Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Réponse aux reviews :
keur2louve : Coucou ! Merci de m'avoir laissé un message. Je vois que tu n'es pas fan de Ginny lol. Le maléfice, si elle va jusqu'au bout, risque malheureusement d'avoir de graves incidences sur Harry. Mais bon, c'est pour bien plus tard ! En attendant, je te laisse découvrir comment Harry vit sa séparation avec Edward. j'espère que tu aimeras. Biz.
Harry-Snape-Malfoy: Salut ! Alors toi tu t'es définitivement lâchée sur la pauvre Ginny ! Mdr. Sinon, je vois qu'on suit un peu la même trame sur les évènements à venir, parce que tu as raison en disant que Ginny risque fort de réussir son coup. Mais bon, rien n'est gagné non plus ! Pour Harry, tu verras dans ce chapitre qu'il va rencontrer plus de problèmes que prévu après le départ d'Edward. Et c'est aussi le bon moment pour lui de pleinement comprendre leur relation. Eh oui, je prépare le terrain pour des retrouvailles muy caliente ! Je vois que tu n'as pas oublié Carlisle et ses cachotteries, les regards fascinés d'Esmée, et la marque bleue qui est apparue sur le bras d'Harry. Ne t'en fait pas, tous ces mystères seront résolus dans pas longtemps. En fait, je commence même à enfin voir la fin de cette fic. Allez, je te laisse lire ce nouveau post, en espérant que ça te plaira. Bisouxxx.
Cacadeschamps: Ah, on peut s'arranger si tu veux vraiment qu'elle meure la Ginny ? XD. Je te promets qu'elle aura la monnaie de sa pièce plus tard. En attendant, je te laisse découvrir cette suite sur Elysion. Biz.
Guest: Coucou ! Merci de m'avoir laissé une review. J'espère que tu aimeras ce nouveau chapitre, où je développe un peu plus les sentiments d'Harry. Biz.
Drayy: Salut ! je suis totalement d'accord avec toi : Ginny a perdu la tête. Ce n'est pas de sa faute ! Pour Dean, rien n'est moins sur parce que d'un autre côté, il est tellement amoureux de Ginny qu'il pourrait choisir de garder ses secrets. Allez, j'ai vraiment voulu te faire plaisir dans ce chapitre en revenant sur ce qu'il se passait à Elysion. Je ne peux pas te faire savoir ce qu'il se passe du côté d'Edward, mais je t'offre de découvrir les malheurs d'Harry. j'espère que tu aimeras ! Bisouxxx.
nana-chan: Merci de m'avoir laissé un com. Oui, Ginny perd vraiment l'esprit. Et c'est là où elle est le plus dangereuse. En attendant de savoir si elle héritera ou non de la fortune Potter, voyant un peu ce qu'il se passe du côté d'Elysion. Je te laisse découvrir cette suite ! Biz.
Charlene: Ah, je vois que Ginny n'est pas la seule à te décevoir dans le dernier chapitre. Il fallait vraiment que je parle de Drago et c'était vraiment tentant de lui donner ce même caractère retors qui lui va si bien. Mais bon, ne t'inquiète pas, Hermione vieille au grain ! Bon, pour ce nouveau post, direction Elysion ! Je te laisse découvrir un Harry sans Edward. j'espère que tu aimeras ! Bisouxxx.
Alessa- Petrova: Coucou ! Merci de m'avoir laissé une review. Eh oui, Ginny à vraiment commis des folies dans le dernier chapitre. Ça montre un peu à quel point elle est désespérée, non ? En tout cas, avant d'en savoir plus, je retourner un peu vers notre couple phare à Elysion. J'espère que tu apprécieras cette suite ! Bisouxxx.
FaenaFiliana: J'ai adoré ton com. Tu sais, on peut s'arranger pour organiser la mort de Ginny lol. En plus, en persistant à vouloir rester riche, elle va vraiment mal finir. En entendant de connaitre sa fin, je te laisse découvrir la suite des mésaventures d'Harry à Elysion. Biz.
Perline: Salut, miss ! Je suis ravie que le dernier chapitre t'ait plu. C'est vrai qu'Hermione s'est montrée intelligente et impitoyable. Contrairement à Ginny, qui devient de plus en plus sournoise. Pour sa liaison avec Dean, tu avais vraiment vu juste. D'ailleurs, elle s'est dépêchée de s'enlever cette contrainte avant de mener son combat pour la fortune d'Harry. Je vois aussi que son obsession du « bon héritier » t'a mis la puce à l'oreille. C'est vrai que ses actions sont en parfaites contradictions avec ses mots ! Sinon, ton idée pour mettre en place le M-preg est vraiment intéressante. Mon cerveau est déjà en train de carburer pour faire entrer cette idée dans la suite de l'histoire. Bon, avec ce nouveau post sur le monde magique, j'ignore totalement s'il va t'énerver ou te faire plaisir lol. Un peu des deux, peut-être ? J'ai hâte d'avoir tes réactions ! En ce qui concerne mes lectures, pour te faire une petite liste, je dirais : Côté fic, je suis fan des auteurs comme Demone blanche, missloup, Dyneen, et plein d'autres. Je trouve leurs histoires toujours bien écrites, passionnantes, et remplies d'émotions. Sinon, je suis aussi du genre à lire des auteurs comme Amélie Nothomb (j'ai adoré Acide sulfurique ou une forme de vie), ou encore, Virginia C. Andrews (avec Fleurs captives). Voilà ! J'espère que tu trouveras ton bonheur en les lisant. Bisouxxx.
marmelade3912: Salut ! Que dire à part : tu as parfaitement bien décrit la Ginny ! XD. Allez, j'arrête de te faire languir sur ce qu'il se passe sur Elysion avec ce nouveau chapitre. J'espère que tu aimeras l'évolution d'Harry qui vit très mal cette séparation. Je te laisse découvrir tout ça ! Biz.
tsumy-malnewca: Je reviens avec notre Harry adoré dans ce nouveau chapitre. Laissons un peu Ginny à sa folie lol. Tu verras par la suite les effets étonnants de la fameuse potion sur sa grossesse et sur elle. En attendant, j'espère que tu aimeras ce nouveau post sur Elysion. Bisouxxx
ptitcoeurfragile: Salut ! Merci pour ton com. Oui, là, Ginny touche le fond ! Mais bon, en persistant comme ça, elle finira peut-être à avoir ce qu'elle mérite… En entendant, je te laisse découvrir cette suite sur Elysion. Bisouxxx.
8Maud8: Je suis totalement d'accord avec toi concernant Ginny. Mais bon, avoue qu'elle pimente un peu l'histoire lol. Allez, je te laisse découvrir ce nouveau post centrer sur Harry. Bisouxxx.
GunWiHarPoTwi: C'est vrai qu'avec Ginny, ce qui fait peur c'est de ne pas savoir ce qu'elle mijote avec toutes ses manigances. Une chance qu'elle a eu assez d'intégrité pour renoncer à l'offre de Drago ! Sinon, tu as raison : Emmett, Jasper et Carlisle sont aussi parfaits à leur façon. Mais je ne veux pas qu'ils volent la vedette à Edward lol ! Allez, j'espère que ce nouveau chapitre sur Elysion te plaira. Biz.
Élodie Nina: Coucou ! Ginny nous as vraiment mouvementé le dernier chapitre, et même si Hermione tente de limitée ses droits, la rouquine à pleins de tours de son sac. Sois sûre qu'elle n'abandonnera pas la fortune Potter aussi facilement. Ah non ! Elle est déjà allée beaucoup trop loin pour ça ! En attendant de savoir les effets de la potion sur sa grossesse, je te laisse lire ce nouveau chapitre sur les malheurs d'Harry. Bisouxxx. PS : Merci de t'inquiéter pour moi. Je suis en plein travaux sur une maison que je fais construire, du coup, je n'ai plus le temps de rien faire. J'espère bientôt finir avec tous ces travaux pour pouvoir enfin remettre de l'ordre dans ma vie !
Chapitre 28 : La couleur des sentiments
La pluie qui s'abattait avec force contre l'immense vitre du bureau, détourna quelques secondes l'attention d'Harry de l'agitation qui régnait autour de lui.
Le beau soleil d'Elysion avait lentement perdu de son éclat pour laisser place à des fortes bourrasques de vent, des tourbillons de feuilles mortes, et des lacs presque entièrement gelés. On n'entendait plus le bruit des sirènes se poursuivant dans l'eau claire, ni les rumeurs venant du grand marché d'Alayis qui ne se composait maintenant que par quelques étals de viande crue. La ville s'endormait lentement bercée par la fraîcheur de l'hiver qui approchait à grands pas.
Observant d'un œil distrait les allées et venues des nobles qu'il apercevait du haut de sa fenêtre, le brun se fit la réflexion que les jours, les semaines, et bientôt les mois avaient filée comme le vent, rythmé par toutes les tâches qu'il avait dû gérer.
Il pouvait encore se revoir enfermer dans la bibliothèque royale à lire et relire les différentes lois et ordonnances applicables à Elysion. À la lueur des bougies, il s'était échiné à comprendre et à apprendre leurs règlements, dont la plupart étaient assez tordues, afin de prendre les meilleures décisions possible. Il n'avait plus trouvé le temps de se consacrer à autre chose.
Ayant tout un royaume à gérer à distance, il ne pouvait rien laisser au hasard que ce soit pour choisir le montant des taxes, l'augmentation de la garde royale, ou encore la préparation de l'hiver.
Et Merlin savait qu'au départ, rien n'était gagné d'avance ! S'arrachant les cheveux, il s'était largement appuyé sur Alice et Rosalie, tellement il s'était senti perdu dans cet univers. L'envie d'abandonner et de laisser faire Jasper l'avait bien souvent étreint, surtout lorsqu'il voyait avec quelle facilité il parvenait à assister ses parents.
Même la douceur d'Esmée, qui l'avait gentiment déchargé au départ d'une partie de ces tâches, et la compréhension de Carlisle, qui devait constamment vérifier ces décrets, ne pouvaient lui enlever l'amertume qu'il ressentait à l'idée qu'il était incapable d'être un bon dirigeant.
Si seulement il avait reçu une éducation princière, peut-être ne se serait-il pas senti aussi minable.
Mais il devait faire avec ce qu'il avait, c'est-à-dire ses qualités d'entrepreneurs, de leader, et de combattant. Cependant, organiser une guerre et diriger un royaume étaient deux choses bien distinctes. Il était loin d'avoir sous ses ordres une bande d'adolescents prépubère, tout comme il ne devait pas affronter un groupe d'adeptes de magie noire et leur seigneur. Non, en face de lui, il avait des milliers de vampires, de soldats, et de terres à administrer. Tout cela en ignorant les regards sceptiques et moqueurs de ceux qui n'avaient pas gagné sa cause.
Il n'était pas en train de minimiser ses efforts, et ceux de ses amis, durant la guerre contre le Voldemort, il comprenait juste la différence qu'il y avait entre cette situation vécue, et ce qu'il était en train d'endurer.
Durant cette période sombre, Alice avait été son plus fidèle bras droit, et l'avait assisté dans tous ces moments de doute. Prenant sur son temps, elle avait usé d'une douce patience pour l'aider à comprendre le gouvernement de son peuple. Harry se rappelait encore de ses paroles réconfortantes : « Tu n'as pas été choisi pour rien, Harry. N'abandonne pas maintenant ! »
Et au prix de longues nuits sans sommeil, après de nombreuses erreurs et railleries, il était aujourd'hui devenu celui qui donnait des conseils, et qui aidait les autres à diriger leur territoire. D'ailleurs, les deux personnes qui ne se disputaient toujours dans son bureau, indifférent à son air absent, étaient venues le voir sur ordre du roi lui-même, qui n'hésitait plus à lui déléguer certaines tâches.
Un sourire fleuri sur ses lèvres en pensant que son amant aurait été très fier de lui. Immédiatement après cette pensée, une grimace remplaça son rire joyeux lorsque son souvenir envahit son esprit fatigué.
Edward était parti depuis maintenant tellement longtemps que les draps de son lit avaient fini par ne plus porter l'odeur suave et subtile de sa peau, et il ne lui restait plus que son oreille – miraculeusement toujours imprégnée des effluves de son savon - pour se raccrocher à sa présence.
C'était une chance que le prince avait rapidement pris l'habitude de lui envoyer chaque semaine de courtes missives du front. Celle –ci, moins formels et militaires que les rapports transmis à la famille royale débordaient de tendresse, de rire, et… d'une pointe de nostalgie. Certaines phrases lui revenaient souvent en tête, tel que : « Ta chaleur et ton postérieur me manquent… J'aimerais encore pouvoir m'endormir au son de ton cœur battant la chamade… » ou encore, « Te voir te dandiner devant moi, m'aurait donné beaucoup plus de cœur à l'ouvrage, amour… ».
Edward était un vrai poète…
Il dut placer une main contre ses lèvres pour masquer le rire sarcastique qui suivit cette pensée. Mais quoiqu'il en dise, son compagnon été beaucoup plus tendre dans ces mots depuis que la distance et l'incertitude rythmaient leurs journées.
Quand se reverrait-il enfin ? Il l'ignorait tout les deux.
Pourtant, d'après les informations reçues, le voyage en bateau vers l'Haradas s'était parfaitement bien déroulé, et à leur arrivée, les troupes de vampires avait dû faire face un territoire sec, désolé et hostile. Les terres de l'Arrière-Sud, triste et abandonné, ne semblaient pas avoir changé au cours du temps. Au contraire, la raideur des arbres, l'aridité du sol, et l'absence d'oiseaux virevoltant dans le ciel, laissait entendre que le territoire était toujours aussi craint et isolé.
Dans les lettres d'Edward, il pouvait sentir sa surprise face à la vue de ces paysages ternes et fantomatiques. Là-bas, l'armée Elysionienne n'avait eu à combattre que quelques âmes sauvages et égarées. Là où il pensait trouver un groupe d'Arkans - et leurs leaders invisibles - prêt au combat, il n'avait eu droit le soir venu qu'à de petites attaques de quelques bêtes dérangées par leur présence. Et même les Sudariens, dont ils avaient contourné le territoire, ne s'étaient pas sentis menacés par leur arrivée sur ces contrées inexploitées. L'hypothèse qu'il n'y avait peut-être rien n'a trouvé là-bas troublait chaque esprit.
Après tout, leurs ennemis cachés dans l'ombre avec peut-être pris peur face à la puissance de leur délégation.
Harry, qui était le premier à sauter de joie suite à ces bonnes nouvelles, ne s'attendait pas à se heurter à l'implacabilité du roi, qui lui, refusait d'ordonner le retour de ses troupes. Il avait beau supplier, Carlisle persistait à vouloir fouiller derrière chaque arbre, chaque rocher, et chaque grain de sable du territoire ennemi la menace promise. Allant toujours plus loin vers le sud, il semblait vouloir une fois pour toutes percer les mystères dont regorgeait cette région inexplorée.
Face à tant d'entêtement, le jeune homme ne pouvait s'empêcher de se sentir agacé.
Quittant enfin des yeux sa fenêtre, il se força à éloigner ces pensées de son esprit pour porter toute son attention aux personnes présentes dans le bureau qui lui avait été attribué. Il était normalement censé régler un problème de propriété entre le noble et le paysan d'Alayis qui s'égosillaient devant lui.
- C'est ridicule ! Disait le noble, un certain Lord Köhen. Cette rivière traverse aussi mes terres, je peux donc en disposer comme bon me semble.
- Non, vous ne pouvez pas ! Réfuta le paysan, hors de lui. Vous devez enlever votre barrage, monseigneur. J'ai besoin de cette eau pour arroser mes récoltes. Pour ma famille, et moi, c'est notre seul moyen de revenu…
- Ces pauvres ! Toujours à vouloir nous apitoyer ! Ne me dites pas que vous devez arroser ces soi-disant récoltes maintenant ? Nous sommes presque en plein hiver !
Harry leva les yeux au ciel en entendant ces propos.
- Mon bien-aimé seigneur, fit Lord Köhen en se tournant vers lui, il était nécessaire pour moi de détourner l'eau de cette rivière. Voyez-vous, je compte l'utiliser pour créer une source chaude dans mon jardin. J'ai déjà entamé les travaux, vous savez… Avec l'hiver qui arrive…
- Nous allons donc mourir de faim pour que vous puissiez profiter d'un bain bien chaud ! Hurla le paysan. Ne soyez pas si égoïste ! Même les pauvres méritent de vivre !
Le ridicule de cette histoire aurait pu tirer un sourire au sorcier s'il n'allait pas devoir y prendre sérieusement part. Il était bien loin des problèmes de récoltes, de bandits, ou de guerre qu'il avait dû traiter en début de semaine. Mais malgré cela, il se renfonça dans son siège pour prendre une attitude grave et bien réfléchir au conflit qui séparait ces deux Elysioniens.
Ce qui pouvait sembler être aux premiers abords un simple différent domestique était – si l'on fouillait bien la question – un problème d'abus de pouvoir. Avec les vampires, tout était toujours une question de pouvoir… Et à bien en juger, ce n'était pas la première fois qu'il devrait intervenir pour ce type d'altercations.
Son regard détailla le noble tandis qu'il tentait de mieux comprendre ses objectifs.
En y réfléchissant posément, Lord Köhen, qui était un vampire bien fait de sa personne, ne prenait pas juste plaisir à maltraiter ceux qu'il jugeait inférieurs à lui, il voulait surtout utiliser ce conflit ridicule afin de savoir qui était réellement « l'humain de confiance du prince Edward ». Était-il corruptible ? Ou mieux, sensible aux vampires de haute naissance ? Pouvait-il se rapprocher de lui et en apprendre plus sur ses étranges pouvoirs, et surtout, sur la famille royale ? Tout se confirmerait, ou pas, à l'instant où Harry rendrait sa décision. Il en était certain.
D'un côté, s'il défendait le paysan, il gagnerait à coup sûr un peu plus de respect et d'attentions auprès du peuple d'Alayis. Et de l'autre, s'il aidait le Lord, la noblesse Elysionienne cesserait un peu de le craindre ou de le jalouser, en pensant avoir enfin une personne de pouvoir à manipuler à leur guise.
Et quoi qu'il fasse par la suite, la ville d'Alayis le jugerait selon les choix qu'il prendra face à ces conflits, à premières vues, bénins.
Soufflant d'agacement, il se rendit compte que le plus difficile dans cette nouvelle fonction était de toujours devoir faire face aux conséquences et rumeurs de chacun de ces actes. Et sans consulter ses textes de loi, ou prendre avis auprès d'Alice ou de Rosalie, il sut qu'il ne pouvait de toute manière donner raison qu'à une seule personne.
- Lord Köhen, commença-t-il à dire, ce qui coupa la dispute qui continuait entre les deux opposants, je crains fort que vous alliez devoir trouver une nouvelle source d'eau pour vos ablutions. Voyez-vous, la rivière que vous bloquez sous motif qu'elle longe vos propriétés appartient avant tout à votre roi. Et en son nom, j'entends que vous détruisiez aujourd'hui même votre maudit barrage !
La noblesse pouvait continuer à le haïr, à le craindre, et à le jalouser s'ils n'avaient que ça à faire. La reconnaissance qu'il voyait briller dans le regard du paysan qui se courbait maladroitement devant lui valait bien tous les trésors du monde.
Du coin de l'œil, il vit Lord Köhen le saluer d'un geste raide avant de vivement quitter son bureau.
Une fois seul, il se permit enfin de se relaxer complètement en priant pour ne pas avoir à traiter un nouveau cas d'attaque de marchands aux abords d'Efryn.
Si à un moment donné, il avait commencé à penser qu'Elysion était un endroit idyllique, maintenant, il était parfaitement capable de voir les failles de ce monde peuplé lui aussi de ses voleurs et bandits.
Et pour faire face à ces menaces, il avait décidé d'attribuer un groupe de soldats aux marchands ambulants lors de leur prochain départ, tout en prenant le soin de changer leur itinéraire. Cependant, il savait que cette mesure ne pouvait être que provisoire.
Le commerce entre les territoires de la famille royale, représentant une grande partie des revenues de la population, devait absolument continuer à prospérée. Pour cela, il allait vraiment devoir s'occuper de ce problème d'insécurité avant le retour de son amant.
Encore une fois, le souvenir d'Edward l'envahit de toute part et le fit frissonner d'attente. Son esprit ne cessait de revenir à lui pour mieux le faire ressentir le manque. Il en viendrait même parfois à penser qu'il se languissait, telle une adolescente empotée, de sa présence.
- Tu as donné l'ordre au groupe de saltimbanques de marcher sur mes terres ? Demanda Jasper en entrant vivement – et sans frapper – dans son bureau. J'ai vu qu'il devait maintenant passer par l'Est, dans le détroit du Bassal.
Violemment tiré de ses pensées, Harry se retint avec peine de l'envoyer au Diable, mais se retint pour adopter une posture ouverte. Il avait remarqué que le blond faisait maintenant des efforts pour ne plus être aussi désobligeant, voir même, pour l'éviter au maximum.
- Effectivement, j'ai vu sur la carte que ça ne les retarderait que d'un jour, expliqua-t-il le plus sereinement possible. De plus, ils vont pouvoir éviter les zones à risques fréquentés par les voleurs. Je suis sûre que tu as aussi reçu un rapport sur la croissance de leur activité à…
- Tu ne m'apprends rien. Coupa le vampire. Ce que je veux savoir c'est pourquoi as-tu délivré une autorisation de passage sur mes terres, sans m'en informer au préalable ? Ses yeux lançaient des éclairs lorsqu'il siffla sa dernière pique : Edward t'a peut-être confié Efryn, mais Galyas m'appartient !
Le brun oublia instantanément son envie première de rester calme pour répondre avec hargne à son visiteur indésirable. Se redressant de son siège pour plaquer ses mains contre le bureau en bois face à lui, il contre-attaqua.
- Tu es sérieux ? Grinça-t-il. Je te dis que les marchands ne se sentent plus en sécurité dans nos régions, que les vols sont de plus en plus fréquents… Et tu me les brises pour une histoire de « droit de passage » ?!
La fin de sa phrase, qui avait muté en hurlement, résonna avec force dans la pièce.
Il vit Jasper refermer d'un geste mécanique la porte qu'il avait maintenue ouverte pour se rapprocher de lui. Aucun doute qu'Alice ne tarde pas à être mise au courant de leur dispute, et vienne –encore- les séparer à coups de cris et d'injures.
- Ce que je dis, martela Jasper en se penchant vers son visage, c'est que j'ai moi aussi un royaume à gouverner à distance. Alors la moindre des politesses entre nous serait au moins que tu me préviennes à l'avance de ce que tu comptes entreprendre sur mes terres. Surtout que j'aurais pu envoyer mes troupes à la rencontre des marchands pour éviter que les tiennes n'abandonnent trop longtemps leurs murs. Il prit une longue inspiration avant de continuer : J'ai déjà assez de mal comme ça à me tenir informée de ce qu'il se passe pour que tu me compliques la tâche, Adan.
Harry sentit son visage se décomposer à mesure que les explications du vampire faisaient leur chemin dans sa tête.
Cette fois-ci, il ne pouvait pas nier avoir eu tort. Il avait pris des initiatives pour contrer les vols beaucoup trop rapidement, et n'avait pas eu l'intelligence et la patience de consulter les personnes concernées, qui seraient susceptibles de l'aider dans cette décision. Mordant ses lèvres, il lança un regard indécis à Jasper qui l'avait observé réfléchir sans rajouter un mot.
Attendait-il des excuses ? Bien que cela le tue sur le coup, il était prêt à en présenter.
- Ok… Hésita-t-il. Tu as raison. J'aurais dû t'en parler pour qu'on décide ensemble de la marche à suivre. Je suis déso…
- Il te manque tant que ça ?
L'interruption du blond l'empêcha à la dernière seconde de s'excuser. Clignant des yeux, il ne comprit pas immédiatement sa question et la répéta bêtement à voix haute.
- Me manquer ? Fit-il.
- Tu ne me semblais pas être un tel incapable. Où est-ce ton esprit qui est ailleurs ? Le prince semblait réfléchir à voix haute lorsqu'il continua : en te voyant, je me demande parfois si mon frère n'est pas partie avec une partie de ton âme.
La bouche ouverte, le sorcier ne sut pas quoi lui répondre. Devait-il même répondre ? Il n'eut pas à se poser plus longtemps la question avant que Jasper ne lui tourne le dos pour quitter son bureau.
Resté seul, il se rassit lentement sur son siège et posa une main sur son cœur. Là, il ressentait comme une douleur, un élancement… Comme s'il lui manquait vraiment « une partie de son âme ». Il déglutit bruyamment à l'instant même où la porte de son bureau s'ouvrait une nouvelle fois à la volée.
- Quoi ? Cria Alice. Pourquoi vous battez-vous encore ?
Il dut prendre un moment avant de lui répondre d'une voix cassée.
- Tu viens après la bataille, Alice.
- Et tu trouves ça drôle ? Je passe mon temps à vous empêcher de vous entretuer parce que cet idiot d'Edward m'a fait promettre de veiller sur toi ! Comme si j'avais besoin qu'il me le dise pour le faire…
Baissant la tête, l'esprit du jeune homme s'était de nouveau bloqué au nom de son amant. Jamais encore la présence d'une personne ne lui était devenue si primordiale. Il voulait le sentir, l'entendre, l'étreindre, à un point que cela faisait mal. Cette sensation de manque qui lui soulevait les entrailles commença lentement à le faire trembler. Il se sentait comme pris en plein blizzard, en pleine tempête…
Était-ce normal ? Cette impression d'être défectueux, incomplet, n'avait rien de courant pour lui. C'était bien la première fois qu'il ressentait aussi puissamment l'absence mordante d'une personne qui lui était chère.
L'accablement qui lui faisait baisser la tête lui donnait presque l'impression d'être un chiot ayant été abandonné au bord de la route par une nuit d'orage. Ou était son ancien lui ? L'Harry Potter charismatique et indépendant qui faisait la joie du monde magique ? Cette partie de lui ne semblait pas avoir survécu à l'arrivée du roux dans sa vie.
- Bref, continua à déblatérer la voyante, je voulais de toute manière venir te voir pour te parler de l'avancée du grand froid. Elle posa sur le bureau un parchemin portant l'emblème du roi : d'après les premiers signes de gel, il semblerait que cette année l'hiver sera long et rude, Harry. Les plus pauvres risquent d'avoir du mal à chasser, ou à gratter la terre pour faire pousser des vivres et se nourrir. Nous avons déjà dû faire face à ce problème, il y a vingt ans, et crois-moi lorsque je te dis que des vampires affamés sont très difficiles à gérer ! Elle avait dit cela en secouant la tête d'un air averti. Carlisle envisage déjà, dans les pires des cas, à attribuer une aide financière à chaque famille du royaume, en fonction du nombre d'enfants à leur charge. Qu'en penses-tu ? La dote est-elle assez élevé ?
Ses pensées, ayant assombri son moral, l'avaient totalement déconnecté de la réalité. Il regarda maladroitement le parchemin que lui montrait son amie sans arriver à trouver une réponse adéquate à donner. Il aurait pu proposer de nouvelles idées, tels que de puiser dans les réserves royales, ou de profiter du beau temps pour mettre le plus de victuailles de côté, mais rien ne lui vint sur le moment.
Jasper avait raison, lorsque son esprit se perdait et qu'il songeait à son compagnon, il devenait vraiment un incapable ! Lui qui se targuait avant de toujours savoir comment séparer le côté professionnel du privé, il se trouvait aujourd'hui pris entre ces deux feux. Après tout, comment pouvait-il être professionnel si tout ce qui croisait son regard cessait de lui rappeler l'absence d'Edward ? C'était un cercle infernal.
- Harry… Appela doucement la voyante, qui avait dû sentir son malaise. Tu m'écoutes ? Est-ce que ça va ?
- Oui, bien sûr. Fut la réponse automatique de son esprit. Tout va bien.
Quittant du regard le visage inquiet de son amie, il se mit alors à observer les murs de son bureau.
Voilà des heures qu'il y était enfermé, et qu'il voyait défiler à la chaine de nombreuses de personnes ayant une liste de revendications à lui soumettre. Il ne pouvait même pas se rappeler de la dernière fois où il s'était endormi dans son lit, et non dans cette pièce, ou de l'heure de son dernier repas.
Son regard erra quelques secondes encore sur sa fenêtre, et il eut soudainement l'impression de suffoquer tellement la pièce lui paraissait étouffante. Il avait besoin d'une pause s'il voulait continuer à être opérationnel.
Tout autour de lui semblait devenir gris.
Se levant, il se pressa d'attraper son manteau avant de se dépêcher de quitter le bureau. Sans se préoccuper des bruits de pas d'Alice, qui l'avait silencieusement suivi, il se dépêcha de longer les couloirs de la tour nord du palais jusqu'à rejoindre le majestueux balcon qui donnait sur la grande cour et l'ensemble de la ville d'Alayis.
Là, ses mains serrant la rambarde à s'en faire mal, il laissa l'air frais de ce milieu d'après-midi envahir fortement ses poumons. Petit à petit, son malaise s'estompa à mesure de ses inspirations saccadées, et des caresses d'Alice dans le bas de son dos.
- Je vais bien. Crut-il bon de répéter. Je me suis bêtement senti… oppresser.
La voyante ne lui dit rien et il s'en sentit étrangement soulager. Il ne voulait pas entendre son avis sur les raisons de son malaise. Il ne voulait pas qu'en prononce encore le nom de celui dont l'absence le rongeait.
Respirant plus facilement, il laissait son regard errer sur la cour lorsqu'il avisa l'arrivée d'une escouade de cavaliers entièrement vêtus de noirs. Leurs mains gantées, le visage voilé, et leur cheveu cachés sous de larges chapeaux, ne laissaient rien distinguer de leur physionomie. Pourtant à voir l'habilité avec laquelle ils menaient leur monture, et traversaient la foule, ne laissait aucun doute sur leur nature vampirique.
Et à les voir arriver, ils avaient tous un côté un peu inquiétant.
Ils passèrent rapidement les portes en fer forgé avant de ralentir à l'entrée du palais. Là, trois cavaliers – qui semblaient être les meneurs du groupe – descendirent à terre, tandis que les autres contournaient les murs d'entrée en direction des écuries. Le trio, qui attirait l'attention de toutes les personnes aux alentours, s'avança tout en commençant lentement commencer à se dévoiler. Et lorsque foulard et chapeaux fut enlevés, le regard d'Harry put enfin découvrir une partie des nouveaux venus.
Il fut saisi par la beauté d'une vampire à la chevelure rousse flamboyante, au teint porcelaine, et au visage en forme de cœur. Marchant à droite, elle suivait ses compagnons d'une démarche lente et séductrice. On pensait sentir que c'était une femme de caractère bien consciente de ses atouts.
À ses côtés, au milieu de leur trio, se trouvait un vampire doté d'une belle peau couleur ébène. Les longues nattes qu'il portait ne faisaient qu'ajouter un peu plus de charme à son doux visage au teint légèrement olive. Loin de s'inquiéter de ceux qui l'entouraient, il avançait d'un bon pas vers l'entrée du château, comme un conquérant.
Le quittant des yeux, le sorcier détailla enfin le dernier arrivant qui se tenait à l'extrême gauche. C'était un homme de haute stature dont le corps, long et musculeux, laissait penser que c'était un grand combattant. Derrière ses cheveux blond cendré, il paraissait calme et calculateur, et avançait en observant d'un œil acéré chaque détail alentour. On aurait presque dit, à la manière dont ses mains se serraient et se desserraient, qu'il était en train de chasser.
Soudainement, Harry le vit lever le nez pour sentir l'air avant que son regard ne se fige sur lui. Surpris, il se sentit aspirer par le regard rouge sang du vampire blond qui le dévisageait avec intérêt. Il était i troublé qu'il ne se rendît même compte qu'il se penchait un peu plus en avant pour mieux observer son avancée.
Une main dure et froide le ramena à la réalité lorsqu'il fut violemment tiré en arrière.
- Ça suffit, Harry. Fit Alice, qui était étrangement tendue depuis leur arrivée. Arrête de les dévisager, et rentrons !
Docile, car il voyait bien qu'elle était troublée, il lança un dernier regard vers la cour avant de regagner l'intérieur du palais.
- Pourquoi a-t-il les yeux rouges ? Fit-il. Je n'ai jamais vu de vampires dotés d'une telle couleur d'iris. Noir, peut-être, mais rouge…
- Laisse tomber, Harry. Et ne t'approche pas d'eux. Je t'interdis même de quitter l'enceinte du palais tant qu'ils seront à Alayis !
Loin de le persuader, ces mots lui donnèrent encore plus envie de connaitre la vérité.
- Faisons un marché, sourit-il, je ne m'approcherais pas d'eux, si tu acceptes de m'expliquer ce qu'ils sont.
Il faillit se frapper contre le dos de la petite voyante lorsqu'elle s'arrêta brusquement pour le dévisager. Son regard passa de l'agacement, à la méfiance, avant qu'elle n'abaisse les épaules en signe de défaite.
- D'accord, fit-elle, mais je veux ta parole ! Elle lui lança un regard persistant avant de continuer : Ces vampires sont les dirigeants de notre groupe d'espions postés à l'extrême frontière Sud. C'est assez surprenant de les voir à Alayis, car ils ne quittent que très rarement leur tour de surveillance… Carlisle a dû solliciter leur présence pour s'assurer de vive voix qu'ils garderont un œil vigilant sur les actions des Sudariens. Elle prit une mine soucieuse : avec Emmett et Edward à l'Haradas, il nous faut être sûrs qu'ils n'auront pas à subir d'attaques sournoises venant d'eux. L'arrière-Sud n'est pas vraiment le meilleur endroit pour mener une guerre !
Opinant du chef, il buvait chacune de ces paroles tout en se retenant de se retourner pour jeter un dernier coup d'œil aux chefs-espions.
- Je comprends mieux pourquoi est-ce qu'ils n'avaient pas l'air vraiment… engageant, dit-il à voix haute. Même la rousse, avec son air aguicheur, attire la méfiance.
- C'est Victoria. Siffla Alice. Une vraie hyène ! À ses côtés se trouvait Laurent, l'opportuniste, et James, le traqueur.
Le jeune homme fut assez surpris de l'entendre cracher leurs noms avec autant de dédain. Cela ne cadrait pas avec son habituel caractère joyeux et avenant.
- Tu n'as pas l'air de les aimer ? Tenta-t-il de se renseigner. Est-ce que ça à un rapport avec la couleur de leurs yeux ?
- Entre autres. Éluda-t-elle. Mais je les reproche surtout d'être des chasseurs.
Là, il se sentit perdu. C'était des espions, ou des chasseurs ? Et quelle en était la différence ? Il avait toujours pensé que tous les vampires étaient des chasseurs nés dans le fond.
Ils étaient tous des prédateurs.
- Des chasseurs ? Fit-il.
Il suivit Alice qui s'était remise à marcher, les bras croisés dans le dos, et qui cherchait la meilleure manière de lui faire comprendre la nature de ces fameux espions.
- Des vampires qui tuent tous, et n'importe quoi, même son prochain, pour le plaisir de la chasse. Chuchota Alice, comme s'il s'agissait d'un secret à défendre. Cela salit notre essence et modifie notre apparence.
D'où les yeux rouges.
À présent, il saisissait parfaitement à quel point ce trio de vampires était dangereux. C'était des immortels qui s'étaient laissé dominer par leur fauve intérieur, et qui devaient s'adonner à des orgies où le sang coulait à flots.
Il n'était pas stupide, il savait qu'Alice, qu'Edward, ou même que la douce Esmée consommait aussi du sang. Mais eux, ils préservaient leur « humanité » en se nourrissant essentiellement d'animaux lorsque le besoin se faisait sentir.
Soudainement, ils lui paraissaient même plus civilisés que jamais.
- S'ils sont si ingérables, demanda-t-il, pourquoi ne pas trouver d'autres espions ?
À la manière dont la jolie brune le fixa, comme un animal traqué, il sut qu'elle aurait préféré qu'il ne pose pas la question.
- Parce qu'ils sont fidèles à la famille Cullenus depuis des décennies, et en ces temps de guerre, il vaudrait mieux pour nous de garder nos hommes de confiance à nos côtés. Carlisle tente de limiter les massacres, et arrive à peu près à contenir leur soif de sang, mais bon, tu te doutes bien que ce n'est pas ça qui risque de changer leur nature profonde. Alors même si nous n'aimons pas leurs manières, il nous faut serrer les dents et les supporter. Avisant son air toujours un peu sceptique, elle crut bon de rajouter : ce sont de parfaits espions, Harry. Tu ne trouveras pas plus furtif, plus tenace, et plus rapide vampire qu'eux dans tout Elysion. C'est presque leur don…
Hochant la tête, il ne tenta pas de la contredire et de condamner cette alliance.
Il avait vraiment changé depuis son arrivée à Elysion, car maintenant, il était capable de comprendre que tout ne pouvait pas toujours être soit tout noir ou tout blanc. Il voyait bien au-delà de l'antipathie qu'il ressentait à présent vis-à-vis de ce groupe d'espions pour saisir l'importance de leur mission à leurs côtés. De tels vampires, aussi monstrueux fussent-ils, représentaient des alliés de taille pour la famille royale.
Dans ce cas, pour éviter tous ennuis avec eux, il prit la décision de tenir sa promesse en restant le plus éloigné d'eux possible. Suivant Alice, qui marchait au hasard dans les couloirs du palais, il se remit à penser – comme à chaque instant de libre de la journée – à son amant toujours en voyage.
Sentait-il lui aussi l'hiver approcher ? Avait-il établi son campement dans un lieu sûr ? Se posant mille et une questions, il finit par les murmurer à voix haute :
- Des terres maudites… Pourquoi dit-on de l'arrière-Sud que ses terres sont maudites ?
La voyante lui jeta un coup d'œil et un sourire effleura ses lèvres tant elle était ravie qu'il change de sujet.
- Ce territoire n'a pas toujours eu une si mauvaise réputation. Fit-elle. Les Anciens disent même que l'Haradas était la région la plus belle Elysion.
Voilà des paroles qui venaient contrarier tout ce qu'il avait déjà entendu.
Les Anciens étaient un groupe de très vieux vampires qu'il avait croisé durant ses longues heures d'études à la bibliothèque royale. Il avait compris qu'ils étaient un peu comme les grands historiens du peuple des elysioniens. Il savait qu'il pouvait avoir confiance en leurs dires, car ces vieux vampires, à la peau diaphane, avaient vécu plusieurs vies, et avaient déjà tout vu et tout entendu.
- Là-bas, continua Alice, on peut sentir le sol vibrer.
- Le sol vibre ?
Incapable de masquer son incrédulité, il accusa le regard menaçant que lui envoya son amie.
- Oui, il vibre ! Affirma-t-elle. Ne te moque pas ! C'est très sérieux !
Prenant un visage posé, il lui fit un signe de tête pour lui montrer qu'elle avait toute son attention.
- On dit que l'Haradas était jadis le cœur d'Elysion. Expliqua-t-elle. Un peu comme… un territoire sacré et vénérer par tout être vivant ici-bas. Tu comprends ? N'attendant pas sa réponse, elle reprit : les peuples y allaient par millier en pèlerinage pour se ressourcer et glorifier la nature. Personne ne sait, ou ne dit, vraiment ce qu'il s'est passé, mais… Certains Anciens affirment que c'est la perte de la « gardienne d'Elysion » qui a détruit tout le territoire de l'Arrière-Sud. Son rire narquois prouvait qu'elle ne croyait pas vraiment en cette histoire. La terre s'est – soi-disant –nourri de la puissance de l'énergie vitale de la gardienne lorsqu'elle a disparu. Et c'est ce qui la rendu si stérile. Elle secoua la tête avant de finir : quoi qu'il en soit, c'est bien de l'énergie pure qui fait vibrer le sol d'Haradas, et qui attire des monstres tels que les Arkans. Comme nous, ils sentent ce pouvoir endormi pulser du sol, mais ne parviennent pas à l'atteindre. Personne ne le peut.
Fasciné, Harry l'avait écouté jusqu'à la fin sans jamais l'interrompre. Il avait l'expression de ne jamais pouvoir se rassasier des histoires d'Elysion. Il y avait toujours autre chose à apprendre, et à savoir.
- Qui était cette gardienne ? Fit-il, à brule-pourpoint. Pourquoi a-t-elle disparu ?
- Je n'en sais rien. Personnellement, je n'en ai jamais rencontré ! Rit la voyante en haussant des épaules. Ce ne sont que des vieilles légendes, Harry.
Déçu, il ne rajouta rien. Mais quelque chose l'intriguait vraiment dans cette fable.
- Pour ceux qui n'y croient pas, intervint une voix féminine dans leur dos, ce ne sont que des « légendes ». Mais beaucoup pensent encore que la vérité n'est pas forcément celle que l'on croit.
Comme prit en faute, ils sursautèrent tous les deux avant de se tourner vers Esmée.
Drapée dans une longue robe en soie vert émeraude, la reine s'avançait délicatement vers eux, un sourire radieux aux lèvres. Elle lança un regard sévère à Alice, qui disait qu'elle-même croyait en ces « légendes », avant de l'examiner de haut en bas.
- Retourne te reposer dans ta chambre, Harry. Fit sa voix éthérée. Tu as l'air épuisé.
L'observant, il vit qu'elle lui lançait encore – et toujours – ce même regard plein de tendresse et de fascination. Cette femme était emplie de douceur, de gentillesse… et de mystères.
- Non, non ! Protesta-t-il. Je n'ai pas encore fini de signer toutes mes ordonnances … Se tournant vers Alice, il lui dit : et, il faut aussi que j'étudie avec toi cette histoire d'hiver interminable...
Il allait continuer à trouver des excuses lorsque la main froide et caressante d'Esmée se posa sur sa joue. Se noyant dans son regard ambré, il pencha inconsciemment le visage pour profiter de son doux frôlement.
- Pars ! Ordonna-t-elle encore. Tu en as besoin.
Sans lui laisser le temps de répliquer, elle s'était vivement tournée vers sa belle-fille :
- Tu viens, Alice ? J'aurai certainement besoin de ton aide.
Et après un dernier sourire de son amie, il ne put que regarder – bras ballants - les deux jeunes femmes s'éloigner en direction de son bureau.
Il venait bel et bien d'être congédié pour la journée.
Cette pensée, loin de le vexer, le fit émettre un petit rire amusé. Cela ressemblait bien à Esmée de le maternée en l'envoyant se reposer en plein milieu de l'après-midi. Et ne voulant contredire plus longtemps ses ordres, il finit par prendre gentiment la route menant à ses appartements.
Saluant d'un signe bref ceux qu'il croisait sur son chemin, il souffla de soulagement en poussant la porte menant à sa chambre à coucher. Sans prêter attention au feu de cheminée qui avait été allumé et qui réchauffait plaisamment la pièce, il se déplaça rapidement vers sa penderie pour commencer à se déshabiller. Il ne connaissait rien de plus inconfortable que les tenues officielles d'Elysion ! Se battant avec ses boutons de manchettes, il retint à peine un sursaut en voyant une ombre passer près de lui.
- Je me suis permis d'allumer un feu en attendant ton retour, lui dit une voix bien connue, dois-je te préparer un bain, ou te faire monter un repas ?
Les yeux écarquillés par la surprise, Harry ne répondit pas à la jeune femme qui attendait bien sagement ses ordres.
- Marianne ? Fit-il. Marianne !
Il n'osait pas croire que son amie, qui était censée se trouver à Efryn, se tenait juste là devant lui. Bondissant, il se jeta sur elle pour l'étreindre avec force.
- Mais qu'est-ce que… Bégaya-t-il. Qu'est-ce que…
Par chance, la servante avait compris le sens sa question. Abasourdi, il ne cessait de la dévisager pour s'assurer qu'elle était bien là. Que ce n'était pas un rêve.
- J'ai reçu, il y a pas longtemps de ça, une missive du prince Edward qui m'ordonnait de rejoindre le château d'Alayis pour te servir. Il disait que ma présence adoucirait peut-être la douleur de son absence.
Même en étant au front, à des kilomètres, en train d'explorer un territoire ennemi, Edward parvenait encore à penser à son bien-être et à le gâter.
Mais comment faisait cet homme pour aussi bien le connaitre ? Il ne pouvait pas avoir pu utiliser ses pouvoirs télépathiques alors qu'un océan les éloignait l'un de l'autre. Pourtant, il arrivait toujours à trouver la meilleure manière de le faire sourire. Et cette habitude, qu'il avait de le faire passer avant toute chose, fit son cœur rater un battement passionné.
- Et ta mère ? Fit-il, en tentant de chasser son émotion. Kéry ?
- Ils ont dû rester pour prendre soin du château du Nord. Mais ne t'inquiète pas, ils vont tous très bien.
Acquiesçant silencieusement, il admira la tenue de domestique d'Alayis qu'avait revêtu son amie. La robe en coton beige qu'elle portait lui allait vraiment à merveille.
- Regarde-toi, Harry. S'extasia-t-elle, en le détaillant à son tour. Tu es devenu… un gentleman.
Il explosa de rire en entendant le mot qu'elle avait choisi pour le définir.
- Je ne sais pas comment je dois le prendre, rigola-t-il, j'ai toujours été un gentleman avec toi !
- Oui, c'est ça ! Monsieur « je veux m'enfuir à tout prix parce que les vampires sont tous des méchants » !
Il ne prit pas ombrage de sa moquerie, et en rigola même avec elle.
Il était vrai qu'avant, il méprisait tous les vampires qu'il pouvait croiser sur son chemin. Il les aurait bien tous détruits s'il avait eu la moindre chance de s'en sortir vivant. Vraiment… Dire qu'aujourd'hui, il passait ses nuits à rêver du plus capricieux d'entre eux.
S'éclaircissant la gorge, pour faire passer le souvenir d'Edward, il se dit qu'au départ, avec tout ce qu'il avait vécu, il avait eu des raisons d'éprouver autant de haine. Il lui avait fallu beaucoup de temps et de patience pour s'ajuster à ce nouveau monde. Et à bien y réfléchir, il préférait nettement celui qu'il était devenu, et ce qu'il avait appris des vampires.
- Tu as raison, admit-il, le chemin a été long.
Le regard de Marianne s'adoucit alors qu'elle lui serrait tendrement les mains.
- Pour chacun d'entre nous, Harry… Pour chacun d'entre nous.
Souriant, il passa le reste de son après-midi, et une bonne partie de sa soirée, à prendre des nouvelles de tous ceux qui étaient restés à Efryn.
XXXX
La lune était déjà bien haute dans le ciel lorsqu'Harry, sereinement enroulé entre ses draps, commença à s'agiter dans son sommeil.
Des gémissements lui échappaient à mesure qu'il se laissait entrainer par ses rêves. Repoussant la couverture qui s'était entortillé autour de ses reins, il sentit une chaleur l'envahir alors qu'il murmurait de plus en plus lascivement des paroles incompréhensibles. Le dos cambré, il avait l'impression de sentir des mains invisibles lui caresser le cou, descendant vers sa poitrine, son ventre, jusqu'à…
- Hum…
Il haletait au rythme de la montée de son plaisir. Son corps qui se tortillait s'accordait pour jouer une mélodie seulement connue par les mains qui persistait à vouloir le cajoler. Écartant les cuisses, un cri d'extase au bord des lèvres, il laissa une ombre – dont il crut entrecroiser le regard améthyste - prendre place au-dessus de lui pour le dominer entièrement. Il ondula des hanches, excitant son amant invisible, avant de sentir une délicieuse douleur prendre place aux creux de ses reins. Ses mains s'agrippant aux draps pour limiter le choc de cette union, il avait l'impression que son bien-aimé cherchait à le transpercer le plus intimement, et le plus profondément possible.
La bouche ouverte, et la respiration coupée, il ouvrit brusquement les yeux sur un plafond blanc où pendait un majestueux lustre en cristal. Se redressant d'un bond de son lit, il fouilla fiévreusement la pièce du regard à la recherche d'une présence cachée. Mais au bout de quelques secondes, il dut admettre qu'il était bel et bien seul, assis au milieu de son immense lit à baldaquin.
C'était un rêve. Ce n'était… qu'un foutu rêve !
Mais quel âge avait-il pour être dans cet état ? Avisant l'excitation inassouvie qui pointait sous les draps, il se sentit frustré au-delà des mots. C'était un miracle qu'il ne s'était pas totalement laissé aller après un tel songe.
- Ne me laisseras-tu donc pas dormir, Edward ? Demanda-t-il dans le silence de la pièce. Même mes nuits doivent t'appartenir ?!
Il avait l'impression d'entendre les échos de la présence de son compagnon partout où il allait.
Comment était-il censé se passer de lui et se concentrer sur les tâches qu'on lui confiait si même ses nuits étaient hantées par son souvenir ? Chaque endroit où il allait, chaque couloir de ce palais, chaque recoin de cette chambre… Tout ! Absolument tout autour de lui portait la marque d'Edward.
Était-ce de la folie ? Oui, il était forcément en train de tomber dans la démence. Et tout cela était de la faute de maudit vampire !
Il avait osé partir en lui lançant au visage des paroles telles que : « je n'aimerais que toi ». Il lui avait lâché cette bombe, l'avait troublé au-delà des mots, et cela, juste avant de partir en excursion à l'arrière-Sud.
Et maintenant ? Il devait se dire « Cool ! » et continuer tranquillement sa petite vie ?! Comment pouvait-il ne pas repenser à ces mots qui lui enflammaient le cœur ? Après avoir reçu, ce qui ressemblait le plus à un « Je t'aime », il ne pouvait que se torturer et s'interroger sur ses propres sentiments.
Qu'est-ce qui venait après « Je t'aime » ? N'est-ce pas, dans la plupart des cas, un « Moi aussi » ? Se levant brusquement de son lit pour se mettre à faire les cent pas, Harry réfléchit sérieusement à la réponse qu'il voulait lui-même donné à ce semblant de « Je t'aime ».
Que dirait-il après le « Tu ne t'en iras plus jamais loin de moi ! » ? Lui qui n'aimait pas dévoiler ses sentiments allait certainement devoir faire un effort pour répondre à ceux de son amant.
Repensant au rêve torride qu'il venait de faire, il sentit ses joues s'empourprer alors qu'un désir charnel engourdissait son corps à peine éveillé. Baissant un regard étonné sur son bas de pyjama toujours étroit, il vit que son excitation avait gagné de l'ampleur au simple souvenir des yeux améthyste du vampire qui savait aussi bien l'embrasé que l'apaiser. Son subconscient, son corps, lui donnaient déjà toutes les réponses dont il avait besoin.
Il avait… envie d'Edward.
Continuant à faire les cent pas, il sentit plus qu'il ne sut qu'il n'avait pas encore atteint le but de sa réflexion. Parce que ce n'était pas seulement un violent désir de sexe à assouvir qui le taraudait.
Non, ce qu'il ressentait était bien plus que ça.
Jusqu'à présent, lorsqu'il couchait avec Ginny, il avait toujours pensé que le sexe servait juste à prendre du plaisir, à se décontracter, ou à raffermir une relation qui battait déjà de l'aile. Mais ce soir, alors qu'il brulait de désir pour son amant absent, il venait enfin de comprendre que c'était surtout un besoin d'union des sentiments. Les gens couchaient peut-être pour le fun, mais parfois, avec la bonne personne, il leur arrivait aussi de faire l'amour par désir de se donner pleinement l'un à l'autre.
Il avait envie… de se laisser aimer par Edward.
Homme ou non. Vampire ou non. Il le voulait. Il l'avait choisi… Voilà ce qu'il lui dirait à son retour de l'arrière-Sud, juste avant – ou après - qu'ils ne fassent l'amour. Son monde se teinta d'un rouge passionnelle.
S'arrêtant au milieu de sa chambre, il sentit un poids s'enlever de sa poitrine maintenant qu'il s'était avoué à lui-même ses plus profonds désirs. Un sourire idiot s'étendit sur ses lèvres en pensant qu'il avait enfin mis un nom sur les sentiments qui l'unissait à Edward.
Il avait conscience qu'il n'avait pas encore résolu le mystère du lien magique qui les unissait, comme il n'avait pas eu le temps de s'interroger sur l'étrange marque bleue qui était apparue sur sa main, cependant, il avait enfin l'impression d'avancer dans sa vie. Parce qu'il était enfin sûr de ce qu'il voulait.
Son regard migra sur le lit vide qui l'attendait, et il n'eut aucune envie de retourner s'y coucher. Pas alors que son esprit était en totale ébullition.
Malgré l'heure tardive, il avait envie de sortir, et de respirer l'air frais du soir.
Se dirigeant vers sa penderie, il se pressa de revêtir une tenue de sortie, et – une fois bien emmitouflé dans un long manteau à capuche – il quitta a pas de loups la chaleur de sa chambre. Il ne fut pas surpris de ne pas croiser âmes qui vivent dans les couloirs qu'il emprunta en direction de la cour.
Une fois à l'air libre, le vent passant agréablement dans ses cheveux, il fut irrémédiablement attiré par les lumières de la ville pas totalement endormie en contrebas. La lumière tamisée des torches qui combattaient l'obscurité persistante de la nuit lui permettait d'admirer la vue nocturne dans son intégralité.
C'était simplement magnifique.
Hésitant, les bons souvenirs de sa première journée au marché repassant dans son esprit, il finit par se décider à reprendre son chemin en direction de la cité. Pressant le pas, il ne prêtait pas vraiment attention aux soldats qu'il pouvait croiser, et qui le saluait d'un air étonné, sans toutefois se mettre en travers de son chemin.
Émoustillé par la fraicheur de la nuit, Harry ne prit même pas la peine de prévenir quelqu'un, ou de demander à ce qu'on lui selle un cheval, et se mit plus rapidement en marche vers sa destination.
Sa promesse faite à Alice de ne pas quitter les murs du palais avait déserté son esprit rebelle.
Cette nuit était beaucoup plus froide que les précédentes. Son souffle se condensait en légers nuages blancs au contact de l'atmosphère hivernale. Il sentait surtout le froid envahir son visage, qu'il essaya de réchauffer avec ses mains.
Il frissonnait, mais ce n'était pas entièrement dû à la température. La manière dont qu'il venait de quitter le château, lui rappelait aussi la fois où il avait cherché à s'enfuir d'Efryn en passant par la rivière.
Les rues étaient pratiquement désertes, et les réverbères éclairaient à peine son chemin. Malgré le noir qui l'entourait, il n'avait étrangement pas peur de se perdre ou de se faire attaquer. Le peu de gens qu'il croisait étant soit des soldats, où des marchands qui se pressaient de regagner leurs logis.
Soudainement, son regard capta la vieille auberge, petite bâtisse en bois et en brique plutôt sobre, qui illuminait la place du marché. Plusieurs hommes, plus éméchés les uns que les autres, venaient d'y sortir en se retenant de tomber. Intrigué, il commença à se rapprocher du bâtiment, et se laissa tenter par les lumières chaleureuses des chandeliers qu'il pouvait apercevoir de loin. Près de la porte d'entrée, il pouvait remarqua l'étable où pouvait dormir les familiers des pensionnaires. Tandis qu'au rez-de-chaussé, il entendait les clameurs et les chants s'échapper des petites fenêtres.
Il n'avait pas vraiment envie de boire, mais un peu de compagnie, en cette froide nuit d'hiver, lui permettrait de ne plus ressentir la solitude de sa royale chambre vide de toute présence aimée.
Passant la porte de l'auberge, l'odeur du foin, de l'alcool, et du lait chaud envahit immédiatement ses narines.
La décoration intérieure était encore assez sommaire et quelques traces des récents travaux d'agrandissement demeurait ça et là. Un pan de mur à droite de l'entrée était réservé aux affichages divers, tandis qu'à gauche, un petit meuble soutenait un épais grimoire dans lequel les clients de passage pouvaient y laisser leurs impressions sur les moments passés sous ce toit.
Certains paysans, tranquillement attablés à leur table devant une soupe, et une miche de pain, cessèrent un instant de manger pour l'observer d'un œil attentif. Après avoir décidé qu'il ne représentait pas une menace, ils se détournèrent pour reprendre leurs bavardages avait un certain entrain.
Tentant de ne pas se faire trop remarquer, Harry rabattit sa capuche un peu plus devant son visage, et alla tranquillement s'asseoir à une table du fond. Là, attendant que l'aubergiste ne vienne servir, il se gorgea de l'atmosphère chaleureuse et accueillante de l'endroit.
- Alors mon bon Monsieur, lui dit un homme au ventre bedonnant, ça sera quoi pour vous ?
Gêné, il se rendit compte qu'on n'allait certainement pas lui donner une carte des menus proposés par l'établissement. Et il ne pouvait pas non plus demander qu'on lui serve un des plats raffinés préparer au palais sous peine de passer pour un bourgeois. Il allait commander une simple soupe à l'oignon lorsqu'une voix grave l'interrompit dans ses hésitations.
- Donnez-lui un verre de Matai, mon brave. Fit James en apparaissant devant eux. Et je prendrai la même chose.
Troublé, le jeune homme lança un regard aux personnes qui l'entourait pour tenter de repérer la présence du reste du trio d'espion. Ne voyant pas de chevelure rousse, ou de vampires à la belle peau noire, il reporta son attention sur la personne qui s'était invitée à sa table.
Prenant ses aises, le vampire aux longs cheveux blond cendré le fixait de son même regard rouge et aiguiser. Secret, il semblait prendre en compte chacun de ces mouvements, ou de ses inspirations. Ne sachant pas trop quoi lui dire, lui qui était censé l'éviter, Harry attendit nerveusement qu'il parte ou qu'il entame lui-même la conversation.
- Quel malpoli ! S'exclama brusquement l'espion. Je ne me suis même pas présenté. Mon nom est James…
- Je sais qui vous êtes. Coupa-t-il.
- J'en doute !
Il savait qu'il jouait à un jeu dangereux.
Tout dans l'attitude du vampire tendaient à lui montrer à quel point il était mortel. Et l'ambiance lourde qui régnait maintenant dans l'auberge venait aussi confirmer ce fait. Pourtant, fasciné par son regard rougeoyant à la lueur des bougies, il resta assis là, à lui faire la conversation.
- Cela fait bien longtemps que je ne suis pas revenu ici, raconta le blond, et j'ai l'impression que beaucoup de choses ont changé.
Il acquiesça d'un signe de tête silencieux.
- Les gens semblent beaucoup plus insouciants, les rues débordent de couleurs et d'odeurs alléchantes, continua-t-il, et les humains évoluent tranquillement à nos côtés…
Il n'y avait aucune réelle menace dans son ton. Pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir mal à l'aise sous son regard acéré. Pour un vampire, un chasseur, qui devait passer son temps à repousser les attaques Sudariennes, il pouvait comprendre que sa présence pouvait être assez dérangeante.
Tentant de ne pas montrer son trouble, il ne remarqua même pas l'arrivée de l'aubergiste qui venait de lui ramener leurs boissons. Il fut donc surpris lorsque le blond saisit son verre pour le lui tendre d'un geste complaisant.
Toujours aussi gêné, il l'attrapa d'une main qui se voulait assurée tout en veillant à ne pas frôler les doigts froids du vampire. Il observa d'un air suspicieux le liquide ambré avant d'en boire une gorgée, et de s'extasier.
La boisson, bien qu'alcoolisée, était tellement sucrée qu'elle était arrivée dès la première gorgée à réchauffer plaisamment son corps.
- Hé, hé, tout va bien ? Lui demanda James, en avisant son air surpris.
- Oui. C'est juste… très bon.
Malgré la douceur de la boisson, il sentait bien que le degré d'alcool restait très fort. Cependant, s'il ne buvait pas, il risquait de vexer celui qui lui avait gentiment offert ce verre. Il en avala donc rapidement le contenu, pressé de prendre congé de l'autre vampire, qui l'observait toujours avec un peu trop d'insistance.
- Vous semblez être une énigme pour beaucoup de gens, vous savez ? Ricana James. J'avoue que cela m'a poussé à en savoir un peu plus sur vous.
- Il n'y a rien à dire, je vous assure. Réfuta-t-il.
- Permettez-moi d'en douter ! Vous êtes bien le premier humain… vivant et libre… que je vois se promener entre les murs d'Alayis. Dites-moi, qu'avez-vous de si spécial ?
Harry s'efforça de garder son calme, mais la chair de poule l'envahit. Il avait l'impression d'entendre des sonnettes d'alarme dans sa tête qui lui disait de prendre immédiatement congé. Finissant son verre d'une traite, il se pressa de se redresser.
- Je suis désolé, mais je ne pense pas que ce soit le bon moment pour discuter. Il fait déjà nuit noire, et je suis certainement très attendu.
Il se força à sourire tout en se levant pour mettre fin à cette entrevue sur-le-champ. Que ce soit les avertissements d'Alice, ou une simple intuition, il ne voulait plus se trouver en présence de cet homme.
- Dit l'agneau sorti de son enclos pour venir voir les loups. Persiffla James en l'agrippant par le poignet.
L'effet de l'alcool lui monta brusquement à la tête, et Harry perdit aisément l'équilibre en s'effondrant contre la vieille table en bois. Il vit l'espion lancé un regard agressif aux autres personnes présentes dans l'auberge pour les contraindre à reprendre le cours de leurs activités.
- Lâchez-moi, gronda-t-il.
Il entendit le bruit de chaises racler sur le sol alors que certains habitués de l'auberge se redressaient tout de même pour prendre sa défense. Cependant, James les menaça une nouvelle fois en émettant un grognement sauvage.
Tout le monde eut conscience de la puissance du dangereux prédateur qu'il était.
Voulant éviter un bain de sang, Harry utilisa une partie de ses forces pour leur faire signe de se rassoir. Ce dont il avait actuellement besoin, c'était qu'ils restent en vie pour aller prévenir les gardes qui devaient encore patrouiller dans la cité.
Il tenta une nouvelle fois de se redresser, mais là, il chuta carrément sur le plancher. Étrangement assommé, il se défit de la prise de James et secoua vivement la tête pour tenter de reprendre ses esprits. Son corps avait pivoté dans sa chute et, lorsqu'il retenta de se lever, sa tête heurta le bord de la table.
En proie à un vertige persistant, il dut s'agenouiller un instant sur le sol.
- Donnez-moi une chambre, aubergiste. Siffla James, en menaçant encore la salle devenue silencieuse de son regard rouge. J'espère ne pas avoir à vous demander la plus grande discrétion.
La menace était palpable, mais Harry, toujours prostré, était plus affolé par l'idée que personne ne savait qu'il avait quitté le palais. Et il retenta vainement de se redresser.
Habituellement, il tenait pourtant assez bien alcool. Il porta la main sont front et se rendit alors compte qu'il perdait les sensations dans ses membres. C'était étrange. Il ne pouvait pas être soûl à ce point… Il posa la main sur sa chaise en bois, tentant désespérément de trouver un point d'appui, mais son malaise empira.
Ce fut ce moment que choisit James pour l'empoigner violemment par le bras et le redresser.
- T'a-t-on déjà dit à quel point ton odeur était délicieuse ? Siffla-t-il, le nez dans ses cheveux bruns.
Il ne prit même pas la peine de lui répondre. Tenant à peine sur ses jambes, il fut forcé de monter à l'étage, là où se trouvaient toutes les chambres de l'auberge.
- Vous avez mis quelque chose dans mon verre ? Accusa-t-il, haletant. James… Qu'avez-vous l'intention de faire ?
Le vampire se contenta de lui lancer un sourire goguenard. Son expression n'était pas naturelle. Et Harry sentit la nausée l'envahir. Il venait de se rappeler que le vampire avait tenu son verre avant de le lui tendre d'un geste invitant.
Des couleurs vives, retraçant son sentiment d'affolement, dansèrent devant ses yeux.
- Si vous faites quoi que ce soit de… bizarre… vous risquez de graves ennuis… dit-il faiblement.
- Certainement. Mais ce qui est fait est fait ! Et tu es celui qui m'a invité…
Il avait l'impression que son cœur était sur le point de s'arrêter. Luttant pour ne pas perdre connaissance, il tenta en vain de rassembler ses pouvoirs. Mais la drogue qu'il avait ingérée faisait magnifiquement son office en brouillant son esprit, et en amenuisant ses forces.
Lorsqu'ils passèrent la porte de la chambre que James venait de louer, il sentit ses dernières forces le quitter, et s'affala de tout son poids contre son agresseur. Presque gentiment, celui –ci s'accroupit et glissa ses bras autour de son corps. Soulevé du sol, il ne résista même pas lorsqu'il fut balancé sur un lit en paille.
Les chambres des pensionnaires de l'auberge étaient beaucoup moins aisés que le premier étage. C'étaient des pièces étroites et meublées du strict nécessaire : un lit avec un matelas dur comme du bois, et surement envahit de puces, quelques meubles de nuit, un coffre pour les affaires personnels, et une vieille bassine en fer.
Harry frissonna en sentant ses membres lentement cesser de lui répondre alors que le vampire venait de le recouvrir de son corps imposant. Il se débattit, tentant de le repousser avec ses jambes, écœurées d'entendre un rire gras et prédateur résonner à son oreille.
Parvenant à glisser un bras entre eux, il sursauta en voyant le visage de James se rider tandis que des longs crocs dépassaient de ses lèvres. Son regard semblait encore plus rougeoyer, ses cheveux se hérissaient de tous côtés, et les os de son visage devinrent beaucoup plus marqués.
Cette métamorphose lui enleva toute sa beauté.
Il gémit en sentant des griffes lui labourer les hanches alors que la mâchoire disloquée du vampire faisait claquer ses canines à quelques centimètres à peine de sa jugulaire.
- Laisse-toi faire, mon beau. Le cajola l'espion d'une voix éraillée et ronflante. N'es-tu pas celui qui est venu à moi ?
À ces mots, le jeune homme se figea. Il avait agi sans réfléchir. Sous-estimant son agresseur, et les avertissements d'Alice, il ne pouvait maintenant que maudire sa négligence.
Soudainement, le dos du vampire se vouta et il entendit bien distinctement ses os se déplacer. Abasourdi, il observa son corps osseux s'allonger à mesure qu'il continuait sa transformation. Des grognements sortaient de sa gorge, à l'haleine devenue fétide, une main squelettique aux ongles acérés vint se planter avec force dans le bois du lit, alors que des oreilles en pointe faisaient leur apparition sur un crâne difforme.
Harry eut l'impression qu'il allait vomir.
Était-ce une autre forme que prenaient les vampires ? Il avait pourtant déjà vu la famille Cullenus perdre le contrôle sur leur bête intérieure, mais jamais encore ils n'avaient ressemblé à ça. Dans ce cas, cette apparence monstrueuse avait-elle un rapport avec sa nature de chasseur ? Voilà donc à quoi ressemblait un vampire ayant perdu toute humanité.
Évitant de justesse un coup de dents vengeresses, il tenta de rouler sur le côté en respirant par à-coups. Mais il grimaça aussitôt en sentant une poigne de fer le ramener à la hâte au milieu du lit. Tenace, il replaça vivement ses bras en travers du corps de son attaquant, et se sentit s'enfoncer dans le matelas du lit tant il se démenait pour atteindre sa gorge. De rage, il finit même par planter ses canines dans son bras droit, qui lâcha prise, avant de reprendre ses assauts.
Les quelques gouttes de sang qu'il avait obtenues semblaient lui avoir redonné de l'énergie. Si Harry se laissait mordre au cou ne serait-ce qu'une seule fois... L'idée était insoutenable.
Tentant de regagner un minimum son sang-froid, sa main partie vers la petite table de nuit à sa gauche, et il se saisit du broc en fer qui y était posé. L'abattant sur le visage de James, il grimaça en sentant les vibrations du coup se répercuter dans tout son membre.
Désespéré, il vit qu'il n'avait que plus excité les instincts de tueurs du vampire.
Voyant qu'il perdait en force, il réfléchit avec frayeur pour trouver une solution qui lui permettrait de se tirer le plus rapidement possible de ce mauvais pas. Il ne pouvait aujourd'hui compter que sur sa seule force pour s'en sortir, et pour cela, il devait pouvoir user de ses pouvoirs.
Après une expiration angoissée, il plaça de lui-même son bras dans la gueule du monstre, le laissant y enfoncer ses crocs pour sucer goulument son sang, afin de gagner un peu plus de temps pour se concentrer. Le cœur battant la chamade, le corps endolori, il tira avec désespoir sur les fils de sa magie, et pleura presque en la sentant enfin répondre à son appel.
Sans réfléchir, il lança avec une violence démesurée une décharge au vampire qui allait s'écraser avec fracas contre les murs de la petite chambre.
Reprenant son souffle, il se redressa pour observer son air sonné et abasourdit.
Malheureusement, James ne resta pas longtemps au sol, et déjà, il se redressait – un grognement flottant dans l'air – pour contre-attaquer.
- Ramène-toi. Menaça le sorcier en levant la main vers lui.
Il pouvait sentir son pouvoir picoter le bout de ses doigts.
Plissant les yeux pour faire passer le vertige qui le saisissait, il regarda avec surprise le corps du vampire se courber, avant qu'il n'arbore brusquement un visage affolé. Le nez levé en l'air, il se mit à sentir les alentours.
- Gardons cette entrevue secrète, ma jolie proie. Grinça-t-il alors. Je tâcherais de veiller sur ton protecteur le temps que nos chemins se recroisent…
Sans crier gare, il bondit sur ses jambes et sauta du haut de la seule fenêtre présente dans la pièce. Quelques secondes après, la porte s'ouvrait sur un Jasper à l'air revêche.
Son regard parcourut lentement la chambre avant de se poser sur lui. Là, il haussa un délicat sourcil avant de s'approcher. Sans lui accorder une parole, il se saisit de son bras blessé, examina la profondeur de la morsure, et usa d'un morceau de sa cape pour lui faire un bandage de fortune.
Harry, soulagé depuis le départ de son agresseur, l'avait laissé faire en silence. Il pouvait enfin lâcher la bride sur ses sentiments chaotiques, et un hoquet douloureux lui échappa avant qu'il ne tente de se reprendre. Respirant lentement, il tenta tant bien que mal de se rassurer en se disant qu'il ne risquait plus rien. Son corps se détendit à mesure qu'il se consolait, et il pensa à quel point il était triste de se dire qu'il commençait un peu à avoir l'habitude d'être agressé.
Voulant définitivement chasser la boule d'angoisse bloquer dans sa gorge, et fuir le malaise qui ne tarderait pas à s'étendre entre lui et Jasper, il choisit de lui lancer une pique.
- Laisse-moi deviner, dit-il en se recroquevillant sur le lit, Edward t'a forcé à veiller sur moi ?
Le blond n'acquiesça pas, mais son regard disait qu'il avait sûrement vu juste.
Baissant la tête, il ne fut pas ravi de savoir que son amant avait vraiment pensé à tout, mais honteux à l'idée qu'il lui avait donné des raisons de s'inquiéter. Manifestement, son goût pour les ennuis devait le tourmenter chaque jour. Il fallait vraiment qu'il devienne plus responsable.
- À l'instant même où tu es apparu, expliqua Jasper, l'aubergiste a chargé son fils de se rendre au palais pour nous prévenir. Il remit correctement son manteau sur ses épaules avant de continuer. Il t'a immédiatement reconnu, et trouvait étrange de te savoir ici à une heure aussi tardive.
Il se sentit soudainement encore plus mal à l'aise. Il n'osait imaginer tous ceux qu'il avait réveillé et qui devaient l'attendre de pied ferme au palais. Il frémit aussi en songeant au savon que lui passerait Alice.
Quoi qu'il en soit, il ne protesterait pas face à leurs reproches. Il l'avait bien mérité.
- Qui t'a fait ça, Adan ? Demanda le prince, d'un air étrangement concerné. Ton odeur embaume toute la pièce et m'empêche de prendre le coupable en chasse.
Il ne fut pas surpris d'entendre ces paroles, car on lui avait déjà expliqué à quel point son odeur pouvait être envahissante. Encore plus lorsqu'il usait de sa magie.
Ouvrant la bouche, il s'apprêtait à cracher le nom de James lorsqu'il se ravisa. Les menaces qu'il lui avait lancées en partant faisaient leur petit effet dans son esprit.
L'autre vampire blond, aussi horrible soit-il, était important pour la famille Cullenus. Il était celui qui s'assurerait que son compagnon ne courrait aucun risque venant du Sud pendant son séjour à l'Haradas. De plus, Alice lui avait bien expliqué que le roi avait besoin de garder le plus d'hommes de confiance à ses côtés.
Le chasseur, et son don pour la traque, était un élément important en ces temps de guerre.
Pouvait-il vraiment se permettre de mettre la zizanie en réclamant sa tête ? N'était-il pas celui qui n'avait pas pris en compte les avertissements de son amie ? Non, il valait mieux pour lui de ne rien dire. Après tout, ce n'était pas comme s'il risquait grand-chose à présent.
Conscient du danger, il n'aura qu'à rester bien cloitré entre les murs du palais le temps que James, et ses hommes repartent enfin vers leur tour de garde. Il n'avait qu'à faire profil bas le temps de retrouver les bras sécurisants d'Edward.
Détournant le regard pour signifier à Jasper qu'il ne dirait rien, il tenta maladroitement de se redresser du lit.
- Tu sais que je peux questionner l'aubergiste pour connaitre la vérité. Lui dit le blond en l'empêchant de tomber.
Harry se défit de sa prise pour se retenir contre un mur. La drogue affaiblissait toujours chaque membre de son corps.
- Je sais. Grinça-t-il. Mais tu ne le feras pas.
- Pourquoi ? Fit Jasper en l'empêchant encore de chuter.
- Parce que… Dit-il en tentant de s'éloigner du lit sur lequel il venait de se faire agresser. …Ça ne te préoccupe pas vraiment de savoir qui m'a maltraité, n'est-ce pas ? Je sais qu'en vérité je te suis indifférent. Alors, laisse tomber !
Une vive émotion passa dans le regard clair du prince avant qu'il n'utilise sa force et sa rapidité vampirique pour le soulever du sol et le porter comme une mariée.
- Comme tu dis, Adan.
Ces quelques mots furent les seuls qu'ils s'adressèrent avant de rejoindre l'intérieur sécurisant du palais. Pressant le pas, ils déboulèrent dans un petit salon à peine éclairé par la lueur de quelques bougies blanches. Là, Jasper le posa délicatement devant sa femme, vêtue de sa tenue de nuit, avant de regagner silencieusement ses appartements.
Sa mission avait été accomplie.
Par la suite, Harry avait dû supporter les cris d'Alice qui avait immédiatement remarqué ses blessures. Ignorant ses hurlements, il parcourut la pièce du regard et fut soulagé de ne pas subir la présence du roi et de la reine d'Alayis dans son état. Il avait déjà assez honte de lui.
S'asseyant pour calmer les vertiges que lui donnait toujours la drogue, il parla par monosyllabe à Alice, évitant de répondre directement à ses questions, et fut soulagé lorsqu'elle finit par ne plus insister.
Cependant, son amie n'était pas dupe et savait que personne à Alayis, sachant sa position au sein du palais, n'aurait osé l'agresser aussi délibérément. Dans son regard brillait déjà le nom du vampire susceptible d'être coupable. Et en vérité, la raison pour laquelle elle ne s'était pas déjà lancée dans une battue meurtrière pour le retrouver, c'était seulement pour respecter son besoin de tuer dans l'œuf tout autre conflit.
La situation à Elysion, entre le Sud et le départ de deux princes héritiers, était trop tendue en ce moment pour qu'ils se le permettent.
- Si tu t'inquiètes de l'avis de Carlisle et Esmée, finit par siffler Alice, sache qu'ils dorment toujours à poings fermés. Elle avait lâchée cette information en effectuant un geste vague en direction des quartiers royaux. J'ai eu une vague vision de toi à cette auberge, et j'ai comme senti que tu avais – encore – des ennuis. Elle avait bien appuyé sur le mot « encore » avant de continuer. Lorsque l'enfant est venu confirmer ta présence là-bas, j'ai aussitôt envoyé Jasper à ta rencontre.
- Alice... J'ai eu tort de sortir comme ça, sans prévenir... Pardon... Mais fais-moi plaisir, et oublions cette mauvaise nuit...
- Oublier ? J'ai eu tellement peur, Harry! Son regard descendit sur son bras blessé avant de prendre une longue inspiration. Rassure-toi, personne n'a été mis au courant de ton "escapade". L'avenir me semble tellement floue... c'est comme si quelque chose d'important allait arriver, mais je n'arrive pas à savoir quoi, dit-elle alors que son regard se faisait lointain avant de revenir à l'instant présent. Oui, je m'accorde avec toi sur le fait qu'il vaudrait mieux que cette histoire ne s'ébruite pas pour éviter qu'elle ne prenne plus d'ampleur. Il y a trop d'incertitudes... Évitons les tensions... Tu es d'accord, n'est-ce pas ?
La remerciant du bout des lèvres, il n'osa pas lui dire à quel point il était désolé d'avoir failli à sa promesse. Son corps et sa fierté blessé, il se rappellerait à jamais de cette affreuse nuit.
- J'aurai un jour ma revanche, promit-il. Pour l'heure, j'ai eu tort, et je ne veux rien faire qui risquerait de nuire à Edward.
Pour toute réponse, il vit Alice plisser un instant des yeux avant de se détourner.
Hélant Marianne, qui était maintenant sa domestique attitrée, elle choisit de mettre fin à leur dispute, et resta silencieusement à ses côtés le temps que ses plaies soient totalement soignées. Il eut aussi droit à un horrible thé au goût vaseux censé le calmer, et dissoudre les effets de la drogue qu'il avait ingéré.
À voir la petite voyante agir, si inquiète et aimante, il sentit une autre vague de honte colorer ses joues. Elle se comportait avec lui comme s'il était un enfant récalcitrant, ayant fait le mur pour partir retrouver sa bande de copains. Les facettes de sa personnalité l'étonneraient toujours.
Bien plus tard dans la nuit, lorsqu'il put enfin regagner la tranquillité de sa chambre qu'il n'aurait jamais dû quitter, il souffrait encore de la piqure du désinfectant qu'on lui avait appliqué sur le bras. Par chance, l'argile verte qui le recouvrait à présent ne tarderait pas à atténuer toute douleur.
Enlevant péniblement sa veste pour mettre une tenue un peu plus confortable, il se tendit en entendant la porte de sa chambre grincer pour laisser entrer une personne. Se retournant, il grinça des dents en voyant Rosalie s'avancer vers lui, les bras croisés sur son opulente poitrine.
- T'as une sale tête. Dit-elle.
C'était bien son style de débuter les hostilités par des paroles vexantes. Manifestement, elle était restée éveillée assez longtemps pour entendre parler d'une partie de ses mésaventures en ville.
- Si tu es là pour me dire à quel point j'ai été inconscient, se plaignit-il, tu peux repartir.
Il vit la blonde se contenter de hausser les épaules d'un geste indifférent. Sa requête avait glissé sur elle comme de l'eau sur un rocher.
- Tu es assez grand pour savoir quand te remettre en question. Éluda-t-elle en faisant quelques pas dans la chambre. Là, je n'ai vraiment pas envie de te disputer.
Surpris, il lui lança un regard suspicieux.
- Tu veux quoi alors ? Fit-il.
- Dormir !
Sans rien ajouter de plus, il vit la vampire tirer les draps de son lit pour s'y installer bien confortablement. Laissant un rire nerveux franchir ses lèvres, il continua à se dévêtir avant de souffler de fatigue.
- Tu plaisantes, j'espère ? Je t'adore, Rosalie, mais…
- Tais-toi et viens dormir ! Rugit-elle du fond des couvertures.
Stoppant tout mouvement, il lui lança un regard appuyé qui la força à légèrement se redresser pour s'expliquer.
- Écoute, hésita-t-elle, je ne sais pas si tu t'en souviens, mais moi aussi, je n'ai plus mon compagnon à mes côtés. Passant une main dans ses longs cheveux, elle lâcha : Emmett est celui qui a dû accompagner Edward en Haradas !
Il avait totalement oublié ce détail. Tellement troublé par l'absence du roux, il n'avait pas pris en compte que son géant de frère le suivait dans ce périple.
- Deux choix s'offrent à nous, dit rapidement Rosalie, soit on continue à veiller toute la nuit, enfermé chacun de son côté, dans nos grandes chambres bien vides… Soit on décide d'attendre ensemble leur retour à la maison.
Figé au milieu de sa chambre, il réfléchit à ce que lui disait la vampire qui s'était empressée de retourner sous les draps. Finalement, levant les yeux au ciel, il enfila sa chemise de nuit avant de doucement se glisser du côté libre du lit.
- Rosalie… Souffla-t-il en fermant les yeux. Je prends toujours le côté droit !
Il sentit plus qu'il ne vit son sourire lorsqu'elle lui embrassa le front. Et une chaleur réconfortante envahit son corps.
- Très bien. Je tâcherais de m'en souvenir.
Cette nuit-là, malgré son tête-à-tête désastreux avec James, il s'endormit aussitôt après avoir trouvé une position confortable pour son bras endolori, et plongea dans un sommeil de plomb qui le retint jusqu'à très tard le lendemain matin.
XXXX
Harry courrait plus qu'il ne marchait en direction de la grande salle des conseils royaux. Un domestique venait à l'instant de lui signaler que sa présence y était requise de toute urgence. Dans son esprit, il pria pour ne pas avoir à répondre de son escapade de la veille.
Prenant soin de vérifier que sa manche cachait bien le bandage de son bras blessé, il poussa lentement la porte menant à la fameuse salle de réunion.
Là, un tableau des plus surprenants l'attendait.
La mine grave, le regard noirci, le reste des membres de la famille Cullenus s'étaient réunis et s'observaient les uns les autres dans un silence de plomb. Son arrivée les fit à peine frémir tant ces statues semblaient emmêlées dans leurs pensées.
Ne sachant pas s'il devait briser ce silence mortuaire, il n'osa même pas prendre place et attendit que quelqu'un lui explique enfin la raison de sa présence ici. Ce fut finalement Carlisle, le visage emplit d'inquiétude et de… culpabilité ?, qui s'avança vers lui pour lui tendre un parchemin imbibé de sang.
Penchant la tête sur le côté, Harry reconnut immédiatement le papier comme étant une des nombreuses lettres qu'ils recevaient de l'Haradas. Ce qu'il ne comprenait pas, c'était la présence de tout ce sang.
Hésitant, il finit par attraper la missive, et grimaça en sentant ses doigts s'imprégner du liquide carmin qui le recouvrait. Les yeux plissés, il tenta de déchiffrer les quelques mots qui y avaient été inscrits à la hâte.
« Rencontre avec un nid d'Arkans… Demande de renfort… Immédiat… »
Il dut relire ces quelques phrases une bonne centaine de fois avant que le message n'atteigne enfin son esprit étrangement anesthésié.
L'armée Elysionienne, postée à l'arrière-Sud, venait de tomber sur un nid d'Arkans. Elle devait être submergée en nombre, et en force, car elle demandait maintenant une assistance militaire pour faire face à l'invasion.
Voilà qui était bien résumé… Son esprit, tactique et réfléchi, avait émit cette conclusion avant de se court-circuité.
Levant les yeux vers le reste des vampires présents dans la pièce, il remarqua la tête basse d'Esmée, le regard anxieux de Jasper, et l'attitude repentante de Carlisle. Seules Alice et Rosalie semblaient attendre la suite des évènements avec un calme olympien. Bien qu'il pouvait tout de même apercevoir les mains de la magnifique blonde trembler par intermittence.
- À qui appartient tout ce sang ? Chuchota-t-il dans le silence de la pièce.
Ce fut les seuls mots qui parvinrent à franchir ses lèvres sèches.
Il pouvait reconnaitre à la manière dont les lettres étaient élégamment écrites, à la forme particulièrement de la courbe du R et du D, celui qui devait avoir rédigé ce message. Il ne pouvait pas se tromper alors qu'il cachait dans les tiroirs de sa commode des centaines de lettres détenant cette même délicate écriture.
- À qui appartient ce sang ?! Hurla-t-il à la ronde.
Et, une fois encore, seul le silence lui répondit. Son monde sombra dans un noir abyssal.
À SUIVRE.
