Elysion, le royaume des vampires

Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.

Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !

Réponse aux reviews :

soln96 : Bonjour, et bienvenue sur cette fic ! J'espère que tu aimes et que continueras à me suivre. Bonne lecture à toi !

Guest : Merci pour ton com ! Et voici la suite ! XD

xKatsuu : Merci beaucoup de ta patience pour cette suite ! Je te laisse avec joie découvrir ce nouveau chapitre. Bisouxxx

Maeva Cerise : Salut ! Merci de m'avoir laissé un com ! Oui, ça m'a aussi fait de la peine de faire partirr le roi elfe, mais il n'avait pas d'autres fonctions que celle « d'instruire » Harry sur ce qu'il était devenu. Mais c'est vrai qu'il était assez rafraichissant comme personnage, et en plus, je me rends compte que ça apportait une certaine dynamique entre le couple E/H. mais bon, j'ai aussi prévue d'introduire un nouveau perso qui va justement faire bouger les choses et prendre une place importante dans l'histoire. Des résumés des derniers épisodes risque d'être un peu dur pour moi étant donné que j'écris les chapitres à la suite lorsque je suis prise d'une frénésie d'écriture » lol. Merci à toi de ta review et de me suivre ! Biz.

kimwii : Coucou ! Oui, me revoilà encore lol ! J'espère que tu aimeras cette suite ! Bonne lecture !

ptitcoeurfragile : Salut fidèle lectrice ! Et voici la suite ! Je te laisse en profiter ! Biz.

tsumy-malnewca : Salut ! Oh, c'est quand ton annif ? Ma vie est un peu plus stable ces temps-ci, et j'ai repris confiance (du poil de la bête) pour la suite de cette fic ! Ça devrait aller XD

Elodie Nina : Coucou ! Je suis aussi très heureuse de retrouver tes gentilles reviews. Bon, si tu pensais être dans le suspens dans le chapitre d'avant, celui-là va te secouer lol. Tu vas voir que je vais prendre mon temps pour mettre l'action, mais ça arrive ! Oui, je vais très bien, et je te remercie. J'ai repris confiance en moi, l'inspiration me revient, et l'envie aussi. Le truc c'est qu'a un moment j'ai aussi perdue tous les chapitres que j'avais durement réussit à écrire entre deux heures de pause au boulot, et là, ça m'a plombée… J'ai tenté de relire d'anciens chapitres pour me remotiver, et revoir ou j'en étais, mais rien ne venait et ne me paraissait bien comme le 1er jet, j'oubliais des trucs parce que je pensais à d'autres choses, et je crois que j'ai fait une overdose d'écriture lol. Ça existe tu crois ? Puis, j'ai été prise dans ma vie, et j'ai plus eu le temps d'écrire. Là, c'est la dernière ligne droite pour finir Elysion (il en reste que quelques chapitres), et j'attaque le tome 2. Promis, je ne te ferais pas faux bond, et je suis repartie pour de bon là ! Merci beaucoup de ton soutien ! Bisouxxx et bonne année à toi aussi !

Chapitre 40 : Le mythe du Drakan

La mer qui s'étalait devant Harry était agitée comme si elle était en colère. En harmonie avec le ciel ouvert et noir, l'odeur froide de l'eau et le vent qui glissaient avec violence sur son visage lui donnaient envie de rejoindre au plus vite tout rivage pour être épargné un peu de l'irritation de Mère Nature. Et observant ses mains bleuies, il retint avec peine un éternuement. Le temps, sombre et glacial, lui faisait d'autant plus penser au dur hiver qu'il subissait actuellement à Elysion, et cette mer agitée, ce vent froid et sinueux, renforçait cette impression que la mer allait le submerger et le glacer sur place. Il parvenait à peine à distinguer l'îlot de terre qui s'éloignait un peu plus loin à l'horizon.

L'agitation des marins autour de lui, qui s'agglutinait autour du bastingage dans le but d'apercevoir ce qui avait frappé leur embarcation, couvrait presque le bruit des remous furieux des vagues s'abattant sur la coque. Les doigts toujours fermement accrochés à la cape détrempée que portait Edward, il les observait s'affairer sans un bruit.

- Gabier, cria soudainement le Capitaine en s'avançant sur le pont, que vois-tu ?

Encore une fois, Harry vit le malheureux, tremblant en haut de son mât, scruter les horizons d'un air fébrile.

- Je… Hésita-t-il. Je ne vois rien, Capitaine.

À cette réponse, il y eut une autre vague d'agitation parmi les marins, tandis que les soldats, beaucoup plus calmes et réfléchis, observaient la mer avec leur main fermement agrippée au garde de leur épée. Puis soudainement, une autre petite secousse agita le navire ramenant ainsi un silence mortel à son bord. Accroché à son vampire de toutes ses forces, Harry arrêta même de respirer dans l'attente d'apercevoir ou de sentir une autre secousse. Autour de lui, tous semblaient en faire de même, et un silence presque religieux s'étendit à bord alors que tous guettaient une autre saccade avec crainte et attention. Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi dans l'attente d'une nouvelle attaque du navire, mais au bout de ce temps ou tout sembla figer, il fut évident que plus rien ne se produirait.

- Que s'est-il passé ? Exigea de savoir Emmett, en arrivant à leur hauteur.

- Nous avons dû heurter quelques petits récifs, Votre Altesse, lui répondit le Capitaine en se mettant à ses côtés. Cette mer en regorge, et avec ce manque de visibilité, il n'est pas facile de manœuvrer.

- Peut-être serait-il temps que vous trouviez un moyen de les éviter dans ce cas, siffla Edward, pince-sans-rire. Un trou dans la coque serait mal venu à cette heure.

- Toi, tu as vu Titanic, lui fit Harry, sans pouvoir s'en empêcher malgré la situation. Je te préviens, c'est moi qui fais Rose !

Au sourcil aristocratiquement levé qu'il reçut en réponse, il sut que sa référence culturelle à son monde avait une fois encore échappé à son amant. Il ricana un instant en pensant qu'il était peut-être bien une des rares personnes qu'il avait rencontrées pour qui le célèbre film était inconnu.

- Quartier Maitre ! S'empressa de héler le Capitaine en cherchant frénétiquement autour de lui. Où est le Quartier Maitre ?!

Dans le silence qui régnait toujours, sa voix explosa comme un marteau frappant le gong. Autour de lui, les conversations reprirent alors, plus frénétiques et hachées que jamais.

- C'est le monstre de Trafalgar, clama soudainement un marin haut et mince d'une voix nerveuse. Nous avons pénétré sur son territoire !

- Nous aurions du passé par le col de Donmar'H ! Reprit un autre, tout aussi affolé, avec un fort accent qui lui faisait rouler les « r ». Qui sais-je à perdre du temps !

- Ça suffit de vos vieilles superstitions d'ivrognes des tavernes, leur siffla le Capitaine en plissant les yeux de rage. Reprenez-vous, messieurs, rappelez-vous votre serment ! Nous sommes la marine de la famille royale, que diable !

Les marins semblèrent hésiter un instant entre avoir peur de ce qu'il se trouvait sous les eaux, ou de l'air furibond de leur capitaine. Et Harry, de son côté, dont la curiosité avait été piquée par l'échange, se mordit la langue pour s'empêcher de se renseigner un peu plus sur le fameux « monstre » qui régnait sur ces mers. Il allait céder à son envie lorsqu'une explosion de lumière au loin, à l'horizon, illumina pendant quelques secondes l'intégralité du navire.

Le bruit sourd, tel une voix profonde, grondante, qui accompagna l'éclair qui avait zébré le ciel noir se répondit tel une onde aux alentours. Le vent gonfla les voiles du navire avec force comme s'il voulait les déchirer alors qu'un autre éclair blanc les aveuglait.

- Et qu'est-ce que c'est ça ?! S'affola Harry, soudainement plus intéressé par l'horizon.

- Ça, fit Rosalie, arrivée avec son compagnon, c'est ce qui va nous tomber dessus. Une tempête.

Un autre éclair zébra le ciel comme pour affirmer les propos de la blonde.

- Quartier Maitre ! Rugit encore le Capitaine vers un homme accroché à un des mâts. À la barre ! Nous allons tenter d'éviter le plus possible la tempête qui gronde au loin. Et arrêter donc de vous agiter comme des bonnes femmes ! Maitre, que tous reprennent leur poste !

Comme s'il avait tapé dans une fourmilière, Harry vit tous les marins s'agiter pour reprendre leur poste sous les aboiements du Second. Tendant les cordes, gonflant les voiles, tout étaient pris dans leurs efforts pour dévier un minimum le navire de la trajectoire de la tempête, mais la peur des secousses restaient malgré tout dans leur esprit.

- Rentre à l'intérieur, lui souffla le prince. Je vais rester un moment avec Emmett pour m'assurer que tout se passe bien.

- Je peux rester avec toi !

- Non, j'aurais l'esprit plus tranquille si tu es à l'abri.

Il allait encore sermonner son amant sur son côté trop protecteur lorsque leurs regards s'accrochèrent. Il se sentit comme submergé par la douceur et la passion que lui fut transmit. Prenant une inspiration saccadée, il sut à cet instant que c'était ce qui lui avait manqué, ce qui lui avait fendu le cœur tout ce temps : l'affection sans limites du vampire. Celui-ci avait une manière bien particulière à lui de lui faire ressentir qu'il était la chose la plus fragile et la plus importante de son monde. Ce qui lui avait manqué, c'était ce regard parmi tant d'autres que son amant posait à présent sur lui. Engourdi par les doux sentiments qui l'envahissaient, il ne réagit pas lorsque Rosalie l'attrapa par le coude pour le mener vers l'intérieur du château. Il allait totalement se détourner lorsque le prince le retint par leurs doigts entrelacés.

- Moi aussi, fit-il.

- Toi aussi ? L'interrogea le brun.

- Moi aussi. Je suis désolé.

Un sourire fleurit sur ses lèvres sèches qu'il lécha par habitude pour les humidifier. Ravi de voir l'attention de son amant se fixer sur sa bouche avec envie à ce geste, son sourire s'amplifia.

- Tu veux bien répéter ? Dit-il. Taquin. Je n'ai pas bien entendu !

Levant les yeux au ciel, le vampire se détourna définitivement de lui tandis que Rosalie le traînait gentiment vers l'intérieur du bateau dans un rire contenu.

- Non parce que tu as tout de même beaucoup de choses à te faire pardonner, continua-t-il, tenace. Ce serait bien d'expliciter.

- Tu veux vraiment te lancer sur ce terrain, Harry, lui souffla la blonde. Vous allez encore vous énerver.

La regardant sérieusement dans les yeux, il finit par lâcher :

- Je vis pour l'énerver, Rosalie.

- C'est ça ! Rétorqua son amant dans leur dos, insouciant de se monter en spectacle de cette manière sur le pont.

Ce soir-là, en s'endormant confortablement emmitouflé sous sa couverture dans sa cabine, il passa pour la première fois depuis longtemps une nuit complète à dormir du sommeil du juste, sans stress et sans cauchemars.

Le lendemain, l'agitation qui avait régnait la veille sur le pont semblait s'être atténué, sans pour autant avoir été oublié. Même si une certaine fébrilité agitait parfois les marins qui chuchotaient alors vivement entre eux, le regard acéré de leur Capitaine qui faisait des rondes sur le pont les convainquait rapidement de reprendre leur occupation. En ce nouveau matin en mer, Harry, pour sa part, venait de laisser son amant et son frère revoir une énième fois leur stratégie de guerre à l'abri des regards dans leur cabine, les ayant déjà apporté le maximum de son aide et les laissait peaufiner leur plan d'action, et il s'interrogeait à présent pour savoir s'il allait rejoindre Rosalie qui s'entrainait dans les cales. s'entrainer dans les cales.

Finalement, il passa par le pont pour prendre une dernière bouffée d'oxygène avant de s'enfoncer dans les entrailles du navire. Malgré le temps toujours aussi orageux, la mer était de nouveau calme, et la pluie fine et glaciale qui s'abattait sur lui lui rafraichit les idées. Il savourera presque les restes du déchainement de la Nature tout en observant les dégâts laissés sur le pont par la tempête d'hier soir. Les cordes emmêlées et étalées de tous côtés, les lanternes écrasées au sol, et les tonneaux roulant en tous sens… Serein, il laissa son regard s'étaler vers les marins alentour et se surprit à les dévisager. Les rides de leur visage, marqué par le sel et le soleil, leur donnaient une attitude très expressive, sans pour autant que leurs traits semblent bouger. Un d'entre eux, qu'il avait reconnus comme étant le Quartier Maitre, et qui n'avait pas lâché la barre, avait une joue gonflée d'une énorme chique de pétun, qu'il se plaisait à mâcher tout en observant les flots, et Harry grimaça de le voir cracher derrière lui dans un chuintement obscène. Laissant son regard naviguer sur d'autres, il en aperçut qui préféraient fumer le pétun plutôt que de le mâcher dans de grandes pipes en bois clair. Tout d'un coup, une bourrasque de vent plus violente que les autres força leur corps mince, mais musculeux, à se précipiter vers les cordes des voiles. Tirant dessus de leurs mains calleuses et crevassées par l'hiver, certains grimacèrent quand les cordages gelés leur lacèrent les doigts.

Se penchant au-dessus du garde-corps du bateau, Harry regretta que le mauvais temps les empêchât d'ouvrir les sabords et écoutilles afin d'apporter un peu d'air et de lumière au pont, car même s'il profitait de sa sortie, il y faisait un peu trop sombre et humide. Prenant tout de même une bonne bouffée d'air, il continua d'observer les membres de l'équipage, qui ne manipulait pas les cordages pour naviguer, était occupée à réparer les équipements abîmés, et à nettoyer leurs armes. Du coin de l'œil, il vit le Maitre-coq, leur cuisinier, avec sa jambe de bois hélé un autre marin pour lui venir en aide pour leur repas du midi. Sachant que malgré les efforts de l'homme, la nourriture serait peu variée et vraiment pas appétissante, il retint à la dernière minute une grimace de dégout vers ce dernier qui s'était incliné vers lui après avoir perçu sa présence. Lui rendant son salut, il hésita que quelques secondes avant de finalement suivre les deux hommes qui s'enfonçait dans le navire. L'envie de s'entrainer l'ayant quitté.

Loin de se diriger vers les appartements royaux, ils bifurquèrent vers les quartiers réservés au personnel. Au bout d'un long couloir, il les vit enfin pousser la porte de ce qui semblait être les cuisines. Curieux, il observa tout d'abord par le hublot le cuisinier et son apprenti s'affairer devant de larges fourneaux où un feu ronflait surchauffait la pièce, alors qu'attabler à une table au fond à droite de la pièce quelques marins et soldats s'alcoolisaient joyeusement tout en jouant à un jeu de cartes. Rabattant la capuche de sa cape sur sa tête, et priant pour être discret, il pénétra en silence dans la cuisine, la pointe de ses pieds frôlant à peine le sol. Veillant à ne pas se faire voir par le Maitre coq et son apprenti, il les contourna en silence avant de s'avancer vers le fond de la cuisine, vers les marins et soldats qui s'y détendaient gaiement. Il sursauta silencieusement lorsque son pied heurta accidentellement une cage à poules, celle-ci caquetant furieusement pour son indélicatesse, et aperçut par la même occasion d'autres compartiments plus grands et pleins de foin retenant cette fois des petites chèvres tout aussi bruyantes, et même des porcs. Et sur une table en bois vieilli, du poisson frais éventré attendait d'être cuisiné. L'odeur qui régnait dans cette pièce, amplifier par la chaleur du fourneau, en était presque insoutenable, mais il finit rapidement par s'y habituer. S'approchant vers les tonneaux d'eau qui se trouvait à quelques pas de là, il s'apprêtait à s'en servir une cruche avant de se raviser. Il avait appris avec – mauvaise- surprise que l'eau potable se gâtant très vite, les marins s'arrangeaient donc pour la mélanger au rhum de manière à ce qu'elle tienne plus longtemps. Du coup, depuis qu'il était sur ce navire, il avait l'impression d'être tout le temps soûl.

- Mon frère en a été témoin, assura soudainement un marin d'une voix lugubre imbibé d'alcool, en se penchant vers la table comme pour installer une atmosphère angoissante, c'est comme ça qu'il a perdu son œil.

- Je croyais qu'il l'avait perdu lors d'un abordage par des pirates ? S'enquit un autre, lui coupant la parole.

Un éclat de rire secoua les hommes, et Harry se rapprocha un peu plus d'eux pour mieux entendre.

- Je sais ce que je dis, reprit fermement le soulard en fusillant ses compagnons du regard. Le monstre de Trafalgar. On dit qu'il fut jadis un homme, magnifique et charmeur de ces dames. Un vrai roublard qui un jour séduit la fille de la reine des Elémentaires dans le but de leur dérober leur trésor. Malheureusement pour le pauvre bougre, ils finirent par découvrir la supercherie avant qu'il ne puisse mettre son plan à exécution, et les Elémentaires se sont vengés en le bannissant à jamais sur cette mer afin qu'aucune autre femme ne soit victime de ses entourloupes.

Malgré son ton alcoolisé, son récit avait fini par captiver ses comparses. Et Harry aussi.

- Puisque tu t'es faufilé parmi nous tel un serpent, continua le plaisantin d'une voix aigüe, tu vivras comme tel ! À jamais prisonnier dans le corps d'un monstre, et puisque l'or est tout ce qui t'importe, tu erreras dans les flots de la mer Trafalgar en convoitant le trésor des marins imprudents qui oseront y naviguer… Ce furent leurs mots ! Je vous le jure !

- Oui, se moqua un autre, et tu étais là pour le vérifier ?

Un autre éclat de rire explosa.

- Quoi qu'il en soit, reprit le marin, bien qu'un peu vexé, nous n'aurions jamais dû naviguer sur ces eaux. Les coups d'hier soir étaient un avertissement ! Rebroussez chemin, disait-il !

- Et comment expliques-tu que personne n'a jamais vu ce monstre, demanda un soldat, quelque peu intrigué. Son existence n'a jamais été reconnue.

- Mon frère l'a vu ! Personne n'a jamais survécu à son attaque pour le raconter, c'est pour ça que le monstre est inconnu. Mais il existe ! Mon frère en ait le seul survivant !

- Bien sûr, nargua un de ses confrères marins. Ce ne sont que de vieux contes d'ivrogne !

- Non, je sais que le Drakan existe !

- Moi, je te crois, dit un autre avec ferveur.

- Le Drakan ? Intervint Harry sans pouvoir s'en empêcher en surgissant à leur vu.

Il y eut un moment de flottement. Un silence pendant lequel le Maitre coq arrêta de s'acharner sur ses fourneaux, ou son apprenti fit tomber sa louche, ou un marin qui se versait un verre d'alcool sursauta et en aspergea la table, tandis que d'autres s'étaient retournés avec violence pour le fixer sans un mot. Puis, comme sur un signal, tous reprirent vie et se pressèrent de s'agenouiller devant lui.

- Sorah, fit un soldat avec révérence et alcool dans la voix, permettez-moi de parler. S'il vous plait, pardonnez-nous de nous présenter ainsi devant vous.

Harry ressenti un pincement au cœur lorsque le soldat qui lui avait adressé la parole le rappela Loan, le chef de sa garde personnelle qu'il avait ordonné de rester à Elysion ainsi que tous ses hommes. Partant pour la guerre, il leur avait laissé le soin de protéger la famille royale en son absence. De plus, bien que parfois rassurante, leur présence constante lui était difficile à supporter. Il en avait assez d'un seul vampire pour le traiter comme un cristal fragile.

- C'est moi qui ai fait éruption, se reprit Harry, j'étais curieux de votre discussion.

Au lieu de détendre l'atmosphère, il eut l'impression de l'avoir empiré. Manifestement, il n'aurait pas plus d'informations sur cette histoire de Drakan. Les marins qui tremblaient devant lui ne semblaient en effet pas vraiment disposer à reprendre leurs fariboles sur les mers Trafalgar aussi facilement. Ne sachant que faire, son regard tomba sur le jeu de cartes étalé sur la table.

- À quoi jouez-vous, demanda-t-il. Je peux y participer ?

Il n'obtient aucune réponse. Puis, se rappelant le protocole qui leur interdisait de s'adresser directement à lui sans permission, il retint un souffle exaspérer.

- Vous pouvez parler, fit-il, gêné. Et relevez-vous ! Et je vous en prie, reprenez vos tâches sans vous préoccuper de moi, fit-il au cuisinier.

Après une petite hésitation, il vit les hommes se relever autour de lui. Le Maitre coq hésita un instant avant de faire signe à son cadet de reprendre sa tâche aux fourneaux. Les soldats se levèrent, le dos bien raide, solennel, tandis que les marins les imitèrent après une brève hésitation.

- Puis-je me joindre à vous ? Demanda-t-il de nouveau en faisant un signe de tête vers les cartes.

Les hommes se lancèrent des regards indécis sans répondre. Il était vrai que cela devait leur paraitre assez incongru qu'une Sorah veuille rester jouer aux cartes avec eux. Bien qu'il ignore encore l'étendue de son pouvoir, de ses fonctions, et de son statut, il devait admettre que même lorsqu'il n'était que le survivant, il n'avait jamais été homme à aimer se montrer dédaigneux et fier comme les Malfoy. Non, il était plutôt celui qui se liait d'amitié avec les elfes de maison. Le souvenir de Dobby l'atteint en plein cœur, comme à chaque souvenir du monde sorcier qui lui revenait – de moins en moins souvent – en mémoire. Prenant sa grimace pour de la désapprobation face à leur non-réponse, un soldat s'empressa de lui répondre :

- Bien sûr, votre Grâce. Veuillez prendre place.

Mimant un sourire, il s'assit sur la chaise qui lui était proposée, et attendit que les autres en face de même avant de s'enquérir des règles de leur jeu de cartes. Si au début, la gêne, mêlée à une certaine peur, les poussa à parler du bout des lèvres, les minutes passantes, et son attitude ouverte aidant, ils finirent à lui expliquer le jeu avec enthousiasme. Certains se battant, coupant la parole à d'autres, pour avoir le privilège de parler à la Sorah.

- Je croyais que le Capitaine vous interdisait de parier de l'argent, s'interrogea Harry après un moment.

- Oh, nous ne parions pas d'argent, dit un marin, nous parions nos corvées.

- Ou nos tours de garde, rajouta un soldat en riant.

Qu'allait-il bien pouvoir parier pour sa part ? Alors qu'il réorganisait ses cartes pour préparer son prochain mouvement, ce jeu ressemblant un peu à la bataille explosive, Harry vit un soldat lui tendre un verre avec diligence.

- Pour vous réchauffer, lui dit celui-ci.

Examinent le verre en étain qu'on lui tendait, il s'en saisit, renifla le liquide, avant d'écarquiller les yeux. Il venait de reconnaitre l'odeur caractéristique du Grumeau. Avisant un marin porter son verre à ses lèvres pour en prendre une large lampée, il comprenait maintenant un peu mieux leur état d'ébriété avancée. Mais ne voulant pas vexé ses nouveaux camarades, il porta son verre à ses lèvres, et y trempa rapidement ses lèvres, laissant l'alcool lui bruler la gorge et l'estomac. Après un moment, il en reprit une autre gorgée, et pensa que malgré l'agressivité du breuvage, celui-ci était assez réconfortant face au temps violent et à l'hiver glacial du dehors. Il venait de remportait la mise, lorsqu'il entendit la porte des cuisines claquer dans son dos, laissant une prise d'air frais s'y engouffrer, avant qu'un petit silence ne s'installe de nouveau.

Tournant lentement la tête vers l'entrée, il dut avouer de ne pas être très surpris d'y apercevoir son amant. Celui-ci parcourut la pièce des yeux, avant que son regard ne se fixe sur sa personne, puis, d'un pas assuré par l'habitude s'avança vers lui. Déjà, les hommes se relevaient à la hâte pour s'incliner profondément.

- Edward, fit-il avec un sourire innocent, tu veux boire un peu de mon verre ? C'est délicieux.

Loin de refuser, le vampire l'observa un moment, avant qu'un sourire n'effleure brièvement le coin de sa bouche alors qu'il se saisissait du verre tendu. Harry retint violemment un frisson au contact de leurs deux peaux nues entrant brièvement en contact, et observa son amant renifler son verre, puis le regarder, regarder le verre, lui encore, avant d'en prendre une gorgée.

- Sorah, fit-il ensuite en lui tendant son bras, et en posant le verre sur la table.

Sachant que la fête était finie, et déçu de ne pas voir le vampire esquisser une grimace sous la douleur de l'alcool, Harry se résolut à se relever. Il s'accrocha plus qu'il ne saisit le bras qui lui était tendu tant la pièce tangua un instant autour de lui. Après un dernier salut vers ses compagnons de beuverie, raides comme des piquets depuis l'arrivée du prince, il suivit celui-ci qui se pressait vers la sortie.

- Je peux savoir ce que tu faisais ? Lui murmura Edward d'un ton quelque peu amusé par ses difficultés à aligner deux pas à cause de l'alcool.

- Euh… Je… Menais une enquête !

Ils firent un dernier salut au Maitre coq et son apprenti qui leur apprirent avec une certaine timidité face à leur tandem que le déjeuner serait bientôt dressé dans la salle à manger.

- Sur quoi je te pris ? Reprit le prince, sans vouloir lâcher prise

Sur le monstre de Trafalgar ! Voulut lui répondre Harry. Puis, sentant qu'il ne ferait que donner plus de raisons à son amant de se moquer de lui, il préféra biaiser.

- Tu n'aimerais pas savoir, fit sa petite voix.

- Je t'assure que si.

- Bien, alors disons que je n'aimerai pas te le dire !

Il eut droit à un autre haussement de sourcil à ces mots alors qu'ils allaient quitter définitivement les cuisines après un dernier salut pour les occupants. Son amant s'apprêtait à répliquer, jamais lasser de se disputer avec lui, lorsqu'une violente secousse du navire les désarçonna. Les grosses cocottes qui étaient rangées en haut des placards en bois qui s'ouvrit en force près d'eux s'étalèrent à leur pied, et le Maitre coq se pressa d'éteindre le feu de ses fourneaux pour éviter tout autre incident.

Immédiatement, ils entendirent l'agitation reprendre sur le navire, et Harry se força à reprendre contenance alors qu'il suivait le vampire qui le trainait sur le pont avant du navire. Là, les marins semblaient être pris de frénésie et courraient dans tous les sens en hurlant. Le Capitaine, campé au milieu du pont, lançait des ordres à tout va, sans pour autant être véritablement écouté. Son second, tout aussi perturbé, fixait les flots avec une frayeur parfaitement lisible sur ses traits.

Du coin de l'œil, Harry vit Emmett et Rosalie qui avait surgi sur le pont regarder autour d'eux avec inquiétude et irritation avant de les rejoindre.

- Encore des récifs ? Fit la grosse voix d'Emmett.

- Ça m'étonnerait, rétorqua sa femme.

- Les hommes ont vu quelque chose, fit Edward fronçant les sourcils, signe qu'il lisait dans les esprits chaotiques de ceux qui l'entouraient. Quelque chose nous a heurtés. Quelque chose d'énorme.

Harry reporta son attention sur les eaux de nouveaux déchainés comme s'ils allaient lui apporter une réponse. Les houles furieuses des vagues s'abattaient avec force contre la coque du navire, et faisaient celui-ci tangué de manière incontrôlable au gré des flots. Dans son dos, les voiles claquèrent et le firent sursauter malgré lui.

- Gabier, hurla le Capitaine, que vois-tu ?

Il n'obtint pas de réponse tout de suite et en profita pour se précipiter vers le gouvernail, repoussant le Quartier Maitre qui s'y trouvait, pour reprendre les commandes.

- C'est incroyable, mon Capitaine, parvint enfin une voix du haut des mâts, c'est… C'est un monstre !

L'affolement des hommes sembla alors ne plus avoir de fin. Leur crainte les empêchant même d'exécuter correctement leur manœuvre, pour ceux qui gardaient assez de sang froid pour le faire, tandis que d'autres s'éloignaient avec hâte des bords du navire. Les soldats, pour leur part, s'étaient rapprochés d'eux dans l'espoir de les protéger, sans savoir réellement d'où venait la menace. Le pont sembla soudainement trop étroit avec presque tout son équipage y étant présent, et beaucoup se bousculèrent dans l'affolement général.

- C'est quoi cette histoire de monstre ? Rugit Emmett par-dessus le bruit des flots enragé.

- Ne vous en préoccupez pas, Votre Altesse, lui cria le Capitaine de son gouvernail. Tendez-moi ces voiles ! Rugit-il vers ses hommes.

Le chaos était presque total. Il avait fallu de peu pour que l'organisation sur le navire ne vole en éclats.

- Il va tous nous dévorer, fit un marin qu'Harry reconnut comme celui qui avait conté l'histoire du Drakan. Il va nous couler par le fond !

Soudainement, il aperçut du bord droit des flots une ondulation sombre juste avant qu'un autre choc ne frappe le bateau. Sans y réfléchir, l'alcool aidant, il laissa son amant, Emmett et Rosalie se disputer avec le Capitaine pour faire revenir l'ordre, pour s'approcher du garde-corps pour mieux observer les eaux. Tout d'abord, il n'aperçut rien que le remous furieux des vagues avant que son œil ne capte un léger mouvement sur sa gauche.

Long d'environ trente mètres, nageant en ligne droite le long du navire, suivant ses changements de direction et ses à-coups, se définissait une forme sombre et longiligne. N'en croyant pas ses yeux, il retint un cri de surprise, et se pencha un peu plus pour mieux observer les flots.

Le temps était plutôt pluvieux et couvert, mais assez clair pour pouvoir distinguer nettement l'animal, tant il était proche du navire. À la faveur d'une remontée à la surface de la créature, il vit que celle-ci semblait avoir une grosse tête semblable à celle d'un serpent, émergeant juste au-dessus des vagues au bout d'un cou d'une quarantaine de centimètres d'épaisseur, et son long dos serpentin apparaissant par intermittence à la surface des flots . L'animal était entièrement brun foncé, à l'exception de la gorge, qu'Harry aperçut lorsqu'il fit une roulade dans l'eau pour passer sous le navire, d'un blanc jaunâtre. Chose étrange, il ne battait pas de la queue, n'ondulait pas comme le faisaient les serpents et les anguilles, mais semblait glisser dans l'eau sans effort. L'espèce de crinière, de poils ou d'algues, qui couvrait son dos masquait sans doute des organes natatoires. Fasciné, il vit enfin des centaines de petites pièces et de pierres précieuses que le temps avaient fait s'incruster entre les écailles de la bête scintiller dans l'eau. Elles faisaient désormais partie intégrante de sa peau ; et le seul moyen de les extraire était l'incision.

Sans prendre garde, pris dans sa contemplation morbide, il se laissa surprendre lorsque la bête frappa une fois de plus le navire.

Il aurait se maintenir en saisissant avec force le bastingage, malgré la violence de la secousse, il aurait pu éviter de passer par-dessus bord, si seulement un des hommes affolés présents sur le pont ne l'avait pas violemment bousculé dans le dos. Il sentit alors comme dans un état second sa tête, suivit de son buste, puis les jambes, et tout son corps, basculer vers l'avant et, la force de gravité aidant, s'élancer vers les flots furieux en contre bas.

Tout ce qu'il entendit avant d'être englouti par les eaux sombres de Trafalgar fut le hurlement de son nom.

A suivre.