Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Réponse aux reviews :
Patte de Neko : Coucou ! Merci pour tes reviews. Ton idée de mettre un passage secret dans le palais me plait bien. C'est vrai que ça pourrait être marrant de voir Harry partir en exploration pendant qu'Edward le cherche partout lol. Sinon, je suis contente si tu as aimé le rapprochement Rosalie/Harry. Je voulais vraiment les unir dans cette peine et cette attente de leurs deux compagnons. Et pour Harry, l'absence de son amant l'a peut-être aidé à bien faire face à ses sentiments mais il reste encore à savoir s'il se montrera docile lorsque le moment du « corps-à-corps » avec Edward viendra… En tout cas, Emmett et Edward me manque aussi. Ca fait bizarre d'écrire sur Harry, sur ce qui lui arrive, en laissant de côté Edward. Bon, sinon, je vois que l'apparition de James ne t'a pas plu, alors j'imagine que la fin de ce chapitre va te combler lol. Parce que ça se présente mal pour le chasseur ! Pour ta question sur le bleu, en fait, c'était en rapport avec le titre : la couleur des sentiments. Rouge passion, quand il pense à Edward. Et bleu apaisant, avec Rosalie. Sinon, on est bien d'accord sur une chose : Ginny est totalement cinglée ! Mais tellement intéressante aussi… Allez, je te laisse pour commencer à écrire la suite de cette petite fic ! Bisouxxx.
AstrolabeM : Salut ! Merci de me suivre sur cette fiction. Ta review m'a fait très plaisir ! Pour la personnalité d'Edward, je suis d'accord avec toi : il est beaucoup trop « lisse » dans les livres. Je voulais lui donner un petit côté sensuel et dangereux. Miam… lol. Sinon, pour Harry, je le trouve vraiment parfait avec un petit côté casse-cou ! J'espère vraiment que tu aimeras aussi les prochains chapitres, et que tu me suivras jusqu'à la fin ! Biz.
siriushoshi : Merci pour ton gentil com. Pour la missive en sang, je garde le mystère. Eh oui, le sadisme est une vertu chez moi XD ! J'espère pouvoir recommencer à poster rapidement mes chapitres. En attendant, merci beaucoup de continuer à me suivre et à me motiver -) Bisouxxx.
Zaurelie : Coucou ! Merci de m'avoir laissé un com ! J'espère que les prochains chapitres te plairont ! Biz.
Ange29b : Eh oui, niveau plan foireux, personne n'égal Ginny. Mais ne t'inquiète pas, je ne compte pas la rater au passage ! Sinon, j'espère que tu aimeras aussi les prochains chapitres (avec un peu plus d'E/H) ! Bisouxxx.
Mini-Yua : Merci pour ton com. Harry a vraiment eu chaud avec James, mais il fallait s'en douter avec sa malchance habituelle lol. Là, tu dois encore plus m'en vouloir parce que je n'arrête pas de finir mes chapitres « au mauvais moment » XD. C'est pour te donner envie de me lire ! Allez, je cours finir le prochain chapitre ! Biz.
FaenaFilian : Salut ! Merci pour ta review. Oui, tu as raison pour Harry et James ! Ça sentait le plan foireux ! L'un, étant un aimant à problèmes, et l'autre, un tueur psychopathe. Sinon, je me suis chargée de la fin de James, mais je serais ravie d'entendre tes idées sur la futur mort de Ginny XD. Biz.
Keur2louve : Coucou ! Merci beaucoup de continuer à me suivre ! Alors ? Tu as aimé cette nouvelle fin ? Tu pensais à quoi ? A qui appartient le sang ? Edward ? Emmett ? Un autre soldat ? Ah la la… J'adore tout ce mystère XD. Bisouxxx.
Charlène : C'est un plaisir de te retrouver à travers tes reviews. Bon, j'ai bien posté la suite, et non la version du monde magique, mais la fin reste tout aussi sadique lol. Sinon, pour les trois gardiens, je ne vais pas me rapprocher de Twilight. Non, je vais encore plus approfondir le monde d'Elysion avec de nouveaux personnages, et de nouvelles légendes. Pour James, je pense que la fin de ce chapitre te donnera satisfaction lol. Quant à Jasper, je dirais que la vive émotion dans son regard était de la vexation. Il était légèrement inquiet pour Harry, et celui-ci l'a bien rabroué ! Du coup, il est plus blessé qu'autre chose. Et pour le titre (" la couleur des sentiments"), tu as raison c'était bien un film (génial d'ailleurs !). Bisouxxx miss.
Drayy : Merci pour ton gentil com. C'est vrai que James est vraiment répugnant. Je voulais montrer une forme d'évolution des vampires. James représente le vampire sauvage, qui s'est perdu lui-même. Sinon, pour Edward, je ne révèle pas encore s'il va bien ou non. Je maintien mon suspens lol ! En tout cas, je te remercie de continuer à me suivre malgré mes (trop) nombreuses absences. Bisouxxx.
Cacadeschamps : NON, JE NE DIRAIS RIEN SUR CETTE HISTOIRE DE MISSIVE ENSANGLANTEE lol ! Eh oui, je vais garder l'identité du bléssé secret. Nah ! Allez, pour compenser ce suspens, je vais me dépêcher d'écrire la suite de cette fic pour la poster rapidement. Biz.
Harry-Snape-Malfoy : Coucou ! Tout d'abord, je te remercie pour ta gentille review et pour ta compréhension. Oui, c'est un peu la folie dans ma vie ces derniers temps, mais je prend toujours autant de plaisir à écrire cette histoire et à lire les coms que je reçois. Ca me rebooste à chaque fois lol ! Pour Harry, j'ai enfin fait évoluer ce personnage (surtout au niveau des sentiments) et tu as raison de dire que les retrouvailles seront… brulantes ! Si Edward ne meurt pas à l'Haradas ! Hi… hi… hi… Je refais ma sadique ! Pour James, la fin de ce chapitre va te plaire, parce que j'ai décidé de m'en prendre un peu à lui. Ça m'a bien défoulée ! Sinon, après avoir lu ta review, j'ai vraiment penser à laisser Harry au palais. Mais, avec le caractère de cochon que je lui ait donné, je me suis dit que personne n'aurait put le retenir plus longtemps loin d'Edward. En plus, j'avais pas envie qu'il détruise une autre partie du château dans un excès de colère lol. Ah, la légende sur la "gardienne d'Elysion"… C'est une autre de mes cartes à abattre pour cette fic ! Et je vais prendre mon temps pour bien exploiter cette toute nouvelle légende. Allez, je cours finir mes autres chapitres parce que j'ai le cerveau en ébulution lol ! Bisouxxx.
GunWiHarPoTwi : Salut ! Je pense qu'avec ce nouveau chapitre, tu vas commencer à stresser pour Harry lol. Comme d'habitude, il n'a pas mit longtemps avant de s'attirer d'autres ennuis. Quant à James, je pense qu'il était temps qu'il tire son chapeau ! J'espère que tu aimeras les prochains chapitres. Biz.
Perline : Coucou miss. Alors, je dois avouer que ta dernière review ma vraiment touchée. Déjà, je suis vraiment contente si tu aimes les paysages que je décrit. C'est vrai que, comme j'essaie de créer un tout nouveau monde, je passe beaucoup de temps à me creuser la tete pour bien décrire chaque paysage, chaque personnages, ou batiments. J'essaie de te faire voir ce qui se passe dans ma tête. Alors, merci à toi de prendre le temps de te plonger dans cet univers. Ensuite, pour les sentiments de solitude d'Harry, j'avoue que je me suis un peu inspiré de mon vécut. Du coup, ça me touche que nous ayons ce point commun. Sinon, pour revenir à l'histoire, ne t'inquiète plus de James, j'en ai fait mon affaire lol. Et tu as bien deviné pour Jasper, il était vexé par la réaction d'Hary. Mais au lieu de démarrer une nouvelle dispute, il a préféré remplir son role de « protecteur » jusqu'à la fin. Ça montre qu'il a un peu évolué dans ses sentiments envers les humains, ou plutôt, envers Harry. En tout cas, j'espère que ce chapitre aura répondu à une partie de tes questions. Bisouxxx.
laanais : Eh oui, je recommence à être sadique et à mettre des fins à suspens lol. Avoue que ça t'avait manqué ?! Du côté de Ginny, c'est vrai qu'elle a eu l'intelligence de ne pas s'allier à Drago, mais elle à tout de même flanché devant la magie noire. Mais bon, il ne lui restait plus beaucoup d'autres choix ! Sinon, pour l'action, je pense qu'il y en aura plus dans le chapitre que je suis en train d'écrire. J'espère que tu l'aimeras ! Biz.
Amistosamente-vuestro : Merci pour ta review. Oh, je vois que tu vois clair dans mon jeu lol. Ton hypothèse sur les Arkans n'est pas mauvaise. Mais bon, je n'en dirais pas plus pour faire durer le mystère XD. J'espère que tu aimeras les autres chapitres ! Biz.
nouritcha-sushine : Toi, tu vas vouloir ma mort, non ? Je n'arrête pas de mettre mon « A suivre » au mauvais moment XD. Sinon, mes travaux pour la maison sont enfin terminée (même si je n'ai toujours pas le net… snif…) donc je devrais bientôt reprendre un bon rythme. J'espère que tu aimeras mes prochains chapitres ! Bisouxxx.
erimoon : Salut ! Merci pour ton gentil com. Bon, je vais rallonger encore mes chapitres pour te faire plaisir alors lol. Je te laisse découvrir cette suite ! Biz.
Ouragan : Eh oui, Harry va lentement devenir un personnage important et incontournable à Elysion. Mais bon, il va tout de même continuer à s'attirer les pires ennuis lol. Pour répondre à tes questions, je te laisse lire ce chapitre. Mais je te préviens que je ne compte pas laisser d'indice quant à l'état de santé d'Edward XD. Biz.
elodie Nina : Merci de me suivre depuis le début ! Eh oui, c'est le grand retour du suspens (et de mon sadisme lol). Eh non, je ne vais rien révéler sur Edward et ses probables blessures. Par contre, Harry va bien faire parti du voyage de sauvetage. Et il va en profiter pour s'attirer des problèmes (comme d'habitude quoi XD). Pour James, ne t'inquiète pas, comme tu peux le lire dans ce chapitre, il s'attaquera une fois de trop à Harry. Pas de chance pour lui, c'est pas un personnage qui ne me plait pas plus que ça ! Sinon, pour les Volturi, je dirais qu'ils ont bien un rôle à jouer dans cette histoire mais ils ne sont pas les « grands méchants » que j'ai en tête. D'autres personnages doivent encore arrivés ! Bisouxxx. PS : C'est vrai que ma maison est un projet de longue date et que ça me tenait à cœur. Merci beaucoup pour ta compréhension, ça me touche vraiment.
ptitcoeurfragile : Eh oui, je vais encore m'arreter au moment crucial ! Ca faisait longtemps que je n'avais pas jouer les sadique. On va finir par s'endormir sinon XD ! Biz.
Chapitre 29 : Arathéa, les blanches montagnes hurlantes
Un lourd silence s'éternisait dans la pièce.
Haletant, le regard d'Harry passait inlassablement sur le visage de chacun des Cullenus encore présent. Il avait l'impression que son cerveau, totalement court-circuité, ne cessait de lui repasser en boucle les quelques mots griffonner à la hâte sur la lettre pleine de sang qu'il tenait encore entre ses doigts froids.
Un halètement franchit ses lèvres avant qu'un douloureux hurlement n'emplisse de nouveau ses poumons :
- À qui appartient ce sang ?!
Il eut l'impression que les vampires face à lui cherchaient à se tasser encore plus au fond de leur siège.
- On ne sait pas, Harry. Intervint la voix aigüe d'Alice. Rien n'indique l'identité des blessés.
- Mais… Persista-t-il. C'est l'écriture… d'Edward…
Il vit à la manière dont ils baissèrent tous le visage qu'ils avaient eux aussi reconnu l'auteur de la missive ensanglantée. Et ce silence, plus que toute autre chose, le rendait lentement fou.
Il ne supportait pas l'ambiance lugubre de la pièce, tout comme les doux sifflements de la mort à son oreille. Il ne pouvait pas croire à la disparition de son amant, pas alors qu'il venait de passer les dernières semaines passées à se languir de lui.
À quoi avaient servi toutes ces nuits blanches à attendre son retour ? Que ferait-il de tous ces souvenirs qui hantaient son esprit ? Et que ferait-il de tous ces sentiments, durs à admettre, qui brulaient encore son cœur ? Il ne pouvait pas le perdre de cette manière. Pas après s'être autant battu contre le monde d'Elysion, contre les autres nobles et vampires, et contre lui-même. Lui, qui ne lui avait même pas encore dit…
Je tiens à toi.
À bout de nerfs, il allait recommencer à hurler lorsque le masque de fausse tranquillité de Rosalie se brisa. Se levant qu'un bond, il vit dans sa démarche que la guerrière qu'il avait un jour rencontrée sur le champ de bataille d'Ahrima avait remplacé l'image de la douce et fragile princesse d'Elysion.
D'un geste sec, il la laissa lui arracher la missive des mains avant de la poser avec force sur une petite table basse en chêne.
- Ça ne veut pas dire qu'il s'agit forcément de son sang. Grogna-t-elle. Notre sang à tous coule rouge, Harry. Reprends-toi !
Là, il recula en la voyant sortir un poignard du dessous de la longue robe en lin vert pour le planter avec rage au plein milieu de la missive qui déversait toujours un épais liquide carmin.
Cette intervention eut le mérite de l'électrocuter, et il ravala la rage destructrice qui faisait toujours trembler son corps. Calmant difficilement le tourbillon de magie qui prenait forme en son sein, il se gorgea de la force de la vampire blonde pour fixer un regard impitoyable sur le roi, dont le visage affichait la grande souffrance qu'il éprouvait à l'idée que deux de ses fils soient peut-être aux portes de la mort.
- Je vais marcher vers l'Haradas, grinça-t-il, accompagné de Rosalie, et d'une partie de votre garde personnelle.
Tous sentirent qu'il venait d'émettre un ordre, et non une requête. Pourtant, personne n'osa le contredire.
- Tu as mon autorisation. Cru tout de même bon d'ajouter Carlisle. Fait comme bon te semblera.
- Je l'accompagne. Se pressa Jasper. Je m'assurerais de ramener mes frères.
Harry ne lui prêta même pas attention. Son esprit ne pouvait que se raccrocher à l'idée qu'il partirait bientôt au secours de son prince.
- Non, amour. Réfuta Alice, en l'empêchant de se ruer hors de la pièce pour se préparer. Nous avons déjà deux héritiers de la couronne en danger, il est inutile que tu le sois aussi. Se tournant vers Esmée qui les regardait silencieusement, les yeux humides, elle continua : je vais y aller.
Dans son esprit ravagé par la douleur et l'inquiétude, le sorcier marqua tout de même un arrêt à cette déclaration.
- Non, Alice. Pleurnicha la reine. Tu n'es pas une guerrière…
- Je sais me défendre ! Riposta la voyante sur un ton bien plus grave qu'à l'accoutumée. Je saurais m'en sortir.
À la vue de son corps frêle et chétif, il faillit émettre à son tour une protestation. Mais le regard agressif de son amie tua dans l'œuf toute sa perplexité. Après tout, lui n'en plus n'était pas un grand combattant. Sa seule force résidait sur l'utilisation de sa magie.
- On perd du temps ! Hurla Rosalie en frappant du poing la petite table basse. Je veux qu'on soit déjà loin avant l'arrivée de la nuit.
La blonde semblait prise de folie alors qu'il la voyait sortir comme un ouragan de la grande salle des conseils royaux, pour agripper le premier soldait qui passait pour lui transmettre ses ordres, avant de courir vers ses appartements privés.
Comme un signal, Alice – étroitement suivi par Jasper - ne tarda pas à lui emboiter le pas, un air déterminé coller au visage. Du coin de l'œil, il vit Esmée retenir un sanglot avant qu'elle ne lève à son tour pour quitter la pièce. Il dut forcer un sourire crispé à apparaitre sur ses lèvres lorsqu'elle lui frôla l'épaule d'un geste encourageant avant de s'en aller.
Crispant les poings, il allait à son tour prendre congé lorsque le sentiment de culpabilité qui marquait le visage de Carlisle prit tout son sens dans son esprit chamboulé.
Le roi avait était celui qui avait refusé que l'armée Elysionienne ne revienne de l'arrière-Sud après qu'ils aient constatés de l'absence de toute menace. Il avait été celui qui insistait après chaque réunion pour fouiller chaque grain de sable du territoire ennemi en allant toujours plus loin vers le Sud, et toujours plus profondément dans les forêts.
Tendu, la rancune tordant ses entrailles, il s'avança lentement vers lui avant de lui lancer un regard rempli d'amertume.
- Je vous avais conseillé de les ramener. Murmura-t-il comme une menace. Je vous avais dit qu'il vaudrait mieux ne pas insister, ne pas tirer sur la queue du Diable… Sa rage le poussait à hurler : qui avait-il de si important à découvrir là-bas ?! Dites-moi pourquoi vous avez persisté à mettre la vie de vos fils en danger…
Au froncement de sourcils de Carlisle, il sut qu'il devait être la première personne à lui avoir jamais parlé de cette manière. Prêt à en découdre, il sentit son corps se figer alors qu'il l'observait se relever lentement de son siège.
- Savez-vous dans quelle ambiance ai-je été couronnée ? Lui dit le roi après une pause contrôlée. Tout ce que j'ai dû faire afin de garantir à mon peuple un minimum de paix et de sécurité.
Harry, trop profondément blessé et tourmenté, n'eut pas l'empathie d'essayer de comprendre ses mots. Il voulait seulement obtenir n'importe quelles excuses qui empêcheraient la haine qu'il sentait monter en lui de l'envahir totalement. Les lourds secrets qu'il gardait cachés, et que même Edward ne connaissait pas et n'arrivait pas à percer, il comptait bien les lui arracher de force.
- Pourquoi ? Insista-t-il. Qui a-t-il à l'arrière-Sud ?
Sans lui répondre, il vit le roi le contourner avant de prendre une longue et douloureuse inspiration.
- Tous ceux que j'ai bannis d'Elysion s'y terrent. Fit-il. Enfin, c'est ce que j'ai commencé à penser après les nombreux rapports que m'ont transmis mes espions. Il eut un froncement de sourcils inquiet avant d'ajouter : ils sont devenus mes ennemis…
Décontenancé, le brun ouvrit la bouche dans un « Oh » muet tant il ne s'attendait pas à une telle révélation.
- Vos ennemis ? Répéta-t-il bêtement. Quels ennemis ? Je pensais que vos seules adversaires étaient les Sudariens.
- Si seulement c'était aussi simple.
Il suivit le roi des yeux lorsqu'il alla se planter face à une grande baie vitrée. Il sentit l'agacement le gagner en pensant qu'il perdait du temps à bavarder en énigmes avec lui.
- Mon père, fit Carlisle, était un vampire assez violent. Il aimait la guerre, les morts, et la destruction. Son dos se tendit à des souvenirs connus de lui seul. Il est mort sur le champ de bataille, vers la fin de la Grande Guerre, en laissant derrière lui un royaume en sang et en ruine.
Harry avait envie de lui dire de se dépêcher de parler, mais le tremblement qu'il percevait dans sa voix l'empêchait de se montrer insolent.
- En devenant roi, continua le vampire, je me suis efforcé de prendre une autre direction que la sienne. Je cherchais à tout prix à ne pas lui ressembler, et beaucoup de mes gens, trop habitués à la tyrannie et à la cruauté, n'ont pas compris ce souhait… Mais un fils doit-il forcément ressembler à son père ?! Il marqua une pause pour laisser passer son irritation. J'ai tempéré les conflits avec le Sud, j'ai interdit le massacre des humains, et j'ai tenté de bannir la violence de mon palais… J'ai cherché pendant longtemps à faire la paix avec ces peuples que les vampires appelaient jadis « alliés ».
Le sorcier pouvait se rappeler, lors de sa première convocation à un grand conseil royal, de la manière dont on lui avait annoncé que beaucoup de peuples aux Sud avaient renié leur allégeance aux vampires. Et s'ils avaient en réalité simplement abandonné l'ancien roi ? Car si le père de Carlisle était vraiment un tyran, il était normal qu'il ait perdu tous ses alliés, et que son fils, entaché par sa triste réputation, ne puisse jamais réparer ses erreurs. Voilà pourquoi la dynastie vampirique était aussi haïe et crainte à Elysion. Les pièces du puzzle qu'était ce monde complexe venaient de prendre place dans son esprit.
- Je pensais pouvoir réussir lorsque j'ai réalisé avec souffrance, avoua Carlisle en interrompant ses pensées, que le mal n'avait pas totalement quitté mon palais. Rampant comme un serpent, se faufilant et se cachant, il rongeait encore le cœur de bons nombres de mes serviteurs. Trop assoiffés de sang et de larmes, ils étaient déjà devenus des Chasseurs aguerris qui ne supporteraient bientôt plus de vivre sous les ordres d'un roi qu'ils jugeaient trop faible et idéaliste. Il se retourna pour afficher un visage ravager par la douleur des souvenirs. Ils ont tenté de me renverser, et de tuer ma jeune épouse enceinte de mon premier héritier. Esmée…
- Alors, tu les bannis ? Réalisa-t-il. Tu les as contraints à abandonner tes terres pour se réfugier au Sud ?
Tout prenait son sens dans son esprit, et il comprenait mieux son obsession pour l'Haradas.
- Je n'avais pas la force de les tuer. Chuchota Carlisle. Je les donc éloignés. Sachant qu'ils ne trouveraient pas d'aide venant du Sud, et que j'aurais tôt fait de redonner à mon peuple sa gloire et sa puissance d'antan, je me suis longtemps sentit invincible.
Harry comprit qu'il s'était pensé en sécurité jusqu'à ce que l'attaque des Arkans à Ahrima ne l'interpelle. Jusqu'à ce qu'Edward ne les annonce l'existence d'un puissant ennemi cacher dans l'ombre des montagnes de l'Haradas. Il revit encore le visage troublé du roi lorsqu'il avait réussi à bloquer le pouvoir de son amant pour garder secret toute cette histoire.
S'agissait-il vraiment d'un groupe de Chasseurs attendant pour reprendre le contrôle d'Elysion ? Quoi qu'il en soit, les fantômes de Carlisle semblaient bien vouloir revenir le hanter. Les hanter.
Passant une main lasse dans ses cheveux, il sentit toute la hargne qu'il pouvait ressentir envers ce père qu'il pensait condamnable s'évanouir. Après tout, qu'aurait-il fait à sa place ? N'aurait-il pas lui aussi chercher à savoir si les dangereux ennemis qu'ils avaient autrefois bannis de ses terres ne se regroupaient pas clandestinement pour l'attaquer ? Il connaissait tous les secrets du roi et il pouvait maintenant comprendre son entêtement à vouloir fouiller l'arrière-Sud.
Se tournant vers la porte, il allait quitter silencieusement la pièce, mais crut bon d'ajouter :
- Je comprends votre angoisse de ces lâches qui se terrent et complotent à l'autre bout du territoire. Mais ne laissez pas cette peur vous prendre ceux qui comptent vraiment à vos yeux. En tant que roi, vous devez trouver le moyen de palier à cette faiblesse.
Passant la porte, sous le regard étonné que lui lança le roi, il ne se gêna pas pour courir avec hâte en direction de ses appartements. Glissant dans les couloirs, les regards étonnés et outrés des nobles qui le voyaient passer ne le troublèrent même pas tant il était pressé de se préparer pour l'Haradas. Déjà, il pouvait percevoir l'agitation des soldats réquisitionnés pour l'expédition.
- Marianne ! Hurla-t-il en déboulant dans sa chambre. Prépare une valise, je m'en vais !
La servante, occupée à ranger la pièce, lui lança un regard plein de surprises.
- Tu pars ? Fit-elle. Mais… Je ne comprends pas.
- Je vais à l'Haradas retrouver Edward. Dépêche-toi, Rosalie ne m'attendra pas…
Il tirait déjà comme un dément sur les tiroirs de sa commode pour saisir à pleine main des tas de vêtements et les poser avec empressement sur son lit. Contournant son amie toujours abasourdie, il héla deux autres domestiques pour les charger de s'occuper de préparer une besace emplie de pain, de fromage, et de viande séchée pour le voyage.
- Presse-toi, ou pousse-toi, Marianne ! Fit-il en ne la voyant pas bouger. Je n'ai pas de temps à perdre !
- Tu… Bégaya-t-elle, livide. Tu ne peux pas aller là-bas. C'est dangereux, Harry !
- Je ne suis pas en train de te demander ta permission !
Se figeant, il lança un regard incertain à son amie qui s'était raidie avant de s'incliner pour lui signifier qu'elle se mettait à l'ouvrage. Il lui avait parlé de manière si autoritaire et agressive qu'il l'avait renvoyé à son statut de servante. Son inquiétude brouillait ses sentiments et le rendait irascible.
- Je suis désolé. Murmura-t-il en continuant de s'activer. Il s'est passé quelque chose, et… Il faut que j'y aille, Marianne. Je dois aider Edward.
Sans chercher à en savoir plus, il la vit hocher brièvement la tête avant de courir pour se saisir d'un lourd manteau en fourrure. À eux deux, Harry prépara vivement ses affaires pour le voyage, et se trouvait moins de trois heures après posté dans la cour, à attendre l'arrivée d'Alice.
Plusieurs soldats, en rutilante armure de combat, l'entouraient en faisant hennir d'impatience leur fière monture à robes claires.
- Que fait Alice ? S'agaça Rosalie, en s'avançant vers lui vêtu elle aussi d'une lourde armure en argent. N'ai-je pas été assez claire lorsque j'ai dit que nous serions loin d'Alayis à la tombée de la nuit.
Comme si elle l'avait entendue, la petite voyante surgit du palais, son mari la suivant de très près, et se dépêcha de prendre place à leurs côtés.
- Ne passons-nous pas par la mer ? S'étonna-t-elle en voyant les chevaux.
- Non. Fit Rosalie. Passer par l'océan, braver les vagues, et les ondes de tempêtes… Non merci ! Ça serait trop long.
Harry, qui remerciait d'un signe de tête le vieux palefrenier qui venait de lui amener un cheval, tendit une oreille attentive.
- Quel est ton plan ? Fit Jasper, le visage mortellement sérieux. Vous n'allez tout de même pas traverser les territoires du Sud jusqu'en Haradas ? Ma femme ne s'est pas engagée pour une mission suicide.
Le regard meurtrier que lui lança la blonde fit frémir bon nombre des cavaliers aux alentours. Et il aperçut la main d'Alice se resserrer avec force sur celle de son époux pour le calmer et le rassurer.
- Tu aurais tort de douter de moi. Riposta la blonde. Je ne vais pas traverser les terres du Sud, mais les contourner.
Le sorcier, intrigué, allait demander plus d'informations lorsque l'agitation gagna leurs troupes. Rapidement, les cavaliers de la garde royale forcèrent leurs montures à former une ligne de passage pour l'arrivée du couple royale.
Carlisle et Esmée, majestueux dans leurs longs manteaux d'hiver, avancèrent avec rapidité vers eux. Leurs visages étaient tellement marqués par l'inquiétude et le tourment qu'ils semblaient avoir vieilli d'une centaine d'années en quelques heures.
- Mes enfants… Fit la reine, la gorge nouée. Revenez sain et sauf, accompagné de vos frères en danger.
La garde royale acquiesça avec vigueur à ces quelques mots en frappant du poing contre leur poitrine. Solennellement, ils promettaient de ne pas faillir dans leur mission de sauvetage.
- Je vous amène votre guide. Annonça calmement Carlisle en désignant ceux qui étaient cachés dans son immense dos. Ils sauront vous trouver les meilleures routes vers l'Haradas.
Sentant Alice se figer à ses côtés, le sorcier n'eut pas besoin de se tourner vers elle pour savoir qu'elle arborait la même mine dégoutée que lui.
Ceux qui venaient de se placer entre eux et le couple royal n'étaient autre que le groupe d'espion de Laurent.
Plissant des yeux, il sentit la haine l'envahir à la vue du sourire goguenard que lui lançait James. Il semblait se réjouir à l'idée de passer de longs jours à ses côtés en tant que guide personnel. Il s'apprêtait à riposter lorsque Jasper lui coupa la parole :
- Vous n'êtes pas sérieux ?! N'y a-t-il personne d'autre capable de mener les troupes en Haradas ?
Il lui lança un regard surpris en voyant à quel point il semblait affecter par cette décision. Puis, se rappelant de l'animosité qu'éprouvait son épouse pour ce groupe d'espions, il se dit qu'il était certainement normal que le prince blond éprouve ces mêmes sentiments.
Les Chasseurs semblaient attirés la haine de beaucoup de monde, et peut-être même avaient-ils porté impunément atteinte à d'autres innocents. Mais vu leurs mines détendues, ils ne semblaient pas s'en vouloir, ou craindre des représailles.
- Ils connaissent mieux que quiconque les territoires du Sud. Calma Carlisle. Ils sauront vous mener rapidement, et sereinement, à l'Haradas. Ce sont nos meilleurs atouts, Jasper.
Harry vit que son regard disait d'avoir confiance en lui à défaut d'avoir confiance en eux.
- James et Victoria seront vos guides. Intervint calmement la voix lente de Laurent. Moi, je retourne à la tour de garde pour m'assurer que les Sudariens se tiennent tranquilles, et qu'ils ne remarquent pas votre présence.
Ces simples mots permirent à tous de se rappeler la raison pour laquelle ces dangereux vampires étaient si importants. Outre leur large connaissance des territoires ennemis, leur aide et leur loyauté les permettraient de garantir la sécurité et porter secours aux deux princes perdus d'Elysion.
Ils étaient essentiels à leur quête.
Lançant un regard dédaigneux à James, le brun se dit que rien ne l'empêcherait d'aider Edward. Et si pour cela, il devait se taire et supporter la présence du chasseur, il était parfaitement disposé à faire ce sacrifice.
XXXX
Leur convoi avançait lentement, trop lentement, à tout petits pas. Les sabots des chevaux qui s'enfonçaient dans la terre durcie par la gelée laissaient sur leur passage un long geignement de craquement sourd tandis que la carriole emplie de victuailles que gardaient les domestiques menaçait de déraper à tout instant. Les bêtes glissaient, soufflaient, fumaient, et le gigantesque fouet des cavaliers claquait sans repos, voltigeant de tous côtés, se nouant et se déroulant comme un mince serpent, pour cingler avec brusquerie quelques croupes rebondies qui se tendaient alors sous un effort plus violent.
Harry, qui serait fortement les rennes de sa monture pour l'empêcher de faire un écart, observa d'un œil morne les petites fleurs roses qui surgissaient au milieu des hautes herbes qui voulaient les cacher, coloriant le paysage, et contrastant avec le terrain rocheux et grisâtre où il se trouvait.
Voilà près de trois jours qu'il chevauchait sans relâche, contournant dans la plus grande discrétion les terres hostiles du Sud, afin de pouvoir atteindre les portes de l'Haradas. Chaque jour qui passait le rapprochait un peu plus d'Edward, et le confortait dans l'idée qu'il arriverait peut-être à temps pour lui prêter main-forte.
Son regard dévia vers Rosalie, qui suivait avec sérieux le chemin que leur traçaient James et Victoria, avant de frissonner en pensant au chasseur. Même si le vampire ne l'avait jusqu'à présent jamais approché, il pouvait voir, à la lueur d'envie qui faisait flamboyer son regard écarlate à la lueur des feux de camp, qu'il n'avait absolument pas abandonné l'idée de donner une suite à leur dernière entrevue. Le pire étant que, même si ses blessures avaient rapidement cicatrisé grâce à sa magie, il avait gardé un souvenir assez traumatisant de cette soirée. Ne pouvant pas s'en décharger auprès de quiconque, pas au risque de créer des ennuis à James, qui se révélait être d'un grand secours, il ne pouvait que serrer les dents et ranger son frein.
Reniflant de mépris, il se détourna pour porter attention à Alice, dont le cheval – hennissant et fumant - venait de glisser sur un long rocher dans un bruit de clappement. Le maitrisant d'une main ferme, il la vit refuser l'aide des soldats pour se remettre seule sur la petite route rocailleuse qu'ils tentaient de suivre, le visage sombre et concentré, avant d'observer les alentours d'un œil aiguisé.
L'image de la jolie et joyeuse petite princesse qu'elle adoptait continuellement au palais avait muté en une voyageuse et une meneuse de troupes presque aussi aguerrie que pouvait l'être Rosalie. Guidant parfois le convoi, recadrant les soldats, tout en prenant soin d'eux le soir venu, elle maniait à la perfection douceur et fermeté pour diriger leur troupe et mener à bien leur mission de sauvetage. Là où Rosalie passait ses nuits à échafauder des plans pour atteindre rapidement l'arrière-Sud, et laissait libre court à ses idées de guerre et d'attaque furtives ; Alice, pour sa part, même si une dure froideur ne cessait de la tendre dès que son regard rencontrait celui de James et de Victoria, veillait à la sécurité et au bien-être du camp. Sa douce main se posait souvent sur chacun de ses soldats avec tendresse et gentillesse lorsqu'elle prenait la place des domestiques qui les avait suivis dans ce périple pour servir elle-même dans des petits bols en fer la soupe du soir. Ces moments privilégiés, aussi simples fussent-ils, permettaient vraiment de resserrer les rangs de la garde royale.
S'il ne l'avait pas vu faire, le sorcier n'aurait jamais pensé qu'elle cachait en elle ces qualités de grand leader. La voyante n'était définitivement pas une princesse d'Elysion pour rien.
Harry fut détourné de ses pensées en sentant un objet inconnu heurter adroitement son dos. Tournant vivement la tête, il ne rencontra que le regard sérieux des soldats qui le suivait. Hésitant, pensant avoir rêvé, il allait se détourner pour continuer sa route, l'esprit déjà envahi par de sombres pensées, lorsqu'il sentit - clairement ce coup-ci - un petit caillou lui frapper l'épaule droite.
Il n'avait pas rêvé.
Lançant un regard noir aux vampires postés autour de lui, qui avaient commencé à le dévisager étrangement, il les fit signe de le devancer pour mieux observer les alentours. Il doutait qu'un membre de la garde royale s'amuse à le taquiner, surtout en sachant l'importance de leur mission, et en avisant le visage trop fermé de Rosalie.
Mais ne voulant pas donner l'alerte sans raison valable, et ainsi risquer de les mettre en retard dans leur course vers l'Haradas, il choisit de se mettre volontairement à la fin de la troupe afin de mieux guetter le moindre bruit suspect. Les Sudariens avaient-ils finalement remarqué leur présence ? Ou étaient-ils suivis par un groupe de monstres tels que les Arkans ? Il en frissonna de crainte alors qu'une nouvelle pierre, ronde et plate, venait de ricocher dans son dos.
Tirant fermement sur les rênes de son cheval, qui émit un hennissement irrité, il ferma les yeux pour tenter de se concentrer. Mais même s'il étendait sa magie tout autour de lui, il ne parviendrait pas à détecter et démêler une présence inconnue parmi les nombreuses personnes faisant partie de leur procession. À cet instant, il regretta de ne pas posséder des sens ultradéveloppés, ou mieux, les capacités télépathiques d'Edward pour tenter de capter un esprit malveillant. Refoulant l'inquiétude et la douleur qu'évoquait toujours le souvenir de son amant, il posa une main ferme sur son cœur ébranlé avant de fixer avec attention les autres vampires devant lui. Personne ne semblait avoir remarqué la moindre présence suspecte. Même pas les chasseurs qu'étaient James et Victoria.
Toutefois, le bruit d'une branche craquant sous un poids trop important le fit prestement tourner la tête vers la gauche. Les dents serrées, il tentait de repérer un intrus lorsqu'un caillou de la grosseur d'un poing l'atteignit avec force au front. Sonné, il n'entendit pas le bruit que firent les chevaux des autres cavaliers qui s'élançaient vers lui pour s'enquérir de son état. La main sur son front douloureux, il fut heureux de voir qu'il n'avait pas saigné malgré la violence du coup.
- Tu vas bien, Harry ? Oh… Souffla Alice à sa droite tout en tendant une main vers lui. Regarde !
Clignant des yeux pour tenter de faire passer la douleur qu'il ressentait toujours, son regard clair finit pourtant par se poser sur la petite forme qui voletait devant ses yeux. Ignorant les gémissements des chevaux qui l'encadraient, il força son attention sur l'intrus qu'il avait auparavant tenté de repérer.
Une petite bête, pas plus grande de trente centimètres, virevoltait devant lui, guider par les élans du vent, en émettant un petit bruit sourd. Son petit visage, au nez retroussé, aux pommettes saillantes, et aux grandes dents blanches, était entouré de longues oreilles poilues, pointues et abimées. Paré d'un petit pagne vert comme la mousse qui recouvrait sa peau d'écorce, des petites graines et des feuilles sauvages nouées en tresse lui servait de colliers et de bijoux. Il avait posé ses petites mains aux griffes effilées sur son petit ventre plat comme pour retenir un fort éclat de rire. Ses petites ailes, fines membranes translucides qui fouettaient l'air avec énergie, lui permettaient de se déplacer presque trop rapidement d'un côté à l'autre du visage d'Harry.
- Oh… S'émerveilla encore Alice à ses côtés. C'est un lutin des montagnes, Harry. On dit que, malgré leur caractère assez facétieux, ils sont de véritable porte-bonheur pour les voyageurs.
Le brun, qui tuait du regard la petite bête qui semblait vraiment se moquer de lui, sentit la colère envahir peu à peu son corps. À regarder la fausse innocence qui faisait pétiller les grands yeux bleus sans pupilles du « lutin des montagnes », il ne faisait aucun doute qu'il avait bel et bien était celui qui l'avait agressé à coup de pierres volantes.
- Je ne veux pas savoir s'il porte chance ou non ! Rugit-il. Ça reste une saloperie de bestiole !
- Harry ! Gronda son amie.
La petite bête, comme pour répondre au cri d'effroi de la princesse, poussa à son tour un petit couinement outragé, toisa son assistance, avant de s'en aller à tir d'ailes. Il ne lui fallut que quelques secondes avant de disparaitre entre les longs arbres qui bordaient la route en contrebas.
- C'est très rare qu'il se montre, ou qu'il taquine des inconnus. Se plaignit Alice en lui lançant un regard revêche. Il devait nous observer depuis un moment, et il a choisi de se montrer à toi parce que tu as dû lui plaire. Mais là… Tu l'as définitivement vexé !
- La belle affaire ! Murmura-t-il même s'il savait que ses mots étaient parfaitement audibles pour tous les vampires l'entourant. J'ai contrarié un lutin…
Entendant Rosalie donner l'ordre de se remettre en route, il se pressa de guider son cheval sur le bon chemin tout en ignorant le regard intéressé que lui avait lancé Victoria. Si le chasseur blond l'effrayait par son côté sauvage et violent, il ne doutait pas que la rousse, sous ses airs séducteurs, était un vrai poison. Et il ne voulait absolument pas prendre le risque de se rapprocher une nouvelle fois d'eux.
Replongeant dans ses pensées, pour revoir sa discussion avec Carlisle, et prier pour que ses craintes ne soient pas véridiques, il passa les heures suivantes à suivre docilement la troupe sur des chemins de plus en plus rocheux et escarpés.
Mais à la fin de la matinée, lorsque les faibles rayons du soleil d'hiver cessèrent presque totalement de les réchauffer, ils avaient parcouru de nombreux lieux et paysages.
Sentant les soldats à l'avant ralentir l'allure jusqu'à s'arrêter, il força sa monture à s'avancer pour atteindre la tête de leur procession. Là, Rosalie et James s'observaient en chien de faïence, Victoria semblait soudainement se préoccuper de sa manucure, tandis qu'Alice – le corps frissonnant - observait devant elle d'un air angoissé.
Suivant son regard, plus intrigué qu'inquiet par ce soudain arrêt, Harry fut aussitôt ébloui par la vue qui s'étendait devant lui.
Il se trouvait devant un immense et majestueux pont en pierre, dont le centre avait été en partie détruit par le temps, et qui longeait un long ravin dont les bords abrupts étaient lissés par la petite rivière qui s'écoulait en contrebas. Taillée dans un magnifique arc de cercle, la roche de l'édifice, dont les abords portaient de fines écritures sculptées dans une langue inconnue, était presque entièrement recouverte de mousse et de longues lianes aux belles grappes rouges. Deux statues de femmes armées d'une épée pointée vers le haut, et dont la roche fissurée par le temps ne permettait pas de distinguer les traits surplombaient les deux côtés de la fin de l'édifice pour annoncer le début d'un tout nouveau territoire.
À l'orée du pont s'étendait une large crête grisâtre et triste, couverte par des herbes folles, et des grands chardons desséchés et blancs de givre. Des petites rives, dans les creux où l'eau glacée dort, sillonnaient une terre dure et endormie. À l'horizon, en haut de larges rochers, se trouvaient quelques ajoncs vivaces, au milieu des bruyères grises et des fougères séchées, qui éclairaient de leur verdure terne des petites fleurs jaunes, et des houx aux feuilles luisantes.
Plus loin et à perte de vue, derrière les sapins verts et glacés, un petit chemin escarpé semblait mené vers le sommet des premières montagnes enneigées d'Elysion, qui se dressait en l'air par centaines comme des enfants cherchant à toucher le ciel.
Visible de loin, immenses et couvertes de verdure, leurs sommets constamment couverts de neige se perdaient dans les épais nuages de cette fin de matinée.
Mais cette impérieuse chaine de montagnes qui s'annonçait n'était malheureusement composée que de dangereuses griffes escarpées, de roches coupantes comme des rasoirs, et de terribles précipices. Ce qui contrastait fortement avec leur beauté si féérique.
Ce magnifique tableau prenait fin avec le ciel, toile bleue et grise du paysage cacher derrière les imposantes montagnes, embellissant ces œuvres d'art de la Nature qui se modèlent et se modifient au gré du vent et de la pluie.
La bouche ouverte, et la voix éteinte devant tant de splendeur, Harry ne cessait d'observer les alentours avec une certaine frénésie. Malgré la froideur des montagnes qui s'étendait face à lui, il ne pouvait que s'agenouiller devant tant de beauté.
Pris dans sa contemplation, il sursauta presque en voyant du coin de l'œil Rosalie balancer un vigoureux coup de pied à James qui tomba avec force du haut de sa monture. Vif comme l'éclair, il la vit sortir un de ses Saïs et le pointer d'un geste menaçant sous la gorge du chasseur, qui n'avait pas osé répliquer.
- Arathéa ? Persifla la guerrière, un rictus aux lèvres. Les montagnes hurlantes… Rien que ça ?!
Malgré l'arme aiguisée qui menaçait toujours sa gorge, l'agitation des cavaliers, et l'affolement qui semblait avoir gagné le visage de Victoria, il fronça les sourcils en voyant James planter un regard calme et décidé sur son adversaire.
- Je suis sûr que vous aviez depuis longtemps saisi le chemin que je vous traçais. Répliqua le vampire avant de s'arrêter, lorsque la lame lui égratigna le cou, pour reprendre d'un ton plus soumis. Vous saviez que nous aurions à traverser ces montagnes, Princesse. Pourtant, vous n'avez pas cherché à m'arrêter avant.
Un long silence gagnait leur troupe alors que tous attendaient la suite des évènements.
- Vous savez parfaitement que c'est le seul chemin qui puisse nous permettre d'atteindre rapidement l'Haradas, continua James, et cela, sans risquer d'être repéré.
- C'est sûr que personne ne viendra fouiner là-bas ! Rabroua Rosalie avec sarcasme en saisissant une poignée de cheveux blond terne pour mieux exposer son cou. Parce qu'il n'existe personne de censé pour s'aventurer dans les blanches montagnes hurlantes d'Arathéa !
Piqué par la curiosité, le sorcier se mit à fixer d'un œil intéressé les lignes de montagnes qui s'étendaient à leur pied. Le calme qui régnait ne semblait pourtant ni oppressant, ni dangereux.
- Le choix est votre. Fit le chasseur en se laissant malmener. C'est la vie de mes princes, de vos époux, de vos frères… qui sont en jeu.
En une phrase, il venait de figer leurs corps à tous. C'était leurs pairs qui étaient en danger.
- Le choix est votre. Répéta-t-il comme une sentence. L'Haradas se trouve juste derrière ces montagnes…
À cet instant, Alice se rapprocha de sa belle-sœur pour lui faire signe de lâcher prise. Elle ne portait pas le chasseur dans son cœur, mais créer plus d'agitation au sein du groupe ne rapporterait rien de bon.
- Alice ! Fit la princesse blonde en se redressant et en s'éloignant vers le pont. Que vois-tu ?
- Que veux-tu que je voie ? L'avenir ne me révèle presque rien. Riposta la voyante. Mon pouvoir est saturé, car je ne cesse d'en abuser depuis le début du voyage pour veiller à notre sécurité. Mais si tu veux avoir l'avis de mon instinct, il me dit de rebrousser chemin.
Quoi ? Harry se sentit électrocuté par ces mots. Il venait de parcourir toute cette route, et seule une montagne le séparait encore de son compagnon. Il n'avait pas fait tout cela pour s'arrêter maintenant.
- Tu veux qu'on perde plus de temps ? Fit-il.
Il vit Alice se retourner presque mécaniquement vers lui.
- Ces montagnes sont dangereuses, Harry. Si nous voulons les traverser, il va nous falloir beaucoup de chance et de discrétion.
- Nous sommes déjà discrets ! Contra-t-il.
- Il faudra l'être encore plus.
Il ne saisissait pas vraiment où se situait le problème, mais il savait à peu près comment le résoudre.
- Bien. De la discrétion, hein ? Demanda-t-il. Je peux facilement résoudre ce problème en érigeant une bulle de silence autour de nous, et…
- Non ! Surtout pas ! Crièrent Alice et Rosalie.
Clignant des yeux face à leur trait affolé, il sentit son corps se tendre en avisant le sourire mesquin qui s'étirait sur le visage de James, toujours recroquevillé au sol.
- Ceux qui ne doivent pas remarquer notre présence ne sont pas sensibles aux bruits, Harry. Expliqua la guerrière blonde dans un chuchotement, comme on dit un secret. Ils le sont par la force vitale émise par nos corps.
Il étudia ces mots avec scepticisme. La force vitale. Cela voulait dire que ces « dangers cachés dans la montagne » pouvaient être sensibles à la chaleur de leur corps, au rayonnement de leur âme, ou pire, à l'énergie émise par leur pouvoir. Voir dans son cas, de sa magie. Que devaient-ils donc craindre ? Des morts-vivants ? L'air était tellement grave que cette pensée ne le fit même pas rire.
- Et toi, qui es déjà comme un phare rayonnant dans une tempête, railla Alice, tu devrais dès à présent t'abstenir de faire appel à ta magie.
Pa de magie ? Voilà ce qu'il craignait. La situation se compliquerait si on lui enlevait sa plus grande force.
- Nous saurons nous défendre, n'est-ce pas ? Fit-il à Rosalie. Contre ces… choses… Qu'est-ce qui se cache dans ces montagnes ?
La guerrière fuit un instant son regard, comme si elle ne voulait pas que ses mots influencent son avis sur le besoin de traverser ces hauteurs, et finit par souffler sa réponse :
- Des Hurleuses…
D'où le nom de « Montagne hurlante », mais ça ne l'avançait pas vraiment, pensa le brun avec sarcasme. Pourtant, il ne ressentit pas l'envie de la taquiner sur ce point. Réfléchissant quelques instants, il sentit le doute le gagner en croisant le regard des autres gardes qui patientaient à leurs côtés. Étant des soldats ayant reçu un entrainement militaire strict, ils ne laissaient aucune crainte, ou méfiance barrer leur trait. Ils mèneraient toujours à bien leur mission, et suivraient leur chef jusqu'en enfer si on les y conduisait.
Pouvait-il vraiment mettre leur vie aussi rapidement en danger ? Surtout qu'il ne voyait pas ce que voulait dire Rosalie en parlant des « Hurleuses ». Que voulait-elle dire par là ? Il allait demander plus d'explication lorsque son regard croisa le fin tissu bleu marine qui se tortillait autour de son poignet droit. Le touchant du bout des doigts, il se rappela l'avoir pris à la hâte avant le départ sur la commode de la chambre qui lui était réservée au palais du roi.
Cet objet était à l'heure actuelle son bien le plus précieux, car il avait un jour appartenu à son compagnon.
Cette attache avait une fois retenu ses longs cheveux roux, avant qu'il ne le lui arrache dans un moment de passion, et portait encore la suave odeur et les tendres souvenirs de leurs corps entrelacés.
Redressant la tête, il vit que tous le regardaient dans l'attente d'une réponse, ou d'un geste de sa part. Il comprit au regard appuyé de Rosalie qu'elle venait de lui donner la charge de choisir la suite des évènements. Et il pouvait voir, derrière son masque de guerrière, que la femme amoureuse et inquiète qu'elle était espérait secrètement qu'il choisirait de traverser ces maudites montagnes pour gagner du temps.
Alors devait-il prendre un chemin plus sécuritaire, plus long, au risque qu'Edward et les autres ne tiennent pas jusqu'à son arrivée ? Où devait-il risquer dès à présent leur vie en passant entre les montagnes hurlantes d'Arathéa ? Serrant le poing, il se demanda à quoi pouvait bien le servir toute cette puissance, toute cette magie, qu'il sentait couler dans son sang depuis son arrivée à Elysion, s'il ne pouvait même pas sauver son amant. Soufflant d'agacement, il se dit que peu lui importerait le danger, il savait déjà qu'il allait devoir y recourir à un moment ou à un autre. Il espérait juste qu'il tiendrait jusqu'à la fin de la traversée des montagnes d'Arathéa.
- Nous traverserons les montagnes. Dit-il d'une voix forte. Restez groupés et vigilants, augmentez l'allure de vos chevaux, doublez les sentinelles à l'avant pour qu'ils nous ouvrent le chemin, et la nuit venue, nous veillerons à accroître les tours de garde. Se tournant vers l'avant, il murmura telle une promesse : je suis bien partie pour nous faire franchir ces montagnes en moins de quatre jours !
Le temps sembla se figer après qu'il ait donné ses ordres, et que Rosalie ne fasse hennir et cambrer son cheval pour crier :
- Vous avez entendu ? En route !
Comme un seul homme, les gardes royaux les encadrèrent et se pressèrent de mettre en application les ordres qu'ils avaient reçus.
- N'oublie pas, Harry. Intervint Alice en lui saisissant le bras. N'use pas de ta magie !
Opinant de la tête, il se pressa de faire avancer son cheval en ignorant les frissonnements de son corps lorsqu'ils commencèrent à traverser le large pont en pierre. Il ne pouvait pas se permettre de faiblir maintenant.
Il avait un prince à sauver.
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La traversée de la première montagne, dans un silence et une vigilance constante, fut une tâche des plus ardues. Ils passaient tantôt près de chemins escarpés où les chevaux glissaient et se contorsionnaient avec peine ; tantôt à l'intérieur même de grottes sombres et caverneuses qui transperçaient la montagne. Ils croisaient parfois, au détour d'une route exsangue, un vieux panneau en bois de mise en garde, grossièrement planté dans un sol rocheux et glacé.
La lueur sale du soleil qui filtrait à travers de gros nuages obscurs et lourds rendait plus éclatante la blancheur des montagnes où apparaissaient parfois une ligne de grands arbres vêtus de givre, ou au loin, les volutes de fumée d'une chaumière au toit rouge.
Le soulagement gagna Harry lorsqu'après avoir traversé ce premier pique de montagnes, ils atteignirent une autre petite crête bordée de sapins dont les branches étaient couvertes de cristaux de glace semblable à une nappe de diamants.
La garde royale se déploya rapidement et bientôt des centaines de tentes s'érigèrent tandis qu'un bon feu de camp faisait bouillir de l'eau aux herbes fraiches.
Se rapprochant du feu, le sorcier y rapprocha ses mains gelées et craquelées à la recherche de la moindre source de chaleur. Les vampires étant moins sensibles à ce froid hivernal le regardèrent faire avec indulgence. Pourtant, il avait beau aller jusqu'à coller ses doigts contre la marmite frémissante, il ne parvenait pas à sentir la brulure de la chaleur du feu.
Se redressant pour jeter un œil aux alentours, il choisit de partir dans les fourrés récupérés d'autres tronçons de bois sec pour accroître le feu. Il aurait pu en donner l'ordre à un des gardes royaux, mais il estimait qu'ils étaient assez occupés dans leur mission de protection et de vigilance. Et du coin de l'œil, il pouvait voir Rosalie et James toujours en grande discussion sur le meilleur chemin à prendre, tandis qu'Alice gérait avec fermeté les domestiques dans leurs tâches à accomplir avant le coucher.
Il n'avait pas besoin de déranger qui que ce soit.
S'éloignant vers les hauts sapins, tout en tentant de garder un œil sur le rougeoiement des flammes du feu de camp, il se mit à se saisir de chaque petite brindille qu'il croisait sur sa route. Ce petit moment de solitude permit aussi à son esprit de s'évader pour faire le point sur les quelques jours passés.
Depuis la disparition d'Edward, il savait qu'il était vraiment devenu insupportable. L'angoisse, le désespoir, et l'impatience rongeaient son humeur et troublaient ses nuits. Il était devenu tellement amer qu'il avait bien remarqué qu'Alice prenait ses distances et ne cherchait plus à le contredire.
Pour preuve, elle n'avait pas insisté dans sa décision de traverser ces dangereuses montagnes. Malgré son air inquiet, son corps raidi, et sa mâchoire serrée, elle l'avait suivi sans un mot et il lui en était profondément reconnaissant.
Dans ces heures sombres, où il était tourmenté par l'idée de ne pas revoir son amant, il avait l'impression que seule Rosalie pouvait le comprendre. Et le supporter. Tout comme lui, la princesse blonde avait beaucoup à perdre si cette mission de sauvetage n'était pas menée à bien. Passant leur soirée, voir leurs nuits dans la même tente, ils pouvaient ensemble laisser libre court à leur chagrin et à leurs doutes. Ensemble, ils arrivaient à trouver chaleur et réconfort.
Mais Harry savait qu'il ne retrouverait le sourire qu'à la vue de deux beaux et grands yeux améthyste.
Il en était là dans ses pensées lorsqu'il sentit une main se poser sur son épaule. D'un bond, il relâcha une partie des petits bois qu'il avait ramassés pour faire face à l'intrus qui venait de le surprendre.
Là, le regard acéré, le souffle étrangement court, et le corps tremblotant, se tenait James.
Le lâchant du regard pour prendre de la distance entre eux et observer les alentours, il vit qu'il s'était beaucoup trop éloigné du camp. Il ne percevait plus les bruits de pas discrets de la garde royale, ou les voix fortes d'Alice et de Rosalie qui criaient des ordres à tous les vents.
Reportant son attention sur le chasseur, il prit une posture défensive en le voyant se rapprocher d'un pas lent.
Vraiment, il ne doutait de rien celui-là !
Prêt à l'accueillir, Harry allait rassembler ses pouvoirs lorsqu'une idée le frappa : il ne pouvait pas user de magie ici. Son visage décomposer dut plaire à James qui laissa filtrer un sourire goguenard. C'est à cet instant qu'il comprit que s'il ne l'avait pas déjà attaqué durant le début du voyage, c'était parce qu'il savait qu'ils allaient bientôt atteindre cet endroit.
Il savait qu'ils allaient bientôt devoir traverser les montagnes hurlantes d'Arathéa. Les terres qui ne supportent aucun élan de magie.
Cette idée eut à peine le temps d'envahir son esprit que le vampire le saisissait par l'épaule avant d'entamer sa transformation. Son visage et son crâne s'étiraient déjà lorsqu'il tenta de se pencher vers lui pour le mordre.
Se débattant, Harry savait qu'il n'avait aucune chance de le repousser ou de le faire lâcher prise.
- Tu es vraiment un imbécile. Cria-t-il en lui assénant des coups de pieds. Tu crois qu'on ne te fera pas payer pour ma mort ?
Un rire gras et caverneux lui répondit.
- Voyons, petit homme… Susurra le chasseur. Je vois déjà comment l'histoire se finit : tu as choisi de venir dans ces montagnes… Tu as choisi de te perdre dans la forêt… Tu as eu le malheur de croiser une Hurleuse… Et, tu n'as pas su te défendre contre elle… Il n'y aura même pas de corps à enterrer !
Les yeux écarquillés, le sorcier comprirent enfin à quel point cet homme était dément. Son plan était déjà bien rodé et il y avait sauté à pieds joints. L'idiot dans l'histoire, c'était lui.
Le voyant se pencher de nouveau vers sa gorge, il serra les poings et fut surpris de sentir des échardes lui rentrer dans la paume de la main. Il remarqua enfin qu'il avait inconsciemment gardé prise sur un tronçon d'arbre sec et se pressa de l'utiliser comme arme.
L'abattant avec violence contre la tempe du vampire, il sursauta en entendant le craquement que produit le choc alors que sa tête pivotait rudement sur la droite. Mais presque trop lentement, il le vit retourner son visage vers lui pour le fixer d'un air encore plus féroce. Son corps craqua pour signifier qu'il continuait toujours sa transformation en la bête infâme qu'il avait déjà aperçue.
Avisant la lueur sauvage et extatique qui faisait flamboyer ses yeux, Harry comprit que le chasseur n'abandonnerait surement jamais. Il chercherait toujours à le nuire, à le tuer. Alors il devait dès à présent se débarrasser de lui.
Armé de son bâton, il l'abattit une seconde fois contre son adversaire qui reçut le coup en riant. Doublant d'effort, tentant de lui faire lâcher prise, il continuait ses attaques lorsque son autre bras fut lui aussi saisi dans une poigne de fer. Grimaçant de douleur, il n'eut d'autre choix que de lâcher son arme improvisée, et vit avec effroi les canines mortelles s'approcher de lui pour lui déchiqueter son épaule découverte.
Il allait laisser la peur l'envahir lorsqu'une image d'Edward, certainement blessé et recroquevillé, le prit aux tripes. Il était venu se perdre dans ces montagnes pour une bonne raison. Il souffrait durant cette expédition pour sauver quelqu'un qui lui était cher. Il n'allait certainement pas accepter de mourir maintenant.
Pas avant d'avoir revu les perles améthyste de son amant.
- Cette fois-ci, dit-il en tentant toujours de retrouver sa liberté, je vais te faire comprendre qui je suis !
Presque sans y réfléchir, sans avoir à se concentrer, sa magie répondit avec force et entrain à son appel et rampa hors de lui pour atteindre son assaillant. Il le vit marquer une pause, grimacer, avant de hurler plus franchement lorsque sa magie, rampante et serpentante, profita de leur corps en contact pour l'atteindre. Comme une lave d'acide, elle se mit lentement à ronger les mains, les bras, le cou et le visage de James. Des plaques rouges et boursouflées apparurent, pour laisser place à des furoncles qui noircir et entrainèrent la chair à mesure que le chasseur y passait ses mains.
Harry aurait pu s'arrêter là, mais aveuglé par sa haine, il laissa sa magie s'échapper un peu plus de son corps pour aller s'abattre contre le vampire qui fit un vol plané jusqu'à s'écraser contre une lignée de sapins.
Le souffle court, l'air chargé d'électricité, il laissait la colère l'envahit encore lorsque le vent qui soufflait avec paresse autour de lui balaya ses cheveux et lui fit reprendre contenance. Se figeant, il observa les bois alentour d'un air agité en percevant enfin le silence mortel qui régnait sur les lieux. Pas un oiseau, pas un animal, pas même un lutin ne devait se trouvait dans les parages. Tout semblait soudainement mort, éteint, endormi.
- Elles sont déjà là… Ricana James d'un air agonisant. Elles sont déjà…
Le vampire n'eut pas le loisir de finir sa phrase avant de brusquement se faire tirer vers l'arrière par une force invisible. Le vampire se débattit faiblement alors que son corps griffait le sol, frappait contre des branches, et faisait se soulever un vent de terres et de pierres gelées. Retenant un cri, Harry accourut vers lui, tentant vainement de le rattraper, et le vit se faire trainer et emporté au loin dans les sombres fourrés.
S'arrêtant dans un crissement de chaussures, il resta là, perdu au milieu des sapins ravagés, sans oser hurler ou bouger. Devait-il appeler à l'aide ? Pouvait-il tenter de fuir ? Où devait-il encore user de ses pouvoirs au risque de s'attirer encore plus d'ennuis ? Le corps tremblant d'angoisse, la gorge sèche, et les yeux brulants et humides sous la force du vent, il n'osa pas faire un geste tant son esprit était alarme.
Il allait prendre la décision de courir vers le camp en hurlant pour donner l'alerte lorsqu'il sentit une présence vive et rapide passée dans son dos. Se retournant à la hâte, il eut beau fouiller la noirceur des bois, son regard sembla croiser aucune forme inconnue et effrayante. Pourtant, la chair de poule qui envahissait son corps lui permettait d'être sûr de ne pas être seul en ces lieux. Quelque chose, de très rapide et agiles, l'observait, le chassait, et tournait en cercle autour de lui.
Était-ce un vampire venu le chercher ? Il en doutait fortement.
De nouveau prêt à se lancer vers le camp, il retint un halètement effrayé en sentant de nouveau une présence hostile et bien présente se poster dans son dos. Il perçut comme un bruit de sabot, qui faisait craquer le sol et les feuilles mortes qui y étaient tapis, à mesure qu'on se rapprochait de lui. La boule de terreur qui encombrait sa gorge, et glaçait son sang l'empêchait de réfléchir et de penser à se défendre. Il était la proie qui n'avait pas su se cacher du chasseur, et qui se trouvait figer face à la grande faux de la mort.
Dans un élan de pure folie, il pensa enfin à se détourner pour s'enfuir, mais il eut juste le temps de légèrement se retourner avant de sentir une main osseuse et distordue, aux ongles noirs et acérés, s'enrouler avec dureté autour de son cou.
Il venait de trouver les Hurleuses. Ou était-ce l'inverse…
À SUIVRE.
Je suis désolée pour tout le retard que je prends pour cette histoire. Comme certains/certaines le savent, je viens de déménager et entre les cartons, les dernières retouches de peintures et de papier peint, et le boulot… Je n'avais plus du tout le temps d'écrire. Du coup, je profite rapidement de ma pause de midi au travail pour vous poster ce chapitre (en priant qu'une bonne âme suit toujours cette histoire lol) étant donné que je n'ai même plus internet.
Merci beaucoup à ceux qui me lisent et continuent à me suivre, et à ceux qui me laissent toujours un petit mot d'encouragement.
