'ils sont humains. Dit-il d'une voix forte, quoiqu'un peu enraillée. Je vais les sauver parce que ce sont avant tout des êtres vivants. Et qu'ils ont autant le droit que vous de faire partie de ce monde. Et aussi parce qu'il faut bien que quelqu'un ait enfin les couilles d'arrêter de se réfugier derrière la haine et la colère. Puis, se tournant vers le prince, il reprit mortellement sérieux : Et tu sais quoi, je suis prêt pour ça. Je suis prêt à aider ce pays. À me mouiller dans ces conflits, et ça, même si ça ne me regarde pas. Parce que j'ai choisi que c'était aussi mon affaire étant donné que je suis bloqué de son Monde de fous ! Aujourd'hui plus qu'hier… Je suis prêt à mettre ma vie en jeu.
Gonflé à bloc, d'une assurance qu'il n'avait que très rarement éprouvée, il n'attendit pas sa réponse pour s'avancer vaillamment vers les flammes. Dans le fouillis de sa tête, il réfléchissait déjà à la meilleure manière de contourner le rideau de feu pour atteindre les malheureux pour les faire sortir de la fournaise sans que personne ne soit blessé. Ses vieux réflexes de la Guerre contre Voldemort le mettaient déjà en condition pour affronter ce nouveau danger sans peur ni crainte. Pris dans son élan, il allait s'élancer par l'arrière d'un es bâtisse lorsqu'il faillit trébucher quand Edward passa avec sa rapidité vampirique près de lui pour s'élancer avant lui dans les flammes. Abasourdi, il se stoppa et le vent souleva ses cheveux lorsque le reste de la garde le dépassa en vitesse pour s'élancer comme un seul homme pour aider le prince à libérer les humains. Clignant des yeux, abasourdi, il les vit progresser avec brio, brisant les murs ou les portes qui pouvaient barrer leur chemin tandis que le reflet du pouvoir d'Edward empêchait la progression de l'incendie grâce à un dôme protecteur. Venait-il vraiment de s'élancer dans les flammes pour sauver des humains ? Avait-il réussi à l'atteindre assez pour qu'il aide ceux qu'il haïssait le plus ? Lui-même en tant qu'humain ne trouvait grâce à ses yeux que parce qu'il ne faisait pas partie de ce monde, et donc, n'était pas relié à ceux qui lui avait pris sa fiancée. Pourtant, il avait réagi à ces mots et combattait son aversion pour sa race pour leur venir en aide. C'était incroyable ! Regardant autour de lui, il vit que les villageois étaient tout aussi éberlués que lui. Certaines femmes avaient même recouvert leur bouche d'une main tremblante, comme pour retenir un cri. Était-ce de la surprise ? Non, c'était plutôt de la terreur pure remarqua-t-il avec un temps de retard. D'où provenait cette peur ? Il pensait qu'ils seraient énervés de voir leur prince risquer ainsi sa vie pour des rebelles. Cependant, il ne s'attendait pas à une émotion aussi négative que l'effroi qu'il lisait dans leur prunelle.
- Le feu. Dit subitement une voix sur sa droite. Aucun vampire n'aime ces flammes mortelles.
Retenant un sursaut, il regarda curieusement la seule vampire qui venait de lui parler. Le regard toujours fixé sur le village en feu, l'adolescente qu'il avait précédemment tenté d'aider s'était approchée et venait de lui adresser indirectement la parole. Et bien qu'elle garde une certaine distance entre eux, une lueur encore farouche au fond des yeux, il sentit bêtement une émotion lui serrer la gorge en voyant que la petite villageoise était venu à lui. Tout ne lui semblait plus perdu dans ce cas.
- Tu ne le sais pas, n'est-ce pas ? Continua la jeune fille. Tu ne ressembles pas aux autres humains. Elle l'étudia un instant du regard, le renifla même, avant de se détourner. Le feu est l'une des seules choses capables de tuer un vampire. Et les rebelles le savent parfaitement.
- Vous tuer ? S'étrangla-t-il. Mais je pensais les vampires immortels !
- Immortalité et invincibilité sont deux choses bien distinctes, humain…
Où était la différence ?! Son esprit devint blanc alors qu'il se retournait vers les maisons en flammes qui retenaient encore le prince. Venait-il de l'envoyer à la mort ? Non, son pouvoir pouvait le protéger. Il allait s'en sortir. Le regard hanté, il observa les soldats rapatrier le premier rebelle des flammes, en priant pour l'apercevoir. Edward n'aurait jamais pris de risques inutiles, n'est-ce pas ? Non, il était bien trop précieux et orgueilleux pour se mettre aussi bêtement en danger. Même sa langue de feu ne pourrait rien y changer. Avec ses pouvoirs, et sa force… Cet homme était invulnérable ! Alors pourquoi diable ne sortait-il pas de ces maudites flammes ? Presque tous les soldats étaient déjà revenus, en sortant un autre survivant des flammes. Tous, sauf Edward.
Pourquoi ? Pourquoi ? Où était encore ce maudit prince ? Il allait le rendre dingue jusqu'à la fin.
Le cœur au bord des lèvres, il s'apprêtait à se jeter lui-même dans la fournaise lorsque le toit des maisons en feu s'effondra dans un grand fracas. Une vague de poussière se souleva et l'aveugla un instant. Il toussa, les yeux douloureux, et battant l'air d'une main sentit son cœur manquant un battement. Ou était ce maudit prince ? Il ne voyait plus rien. Il allait hurler son nom lorsqu'enfin le vampire tant attendu surgit plus loin d'une autre bâtisse incendiée en portant près de trois autres hommes dans ses bras. Ceux-ci il ne les avait même pas du tout vus. Le vampire avait dû capter leur pensée affolée et les sauver. Sans attendre, il le vit les lâcher avec dédain au sol, un groupe de gardes venant déjà les saisir pour les mettre à genoux à côté des deux autres pour être menées vers le château où ils seraient interrogés, avant de s'avancer vers lui. Harry qui le détaillait fébrilement vit que ses vêtements, légèrement brulés par endroits, n'enlevaient rien à sa prestance alors qu'il évoluait parmi sa garde royale, donnant encore quelques ordres pour le retour, et saluait et rassurait ses gens qui avaient craintivement attendu son retour. Certaines mèches de ses cheveux s'étaient échappées de son catogan, et de la suie tachait sa joue et le haut de sa tempe, mais toutes ces marques ne faisaient qu'embellir un peu plus la beauté de ses traits. Tandis que l'aura sauvage qui l'entourait totalement semblait faire trembler le sol sous chacun de ses pas. Où était-ce lui qui tremblait de tout son corps ? Il ne saurait dire et ne voulait pas y réfléchir. Il attendit impatiemment qu'Edward se soit arrêté face à lui pour mieux l'examiner fiévreusement. Ce dernier ne lui semblait pas avoir été blessé. Retenant une expiration soulagée, son regard fut à cet instant attiré par une marque plus sombre qui semblait s'étendre sur la joue droite du vampire. Sans s'inquiéter de faire preuve de délicatesse, il lui saisit durement le menton pour voir la chair brulée de son visage se résorber à une vitesse hallucinante. Sous son regard captivé, il vit la chair blessée pousser et se rejoindre pour se cicatriser, tandis que la douce peau pâle cachait vivement toute trace de lésion. C'était fascinant.
- Oh, Harry. Plaisanta Edward, en retirant sa main de son menton. Tu t'inquiétais pour moi ?
Cependant, son sourire moqueur disparut de ses lèvres lorsqu'il croisa son regard vert émeraude tourmenté. Il dut se reprendre à deux fois avant de pouvoir correctement lui répondre. La boule d'angoisse, qui avait auparavant menacé de l'étouffer, commençait tout juste à vouloir s'enlever de sa gorge pour laisser passer un fin filet de voix.
- Oui.
La dernière chose qu'il perçut avant que les crocs effilés du vampire ne se plantent dans son cou fut un long grognement guttural. Renonçant à le repousser, il se surprit à agripper avec force sa cape ternie par la cendre. Étrangement, un sentiment de paix l'envahit et calma son angoisse face à la morsure, et le poussa totalement allé dans la prise forte qui l'enserrait de toute part. Fermant brièvement les yeux, il ignora les voix et hoquets des autres vampires et sentit sa magie se manifester une nouvelle fois en lui pour répondre au tumulte de ses sentiments. Ravageuse, indomptable, elle parcourut chaque partie de son corps, faisant surchauffer le collier d'Olodora'N qui tentait difficilement de la maitriser, avant de trouver un passage en s'enfuyant dans le corps du prince pour se mélanger à son essence. Celui-ci ne tarda d'ailleurs pas à vibrer contre lui sous la puissance de son pouvoir, un autre grognement au fond de la gorge. Il avait l'impression qu'il pouvait suivre le trajet de sa magie alors que celle-ci le quittait pour envahir le corps du vampire. Il la sentait frôler ses organes vitaux, faire pulser plus violemment son cœur, se mélanger à son essence vitale d'une magnifique couleur bleu opale avant de lentement redescendre pour s'ancrer dans la terre. Retenant un vertige, il leva ses yeux vers le ciel clair de tous nuages si ce n'était la fumée noire de l'incendie qui s'éclaircissait, et ne put empêcher une pensée de traverser son esprit.
« Si seulement il pouvait pleuvoir… »
Et alors que cette pensée envahissait son esprit pour se répercuter dans celui du vampire qui se sustentait toujours, il vit sa magie qu'il percevait toujours avec une nettement effrayante se faire plus volatile et s'élever dans les airs. La manière dont il percevait les énergies depuis son arrivée à Elysion ne l'étonnait même plus alors qu'il l'observait, comme si elle était dotée d'une volonté propre, quitter leurs corps entremêlés pour s'évaporer dans l'air. Il pensait qu'il ne se passerait rien de plus lorsqu'un vent froid et humide souffla immédiatement après autour d'eux, et que la température descendit brusquement pour les laisser transis de froid. Dans un état second, il perçut au loin les cris affolés des villageois à la vue des gros nuages noirs envahissant le ciel. Un éclair d'une violence inouïe le zébra avant qu'une minuscule goutte de pluie ne s'abatte sur le front du jeune homme. Immédiatement, d'interminables autres gouttes de pluie s'abattirent sur eux, la première d'entre elles glissante tombant sur sa joue et glissant jusque dans son cou et vers la bouche du prince, avant de les noyer, eux et les flammes dévastatrices qui rongeaient encore le village, de leurs eaux salvatrices. Lentement, il sentit Edward se détacher de son cou – faisant ainsi de nouveau retomber le tumulte de sa magie - pour observer à son tour le phénomène. Aucune surprise ne s'étendit sur son visage offert aux gouttes de pluie, alors que ses vêtements se gorgeaient de l'eau, et que l'orage qu'ils semblaient avoir provoqué se faisait plus violent. Un tremblement échappa à Harry alors qu'il observait calmement l'eau ruisseler sur le long de sa tempe et nettoyer la suie qui le maculait encore. Et lorsque leurs regards se croisèrent de nouveau, il n'aurait su déterminer totalement les émotions qui les traversèrent tous les deux. Mais une chose était sûre : il se sentait comme en osmose pour la première depuis le début de leur rencontre. Une léthargie familière envahit soudainement ses membres, et il laissa le vampire supporter la majeure de son poids alors que ses jambes venaient de lâcher. Les bras le long du corps, le visage levé vers le prince, il battait faiblement des cils pour tenter de se concentrer sous les gouttes de pluie qui l'aveuglait au passage. Il retint un gémissement en sentant Edward caresser d'un geste tendre la marque de sa morsure d'une main, alors qu'il rapprochait encore plus leurs deux corps de l'autre.
- Je sais enfin ce que je vais faire de toi, Harry. Lui murmura-t-il. Je suis sûr que cela va te plaire.
Papillonnant des yeux, luttant pour rester conscient, il se força à se concentrer sur lui.
- Tu feras finalement un excellent Conseiller. Le premier Conseiller humain à une cour vampirique.
L'éclair qui zébra le ciel à la fin de sa phrase sembla comme pour approuver sa décision alors qu'ils venaient enfin de s'apprivoiser.
À SUIVRE.
