Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Réponse aux reviews :
Sucubei : Coucou Sucubei ! Merci à toi de continuer à me suivre XD ! Ta dernière review m'a vraiment fait plaisir. C'est vrai que si j'ai bien deux défauts : c'est mon côté perfectionniste, et mon manque de confiance en moi. Je veux tellement toujours bien faire (même – surtout – dans ma vie de tous les jours) que je m'en rends malade. Il faut aussi savoir que lorsque j'ai commencé ma fic, j'avais moins d'activités, donc beaucoup plus de temps. Là, je travaille (beaucoup), je suis en plein travaux sur ma maison, et en plus, je jongle aussi avec ma vie personnelle. Alors j'ai eu l'impression de « bâcler » un peu cette histoire par manque de temps (par ex, je me forçais à supprimer des passages, à moins décrire le monde d'Elysion pour aller plus vite et poster un nouveau chapitre), et ça m'a agacée… En plus, l'ordinateur sur lequel je travaillais est mort, résultat : tous mes chapitres d'avance ont été perdus, les idées que j'annotais en bloc-notes pour la suite de l'histoire, perdu ! Bref, aujourd'hui, j'espère me remettre en selle pour finir cette fic, parce qu'en plus elle me tient vraiment à cœur… Pour répondre à tes questions : oui, Harry va partir. Seul ? Là, je ne dirais rien lol. Mais tu verras dans ce nouveau chapitre qu'il ressent déjà que l'heure est bientôt proche. Ta question pour savoir le choix d'Edward (prince ou compagnon de la Sorah ?!) est vraiment intéressante ! Mais bon, tu comprendras qu'à ce stade de l'histoire, je ne peux pas te répondre lol. Oui, Edward a été sévère dans l'autre chapitre, mais tu comprendras dans celui-ci qu'il y a beaucoup de non-dits qui explique sa réaction. Et puis, il se contente d'effleurer l'esprit et les pensées des autres, ce n'est pas la même chose lol. Bon, d'accord, j'ai compris, tu es de la Team Harry, et pas de la Team Edward ! XD Je vois que nombreux sont les lecteurs/lectrices qui ont a-do-ré Aldaron ! Du coup, mon côté sadique a pris le dessus : je ne peux pas utiliser l'elfe (même s'il a fait du gringe à Harry, il a tout de même un pays à aller diriger, et il ne va pas vouloir se mettre les vampires à dos) mais j'ai déjà imaginé un nouveau personnage qui va venir pimenter l'histoire. Pour Sirius, non, je ne l'oublie pas, mais l'heure n'est pas encore venue pour qu'il apparaisse. Quoi qu'il en soit, avec ce que je prépare pour lui, je suis sûre de t'étonner (ça y est les idées reviennent dans ma petite tête lol). Au faite, merci pour le conseil pour prince captif par c.s pacat, je les ai dévorée lol. Ça m'a donné comme un coup de fouet, et m'a donné aussi envie d'écrire quelque chose d'à peu près aussi bien. Allez, je te laisse profiter de ce chapitre ! Bisouxxx
ninita : Et voici la suite ! Merci à toi pour ton com ! Tu verras dans ce chapitre, que l'histoire de l'Ancre est encore plus compliquée. Je te laisse découvrir tout ça ! XD
Nagima : Merci beaucoup pour la gentille review. J'espère que tu me suis toujours pour cette suite ?! Si c'est le cas, bonne lecture à toi ! XD
nina227 : Sache que j'ai montré ta review à ma famille lol ! Surtout la partie ou tu dis : « tu es géniale » ! Plus sérieusement, merci à toi, c'est très gentil ! J'espère que tu aimeras cette suite. Biz.
Guest : Merci pour ton com ! Et voici enfin la suite !
keur2louve : Merci de toujours me suivre (depuis le début) ! J'ai réalisé ton souhait pour le couple E/H en leur permettant de mieux se comprendre dans ce chapitre. J'espère que tu aimeras ! Bisouxxx
Morane : Salut ! Me voilà (encore) de retour. Ta dernière review était vraiment trop gentille ! Merci beaucoup de ta patience franchement. Je te mets sans conteste dans mes lecteurs dévoués lol. Merci encore ! Ah, ton com est la raison pour laquelle je ne peux pas lâcher cette fic. Dès que j'ai un coup de mou, je reviens lire vos gentilles review et c'est comme un baume (avec un petit coup de pied aux fesses pour certains lol) qui me redonne envie. Bon, pour revenir à tes questions : oui, Harry est instable, mais tu verras dans ce chapitre qu'il l'est tout autant que sa magie. Il a besoin de se maitriser sur ces deux points avant tout. Alors l'idée du threesome me plait de plus en plus mais je vais le tourner d'une autre manière lol. Oh la la… tu prêtes attention à tout toi lol ! Oui, l'Haradas appartenait à la Sorah, mais il y a une autre intrigue avec ce territoire, donc je ne peux pas te dire si oui ou non Harry va le reconquérir XD. Et oui voilà, c'est pour ça qu'Harry part seul : il a besoin d'agir sans Edward pour le retenir (même si c'est pour le protéger, il doit faire les choses seul !), et en plus, il doit aussi un peu s'éloigner de l'influence des vampires. Entendre les deux sons de cloches, donner sa chance au Sud sur ce qu'il s'est passé… Oui, je vais nous rajouter des humains (pas torturé lol) lors du départ d'Harry, ça le fera du bien. Oui, Sirius va réapparaitre dans l'histoire, mais je garde tout ça caché lol. Pour ta 2eme review : disons que les Arkans savaient qu'il deviendrait peut-être important. Mais pas forcément dans quel sens. Ou plutôt, celui qui les dirige savait qu'il devait se méfier d'Harry. Mais bon, je ne peux pas trop en dire parce que je risquerais de me spoiler toute seule (je le fais déjà assez lol) si je continue. Allez, je te souhaite une bonne lecture ! Bisouxxx
holybleu : Merci pour ta review ! J'ai aussi eu pitié d'Harry, du coup, je vais tenter de lui faire comprendre certaines choses dans ce chapitre (bizarre de parler de lui comme s'il existait lol). Bonne lecture !
KaoHimeChan : Coucou ! Merci de ta gentille review ! Tu verras que même si les choses vont aller mieux avec Edward, il a encore beaucoup à faire pour être aimé d'Elysion. Je te souhaite une bonne lecture de ce nouveau chapitre ! Biz.
Drougael : Merci à toi pour ton gentil, et surtout, pour ta patience lol. Tout d'abord, j'adore toujours ta franchise, j'ai souri lorsque tu as dit que le couple E/H avait une relation plate lol. C'est vrai qu'à part se bouffer le nez, rien n'a été vraiment fait là, pas de bisou ou de rapprochements. Tu veux un Sirius méchant ? C'est intéressant comme idée… Tu me donnes à réfléchir là… Par contre, tu vas être déçu par que je ne vais pas tarder à reprendre côté sorcier, parce que l'intrigue qui se passe là-bas va a un moment influencer ce qu'il se passe à Elysion. Je ne peux trop rien dire là mais l'idée reste là lol. Bonne lecture à toi !
xKatsuu : Bon, je suis de nouveau (encore et encore…) de retour. Merci pour ta review, et pour ta patience. Voici un nouveau chapitre, j'espère que tu aimeras ! Biz.
Alisa-kun : Je vais t'avouer que je suis aussi au stade ou je dois relire quelques chapitres pour me remettre dans le bain lol. Merci à toi poiur ton gentil com. Alors no stress, même si le couple E/H était tendu, je vais tenter de les faire se comprendre dans ce nouveau chapitre. C'est vrai qu'il est important qu'Harry parte en ne laissant aucune rancune derrière lui surtout. Merci à toi de me suivre ! Bisouxxx.
marmelade3912 : Coucou ! Me revoilà enfin avec une suite ! Bon, tu m'aurais carrèment poursuivi pour une suite lol ? Mais tu sais pas ou j'habiteuh ! XD Plus sérieusement, aller pour ton petit cœur fleu bleue, je te mets une belle réconciliation dans ce chapitre. Ou en tout cas, un début d'explications, et d'excuses. J'espère que tu aimeras la suite ! Bisouxxx.
Pops3013 : Merci pour le com. Et voici enfin la suite !
Maeva Cerise : Merci pour ta review. Oui, je me disais aussi que ce serait assez mauvais de les séparer, de faire partir Harry, en laissant toutes cette tension entre eux. Du coup, je calme le jeu et je les amène à la discution dans ce chapitre. Mais bon, pas facile vu les caractère de ces deux là… XD
elodie Nina : Coucou Elodie, merci à toi de toujours me suivre ! Merci vraiment de ton soutien, et oui, je suis une angoisée qui a pas très confiance en elle lol. Mais je crois aussi que c'est un peu trop de stress dans ma vie de tous les jours (travail entre autre…) qui fait que j'ai eu ce besoin de faire une coupure sur cette fic pour regler des choses personnelles. Mais me revoilà ! Et oui, un grand départ pour Harry (oui sans Edward lol) est a prévoir très très prochainement. Je sens que je vais me prendre des tomates alorsque je sortirais ce chapitre lol. Aller, je te laisse lire ce nouveau chapitre. Bisouxxx.
Hcate : Merci beaucoup pour ta gentille revoilà (j'espère pour longtemps…) avec ce nouveau chapitre ! Bonne lecture à toi ! Biz.
ptitcoeurfragile : Bonjour fidèle lectrice depuis le début lol. Merci pour ta review, et ta filité. Voici enfin la suite ! Bisouxxx.
Flannel-k chapter 38 . May 3, 2015
J'ai le coeur brisé par cette fin de chapitre ! C'est l'une des rares histoires qui mj'ai tenu en haleine. Je l'ai dévoré sans m'arrêter ou presque Et j'ai hâte d'en connaître la suite. Bonne continuation ;)
melu49 : Merci pour ton gentil com ! J'espère que tu me suis toujours ! Profite bien de la suite !
Luma Coquillette : Ne t'inquiète pas, j'arrête mpes bêtises avec le couple E/H avec ce chapitre lol. Non, je voulais pas les laisser en froid avec le futur départ imminent pour Harry. Bonne lecture !
saya : Bonjour Saya, tout d'abord, merci pour ton soutien et ta magnifique review. En faite, là, c'est toi qui m'a touchée et m'a laissée pantoise. Et tu as totalement raison, s'il y a bien une fic que je dois batailler à écrire jusqu'à la fin, c'est celle-là. Ouah, ta review m'a trop touchée parce que c'est vrai que j'essaye de mettre un peu de moi dans chaque chapitre. Harry est une partie de ma personnalité, tout comme Edward est mon fantasme lol. Mais surtout, je passe tellement de temps à faire des recherches, à penser à décrire ça et ça, à parfois en rêver la nuit lol, que si j'ai put un jour te toucher, j'estime ma mission accomplie. Vraiment, c'est lorsque je lis des review comme la tienne, et d'autres lecteurs/lectrices, que je regrette qu'il n'y ai pas de rencontres/conventions/meetings lol d'organiser entre lecteurs/auteur de FF. j'aurais adorer te rencontrer et mieux te parler de ce que j'essaye d'écrire. J'espère que cette suite te plaira. Des bisouxxx.
laurie28 : Meri pour ta review, je vraiment ravie que cette histoire t'est captivé à ce point. Non, ne t'inquiète pas, je reprend du service, et je te mets dès maintenant la suite avec la pre-reconciliation du couple E/H. Bonne lecture !
Lyly : Merci pour ton com ! Et oui, voici enfin la suite ! Bonne lecture à toi et merci de me suivre XD
Arianne : Merci pour ta gentille review. 2 jours pour lire Elysion ! Oauh, effective tu n'as pas dut beaucoup dormir lol ! Verdict ? Tu aimes ? Merci de ton soutien vraiment. Bonne lecture de la suite !
slach-nono : Bon, je ne pouvais pas te laissé déprimé plus longtemps lol. Alors pour se chapitre, je te promets des explications, et un début de réconciliation. Bonne lecture ! XD
K.S : Oui, je te confirme qu'Harry aime les contradictions lol. C'est vrai qu'Edward se devait de se lâcher, et de dire ce qu'il avait sur le cœur, même si Harry n'a pas eu la chance de bien comprendre. Il est pas très réceptif le pauvre lol. Mais dans ce chapitre, il va enfin mieux comprendre ce qu'il se passe dans le cœur de son vampire lol. Bonne lecture de la suite ! Biz.
Lorelei Black : Et voici la suite ! Bon, c'est pas un grand rabibochage, mais c'est un début, c'est le 1er pardon on va dire lol. Bonne lecture !
Chapitre 39 : Enamor ne Sorah
Le chant guilleret d'un oiseau accompagnait la légère bourrasque de vent frais de ce milieu d'hiver. Il semblait avoir quitté son doux nid pour la morsure du froid afin de saluer la procession qui fondait actuellement la foule d'habitants d'Alayis en direction du grand port.
Le dos bien droit, et d'apparence calme, Harry chevauchait un énorme étalon à la robe entièrement couleur crème, et regardait les elysionniens s'écarter devant lui, et l'énorme cortège qui le suivait avec une certaine révérence. A ses côtés, Rosalie, majestueuse dans un ensemble pantalon en cuir dure, regardait droit devant, déjà prête pour la bataille qui se profilait. Il n'avait fallu que quelques jours pour préparer leur départ pour prêter mains fortes aux habitants d'Orlysin. Ramenant son regard devant lui, il vit, tout en étant aussi droit et sérieux, l'agitation des épaules d'Emmett, qui avait été étonnement posé en ces derniers jours de préparation, et de son frère, Edward, qui ouvraient la route sur le dos de leurs chevaux respectifs. Malgré la lourde atmosphère, Harry pouvait voir qu'Aranwë semblait pour sa part aimer se pavaner parmi la foule, et avait adopté un léger trot, le poitrail bien en avant, et la gueule hennissant joyeusement. Cet énorme cheval, fait pour la guerre, semblait se réjouir d'avoir enfin put quitter les luxueuses écuries royales de la ville.
Retenant une grimace de regret, il laissa son regard couler le long du dos de son amant. Depuis ce qu'il avait intérieurement appelé la « grande explication », ils n'avaient plus eu l'occasion de se rapprocher. Entre les soldats qu'il fallait préparer pour le départ pour Orlysin, et ses cours de tir à l'arc qu'il avait finalement pris à cœur, ils avaient finis d'un commun accord à user chacun de leur chambre, et n'avaient jusqu'alors échangés que des banalités, et de longs regards. Bien sûr, le fait que le prince elfique se soit attardé à Alayis n'avait pas beaucoup aidé. Edward semblait cordialement le détester, comme un rival à abattre, ce qui avait dans un premier temps forcé Harry à limiter ses contacts avec ce dernier.
Cependant, malgré lui, l'elfe l'intriguait.
Il aimait leur rare moment de discussion, et depuis qu'il savait que celui-ci avait connu son ancêtre, il ne pouvait s'empêcher d'essayer d'en apprendre plus par son biais.
Son regard se troubla lorsqu'il se remémora leur dernière discussion. C'était il y a deux jours de cela, alors qu'i venait de passer quelques heures harassantes en la joyeuse compagnie de Jasper. Frottant ses bras endoloris, il s'était dirigé tel un automate vers ses appartements privés, et ce ne fut que lorsqu'il sentit sa garde personnelle plus alerte autour de lui, qu'il se rendit compte que quelqu'un semblait l'attendre à sa porte. Quelle ne fut pas sa surprise d'y voir le roi elfe magnifiquement drapé d'une tunique bleu turquoise dont les divers lacets argentés s'entrecroisaient joliment dans son dos. Il ne se rendit compte qu'il dévisageait ouvertement son invité surpris que lorsque leur regard se croisèrent brièvement et qu'un sourire taquin effleura les douces lèvres d'Aldaron. Il ne comprenait vraiment pas l'étrange effet qu'avait parfois cet homme sur lui. Se maudissant, il se reprit et lui sourit à son tour.
— Aldaron, dit-il, devions-nous nous voir ?
— Non, Sorah, fit la voix veloutée, et je vous prie dès à présent de pardonner mon audace de me présenter ici sans invitation.
L'agitation de sa garde se fit plus vive.
L'elfe, même s'il était un roi ami en visite, n'avait en effet aucun droit de se trouver dans cette aile du palais. Pire, il n'était surtout pas censé se présenter à lui sans avoir eu recours à une demande d'audience. Et même s'il était la plupart du temps laxiste envers le règlement, il comprenait le trouble des hommes autour de lui qui étaient censé le protéger, et qui depuis l'attaque qu'il avait subie se montraient que trop hâtifs à leur tâche. En vérité, à l'exception d'Edward, personne ne manquait vraiment à ce protocole, et personne n'avait encore investi de cette manière l'intimité de cette aile du palais qui lui était strictement réservée. Harry grimaça à l'idée de la tête qu'aurait faite son amant s'il l'avait découvert à la porte de ses appartements privés.
— Je vous en prie Aldaron. Que puis-je pour vous ?
— Je tenais juste à vous dire quelques mots avant mon départ, souffla l'elfe avec un étrange regret dans la voix.
— Votre départ ?
— Oui, Sorah, je n'ai que trop tardé à rejoindre mon peuple, et certaines affaires méritent mon attention, répondit L'elfe alors que son regard quittait un instant celui de son interlocuteur. De toute manière, ce n'est qu'une question de jours avant que vous ne partiez pour Orlysin, et je n'ai que trop abusé de l'hospitalité de Carlisle. Je pense que ma présence est requise… ailleurs.
Hochant la tête, Harry nota tout de même qu'il avait buté sur ces derniers mots. Car c'était plutôt de la patience de son amant qu'il devait avoir senti abusé. Le vampire ne manquait jamais une occasion de renifler dédaigneusement dès qu'ils avaient le malheur de se croiser, et bien qu'en tant que prince dirigeant, il ne pouvait ouvertement manquer de respect à un roi censé lui être allié, son inimitié transpirait tout de même par chaque pore de son corps. Avec un pincement au cœur, il pensa que c'était aussi de sa faute si celui-ci était aussi enragé contre l'elfe.
Souriant à ce dernier dans un geste d'excuse, il ordonna à sa garde d'ouvrir les portes de ses appartements, et s'y dirigea calmement suivi de son invité. Trois de ses servantes qui attendaient patiemment son retour se hâtèrent vers eux. Une d'entre elles se dépêcha de leur ouvrir la porte de son bureau privée, tandis qu'une autre leur apportait une collation et du vin, et que la dernière relancer le feu de cheminée. Sans attendre, Harry se dirigea vers les majestueux fauteuils en velours rouge sombre qui trônaient devant l'âtre, et fit signe au roi elfe de prendre place face à lui.
— J'avais encore tellement de questions à vous poser sur mon ancêtre, avoua Harry d'un souffle de voix. Tellement de choses que j'ignore encore…
— Il nous reste encore cet instant, Sorah. Demandez, et je répondrais.
Se mordant la lèvre du bas, mauvaise habitude qu'il avait prise ces derniers temps lorsqu'il était indécis, il réfléchit un instant avant de trouver quoi demander.
— Est-ce que… Hésita-t-il. Savez-vous ce qu'est une Ancre ?
Immédiatement après que sa question eue franchit ses lèvres, il vit à l'air surpris d'Aldaron que celui-ci ne s'attendait pas à ce qu'il posât cette question entre toutes.
— J'en ai entendu parler dans une vision, se justifia-t-il malgré lui.
L'elfe savait déjà pour ses visions de l'ancienne Sorah, et cela l'avait émerveillé de savoir que celle-ci avait été assez puissante pour arriver à interagir avec sa descendance une fois l'éveil parvenu.
· L'Ancre… Souffla Aldaron avant de reprendre d'une voix plus forte. L'Ancre ne se dévoile qu'une fois le lien accompli dans sa totalité sous la forme d'un marquage dit l'Orobos. Avant cela, la Sorah ressent sa présence par le biais de sa magie, qui l'appelle et les pousse l'un vers l'autre. Leur attirance est immédiate, et vire parfois à la dépendance lorsque le lien n'est pas rapidement établi.
Le brun buvait chacune de ses paroles et se retint de l'invectiver d'aller plus vite lorsqu'il prit un instant pour porter un calice de vin précédemment servi par les servantes à ses lèvres.
— Il faut savoir, continua l'elfe, que la magie de la Sorah est une entité vivante. Comment vous expliquer… La Sorah tire sa puissance de ce monde, de ces peuples à qui elle se relie, et sa magie en elle-même tire son essence de tout ce qui vit.
— Ça, je l'avais remarqué, marmonna Harry en revoyant la difficulté qu'il avait à la maitriser.
— C'est elle qui recherche l'Ancre, et qui est attirée par elle. Car l'Ancre est là pour la stabiliser une fois le lien établi. L'Ancre est l'âme sœur de la Sorah. Ensemble, leur magie se mêle, se dompte, et l'énergie commune qu'ils génèrent ensemble les rends plus forts.
— Encore plus fort que ce que je ne suis déjà ?
— Oh oui, bien plus ! Sans oublier bien sûr que la Sorah et son Ancre développent un lien télépathique, celui que nous appelons Ekyolis, la fusion des âmes. C'est bien plus qu'échanger des pensées, Sorah, ce lien les plonges inconsciemment l'un dans l'autre, et cela va même jusqu'à brouiller leurs perceptions au début. Comprenez qu'à sa formation, ils parviennent à ressentir physiquement et émotionnellement ce que perçoit l'autre. Au point qu'ils ne peuvent même plus déterminer qui éprouve telle ou telle émotion. Et aucune magie connue à ce jour ne peut contenir ou atténuer cela.
Un long frisson glacé remonta le long du dos du brun. Le seul avec qui il avait eu la sensation de sa magie fusionnante était Edward. Il avait été dépendant de ses morsures, et lui de son sang, à leur début, puis après son éveil, il avait vu avec crainte cet étrange tatouage le recouvrir. Cependant, quelque chose clochait. Si celui-ci était bien son Ancre, sa magie aurait dû être domptée. Quant au lien télépathique, il était carrément inexistant entre eux. Et il doutait que ses barrières d'occlumancie en soient responsables. L'Ekyolis aurait dû passer outre, n'est-ce pas. Non, il manquait quelque chose.
— Si un être aussi puissant que l'Ancre existe, reprit-il, pourquoi personne ne l'évoque-t-il ?
— Parce que l'Ancre est aussi le point faible de la Sorah, dit Aldaron alors qu'une certaine tristesse semblait prendre possession de lui. Il est dit qu'à la création de la Sorah, face à autant de puissance, la Nature a décidé de créer un être, une âme sœur, qui serait sa faiblesse.
— En quoi l'Ancre est une faiblesse ? S'il m'aide à maitriser ma magie et la décuple ?
— À cause de l'Ekyolis, l'Ancre se faisait capturer, torturer, ou pire, tuer, vous ressentiriez sa perte dans le fin fond de votre âme. Votre magie, liée à lui, chercherait à tout prix à lui venir en aide, répondrait à son appel inconscient, et vous y perdriez votre essence sans pouvoir rien y faire.
Harry n'eut pas besoin d'en savoir plus à ce sujet, il pouvait comme ressentir dans sa chair la souffrance que cela occasionnerait. Une mort lente et très douloureuse.
— C'est pour cela, reprit l'elfe, que l'Ancre est aussi appelée Enamor ne Sorah, l'Ombre de la Sorah. Peu sont ceux qui connaissent son existence, peu à avoir vu l'Orobos, et peu encore sont ceux qui peuvent se targuer de l'avoir aperçu à ses côtés.
— Mais lorsqu'elle s'en aller dans mon monde, qu'est-il advenu de lui ? Est-il mort en ressentant son départ ?
— Au départ, chaque départ de la Sorah par ses portes ne lui causait aucun mal, car leur lien persistait malgré la distance. Et la Sorah restait toute puissante lors de ces explorations. Malheureusement, en rejoignant votre monde, elle a été trop… Pardonnez-moi, mais… Trop orgueilleuse. Sa magie a été totalement consumée à son arrivée, la rendant mortelle. Et son Ancre, toujours liée par l'Ekyolis, a vainement tenté de l'aider, et s'est douloureusement consumée pour finir tout aussi mortelle qu'elle. À sa mort, quelques minutes après la fin du lien, la dernière essence de la Sorah avait disparu d'Elysion, et chaque peuple a ressenti cet abandon avec force.
Égoïste. Ce fut le premier mot qui traversa l'esprit d'Harry face à la tragédie de cette histoire. Orgueilleuse et égoïste. Voilà qu'elles étaient les qualités de son vénéré ancêtre. En plus de son monde, elle avait aussi sacrifié son âme sœur dans sa quête et sa curiosité. Il n'arrivait pas à croire qu'une telle personne venait après lui donner des conseils, et lui faire des réflexions dans des visions.
— Comment devient-on une Ancre ? Demanda-t-il. Je veux dire, comment puis-je en recréer une autre ?
— L'Ancre ne se crée pas. C'est votre magie, maintenant pleinement éveillée, qui recherchera l'âme qui vous correspond le mieux, et qui formera l'Ekyolis.
Digérant l'information, le brun repensa encore à son amant. Il était le seul avec qui il avait eu une dépendance. Au départ, il avait attendu, espéré, ses attentions alors même qu'ils se détestaient. Par la suite, il avait plusieurs fois lié leurs pouvoirs, et leur union physique avait provoqué son éveil. Pourtant, malgré ses éléments, malgré leur attachement, ils n'avaient pas développé ce lien, l'Ekyolis.
Son regard croisa Aldaron qui semblait attendre et guetter ses réactions. À cet instant seulement, le doute l'envahit, il réalisa que l'elfe en savait trop pour ne pas être suspect.
— Bon, reprit-il après un long silence, maintenant je veux la vérité. Qui êtes-vous ? Et comment connaissez tout cela ? Vous en savez trop pour être un simple « ancien serviteur » de la Sorah ? Étiez-vous… Étiez-vous lié à l'Ancre ?
— Oui.
Cette réponse fit l'effet d'une bombe. Harry prit le temps de déglutir avant de croiser le regard perçant de l'elfe assis face à lui. Il se figea dans une posture raide tandis que tous les éléments reprenaient place dans son esprit. Voilà pourquoi il se sentait à l'aise à ses côtés, pourquoi son esprit lui paraissait familier, et pourquoi il se trouvait soudainement attiré par un autre qu'Edward. Mais alors, cela voulait-il dire que sa magie avait reconnu Aldaron comme sien ? Cette histoire d'âme sœur suivait-elle une lignée propre ? Cela faisait-il de son interlocuteur sa nouvelle Ancre ? Merlin, allait-il devoir se lier à cet homme ? Qu'allait-il arriver avec Edward ? Un poids pesa lourdement sur son cœur à cette pensée.
— Vous… vous n'êtes pas… ? Bégaya le sorcier.
— Non, Sorah, je ne suis pas votre Ancre. Bien que cela m'aurait enchantée. Oui, cela aurait été un véritable honneur... Mais notre attirance, bien que réelle, ne semble pas fusionnelle. Vous n'êtes pas dépendant de ma présence, vous ressentez juste l'appel du passé... Votre curiosité vous pousse à analyser ce sentiment d'appartenance à l'ancienne Ancre que je dégage. Mais vous êtes une autre Sorah, différente en magie, et en esprit, car vous venez d'un autre monde. Vous me reconnaissez comme une Ancre potentielle, tout au plus, mais pas comme le bon. Pas comme votre âme sœur.
Il retint à la dernière seconde une expiration soulagée. Inutile de se montrer discourtois. La grimace d'excuse qu'il adressa à son invité qui n'avait pas été dupe fit doucement rire celui-ci.
— Alors comment savez-vous tout cela ? Réattaqua-t-il.
— L'Ancre était mon ancêtre. J'ai vécu toute mon enfance en louant la Sorah. Des milliers de temps étaient érigés en son nom. Mais certains temples, les plus anciens – presque délabrés par le temps - et plus secrets, faisait référence à Enamor ne Sorah, et j'ai voulu savoir pourquoi. Qui était-il ? Bien sûr, j'ai fini par trouver les réponses à mes questions. Et il parut un instant gêné lorsqu'il rajouta : nous manquerions de temps si je devais vous expliquer comment j'ai été mis au courant de ce secret, alors disons que j'étais jeune, insouciant, et un peu rebelle.
Cette fois, Harry ne se gêna pas de sourire moqueusement à son interlocuteur sans toutefois l'interrompre.
— Quoi qu'il en soit, à la disparition de la Sorah, et lorsque nous, elfes, avons ressenti encore plus durement que les autres la fin de son essence même à Elysion, nous avons décidé de nous isoler sur notre île. Nous savions que la guerre suivrait son départ, et nous n'avions pas tort, car c'est bien ce qui a suivi.
Se nourrissant de ces dernières bribes d'informations, Harry resta ce jour-là un long moment en compagnie de l'elfe pour comprendre le rôle de l'Ancre. Son cœur battant la chamade en pensant régulièrement à son amant, comme si une petite voix lui soufflait que celui-ci fût concerné par cette histoire d'Ancre. Ou était-ce simplement lui qui le désirait ardemment ? D'un autre côté, c'était un peu effrayant de savoir que bien qu'une Sorah puisse survivre à la perte de ses pouvoirs, son Ancre, elle, dépendante de son essence, succomberait à la mort. Car il n'était pas dupe sur ce point : l'ancienne Ancre était morte dès lors que la Sorah avait cessé d'exister pour devenir mortelle. S'il devait être lié de cette manière-là à Edward, cela voudrait dire qu'il devrait rester à jamais dans ce monde, sous peine de le tuer. De toute manière, avait-il encore l'espoir, voir l'envie, de quitter Elysion ? Voilà un moment que cette idée ne l'avait plus effleuré.
À partir de toutes ces découvertes, Harry n'avait plus réussi à cacher son intérêt pour Aldaron, et avait accueilli son départ du lendemain avec une peine évidente. Surtout que l'elfe s'était attardé dans le royaume des vampires, alors que lui et son peuple vivaient en ostracisme depuis tellement de temps, rien que pour lui révéler ces informations. Mais cette situation, et sa fascination pour un autre que lui, avait bien entendu provoqué l'ire d'Edward qui ne s'était pas gênée au cours d'un dernier repas de départ de l'elfe de faire comprendre à celui-ci qu'il ne s'était que trop attarder à Alayis. Et comme le dialogue avec son amant semblait vain ces derniers jours, il n'avait même pas pu le rassurer. Il pouvait encore revoir l'embarras d'Esmée, et l'agacement de Carlisle ce soir-là alors que lui-même avait vainement envoyé un regard de supplique à son vampire pour qu'il se contienne. Même le coup de pied qu'il lui avait lancé sous la table n'y avait rien changé, si ce n'était qu'il s'était récolté un regard noir givrant qui semblait dire : « c'est de ta faute si je me comporte en gamin immature ! ». Emmett, trop préoccupé ces derniers temps par la menace qui pesait sur son royaume, n'avait pas trouvé de blagues à faire pour détendre l'atmosphère, et son épouse, splendide dans un robe émeraude, avait aussi choisie de rester neutre bien que son regard s'était attardé sur lui. Alice, elle, avait secoué la tête de désespoir, ses yeux se troublant de nouveau vers un futur que seule elle voyait, et au final, seul Jasper avait profité de la joute avec un sourire délicieusement moqueur aux lèvres. La discussion, ou plutôt la dispute, qui avait suivi entre eux à la fin de cet interminable repas n'avait sans surprise servi à rien.
Se décrochant difficilement de ces souvenirs, Harry revint à l'instant présent lorsqu'il pénétra sur le port d'Alayis. Il n'avait même pas remarqué avoir lentement quitté la ville pour rejoindre l'extrême ouest du royaume. Là, il savait trouver le long des littoraux rocheux les plus escarpés, au fond d'une ria, l'immense port fait de pierre brute abimée par les flots. Composé de goulets sur chaque côté, et de trois colosses adossés à des colonnes, dont ceux de gauche étaient supportés par une tour massive, et ceux de droite par deux blocs de pierre dressés et reliés entre eux, et dont la hauteur dépassait largement celle de la large tour qui s'élevait sur l'autre bord. Au loin, sur une plus haute côte se trouvait un haut phare dont la lueur les aveugla un instant avant de se détourner.
À cette vision, Harry dut se battre contre le souvenir d'une autre tour de guet et de son phare tournant qui les avaient abrités son amant et lui une nuit bien spécial.
À la place il observa les soldats royaux, parfaitement synchrones, avancer à leur côté pour rejoindre ce qui semblait être l'équipe maritime qui allait les accompagner dans leur périple. Et là, ou la garde portait de lourdes armures rutilantes au blason d'Alayis, les marins, eux, portaient des tenues beaucoup plus simples et légères composées d'un ensemble bleu sombre dont une large ceinture grise laissait dépasser le pommeau du petit coutelas, ou encore la base d'un pistolet à silex. Certains finissaient leur tenue par unlarge couvre-chef dont les longues plumes dépassaient à l'arrière, tandis que d'autres, non armés, portaient de simples bonnets bien enfoncés sur leur crâne pour la plupart rasé. Ces derniers ouvraient la route vers leur embarcation qui les attendait sagement au loin dans la vallée ennoyée.
C'était un navire aux beaux reflets ivoire cerclés d'or, et dont la coque en V cuivrée était entourée d'un fin liseré vert en forme de larges feuilles. Sa longueur s'étalait largement sur plus de soixante mètres, et il pouvait voir que les hauts bords du navire lui permettraient à coup sûr d'affronter la haute mer sans difficulté aucunes. On pouvait aussi apercevoir quatre mâts, gréés de simples voiles clairs et carrées pour les deux premiers en partant de la proue, tandis que le mât d'artimon se parait de deux grandes voiles latines d'une douce blancheur immaculée. Lourdement armé avec ses trois rangs, soit plus de quatre-vingts canons, dont la bouche dépassant des flans et de l'avant, et de ses deux larges ponts, le navire se finissait par un haut château de cinq étages qui se profilait à l'arrière, et qui confirmait l'impression de richesse qui en émanait. Et à sa proue, la majestueuse statue en marbre représentant un Phoenix prenant son envol était là une douce offrande à la mer pour apaiser les Dieux des océans, et les protéger en effrayant les mauvais esprits de l'eau. Pour finir, deux pavillons, l'un représentant la nation vampirique sous la forme du blason d'Alayis, et l'autre le haut rang du Capitaine qui était aux commandes, flottaient joyeusement au gré du vent de l'hiver.
Suivant l'exemple d'Edward et de son frère, il mit rapidement pied-à-terre, et tandis les rênes de son cheval à un garde alentour. Rosalie se tourna légèrement vers lui, lui fit un sourire encourageant avant d'aller prendre place au côté de son époux. Timide, il avança à son tour et se posta auprès de son amant. Leurs regards se croisèrent, et il ne put s'empêcher de se laisser entrainer par les magnifiques yeux améthyste qui le sondaient. De longues tresses plaquées le long des tempes, et enrôlé dans une queue de cheval haute dégageaient le visage du vampire. L'armure légère de couleur brune qu'il avait revêtue laissé apercevoir ses muscles tendus, nerveux, et la longue cape de fourrure blanche qui trainaient dans son dos étaient raccrochés par des épaulettes couleur argent et sertis de petites pierres précieuses. Une large épée dont le pommeau dépassait à sa taille finissait de compléter la tenue. Sans y penser, Harry avait laissé son regard glisser langoureusement le long du corps du vampire, et frémit d'excitation contenue lorsqu'il rivât de nouveau leur regard l'un à l'autre. Ce même courant électrique, cette même attraction, cette frénésie de l'autre, les reprenait encore alors même qu'ils étaient censés être en froid.
Ce ne fut que le début du chant guerrier des soldats et des marins les entourant qui, dans un sursaut, lui permit d'échapper à ce regard hypnotique. Tendant l'oreille, il écouta leur hymne, mélange d'appel à la guerre et de pleurs pour les futurs morts. Ils furent rejoints dans leur chant par les quelques villageois d'Alayis qui avait suivi leur procession. Les voix résonnèrent et frappèrent durement contre les murs en pierre alors que leur cortège se remettait en marche. Finalement, il embarqua dans un état second, l'esprit dans le coton, les oreilles émerveillées, et le cœur en émoi.
Une fois à bord, il s'attarda un moment sur le pont du bateau, observant l'embarcation des soldats et des marins, réalisant que son départ d'Alayis était imminent avec le sentiment d'une page se tournant définitivement dans sa vie. D'ailleurs, l'au revoir avec la famille royale avant le départ pour le port, avec la longue embrassade pleine de larmes d'Alice, avait plus sonné comme des adieux. Il frissonna sous l'air frais marin à ce souvenir.
Il ne reprit totalement son souffle, et ses esprits, que lorsqu'il entendit celui qui semblait être le Capitaine, un vieil homme bedonnant assez richement vêtu avec son large couvre-chef aux plumes violettes et noires, donner l'ordre à son matelot de lever l'ancre et de mettre les voiles. Il vit du coin de l'œil, un soldat tendre une missive à Emmett dont le visage se durcit avant qu'il ne se dirige vers les cabines, suivit de son petit frère à la mine tout aussi sombre.
Se détournant, il rejoignit Rosalie sur le pont avant, un homme de sa garde personnelle à ses côtés, et resta avec elle suivre le départ du navire du port. Il admira les marins faire remonter la lourde ancre prise dans la vase et les algues, entendit le bruit sourd des voiles étendus et claquants dans son dos. Il sentit avec précision le monstre des mers sur lequel il était se mettre en marche et fondre les abords de l'eau de la vallée pour se jeter en pleine mer. Et alors qu'il prenait de plus en plus de vitesse, et s'élançait de plus en plus dans les hauts fonds, il avisa aussi les sirènes d'Alayis qui suivait leur départ en faisant des larges bonds hors de l'eau. Grimaçant aux mauvais souvenirs qu'il avait de ces créatures, il tourna la tête vers Rosalie lorsque celle-ci posa une main délicate sur son épaule.
— Nous devrions les rejoindre, dit-il en un mouvement de tête vers les cabines qu'avaient rejointes les deux princes. Je pense que des mauvaises nouvelles sont à prévoir.
D'un assentiment, Harry la suivit sans un mot en se dirigeant vers le château, et ils longèrent un long couloir faiblement éclairé avant d'atteindre une porte de cabine d'où s'échappaient des voix. À peine la porte fut-elle ouverte que son regard replongea dans celui devenu d'un noir d'encre de son amant. Il déglutit en avisant la colère de ce dernier, et se força à se détourner de lui pour aviser ceux présents dans la pièce. Large et ronde, il se trouvait dans un bureau où une immense table en bois prônant au milieu accueillait Emmett, son amant, le Capitaine, et son second, nommée le Maitre. Sans un mot, il suivit Rosalie, et s'installa autour de la table. Il avisa du coin de l'œil le frisson qu'eurent les deux marins à sa proximité, et leur lança un bref regard, auquel ils se dérobèrent à la hâte. Aucun doute que son statut de Sorah devait les émouvoir.
— Ils ont assiégé un village, disait Emmett le regard sombre, et se prépare à avancer vers la capitale. D'après le message que j'ai reçu, ce serait encore une fois des Arkans qui mèneraient l'attaque. Plus ordonné et meurtriers que jamais ! Comment est-ce possible ?
— Tu oublies que d'autres Sudariens les ont rejoint, persifla Edward. Plusieurs peuples ennemis ne s'étaient encore jamais ralliés entre eux de cette manière pour nous combattre.
— Messire, intervint le Capitaine, nous avons fait parvenir vos ordres à vos troupes de se tenir prêt à votre arrivée comme vous l'avez demandé. Cependant, certaines côtes d'Orlysin semblent aussi avoir été envahies par des navires ennemis. Nous allons devoir faire preuve de prudence à notre arrivée.
Ces nouvelles jetèrent un froid dans l'assemblée. Il partait réellement pour la guerre. Et bien qu'Harry ait souhaité voir la situation se calmer avec les Sudariens, cette énième bataille qui se profilait s'annonçait des plus sanglantes et destructrice. Il allait vraiment falloir qu'il prenne position.
— Tout cela me parait brouillon, dit Rosalie d'un air vague.
— Brouillon ? Questionna son époux.
— Oui, même s'ils sont nombreux, expliqua-t-elle, ils restent moins lourdement armés et entrainés que nous. Leur dernière défaite à Ahrima ne les a que plus affaiblis. En plus, ils attaquent les ports, les villages, puis veulent se diriger vers la capitale, avant de rebrousser chemin vers nos champs, puis encore la capitale… Ils semblent ne pas avoir d'objectif concert. Dieux, messieurs, ces idiots attaquent en hiver alors qu'ils sont habitués au temps chaud et aride de l'arrière Sud !
— Peut-être que l'aide qu'ils ont reçue des autres Sudariens les a galvanisés ? Ironisa Edward.
— Non, les autres Sudariens ont autant de mépris que nous pour les Arkans, affirma la guerrière blonde. Ils se contentent juste de profiter un maximum du carnage qu'ils provoquent sur leur passage.
Un autre petit silence s'installa suite aux déclarations de Rosalie. Et comme pour rejoindre ses pensées, Harry se mit à mettre bout à bout toutes ces informations. La guerre, il connaissait, et d'ailleurs, il pouvait être un assez bon stratège. Alors pourquoi l'ennemi lancerait-il une attaque, certes mortelle, mais vaine contre Orlysin ? Que cherchait-il à faire en les amenant à se déployer vers la contrée Ouest ? Une sensation désagréable l'envahit lorsqu'une réponse franchit ses lèvres :
— C'est un test.
Tous les regards se posèrent sur lui.
— Ils ont testé nos forces au sol en attaquant Efryn, au nord, se rappela-t-il. Puis maintenant, il se lance bêtement contre une attaque à Orlysin à l'Ouest, pour voir nos flottes marines. Ils nous testent, ils testent notre force, et nos temps de réaction, pour organiser une plus grande bataille.
Son regard avait fini dans celui de son amant à ces derniers mots, et il vit sans surprise la flamme sanguinaire qui s'éleva dans celui-ci.
— Depuis quand les Arkans sont-ils capables d'autant de stratégie ? Grogna Emmett.
— Je pense, lui répondit-il, qu'il est l'heure d'arrêter de les sous-estimer.
— Je vais écrire à nos parents, se pressa Rosalie en se levant à la hâte, et à Jasper et Alice pour qu'ils ouvrent l'œil à Efryn et Galyas. Capitaine, votre volière est-elle prête ? Malgré le mauvais temps, ce message doit parvenir le plus rapidement possible.
— Bien sûr, Altesse. Mes oiseaux sont les plus rapides de la contrée.
À la fin de cette réunion improvisée, une fois un plan d'attaque bien établi, Harry expira de fatigue lorsqu'il se trouva enfin devant la porte de la luxueuse cabine qui lui était réservée. Là, le garde et la servante qui l'attendait lui firent une légère révérence, sans un mot, et le laissèrent pénétrer seul dans la chambre. Il avait mal dormi la veille de ce départ, Jasper n'avait de son côté pas ménager ses efforts durant ses cours, et la perspective de ce qui l'attendait à l'arrivée à Orlysin n'arrangeait rien. Il parcourut d'un regard morne sa chambre en y entrant, nota le mobilier en bois sobre, mais élégant, les chandeliers de cristal qui illuminaient légèrement la pièce, le doux et large tapis qui recouvrait entièrement le sol, et la collation qui l'attendait déjà dans un coin parfaitement aménagé pour son confort.
Refermant la porte dans son dos, il mit un certain temps avant de se figer en ayant perçu une présence étrangère dans sa cabine. Là, confortablement assis sur son lit, Edward le foudroyait encore de son regard perçant. Tétanisé, il s'imprégna de la tension et la pression que faisait naitre son amant par sa simple présence en ces lieux. Ils restèrent un long moment à se jauger, et Harry vit tellement d'émotion passer au travers du regard de son vampire qu'il en eut le tournis. Ce dernier semblait hésiter entre l'enlacer, ou le jeter par-dessus bord. Finalement, il dut prendre une décision, car le brun le vit expirer longuement avant qu'il ne se lève pour se rapprocher de lui.
Sa main qui tenait encore la poignée de la porte de la cabine derrière lui se serra violemment sur celle-ci lorsque le prince s'avança que trop près de lui. À deux pas l'un de l'autre, leurs regards encore soudés, il frémit d'attente alors qu'il accueillait le doux parfum familier du vampire comme une gifle après tant de temps passé loin l'un de l'autre.
— Je ne suis toujours pas ravie à l'idée que tu accompagnes, Harry, fit sa voix rauque et basse. Mais puisque tu y sembles décidé, je veux que tu restes avec moi lorsque nous débarquerons. Je ne te veux pas à moins de trois pas de moi, c'est compris ? Nous courrons vers la guerre, ce n'est pas un jeu.
— Je sais ce qu'est la guerre, répliqua Harry sans pouvoir s'en empêcher. Aurais-tu oublié que je suis bien plus fort aujourd'hui ?
— Et toi ? Aurais-tu oublié que tu m'appartiens ?
Le souffle coupé par ces quelques mots arriver de manière totalement incongrus, il fixa en silence le vampire face à lui tout réprimant la manifestation du contentement qu'il éprouvait à ces quelques paroles. Dire qu'il fut un temps où il se serait battu contre ce type d'affirmation.
— Ce n'est pas l'impression que tu m'as donnée, souffla-t-il calmement.
À peine prononça-t-il ces mots que d'une main ferme Edward le repoussa en arrière, fort, sa main enserrant son cou, et il sentit sa tête cogner durement contre la porte derrière lui. Ouvrant les yeux qu'il avait fermés sous le choc, il fut accueilli par un regard charbonneux brulant de passion contenue. Une fois encore, il se mit à se demander ce que voulait faire son amant : l'enlacer ou le jeter par-dessus bord ? C'était difficile à dire.
— Ne joue pas à ça, Harry, chuchota le vampire, la voix encore plus rauque. Ne relance pas une autre dispute.
— Qui te parle d'une dispute ?! Tu as passé ces derniers jours à faire je ne sais quoi…
— Je préparais ce départ en guerre avec mon frère, coupa Edward.
— Et maintenant, tu m'attrapes dans ma cabine, continua-t-il comme s'il n'avait pas été interrompu, pour me jouer le numéro du vampire possessif comme si j'allais me laisser faire. Tu ne semblais pas beaucoup te soucier de moi i peine quelques heures !
Agacé, et quelque peu blessé aussi, il affronta le regard ébène de son amant avec un air bravache. Les yeux plissés de mécontentement, il vit d'abord un agacement réciproque envahir les traits du prince, avant d'y voir de l'hésitation, de l'interrogation, puis en toute fin, une satisfaction moqueuse. Il sentit tous les poils de son corps tenu contre la porte se hérisser lorsque le regard d'Edward se fit plus clair, le noir laissant place au violet, et qu'il pencha la tête légèrement sur le côté, une moue dubitative aux lèvres.
— Serais-tu en train de me faire comprendre, avec ta délicatesse habituelle, que tu as manqué d'attentions, et que…
— Non, Edward, ta tyrannie ne m'a pas manqué !
— Il te tardait de me confronter de nouveau, finit l'odieux vampire sans tenir compte lui non plus de son intervention.
Sentir le corps de son amant se coller du torse aux cuisses contre le sien après ces derniers jours de séparation lui fit haleter d'excitation contenue. Il pouvait retrouver la fragrance de sa peau, la froideur de son souffle contre sa joue, et il se surprit à se tendre vers ces lèvres qui n'appelaient que lui. Il ne sursauta même pas devant la brusquerie du vampire qui se saisit violemment de ses épaules pour le plaquer au plus près. Leurs souffles devenus étrangement erratiques se mêlèrent l'un à l'autre, et il remonta une de ses mains qui alla s'agripper dans ses cheveux, lorsque leurs lèvres se frôlèrent. Il sentit plus qu'il ne vit leurs bouches se caresser une fois ou deux dans un simulacre de baiser sans qu'ils ne s'embrassent réellement. L'envie était là, dévorante, passionnelle, et pourtant, leurs lèvres semblaient se chercher sans parvenir à se trouver. Respirant par à-coups presque dans la bouche l'un de l'autre, Harry eut envie de se saisir son col pour le rapprocher et obtenir enfin ce baiser tant convoité, mais se retint à la dernière minute. Dans le regard de son prince, qui venait encore de se river au sien, trop de douleur, de mélancolie, y subsistait encore pour qu'il n'aille au bout de son envie. Ils s'étaient fait du mal, s'étaient déchirés, et s'étaient fuis trop souvent pour tout passer sous silence et reprendre leur histoire là où elle s'était brusquement arrêtée. Ils avaient besoin de parler, de s'expliquer, de se comprendre de nouveau, et pas de se plaquer l'un l'autre comme des sauvages sur la première surface plane venue.
L'attirance était bien là, mais les non-dits aussi.
— Tu es moi, Harry. Finis par souffler le vampire d'un ton catégorique. Ne prends pas le sursis que je t'ai laissé pour être loin de moi comme une preuve de faiblesse dans mes intentions envers toi. Ta liberté m'est depuis longtemps acquise.
Déjà, leurs corps se séparaient, leurs mains se lâchaient, alors que leurs regards restaient le seul contact qui subsistait entre eux.
— Tu m'appartiens, Harry Potter… Sorah… Peu importe ton nom, j'ai mis un prix sur ton âme.
Sans un mot de plus, Harry laissa son amant le décoller de la porte avant qu'il ne franchisse rapidement celle-ci. Respirant d'un grand coup, il passa une main tremblante sur ces lèvres où subsistait encore le fantôme d'un presque baiser. Telle une poupée, il se dirigea vers la seule pièce attenante à sa cabine, qui se trouvait être une petite salle de bain, et se précipita vers le broc d'eau tiède qui l'y attendait. S'aspergeant le visage pour tenter de reprendre ses esprits, il pesait le pour et le contre à l'idée de poursuivre son amant récalcitrant lorsqu'il finit par se résoudre à le laisser partir.
Une fois de plus.
Le lendemain, il déambula sur le navire, admirant la beauté des lieux, tout en tentant d'ignorer le plus possible les regards admirateurs de marins et soldats dont il faisait l'objet. Le garde qui le suivait à la trace, dont il avait fini par prendre congé à la fin de la journée pour passer plus inaperçu, tout en s'enroulant dans une large cape sombre, le suivit un long moment du regard l'air indécis. Alors que la nuit était bien installée, il finit par atterrir dans une aile du navire, plus loin dans les cales, où il fut surpris de ne croiser que quelques marins, et atteint une petite pièce qui semblait avoir été aménagée en salle d'entrainement sommaire. Là, il admira avec grâce Rosalie affublée d'un pantalon large en coton manié ses saïs tout autour d'elle dans un enchainement rapide et brusque. Il adorait vraiment la voir se battre.
— Tu es magnifique, Rose, lui dit-elle, il faudrait vraiment que tu m'apprennes cette parade.
— Je t'apprendrais si tu le veux vraiment.
— Oh, et aussi à me battre à l'épée. J'ai une revanche à prendre…
Un large sourire charmeur lui répondit. Ils étaient seuls dans la salle, et d'ailleurs, vus la nuit bien avancés, ils devaient même être parmi les derniers encore éveillés. Cela le détendit. Il accepta son invitation lorsqu'elle lui fit signe de s'avancer. Et il resta de nombreuses heures à tenter de reproduire les gestes qu'elle faisait. La fatigue qu'il ressentit par la suite l'emplit de plaisir. C'était une bonne fatigue, une fatigue qui l'aiderait à trouver le sommeil.
— Harry, je voulais justement aller te voir, commença-t-elle d'une voix mal assurée lorsqu'ils s'arrêtèrent. J'ai remarqué que la tension qu'il y avait entre toi et Edward ne s'était pas vraiment apaisée, alors j'ai pensé que tu aimerais en parler. Je ne suis aussi douée qu'Alice pour… Ce genre de choses, mais…
Il grimaça à ces mots. La blonde, avec sa franchise légendaire, ne s'embarrassait pas de mot inutile, et entrant toujours dans le vif du sujet sans attendre.
— Merci Rose, mais ça va aller, tenta-t-il de se dérober. Mais à vrai dire, je ne sais pas quoi penser de cette situation. Je ne saurais même pas comment te l'expliquer, ou par où commencer.
La belle blonde lui lança un autre de ses regards amicaux et rassurants avant de s'avancer vers lui pour nouer leurs mains. Se laissant attirer gentiment vers les quelques tabourets meublant la pièce, il s'y installa en sa compagnie, et trouva un début de réconfort dans leurs mains jointes qui le mit un peu plus à l'aise.
— Laisse-moi alors t'expliquer ce que moi je sais, reprit-elle sérieusement. Edward a peur.
Quelle entrée en matière ! Cela eut le mérite de capter tout de suite mon attention.
— Il a commencé à avoir peur, continua-t-elle, à l'instant même où il a provoqué ton éveil. Oh, il n'a pas peur de toi, bien sûr. C'est juste que ce grand dominateur et maniaque du contrôle qu'il est n'a pas apprécié de voir que la situation lui échappait. De comprendre que tu allais devoir affronter des choses sans savoir comment t'assister.
— Je n'ai pas besoin qu'il me materne, râla-t-il. Je sais prendre soin de moi !
— Oh, il a conscience que tu sois devenu fort, Sorah, rassura Rosalie, mais il voit aussi que tu ne maitrises pas encore cette puissance. Et il ne voudrait pas risquer qu'elle te consume.
L'amer rappel de toutes les fois où sa magie lui avait échappé lui fit baisser piteusement la tête. Il n'avait que trop éprouvé le palais d'Alayis lorsqu'il en avait détruit des parties à chacune de ses colères. D'ailleurs, depuis son éveil, il en avait marre de se sentir autant à fleur de peau, autant à cran, et autant démuni face à la sauvagerie de sa magie.
— Il a voulu t'aider à la maitriser lorsqu'il t'a envoyé auprès de Jasper. Oui, je t'assure, rit-elle devant la grimace du brun. As-tu remarqué qu'avant tu libérais ta magie d'un coup, et que celle-ci s'évaporait dans les airs en tous sens. En te forçant à apprendre le tir à l'arc, il voulait te contraindre à concentrer ton esprit, et ton énergie sur un seul point.
Se concentrer sur un seul point ? Oui, il se revoyait encore lancer une dague vers l'assassin qui l'avait surpris à Alayis. Il avait senti sa magie instinctive se regrouper dans l'arme et filer avec force vers l'ennemi sans causer aucun autre dégât. Puis, il se revit apprendre le tir à l'arc, et finir par guidait sa flèche par le biais de sa magie pour atteindre la cible. Un peu à la manière dont les sorciers usaient de baguette pour réguler leur puissance, lui utiliserait naturellement – sans y penser - la pointe de sa flèche pour maitriser la sienne.
Il se figea en réalisant que son amant, loin de vouloir le torturer, avait eu une idée de génie en le forçant à s'entrainer avec Jasper. De manière détournée, il avait tenté de l'aider avec son problème de contrôle, et avait trouvé un moyen pour qu'il apprenne à se maitriser. Dire que lui avait osé lui cracher à la figure que seul Aldaron le comprenait, et l'assistait dans son « malheur ». Quel genre d'imbécile narcissique était-il ? La boule au ventre, il leva un regard penaud vers Rosalie, et comme si cette dernière avait lu ses pensées, elle enchaina :
— Quant à l'elfe, oui, c'était bien des crises de jalousie qu'il te faisait. Vois-tu, nous autres, vampires, sommes exigeants en amour. Nous m'aimant ni le partage, ni la concurrence. Nous sommes territoriaux ! Et à ce niveau, Edward est le pire d'entre tous…
— Il n'y avait pas de concurrence ! J'étais… curieux vis-à-vis d'Aldaron pour certaines choses, mais rien de plus. J'avais besoin d'en apprendre plus sur mon ancêtre, et sur moi-même. Vous n'arrêtez pas de dire comme une évidence « La Sorah se doit de faire ci… La Sorah représente ça… Bla bla bla… », mais je ne fais pas partie de ce monde. Et j'avais besoin de bien comprendre ce que j'étais devenu.
Il gigota sur son siège, mal à l'aise, sous le regard perçant de la belle blonde face à lui.
— Et c'est pour ça que malgré ses crises de jalousie, il t'a laissé te rapprocher du roi elfe, le calma-t-elle en resserrant sa prise sur ses mains. Nous savons que les elfes conservent des écrits inconnus de tous sur l'ère de la Sorah. Ils ont des temples gorgés de connaissances qui peuvent t'aider et te guider, et de cela, il ne voulait pas t'en priver. Ce n'est que lorsqu'il a senti par la suite ton intérêt pour l'elfe en lui-même, que la jalousie l'a étreint.
Là, il fut carrément mortifié. Il n'était pas intéressé par Aldaron. Enfin, pas vraiment. Il le comprenait maintenant. Et il se sentit encore plus mal en se mettant à la place de son amant, en se revoyant ouvrir sans peur son esprit, et offrir sans y penser sa confiance à l'elfe, alors qu'Edward avait lui-même dû batailler de longs mois pour en obtenir le quart. Pire, il le revoyait le rejeter ouvertement de son esprit, en ne tentant aucunement de vraiment le rassurer.
La guerre était une chose, ses découvertes sur Carlisle et Esmée une autre, mais il ne devait rien, ne rien laisser le détourner ainsi de son amant. Edward ne méritait pas ça.
— Bien, je crois que je vais te laisser réfléchir calmement. Sourit Rosalie qui avait vu son regard s'assombrir au fur et à mesure de sa réflexion. Tu le trouveras sur le pont arrière. Il est assez insomniaque ces derniers temps…
Après lui avoir adressé plus un rictus qu'un sourire, il se dépêcha de rejoindre la surface du navire. Une violente bourrasque de vent et de pluie verglacée mêlée l'accueillit, et il courut vers le pont arrière, ses yeux fouillant frénétiquement les sombres alentours. Là, se retenant au garde-corps du bateau, Edward semblait absorbé par la contemplation de la mer déchainée en contre bas. Le détaillant, il vit à son apparence mouillée et négligée, ses cheveux totalement plaquer en tous sens sur son visage, qu'il devait être là depuis un long moment. Soudainement timide, il s'approcha silencieusement de lui, et se posta sans un mot à sa droite.
— Nous avons atteint la mer de Trafalgar, dit le vampire pour briser le silence, sans pour autant tourner le visage vers lui. Elle est réputée comme étant assez violente, et propice aux tempêtes. Tu devrais rentrer te mettre à l'abri.
— Edward, je suis vraiment…
— Rentre te mettre à l'abri, coupa son amant.
— Non, attend, je viens de parler à Rosalie. Rageur, il baissa la tête à cet aveu. Je regrette d'avoir dû attendre ses explications pour te comprendre…
— Nous en parlerons plus tard, coupa le prince, plus pressant.
— Non, plus tard, je n'aurais plus le courage. Ce que je veux dire, c'est… Enfin… Argh, je ne suis pas douée pour ça.
— Voilà une raison pour en discuter plus tard. Rentre, Harry.
— Tu vas m'écouter, bordel ?! J'essaye de m'excuser !
Son esclandre eu au moins le mérite de faire le prince tourner lentement la tête vers lui. Dans la noirceur de la nuit, il ne put vraiment déterminer les émotions qui jouèrent dans le regard qu'il lui adressa, mais reprit son souffle pour continuer.
— Je m'excuse ! Je suis un idiot maladroit. Un idiot qui a besoin de toi ! J'ai toujours eu besoin de toi parce que tu es le seul à me comprendre, et à savoir ce dont j'ai besoin même lorsque moi je ne le vois pas. Je n'ai jamais voulu que tu croies qu'un autre que toi aurait pu ébranler mon cœur. Aldaron, je ne l'ai jamais vu comme toi je te vois, et à…
Cette fois, il se vit couper la parole par deux mains glacées se saisissant avec rudesse de son visage.
— Redis-le-moi. Exigea le vampire, la voix grondante.
— Aldaron n'est pas un rival.
— Non, pas ça ! S'agaça Edward, plus parce qu'il avait eu l'affront de prononcé encore une fois le nom de son rival face à lui. L'elfe n'a jamais eu aucune chance face à moi. J'en avais déjà l'assurance.
— Ce n'est pas ce que tu laissais paraitre.
Cette arrogance l'avait une nouvelle fois poussée à défier le vampire qui répondit en resserrant sa poigne sur ses joues, les sourcils froncés.
— Redis-le, exigea-t-il en desserrant sa poigne punitive.
— Excuse-moi ?
— Non, pas ça ! S'irrita encore le prince. Quoi que… Redis-le encore pour voir ?
Un sourire moqueur effleura ses lèvres alors qu'ils reprenaient leurs vieilles habitudes, et leurs célèbres joutes verbales. Puis, le corps de son amant s'alanguit, et il se retrouva coincer entre le bastingage et son corps nerveux et dure.
— Redis-le-moi, Harry.
Il déglutit difficilement à ce temps suppliant. Il allait devoir livrer ses sentiments une fois de plus, et revenir sur la partie ou il déclarait que le vampire avait « ébranler son cœur ». Pourtant, il ne faisait que reprendre les propres mots de ce dernier ! Mais vu l'air impatient qui lui faisait face, il n'eut pas le cœur de se cacher derrière une énième bravache. Rien que cette fois. Il pouvait bien le faire, n'est-ce pas ? Il pouvait se livrer entièrement. Soufflant, il rapprocha son visage de celui de son bien-aimé et murmura :
— Je suis…
L'attaque qui vint du côté droit du bateau, et qui provoqua une embardée lui coupa ses mots alors qu'un long crissement envahit le silence nocturne. Il dut se raccrocher de toutes ses choses au vampire contre lui pour ne pas passer par-dessus bord tant le choc fut violent et imprévu. Dans des remous furieux, le navire fondit les eaux, droit devant, en tentant de se stabiliser.
— Gabier ! Hurla Edward en levant la tête vers le haut d'un mât. Que vois-tu ?!
Le matelot, qui était en train de veiller la mer, semblait alarmé et pris un temps avant de rependre :
— Je ne vois pas bien, altesse, s'affola-t-il.
Un deuxième choc, plus violent, fit involontairement crier Harry lorsqu'il se sentit véritablement rebasculer vers les flots. Les bras de son prince le saisir avec force, et il fut plaquer sans délicatesse contre son torse, et éloigner du bastingage.
— Qu'est-ce que c'est ? Murmura-t-il dans le giron d'Edward.
— Je ne sais pas, mais assurément, rien de bon.
Les hurlements des matelots et des gardes qui s'étaient précipités pour voir ce qui provoquait ces attaques envahir presque immédiatement ses oreilles. Toujours serré contre son amant, il avisa l'arrivée d'Emmett et de Rosalie, et accueillit l'air entendu de cette dernière face à sa position d'un léger rougissement. Son regard se porta encore une fois vers les flots, fixant les remous sombres de la mer en contrebas, sans rien y déceler.
En lui, le soulagement laissait lentement place à une sourde inquiétude.
À suivre.
