Elysion, le royaume des vampires

Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.

Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !

Réponse aux reviews :

Laanais: Coucou ! Merci beaucoup pour tes reviews. Je suis contente de t'accueillir sur cette fic. Moi aussi, lorsque j'écris, j'oublie parfois de continuer à décrire ce qu'il se passe pour Hermione, Ron et Ginny. Le monde d'Elysion (ou Underworld XD) me passionne totalement. Pour Harry, tu vas vite te rendre compte qu'il est beaucoup trop crédule. Il pense trop que la paix va venir en claquant des doigts ! Mais bon, Edward ne risque pas de le rater au passage. Sinon, je suis heureuse de savoir que tu aimes cette histoire. Et j'espère que tu vas continuer à me suivre. J'avoue qu'il peut y avoir des similitudes entre moi et Ryoujoku no ame, mais je suis contente de savoir que l'originalité de ma fic la différencie finalement. Je te laisse lire ce nouveau chapitre. Biz.

Charlène : Salut ! Tu vas aimer ce chapitre qui rapproche un peu plus le couple E/H. Pour Hermione, Ginny et Ron, j'hésite encore sur la suite à leur donnée. J'ai bien envie de remettre le désordre du côté du monde sorcier XD. Merci encore de continuer à me suivre. Je te laisse lire ce nouveau post. Bisouxxx.

coco73: Merci beaucoup pour ta gentille review. J'espère que tu aimeras aussi ce nouveau chapitre. Bisouxxx.

Arawelle: Coucou ! Merci pour ta review. Ah ah ! Je vois que j'ai réussi à te convaincre de me suivre sur cette fic lol. J'en suis très heureuse. Ce nouveau chapitre est tout aussi dynamique (enfin, je l'espère) que les précédents. J'espère que ça te plaira. Biz.

Perline: Salut ! C'est toujours un plaisir de lire une de tes reviews. Eh oui, Harry commence enfin à comprendre le monde d'Elysion et ses habitants. En plus, Edward semble prêt à l'aider et à le soutenir. La route est longue avant de pouvoir calmer les esprits (comme le montrent les villageois), mais rien n'est impossible. Pour Hermione, Ginny et Ron, ils l'ont échappé de peu. Mais bon, pour les Gardiens, ils ne représentaient pas vraiment une menace. Par contre, Harry et sa manie à ne rien faire comme tout le monde va poser un problème. La question est : qui est réellement Harry. C'est bien un sorcier, mais pas seulement… Là, je garde le mystère entier XD. Au fait, Ginny - qui est enceinte (j'adore le fait que ça te mette en rogne lol) – va faire beaucoup parler d'elle dans le monde magique. Je n'ai pas encore bien défini son caractère (j'y réfléchis encore), mais cela ne saurait tarder. Allez, je te laisse lire ce nouveau chapitre. En espérant que tu l'aimeras tout autant que les précédents. PS Ton idée de dîner aux chandelles me plait beaucoup. Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Je crois que je vais te l'a piqué lol. Bisouxxx.

Élodie Nina: Salut ! Merci de continuer à me suivre. Eh oui, on ne change pas une équipe qui gagne. Harry joue les héros, et c'est Edward qui en paie le prix. Je garde le mystère entier concernant la morsure d'Edward XD. Pour l'incendie, malheureusement, ça ne fait aucun doute que les rebelles sont les coupables. Et ça, crois-moi, ça risque d'échauffer les esprits. Pour le poste de conseiller, n'ai pas peur lol. Harry va faire comme d'habitude : foutre la merde ! Du côté du monde sorcier, Harry se retrouve – encore – l'élu de quelque chose. Les Gardiens ne croient pas tous à cette hypothèse, pourtant, il le devrait. Mais comme tu as pu le lire, ils sont très puissants et fermés au monde. Du coup, ils se pensent trop infaillibles. J'espère que tu aimeras ce nouveau post. Biz.

Alessa Lilly Petrova: Coucou ! Eh oui, le couple E/H se met en place avec difficulté. Ils sont encore en train d'apprendre à se faire confiance et à se connaitre. Mais bon, la guerre qui fait rage ne les aide pas vraiment à se rapprocher. Merci encore pour tes reviews. Je te laisser découvrir ce nouveau chapitre. Bisouxxx.

Chapitre 15 : La grande noblesse d'Efryn

Roulant sur le côté gauche, Harry poussa un gémissement de pur bonheur tout en remontant sa couverture sur son épaule refroidie. Fatigué, il allait replonger dans un sommeil réparateur lorsqu'un indiscret rayon de soleil filtra à travers la chambre et l'éblouit. Il tenta vaillamment de se raccrocher à ses rêves, tournant et retournant dans le lit confortable dans lequel il reposait, avant de finalement se résoudre à ouvrir les yeux. Bâillant largement, il posa un regard endormi sur le plafond de sa chambre, et observa sans y penser le large lustre en cristal qui y pendait. Il sursauta. Un lustre en cristal ? Il n'y en avait pas dans la petite pièce sombre qu'il partageait avec Marianne. Quelque chose clochait. D'un bond, il s'était redressé dans le lit, en s'emmêlant une jambe dans les draps qui faillit le faire réaliser une chute mémorable, puis finit par reprendre son équilibre pour tourner sur lui-même et découvrir la magnifique pièce dans laquelle il dormait si paisiblement. Il se trouvait dans une luxueuse chambre, illuminé par de nombreuses larges fenêtres en bois clairs, d'où il pouvait apercevoir la forêt qui bordait le château. Les murs étaient décorés par de magnifiques aquarelles dont les tons clairs qui rappelaient la beauté du désert d'Efryn dans une épopée de nuances et de couleurs toute particulière. Les nombreux meubles en bois blanc laqué, et le sol en marbre étaient autant d'éléments qui amplifiaient l'impression de richesse qui émanait de la chambre.

Hébété, chassant vivement les dernières traces du sommeil en se frottant vivement les yeux, et rassembla rapidement ses souvenirs de la veille. Hier, il pouvait se rappeler en dernier de s'être évanoui dans les bras d'Edward, rassuré que l'incendie qui détruisait le village ait pu être maitrisé sans causer trop de pertes. Il passa une main lasse dans ses cheveux, se demandant encore quelle autre misère le prince sadique de cette contrée le réservait. Car il savait que c'était lui qui avait certainement dû le ramener au château pour l'abandonner dans cette opulente chambre. Quelles étaient les règles de ce nouveau jeu ? Il allait se dépêcher de s'enfuir de la chambre, ne voulant pas croiser le vampire et subir ses moqueries ou autres, il n'était pas d'humeur, lorsque le souvenir de ses derniers mots avant son évanouissement ne lui revint en esprit dans une claque mentale. Il était à présent un Conseiller. Et peu importe ce que cela pouvait bien signifier, son nouveau statue semblait lui accorder des droits suffisants pour disposer d'une telle chambre. Refaisant un tour de la chambre du regard, il finit par s'approcher du lit qu'il avait précédemment quitté à la hâte. Il repoussa d'une main les draps en soie jaune tournesol qui le recouvraient, et s'y assit avec un bonheur non feint lorsque le doux matelas de plumes imita la forme de son postérieur et le soutint. Quel plaisir ! Dormir presque à même le sol l'avait déshabitué avec un tel confort. Comme un enfant, il faillit par se renverser sur le dos dans le lit, les bras en croix, et souffla de contentement alors qu'il n'osait toujours pas croire que sa nouvelle fonction au château pouvait lui conférer un aussi grand confort. Éblouit par la grandeur la pièce, les oreillers bien moelleux, les meubles lustrés, et la vue panoramique sur la forêt et les rivières des fenêtres, il sursauta violemment lorsque la porte de la chambre s'ouvrit à la volée et cogna contre le mur. Là, sans démontrer la moindre gêne après une entrée aussi cavalière, il vit Edward entrer dans sa nouvelle chambre d'un pas conquérant tout en le regardant de haut. Il se redressa en position assise pour lui rendre son regard moqueur et hautain. Le prince devait définitivement s'entrainer pour paraitre aussi dominateur même en ne disant rien. Il secoua la tête de la voir pavanée dans la chambre pour aller s'assoir sur un fauteuil, jambes élégamment croisées. Sans y penser, il se mit alors à le détailler et admira l'ensemble bleu marine, cintré à la taille, qu'il portait au-dessus de sa cape noire dont le col était parcouru de broderie argentée. Il remonta le regard, croisant un autre améthyste, goguenard, et grimaça en voyant à quel point il semblait en pleine forme. Le regard rieur qu'il lui lança d'emblée lui confirma qu'il avait suivi toutes ses pensées et s'en réjouissait dans sa bonne humeur du moment.

- Comment trouves-tu ta nouvelle chambre ? Demanda sans plus attendre le vampire. J'ai pensé que cela te conviendrait mieux.

- Tu étais sérieux ? Balbutia-t-il malgré lui. Je vais être ton… Conseiller ? Je ne sais même pas ce qu'est un Conseiller dans ton monde ! Attends…. Je suis sûr que c'est encore un mauvais plan dans le genre de celui où tu m'avais nommé Animal. Allez, vas-y, où est le piège ?

Sans lui répondre, le prince retint un rictus moqueur avant de tranquillement croiser ses deux mains devant lui dans une posture calculée.

- Je ne vois pas de quoi tu parles. Réfuta-t-il face à ses accusations. Il n'y a aucun piège. Je t'offre seulement la possibilité de faire entendre ta voix. La voix des humains dans un royaume gouverné par des vampires. N'est-ce pas merveilleux ? Il émit un rire sournois qui n'atteint pas ses yeux car dans un sens il semblait tout aussi tendu que lui. À mes côtés, tu seras libre de donner ton avis comme bon te semblera. Je ne musèlerais plus cette jolie bouche qu'est la tienne. Tournant son regard vers la fenêtre, il continua d'un ton calme : As-tu entendu les murmures qui parcourent mon royaume ? Les gens parlent d'un humain qui se dit prêt « à mettre sa vie en jeu » au nom de tous les peuples d'Elysion.

- Eh bien… Hésita-t-il, gêné. Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit… Je n'ai pas vraiment pensé à ce que je faisais…

- Pour changer, n'est-ce pas ?

Pour une fois, il ne répondit pas à la pique. Il cherchait au fond de lui un moyen de s'excuser auprès de lui. Il se rappelait très bien avoir risqué hier sa vie dans son entêtement à sauver les rebelles des flammes. Et c'était bien la première fois qu'il s'en voulait pour son inconscience. Parce qu'il avait vraiment eu peur.

- Peu importe. Convint Edward en réponse à ses pensées avant de reprendre : Cela pourrait être le début d'une nouvelle ère pour nous, vampires. Celle où nous apprendrons d'un humain à « mettre notre vie en jeu » pour tous. Voyant voir si tu parviens à te faire écouter par toute la grande noblesse d'Efryn.

- Es-tu en train de dire que tu m'entrainer dans une campagne « Anti-guerre interespèces » ?! Railla-t-il. Disons que je marche, comment comptes-tu m'aider ?

- T'aider, non. Je ne compte pas bouger le petit doigt. Mais te donner les armes, oui, je peux le faire.

Voyant le corps du vampire se tendre imperceptiblement suite à ces quelques mots, il gigota sur le lit, bien conscient de l'importance de cette discussion. Il aurait souhaité découvrir ses motivations. Pourquoi ce prince capricieux, qui torturait des humains en compagnie de son frère il y a peu, voudrait-il soudainement l'aider ? Il était humain, il ne lui faisait jamais de cadeaux, et il avait une langue bien pendue. Pas vraiment les qualités requises pour un Conseiller d'Efryn. Vraiment pas. Sa mine dubitative et méfiante dut parler pour lui lorsqu'il vit le prince lever les yeux au ciel.

- Je pensais que tu avais compris ma position dans ce conflit. Dit Edward en haussant un sourcil sous un regard franc et pénétrant. L'une de mes tâches en tant que prince est celle de garantir la sécurité dans mon royaume. Et je n'ai que trop négligé mes obligations durant toutes mes années de peine… Ses mains se serrèrent sur les accoudoirs du canapé un court instant. Les attaques incessantes du Sud n'ont causé que trop de pertes. Je vais donc adhérer aux idées dégoulinantes de paix de mon père et appliquer ses conseils. Mais, pour ça, je vais avoir besoin de ton aide.

- Pourquoi moi ?!

- Parce que tu es humain. Et que tu sauras m'expliquer ce qui peut bien se passer dans la tête de tes congénères.

- Je ne fais pas partie de ce monde, moi !

- Peu importe. Je n'ai pas mieux.

- Heureux de savoir que je suis ton premier choix.

Cet échange de piques l'avait mis en jambes, et il se tenait au bord du lit, tendu, en attendant de se faire convaincre.

- Tout ce qui m'intéresse, fit-il, c'est de rentrer chez moi.

- Tu ne peux pas ! Alors je te laisse le choix : Tu peux soit retourner nettoyer les écuries, Aranwë en serait ravi. Ou, accepter mon offre, et laissez libre court à ce « complexe de héro » auquel tu penses si souvent.

Vu comme ça, il se sentait petit à petit sa volonté flancher.

- Si je vous aide, vous me libérerez ?

- Non.

Au moins, il avait le mérite d'avoir toujours était honnête envers lui. Il ne lui manquait plus qu'avoir un peu plus de tact, et il serait parfait.

- Mais si tu m'aides, je saurais te récompenser.

Le sourire charmeur qui accompagna ces mots le fit grimacer explicitement. Le genre de récompense qui lui était proposé n'était définitivement pas pour lui plaire. Quoi qu'il fasse, il fallait toujours que le vampire le drague. Même de manière détournée. À croire que c'était une seconde nature pour lui.

- Alors… Que choisis-tu, Harry ?

Ne répondant pas tout de suite, il prit le temps de longuement réfléchir à ce qui lui était proposé. Il tournait en rond. Pire il s'ennuyait. Ses journées en tant que servant n'avaient rien de gratifiant. Il n'avait pour l'instant trouvé aucun moyen de s'enfuir, ou de soudoyer quelqu'un pour lui enlever son collier et son bracelet, et était loin de pouvoir un jour contacter et rejoindre les humains au Sud. Il était bloqué dans un train-train quotidien dans lequel les rares moments de bonheur, dans les cuisines royales avec Marianne et les autres, n'arrivaient pas à pleinement le détourner de l'ennui et de la déprime qu'il sentait parfois poindre. Alors pourquoi ne se lancerait-il pas dans la politique d'Elysion ? Qu'il le veuille ou non, il faisait maintenant partie de ce monde, et cela, pour un temps indéterminé. Autant l'employer intelligemment. Et qui sais, prendre un peu plus de pouvoir, au lieu de rester simple servant, lui donnerait peut-être plus de chances pour trouver le moyen de rentré chez lui. Voir même pourrait-il se renseigner sur son parrain ? Il avait une fois posé des questions dans les cuisines royales, et il sentait encore son cœur se serrer lorsqu'il avait compris que pour eux, le voyage entre les mondes était impossible. Et cela semblait demander énormément de puissance, il pouvait l'affirmer en se rappelant son arrivée catastrophe à Elysion. Voilà pourquoi il était la nouvelle célébrité d'Efryn. À son grand déplaisir. Mais son parrain aurait-il pu être assez puissant ? Après tout, c'était un homme solide, ayant résisté à la folie d'Azkaban et appartenant à une des plus grandes et anciennes familles sorcières. Mais était-ce suffisant ? Il n'avait toujours pas de réponse à ces questions qui lui serrait le cœur d'inquiétude.

Quoiqu'il en fût, en étant conseiller, il pourrait enfin se faire entendre et s'imposer. Car il fallait bien ça pour survivre dans ce royaume. D'un autre côté, il avait aussi pleinement conscience que beaucoup de vampires ne l'accueilleraient pas à bras ouverts. Les très nombreuses fois où il avait croisé les nobles qui suivaient le prince comme des mouches dans ses déplacements l'avait laissé un gout amer dans la bouche. Ces derniers l'auraient très certainement agressé et tué sur place au vu des regards qu'ils lui avaient jeté s'il n'avait pas été sous la protection d'Edward. Étrangement, savoir qu'il allait sans aucun doute leur causer un ulcère par sa simple présence parmi eux sembla le galvaniser. Son cœur s'emballa et il s'en frotta les mains d'avance. Le rire indiscret du prince qui devait avoir lu dans ses pensées l'interrompit, et il réalisa l'espace d'un instant la confiance qu'il venait de lui témoigner en lui donnant cette responsabilité. Car une fois devant les autres Conseillers, rien de pourrait l'empêcher de faire et de dire ce qu'il voulait. Il prenait le risque qu'il use de sa langue de feu comme il le voulait. Cet homme était fou.

- Pourquoi ? Chuchota-t-il finalement une dernière fois pour bien se convaincre. Pourquoi…

Il ne parvenait pas à finir sa question car ce « pourquoi » englobait tellement de choses qu'il ne savait pas par où commencer. Il avait juste envie de savoir « Pourquoi lui ? Pourquoi ce risque ? Cette chance ? Pour se montrait-il à présent si conciliant ? Et, surtout, tout au fond de lui, pourquoi avait-il secrètement aujourd'hui tellement envie de se mêler au peuple d'Elysion que cela éloignait son besoin de rentrer chez lui ? » Il espérait de tout cœur que cette dernière pensée n'avait pas été entendue, car il avait déjà assez de mal seul pour trouver des réponses pour en plus se sentir mal à l'aise face au regard du prince.

- Parce que. Lui répondit simplement celui-ci, son visage inexpressif.

Et étrangement, pour l'instant, cette réponse leur convint à tous les deux. Pour l'heure, Harry avait enfin un but à atteindre et cela était suffisant pour lui. Pour l'instant.

- Alors… Dit-il tout en tentant de masquer sa montée d'excitation. Par où on commence ?

- Eh bien, dit Edward en retenant un sourire, ta première épreuve commence maintenant. Les humains que tu as décidé de sauver hier seront jugés dans l'après-midi dans la salle des audiences. Ce sera le moment pour toi de totalement comprendre ton rôle et le mien dans ce monde.

Il sentit tout de suite qu'il n'allait pas vraiment aimer cette première « épreuve ». Cependant, il n'était pas question pour lui reculer alors qu'il venait de s'engager. Il vit le prince hocher la tête, répondant une fois de plus à ses pensées, avant de se lever pour partir. Il se dépêcha alors de lui poser les dernières questions importantes qui lui trottaient dans la tête.

- Attend. Cria-t-il presque. Nous devons aussi parler d'hier. Comment as-tu fait tomber la pluie ?

Immédiatement, il le vit se figer, debout, prêt de la porte, le dos raide et tourné vers la sortie. Il se sentit bêtement troublé et hésita à continuer avant de rassembler son courage. Il se rappelait parfaitement de la morsure, de l'éveil de sa magie, et surtout, de l'orage qu'il avait provoqué. Tout cela était impossible. Surtout que sa magie n'était pas sortie de lui, mais du vampire, comme si ce dernier lui avait servi de baguette en canalisant, fusionnant, et amplifiant son pouvoir pour l'utiliser selon ses volontés. C'était incroyable. Il n'avait jamais entendu ou vu pareil phénomène entre deux sorciers. Fixant Edward, il le vit se retourner lentement pour s'approcher de lui. Il se lever rapidement pour lui faire face, mais dut se retenir de bouger lorsque celui-ci se posta face à lui, baissant son regard violet vers lui dans une posture dominante à souhait. Il avait toujours tendance à lui envahir son espace personnel, et il ne s'y était toujours pas habitué. Levant les yeux, il quitta le torse ferme du regard pour dévisager son visage un brin méditatif. Une fois encore, il ne put s'empêcher d'être transporté par la couleur si particulière de ses yeux. Une profonde couleur mauve avec quelques paillettes or qu'il n'avait jamais vu auparavant, et où une lueur curieuse persistait, le fixait avec insistance.

- Moi ? Finit-il par lui répondre. Je dirais plutôt que nous avons provoqué cet orage. Son regard se troubla un instant avant de redevenir vif et clair. J'ai capté ta pensée, ton envie de voir la pluie tombée. Et ça m'a troublé. J'ai eu envie de réaliser ton souhait. Sa main se posa avec tendresse sur son visage, et il réprima son envie de se dérober tant il attendait avec curiosité qu'il termine ses explications. Alors, j'ai moi aussi voulu, du plus profond de mon cœur, voir la pluie tombée. Et c'est à cet instant que j'ai senti ta magie quitter mon corps pour envahir l'air. Il semblait hypnotiser par ses grands yeux verts-émeraude qui le fixaient avec surprise et se pencha légèrement en avant. Elle a répondu à ton souhait, Harry. À notre souhait.

Il ne savait plus vraiment quoi répondre après ça. Voilà maintenant que sa magie – qui ne se manifestait que lorsqu'il était mordu par Edward – se laissait manipuler par leurs envies. Puis il se souvint de la sensation qui l'avait étreint lorsque sa magie s'était réveillée. Ce sentiment d'avoir perdu une partie de son être avait été immédiatement comblé. Il rougit en se rappelant de la docilité dont il avait fait preuve hier à l'idée de se laisser mordre par Edward. Ce n'avait pas été par manque qu'il l'avait fait. Sans regret ni répulsion, il admit que cela lui avait comme semblé juste de le faire sur le coup. Il ne pouvait plus nier leur lien, peu importe ce qu'il signifiait. Ce lien existait. Cette pensée l'effrayait. Troublé, il remarqua enfin le souffle du vampire qui s'échouait sur ses lèvres sèches à mesure qu'il se penchait sur lui comme pour l'embrasser. Gêné, il se détourna rapidement et mit de nouveau une certaine distance sécuritaire entre eux.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé, Edward ? Demanda-t-il, perdu. Qu'avons-nous provoqué ?

- Je ne sais pas. Mais quoi qu'il nous arrive, cela nous affecte tous les deux. Admit-il en se mettant à contrecœur à distance de lui à son tour. J'ai tenté de trouver des réponses en étudiant nos anciens écrits. Sans succès.

- Comme c'est étonnant…

- Je te couperais vraiment la langue un jour !

Il sourit narquoisement, provocateur, le regardant d'un air de défi sans ciller. Il s'apprêtait à lui en demander plus pour savoir en quoi la situation l'avait réellement affecté, et s'il se sentait encore plus attiré par son sang, lorsqu'il entendit frapper à sa porte. Retenant une exclamation d'impatience, il lança un dernier regard au prince, qui se contenta de hausser plaisamment des épaules, avant d'inviter l'inconnu à entrer. Le faire lui parut presque étrange. Dans sa chambre avec Marianne, il ne recevait jamais de visite. Et les rares serviteurs qui y venaient entraient généralement sans frapper. Quoi qu'il en soit, quel ne fut pas sa surprise de voir apparaitre Keren, habillée d'une longue tunique blanche avec ses longs cheveux sombres cascadant sur ses épaules, s'avancer pour les saluer avec respect. Il n'avait pas revu le maitre des jeux depuis sa tentative de fuite avortée, et Harry devait admettre qu'il n'avait pas été pressé de recroiser sa route. Edward ne l'avait-il pas renvoyé ? Que faisait-il encore dans le château ? Un silence tendu s'étendit dans la chambre alors qu'il continuait de dévisager ouvertement Keren qui lui rendit son regard avec la même insistance. Dans sa tête, leur rencontre et la chasse à l'homme qui avait suivi ne cessaient de jouer en boucle. Cet homme était un monstre sous sa belle apparence.

- Je n'ai pas le temps de m'occuper de toi. Dit Edward sans tenir compte de la mauvaise ambiance de la pièce. Alors Keren s'est proposé de t'expliquer les bases de nos règles de bienséance. C'est un noble reconnu de ma cour et, comme tu dois t'en douter, il dispose à présent de beaucoup de temps libre.

À la fin de son explication, il le vit lancer un regard appuyé à Keren qui se contenta de courber l'échine devant la menace implicite. Au moins, il pouvait sourire en sachant que l'autre homme ne lui ferait aucun mal sous risque de représailles royales. Excellent.

- Comporte-toi bien, Harry. Finit par lui dire le prince avant de quitter la pièce en lui frôlant l'épaule au passage.

- Oui, Maitre. Bien, Maitre.

Il vit Edward marquer un arrêt, prêt à se retourner se disputer avec lui suite à sa pique, avant de secouer la tête et de quitter définitivement la chambre. Les gardes postés à l'extérieur fermèrent la porte à son passage et plongea la pièce dans un silence tendu. C'était à lui de bien se comporter ? Quelle blague. Resté seul avec l'ancien maitre des jeux, il le dévisagea longuement en chien de faïence sans jamais faire un geste pour l'accueillir ou apaiser les tensions. Dans le regard de Keren, il fut un instant surpris de ne pas y voir apparaitre de dégout ou de haine, mais une calme résignation. Il semblait tendu alors qu'il attendait dans le silence qu'il décolère enfin.

- Bien, dit Keren avec lenteur lorsqu'il fut sûr de ne pas prendre un coup de sa part, j'ai beaucoup de choses à vous apprendre, mais je sens que cette journée risque d'être longue.

- À qui le dis-tu !

Il se contenta de le fixer avec encore plus d'insistance en le défiant de répondre à sa pique bien méritée. Il vit aussi que son tutoiement et son manque de respect évident l'avaient fait se crisper. Et il en ricana de plaisir.

- Écoute, continua l'ancien maitre des jeux en le tutoyant à son tour, je peux t'assurer que tu ne risques absolument rien avec moi. Je compte bien m'acquitter de la tâche qui m'a été confiée de la meilleure manière qui soit.

- Mais bien sûr ! Coupa-t-il avec morve avant de lui donner dos. Mais à quoi peut bien penser ce maudit prince ?! Comme si j'allais te tolérer plus longtemps près de moi. Tu peux disposer ! Je demanderais de l'aide à quelqu'un d'autre.

- Qui donc ? Les roturiers qui te servent d'amis ?

- Je t'interdis de parler d'eux ! Ils se baissent peut-être devant toi pour laver ton broc de pisse, mais ils te valent dix fois plus.

Et voilà. La confrontation avait été inévitable. Durant un court instant, il crut à la lueur agressive flottant dans les prunelles du vampire qu'il allait en venir aux mains et se prépara à le recevoir en pliant légèrement des jambes. Un sourire condescendant s'étendit alors sur ses lèvres, ravi d'avoir pu s'y facilement le faire sortir de ses gonds. Même Edward résistait plus à ses attaques ! Malheureusement, il fut déçu lorsque la haine pure de Keren disparut lentement sous un masque de franche indifférence. Il était soufflé par sa maitrise. Lui-même était incapable de reprendre aussi facilement contrôle de lui lorsqu'il s'énervait. Pourtant, l'autre était capable de faire preuve d'une tel contrôle que cela le poussait presque au respect. Il le suivit du regard lorsqu'il partit tranquillement s'assoir sur son lit, jambes croisées.

- Tu ne trouveras personne capable de t'enseigner le protocole assez rapidement. Expliqua-t-il. Et même si ton nom est sur de nombreuses lèvres à Efryn, aucun autre vampire n'est assez digne de confiance pour t'enseigner nos us et coutumes. Avec moi, tu seras parfait !

- Je me moque de votre protocole ! Je me moque de votre aide ! Et de vous ! Cracha-t-il, toujours aveuglé par son dégout de l'homme face à lui. En tant que Conseiller, je vais juste devoir intervenir aujourd'hui dans le procès des rebelles. Ce que je connais est amplement suffisant pour ça. Personne n'attend de moi que je parade comme un paon. Mais si j'ai un jour besoin de conseil pour torturer des innocents, je saurais comment te siffler.

Bon, là, il devenait ingérable. Il en avait conscience. Mais ça faisait tellement de bien qu'il ne s'en voulait pas vraiment de sa conduite plus qu'exécrable. Il se retint pourtant de sauter sur Keren lorsque celui-ci explosa ouvertement de rire. Son masque impassible n'avait pas été brisé. Il se moquait de lui dans une froide provocation qui fit plus mal que toutes les méchancetés qui étaient sorties de sa bouche. Il attendit avec hargne que l'autre se décide à arrêter de se moquer de lui.

- Tu étais sérieux dans ta petite tirade de vilain garnement ? Tu pensais pouvoir m'atteindre en me disant ça ? Oh, on m'a déjà craché bien pire au visage. Alors tu vas devoir élever le niveau. Tu joues dans la cour des grands maintenant. Le railla ce dernier, un rire toujours au fond de la gorge. Tu penses vraiment que tu ne seras pas observé, scruter, critiquer dès lors que tu entreras dans la salle des audiences. Toi, le premier humain que la plupart verra d'aussi prêt sans pouvoir mordre. Tous les nobles du royaume se rassembleront en nombre pour ce procès rien que pour voir comment se comporte « l'humain qui parle au nom de tous ». Tes exploits de la veille ne t'accordent aucun crédit à leurs yeux. Au contraire… La plupart d'entre eux s'attendent à voir entrer un sauvage, indigne d'intérêt, qu'ils se feront un plaisir d'égorger. Keren retint un sourire de satisfaction face à sa mine à présent déconfite. N'ai crainte, mon rôle à moi est de faire en sorte que tu sois irréprochable. Ma réputation est comme qui dirait en jeu.

Harry n'avait jamais pris le temps de voir les choses de cette manière. Dans son monde, son nom et sa réputation n'étaient pas à construire. Tous savaient qui était « Le Sauveur », et tous le respectaient dès lors qu'ils l'apercevaient. Il n'avait rien à prouver. Rien à craindre. Or à Elysion, il réalisa avec dureté qu'il n'était qu'un simple humain qui se devrait de faire s'imposer face à des inconnus qui, pour la plupart, le haïssaient. Il n'était qu'une poche de sang, qu'un steak bien juteux, qui voulait raisonner son prédateur. Quelle blague ! Le défi à relever montait d'un cran.

- Mais bien que parmi cette foule, continua Keren, certains vampires te mépriseront. D'autres, plus dangereux encore, loueront ton nom pour se rapprocher de toi. Il soupira de défaite lorsqu'il le regarda avec surprise redoublée. Réfléchis ! Sois malin ! Plus malin qu'eux ! Tout Elysion a déjà compris que tu avais de l'importance aux yeux du prince intouchable d'Efryn. Tu es devenu la voie la plus rapide pour atteindre la royauté et obtenir des faveurs.

- C'est pour cela que tu as accepté de me guider, n'est-ce pas ? Coupa-t-il, les yeux plissés. Parce que je doute que ce soit par bonté d'âme.

Il n'esquissa aucun geste en voyant le vampire lui sourire en exposant joyeusement ses canines.

- Vu mon ascendance, vanta le vampire, je n'ai absolument pas besoin de m'encombrer de ce type de méthode pour obtenir ce qu'il me plait. Et c'est ce qui fait de moi, un homme de confiance.

- Tu as été disgracié et renvoyé du château par Edward lui-même. Sans même que j'ai eu besoin d'ouvrir la bouche.

Il eut droit à un regard pénétrant sans que le masque ne se brise pour autant.

- Ce qui fait de toi le plus puissant de nous deux. Aujourd'hui, il vaut mieux pour moi d'être ton allié que ton bourreau.

Il lui rendit son regard un long moment qui s'éternisa dans le silence de la chambre. Droit et raide, il sonda le regard direct du vampire qui ne frémit même pas sous son expertise. Puis, se résignant, il hocha la tête d'un air entendu, et consentit à écouter et suivre les conseils qui lui seraient dispensés. Dans cette mission qu'il s'était fixée et qu'il comptait bien relever, il ne pouvait pas se permettre de refuser une telle aide. Comme Keren, il fallait qu'il soit plus réfléchi et stratège. Il n'aurait jamais cru possible que ce vampire en particulier puisse un jour être un soutien. Encore faudrait-il voir s'il était digne de confiance ou non.

- Prends garde, Harry Potter. Lui murmura d'une voix sourde l'ancien Maitre des jeux en se penchant vers lui. À tellement vouloir sauver tout Elysion et en jouant les héros, tu risques fort de te bruler les ailes.

- Dois-je prendre ces derniers mots comme une menace ?

- Nullement. Je ne tiens absolument pas à répondre des foudres du prince. Seulement,... Rappelle-toi bien d'une seule chose : ce que tous préfèrent dans les histoires de héros, c'est le moment de leur chute.

Il retint un curieux tremblement, hocha la tête pour montrer qu'il avait saisi le conseil, et regarda le vampire se relever d'un bond pour se diriger vers une des portes communicantes de sa nouvelle chambre. Curieux, il le suivit pour découvrir la large pièce qui s'offrait à lui. Ne retenant pas un sifflement admiratif, il fit un tour circulaire sur lui-même et détailla l'immense dressing dans laquelle il se trouvait. Une pièce entière, où divers vêtements de toutes sortes et couleur, de longs tissus s'étendaient qui pendaient, de bijoux brillants et de chaussures, était réservée à sa garde-robe complète. Il lui faudrait bien plus d'une vie pour pouvoir tout porter ou essayer. Vraiment, ces vampires adoraient les excès.

- Alors, Harry… Appela l'ancien Maitre des jeux en appuyant sur son nom, amusé, tout en saisissant un ensemble noir pour l'examiner d'un œil critique. As-tu vraiment envie de sauver la tête des rebelles que le prince a secourus hier ? Oui ou non ?

- Apprends-moi ce que je dois savoir.

Et le cours d'étiquette commença.

Ce fut bien plus tard, en marchant lentement dans les couloirs du château, qu'il dut admettre qu'il ne parviendrait certainement jamais à prendre une attitude désinvolte et froide que celle qu'arborait Keren à ses côtés. Le lorgnant du coin de l'œil, il vit qu'à son contraire il évoluait avec une grâce et une indifférence qui le faisait ressembler à un grand seigneur. Pour sa part, plus tôt dans la matinée, il avait éprouvé un bonheur incommensurable lorsqu'il avait enfin pu se laver et se raser. Le reflet que lui avait alors renvoyé le miroir lui avait semblé étrangement inconnu. Face à lui, un autre jeune homme d'une vingtaine d'années, au regard brillant et décidé, lui avait fait face. Passant une main dans ses cheveux mi- longs, il ne put s'empêcher de ricaner en se rappelant de l'air défaitiste de Keren lorsque celui-ci avait renoncé à les coiffer. Car ses cheveux semblaient tout aussi indociles que leur propriétaire. Enfin, il avait été forcé de revêtir un ensemble vert brodé d'argent pour « faire ressortir la couleur de ses yeux » ne parvenait pas autant à s'imposer. Un instant, il avait dû se retenir de rire en se rendant compte que l'ancien Maitre des jeux avait choisi qu'il devrait porter ce qui était en soi les couleurs de Serpentard. Aucun doute que don son monde, ce dernier aurait été un des serpents. Mais objectivement, malgré tout ce vert et argent, les bijoux d'Olodora'N, qu'il ne pouvait enlever, et qui s'ajoutait à sa tenue ainsi que les magnifiques bottes montantes en cuir noir le mettait assez en valeur. Du coin de l'œil, il observa encore une fois le vampire qui bombait le torse à ses côtés. L'ancien Maitre des jeux semblait particulièrement ravi de pouvoir se pavaner en sa compagnie. En fait, il semblait ravi de pouvoir de nouveau marcher dans le château tout court. Au contraire de lui qui souriait aux servants qu'il voyait passer, et évitait parfois les yeux devant les vampires nobles qu'il croisait. Keren, lui, semblait prendre grand soin de rétablir ses relations avec les riches vampires du royaume qui ne manquait pas de bloquer à leur vue. Leur regard lui brulait le dos alors qu'ils suivaient son ascension vers la salle des Audiences. L'animosité et la haine étaient palpables. Il aurait pu en suffoquer. Il avait pourtant appris avec son professeur du jour quelques coutumes vampiriques sur la meilleure manière de se saluer, mais il était incapable de les mettre en application sous la franche hostilité qui lui était adressée. Sans pouvoir se décider entre un air impassible ou énervé, il se contentait de poursuivre sa route d'un air faussement décidé tout en rendant son regard à chaque noble qu'il apercevait. Et puis, d'un autre côté, ces derniers étaient trop prit dans leurs regards menaçants et hargneux pour se donner la peine ou exprimer l'envie de le saluer poliment. Il marchait donc rapidement, peut-être même trop, vers la salle des Audiences pour y remplir son nouveau rôle.

- Détends ton expression. Lui siffla Keren alors qu'il baissait encore une fois la tête devant un soldat. Ne montre jamais ta colère ou ton trouble. Dis-toi toujours que tu possèdes le pouvoir. Il toisait lui-même parfois ceux qui croisaient leur route sans les saluer. Et détend ton corps, ta démarche doit être fluide.

Fluide. Pas rapide. Pour ne pas montrer sa peur, pour ne pas montrer qu'il était une proie qui avait peur de se prendre en chasse par les prédateurs qu'ils étaient. Suivant les conseils du vampire, il souffla un grand coup, se redressa, et tenta de maintenir une expression neutre sur son visage.

- Voilà. Fût-il rapidement félicité. Nous, vampires, sommes assez dominateurs, je te l'ai dit. Alors, ne laisse aucun d'entre nous t'intimider.

- Ça, ça ne risque pas.

- Ni te stresser !

- J'y travaille !

Passant près d'un corridor, son regard fut alors attiré par une jeune femme blonde qui se dirigeait vers une des cours extérieurs. Richement habillée, celle-ci était accompagnée de trois domestiques, et lui rendit son regard avec insistance jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière un pan de mur. Surpris de ne lire aucun mépris sur ses traits si beaux et juvéniles, il avait failli s'arrêter pour la contempler.

- Qui est-ce ? Chuchota-t-il, même s'il savait que tous les vampires aux environs pouvaient entendre ses moindres mots. Je ne l'ai jamais vu.

- Elle vient d'arriver à Efryn. Informa Keren sans pour sa part prêter attention à la jeune femme. C'est un Animal. Oh, évite de leur faire confiance, ils n'accordent leur loyauté qu'à leur maitre. Ils sont dévoués et… Marquant une pause, un rire échappa au vampire. Regardez à qui je parle… Tu dois avoir compris leur rôle depuis longtemps, n'est-ce pas Harry ?

Prenant le parti d'ignorer la dernière partie de sa phrase pour éviter une dispute, voir un combat, il préféra presser le pas pour atteindre au plus vite leur destination. Il était las de toute l'attention et toute l'agitation que sa seule présence provoquait. En plus, appété comme il l'était, il avait la mauvaise impression de jouer un mauvais rôle de « préféré du Roi ». Tout cela tendait à le mettre de mauvaise humeur. Et il devait garder tous ses moyens pour ce qui l'attendait. Enfin, ils arrivèrent devant les larges portes en bois menant à la salle des audiences, où un fort brouhaha pouvait déjà être perçu de l'extérieur malgré les lourdes portes en chêne clair. Harry, vaguement stressé, fut surpris de reconnaitre immédiatement les lieux lorsqu'il vit les deux grandes statues et le long d'un tapis persan qui en gardait l'entrée. Il se souvenait y avoir été amené enchainé le jour de son arrivée à Elysion. Dans sa tête, il pouvait encore revoir Alice venir plaider en sa faveur tandis qu'il défiait Edward et son frère avec la force du désespoir. Ces souvenirs semblaient appartenir à un très lointain passé lorsqu'il regardait en arrière et les comparait à sa situation actuelle. Chassant ses pensées, il donna du regard le signal à Keren qui ordonna immédiatement à deux gardes postés à l'entrée d'ouvrir les portes et d'annoncer leur arrivée. À peine le grincement de ces dernières se furent-elles entendre qu'un silence glacial s'étendit au travers de la majestueuse salle du trône où se tiendrait l'audience. L'immense pièce, entièrement faite de marbre blanc et dont les hautes colonnes soutenaient un toit parsemé de vitraux, n'avait pas changé de ses souvenirs. Pourquoi aurait-elle changé ? Avançant d'un pas sûr, Harry longea le tapis bleu roi d'une longue allée gardée par de nombreux soldats en armure argenté de part en part. Derrière eux, il fut surpris de voir un tel rassemblement de vampires, habillés élégamment de longues robes ou de fiers costumes, chapeaux, bijoux, et longues toiles de vêtements colorés apparents, observer avec intérêt son avancée. Dans leur regard, de la curiosité, de la haine, ou encore de l'envie faisaient briller leurs iris. De leur seule présence, ils semblaient comme comprimer l'air, et il se retint de suffoquer tant les murs avaient l'air se rapprocher de lui. Pourtant, il n'était pas du genre claustrophobe. Mais là, l'angoisse mettait ses nerfs à dure épreuve.

Reportant son attention vers l'avant, il reprit contenance et contempla le grand trône en or blanc qui se dressait fièrement. Edward, le visage impassible, y était installé et observait sereinement son entrée. Il fut surprit de reconnaitre dans ses prunelles froides un réconfort qui lui donna l'élan nécessaire pour s'avancer tête haute. Arrivé face à lui, il sursauta presque lorsque Keren se jeta au pied du trône dans une magnifique révérence, ne se relevant pour embrasser la main princière que lorsqu'il en reçut l'ordre d'un bref signe du doigt. Hésitant, il se demanda un instant s'il était censé en faire de même. Malgré tout ce qu'il lui devait, et la complexité de leur relation, il se voyait toujours mal se mettre à genoux devant lui. Le rictus qu'eut le prince face à son indécision aurait pu passer pour du mépris, surtout lorsque les chuchotements des nobles dans son dos gagna en puissance, mais il vit bien qu'il était juste moqueur et provocateur. Il semblait comme lui dire : « Tu ne t'attendais pas à ça, Harry, n'est-ce pas ? Alors, que comptes-tu faire ? T'agenouilleras-tu devant moi pour me baiser la main ? ». Dans le silence qui semblait pétrifier tous les vampires de la salle, il choisit enfin de pencher humblement la tête devant le prince en signe de respect. Son choix souleva une vague de protestation qui fit se tendre son épaule sans pour autant qu'il ne bouge. Il pouvait voir du coin de l'œil le visage blême du Maitre des jeux qui était resté près de lui pour lui faire signe discrètement de plier les genoux. Mais pourquoi le ferait-il ? Il ne souhaitait pas manquer de respect au prince, mais leur relation n'avait jamais été celle-là. Celle d'un docile serviteur et son bon roi, même s'il en avait effectué plusieurs tâches de servitudes avant ce jour. Il avait toujours gardé sa fierté, et la tête haute, en sa présence. Et il ne voulait surtout pas perdre cela maintenant qu'il devenait Conseiller et qu'il devait affronter tous ces regards hostiles. Lui, s'était trop battu pour reculer.

Ce fut la main d'Edward qui passa tellement brièvement dans ses cheveux qu'il crut l'avoir rêver qui mit fin à la polémique dans un silence tendu. Relevant un visage incertain, il croisa des prunelles améthyste amusée, puis, raide, alla enfin vers le fond de la salle prendre place. Ou plutôt, il tenta de s'éloigna car d'un claquement de doigt, sans prononcer une parole, le prince le retint et il fut forcé de lui refaire face. Tendu, il resta à lui rendre son regard quelques secondes avant de suivre le mouvement que faisaient les yeux violets de lui à la place vacante à la droite du trône. Incertain, il dut laisser Keren, qui lui alla prendre place dans le fond sans un mot, mais le dos raide, et bougea enfin pour se positionner à sa droite d'Edward. Une nouvelle vague d'indignation s'éleva et mourra sous son regard noir. L'ambiance mortelle était bien mise en place. Mais étrangement, Harry se sentait plus fort maintenant qu'il se trouvait debout à ses côtés. Il affrontait les regards des autres vampires avec sérieux, et parfois même, une certaine insolence. Certains lui renvoyèrent son regard, lui montrèrent leurs jolies canines, tandis que d'autres nobles prirent le parti de simplement l'ignorer. Lui, quantité négligeable.

- Bien, nous allons pouvoir commencer. Dit Edward d'une voix puissante forçant les nobles à détourner leur attention de lui. Qu'on apporte les prisonniers.

À ces mots, il scruta la salle de toute part, pressé de voir arriver les rebelles qu'il souhaitait tant défendre. Et ces derniers ne tardèrent d'ailleurs pas à arriver à la file indienne par une porte dérobée à sa gauche, les pieds et les poings liés, leurs chairs rouge à vifs sous leur menotte en fer, et encadrés par deux soldats royaux à l'air revêche. À leur mine amochée, leurs lèvres et leurs tempes en sang, et la manière dont il peinait à marcher tout en tenant leur côte, il était évident qu'ils avaient subi un joyeux passage à tabac dans les geôles royales. Il serra les poings en avisant l'étendue de leur blessure, mais ne pipa pas un mot. Leurs diverses contusions et brulures suintaient au grand plaisir des vampires qui accueillit leur arrivée par des exclamations un peu plus animées. Les gardes les forcèrent à s'agenouiller au pied d'Edward qui baissa un regard neutre, quoiqu'un peu dédaigneux sur eux. Il trépignait littéralement sur place lorsqu'un vieil homme - richement vêtu et aux courts cheveux gris - sortit parmi la foule de nobles, et s'avança vers le trône. Là, il s'inclina avec respect devant Edward tout en lui lançant un long regard antipathique.

- Permettez-moi de me présenter, mon prince. Demanda-t-il, le nez bien haut, avec un profond air hautain. Je suis Gylde De Velay, mon Seigneur, chef du noble village d'Alésa qui a été détruit par ces humains la veille.

Il eut envie de répliquer « Objection votre honneur, leur culpabilité est encore à prouver ! », mais se contint. Il se retint aussi de grogner de mécontentement devant cette entrée en matière alors que le noble lui lançait un autre regard plein de mépris du coin de l'œil. Il savait qu'il ne pouvait pas se permettre d'intervenir maintenant. Comme lui avait enseigné Keren, il devait attendre qu'Edward lui donne la parole avant de laisser libre court à la réplique bien sentie qu'il sentait poindre au bout de ses lèvres.

- Leur responsabilité dans cette affaire n'étant plus à prouver, continua le dénommé Gylde, les coupables ayant eux-mêmes confirmé être des rebelles, et être responsables de ce drame. Je réclame réparations pour leur tort.

Il se mordit les lèvres en observant les pauvres prisonniers qui peinaient à rester en place tant ils étaient meurtris. Vu tous les coups qu'ils devaient avoir reçus, il ne doutait pas qu'ils aient bien dû avouer tout ce que leurs bourreaux voulaient bien les entendre dire. Quoi qu'il en soit, s'ils avaient réellement admis leur crime, il allait devoir changer de tactique et vite. Dans la salle, les murmures mécontents des autres nobles commençaient à se faire entendre et à monter en puissance.

- Vous n'êtes pas en position de pouvoir me réclamer quoi que ce soit, Siffla très lentement Edward, droit sur son trône. C'est à moi de décider qui sont les coupables et les victimes, et quelle suite sera à donner à cette tragédie.

- Bien sûr, Votre Altesse. Veuillez me pardonner mon impertinence.

De sa seule voix rauque et basse, il avait remis en place l'impertinent hautain et refroidi la salle qui redevint plus calme. Il retint un sourire moqueur de voir certains nobles se ratatiner sur eux-mêmes.

- Aujourd'hui, plusieurs familles se retrouvent dans les rues d'Efryn, continua Gylde de Velay, et n'ont aucun recours pour récupérer ce qu'ils ont perdu durant l'incendie.

- Sois bref, Gylde. Coupa Edward en plissant des yeux. J'ai déjà offert toute l'aide dont tes gens avaient besoin pour se relever. Même si je ne peux leur rendre leurs morts, ils ne sauront trouver meilleur soutien que celui que je leur apporte présentement. Et leurs logis sont à l'heure actuelle en pleine reconstruction, n'est-ce pas ?

Harry le vit faire un signe à un vieux vampire en longues robes grises qui acquiesça respectueusement en courbant l'échine.

- Bien sûr, majesté. Et nous vous en sommes très reconnaissants, reprit le chef d'Alésa. Mais, pour que nos blessures puissent entièrement guérir, je me dois de demander en leurs noms à tous que les coupables, ici présents, subissent le supplice du pal à l'entrée de notre ancien village.

Abasourdi, il ne réussit pas totalement à retenir son hoquet d'effroi à ces mots. Le supplice du pal, aussi appelé empalement, était une forme d'exécution passive, réputée pour être particulièrement douloureuse et spectaculaire. Il ne pouvait cacher son choc même si Keren, au loin, lui faisait signe de remettre son masque d'indifférence. Il pouvait voir les rebelles réprimer un frisson de terreur à cette annonce tandis que les autres nobles semblaient se régaler de leurs réactions.

- Harry. Appela le prince à cet instant. Qu'en penses-tu ?

La question le prit totalement à dépourvut. En s'adressant ainsi directement à lui, Edward venait de porter toute l'attention de l'assistance à lui et par la même venait aussi de le mettre au pied du mur. Il était celui qui avait voulu sauver ces hommes, et il était maintenant celui qui devait aussi décider de leur sort. Regardant autour de lui, il vit que bon nombre de vampires étaient suspendus à ses lèvres, tandis que Gylde reniflait de mépris. Il se crispa en croisant le regard curieux de l'adolescente qu'il avait tenté d'aider et qui lui avait adressé la parole dans le village en feu. Elle était loin d'être aussi échevelée et pleine de suie. Non, elle était simplement divine dans sa robe en fourreau émeraude, très près du corps, avec ses longs cheveux relevés en chignon en haut et compliqués. Voyant qu'elle avait retenu son attention, elle lui adressa un sourire qu'il ne sût déterminer s'il était encourageant ou moqueur. Il sut qu'elle devait être de noble naissance au vu de ses beaux bijoux et son port altier. Le raclement peu discret de gorge de Keren le ramena sur terre, et il l'en remercia du regard.

- Je crois… Commença-t-il avant de reprendre d'une voix plus sûre. Je crois qu'il est inutile d'en venir à de telles extrémités. Je ne peux m'opposer à une sanction si leur responsabilité dans cet incendie est avérée. Cependant, je suis aussi d'avis qu'il n'est pas nécessaire de les condamner à une peine si élevée. Il est temps pour Elysion de se reconstruire sur des bases saines en remplaçant la violence gratuite par des actes d'apaisement. Enfermons-les dans l'une des nombreuses prisons d'Efryn. Condamnons-les en les privant de leur liberté, et non de leur vie.

- Foutaises. S'écria immédiatement Gylde. Personne ici n'a envie de vous suivre dans vos élucubrations. Ces… humains ont détruit la vie des habitants de mon village, et cela, sans aucune raison. C'est à ce titre que je réclame leur mort. Leur dépouille pendante sur des croix à l'orée de notre cité devrait suffire à convaincre les autres rebelles à ne pas nous attaquer.

Dans la salle d'audience, plusieurs autres nobles acquiescèrent avec force à ces mots. Harry pouvait nettement voir qu'ils étaient tous du même avis : les prisonniers devaient mourir par vengeance, certes, mais surtout pour servir d'exemple. Tournant son regard vers Edward, le jeune homme fut surpris de voir que celui-ci le fixait lui en silence. Alors il se lança :

- Aucune raison ? Ça, c'est vous qui l'affirmer ? Leur avez-vous demandé leurs motivations pendant que vous les torturiez ? Non, je ne crois pas, n'est-ce pas ?!

- Ils ont tué nos enfants !

- Et combien des leurs avez-vous pris en retour ?!

Personne n'était pas intervenu dans la dispute. Pas même le prince qui suivait l'échange du regard de l'un à l'autre. Était-ce sa façon de le confronter une fois de plus à la réalité de son peuple ? En le laissant se confronter à leur haine ? Redressant la tête, il tenta de reprendre son calme, de remettre son masque d'indifférence, et ancra son regard dans celui de Gylde.

- Combien d'attaques avez-vous déjà subies depuis la fin de la Grande Guerre ? Demanda-t-il. Je suis sûr que vous n'en êtes pas à votre premier assaut.

Le vampire sembla un instant désarçonné par sa connaissance de leur histoire avant de lui répondre.

- Effectivement. Répondit-il, en se tournant vers les autres nobles d'un air victorieux. Les humains n'ont eu de cessent de revenir nous combattre pour nous détruire. Et nous avons vaillamment répliqué en les traquant et en les tuant jusqu'au dernier. La chasse aux rebelles est presque devenue une... tradition… par chez nous.

Il devait croire que cela l'aurait déstabilisé. Une vague d'assentiment, mêlé à des rires gras, remua les vampires présents dans la salle des Audiences.

- Donc, fit-il d'une voix forte pour se faire entendre et ramener le calme, je dois en déduire que malgré le nombre de fois où vous avez combattu ces rebelles, cela n'a jamais servi à rien. Cela ne les a jamais empêchés de revenir chercher je ne sais quoi sur vos terres dans un cercle infernal. Ils ne vous craignent pas ! Ils vous méprisent, oui, mais vous craindre…

- Bien sûr que si. Hurla Gylde, plein de fiel. Grâce à cela, nous sommes une des villes d'Efryn les moins attaqués.

- Vous êtes aussi à ce que j'ai entendu le premier village avoir brulé de la tête aux pieds.

Une vague de protestation se souleva dans sa salle à sa réplique acide. Les gardes postés autour d'eux durent même repousser certains vampires prêts à s'élancer vers lui pour le saigner. Cette fois, Edward dut intervenir en frappant du poing contre l'accoudoir de son trône qui se fissura. Le bruit assourdissant qu'il fit calma le brouhaha, mais n'apaisa pas les cœurs.

- Je ne cherche à blesser personne, mais vous devez comprendre une chose. Expliqua-t-il une fois le calme revenu en se tournant vers ses spectateurs. Vos villages continuent à être assaillis, vos enfants brulés, et vos familles détruites. Ne serait-il pas temps de chercher à comprendre la raison d'un tel conflit au lieu de réclamer vengeance ? Le sang à prouver qu'il n'avait pas de réponse à donner aux vivants. Mais malgré ça vous persistez à étendre la mort dans vos contrées, en faisant preuve de toujours plus de cruauté, plus de morts, plus de haine, jusqu'à qu'il ne vous reste plus rien à sauver. Reprenant son souffle, il fut heureux de voir que la salle s'était figée dans un silence surnaturel et prêtait une grande attention à chacune de ses paroles. Je ne dis que vous ne subirez plus de perte dans le futur si vous choisissez de m'écouter. Mais il est l'heure d'essayer de changer de méthode. De montrer au Sud que vous ne désirez plus vivre dans la peur, la douleur, et la violence. D'ouvrir le dialogue ! D'être plus que des barbares emmurés dans votre violence ! Et cela commence en faisant preuve de justesse envers ceux qui vous ont offensés, et que vous avez tellement déjà punis en retour.

Reprenant son souffle, il vit avec joie les mines stupéfaites, les regards vifs échangés, et de l'hésitation briller dans les prunelles des nombreux vampires présents dans la salle. Même les gardes, qui n'étaient présents que pour le bon déroulement de l'audience, le fixaient avec curiosité et intensité. Les chuchotements reprirent de plus belle, la rumeur montant de devant et s'éloignant vers les portes au fond de la salle. Il croisa l'air ravi de Keren qui lui fit un sourire ensorceleur avant qu'il ne renifle de mépris en voyant Gylde tenter vainement de récupérer l'attention de ses pairs. Clignant des yeux, il se demanda s'il venait vraiment de gagner une bataille, et cela, juste avec quelques paroles enflammées. Lui, l'humain parmi les vampires. Et alors que cette douce idée envahissait son esprit, un des rebelles toujours enchainés choisit de se redresser avant que sa bouche ne s'ouvre pour prendre la parole sans que personne ne l'y ait autorisé.

- Si on m'avait dit, fit sa voix rocailleuse, que les vampires étaient de tels lâches… J'aurais tué bien plus de vos enfants. Un rire grave sortit de sa gorge et fut à peine audible sous la horde de grognements qui avait accompagné sa déclaration. Nous n'arrêterons jamais de vouloir vous détruire. Nous sommes des milliers à attendre à vos portes de pouvoir mener une nouvelle attaque contre vous. Notre mort n'est que le commencement…

Ahuri, Harry n'osait en croire ses oreilles. Partout autour de lui, les vampires qu'il avait cru avoir ramené à sa cause feulaient à présent de rage et bousculaient encore plus violemment cette fois les soldats royaux pour tenter d'atteindre les humains enchainés au sol. À ses côtés, il vit Edward lever la main, prêt cette fois à user de son pouvoir contre l'impudent au vu des vagues de puissance qu'il dégageait. Son regard, tout aussi charbonneux que celui de ses pairs, semblait avoir soif du sang de celui qui avait osé provoquer sa colère. Il s'apprêtait à tenter de le calmer lorsqu'il sentit un mouvement vif à sa droite. Trop pris par le prince, il avait oublié la présence du chef du village d'Alésa et se tourna avec vivacité vers lui. Gylde, un feulement au fond de la gorge, ne lui prêta pas la moindre attention lorsqu'il bondit avec force et rapidité contre le groupe de rebelles enchainés. Le cœur au bord des lèvres, il le vit ouvrir largement la bouche sur des crocs effilés qui allèrent violemment se planter dans le cou du prisonnier. Reculant pour éviter une giclée de sang provenant de la jugulaire sectionnée du malheureux, il retint une exclamation de terreur, son cœur battant à ses temps, tandis qu'autour de lui les beaux visages des autres vampires de la salle étaient parcourus de veines bleues et que leurs canines s'allongeaient d'envie. La colère faisait ressortir leur nature vampirique. Il avait fasse à lui des bêtes sauvages au plus bas de leur instinct. Fini les sourcils enjoliveurs, les ports altiers, et les expressions de façades. Tout avait été remplacé par une sombre bestialité envers les rebelles, et qui, pour nombre d'entre eux, s'étendit jusqu'à lui. Ne supportant plus cette vue, il recula, trébucha presque, et se dépêcha de s'enfuir de la salle des audiences sans un regard pour le prince. Car il craignait plus que tout de voir que celui-ci avait lui aussi muté. Qu'il avait lui aussi cédé à l'appel du sang. Au fond de sa tête, il savait qu'il n'avait pas le droit de partir avant qu'il ne lui en ait donné l'ordre, mais toutes ces règles de bienséance passaient au second plan dans son esprit tourmenté. Il courir, courir, courir loin. Loin des vampires. Loin de ce château. Loin de ce monde. Loin d'Edward.

Toutefois, il n'avait parcouru que quelques couloirs, aveuglé par sa détresse, avant qu'une main ferme ne saisisse son bras gauche en le faisant crier de douleur sous la prise sauvage qui laisserait très certainement un bleu. Se retournant, prêt à frapper son assaillant pour continuer sa fuite, il fut dérouté de rencontrer le regard noir du prince qui le détaillait intensément.

- Où vas-tu ? Dit sa voix grave. La séance n'est pas terminée.

- Elle l'est pour moi. Cria-t-il, toujours hors de contrôle. Elle a pris fin lorsque Gylde De Velay a planté ses crocs dans un des prisonniers.

Sa voix, son cri du cœur, résonna fortement sur les murs du corridor inhabituellement vide où ils se trouvaient. Reprenant son souffle, il lutta un moment avec la poigne de fer qui le retenait toujours avant d'abandonner lorsqu'elle se resserra impitoyablement.

- Dois-je comprendre que tu abandonnes ? Questionna Edward, une lueur au fond des yeux. Voilà donc les limites de tes idéaux ! Ne me fais plus jamais perdre mon temps, veux-tu ?

- La ferme ! L'insulta-t-il pour la première fois. Que voulais-tu que je fasse ? Que je reste observer le carnage ? Pourquoi n'es-tu pas intervenu, toi ?

- Parce qu'il fallait que tu comprennes. Rugit-il, en se rapprochant de son corps qu'il maintenait. Nous sommes des vampires. Des êtres que trop habitués à la violence et au sang. Si tu plies encore plus durement par les épaules. Maintenant que tu as vu qui nous sommes, tout ce que tu comptes faire c'est prendre la fuite ? Dis-moi, c'est une habitude chez toi, n'est-ce pas ? Ou sont passé tes idées extrémistes sur la tolérance et d'avoir une paix durable à Elysion ? Il secoua la tête, désabusé avant de reprendre : Oui, tu ferais bien d'abandonner. Tu as raison ! Parce que si tu flanches devant quelques vampires en tenu d'apparat en colère, que feras-tu devant une horde déchainée. Tu crois que le combat pour cet idéal se passera toujours dans une belle salle du trône entouré de Crystal et d'or ? Tes idées, si tu les suis jusqu'au bout, te mèneront forcément au cœur des batailles. Car c'est là-bas que se trouvent les réponses aux questions que tu as soulevées. Et c'est là-bas que je te veux à mes côtés. C'est maintenant que tu dois t'endurcir, Harry ! Cette réunion aurait dû être une formalité pour toi ! Ou alors… Je t'ai cru plus fort que ce que tu étais. Dans ce cas, pardonne-moi, c'est ma faute de t'avoir surestimé.

L'assommant de ses mots, il le laissa relâcher sa prise et le pousser vers l'arrière. Il faillit presque tomber à la renverse et ne dut son salut qu'au mur auquel il s'appuya. Grinçant des dents pour s'empêcher de flancher, il ne répondit pas et fit pression sur sa main accrochée au mur pour tenir sur ses jambes flageolantes. Et lorsqu'il réussit enfin à reprendre contenance, il s'empressa de mettre encore plus de distance entre eux tant la colère du vampire semblait grande. Jamais encore il ne l'avait autant craint qu'à cet instant.

- J'ai essayé. Je te jure que je l'ai fait. Mais il est dur de rendre la vue à ceux qui ne veulent pas voir. Persifla-t-il. Qu'attends-tu de plus de moi, Edward ?

- Que tu te montres digne de moi !

Il bloqua totalement à ces mots alors qu'ils se fixaient toujours avec énervement. Une émotion, des non-dits, passa entre eux sans qu'ils ne fassent un geste. Il avait pourtant essayé de bien se comporter durant cette audience. Il avait même accepté de suivre les conseils de Keren. Mais le résultat était là : il avait échoué. Peut-être que, finalement, il n'était pas assez fort pour survivre à Elysion.

- Va au diable ! Siffla-t-il en désespoir de cause partant.

Et cette fois-ci, le prince ne tenta pas de le retenir.

Dans la soirée qui suivit, assis à une table dans la cuisine où il s'était réfugié, Harry faisait le bilan de sa journée au combien catastrophique. Elle avait été désastreuse. Au final, il ne se sentait bien que parmi les servants du château. Pourquoi diable avait-il cherché plus ? Il poussa un soupir à fendre l'âme en buvant le lait chaud que lui avait servi Michelle à son arrivée en voyant la mine déconfite. Bien que ce n'était pas vraiment ce qu'il aurait aimé boire, il aurait préféré se souler joyeusement, il accepta d'un hochement de tête abattu la gentillesse.

- Tu es vraiment quelqu'un de très coléreux. Lui dit Marianne qui tentait vainement de le consoler depuis quelques minutes. Ta dispute avec le prince est le seul sujet de conversation du château en ce moment. Certains attendent avec impatience que tu redeviennes encore un simple domestique. Voire pire !

- Je pense qu'ils ont raison…

- Tais-toi. Coupa la mère de son amie en quittant la vaisselle qu'elle essuyait pour s'approcher. Ne va surtout pas te ranger aux opinions de ces langues de vipères. Oh, Harry, tu n'as pas conscience de ta chance. Tu as le pouvoir de remodeler Elysion, d'apporter ton grand cœur aux miens, et tu voudrais y renoncer ?

- Edward s'est trompé sur moi…

- Le prince Edward ne s'est pas du tout trompé. Écoute petite, aujourd'hui, je peux t'avouer toute l'appréhension que j'avais au fond à ta rencontre, comme beaucoup d'autres, mais tu m'as totalement changée. Tu nous as changés ! Tu es l'humain le plus amusant, gentil et attachant que je n'ai jamais rencontré. Tu as tellement à offrir à ce monde, mon chéri.

Baissant la tête, il préféra fuir le regard de ses amis. Il avait conscience de la vérité cachée derrière leurs douces paroles. Mais son cœur était en berne. Du coin de l'œil, il pouvait voir Laetitia deux tables plus loin, un large sourire aux lèvres, le fixer avec raillerie. Oh, elle pouvait bien se réjouir la garce. Il n'eut même pas le courage de lui lancer une pique qui l'a ferait à coup sûr perdre son air suffisant.

- Tu devrais parler au prince. Dit timidement Kéry, assis au fond de la cuisine occupé à éplucher des petits pois. Pour assainir votre relation.

Il était rare que le jeune vampire intervienne, ou donne aussi ouvertement son avis, et ce simple fait fini de le faire relever les épaules. Il était temps pour lui de redresser la tête et d'affronter ses problèmes. Comme un homme. Après tout, ce n'était pas la première fois qu'il se disputait avec Edward. Et qu'il se mettait tout plein de gens à dos. Sauf que c'était la première fois qu'ils avaient les dents longues. Ignorant la petite voix qui lui soufflait que c'était bien la première fois que le prince, lui, était sincèrement déçu de lui, il remercia rapidement ses amis avant de partir d'un pas lent de condamner à mort à sa recherche. Mais il n'avait pas fait deux pas hors de la cuisine qu'un bruit de course le fit se retourner. Marianne, le sourire aux lèvres, l'avait suivi.

- Je sais où il se trouve. Lui dit-elle. Il se réfugie toujours là-bas après une de vos disputes. Et nous savons qu'elles sont nombreuses.

Était-elle vraiment une amie ? C'était quoi toutes ces remarques ? La poussant par l'épaule en représailles, son rire clair l'apaiser, et curieux, il la suivit et s'enfonça dans un dédale de couloirs à l'arrière du château. Ils traversèrent l'aile ouest en vitesse pour atteindre une de ses tours bien isolées qui lui donnait déjà le vertige tant elle s'élevait au ciel. Montant le long d'un large escalier de pierre, il longeait un long pont pour atteindre une autre tour que cette fois-ci il descendit. Arrivant dans un corridor joliment décoré, il tentait en même temps de se remémorer le chemin du retour pour ne pas risquer de se perdre. Et puis, il allait noter cette information dans un coin de son esprit. Car aucun doute qu'il doive certainement un autre jour retourner le voir dans sa cachette. Il espérait juste que ce ne serait pas encore une fois à cause d'une dispute avec lui. Arrivée devant une large porte en bois massif, orné de magnifiques symboles en Argpal, Harry hésita, soudain timide, et se tourna vers sa plus fidèle amie.

- Tu n'as plus qu'à passer cette porte. L'informa cette dernière. Moi, je ne peux pas aller plus loin. L'entrée est interdite à tout le monde à cause des symboles.

- Oh. Hésita-t-il. Vaudrait mieux que je fasse demi-tour dans ce cas.

- Non, Harry. Rigola-t-elle en le tirant pas le bras. Toi… Tu es différent.

Différent ? Voilà maintenant que même Marianne se mettait à lui parler en énigme. Il la fixa d'un regard las l'incitant d'un mouvement de menton à aller au bout de ses pensées.

- Savais-tu que tu étais la première personne à devenir le Conseiller du prince ? Habituellement, Conseiller est un titre donné de générations en générations dans les vielles et noble familles de vampire. Aucun d'entre nous, aussi riche soit-il, n'a pu accéder à ce titre par anoblissement. Mais pire, ton titre complet te place au-dessus de tous les autres et te désigne comme étant le Premier Conseiller du Prince. C'est vraiment incroyable ! Sais-tu pourquoi ? Finit par demander la jeune femme avant rapidement continuer sans attendre. Parce que le rôle de Premier Conseiller de Son Altesse royale va de pair avec une autre position bien précise dans notre hiérarchie. Apprends que la seule personne capable d'intervenir dans les décisions directes d'un prince d'Elysion se doit d'être sa compagne d'éternité. En te donnant ce titre, il t'a presque élevé au rang de la défunte princesse Isabella.

Pétrifié par la nouvelle, il resta bêtement à la fixer tout en clignant des yeux. Jamais il n'aurait pensé que son rôle auprès du vampire était si prestigieux. Il comprenait mieux pourquoi il lui avait demandé son avis durant l'audience, et pourquoi, bon gré mal gré, les nobles avaient tous été forcés de l'écouter. Il comprenait mieux leur haine, leur cruauté, voire leur jalousie à son égard. Il avait gagné un poste qu'il ne convoitait même pas. Un rôle qu'avait tenu la bien-aimée du prince. Celle qu'il n'avait jamais oublié et pour qui il avait souffert et torturé des années durant. Il vit vaguement son amie lui faire signe de passer la porte avant de s'en aller. Alors seulement la peu, le doute, fit place à une émotion qu'il maitrisait mieux : la colère. Pourquoi ce maudit prince voudrait-il mettre autant de pouvoir entre ses mains ? Et pourquoi ne pas lui avoir expliqué tout ça lui-même ? Il devait être fou. Serrant les poings, il sentit son corps ployer sous autant de responsabilités. Et ce fut l'esprit parasiter par de trop nombreuses questions qu'il poussa lentement la porte face à lui. Harry ne put faire que deux pas dans la pièce qui venait de s'ouvrir à lui avant de s'arrêter pour s'en éblouir. Toute négativité le quitta d'un seul coup.

Il se trouvait dans un magnifique jardin souterrain. Suivant un chemin de pierre menant à son centre, il admira les colonnades d'arbres de haute futaie, et les parterres dessinés en étoile. Des centaines de plates-bandes accueillaient des plantes et des fleurs de formes et de couleurs différentes. Tandis qu'un parfum sucré et entêtant flottait dans l'air ambiant, et donnait une dimension exotique aux lieux. Ébloui au-delà des mots, il prit le temps de tourner une dernière fois sur lui-même avant de repérer le prince, nonchalamment assis sur le bord d'une fontaine, dont l'eau claire brillait sous les derniers rayons du soleil, aménagé au centre du jardin. Il était sûr que le vampire avait entendu son arrivée à sa posture qui passa de détendu à raide. Pourtant, celui-ci ne fit aucun geste dans sa direction comme s'il souhaitait ignorer sa présence. Sautant d'un pied sur l'autre, il choisit pourtant de s'approcher dans un silence tout en cherchant mentalement la meilleure manière d'entamer la discussion.

- Je n'aurais jamais pensé que tu aimais les fleurs. Finit-il par dire, en regrettant presque aussitôt son entrée en matière pourrie.

- Pourquoi ? Fit pourtant la voix grave d'Edward en réponse. Parce que ce n'est pas assez sanguin pour moi ?

- Entre autres choses…

- Eh bien sache, que pour ma part, je ne te pensais pas aussi lâche.

- Pourquoi ? Parce que j'ai une langue acérée ?

- Entre autres choses.

Bêtement, ces quelques mots échangés sur un ton neutre, voir timide pour sa part, lui tira un petit sourire. Face à lui, le prince se retourna enfin pour lui lancer un regard amusé dans un haussement de sourcil parfait. À cet instant, il sentit un poids s'enlever de son cœur: rien d'irréparable n'avait été commis. Ils n'étaient plus aussi fâchés l'un contre l'autre. La crise qu'ils venaient de vivre appartiendrait bientôt au passé. Voilà ce que lui disait son regard. Soulagé, il se promit qu'à l'avenir il ferait tout pour se montrer digne de sa nouvelle position dont il comprenait mieux l'importance. Peu lui importait la raison pour laquelle Edward lui donnait autant de pouvoir, il se jurait de s'en montrer digne. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas remarqué que le vampire continuait à l'observer avec cette forte intensité qui le caractérisait. Mais lorsque finalement leurs regards se rencontrèrent, il sentit son cœur s'emballer avec force alors qu'il savait que ses pensées avaient bien été perçues et approuvées. Il lui rendit toute l'intensité de son regard en frissonnant. Ce n'était pas la première fois qu'ils se fixaient ainsi. Pourtant, il pouvait nettement sentir une différence dans ce nouvel échange de regard. Une différence qui fit légèrement vibrer quelque chose d'oublier en lui. Quelque chose qui remontait à la surface doucement, sinueusement, pour échauffer ses joues et son esprit. Détaillant les traits du vampire, il fut une fois de plus et cela bien malgré lui surprit par sa beauté. N'importe quel homme ne pouvait que s'incliner et reconnaitre la finesse des traits qui lui faisait face sans flancher. Là, assis face de lui, les yeux brillants et les cheveux nattés en une longue tresse pendante sur le côté, il paraissait presque vouloir toucher du doigt la perfection.

Rougissant, il détourna le premier le regard, et ne vit ainsi pas le fugace sourire taquin qu'aborda le prince. De plus en plus gêné, notamment par l'étrange chaleur qui s'était répandue dans ses os, il se fit violence lorsqu'il vit Edward délicatement se relever pour approcher à pas mesuré de lui jusqu'à ne s'arrêter qu'une fois à quelque centimètre de son corps tendu. Il sentit presque aussitôt sa main froide se poser délicatement sous son menton, le forçant ainsi à relever la tête qu'il avait vivement baissée. Sans résister, il plongea de nouveau son regard dans les yeux améthyste du vampire, et nota qu'encore une fois ce dernier ne respectait pas les limites de l'espace privé de chacun. Il resta pourtant immobile, et le laissa rapprocher encore plus si possible dans le silence qu'ils conservaient leurs deux corps. Ses mains, sans qu'il ne le réalise vraiment, se posèrent avec lenteur sur le torse ferme collé à lui. Était-ce pour le repousser ? Ou pour l'attirer ? Il n'aurait su le dire tant il était embrouillé. Lentement, leurs deux corps se touchèrent, se collèrent, et s'emboitèrent enfin l'un dans l'autre, un frisson les parcourant. La chaleur de son corps combattait sa froideur alors qu'une vague d'émotions lui soulevait les entrailles pour le prendre à la gorge. Perdu, il ne réagit que lorsqu'Edward pencha la tête dans l'envie manifeste de l'embrasser. Dans un sursaut il tenta comme toujours de le repousser tout en se forçant à reprendre rapidement ses esprits. Il n'était pas attiré par les hommes. « Mais il n'est pas qu'un homme… » Siffla perfidement une partie de sa conscience qu'il renvoya au loin violemment.

- C'est quoi cette mauvaise manie ?! Dit-il dans un souffle en se débattant toujours. Il faut absolument te trouver une nouvelle campagne.

- Si c'est une femme que je voulais entre mes bras, sois sans crainte, je saurais m'en trouver une. Murmura la voix rauque du vampire. Toi par contre, il semble que tu es du mal à oublier ta rouquine !

Harry plissa les yeux sur l'appellation, mais ne tenta pas de forcer le prince à nommer « la Rouquine » par son véritable prénom.

- Cela n'a rien à voir avec Ginny. Riposta-t-il. Je ne pensais même pas à elle.

- Alors pourquoi me repousser ?

- Je ne suis pas intéressée par les hommes. Voilà tout.

- Je veux une vraie raison.

- Une vraie raison ?! Ben, vous n'êtes pas mon style !

Le cœur battant la chamade, il attendait les représailles du vampire à sa déclaration. Avec surprise, il vit une lueur amusée passer à travers ses iris avant qu'il ne gonfle le torse de suffisance. Il n'avait même pas blessé son orgueil masculin. Au contraire, il semblait encore plus sûr de lui si possible. Prêt à râler pour le faire redescendre sur terre, il ne s'attendait certainement pas à voir sa main droite recouvrir vivement ses yeux pour l'aveugler.

- Que fais-tu ? Cria-t-il en se débattant avec une nouvelle énergie. Tu trouves ça drôle ?

- Je ne cherche pas à te faire rire. Susurra le prince avec sensualité. Mais tu ne sembles pas prêt à assumer pleinement notre relation. Je vais donc l'assumer pour nous deux. Toi, tu peux continuer à rester dans l'ombre… Pour l'instant.

- N'importe quo…

Harry fut coupé dans sa réplique acerbe par une douce paire de lèvres qui s'appuya vivement contre les siennes. La pression froide se fit rapidement plus exigeante tandis qu'une main avait migré derrière sa nuque pour le retenir. Il avait beau se débattre comme un beau diable, donnant coup de pied et de poing, il ne récolta qu'un coup de langue contre ses lèvres fermement closes. Poussant un gémissement d'inconfort, il faillit mordre la langue qui avait immédiatement envahi sa bouche pour se mêler à la sienne. Elle passa entre ses dents, sans jamais se faire pincer, et s'amusa à combattre sa consœur avec acharnement. Le baiser, loin d'être doux et partagé, était imposé et brutal. Et un peu baveux vu comme il se débattait. Pourtant, lorsqu'il cessa enfin de combattre, se disant qu'ainsi l'autre se lasserait bien à un moment donné, l'échange à sa grande surprise se fit nettement plus sensuel. Les lèvres froides glissant plus délicatement, plus sensuellement, contre les siennes dans une douce demande. Tandis qu'une langue joueuse glissait contre la sienne. Il répondit avec ce même refus têtu qui le caractérisait tant. Il eut alors l'impression qu'au travers de ce baiser, c'était leur personnalité même qui bataillait une fois de plus afin de trouver un compromis. Suffocant sous le manque d'oxygène, il parvint enfin à déloger une de ses mains qui partit s'agripper à la longue tresse d'Edward. Tirant sans ménagement sur les longues mèches qu'il avait empoignées, il put enfin décoller ses lèvres des siens dans une grande goulée d'air salvatrice. Essoufflé, il se défit de la main qui lui bouchait encore la vue pour fixer d'un air courroucé son agresseur qui le laissa finalement s'éloigner dans un rire goguenard et charmeur. Hésitant, il ne sut plus s'il devait s'énerver et le frapper, ou fuir pour préserver le reste de sa fierté malmenée. Finalement, la deuxième option lui parut beaucoup plus raisonnable sous l'air de défi qu'affichait son adversaire. L'ignorant, surtout lorsqu'il se mit à passer lentement sa langue contre ses lèvres, il lui tourna sèchement le dos et se dépêcha de quitter le magnifique jardin.

Cependant, là où sa tête se plaignait encore du baiser forcé qu'il avait subi, son traitre de corps, lui, tremblait toujours d'envie alors que les tambourinements de son cœur le laissaient sourd.

À SUIVRE.