Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Réponse aux reviews :
erimoon: Coucou ! Merci pour ta review. Eh non, Ginny n'est pas morte ! Mais tu as raison de croire que la vérité va bien éclater. En tout cas, pour l'enfant, rien n'est moins sûr. Son avenir risque d'être sombre avec tout ce qu'il a déjà subi dans le ventre de sa mère. Enfin, je n'en dirais pas plus ! Biz.
Narcybelle: LOL Moi aussi, écrire ce chapitre m'a donné des boutons ! Mais bon, fallait bien y passer par là. Biz.
melimelo-1202: Merci pour ton com. Oui, on pourrait penser que le médicomage, qui est très vieux et est loin d'être bête, à dut pressentir quelque chose sur ce curieux accouchement. Comme Hermione, qui ne se laissera plus du tout berner, à comprit qu'il s'était tramer quelque chose. Mais bon, tu verras par la suite que les secrets ne restent jamais bien cachés XD. Bisouxxx.
FaenaFiliana: Salut ! Oh, t'es méchante ! Tu veux carrément la mort du bébé ?! Tu es plus sadique que moi là XD ! Bon, ce chapitre sur Harry et Edward risque d'être moins agaçant, je te rassure lol. Je te laisse le découvrir ! Biz.
Harry-Snape-Malfoy: Salut ! Me revoilà ! Je suis totalement d'accord avec toi pour Ron, il ne veut pas totalement ouvrir les yeux sur sa sœur, mais bon, on lui pardonne comme même. Ça se sent qu'il aime vraiment sa petite sœur, la seule fille Weasley. Pour l'enfant, il risque de souffrir. Mais lorsqu'il s'agit de magie noire… Il faut s'y attendre. Au moins, malgré son état de faiblesse, presque mort, je voulais qu'il ait quelque chose de beau et d'unique : les yeux émeraude. Alors je suis contente que ça t'ait plut. En tout cas, tout ce beau monde aura des comptes à rendre très prochainement ! Dans ce nouveau chapitre, centré sur Harry, tu pourras en apprendre plus sur la Sorah, les pouvoirs, et les nouveaux personnages qui vont intervenir dans la fic. J'espère que tu aimeras ! En tout cas, ses nouveaux pouvoirs ne seront pas de trop pour Harry. que ce soit pour la guerre à Elysion, pour les problèmes dans le monde magique. Enfin, je n'en dit pas plus sinon ce n'est pas marrant XD ! Et puis, bien qu'en approche de la fin de la fic, on est encore bien loin d'un départ d'Harry pour la Terre. Donc Ginny a un large sursit pour faire régner sa loi ! Allez, je te laisse découvrir ce nouveau post en espérant que ça continuera à te plaire. Bisouxxx.
Élodie Nina: Coucou ! Ouah, tu es la 2eme personne à vouloir la mort de l'enfant lol. Mais laissez-le vivre ce pauvre gosse ! Sinon, c'est vrai que Ginny va trop loin en utilisant cette magie noire. Là, en voulant être riche, elle a aussi touché le fond. Allez, je te fais plaisir avec ce nouveau chapitre sur Harry ! J'espère que tu aimeras ! Bisouxxx.
ptitcoeurfragile: Merci de continué à me suivre ! Je te laisse découvrir ce nouveau chapitre sur Harry, avec d'autres révélations bien croustillantes. Biz.
Chapitre 34 : La toute première Loi
Harry se sentait bien. Son corps se reposait dans des draps de soie, et une persistante odeur de lilas flottait dans l'air. Ouvrant légèrement les yeux, dans la semi-obscurité de la pièce où il reposait, il tâta avidement la place désormais vide à ses côtés. Ses doigts persistants finirent par heurter le moelleux oreiller de son amant qui s'était levé depuis maintenant bien longtemps.
- Edward... Murmura-t-il.
Sa voix brisée par le sommeil ne fut rien en comparaison de la soif qui lui brula soudainement la gorge. Mais sans avoir à exprimer son besoin, il sursauta en sentant un verre d'eau glacé se placer tout contre ses lèvres. Clignant des yeux, il vit que quelques servantes ayant perçus son réveil s'était empressés de pénétrer dans sa chambre pour répondre à toutes ses attentes. La jeune vampire qui le faisait boire n'osa croiser son regard, et il avala docilement quelques gorgées de l'eau qui lui était proposé, tandis que du coin de l'œil il suivait les mouvements de deux autres servantes qui s'échinaient sur les lourds rideaux de sa chambre.
Bientôt les rayons du soleil envahirent lentement la vaste pièce où il reposait.
- Quelle heure est-il ? Demanda-t-il, toujours dans le brouillard.
Il ne fut que peu surpris de ne recevoir aucune réponse.
Repoussant les draps, il se releva mollement de son lit, s'étirant de tout son long, alors que son regard se perdait au dehors. De sa fenêtre, il pouvait voir qu'un nouvel attroupement s'était déjà réuni autour du palais.
Chaque jour, sans se lasser, les elysioniens envahissaient les cours royales dans le seul but de l'apercevoir.
La rumeur de l'éveil de la Sorah avait parcouru de nombreuses contrées, et beaucoup de vampires avaient fait le voyage pour le rencontrer. Carlisle lui avait même un jour proposé de venir siéger avec lui dans la grande salle des doléances royales afin de renouer avec ce peuple qui lui était au final inconnu.
Ridicule.
Qu'attendaient-ils tous de lui ? Il ne comptait absolument pas entrer dans leur démence et se prendre pour une foutue réincarnation. Fixant avec hargne la foule de plus en plus compacte aux pieds du château, il tenta un instant de comprendre l'esprit tordu de tous ces vampires.
Les Elysioniens avaient passés des jours à prier aux portes du palais et à faire la fête, et dès qu'il avait le malheur de faire la moindre petite apparition, il avait droit à une émeute en bon et due forme. Quant aux nobles qui avait le droit de déambuler dans le château, ils vacillaient entre crainte et vénération, et recherchaient sans arrêt sa présence, l'épiant et le suivant, tout en se prosternant à ses pieds dès lors que son regard avait le malheur de se poser sur eux.
Il avait supporté leur égard, surtout parce que cela lui faisait du bien de passer de paria à « grand gardien d'Elysion » il avait tolérer la présence de la nouvelle garde armée qui avait été désigné pour le protéger, émut devant la cérémonie solennel pendant laquelle ces soldats lui avait confié leurs vies il avait rigolé lorsqu'une aile entière du château lui avait été octroyé et qu'une suite de servantes et de dames de compagnie - richement vêtus - lui avait été attribué mais maintenant… il en avait juste marre.
Cela le lassait de voir les corps de ceux qu'il croisait se tendre, de sentir des mains tenter à chaque fois de le frôler, et d'être le centre de toutes les conversations et de toutes les attentions.
A présent, il arrivait même que les membres de la famille royale se comportent parfois différemment avec lui en se montrant beaucoup plus attentionné, voir fasciné par sa personne. Il avait parfois presque l'impression, à la manière dont ils le regardaient avec insistance, de pouvoir les captiver par sa seule présence. En fait, il semblait comme avoir charmé tout le monde, si ce n'était ce satané Jasper qui préférait fuir sa présence plutôt que de se laisser séduire.
Oh, par chance, il y avait aussi Edward.
Son beau prince n'avait pas semblé changer en sa présence malgré le fait qu'il était censé être élevé au rang de presque-divinité. Il rougit en pensant à la nuit passée, enfermé dans la chaleur de ses appartements, et subissant les assauts passionnés du vampire qui lui avait alors murmuré : « J'aime savoir que je suis le seul à pouvoir te profaner, Amour ».
Quel pervers !
Non. Peu importait ce que les Elysioniens pensait qu'il était censé être, après la nuit d'éveil de ses pouvoirs, cet odieux prince n'avait pas changé d'un pouce. Si ce n'était qu'il avait découvert à quel point il pouvait effectivement être exigeant en amour.
Chassant ses pensées, Harry tourna automatiquement la tête vers l'une des portes de la chambre lorsqu'il entendit quelqu'un y toquer timidement. Une servante portant un large plateau entra, et après s'être humblement incliné, lui servit un copieux repas qui le fit aussitôt saliver. Sans attendre, tentant de combattre sa mauvaise humeur, il s'abattit sur sa pitance en écoutant distraitement les allées venues des autres domestiques dans la chambre.
Frissonnant sous une brise d'air, il ne fut pas surpris de voir une vampire – tellement préoccupé par son bien-être - s'empresser de refermer la fenêtre. Il finit rapidement son repas dans le silence le plus complet.
Vraiment… Toute cette attention le mettait trop mal à l'aise.
Et sa gêne ne fit qu'amplifier lorsqu'on l'aida à se préparer dans un silence encore plus lourd, presque religieux. Des mains le frôlaient délicatement pour le guider et l'aider à enfiler une des nombreuses tenues traditionnelles à Elysion dont il avait hérité.
Aujourd'hui, il se devait de revêtir un ensemble bleu marine cousus de fils argentés – un boléro ajusté sur une longue chemise clair et accompagnée d'un pantalon légèrement bouffant vers le bas - et d'un long manteau d'hiver en fourrure brun. Refusant catégoriquement d'enfiler les trop nombreux bijoux qui lui était présentés, il tira avec agacement sur le col de la chemise qu'il portait, tout en grimaçant de s'y sentir si mal à l'aise. Pourtant, le tissu était d'une grande qualité, et le vêtement avait été fait sur mesure pour lui.
Il se sentait juste très irascible aujourd'hui. Comme hier…
En vérité, il était d'une humeur tellement massacrante depuis le début de cette folle histoire de réincarnation de la Sorah qu'il avait tendance à s'irriter d'un rien.
- Où se trouve le prince Edward ? Demanda-t-il à la servante qui s'échinait à brosser ses indomptables cheveux corbeaux. Il n'était pas présent à mon réveil.
Comme d'habitude depuis sa nouvelle position de Sorah, il ne reçut aucune réponse à sa question. L'agacement l'envahit et il se défit violement des mains de la vampire pour la fixer avec hargne. Celle-ci, fuyant son regard, s'empressa de s'abaisser au sol en signe de repentance. Et derrière lui, Harry entendit ses consœurs en faire de même.
- Je t'ai posé une question. Grinça-t-il. Et regarde-moi !
Personne ne bougea, et leur silence ne fut que plus pesant.
Leur silence.
Voilà pourquoi il devenait fou. Depuis que cette stupide rumeur de la Sorah s'était répandue, il avait remarqué que plus personne, noble ou non, n'avait osé le regarder dans les yeux ou lui adresser directement la parole. Combien de fois avait-il croisé une servante pour la questionner sans jamais obtenir de réponse ? Il se contentait tous de s'aplatir au sol, comme pour tenter de calmer sa frustration, en ne laissant jamais un seul mot filtrer de leurs lèvres closes. Ils secouaient vivement la tête, priant pour qu'il comprenne qu'il ne pouvait définitivement pas lui répondre, et cela peu importait sa question.
Pire, cela l'avait véritablement blessé dès lors qu'il avait vu que même Marianne adoptait cette politique du silence. Personne ne parlait directement à la Sorah.
Aujourd'hui, seuls les membres de la famille royale osaient encore le regarder en face, et lui parler d'égal à égal, même si parfois une gêne persistait. Quelquefois, sans qu'il ne sache vraiment comment, il avait même l'impression de les écraser de sa présence.
Quoi qu'il en soit, à ses yeux, tout cela était simplement ridicule. En quoi sa position de Sorah obligeait-elle les autres à ne plus pouvoir lui adresser la parole ? Lui, n'avait jamais rien demandé. Cela l'agaçait au plus haut point à mesure que son incompréhension prenait elle-aussi de l'ampleur. D'ailleurs, il comptait vraiment s'agacer une bonne fois pour toute contre ses silencieuses servantes lorsqu'une voix se fit entendre :
- Elles ne sont pas dignes de t'adresser la parole. Fit Alice en pénétrant avec hésitation dans ses appartements. Leur basse lignée leur permet à peine d'être en ta présence. C'est le protocole.
Les yeux plissés, il l'observa – vêtu d'une magnifique et longue robé jaune marguerite, largement ouverte dans le dos – avancer presque qu'en glissant délicatement vers lui. Il attendit qu'elle se soit bien plus rapproché pour contre attaquer :
- Je n'étais au courant de rien… C'est ridicule ! Ça ne leur posait aucun problème avant de me parler ! J'ai été un serviteur avant de devenir la grande célébrité d'Elysion !
Les servantes gémirent de concert face à ses mots pleins de rancune. Et voyant son amie pencher la tête sur la côté, en silence, pour l'examiner, il ne put s'empêcher de se tendre légèrement. Il n'aimait pas trop lorsque la voyante l'examinait de la sorte. Elle était parfois beaucoup trop perspicace.
- Je sais que pour toi, fit-elle, cela peut paraitre ridicule. Tu ne dois toujours pas croire au fait que tu es notre Sorah. C'était une affirmation, et non une question. Mais pense-y. Pour nous, tu possèdes une puissance et un lignage inégalé, et tu te places bien au-dessus des plus grands rois. Tu es tout en haut de la pyramide maintenant, Harry !
Renfrogné, il se garda bien de la contester, bien que l'envie de débattre sur le fait qu'il n'était pas leur gardien le démange, car il savait que cela ne mènerait à rien. Il suivit donc son regard lorsqu'elle considéra les servantes toujours prostrées au sol.
- Ces femmes ne sont pas dignes de s'adresser personnellement au roi des rois. Fit Alice, d'un ton compatissant. Mais si tu veux vraiment qu'elles te répondent, il te faudra leur donner l'autorisation de te parler.
- L'autorisation ?! Rien que ça !
Seul un sourire lui répondit.
- C'est ridicule, répéta-t-il d'un air las. Qui a-t-il de si extraordinaire dans cette histoire de Sorah ? Je suis désolé, Alice, mais je ne suis vraiment pas convaincu. Que votre… gardienne… ait disparue il y a des années de cela en traversant un miroir, je veux bien y croire vu la manière dont j'ai atteint moi-même Elysion… Mais il ne faut pas pour autant espérer que moi, un pauvre sorcier égaré, je puisse accepter du jour au lendemain d'atteindre la place de « réincarnation attitré » ! Je n'ai jamais rien demandé !
Son éclat de voix se répercuta même hors de la pièce, à travers les murs du château, et il s'en voulut. Il ne souhaitait pas vraiment faire d'esclandre, mais il se sentait constamment à fleur de peau ces derniers temps.
Cette situation le rebutait de plus en plus. Il ne s'identifiait pas à celle qu'ils croyaient qu'il était. Baissant la tête pour masquer son expression au regard acérée et posée d'Alice, il se mit à taper impatiemment du pied comme un hyperactif en manque d'activité.
D'ailleurs, à bien y regarder, il souffrait vraiment d'inactivité.
En effet, Edward étant revenu de l'Arrière-Sud, il avait repris une grande partie de la gérance d'Efryn, et en tant que « gardienne », il ne pouvait plus remplir le rôle de Conseiller royal. Ce qui faisait que ses journées étaient beaucoup moins chargées que d'ordinaire. Hormis subir la vénération des elysioniens, dont il ignorait les réels attentes, il avait l'impression de ne plus servir à rien.
Bien sûr, Alice avait tenté de l'intéressé à l'histoire de la Sorah, à son nouveau rôle dans ce monde, au terrible protocole qui s'y appliquait, et aux devoirs qui allaient lui incomber une fois qu'il aurait revendiqué sa place au sein d'Elysion. Cependant, son manque de participation et ses grincements de dents avait fini par la découragée. Mais après tout, pourquoi voudrait-il savoir tout cela alors qu'il doutait encore d'être leur fameuse gardienne ? Avait-elle vraiment existé ? Grognant, il savait qu'il n'avait pas le droit de tout remettre en cause de cette manière. Surtout que le changement de sa magie, les tatouages d'Edward, sa présence hypnotique… Tout cela convergeait pour dire qu'il n'était plus qu'un simple sorcier égaré. Mais il ne se sentait juste pas prêt à être autre chose qu'Harry Potter.
Petit à petit, après tant d'efforts, il ne voulait pas se sentir de nouveau perdu dans ce monde et dans sa vie.
- Tu n'es peut-être pas sa réincarnation, intervint la voix d'Esmée, alertée par son cri, en pénétrant à son tour dans sa chambre, je dirais plus que tu es sa descendance.
Se retournant pour lui faire face, sa hargne mourut à la vue de la beauté et de la douceur de la reine d'Alayis. Vêtu d'une robe bleu claire, elle s'était couverte d'une large cape en fourrure blanche qui recouvrait ses longs cheveux couleur miel, et sa petite tiare en diamants. Se postant à ses côtés, elle inclina légèrement la tête en guise de salut, et il lui répondit humblement.
- Voudrais-tu m'accompagner, Harry ? Fit sa douce voix. Je m'apprêtais à sortir.
Il ne put s'empêcher de grimacer à la pensée de sortir hors du château.
- Etes-vous sûre de vouloir que je vienne ? Il se trouve que ma présence provoque quelques émeutes ces derniers temps.
Le sourire énigmatique qu'elle lui donna pour réponse, piqua sa curiosité et affola son besoin d'activités, ce qui finit par le convaincre de la suivre à travers les dédales de couloirs du château en direction de l'extérieur.
Dans son dos, il pouvait entendre les pas pressés et furtifs de sa garde personnelle qui leur ouvrait les portes, les suivant discrètement dans les couloirs, avant de se mettre en position pour repousser la foule en prévision de leur sortie.
Serrant les dents, le brun se prépara mentalement à être secoué et bousculé avant de pouvoir atteindre le carrosse royal.
Sans surprise, dès que les grandes portes d'entrée du palais s'ouvrirent, une masse d'elysioniens s'empressèrent de tenter d'y pénétrer avant de se figer et de murmurer entre eux à sa vue. Une vague de cris fini par s'élever, une fièvre les pressa, et Harry eut soudainement envie de faire demi-tour.
Il détestait la foule… Il détestait toute cette attention… C'était contraire à son caractère.
Voyant sa réaction, la reine lui agrippa solidement le bras, et bon gré mal gré, il se retrouva à devoir fendre la foule endiablé qui scandait des louanges. Baissant la tête pour tenter de se protéger, il fuit non sans mal les mains qui tentaient de le saisir, acceptant lorsqu'il le pouvait les cadeaux qui lui étaient tendus, et souffla de soulagement une fois bien à l'abri dans le carrosse qui les attendait. Un regard au dehors le permit de voir sa garde personnelle tenter de résister contre l'affolement des elysioniens, tandis que d'autres se battait pour leur ouvrir le passage vers la ville. Les remerciant mentalement de leurs efforts, il ne put s'empêcher de lancer un regard étrange à Esmée qui souriait et faisait de large signe joyeux à son peuple.
- Etait-ce nécessaire ? Demanda-t-il. Fendre cette foule ? Ne connaissez-vous pas de petits passages secrets vers la sortie ?
- Voyons, Harry, cela aurait été moins amusant. De plus, il est essentiel que le peuple apprenne qui tu es.
Il eut envie de lui demander ce qu'elle pensait vraiment qu'il était, juste pour la contredire, mais se ravisa au dernier moment.
Le carrosse avança lentement, difficilement, et il finit par observer avec fascination tous ces visages joyeux qui se tendaient pour tenter de l'apercevoir. Leur allégresse fut presque communicative et il se surprit à leur sourire de toutes ses dents.
Lorsque le carrosse s'immobilisa enfin, il se prépara une deuxième fois au bain de foule qu'il allait subir, et courut plus qu'il ne marcha vers la haute bâtisse qu'ils venaient d'atteindre. Ce ne fut qu'une fois les porte fermés à clef, le silence et le calme retrouvé, qu'il se rendit compte qu'ils avaient fait tout cela pour rejoindre le grand temple de la ville d'Alayis.
Toujours aussi ébloui par cette merveille, il laissa son regard errer le long de la grande salle hypostyle aux colonnes ornées de dessins végétaux et d'écritures en Argpal. Prenant plaisir à se retrouver de nouveau dans cette forêt en pierre de manuscrit dont les « arbres » eux-mêmes – les centaines de colonnes de la pièce - retraçaient sur leur corps ce qui devait être l'histoire du temple.
Lorgnant les belles cours, aux arbres bien taillés, il se fit la réflexion que l'endroit était différent de ce qu'il avait connu. Il semblait plus propre, plus grand et plus vivant avec les milliers de bougies allumés et éparpillés aux quatre coins de la salle. Sans compter les centaines de bouquets de fleurs qui ornaient les diverses statues de marbre.
- Bienvenue au temple de la Sorah. Lui fit Esmée, ravie de son effet.
- Non !
Harry n'en crut pas ses oreilles. Un temple entier avait été érigé pour se consacrer à cette légende…
Clignant des yeux, il fit un tour sur lui-même pour tenter de capter toute la beauté de l'endroit dédié à la grande gardienne d'Elysion.
- Son temple ? Balbutia-t-il.
- Oui. Il a été décidé il y a bien longtemps qu'un noble temple en l'honneur de la gardienne sera érigé dans chaque grande cité d'Elysion.
C'était de la folie. Cette obsession qu'ils avaient pour cette Sorah tournait à la démence. C'était juste… trop démesuré.
- Notre gardienne, Harry, était loin d'être une simple présence à Elysion. Justifia Esmée avec une certaine émotion. Elle était un lien de communion tangible entre chaque peuple, chaque race, de ce monde. Elle intervenait lors de graves conflits entre nous en apaisant les esprits.
Ses paroles lui rappelèrent ceux d'Alice. Sa référence à l'importance qu'il avait en tant que « Roi des Rois ». N'est-ce pas plutôt « Roi des peuples » ? Secouant la tête, il n'osa toujours pas croire en ces paroles. Lui qui n'avait jamais eu d'attrait pour la célébrité ou le pouvoir, il était servi.
- De nombreuses guerres ont été évitées sous sa régence. Continua la reine en se détournant pour contempler les larges tableaux ornant les murs du temple. Elle était celle qui nous dirigeaient, nous liaient, et nous guidaient. Et sa voix faisait état de lois lorsqu'elle intervenait pour maintenir la paix.
- Comme dans une dictature. Dit-il en fronçant les sourcils.
La grimace que lui fit la vampire le poussa à écarter cette idée de son esprit.
- Pas une dictature, dit-elle. Comment t'expliquer ?... Que ce soit le peuple des vampires, des nains, des lycans, ou autres… Chacune de ces races possèdent son propre roi par droit de sang et de lignée. Mais ces rois, même s'il gère seul leur territoire, doivent avant tout respecter les règles imposés par la grande gardienne, première conquérante d'Elysion.
- Quelles étaient ces règles ? Fit-il, de plus en plus intrigué.
- Elles n'étaient pas nombreuses. Sourit la reine. En réalité, une seule d'entre elles devait absolument être respectée : aucune guerre ne devait éclater entre les différents peuples de ce monde.
Harry reçut ces paroles comme une claque.
Il comprenait mieux l'allégresse des elysioniens. Leurs louanges, leurs cris, leurs appels… Ils attendaient simplement qu'il applique ce célèbre précepte de la gardienne. Ils voulaient qu'il fasse entendre sa voix pour ramener la paix dans ce royaume rongé par les batailles.
Bravo. Et comment était-il censé faire ça ? Lui qui parvenait avec peine à comprendre son rôle dans ce monde.
- La Sorah maintient l'équilibre entre nous. Souffla Esmée en lui caressant la joue. Elle est la gardienne de nos frontières, et du respect de nos valeurs. C'est notre guide et elle tire son grand pouvoir des peuples d'Elysion qui ont placés leur confiance en elle.
Il pouvait sentir le poids des responsabilités peser sur ses épaules à mesure que ces mots prenaient forme dans son esprit.
- Qu'attendez-vous de moi ? Gémit-il. Que suis-je censé faire ? Je suis totalement hors de ma zone de confort, là ! Faire la guerre, je connais. Amener la paix, je saurais le faire. Mais guider…
- Tu dois te rappeler de qui tu es. Tu dois accepter ton héritage. Dit la vampire d'une voix implacable. Harry, le combat est loin d'être gagné ! Cela fait bien trop longtemps que nous attendons l'arrivée de notre Sorah pour que tu laisses tout tomber sans essayer. Sans oublier que certains d'entre nous, au fil du temps, ont malheureusement fini par perdre la foi qu'il avait placée en sa mémoire. C'est maintenant que tu dois être sûr de toi pour reprendre le pouvoir…
Harry vit qu'elle semblait tellement suppliante dans ses paroles que son cœur se serra.
- Tu dois reprendre ta place, affirma-t-elle encore d'un ton sans appel, et tout faire pour instaurer cette paix que tu nous as promis lors de notre premier grand conseil royal.
Suffoquant à ce souvenir qu'elle venait de ramener sur le tapis, il se détourna d'elle et marcha à l'aveuglette dans le temple. Il n'avait pas besoin qu'on lui rappel ses vaines promesses.
Perdu, son regard croisa les tableaux, représentation concrète de la longue histoire elysionienne, et il finit par s'arrêter devant une de ces nombreuses colonnes dont le corps était gravé de récit en Argpal.
La forêt de pierre de papyrus, comme il se plaisait à l'appeler, amena un étrange sentiment de sécurité dans son cœur.
Se calmant, il finit par poser avec retenue une main contre une colonne et sursauta de peur en voyant leurs inscriptions en Argpal s'illuminer de tout leur long d'une belle couleur bleuté. Se retenant de fuir le phénomène, prenant un souffle de courage, il plissa les yeux pour tenter de décrypter les lignes d'histoire qui y était conté.
Cependant, sa surprise atteint des sommets en voyant les étranges tatouages – qui ornaient définitivement les bras d'Edward – réagir à la pierre et apparaitre le long de ses propres bras. Un sentiment entre crainte et curiosité lui saisit les entrailles, et il fixa avec fascination les divers symboles qui s'y étendaient. C'était un mélange de formes arrondies, calligraphiés, dont le graphisme en lignes très fines, bleu et sans dégradés, donnait forme à de nombreux motifs abstraits. Ressemblant à des mots, mêlés de symboles, et inscrits en très vieux Argpal, le tatouage semblait s'inspiré de signes de rituels primitifs rappelant de longues lignes de mantra ou de runes magiques. Certains de ces étranges signes bleutés étaient partiellement réalisés à base de petits points, et donnaient ainsi des effets de lumières inédites sur sa peau légèrement hâlée.
Ce fut alors qu'il observait ces majestueuses inscriptions sur ses avant-bras qu'il sentit comme un malaise le saisir. Posant une main sur son front qu'il trouva étrangement brûlant, il sentit sa vision se brouiller et se retint avec peine de s'écrouler au sol. Un recoin de son esprit nota la voix inquiète d'Esmée qui le retenait par le bras, mais déjà il sentit son esprit être aspirer au loin.
Fermant les yeux dans le vain espoir de se reprendre, il avait la désagréable impression que son âme quittait son corps pour en investir un autre. Un peu comme s'il avait été aspiré dans une pensine, mais que loin d'être une présence qui observerait la scène, il était l'acteur même de ces souvenirs.
Et lorsqu'il put enfin rouvrir les yeux, il dut faire face à un tout nouveau décor. Il se trouvait toujours dans le temple de la Sorah, mais le lieu semblait plus resplendir de puissance et de beauté que jamais.
Le temple, imposante enceinte qui dominait la ville toute entière, était à présent éclairés par des milliers de chandeliers posés ici et là. Le plafond étoilé, symbole d'un magnifique ciel nocturne, n'était rien comparer aux grands vitraux bien propres qui retraçaient dans un mélange de milliers de pièces de verres des scènes antiques. Doux souvenirs de la ville où reposait le temple.
Abasourdit, il resta un long moment à contempler les lieux lorsque des voix, dont les intonations devenant de plus en plus agressives signifiait qu'une dispute allait bientôt éclatée, l'attirèrent vers une pièce annexe. Presque naturellement, il sut où aller et quitta avec réticence la magnifique salle aux colonnes semblable à une forêt de papyrus.
Il sentit son corps se mouvoir et descendre le long des marches d'un escalier, percevant comme dans un brouillard ses talons heurter le marbre froid du sol, et contourna un petit lac sacré – où quelques poissons multicolores pataugeait avec gaité – pour atteindre une autre vaste salle, une sorte de chapelle, dont les murs étaient encore gravés d'image de tiges de papyrus dont certaines prenaient forme le longs des murs pour former des fûts de colonne.
Son regard passa le long des statuts, tableaux et candélabres de la salle pour apercevoir dans le fond les deux massifs de pierre en pylône qui semblait désigner les portes d'entrée des visiteurs.
Étonné au-delà des mots, son regard revint au centre de la chapelle, et il sursauta violemment en apercevant les trois hommes humblement agenouillés devant lui qui redressèrent lentement leur tête pour l'observer.
Le premier homme, celui de droite, était d'un charme tellement irrésistible qu'il ne pouvait être qu'un vampire. Ses beaux et longs cheveux blonds étaient savamment retenus en catogan par un nœud de tissu en soie noire. Sa peau d'une pâleur incroyable, comme chaque vampire qui se respecte, et son teint que l'on pourrait jugé de translucide, étincelait sous la lueur des bougies. Il émit un sourire en réponse à son regard insistant le laissant apercevoir ses grandes dents blanches, bien alignés, et ses canines pointues et saillantes. Face à tant de beauté, seuls ses grands yeux aux iris couleur rouge sang laissait penser à un caractère plus primitif et violent que pourrait le laisser croire son apparence.
Se détournant de lui, il fut immédiatement frapper par une toute autre sorte de beauté sauvage. De très grande stature, alors même qu'il était agenouillé, l'homme qui était posté au milieu possédait une musculature extrêmement développée qui ne le rendait que plus impressionnant. Son visage aux angles brutes, voir durs, ne gâchait en rien la beauté de ses magnifiques yeux noirs ébène où régnait une lueur farouche et dominatrice. Sa peau hâlée, son grand corps, et ses courts cheveux bruns finissaient le magnifique tableau de cet homme.
Harry, en le voyant humblement agenouillé devant lui, ne pouvait douter de la puissance de ce sombre guerrier.
Il dut se forcer à s'arracher de sa contemplation pour mirer le dernier homme présent dans la pièce. Celui-ci, malgré son corps à première vue frêle et sans le moindre gras, cachait à ne pas douter une force et une robustesse que seuls ses yeux à la jolie forme légèrement bridé laissait paraitre. Et quels yeux ! Sans pupille, l'iris d'une improbable couleur bleu de cobalt le fixait sans broncher, alors que ses longs cheveux blancs descendaient et cascadaient le long du sol en marbre. Ses traits d'apparence féline, et ses oreilles longues et pointues, charma entièrement Harry qui dut admettre que les vampires n'étaient définitivement pas l'espèce la plus étrange et attirante d'Elysion.
Se reculant, comme pour mieux les voir, il s'aperçut de leurs tenues, aux tissus fins et couteux, et des luxueux bijoux – dont de larges couronnes en pierres précieuses - qui ornaient leurs corps de guerriers.
C'était des rois.
- Elen sila lumenni omentielvo. Dirent trois voix graves dans un ensemble parfait.
Il se retint de sursauter encore, et sans qu'il n'y pense, ses lèvres s'entrouvrir pour répondre :
- Laïta lye.
Ébahit, prit dans un tourbillon de sensation, il laissa un peu plus sa conscience s'effacer. Et baissant les yeux sur son propre corps, il pensa une dernière fois qu'il venait vraiment de plonger dans une pensine…
La Sorah avait revêtue sa tenue royale traditionnelle afin d'accueillir ses imminents invités. Rejetant ses longs cheveux bruns cuivrés dans son dos, elle s'emmêla légèrement les doigts dans les petites nattes – tressés dans des fils d'or – qui clairsemaient sa coiffure, et les cacha derrière le long voile blanc brodé de perles qu'elle portait à mi- tête. Se détournant pour rejoindre le seul trône qui siégeait dans la pièce, elle calcula chacun de ses gestes pour se déplacer avec élégance et finesse. S'asseyant avec grâce, sa poitrine enroulée dans un fin tissu blanc brodé d'or se souleva dans un soupir las, alors que ses jambes recouverte d'une longue jupe en soie – dont le ceinturon en or était parés de pierres précieuses – se croisèrent délicatement.
Sa peau imberbe et délicatement foncée, ainsi que son ventre plat et musclé, n'était cachée que par un autre voile de tissu blanc, partant du bat de sa jupe, qui remontait pour aller élégamment se nouer en haut de son épaule droite.
- Quel est l'objet de ce nouveau conflit ? Fit-elle en observant attentivement les réactions de ses invités.
Immédiatement, le beau roi sauvage à la peau hâlée prit la parole :
- Il y a des mois de cela, Licianus, dénonça-t-il en pointant aigrement du doigt le roi des vampires, à permit à ses chasseurs de pénétrer sur notre territoire. Et cela, sans droit de passage, et sans m'en avertir au préalable !
- Ils n'ont fait que chasser quelques jours sur tes terres… Se défendit le vampire.
- Ils ont dévastés cette terre ! Traquant chaque animal vivant pour combler le gouffre qu'ait devenu leur soif de sang. Dans leur folie destruction, ils ont même osés s'attaquer à mon peuple… Sais-tu combien de lycans sont morts sous leurs crocs, Licianus ?
Celui qui était donc le roi des lycans tremblait tellement de rage que l'on pourrait craindre qu'il laisse sa bête intérieure sortir pour ravager le temple.
Durant un court instant, l'esprit d'Harry ressurgit dans le souvenir et nota qu'il venait de comprendre pourquoi les vampires avaient commencé à perdre leurs alliés. Il était sûr que ce Licianus avait eu tout faux en permettant à son peuple d'attaqué sans raison ceux des autres.
- Les vampires ont parfois du mal à contrôler leurs instincts, tenta de se justifier Licianus. Mais cela…
- C'était des chasseurs ! Intervint pour la première fois le roi des elfes. Ne cherche pas à te justifier en parlant d'instinct, Licianus. Les Arkans, race la plus primitive d'entre toute, sont beaucoup moins dangereux qu'eux. Car eux, au moins, restent sur leurs terres !
- Et en quoi ça te concerne ? L'attaqua le vampire. Ne t'es-tu pas isolé à l'autre bout d'Elysion sur ton île inconnue ?! Qui te demande d'intervenir ?
La tension qui régnait dans la chapelle était plus que palpable, pourtant, la Sorah ne fit rien pour les calmer. Silencieuse, elle écoutait chacune de leurs revendications, tout en captant leur moindre geste.
- Nous, les elfes, sommes des fervents serviteurs de la Nature. Leur apprit le roi des elfes. Tu laisses ton peuple se fourvoyer, pervertir leurs essences, et cela à un coût plus élevés que tu ne le crois. Ils dévastent nos forêts, et détruit nos rivières dans leur perpétuelle recherche de combat et de sang.
Acquiesçant silencieusement à ces paroles, la gardienne qui était elle-même profondément lié à la Nature pour en tirer ses pouvoirs, savait que cette mutation en chasseur que subissaient ces vampires cannibales était mauvaise pour Elysion.
- Avouez, Licianus, grinça l'elfe en se mettant debout, que vous n'avez aucun contrôle sur vos chasseurs. Ils sont comme une trainée de sauterelles dévastant tout sur leur passage…
- Si c'est le conflit que tu cherches… Menaça le roi vampire en se redressant.
- Alors je serais à ses côtés dans cette bataille ! Hurla l'homme lycan, en se relevant à son tour. Si c'est une guerre que tu attends pour enfin ouvrir les yeux…
Une ombre s'abattit sur la chapelle à ces mots et un courant d'air glacial pétrifia le sang des trois rois en pleine dispute. Du haut de son trône, projetant son ombre sur ses invités, se redressa lentement la Sorah.
- Il n'y aura pas de guerre à Elysion ! Gronda fortement sa voix, ce qui amena un silence des plus complets dans la chapelle. Je ne tolèrerais pas la mort de milliers d'innocents ainsi que la souillure de la terre par le sang…
Les trois têtes se baissèrent en signe d'assentiment.
Descendant de son trône, elle s'avança vers eux pour poser une main douce, mais autoritaire, sur les épaules du roi des elfes et celui des lycans. Une fois qu'ils croisèrent son regard, elle leur fit signe de disposer afin de se retrouver seul avec Licianus.
Le vampire était bien celui qui lui donnait le plus de difficultés.
En tant que Sorah, ses pouvoirs s'étendaient autant sur les éléments terrestres, ce qui lui permettait de provoquer des ouragans ou abattre des montagnes, que sur chaque races peuplant Elysion. De sa présence seule, elle parvenait aussi bien à charmer les elysioniens qu'à les contraindre à tomber à ses pieds. Oui, elle était tout aussi lier psychiquement à eux qu'à la terre d'Elysion.
S'approchant de Licianus, elle pouvait lire dans son esprit à quel point ses démons intérieurs l'avaient rongé. Elle posa ses deux mains de chaque côté de son visage – souriant en le sentant longuement frissonner à son contact - et croisa ses effrayant yeux rouges.
- Mon enfant, fit-elle d'un air triste, tu as toi-même presque entièrement perdu le contrôle…
Concentré, elle ne lui laissa pas le temps de répondre avant d'envahir son esprit. Elle sentit son essence, son pouvoir, parcourir son âme torturée jusqu'à heurté les griffes de son nouveau démon intérieur. Tremblant légèrement, elle retint presque de force son visage alors qu'elle érigeait une à une des longs barreaux tout autour de ce monstre pour le mettre en cage.
- Je te laisse un sursis pour reprendre tes esprits. Chuchota-t-elle, sachant qu'il entendrait, en sortant de son esprit.
- Dans quel but ?
En ouvrant les yeux qu'elle n'avait pas eu conscience de fermer, elle croisa un magnifique regard bleu ciel qui lui souleva le cœur de bonheur. Ce vampire était de loin le plus beau d'entre tous.
- Je compte entreprendre un voyage, l'informa-t-elle, mais à mon retour, j'espère sincèrement que tu te seras trouvé une épouse, Licianus.
- Une épouse ?! Gardienne, je n'ai absolument pas l'intention de me plier à cette requête en m'encombrant…
Usant de sa puissance, elle gorgea l'air d'électricité jusqu'à ce qu'il baisse la tête en signe de soumission.
- Oublierais-tu qui je suis ? Demanda-t-elle avec cette même douce autorité qui la caractérisait. Tu te trouveras une épouse et donnera un héritier au peuple des vampires. Un fils qui saura racheter les pêchés du père.
Voilà qu'elle était son rôle de gardienne. Elle prenait les grandes décisions pour le futur et le bien-être de tous Elysion. C'était elle détenait tous les secrets de ce monde ce qui expliquait la grande foi que tous plaçait en elle.
- Carlisle… Sourit-elle dans le vide. …Semble être un nom adéquat…
Elle croisa une dernière fois le regard de nouveau clair de Licianus avant qu'il ne lui réponde :
- Ainsi soit-il.
Se détournant pour rejoindre son trône, elle l'entendit quitter silencieusement les lieux et émit un soupir fatigué.
Tandis que sa présence devenait moins imposante, et plus immatérielle, elle émit ces derniers mots qui flottèrent dans la chapelle :
- Tu dois à tout prix éviter une autre grande guerre… C'est la première des règles et elle doit être respectée… La terre d'Elysion ne doit pas être souillée par le sang… Ou ils s'éveilleront…
Comme un voile qui se lève, son fort souvenir finit par perdre en puissance pour lentement s'effacer.
Le retour à la réalité fut violent pour Harry. Lorsqu'il se sentit enfin réintégré son corps, il prit note qu'il s'était écroulé contre un des murs du temple, et qu'Esmée – dont la voix affolée l'appelait sans cesse – le retenait et le secouait de toutes ses forces dans le vain espoir qu'il reprenne connaissance.
Grognant pour qu'elle cesse de le malmener, il soupira de plaisir en sentant sa main froide caresser délicatement son front encore brulant de fièvre. Ce fut avec une grande difficulté qu'il parvint enfin à ouvrir les yeux.
Le temple qu'il aperçut avait perdu de sa beauté impériale et mystérieuse mais restait tout de même un édifice des plus splendides.
Entre rêve et réalité, il pouvait comme revoir l'ombre de la Sorah parcourir les couloirs et éclairer de sa présence et de sa puissance les lieux. Il pouvait encore ressentir ses émotions, son urgence, son besoin de protéger ceux qu'elle appelait « ses enfants ». Reprenant son souffle étrangement erratique, il se gorgea une dernière fois de ces doux souvenirs appartenant à un trop lointain passé.
Il comprenait maintenant pourquoi la Sorah existait.
Si un Dieu s'était un jour penché pour créer ce monde, elle était incontestablement son émissaire le plus fidèle à Elysion. Elle était un guide infaillible dont les lois se devaient être respectées. Et lui, en tant qu'héritier, se devait aussi de reprendre ses préceptes. Il avait déjà retrouvé sa puissance, mais il lui manquait encore sa douce autorité – sa main de fer dans un gant de velours – à acquérir.
Encore aux prises avec ces souvenirs, son corps vibra alors qu'il ressentait une certaine urgence. Il devait empêcher le sang de continuer à couler. C'était la première des règles…
- Harry, souffla la reine de soulagement en l'aidant à se mettre debout. J'ai eu tellement peur. Que s'est-il passé ?
Tournant mécaniquement la tête vers elle, il la sentit tressaillir sous son regard devenu entièrement blanc avant qu'il ne prononce ces quelques mots :
- Je suis le nouveau gardien d'Elysion… Je suis… celui qui vous guidera tous… Le grand roi du peuple d'Elysion…
Voir la reine d'Alayis s'agenouillée devant lui pour rendre grâce à ses paroles fut tout ce qu'il eut besoin de plus pour commencer à accepter sa nouvelle destinée.
XXXX
Enfermé dans les appartements d'Edward, le sorcier ne cessait de repasser en boucle les découvertes de sa journée.
Il avait quitté Esmée, l'esprit encore au prise dans un brouillard de souvenirs - même si ces yeux avait repris leur couleur émeraude - et avait erré dans le palais jusqu'à ce son corps le mène au seul endroit où il pourrait vraiment se calmer : auprès de son compagnon.
Patientant dans son salon privé, nerveux et impatient, il attendait son retour avec fièvre et détresse. La nuit s'apprêtait à recouvrir la cité d'Alayis, les servantes se pressaient d'allumer plus de bougies, lorsqu'il se releva – n'en pouvant plus de rester statique – pour déambuler dans la pièce.
Il se répétait en boucle de ne pas repenser à l'épisode du temple au risque de devenir fou. Ne pas y repenser… Ne pas y repenser…
Soudainement, son regard fut attiré par une porte en bois, bien discrète, qu'il n'avait jamais remarquée dans le fond de la pièce. Encore peu habitué à rester dans les appartements du prince, il troqua avec plaisir l'angoisse qu'il ressentait jusqu'alors contre la curiosité qui à présent le démangeait.
Poussant la porte, il émit une exclamation silencieuse en découvrant le bureau personnel d'Edward.
La vaste pièce, aux couleurs sombres, comportait un immense bureau en bois d'acajou, où une petite lampe dorée à l'abat-jour rouge éclairait finement les alentours. Dans la pièce se trouvait de nombreux meubles, ou bibliothèques en bois de la même teinte que le bureau. Ou encore, des sièges en velours qui semblaient attirer les visiteurs à s'y reposer. Ici, tout paraissait extrêmement bien rangé, ordonné, comme pour une pièce inutilisée.
Tournant sur lui-même, il aperçut le magnifique lustre au plafond qui en illuminant le reste des lieux révéla l'énorme tableau qui était accroché sur un mur du fond. Encore plus intrigué, il s'y rapprocha pour détailler la personne qui y avait été peinte.
La jeune femme qui était représenté, sans aucun doute possible une vampire, possédait de longs cheveux bruns, de grands yeux marron chocolat, et une peau laiteuse très claire. Elle semblait mince, presque fragile, sous la robe en flanelle qu'elle avait revêtue pour l'occasion et son doux visage en forme de cœur appelait les baisers.
Sans qu'il n'ait besoin d'explication, il sut qu'il était en présence d'Isabella, la défunte fiancée de son prince.
Prit dans sa douloureuse contemplation, il entendit comme dans un brouillard un bruit sourd provenant du salon avant de percevoir quelques paroles indistinctes.
- Dans le bureau ? S'étonna la voix d'Edward en se rapprochant. Voilà des années que je n'y ai pas mis les pieds…
Il eut d'autres petits bruits sourds avant que la porte du bureau ne s'ouvre vivement et qu'un courant d'air frais ne s'engouffre dans la pièce.
- Harry ? Que fais-tu là ?
Il ne put s'empêcher de sursauter malgré tous ses efforts, et se retourna pour faire face à son amant. Celui-ci, accompagné de deux servantes, les laissa lui enlever avec respect sa cape, et déboutonner le haut de sa tenue royale, avant qu'il ne les somme de les laisser en tête à tête.
- Harry, répéta-t-il.
Il avait remarqué cette nouvelle tendance qu'avait le vampire de murmurer encore et encore son prénom dans une douce litanie. Et à chaque fois qu'il le faisait, un long frisson remontait tout le long de sa colonne vertébrale.
- Je t'attendais, répondit-il. Je ne voulais pas rejoindre mes appartements ce soir.
Il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel face au sourire ravageur que lui fit le prince en réponse et frissonna en le voyant s'avancer lentement vers lui. Son touché, froid et délicat, lui tira un soupir de bien-être alors qu'il se fondait dans ses bras pour une longue et chaleureuse embrassade.
Dire qu'auparavant il aurait fui ces marques d'affection…
Un gémissement lui échappa lorsque des lèvres froides lui suçotèrent la peau du cou tandis que des mains descendaient avec une lenteur affligeante le long de sa chute de reins. Pressé comme il l'était contre son amant, il ne pouvait que sentir l'éveil des prémices de son désir.
- Edward ! Protesta-t-il.
- Quoi ? Tu n'es pas ici pour ça ? Demanda-t-il avec charme et suffisance alors qu'une de ses mains lui agrippait toujours le postérieur.
Au lieu de s'énerver et de lui répondre sèchement, comme à leur habitude, son regard fut de nouveau attiré par le portrait d'Isabella Cullenus. Et il sentit plus qu'il ne vit le vampire se détacher de lui pour observer à son tour le tableau.
- J'avais oublié sa présence, murmura-t-il comme pour se justifier. Depuis sa mort, j'ai toujours refusé de revenir dans ce château, dans cette pièce, où flottent tous nos souvenirs.
Harry eut l'impression qu'une brique venait de tomber dans son estomac. Avalant difficilement sa salive, il se détourna du tableau pour capter chaque émotion qui pouvait passer sur le visage du prince.
- Tu penses encore à elle ? Accusa-t-il sans pouvoir s'en empêcher.
- Je te l'ai dit, Harry. J'ai oublié sa présence !
- Ça ne veut rien dire, ça !
Devant son air septique, il vit Edward se mordre la lèvre inférieure avant de reprendre :
- Tu m'as aidé à faire mon deuil. Et à totalement guérir de son souvenir.
Baissant un instant le regard, le sorcier prit le temps de laisser ces paroles atteindre le côté rationnelle de son esprit. Il croyait en ces mots, et cela, malgré la manière dont son compagnon fixa un court instant les traits fins d'Isabella.
Il l'avait en grande partie oublié… Cependant…
- Mais tu l'aimes encore. Affirma-t-il, sans reproche cette fois-ci.
Ce n'était qu'une constatation. Une vérité qui disait que le vampire ne pourrait jamais oublier cette sœur, cette confidente, ce premier amour…
- Je t'aime bien plus ! Grinça Edward en se détournant définitivement du tableau pour le saisir aux épaules.
Harry ferma les yeux sous ces paroles.
Oui, après tout, Isabella appartenait au passé. Et là ou son corps mort et froid reposait dans un tombeau, lui pouvait encore aimer et enlacer le vampire aux yeux améthyste.
Aujourd'hui, il se sentait assez mûr pour comprendre que même si le prince serait toujours sensible au fantôme de cette femme, sa première fiancée, il était aussi aujourd'hui entièrement et sans concession à lui. Alors il ne pouvait raisonnablement pas être jaloux d'une morte. Comme il ne pouvait pas empêcher Edward d'avoir un passé. Pas alors que lui-même avait atterrit dans ce monde en laissant derrière lui sa compagne attitré.
Chassant Ginny de ses pensées, il posa délicatement ses lèvres contre celle du vampire et gémit en sentant ses canines pousser sous sa langue.
- Ce tableau aura disparu demain à ton réveil, Harry.
Il sourit contre les lèvres qui l'embrassaient avec vénération, comme pour demander pardon, sans rien répondre.
Après tout, ce n'était pas parce qu'il était assez mature pour ne pas faire de scène de jalousie à son compagnon après avoir vu une peinture d'Isabella, qu'il était aussi assez noble d'esprit pour supporter de la revoir encore et encore dans ce bureau. Même si ce n'était qu'une pièce pratiquement inutilisée, il tenait à tout s'approprier.
- Quel dommage… Souffla Edward contre ses lèvres en le couvrant encore de baisers. L'ambiance est gâchée. Moi qui voulais te faire une demande…
- Quoi ? Fit-il, interloqué, en se détachant légèrement. Mais vas-y ! Parle !
Le vampire le repoussa doucement, l'étudia un long moment du regard, avant de répondre de manière catégorique :
- Non. J'attendrais le moment propice.
Sur ce, Harry ne put rien faire d'autre que de le regarder se détourner pour rejoindre le salon où un bon feu de cheminée avait été allumé. Le suivant, il allait insister lorsqu'il perçut une certaine agitation au dehors.
Il croisa le regard tout aussi étonné du vampire, avant de se précipité vers les baie vitrées, les ouvrant largement, pour atteindre le balcon.
Tandis que le soleil éclairait de ses derniers rayons la cité d'Alayis, il aperçut en contrebas, dans la cour principale de l'entrée du château, une procession des plus fantastiques.
Progressant difficilement entre les différents elysioniens, qui étaient toujours recueillis aux abords du palais royal pour apercevoir la Sorah, les nouveaux venus étaient un ensemble d'énormes carrosses blancs et brillant dont les entremêlements des gravures des roues et du véhicule faisaient plus penser à d'énormes boutons de fleurs féérique enrôlées sur elles-mêmes. Les chevaux qui les tiraient, énorme bête semblable à des licornes et à la belle robe blanche, galopaient lentement vers le château, mené par les nombreux cavaliers - en tunique blanche surmonté d'une armure couleur émeraude – qui entouraient la procession. Ces étrangers, fabuleux êtres de lumières qui envahissaient la cité, accompagnaient leur arrivée par des chants idylliques. Doux mélange de mots anciens et de murmures de fond de gorge.
- Qui sont-ils ? Balbutia Harry. Qui sont ces gens ?
Il n'obtient au premier abord aucune réponse avant qu'Edward ne murmure :
- Le beau peuple d'Elysion…
Étonné au plus haut point, il reporta encore une fois son attention sur le petit groupe qui venait de s'arrêter dans la grande cour intérieure du château. Prit d'un élan, il eut envie de révéler à son amant ce qu'il avait comprit durant cette rude journée.
- J'y crois maintenant, Edward. Fit-il. Je suis bien cette Sorah dont tout le parle.
La main du vampire serra délicatement la sienne.
- Vraiment, Amour ?
Répondant à son étreinte, il pensa qu'il n'y avait rien de plus à ajouter. Il reconnaissait enfin son héritage, et son amant le soutenait et l'acceptait comme tel.
Nous sommes venus à votre rencontre, dit brusquement une voix dans son esprit, oh grande Sorah…
A SUIVRE.
Note de la bêta : Wouaahhhh... C'est ma première fois alors je m'excuse si j'ai laissée passer des choses. S'il vous plait indiquez-moi mes erreurs si c'est le cas.
