Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Réponse aux reviews :
Blue moon 999 : Coucou ! Tout d'abord merci pour ta review et tes gentils compliments. Je suis ravie que tu aimes mon Harry (un peu têtue et fou lol), et mon Edward (seul et dominateur… miam !). J'espère que cette suite, au cœur de la guerre avec les Arkans, te plaira aussi -) Bonne lecture à toi !
Guest : Merci pour ta review. Je vais tenter de monter en intensité pour te faire plaisir avec ce nouveau chapitre alors -) Et merci à toi de me suivre. Bonne lecture !
Pandichoux899 : Pas de panique, voici la suite. Bonne lecture -)
annadriya : Coucou, ça faisait longtemps Je suis ravie que tu aimes cette suite. Et j'espère que ce nouveau chapitre aussi te plaira !
Élodie Nina : Salut ! Eh oui, je fais encore ma sadique avec Harry. Ça fait trop longtemps… XD Enfin bon, je suis allée loin dans ce chapitre-là… Brrr… Tu me diras ce que tu en penses -) Bisouxxx PS : Merci beaucoup pour ton gentil mot. Je me remets doucement et surement. Et, vu que je ne peux plus courir à gauche à droite, je prends enfin le temps d'écrire, et ça fait du bien.
Chapitre 46 : L'attaque venue du ciel
Il avait l'impression d'être dans un rêve. Ou dans un affreux cauchemar. Au choix.
Il éprouvait une sensation de rigidité sur un côté de son corps, mais, de façon surprenante, Harry ne souffrait pas plus. Alors qu'il se trouvait là, allongé au sol, bloqué sous un cheval mort, à tenter d'appeler et de contrôler sa magie, il se sentait comme anesthésié. Même la froideur glaciale de la pluie qui avait repris de la vigueur et tombait maintenant sans discontinuité sur le champ de bataille ne lui causait pas plus de mal. Il cligna des paupières pour se débarrasser de gouttelettes d'eau, tandis que les dernières scènes de la bataille – comme la vision du soldat dont la tête avait été broyée vivant par son propre cheval – défilaient dans son esprit. Secouant la tête pour chasser ces pensées, il se concentra sur les six canons meurtriers qu'il devait détruire et tira sur le fin fil de sa magie. Il la sentait répondre lentement à son appel, réticente et affaibli, et son souffle lui manqua lorsqu'il la sentit se débloquer soudainement, alors qu'un point lui resserrait le cœur de douleur. Comme si elle prenait sa puissance de sa force vitale même. Il en tressaillit de peine et gémit. Haletant, la main toujours tendue vers son objectif, il ignora les avertissements de son corps et se préparait à refaire appel aux racines, et à la terre pour détruire les canons lorsqu'il se sentit tourné de l'œil. Dans un gémissement plaintif, à l'idée d'être ainsi à découvert et sans connaissance sur un champ de guerre, il combattit vaillamment mais perdit malheureusement sa bataille contre l'obscurité qui le menaçait.
Ses pensées dérivèrent lentement loin du champ de bataille… Déjà, son esprit avait rejoint un endroit connu de lui seul.
Clignant des yeux, il remarqua tout d'abord qu'il était toujours lourdement plaqué au sol lorsqu'il « s'éveilla » dans son rêve inconscient. L'obscurité l'enveloppait, et tout ce qu'il pouvait distinguer était les formes de son corps qui semblait rayonner. Soudainement, une lumière plus vive se fit sur sa gauche, et il plissa les yeux jusqu'à enfin apercevoir une silhouette féminine s'avancer lentement vers lui. Entièrement vêtue de blanc, le visage baissé et voilé, la Sorah se rapprocha de lui d'une démarche sûre et indolente.
- Cours-tu après la mort ? Fit-elle. Il existe des moyens beaucoup moins douloureux pour la trouver.
- De quoi parlez-vous ?
Elle sembla marquer une pause toute dramatique avant de répondre.
- Ta magie est loin de pouvoir répondre à toutes ces folies que tu te permets, siffla-t-elle, venimeuse. Je croyais la question réglée.
- Je n'ai pas le choix !
- Tu n'en cherches pas d'autres.
- Il n'y a qu'un seul moyen pour gagner cette guerre.
- Je ne te crois pas !
Fermant les yeux, il compta jusqu'à dix avant de tenter de continuer la discussion avec son ancêtre toute puissante.
- Je dois détruire ces canons au plus vite. Vous n'imaginez pas les dégâts qu'ils sont en train de commettre.
- Sache que c'est mon dernier avertissement : cesse tes folies avec ta magie instable ! Ces canons devraient être le cadet de tes soucis, Harry.
Il fronça cette fois-ci les sourcils. Intrigué et irrité.
- De quoi parlez-vous ? Fit-il.
- Du sang. Trop de sang coule… Le sang ne doit plus être versé à Elysion… Je peux déjà les sentir se réveiller…
Détournant la tête, il fronça un peu plus les sourcils. Ces mots lui disaient quelque chose. La Sorah lui avait déjà fait une réflexion du même genre tout aussi énigmatique. Le suppliant d'arrêter les guerres, d'arrêter le sang d'être verser sur les saintes terres d'Elysion.
- Pourquoi ? Demanda-t-il, confus.
Il sursauta violemment lorsqu'en levant les yeux vers son ancêtre, il retrouva celle-ci à genoux devant lui, une main tendue dans sa direction.
- Il n'est pas encore l'heure d'en parler. Fit-elle.
- Qui décide de ça ?!
- Je suis celle qui décide !
Pinçant les lèvres, reniflant dédaigneusement, il accepta tout de même après un long silence la main qui lui était tendue, et dès lors que leur peau se frôla, il sentit comme une décharge d'énergie lui remonter le long du bras jusqu'à son cœur.
- Voilà qui devrait te donner un coup de pouce… Sourit-elle sous son voile.
Il cligna des yeux sous la sensation inédite qu'il ressentait. Ouvrant plusieurs fois la bouche sans rien savoir répondre. Et déjà, alors que sa fine silhouette s'effaçait, et qu'il se faisait éjecter loin de ce rêve éveillé, il se sentit reprendre lentement conscience de la froideur et de la rigidité de son corps toujours allongée sur le champ de bataille.
- Sorah ! Lui parvint un appel.
Ce n'était pas lui qui venait de parler. Il entendit encore deux fois son nom être crier avant d'émerger. Ouvrant en grand les yeux, d'un coup, Harry prit une grande inspiration comme s'il avait été en apnée tout ce temps sans s'en être rendu compte. Il râla de douleur, et se figea lorsqu'une ombre surgit au-dessus de lui. Sursautant, il se détourna totalement des canons pour voir un vampire saisir avec force les pattes du cheval mort tombé sur lui, et d'un violent mouvement circulaire, le balancer au-dessus des têtes des combattants pour aller s'écraser sur un groupe d'Arkans plus loin. Il cligna bêtement des yeux, et prit une longue inspiration en se sentant enfin libérer du poids de l'animal mort, avant de lever les yeux vers son sauveur. Sa faible magie tourna autour de lui alors qu'il le contemplait les yeux ronds.
- Sorah, dit le Général en chef Allucard en tendant une main vers lui. Laissez-moi vous aider, Sorah.
Grimaçant en sentant enfin les courbatures et bleues de son corps, il accepta la main qui lui était tendue et se redressa lentement. D'un coup d'œil, il vit que sa chute l'avait éloigné du cœur du champ de bataille sans pour autant le mettre à l'abri. Il était légèrement en retrait, à droite du plus gros des combats, et de l'autre côté, il pouvait apercevoir les drapeaux de son bataillon. Il ressentit une douleur au bas du dos qui le fit tressaillir, et il resta debout, sans bouger un moment, le torse penché vers l'avant, puis prit de lentes inspirations salvatrices. Son sauveur se détourna rapidement de lui, et il le vit – l'épée en main – pourfendre d'un geste sec le crâne d'un Arkan qui s'était trop approché. Sa magie s'étant lentement évaporée dans l'air maintenant qu'il avait abandonné l'idée de l'utiliser, et il arracha d'une main tremblante son heaume de combat qui était miraculeusement resté sur sa tête malgré sa chute magistrale. Il leva par la suite sa main droite à hauteur de son visage et vit avec une certaine fascination une plaie sanguinolente cicatriser plus lentement que d'habitude grâce à sa magie. Finalement, c'était une bonne chose qu'il ne s'était pas lui-même mis hors-jeu en détruisant les canons. Car de cette manière, il allait pouvoir combattre l'arrivée du nouveau groupe d'Arkans qu'il voyait dévaler avec un peu trop d'enthousiasme la plaine.
Et alors que le Général en chef Allucard continuait à le protéger en éliminant tous ceux qui osaient s'approcher d'eux, il regarda la scène apocalyptique qu'offrait à ses yeux le champ de bataille. Sans arme, il était trop vulnérable, il devait impérativement remédier à cet état des faits. Occultant les chairs à vif, les rivières de sang, et les pleurs d'agonie, son regard tomba enfin sur un arc et des flèches. Là, à quelques pas de sa position, était tombé mort un Arkan – un bras en moins, et le bas du corps arraché - qui tenait encore précieusement entre ses mains crochues les armes dont il avait avoir besoin pour se défendre.
- Suivez-moi ! Ordonna-t-il à Allucard qui le protégeait toujours avec ardeur. Je dois récupérer cet arc.
- Nous devons rejoindre la famille royale, Sorah.
Ils furent coupés par le grondement croissant d'une charge de cavalerie et le tumulte de plusieurs clairons venant des troupes ennemies qui s'avançait vers le centre du champ de bataille. Un guerrier vampire, encore en selle sur son cheval, passa à quelques pas d'eux au galop sans les voir, se tourna vers ses camarades les plus proches, et ouvrit la bouche pour distribuer ses ordres… et mourut sur le coup, la nuque transpercée par la flèche d'un Arkan. Partout, des soldats vampires affolés se jetaient sur leurs armes pour plonger dans la mêlée, ajoutant au vacarme leurs propres cris de guerre et l'appel grinçant de leurs cornes de bataille.
- Et nous ne serons pas trop de deux à ouvrir la voie. Ordonna-t-il en avisant le carnage. Alors, suivez-moi !
N'attendant pas de voir s'il était effectivement suivi, il se dirigea vers le cadavre de l'Arkan en évitant habilement les flèches, lances et coup d'épée lancé vers lui. Son pied glissa sur une flaque de boue, et il se rattrapa tant bien que mal pour éviter un autre coup d'épée sur le côté, et il remercia silencieusement le Général en chef dans son dos qui venait d'abattre son ennemi d'un coup fort et précis. Rampant, il finit enfin devant l'Arkan mort et se saisit de l'arc qui était fermement serré entre les doigts crispés de la bête. Il tira d'un coup sec, et poussa un cri d'effroi lorsque l'Arkan qu'il pensait mort ouvrit brusquement les yeux et se mit à lui grogner dessus. Il dut se reculer brusquement lorsque la bête d'un violent redressement du buste vers l'avant tenta de lui arracha la carotide de ses dents. Tirant comme un malade sur l'arc pour le lui enlever, il sentit la prise ennemie se renforcer dessus pour le tirer vers la paire de crocs mortels qui voulait l'égorger. Dans son dos, il pouvait entendre Allucard le défendre avec la force du désespoir face à la vague d'ennemi qui approchait. Dans ce capharnaüm, certains vampires en armure autrefois étincelante s'étaient rapprochés d'eux, et les avisant, défendaient bec et ongles leur position. D'un geste, se désintéressant des alentours, il se saisit de la petite dague en argent qu'il gardait à sa ceinture, puis, mâchoires serrées, l'a plongea dans le flanc du monstre. Elle entra lentement, comme s'il l'avait plantée dans de la glaise.
Un cri de porc égorgé s'éleva dans la plaine, dominant un instant les grondements du tonnerre. Avec un gargouillis écœurant, il vit la bête lâcher enfin l'arc pour- malheureusement - le saisir à la gorge, et serrer. Il lâcha à son tour sa prise sur l'arc, et là, ce fut à deux mains qu'il poignarda de nouveau l'Arkan à l'abdomen. Le souffle court, il dut bien admettre qu'en dehors d'être profondément dégoutant, ils étaient aussi très résistants lorsque ce nouveau coup de poignard le fit à peine frémir. Surtout lorsque la prise sur son cou se rétrécit un peu plus. L'animal lui hurla au visage, son haleine fétide et ses crocs abîmés bien en vue, tandis que ses yeux porcins plissés le regardait vicieusement. Toussant, il se concentra, arracha une nouvelle fois la lame, et l'enfonça avec rage dans son œil. L'Arkan eut un sursaut, et sans se contrôler, sa main s'éleva de nouveau pour s'abattre encore sur le visage ennemi. Il alla abattre une nouvelle fois encore sa lame, prit dans sa frénésie, en ignorant la pluie qui s'était mêlée aux ruisseaux de sang, et qui baignait tout son corps et ses mains devenues noires de sang. La lame profondément enfoncée dans le crâne de la bête qui ne bougeait désormais plus du tout, il reprit son souffle en l'enlevant lentement, les bras endoloris à force de la manier.
- Sorah ! Lui cria Allucard. Il faut partir.
Il sentait trembler dans sa voix l'effort du combat. Et se saisissant de l'arc tant convoité, il la sentit vibrée lorsqu'il encocha rapidement une flèche qui alla se ficher dans la cuisse d'un énième ennemi qui s'apprêtait à le charger sur le côté, le saisissant sur place. Après un bref examen, il vit ce dernier empoigner la flèche, briser son empennage, puis se penché en arrière pour l'arracha d'un geste sec de sa cuisse. Jurant, il encocha une nouvelle flèche qu'il relâcha sans attendre sur l'Arkan en visant cette fois la tête. Enfin, il le vit s'effondrer et mourir. Et il put reprendre son souffle.
Se redressant, le carquois de flèche pendant à son épaule, il observa le champ de bataille d'un tour circulaire sur lui-même, et se figea en voyant au loin une petite forêt d'arc pointée dans leur direction. Il se baissa vivement sur le sol boueux et poisseux de sang, et donna un coup de pied à Allucard, resté hébété.
- Protégez-vous ! Lui hurla-t-il. Ils se moquent de tuer les leurs en nous abattant.
Puis, roulant sur le côté, dispersant une partie du contenu de son carquois dans la boue, il saisit un bouclier au hasard tombé plus loin et se protégea. Du coin de l'œil, il vit le Général en chef faire de même et se protéger à son tour d'un bouclier. La pluie de flèche résonna contre sa protection, et passa au-dessus de leurs têtes. Au final, cette attaque tua de nombreux ennemis qui se rapprochaient encore d'eux. Et malheureusement, les quelques soldats vampiriques qui se trouvaient aussi avec eux, moins rapides à saisir un bouclier, périrent sans avoir eu le temps de se protéger.
- Reculez ! Cria Harry en direction d'Allucard. Il faut reculer vers nos hommes.
Un signe positif de tête lui répondit, et, tout en continuant à se protéger, il recula lentement vers l'arrière pour rejoindre son camp.
- Nous allons tenter de les rejoindre en contournant par la gauche, lui indiqua le Général en chef en criant pour se faire entendre. Il semble y avoir moins d'attaquants.
- Je vous suis !
Se dégageant parfois de derrière son bouclier pour abattre les Arkans qui avaient survécu, il se couvrit de nouveau rapidement pour éviter la nouvelle volée de flèches qui siffla au-dessus de leurs têtes, et quelques-unes allèrent se planter dans le sol mou plus loin. Malheureusement, leur retraite était trop lente et laborieuse sous toute les attaques qu'ils subissaient. Reculant toujours en se protégeant, il banda une nouvelle flèche, inspira profondément pour se calmer, appela une dernière fois sa magie, et visa le petit groupe d'archers qui les avait pris pour cible. Surpris, il sentit un élan de magie le répondre presque immédiatement, et, comprenant enfin ses derniers mots, remercia mentalement l'ancienne Sorah pour cette aide providentielle. La pointe de sa flèche rayonna, comme enflammer, de sa faible magie, et il la relâcha sur leur ennemi, causant une petite explosion qui fit trembler le sol. C'était bien loin de ce qu'il avait pu faire autrefois à son plein potentiel, mais cela serait suffisant.
Essoufflé par cette simple attaque magique, il tituba. Il y était parvenu, mais n'aurait pu aller plus loin. Alors, il réalisa qu'il n'aurait jamais pu détruire les six canons ennemis au vu de son état après cette petite dépense de magie. Épuisé, trempé, et glacé, il avait atteint ses limites. Lentement, il profita de cette distraction pour reculer un peu plus vers son camp. Allucard toujours sur ses talons, et le protégeant.
Trop rapidement, les archers Arkans semblèrent se reprendre, et la vibration des arcs et des flèches grêlèrent de nouveau autour de lui. L'une d'elles, bien mieux ajustée que les autres, le frôla à la cuisse avant de se planter dans la terre, lui infligeant une piqûre cuisante. Il serra les dents, chassa la douleur de ses pensées, et recula un peu plus. Au-dessus de sa tête, un éclair vint zébrer le ciel, accompagnant sa lente progression.
- Écartez-vous, Sorah ! Cria soudainement Allucard en se précipitant vers lui.
Abaissant son bouclier, il écarquilla les yeux lorsqu'il vit un des canons meurtriers qui bombardait encore le champ de bataille tourner lentement sur lui-même jusqu'à viser leur position. Figé sur place, il vit comme au ralenti l'arme être chargée par des Arkans surexcités, avant que le large corps du Général en chef ne vienne se poster devant lui pour le protéger. Alors qu'il entendait la détonation, il sursauta, et attendit le cœur battant la douleur qui ne saurait tarder. Ce ne fut que lorsqu'Allucard se dégagea de devant lui pour se poster à ses côtés, qu'il ouvrit de grands yeux sur la scène qui s'offrait à lui.
Aranwë se cambrait majestueusement en avant, sa magnifique robe noir étincellement étrangement sur ce champ de ruine, et hennissait – sans peur – vers l'ennemi. Son maitre quant à lui s'accrochait fermement à sa bride, ses cheveux tressés s'envolant en tous sens, et une de ses mains étaient tendue vers le canon. D'un geste élégant, Harry vit monter une vague de puissance émané de lui, soulevant la terre à leur pied, et raser le sol boueux de la plaine pour s'abattre violemment contre l'arme meurtrière. Celle-ci se renversa en arrière, roulant sur les Arkans postés trop près, et se brisa dans un bruit assourdissant.
Immobile, il resta là, pantelant, alors que son amant faisait des ravages auprès des ennemis avec son pouvoir. Provoquant des vagues et des vagues d'énergie, mêlées de terre et de pierres, qui balayèrent une partie de leurs ennemis postés là. Puis, il sursauta lorsqu'il se tourna brusquement pour lui faire face, avant d'éperonner Aranwë pour se diriger rapidement vers lui. Soufflé par son arrivée providentielle, il l'observa se rapprocher au gallot, saisit la main qui lui fut tendue, et se trouva propulsé à l'arrière du cheval qui ne ralentit à aucun moment sa course. Son cœur battait tellement fort contre le dos de son amant, qu'il encerclait contre lui sans vergogne, qu'il ne douta pas un instant que ce dernier devait l'entendre.
- Attends, on a oublié le Général Allucard ! Réalisa-t-il, catastrophé. Il m'a sauvé la vie !
- Ne t'inquiète pas. Il est réputé pour être le plus agile de nous tous.
Tournant la tête, il vit qu'effectivement une tache claire, une forme humanoïde, qui s'élançait à une vitesse effrayante vers le restant de leur armée. Il avait déjà pu admirer la force, et la rapidité des vampires. Son amant en était un bon exemple. Pourtant, alors qu'il observait la forme qui semblait comme survoler le champ de bataille en coupant des gorges avec une rapidité hallucinante, il réalisa que ce dernier était d'un tout autre niveau. D'ailleurs, s'il se concentrait bien, il pouvait presque voir qu'il ne courait pas vraiment, mais qu'il disparaissait en faisant des bonds pour réapparaitre plus loin. Un peu comme s'il transplanait à répétition.
C'était certainement son don. Voilà pourquoi il avait été le premier à le retrouver, et comment il avait pu le protéger jusque-là. S'il usait de cette vitesse fulgurante pour se battre, il devait vraiment être redoutable.
Rapidement, il vit qu'ils avançaient parmi les combattants, Aranwë fonçant sans peur dans le tas, et Edward pourfendant de son épée les têtes des Arkans, tout en déviant toutes les attaques de canons d'un revers de main. Le cheval se cambra une nouvelle fois, et il s'accrocha – plantant même ses ongles – contre le torse du prince pour s'empêcher de basculer. Lorsqu'enfin ils reprirent une position stable, Harry saisit son arc, qu'il avait gardé précieusement pendant tout ce temps, et l'arma d'une flèche. Abattant rapidement tous les Arkans qui échappaient à la vigilance de son prince – qui lui continuait de détruire un à un les canons se trouvant à portée de son pouvoir - ils firent à eux deux un véritable carnage.
La pluie, elle, continuait à les laver de ses eaux.
Il encochait une nouvelle flèche lorsque du coin de l'œil il repéra enfin Emmett. Ce dernier, une énorme masse en étain à la main, créait un véritable carnage au milieu du champ de bataille. Il la balançait avec une telle force contre ses ennemis, qu'il arrivait à en faucher deux à trois en même temps, et les envoyait littéralement valdinguer d'un bout à l'autre de la plaine. Il avait une force phénoménale, et même pour un vampire, Harry put voir que cela restait exceptionnel. Un tournoiement de cheveux blond capta à cet instant son regard. Et, décochant une énième flèche, il observa la danse mortuaire de Rosalie qui abattait dans un corps à corps mortel et sensuel, armée de ses fidèles saïs, chaque Arkans qui se présentait à elle.
Dans son dos, il entendit leurs balistes relâcher une nouvelle salve de rochers qui roulèrent et écrasèrent de nombreux Arkans. Ces derniers, qui avaient perdu l'avantage de leurs canons meurtriers presque entièrement tous détruit par Edward, marquèrent enfin un recul sur le champ de combat. Une secousse le fit s'accrocher vivement au vampire, alors qu'Aranwë fonçait vers un groupe ennemi, et piétinait joyeusement ceux qui avaient eu le malheur de tombée sous ses sabots. À l'instar de son maitre, ce cheval était un vrai sanguinaire, et le champ des canons ne semblait nullement l'intimider.
Autour d'eux, de nombreux vampires se battaient à pied désormais. Leur monture trop effrayés ayant fui sous le couvert des arbres au loin. Et le sol était jonché de bêtes mortes et de capes poussiéreuses des morts et des moribonds.
Malgré le fracas de la bataille, Harry pouvait entendre tourbillonner les vents mêlés de pluie. Ils dansaient leur ballet démoniaque, dénudant les hommes, les frappant, les aveuglant, jouant avec eux comme avec des épis de blé et affolant un peu plus leurs montures. Et sous ces attaques, les Arkans fléchirent enfin. Pressés de toutes parts, ils cédaient, harcelés par les vents, et par les attaques incessantes des vampires mener par la famille royale.
Enfin, les archers vampiriques abattirent violemment une énième pluie de flèches tandis qu'Edward venait à bout d'une violente petite tempête de sable du dernier canon. Harry pouvait le sentir haleter sous l'effort alors que ses doigts se resserraient sur les rênes de son cheval. Enfin les derniers ennemis présents sur le milieu du champ de bataille perdirent leurs têtes sous la rage des vampires encore debout.
Les Arkans battirent finalement en retraite… Pour reformer leurs rangs un peu plus loin.
- Reformez les rangs ! Hurla immédiatement Emmett en revenant lui aussi vers eux. Vite, reformez les rangs !
- Archers, encochez ! Répliqua immédiatement Rosalie. Et tenez-vous prêt à tirer.
Au loin, de chaque côté de la ligne que formait leur armée, Harry pouvait entendre chaque général ou soldat en chef répéter les ordres de la famille royale pour que tous se tiennent prêts. Rapidement, il fut de nouveau entouré par Emmett et Rosalie, au sol et à l'affût, alors que les soldats vampires se dépêchaient de passer devant eux pour former leur ligne de combat.
Un son de cor retentit, et les Arkans abattirent leurs armes au sol, en cadence, dans une menace explicite. Et cette fois, ils attaquèrent frontalement, arme au poing, persuadé que cette attaque serait la dernière.
- Tenez vos positions, ordonna sèchement Edward en voyant certains vampires frémirent. Que tous se tiennent prêts à notre commandement.
Tendus, les vampires attendirent que l'ennemi se soit assez rapproché, épée serrée dans leur poing, et arcs tendus vers eux sous l'effort.
- Levez ! Visez ! Cria Rosalie en faisant signe vers l'ennemi. Tirez !
Une vague de flèches noires fondit vers le camp adverse, abattant une bonne partie des Arkans lancés à la course vers eux.
- Tenez-vous prêt ! Reprit Emmett en levant sa masse à hauteur de visage.
Sur leurs flancs, guidés par Allucard, des soldats vampires formèrent des carrés de lances au-devant de la ligne, et tandis que les archers décochaient flèche sur flèche sans discontinuité, ils se préparèrent à lancer à leur tour leurs armes vers l'ennemi.
La plaine sinueuse était un fleuve d'Arkans se ruant en avant, criant, hurlant, écrasant les cadavres et autres, épées et lances brandies.
La vague ennemie s'abattit sur eux dans un choc assourdissant d'armure, de cris, et d'épées. La collision fut parfaitement audible. Et la masse sombre d'ennemis se désintégra en un maelström de terre et de corps contre la ligne que formaient les vampires. Le corps des Arkans s'embrocha par dizaines sur leurs lances, et y demeura faute de place pour tomber, alors qu'un combat à l'épée s'engageait. Les archers, tout comme Harry, visaient maintenant au cas par cas et abattait en vitesse ceux à portée de tir. Les cors mugissaient encore, les combattants hurlaient de nouveau. La bataille reprenait en force.
Et ce fut dans cet énorme amoncellement de coups et de sang qu'un cri suraigu perça l'air et se répercuta aux quatre coins de la plaine. Comme si un interrupteur venait d'être actionné, Harry qui encochait une énième flèche vit les luttes alentour ralentir, les combattants scrutant anxieusement le ciel, avant de lentement cesser tout mouvement. Le champ de bataille autrefois assourdissant de cris et de grognements plongea dans un silence religieux, et un vent de panique sembla alors entourer la plaine.
Le brun en eut le souffle coupé de voir à quelle vitesse ils étaient passés d'une guerre bien avancée, à un silence et un calme frisant le surnaturel.
Levant à son tour les yeux au ciel, suite à un nouveau cri glaçant, il le scruta avec minutie sans jamais rien y trouver. La pluie qui tombait dru l'aveugla un moment. Regardant la plaine silencieuse, et les combattants à l'épée levée, figée à jamais dans leur posture, il remua mal à l'aise en ne comprenant plus rien.
- Accroche-toi, Harry, lui murmura son amant en serrant ses rênes. Surtout, ne me lâche pas.
Pour une fois, même Aranwë sembla agité et hennissait doucement en frémissant sur place. Puis dans le silence mortuaire qui perdurait, éclata de toute part du ciel un autre cri strident qui fut rapidement repris par d'autres. La tension en monta d'un cran si possible.
Finalement, surgissant du couvert des arbres à l'Est, venant des hauts pics de montagne qu'il pouvait entrevoir, Harry aperçut la forme volante d'une énorme bête qui se rapprochait. Immobile, il força sa vue et aperçu la monstrueuse créature qui venait de figé tout un champ de bataille. Muni de quatre pattes, d'un long et massif corps de lion, d'une tête et de larges ailes d'aigles, un corps couvert de pelage sombre finissant par une queue serpentine de félin, et de longues oreilles d'âne plaqué sur le crâne, venait de surgir un essaim de griffons.
- Nous sommes sur leur terrain de chasse ? Demanda Rosalie, affolée. Sonnez la retraite ! Ordonna-t-elle, et un cor retentissant tout de suite à son ordre.
- Je n'en sais rien, répliqua son époux. Il n'en a jamais été fait mention sur nos rapports.
- Ils ont pu migrer par ici, coupa Edward tout aussi tendu. Repliez-vous !
Comme un signal, immédiatement après son cri, l'agitation reprit de plus belle sur le champ de bataille, mais, au lieu de se combattre de nouveau, les deux groupes se séparèrent rapidement. Les Arkans, criant et grinçant, détalèrent rapidement à l'opposé d'eux pour se mettre à l'abri. Tandis que les vampires se dépêchèrent de les rejoindre. Harry avait envie de poser des questions ou se moquer, mais les vampires semblaient tellement affolés qu'il se contint. Après tout, ce n'était que des gros rapaces… Quoi que, les hurlements des griffons étaient assez impressionnants pour qu'il veuille bien fuir sans faire d'histoires.
- Non, hurla Emmett en avisant les Arkans qui détalaient toujours. Nous ne pouvons pas les laisser nous échapper !
- Les poursuivre serait du suicide ! Claqua Edward. Il nous faut nous mettre à l'abri. Immédiatement.
Déjà, Harry vit avec incrédulité les griffons piquer vers les Arkans - cible mouvante allant bêtement dans leur direction - et les transpercer de leurs serres et de leurs becs. Ils tournoyaient dans le ciel, et s'abattirent avec violence contre eux dans un tournoiement d'ailes meurtrières. Il faisait penser à une tornade noire qui prenait essence dans les nuages, et s'abattant au sol sauvagement et sans pitié dans un soulèvement de terre. Déjà, des membres étaient éparpillés de tout côté sous leurs crocs, et leur hurlement déchainé faisant saigner leur tympan.
Choqué au-delà des mots, il resta bêtement à fixer la scène titanesque qui se jouait. Un bruit de cavalcade le détourna de la vision d'horreur de cette attaque, et il vit deux chevaux être tendus à Emmett et Rosalie qui se mirent rapidement en selle.
- En avant ! Ordonna sans attendre Edward. Profitons de la diversion des Arkans.
- Et où veux-tu les mener ? S'insurgea Rosalie. Les Griffons sont les rois du ciel.
- Vers la crevasse d'Onedyn.
- Tu n'es pas sérieux ?!
- Le passage est trop étroit et sombre pour qu'ils nous attaquent. C'est notre seul espoir.
Tout en l'écoutant hurler ses ordres, Harry s'accrochait à lui sans intervenir, alors qu'il galopait pour se mettre à l'abri. Autour d'eux, leur armée usait de leur vitesse vampirique pour les suivre dans un bel ensemble. Et ceux qui était encore à cheval saisissait d'autres au passage pour se mettre à l'abri.
Un cri suraigu fut leur seul avertissement avant qu'une partie des griffons ne se détourne des Arkans mutilés pour fondre sur eux. Déjà, un soldat vampire au galop se faisait saisir, lui et sa monture, et emporter dans le ciel pour y être proprement décapité par un coup de bec meurtrier. Edward tenta immédiatement d'ériger un bouclier de protection sur eux, mais il avait dépensé énormément d'énergie durant cette bataille, et ce fut un petit dôme à peine capable de recouvrir quelques vampires qui apparut au-dessus de leur tête.
- Plus vite ! Ordonna Emmett, en éperonnant son cheval pour qu'il redouble d'efforts. Allez, la crevasse est bientôt en vue !
Harry le vit les distancer alors qu'il filait vers l'abri. Se cramponnant plus étroitement à son amant, il vit à la dernière seconde le griffon qui fondit, griffes en avant, vers le cheval d'Emmett qui galopait à l'avant, seul. Lâchant une main pour saisir son arc, il faillit être désarçonné, et se retint vivement contre Edward qui lui attrapa durement le bras.
- Emmett ! S'époumona Rosalie, la terreur inscrite sur son visage. Attention !
Il la vit se redresser sur son cheval, et sortir un de ses saïs. Et alors que le griffon allait enfoncer ses griffes dans le dos de son époux, il la vit le lancer d'un geste sûr sur l'animal qui le reçu en pleine tête, et qui s'écroula dans un roulement de plumes et de sang plus loin.
Soufflant de soulagement, il aperçut Emmett qui ralentissait pour se tourner vers sa femme. Il le vit prendre un visage crispé, un début de sourire d'excuse sur les lèvres, avant qu'une grimace d'effroi ne le défigure. Immédiatement, Harry se tourna de nouveau son regard vers elle, et se figea en voyant l'ombre qui la recouvrait. Elle tenta de faire sa monture zigzaguer pour perturbé son attaquant, en vain. Levant une main, il n'eut pas le temps de crier que déjà le griffon s'était abattu sur elle. La princesse blonde hurla de douleur alors que les serres acérées lui rentraient dans le dos, la désarçonnant pour qu'elle s'effondre au sol, et sauvagement, un bec pointu s'enfonça dans sa nuque pour lui arracha la gorge.
- Rosalie ! Cria-t-il.
Son cri fit écho à celui de son mari. Une gerbe de sang s'envola dans les airs, alors qu'au sol, la blonde ne bougeait plus, subissant les coups de becs sans se défendre. Il leva de nouveau la main vers le griffon, espérant le voir s'enflammer, mais rien ne se produisit. Il avait usé de toutes ses forces, et maintenant, sa magie ne répondrait plus à ses appels. Il avait totalement flambé l'aide que lui avait apportée la Sorah. Il ne pouvait plus aider personne à présent. Même pas lui-même.
Il dut s'accrocher à deux mains à son amant lorsque celui-ci tira les rênes d'Aranwë pour brusquement le diriger vers sa belle-sœur. Leur troupe suivit le mouvement, des archers parvinrent à dégainer des flèches qui allèrent se ficher dans l'animal qui ne lâcha pourtant pas prise. Et sans peur, dans un hennissement combattif, Aranwë se précipita sabots en avant vers le griffon. Le choc fut tellement violent entre les deux bêtes qu'Harry faillit totalement basculer vers l'arrière. Le griffon, pris par surprise, lâcha sa proie qui ne bougeait plus pour s'intéresser à eux. Tel un serpent, il lança sa tête vers l'encolure d'Aranwë, ses serres griffant son poitrail, mais Edward le repoussa d'un coup d'épée. Le cheval, combattif, se tint de nouveau sur ses deux pattes arrière, hennissant furieusement, et balança ses sabots contre les flancs du griffon qui valdingua plus loin. Au sol, l'animal se fit assailli par les épées des soldats vampires qui réussirent à lui trancher la tête.
Harry, le sachant mort, se détourna de lui pour reporter son attention sur le corps de Rosalie. Son mari l'avait enfin rejoint au sol, et la serrait étroitement contre sa large poitrine. Les longs cheveux blonds de la vampire formaient comme un linceul autour d'eux, et c'était presque un crime de voir la magnifique chevelure se salir dans la boue et le sang du sol. Autour d'eux, d'autres griffons répondaient au cri d'agonie de leur frère et s'acharnait sur eux. Se heurtant parfois aux boucliers d'Edward, d'autres fois aux épées, ou aux flèches des vampires.
- Emmett, dit Edward en mettant pied à terre, les soldats les entourant immédiatement pour leur sécurité. Nous devons fuir. Debout mon frère !
Encore sous le choc, ce fut les cris des vampires qui se faisaient toujours attaquer autour de lui, mais qui gardait pourtant position pour les protéger qui réveillèrent Harry. Rapidement, il descendit d'Aranwë et se précipita vers le corps toujours inerte de Rosalie. Il n'osa pas s'approcher plus alors qu'il voyait le sang de la blonde recouvrir l'avant de l'armure de son époux en gros bouillant.
- Debout, Emmett ! Cria Edward en le tirant par le bras. Porte-la et remontez en selle ! Partez devant !
Dans le chaos ambiant, le géant adressa un regard difficile à supporter, mélange d'angoisse et d'agonie, à son petit frère avant de lentement obéir. Serrant son précieux chargement contre sa poitrine, Harry le vit se diriger vers son cheval en tanguant de douleur. Une partie de leur troupe partit immédiatement vers la crevasse avec lui, les autres restants sur place pour les protéger.
- En selle, Harry ! lui commanda son vampire en se tournant vers lui. Nous perdons un temps inutile.
Toujours sous le choc, il leva les yeux vers lui et affronta un regard intense et tellement indéchiffrable qu'il sentit quelque chose remuer en lui. Le corps tremblotant, il allait obéir lorsqu'un griffon qui fonçait sur eux, et qui se prit de nombreuses flèches dans sa course sans s'arrêter, bascula au sol et roula dans leur direction. La bête, enragée, roulait et se débattait, blessant les soldats sur le passage, et, dans un souffle, emporta Edward – tout aussi surpris par son éboulis - posté juste devant lui dans sa chute interminable. Hurlant, il vit son amant frapper par le griffon rouler sur plusieurs mètres, avant de finir sur le dos, et agripper la bête sous la gorge alors que celle-ci s'était rapidement remise de sa chute et cherchait maintenant à l'égorger. Les soldats alentour, se redressaient, pour ceux qui n'étaient pas morts ou assommés, et se défendaient d'autres attaques que la chute du bouclier du prince avait amenées. Sans réfléchir, Harry banda son arc et tira plusieurs flèches, visant la tête de l'animal, sans résultat. Le griffon évitait habilement ses attaques, puis usait de ses ailes pour se protéger, tout en tentant toujours d'égorger son compagnon. Il allait se précipiter pour aller l'aider lorsqu'il se fit devancer par Aranwë.
Le cheval, dans un hennissement furieux, fonça alors sur l'attaquant de son maitre. Le choc fut si violent que l'étalon réussit à emporter le griffon dans une nouvelle chute, et un roulé-boulé loin du prince. Dans leur chute, ils finirent par arriver vers la lisière de la plaine, emportée par une longue pente, et finirent sous la protection du couvert des premiers arbres qu'ils atteignirent. Hagard, Harry vit l'étalon hennir alors qu'il évitait tant bien que mal des coups de bec meurtrier, et donna des coups de sabot pour tenter de se redresser. Rapidement, il lança une main vers son carquois pour encocher une nouvelle flèche et sauver l'animal lorsque sa main se referma sur du vide. Incrédule, il venait de réaliser qu'il n'avait plus de flèches. Il tâtonna sa ceinture, mais ne trouva pas son poignard. Celui-ci pouvait avoir été égaré n'importe où durant toute cette cavalcade. Son amant quant à lui, avait été blessé à la jambe, le haut de sa cuisse droite, et se retenait de s'écrouler en plantant son épée dans le sol. En usant comme d'une béquille, il se trainait difficilement, mais ne parvenait pas à courir pour aller défendre son fidèle étalon. Il leva la main pour pousser le griffon d'une secousse psychique, mais, comme lui, il avait abusé de son pouvoir, et le griffon ne fut que brièvement désarçonné avant de revenir à la charge de sa proie. Et à partir de cet instant, tout se passa presque trop rapidement. Malheureusement pour eux, le griffon pour sa part ne perdit pas plus de temps, et n'eut aucun mal pour plaquer Aranwë contre un arbre, ailes toutes déployées, et ses serres acérées éventrèrent le pauvre cheval tandis que son bec lui crevait un œil. Aranwë poussa une ultime lamentation d'agonie, qui fit écho au cri bref que poussa Edward, qui fixait la scène les yeux écarquillés. L'étalon se débattit vaillamment, battant des sabots dans le vide, avant d'enfin se coucher sur le sol du champ de bataille. Vaincu. Son sabot racla encore une fois le sol alors que le griffon s'acharnait encore sur sa dépouille. Il semblait se désintéresser d'eux maintenant qu'il pouvait se repaitre d'une chair tendre et juteuse de sang frais.
- Non, Harry, fit la voix nouée de son amant en lui saisissant le bras. Non, pas toi aussi.
Il avait fait un pas vers le cheval, hébété au-delà des mots, lorsque le vampire l'avait retenu.
- Mais… Bégaya-t-il. Le… Ton…
- Regarde-moi, coupa Edward en lui saisissant violemment le menton. Il faut courir maintenant, Harry. Tu m'entends ? Cours ! Et ne te retourne pas !
- Pas sans toi !
- Je serais juste derrière. Je te le promets. Il faut que je tente une dernière fois d'ériger un bouclier pour permettre à plus d'hommes possibles d'arriver jusqu'à la crevasse.
- Non !
- Harry…
- Non, tu viens d'échouer !
À cet instant, il s'en foutait royalement de blesser son orgueil de mâle. Tout ce qu'il voyait et qui passait en boucle dans son esprit était le corps déchiqueté d'Aranwë plus loin. Sans oublier la chevelure blonde tâchée de sang de Rosalie.
- Il s'agit de mes hommes, Harry. Finit par dire Edward d'un ton sans réplique. Et ils donnent leurs vies pour moi en ce moment même.
- Non !
- C'est mon rôle de les protéger. Et je sais que tu me comprends, ma Sorah…
- Non !
- Je n'y arriverais pas seul. J'ai besoin de toi pour les guider vers la grotte. Cours, ils te suivront.
- Non…
- Cours, Harry ! Cours, maintenant !
Il ne bougea pas.
Autour d'eux, les archers tiraient toujours des salves de flèches vers les griffons qui tournoyaient au-dessus de leur tête comme un essaim d'abeilles en colère. Protégés par les quelques arbres alentour, maintenant qu'ils n'étaient plus à découvert au milieu de la plaine, les volatiles avaient du mal à faire des piqués pour les abattre. Cependant, cela ne les empêchait pas de les guetter avec envie. Mais nombreux étaient ceux qui tombaient encore sous leurs crocs sanglants.
Au milieu de ce carnage, il tendit la main vers son amant, leurs doigts se frôlèrent, puis s'accrochèrent en se tordant férocement sans qu'aucun d'eux ne lâche pourtant prise sous la douleur qu'ils s'infligeaient. En cet instant, cette dernière semblait bénéfique. Il sentit une partie de sa magie s'agiter faiblement en lui, comme un écho lointain, et il lui pria d'aller vers le vampire, de le protéger, et de l'emplir de la force qui lui manquait. Il ne sut, et ne saura jamais s'il réussit lorsque leurs mains se séparèrent enfin, mais un éclat s'alluma pourtant du regard améthyste du prince.
Il écarquilla les yeux lorsque ce dernier se détourna de lui, boitant toujours sévèrement de la jambe, pour se diriger vers le griffon qui faisait toujours un carnage sur Aranwë. La mort semblait vouloir être lente à venir pour le pauvre animal qui agonisait en silence, ses sabots raclant à intermittence régulière lentement le sol boueux. Le griffon, trop pris dans le repas qu'il se faisait des tripes de l'étalon, n'entendit pas – ou ne prit pas la peine de se tourner –l'avancée laborieuse du vampire. Retenant son souffle, Harry qui s'était figé sur place vit celui-ci rassembler ses forces, lever sa longue épée au-dessus de sa tête, et l'abattre d'un coup sec sur le cou du griffon. Le décapitant sur le coup. Il n'eut pas de cris d'agonie, ou de représailles, la bête, prise par surprise, battit vainement dans ailes en faisant un écart loin de sa proie, avant de s'abattre dans un tremblement au sol. Mort. Enfin, il put voir Edward se pencher vers son fidèle destrier, son regard améthyste le caressant une dernière fois, tandis qu'Aranwë usait de ses ultimes forces pour pencher son museau contre les jambes de son maitre, expirant bruyamment, douloureusement, contre son armure. Puis, sans une dernière caresse outre que son regard, il vit le prince lever encore une fois son épée, la positionner au-dessus de la tête du cheval pour l'abattre d'un coup sec. Abrégeant ainsi ses souffrances. Tremblant de la tête aux pieds, Harry s'était sans honte détourné de cette scène, ses yeux clos avec force, et une grimace déformant ses traits. Ce ne fut qu'une caresse, un souffle sur son visage, qui lui permit enfin d'ouvrir les yeux pour plonger dans un regard améthyste tellement intense et insondable qu'il en eut une boule dans la gorge. Un silence s'installa, et seul le bruit des soldats qui les défendaient toujours bravement sous le couvert des arbres se fit entendre. Parfois un griffon, plus téméraire que les autres, tentait un piquet, puis, après s'être récolté une pluie de flèches, d'un coup d'aile, remontait dans le ciel dans une bourrasque de pluie et de vent mêlés.
- Mords-moi… Supplia-t-il sans honte aucune, ravi que la pluie lave ses larmes.
- Non, je ne vais pas t'affaiblir !
- Mais toi tu reprendrais des forces !
Il sut à force d'habitude qu'il n'aurait pas le dernier mot à cela au regard qu'il reçut. Et alors qu'il était là, ensanglanté et perdu sur un champ de bataille, le cadavre du cheval qui l'avait poursuivi dans une forêt lointaine à son arrivée à Elysion, mort à quelques pas de lui, ses tripes à l'air après s'être joyeusement fait déchiqueté par un griffon affamé, et avec son amant le regardant avec un tel tourment et résignation dans le regard à cet instant précis, à la croisée des chemins, il obéit à ce qui lui était supplié de faire sans plus poser de question.
- En avant ! Cria-t-il aux soldats encore en faction autour d'eux.
Tournant sur lui-même, avisant l'entrée de la crevasse d'Onedyn, il se mit à courir. Il courut comme il n'avait jamais depuis longtemps. Il courut pour tout ce qu'il avait perdu, tout ce qu'il perdait en ce moment même, et tout ce qu'il perdrait encore. Le cœur battant à ses oreilles, le souffle presque entièrement coupé, il courut à s'en faire mal à l'âme. Au-dessus sa tête, lentement, il vit une barrière protectrice s'ériger pour assurer sa retraite.
Et lorsque le doute voulut l'envahir, lorsque l'envie de voir si son amant hantait toujours ses pas, il perçut une pensée qui lui fit redoubler d'efforts « Cours, Harry ! Je suis là… Je suis juste là… »
Courant à en avoir la tête qui tourne, il leva les yeux et vu le bouclier d'Edward couvrir sa course, et celle des nombreux soldats qui suivait ses pas. Les attaques incessantes des griffons s'abattaient avec force contre leur protection, causant une résonnance et un bruit monstrueux au-dessus de leurs têtes, mais jamais la barrière ne céda.
Enfin, son pied foula l'entrée de la crevasse d'Onedyn, ses parois rocheuses se resserrant sur son corps. Et il n'eut même pas un frisson de peur ou une pensée en se rappelant que ce lieu avait l'air d'amener la crainte chez les soldats, et qu'ils étaient censés l'éviter en premier lieu. Il tenta encore moins de savoir et de déchiffrer les visages anonymes de ceux qui le dépassaient en vitesse pour rejoindre le fond de la crevasse, et ainsi se mettre définitivement à l'abri. Non, dès qu'il atteint sa destination, il pila net, glissant, emporté dans son élan, et se tourna à demi – prenant une grande inspiration et gonflant ses poumons - pour pousser un appel de désespoir :
- Edward !
Et l'obscurité de la crevasse l'engloutit.
À Suivre.
