Elysion, le royaume des vampires

Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.

Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !

Réponse aux reviews :

Perline : Coucou ma Perline ! Bon, on se connait assez maintenant, donc, tu peux me le dire ? Tu as placé des logiciels espions sur mon ordi ?! Parce que ta review m'a fait trop plaisir et en même temps ça m'a bien mis la pression lol. Parce que tu remarques tout ! Et j'adore ça ! XD Bon, tout d'abord, je suis RA-ViE d'avoir pu te surprendre avec Sirius. Justement, trop de monde l'attendait à Elysion, je l'ai lu dans les reviews, mais ce n'était pas du tout là où je voulais aller. Du coup, j'aime beaucoup le fait de pouvoir te surprendre comme ça. Ça prouve que l'histoire n'est pas ennuyante et prévisible XD. Alors, oui, je compte faire un peu plus de trois tomes. En fait j'avais dans l'idée une trilogie, mais les idées sont là, donc je pense à 4 ou 5 tomes. Faut que je m'y tienne ! Par contre, tu t'en doutes bien, je peux ne pas te dire si oui ou non Harry va repartir ou attirer quelqu'un dans le monde d'Elysion. Je garde mes cartes en mains ! XD Pour le chapitre 43, c'est vraiment bien vu ! C'est l'enkylios, le lien entre Sorah et l'Ancre, mais pas à son maximum parce que le lien n'est pas complet. Et non, notre Harry chéri est toujours aveugle… Par contre, ça tombe bien que tu aimes Aldaron (moi aussi lol) parce que je compte bien le faire revenir dans les autres tomes. Pour la Sorah (alias la relou mdr) elle veut qu'Harry se bouge pour la guerre qui approche. C'est un peu un esprit omniscient, comme un fantôme aux super pouvoirs qui veut aider notre héros (pas très coopératif… ça dépend des jours…). Pour la question de l'aide aux autres peuples, il faut reprendre l'histoire : Licianus, père de Carlisle, était un roi fou qui a ravagé et conquis plusieurs terres d'Elysion. Le roi loup-garou en était même fâché dans une vision de la Sorah. Du coup, en reprenant le pouvoir, Carlisle a perdu beaucoup d'alliés. Et ça, ses ennemis le savent et n'attaquent que son royaume ! Les autres sont pénards en attendant ! Et ils en rigolent même… Après, certains peuples, comme les satyres, ont perdu confiance en la Sorah et la déteste pour son départ. Les nains (le roi) ne se sont même pas déplacés ! Alors Harry aura à ramer avant de parvenir à obtenir de l'aide. Mais bon, la raison pour laquelle je dis que tu espionnes la suite lol c'est que j'ai un chapitre sous le coude qui va reprendre la suite de ça ^^ Pour le nouveau perso, je ne l'ai pas encore introduit. En fait, je le peaufine encore dans ma tête lol. Mais il va arriver, je vois déjà son histoire et tout ce qu'il va faire ! Alors pour les 2 drapeaux, c'est vraiment bien vu : c'est 2 ennemis aux vampires réunis pour les combattre. Le qui viendra après XD. Pour Alice, oui, elle reste vague, et tu vas voir dans les autres chapitres que ce sera pire… Au fait, moi je n'avais pas vu le coup venir pour Ginny ! J'étais sur le cul quand j'ai enfin percuté ! Allez, je te fais de gros bisous et te souhaite une bonne lecture ! Ps : Ça va mieux, je suis toujours bloquée à la maison, du coup, j'écris et je profite de la famille et les amis. Le moral remonte petit à petit… C'est trop mignon de t'en inquiéter, et je t'en remercie. XD

Guest de l'emoi : Ouh la la… Ne dis pas merci trop vite pour Edward, l'histoire n'est pas finie ! Et tu as vu comment j'étais sadique ?! Niark niark niark…. Bon, pour ce chapitre, je te rassure sur l'état de Rosalie comme même. Et je te plonge aussi dans l'enfance d'Edward (j'ai vu que tu adorais bien ce perso, coquine XD). Bonne lecture !

Kay Snape : Salut ! Merci pour ta review. Aller, je vais un peu le reconnaitre : j'aime bien les faire galérer. Ou les trucs un peu gore et tout et tout ! La preuve, je me régale avec ce chapitre franchement ! Et ne t'inquiète pas pour Rosalie, je l'aime trop pour la tuer tout de suite… ^^

Élodie Nina : Coucou Élodie ! Promis, pas trop de catastrophes dans ce chapitre, je me calme vraiment… Bon, y a un petit passage gore de rien du tout ! Tu ne vas pas m'en vouloir ? Franchement, quand je lis comment beaucoup de gens s'inquiètent pour Rosalie, je me dis que je ne peux même pas tuer un des perso secondaires ? Je vais perdre tous les lecteurs/lectrices lol. Je te souhaite une bonne lecture ! XD

saya: Ohayo Saya ! ^^ Je vais très bien, je suis en forme pour t'offrir cette suite ! Ah, j'adore quand tu me dis que les descriptions te plaisent parce que je me casse vraiment la tête dessus lol. Surcout que là, je voulais vraiment réussir à rendre ce combat, ce champ de bataille, réel. Bon, je sais c'est une histoire, c'est de la fantaisie, mais ça n'empêche pas de pouvoir bien s'y plonger, ne ? XD Pour Edward et Harry, j'essaie encore de donner un autre aspect au couple dans ce chapitre, j'espère que tu apprécieras. Bonne lecture à toi ! Sayonara !

Lys blanc : Salut ! Oh oh, je t'ai convertie au couple Edward/Harry ?! Alors ? Ils sont sexy, hein ? lol Merci à toi de me lire, et ta gentille review et tes encouragements. Ça fait très plaisir ^^ Bonne lecture à toi pour cette suite !

Chapitre 48 : Un ami nommé Aranwë

Ce furent des hurlements et des couinements de porc égorgé qui réveillèrent Harry. Cela le fit durement sursauter et l'arracha sans merci à ses songes. Il était encore sonné du sang qu'il avait donné à son amant la veille, et il resta un moment sans bouger, les yeux fermés, à reprendre conscience de son corps et de son environnement. Il ne comprit pas tout de suite où il se trouvait ni ce qu'il se passait. Pendant un moment, lorsqu'il ouvrit enfin les yeux, il tourna sans comprendre la tête de tous côtés, avisant la cape en fourrure dans laquelle il s'était emmitouflé, ainsi que l'arbre contre lequel reposait son dos. Des champs d'arbres et de rivières à l'eau glacée s'étendaient à perte de vue devant lui, et une odeur étrange flottait dans l'air matinal. Clignant des yeux sous le lever du soleil au loin qui l'éblouissait allègrement, il sentit lentement les souvenirs de la bataille lui revenir en mémoire. Il revit leur folle escalade, et le campement sommaire qu'ils avaient montés pour se reposer avant de reprendre la route. Il se revit aussi, la veille, s'endormir à la belle étoile avec Edward, dont le visage était plongé dans son cou, lui aspirait doucement le sang.

La beauté du haut de la crevasse d'Onedyn, qui offrait un ciel nuancé de toutes les couleurs de rouges et d'orange possible, avec en fond les pointes blanches et brillantes des montagnes, aurait pu être idyllique si l'atmosphère tendue qui régnait encore sur le camp n'en gâchait pas l'effet. Tout cela était bien évidemment agrémenté des cris d'agonies qui lui perçaient encore les tympans, et qui firent monter en lui un sentiment d'angoisse et d'urgence. Se décollant de l'arbre, il dut se reprendre à deux fois pour parvenir à se remettre debout. Il remarqua immédiatement l'attroupement de soldats en contrebas, loin du couvert des arbres, et la fumée grise qui s'élevait au ciel. Intrigué, il se rapprocha lentement d'eux. Il pouvait sentir avec sa magie avec une assiduité qui ne le surprit que moyennement, surtout avec son sang coulant dans ses veines, la présence de son amant au milieu de ce rassemblement. Et tout en rendant mollement les révérences et longs regards des officiers qui l'avaient vu approcher, il accéléra le pas et descendit rejoindre le petit groupe. Une curiosité morbide exacerbée par un nouveau hurlement l'étreignait.

Les vampires s'écartèrent silencieusement, presque comme s'ils étaient réticents, pour le laisser passer, et alors qu'il allait enfin voir la raison de ce nouveau tumulte, une l'horrible odeur qui l'avait perçu au réveil le prit à la gorge. Car il flottait dans l'air une odeur âcre et malsaine. Un mélange de bois brûlé, de charbon, et de chair embrasée. Une main devant la bouche pour s'en protéger, il repéra et fit les quelques pas qui le séparaient de son prince. D'un mouvement comme synchronisé, la garde s'ouvrit enfin devant lui, ouvrant le passage vers le milieu de l'attroupement, pour laisser ses yeux se régaler du spectacle qui s'y jouait.

Et quel spectacle ! Ce qui s'offrait alors à lui était tellement ahurissant qu'il en resta un instant sans voix.

Cinq larges bûchers avaient été érigés avec de longs morceaux de bois secs et froids. Quatre avaient déjà pris feu, et Harry pouvait à perdre distinguer la forme humanoïde ratatinés des Arkans tant leur corps était déjà noirci et rabougri. Les flammes rouges léchaient encore les morceaux de chairs qui en étaient tombés dans un craquement de bois infernal. La fumée sale qui se mélangeait à l'air amenait les relents des boyaux et des excréments des suppliciés qui s'étaient involontairement soulagés sous la torture du feu. Ses yeux le brulèrent alors que dans un autre craquement, il écarquilla les yeux en voyant qu'un des corps calcinés avait explosé sous la pression et la chaleur. L'odeur pestilentielle venait-elle de là ? Il y eut un mouvement de recul instinctif de tous les vampires à cette vue, sauf d'Edward, avant que certains soldats n'aillent entretenir les flammes avec une palme sèche. Tout près, un tas de bois assez sec, coiffé d'un tapis en bambou tressé, attendait d'être utilisé. Et si le temps n'avait pas été aussi changeant, les corps auraient brûlé beaucoup plus vite que cela. Malheureusement, pour le plaisir des yeux des vampires, l'agonie de leur ennemi avait été lente et douloureuse.

Un énième cri fit tressaillir Harry qui se détourna des corps repliés sur eux-mêmes et carbonisés vers le dernier Arkan encore debout.

Quant à la cause de ses hurlements d'agonie, elle lui apparut toute nette lorsqu'il vit l'épée de son compagnon qui s'enfonçait, se tournait, et se retirait dans une lenteur presque sadique dans son ne put réprimer un frisson lorsque le vampire lui jeta un bref regard avant de reprendre sa torture.

Harry avait toujours tendance à oublier l'autre Edward. Tellement habitué au Edward doux, attentionné, voire, s'il osait se le dire, amoureux qu'il oubliait l'existence de son autre personnalité. Le côté prince vampire sanguinaire et impitoyable. Il regardait avec une fascination morbide, réprimant son dégout, ce dernier attraper des viscères d'une main pour tirer d'un geste sec. Et, voyant le tremblement et la silencieuse frénésie des autres soldats autour de lui, il pouvait affirmer que ceux-ci apprécient et craignaient tout autant ce spectacle.

Le prince Edward ne parvient pas à rentrer dans sa tête, lui informa Allucard en le faisant sursauter tant il était pris par la scène. Nous avons capturé un des généraux de l'armée Arkanienne. Il se terrait dans les collines lorsque nous l'avons repérer lors de la chasse avec quatre autres de ses congénères. Malheureusement, ces bêtes sont coriaces. Et ils ne parlent pas facilement.

Il hocha la tête sans répondre tandis que son prince enfournait la pointe rougeoyante d'une bûche dans l'œil globuleux de leur ennemi qui hurla encore une fois à plein poumon. Il ne put en supporter plus à la vue de ce dernier attrapant une lance pour l'abattre contre l'Arkan, et il intervint sans y penser :

- Laisse-moi essayer !

Un silence accueillit son intervention. Un silence lourd, malsain, et chargé de tension. Il se tendit lorsqu'Edward se retourna lentement pour lui faire face. Mais il affronta avec la ténacité qui le caractérisait tant le regard ébène qui le foudroyait sur place.

- Je ne veux pas que tu t'en approches, fit la voix rauque du vampire.

- Je pourrais entrer dans son esprit comme pour l'espion qui nous attaquer à Alayis. Ça vaut le coup d'essayer et tu le sais !

- Non !

Voyant les regards qui suivaient avec attention leur échange, il se calma et s'approcha lentement du corps tendu de son compagnon.

- Tu me demandes de te faire confiance, fit-il, sur les champs de bataille, dans les bals, ou durant les réunions du conseil, ou encore… Toutes ces choses que je n'ai pas apprises dans mon monde ! Et toutes ces fois-là, je te fais confiance ! Je t'obéi ! Même si je ne suis pas toujours d'accord… je le fais ! Parce que c'est ton domaine, et que je sais que tu me garderas en sécurité. Mais là, c'est à moi d'agir. C'est mon domaine ! Et c'est à ton tour de me retourner ma confiance.

Un autre silence tendu s'éleva.

Et il affronta sans broncher le regard noir de son compagnon qui était parcouru par toutes sortes de sentiments. Finalement, un accord silencieux lui fut donné, et il tenta de ne pas frémir lorsqu'Edward enleva son épée du corps du prisonnier d'un geste vif, envoyant dans les airs une gerbe de sang bouillonnant, avant de lui faire signe d'avancer.

- Je reste avec toi, lui fut murmuré à son oreille lorsqu'il se posta face à l'Arkan agonisant.

La bête, les yeux perclus de douleurs parvenaient encore à le fixer avec haine. Plissant les yeux, il s'approcha un peu plus de lui, retenant un sursaut lorsqu'il tenta vainement de se détacher du bûcher pour lui sauter dessus, et, en ignorant son grognement, il tenta d'appeler sa magie. La proximité avec sa demi-Ancre l'aida une fois de plus à la faire jaillir. La testant, la contemplant, à l'intérieur de lui, il comprit qu'elle n'était peut-être pas à son maximum, mais serait suffisante pour ce qu'il devait faire. Sinueusement, il commença l'invasion de l'esprit ennemi et ne se gêna pas pour briser comme un sauvage la barrière mentale violet sombre qui le protégeait. Comme du Crystal, il la vit avec fascination se fissurer en son centre, puis céder et s'effriter pour lui laisser le passage libre. L'esprit d'un Arkan était assez sommaire. C'était des animaux. Des bêtes instinctives. Les vampires avaient raison de se moquer de leur intelligence. Le plus effrayant chez eux était leur force brute, rien d'autre. Repoussant les pensées sinistres à son encontre, les gémissements de douleur de l'esprit à moitié brisé, il se promena un instant sans jamais rien trouver d'important. Il allait abandonner, las des images sans intérêt, et des pensées fugaces de l'Arkan, lorsqu'un frisson le parcourut le long de la colonne vertébrale.

Et là, il le sentit.

Cette lourde et menaçante présence qui surgit des ombres de l'esprit ravagées et s'avança mentalement de lui. Elle n'avait rien avoir avec l'Arkan, mais semblait plutôt posséder l'espace. Qui sembla comme l'observer, avec curiosité, avant de tenter de l'intimider en le poussant hors de l'esprit de l'Arkan. Comme pour le tester. Lui qui était loin d'être doué en Occlumancie resta un instant hébété devant la beauté de la magie inconnue qui était venue à sa rencontre. D'un effrayant violet foncé et entourée d'éclair argenté, elle n'était pas vraiment une forme distincte, juste une ombre tapie dans l'esprit de l'Arkan à moitié mort. Ce n'était que la manifestation de l'énergie d'un inconnu, qu'il avait déjà croisé dans les méandres de l'esprit de l'assassin d'Alayis, et dont la puissance le fit malgré lui frissonner face au nouvel assaut qu'il venait subir pour se faire éjecter. Se reprenant, il répliqua enfin et sa magie bleu électrique alla frappa de plein fouet la présence adverse. Bien sûr, n'étant pas à son plein potentiel, il ne fit que faire reculer brutalement cette dernière, mais la curiosité qu'il avait perçu de l'inconnu au début de la rencontre psychique sembla si possible se renforcer. Il serra les dents, prêt à recevoir une nouvelle attaque, lorsque son assaillant le surprit totalement en changeant de tactique. L'orbe violet sembla grandir, comme se déployant pour prendre tout l'espace avant de - avec une certaine grâce, voir avec séduction – s'enrouler lentement le long des éclairs qui formait sa magie. Hoquetant, il fut surpris de voir cette dernière, au lieu de se défendre violemment, cesser de tempêter pour glisser langoureusement contre la présence inconnue. Elle sembla comme pulser au creux de son cœur, tandis que, sous ses yeux ébahis elle se fusionnait littéral contre l'autre énergie. Alors seulement, il comprit ce qui l'avait dérangé depuis le début : sa magie ne se fondait qu'avec Edward. Qu'avec sa demi-Ancre.

Il n'eut pas conscience que son corps convulsait alors qu'il tentait de s'extraire de l'esprit de l'Arkan. Il rejetait de tout son corps cette fusion. Le gout du sang dans sa bouche dont la langue avait été mordue ne l'atteint pas non plus alors qu'il s'éloignait tant bien que mal de l'autre énergie. Il ne se vit pas tomber au sol, ses pieds battants dans le vide, alors qu'il devait combattre sa magie, douce traitresse, qui semblait rayonner au contact de leur ennemi. Il eut juste conscience du choc qui lui fit lâcher un bref hurlement de douleur lorsqu'un autre esprit, qu'il reconnut immédiatement, vint enfin l'aider et rompit par sa seule présence tout lien. Tout fut sombre autour de lui pendant un bref instant.

- Tu tremblais, lui dit simplement son amant.

Sur le bras qui le retenait encore, il pouvait voir les tatouages qui marquaient sa demi-Ancre rayonner doucement. Tout en tentant de reprendre son souffle, il observa les magnifiques entrelacements de lettres et de symboles briller un instant avant de s'éteindre doucement. Son dos était durement collé contre le torse de son prince qui le maintenant d'une poigne presque douloureuse. Pourtant, il ne s'en plaignait pas tant il avait été bouleversé.

- Je… Tenta-t-il d'expliquer. Je ne sais pas…

- Chut… Le calma immédiatement Edward. Prends ton temps. Tout va bien je te protège.

Est-ce que son amant l'avait vu ? Est-ce qu'il avait vu sa magie le trahir pour enlacer l'ennemi ? Il n'osait même pas imaginer ce que cela pouvait signifier alors que son corps tremblait encore sous l'émotion.

- Je l'ai senti. Grinça sa voix enrouée. Je l'ai vu.

- J'ai perçu sa présence à travers toi.

- As-tu vu ce qu'il a fait ? Avec ma magie…

- Non, il m'a… tenu à l'écart. Je ne sais toujours pas comment j'ai fait pour réussir à t'atteindre.

Devait-il lui dire ? Lui dire qu'il était… Quoi ? Lié ? …À leur ennemi ? Alors même qu'il ne savait pas ce que cela voulait dire ? Avec réticence, comme sur le bateau, il pesa le pour et le contre, et finit par choisir par cacher la traitrise de sa magie. Cela devenait presque trop facile avec le temps de pouvoir garder son esprit ouvert pour le vampire tout en le tenant à l'écart des zones d'ombres dissimulant ses secrets. Cela devenait vraiment trop facile.

- Il est puissant. Fit-il après un moment.

Il reçut un acquiescement silencieux à ces mots fatalistes. Il n'y avait rien de plus à dire. Cet adversaire était capable de l'éprouver lui : la Sorah. Alors même s'il n'était pas au meilleur de sa forme, il ne s'attendait vraiment pas à la conclusion de cette rencontre. Il en frémit encore.

- Nous en parlerons au Conseil. Lui apprit Edward en le redressant pour s'éloigner du bûcher.

- Au Conseil ?

- Oui. Toute ma famille doit de nouveau se réunir et entendre ce que tu as vu. Ce que nous avons vu. Les Arkans sont une menace à prendre au sérieux !

- Il contrôlait à distance l'Arkan !

- Chut… N'effraie pas plus les hommes.

À cet instant seulement il remarqua le silence lourd qui avait envahi le camp. Même l'Arkan, à l'esprit rendu à moitié fou, pendait mollement et sans un bruit à son bûcher.

- Nous en parlerons au Conseil. Finit Edward d'un ton sans appel.

Et il était à cet instant plus que d'accord avec lui. Trop éprouvé par cette rencontre psychique terrifiante.

Il ne fit pas un geste lorsque le prince fit signe à un soldat de mettre le feu au dernier bûcher. Les flammes jaillirent et le garde l'attisa vigoureusement avant de se reculer à son tour. Harry n'osa pas regarder le corps sur le bûcher. Rien que l'odeur de chair brulée qui se renouvelait l'indisposait. La fumée s'éleva de nouveau, faisant pleurer ses yeux, et il entendit de nouveaux brefs petits cris d'agonie du supplicié. Un silence quasi religieux régnait sur le camp alors que tous les soldats encore capables de tenir debout observaient la mise à mort de leur ennemi. Et presque malgré lui, comme dans un besoin morbide de voir le dernier d'entre eux mourir, il finit par observer l'Arkan se débattre faiblement parmi les flammes. À force d'énergie, il finit par libérer une de ses mains dont les flammes avaient brulé les cordes, avant de tenter de s'élancer hors du bûcher. Il se débattait contre ses liens restants, faisant craquer le bois, alors qu'une certaine agitation s'éleva autour d'eux à cette vue. Fasciné par la gueule grande ouverte de l'Arkan agonisant, et par le dessin des flammes léchant le bas de son corps, il ne vit pas Emmett surgir dans leur dos. Mais la prise de son compagnon qui se raffermit sur son corps n'empêcha pas le sursaut qu'il émit lorsque le géant abattit d'un geste rageur sa masse contre la tête de la bête. La mâchoire se disloqua, du sang jaillit en tous sens, et un trou se forma dans le crâne qui avait été fendu. Puis, sans un mot, il laissa Emmett se détourner du cadavre et repartir vers le camp.

Un vampire dont la vie de la campagne était en péril était vraiment dangereux. Non, tout vampire était dangereux. Il avait juste fini par l'oublier.

- Nous allons lever le camp, lui dit Edward en le relâchant. Prépare tes affaires. N'oublie rien.

Il hocha vaguement de la tête tout en continua à observer le spectacle de l'Arkan carbonisant. Lentement, il vit son corps se pencher, recroquevillé sur lui-même et pourtant incapable de s'assoir ou fuir, d'un noir luisant comme un tronc d'ébène. D'autres soldats qui étaient aussi restés attisaient encore le feu qui dans un tourbillon se déploya dans les airs. Enfin, lorsque le corps fut enfin presque aussi rabougri et calciné que les autres, un garde, à l'aide d'un bout de bois, le poussa doucement pour le faire s'étendre. Puis, Harry le vit empiler plusieurs bouts de bois sec sur lui. Le cadavre les repoussa, et certains tombèrent en désordre, et le vampire les remit en place sans relâche pour forcer le corps à bruler jusqu'à la lie. Il y eut une forte explosion venant du bûcher, du fait du bois ou du crâne à moitié fendu. Le vent fit le soulever des particules noires qui se mêlèrent aux flammes rouge orangé qui s'élevaient. Au-dessus de leur tête, une bande de ce qui semblait être des cordeaux attendait impatiemment qu'ils s'éloignent pour descendre en piqué pour se pavaner aux alentours.

Lentement, Harry finit par se détourner du spectacle désolant. L'estomac soulevé et les yeux brulants de suie.

Le soleil était bien haut dans le ciel lorsqu'enfin leur troupe quitta définitivement les terres d'Onedyn. Ils laissèrent derrière eux des cadavres calcinés, mais la douleur de la guerre resta. Ils chevauchèrent tout le jour et toute la nuit en direction de l'ouest, vers le village le plus proche. Et la pluie torrentielle qu'il avait subie depuis le début des combats laissa soudainement place à un soleil revêche qui les assomma par manque d'habitude. Quand leurs montures chancelaient, écrasées de chaleur et de fatigue, ils descendaient de selle et poursuivaient leur route à pied, le temps que les bêtes reprennent des forces. Pour mieux faire, ils se délestèrent de leurs cottes de mailles, mais conservèrent leurs armes tout comme leurs outres d'eau.

- Aucun signe d'eux, disait Allucard, une main en visière tandis qu'il scrutait l'horizon vers le Sud. Je viens de recevoir des pigeons de nos éclaireurs, ils disent que les Arkans ont bien tous été vaincus. Les survivants fuis nos terres en ce moment même. Que devons-nous répondre ?

- Envoyez nos chasseurs ! Intervint Emmett, la voix rauque tellement il était silencieux depuis la blessure de son épouse. Je ne veux aucun survivant. Et prévenez le village de notre arrivée.

Il avait dit cela avec une grimace âcre tout en resserrant sa prise sur Rosalie, installée tout contre lui, par devant sur son cheval. Du coin de l'œil, il vit le Général en chef chercher confirmation auprès d'Edward, et celui-ci, d'un discret mouvement du menton, lui donna l'ordre d'obéir. C'était bien la première fois qu'il voyait les décisions d'un des princes demander la confirmation d'un deuxième, et ne pas être appliqué immédiatement. Mais, se rappelant de la folie qui avait envahi le géant depuis l'attaque sur sa compagne, il ne put que leur donner raison de faire preuve de méfiance. Le souvenir d'Emmett abattant un cheval pour se nourrir était encore trop frais dans son esprit, et le fit frissonner d'horreur.

Il leva son outre devant ses lèvres, engloutissant une longue gorgée d'eau salvatrice, et se redressa pour mieux affronter la chaleur et la fatigue qui accompagnait leur avancée. Ils avançaient à découvert sur un chemin de campagnes verdoyantes, et les quelques rares arbres qu'ils croisaient n'étaient pas suffisants pour les protéger. Il pouvait sentir la souffrance du cheval qu'il montait dont les flancs se couvraient d'une patine de sueur pâle, à l'image de la taie embuée qui recouvrait ses yeux vifs et méfiants qui parcouraient les alentours.

- Il va nous falloir trouver un endroit où nous arrêter, murmura-t-il à Edward. Les chevaux ne tiendront pas longtemps encore cette cadence.

Il vit son amant jeter un long regard sur la forme recroquevillée de sa belle-sœur, emmitouflée dans la cape de son époux, et dont on ne distinguait que les reflets de cheveux clairs, avant de lui répondre.

- Nous sommes proches de la première ville d'Orlysin. L'informa son compagnon. Je suis même étonné que nous n'en voyant pas encore les abords.

Hochant silencieusement, Harry reprit une gorgée d'eau, et ils continuèrent leur pénible avancée sur plusieurs longues et interminables minutes. Le soleil commençait encore une fois à décliner quand ils aperçurent la fumée s'élever en tourbillon, un brouillard mince, perdu au loin, mais bien trop réel à leur goût.

- Plus d'une vingtaine de kilomètres, peut-être ? Hasarda Edward.

- Plutôt quinze, réfuta Emmett, ses yeux scintillants de nouveau d'espoir. Au galop mes frères !

Ils progressèrent alors au petit galop, craignant d'épuiser définitivement leurs montures. Les montagnes multicolores de l'hiver, blanches, presque aveuglantes, avec des pointes vertes et marron, étaient à présent définitivement derrière eux. Ils prirent un petit chemin de terre, clairsemés d'arbres, qui les menèrent enfin aux murs d'enceinte du village.

- Ouvrez les portes ! S'écria immédiatement Emmett. C'est votre prince qui vous parle !

Et après un moment de flottement, Harry souffla de soulagement en voyant la grande porte en bois principale s'ouvrir pour leur libérer le passage. Dans un grincement infernal, il la vit s'élever, et capta le sourire apaisant de son amant à ses côtés. Épuisé, il le lui rendit avant de s'enfoncer dans le village.

Toutes les petites maisons, certaines beiges, certaines plus colorées, s'unissaient pour ne plus pouvoir les distinguer les une des autres avec ce qui avait l'air d'être un seul toit blanc. Les gouttières pleuraient à cause du gel qui les avait bleuis, et que le soleil du jour décongelait lentement. Leurs petites fenêtres illuminées étaient voilées de courts rideaux soignés, et Harry pouvait apercevoir le visage timide d'enfants qui les observaient curieusement, avant de se faire rabrouer par leurs parents. Alors à cet instant seulement se rendit-il compte de l'atmosphère tendue, la peur démesurée, qui régnait sur la petite ville. L'attaque des Arkans aux alentours devait y être pour beaucoup, et il ne s'offusqua nullement de ne pas avoir comme à Alayis de haie d'honneur, et de cris enchantés à leur arrivée. Il comprenait leur angoisse.

Rapidement, leur troupe se dirigea vers une petite auberge sur la place de la ville dont les propriétaires se précipitèrent à l'extérieur pour les accueillir. Tout semblait prêt pour leur arrivée. Les cinquante chambres dont l'établissement disposait furent naturellement réquisitionnées, et les écuries qui pouvaient accueillir près de quarante chevaux permirent à leurs montures essoufflées d'enfin se reposer. Descendant de selle, raide, Harry suivit la famille royale et les hommes à l'intérieur de l'auberge. Là, le grand feu ronflant de l'énorme cheminée qui dominait la pièce les réchauffa d'un coup. Une servante dans le fond finissait de passer le balai, d'autres enlevaient la cendre, et une autre encore passait un chiffon sur les tables. L'espace était propre et chaleureux. Et en dehors de l'odeur du bois et du feu leur parvenait avec plaisir l'ensorcelant fumet de la nourriture. De derrière le long bar en bois dur, il pouvait voir les quelques quartiers de viande grossièrement suspendus à de gigantesques landiers, de plantureuses rôties, et des coupes pleines de doux brevages. La vue de cette abondance de nourriture sembla comme lui rappeler qu'il avait faim.

- Où sont les guérisseurs ? S'agaça Emmett en portant son épouse. N'avez pas reçu un message ordonnant sa venue ?

- Mon Seigneur, trembla le tenancier, ils…. Ils vous attendent. Ils sont dans une chambre que nous vous avons préparée.

Sans même finir d'écouter, Emmett le contourna, son précieux chargement dans les bras, et prit l'escalier en bois en colimaçon qui menait à l'étage supérieur. Abasourdi, l'aubergiste se dépêcha de le rattraper pour le mener au médecin.

- Allons-y, souffla-t-il à Edward en lui attrapant le bras. Il faut aussi soigner ta blessure à la cuisse.

- Je dois encore m'occuper des hommes.

- Si vous permettez, Altesse, intervint Allucard, je vais me charger d'eux. S'il vous plait, aller vous faire soigner.

Harry capta le remerciement silencieux et le hochement de tête des deux vampires, et sans attendre, entraina son compagnon dans son sillage. Quelques soldats, qui avaient été blessés et que la chasse n'avait permis que d'atténuer leurs blessures, leur emboitèrent tout de suite le pas, s'aidant les uns les autres. Le restant des troupes, sous les ordres du Général en Chef, restaient en arrière en observant leur procession d'un air inquiet. Au final, malgré sa magie vacillante, il était celui qui s'en sortait le mieux, car toutes ses plaies avaient lentement disparu de son corps. Qui aurait cru qu'il serait plus résistant qu'un vampire ? Certainement pas lui.

Arrivé devant l'escalier, Harry vit la grimace du prince, et, sans lui demander son avis, passa son bras par-dessus ses épaules. Le soutenant malgré sa propre fatigue, il monta lentement les escaliers, marche après marche, jusqu'à arriver dans un long couloir. Là, la tenancière qui les avait suivis, accompagnée d'une jeune fille discrète, les conduisit rapidement vers une chambre tout au fond. Leur ouvrant la porte, Harry vit que la pièce, qui devait certainement être une grande salle de danse ou autre, avait été aménagée en infirmerie. Plusieurs couches sommaires, séparées par des rideaux de toile blanc s'y trouvaient. Et partout, des femmes portant des brocs d'eau et des linges, ou des hommes avec des fioles ou des aiguilles, couraient d'un bout à l'autre. Un homme, les avisant, s'approcha humblement d'eux :

- Votre Altesse, je suis le guérisseur Albe, dit-il. Permettez-moi de vous soigner, je vous prie.

D'un hochement de tête d'Edward, le petit homme se pressa de les conduire au fond de la pièce. Leurs soldats dans leur dos étaient déjà pris en charge par les servantes. Et, clopin-clopant, après avoir traversé un lourd et riche rideau de soie, ils virent deux lits, dont un déjà occupé par Rosalie. La malheureuse était blême, allongée les yeux fermés, et son armure partiellement enlevé. Un drap blanc cachait sa poitrine à leur vue, et son époux observait d'un regard perçant chaque faits et gestes des guérisseurs qui tournaient autour d'elle.

- Emmett, appela soudainement son amant.

Il eut un échange silencieux entre les deux frères. Juste leurs regards ancrés l'un dans l'autre avant que les épaules du géant ne se détendent.

- Ils ont déjà trouvé un antidote au poison, les informa ce dernier. C'est une belle saloperie ! Pas mortel, mais ça empêche notre cicatrisation.

Du coin de l'œil, Harry vit un guérisseur s'approcher de la princesse blonde en remuant énergiquement une décoction jaunâtre à l'odeur suspecte. Emmett se détourna de nous pour lui grogner dessus alors qu'il allait toucher sa patiente. Passant devant lui, le géant releva lui-même délicatement la tête de sa belle, et prit la décoction pour la presser contre les lèvres bleuies. À force de cajolements, et d'insistances, il parvint enfin à lui faire boire, et malgré la quinte de toux de Rosalie qui lui vomit par la suite dessus, il ne défit jamais sa prise sur son frêle corps. Au contraire, saisissant le linge mouillé que lui tendait une servante, il débarbouilla lui-même son épouse. Mais de tout cela, le plus difficile fut lorsqu'un guérisseur entreprit d'enlever son bandage au cou pour recoudre la plaie. Le tissu imbibé de sang tomba au sol dans l'indifférence générale alors que la plaie était dévoilée. Harry crut vomir lorsqu'il remarqua les chairs arrachées, les veines apparentes, et le jeu des os découverts. Aucun doute qu'un humain serait mort depuis longtemps à sa place. Il tenu à la vue des lignes et des baumes qu'ils appliquaient sur l'horrible plaie, mais dut détourner les regards lorsqu'une aiguille s'avança pour recoudre les chairs sous les grognements inquiets d'Emmett.

À cet instant seulement, il remarqua le regard hanté de son amant posé sur sa belle-sœur, et à quel point il s'appuyait encore sur ses frêles épaules pour éviter de trop appuyées sur sa jambe douloureuse. Sans attendre, malgré son début de protestation, il le conduisit au deuxième lit, et le fit asseoir. Comme s'il n'attendait que ça, le guérisseur Albe lui tendit la même décoction jaune, qui fut avalée sans protestation ni grimace. Quelques servantes et guérisseurs tentèrent de prendre soin d'Harry, mais il les repoussa pour se concentrer sur la blessure d'Edward et de Rosalie.

Il pouvait voir qu'à présent la blonde respirait plus facilement, le sifflement constant de ses inspirations se taisant, alors que les guérisseurs s'affairaient toujours sur son cou. Elle papillonnait d'ailleurs des yeux, comme si elle se battait pour reprendre conscience sans y parvenir totalement. Ému, il vit Emmett se baisser un instant pour lui embrasser ses lèvres gercées avant de lui présenter de nouveau son poignet pour la forcer à se nourrir. Se détournant, tant ce moment semblait intime, il vit que la plaie à la cuisse d'Edward se faisait elle aussi recoudre pour faciliter sa cicatrisation. Il ne put empêcher un frisson de le parcourir en voyant l'aiguille piquer les chairs, et le fil les tirer pour les rapprocher. La vue d'encore plus de sang et de chairs à vif, combiné à sa fatigue, le fit presque tourner de l'œil. Mais il serra les dents et tenu bon pour rester debout.

- Je sens déjà l'antidote faire effet, et repousser le poison, lui dit son amant en captant son malaise. Ce n'est qu'une question de temps avant que je ne cicatrise.

- Je suis content, dit-il dans une expiration soulagée et fatiguée.

Rassuré, il s'approcha du lit de son prince, et dès qu'il fut à porter, une douce main un peu trop froide lui caressa la joue. Fermant les yeux, il força la câlinerie en y appuyant son visage.

- Va dormir, Harry, lui intima le vampire. Je serais là à ton réveil.

- Tu fais beaucoup de promesses ces temps-ci.

- Seulement celle que je suis sûr de pouvoir tenir.

Après avoir échangé un dernier regard, pesant le pour et le contre, Harry se décida enfin à se redresser. Son mouvement fit craquer chaque os de son corps, et il en grimaça de douleur. Puis, après un dernier regard à son compagnon, qui lui sourit, rassurant, et un hochement de tête pour Emmett qui enlaçait Rosalie, il se détourna et passa le rideau. Là, il prit le temps d'observer les blessures de chaque soldat, se récoltant des regards affectionnés, et, une fois rassuré, se laissa finalement guider par une servante quelconque vers une chambre de l'auberge.

Il ne saurait dire si celle-ci fut belle, quelles couleurs décorèrent les murs, ou même quels meubles s'y trouvaient. Tel un automate, il se dirigea immédiatement vers la seule couchette de la pièce. Sans même prendre la peine de se déshabiller, il s'écroula sur le lit et ne quitta pas sa chambre de tout le reste du jour, et de toute la nuit. Peu importe qui frappa à sa porte, jamais il ne répondit, tant il était depuis longtemps perdu dans ses rêves.

Au réveil, aux premières lueurs de l'Aube, il difficilement battit des paupières pour quitter le monde des songes. La fatigue avait écartée tout risque de cauchemar. Il sonda la demi-pénombre de la chambre d'un regard embué, éprouva du bout des doigts le duvet rêche sur son menton, et surtout, huma la puissante mauvaise odeur qu'il dégageait.

- Un bain ne serait pas du luxe, marmonna-t-il pour lui-même en se levant.

Il allait se diriger vers la pièce attenante menant à la salle de bain rustique qu'il disposait, lorsqu'un bref coup à sa porte l'en détourna. Grimaçant de se présenter ainsi, il s'y dirigea lentement, le corps fourbu et douloureux, et ouvrit la porte à la volée. Personne ne se trouvait de l'autre côté. Agacé, il allait se détourner lorsqu'il avisa les plateaux-repas qui avaient été déposés sur un petit meuble en bois posté à côté du seuil de sa porte. Étonné, il allait s'en saisir lorsqu'une timide ombre se présenta à lui. Tête baissée, mains tordues nerveusement devant elle, se trouvait la fille du propriétaire qu'il avait aperçu la veille.

- Pardonnez-moi, Sorah, dit-elle sans le regarder. Je ne voulais pas vous réveiller. J'apportais juste votre repas.

Elle avait dit cela en s'embrouillant, butant sur ses propres mots, et sans jamais le regarder. Harry prit un instant pour l'observer, et, soit dit en passant, pour totalement se réveiller avant de répondre.

- Je souhaiterais me laver, fit sa voix rauque. Et me raser aussi.

Il avait ajouté sa dernière demande lorsqu'en passant une main fatiguée sur son visage, il avait encore senti un début de barbe le piquer. Lui qui se plaignait parfois d'être presque imberbe, le voilà servit.

- Tout de suite, Grande Sorah ! Dit précipitamment la servante en filant. Je vais vous amener de l'eau chaude puisé du puits de ce matin même.

Il sourit de son enthousiasme et, laissant la porte ouverte pour elle, il revint vers sa chambre. Là, il prit le temps de s'étirer ses muscles endoloris, et de bâiller tout son soûl. Et plus rapidement qu'il ne l'avait prévu, la servante revint armée de linges et d'un baquet d'eau fumant. Il la vit fermer doucement la porte derrière elle, rougissant de se trouver maintenant en toute intimité avec lui, avant de se diriger vers la petite salle de bain. À genoux pour préparer ses produits pour le laver, elle rougit une fois de plus en le voyant se mettre torse nu. Puis, il sentit le regard de la jeune vampire s'attarder sur son torse, détaillant chacune de ses cicatrices, en passant sur l'énorme « C » qui ornait à jamais sa côte droite, avec un frisson de douleur. Voyant son trouble, il tendit sa main vers le rasoir, lorsque dans un sursaut elle se reprit. Son rougissement s'étendit jusqu'au cou lorsqu'elle se rapprocha pour frictionner doucement ses joues de savon à barbe. Puis tirant un tabouret pour l'inviter à s'assoir, il y prit place et se laissa faire, tout en fermant les yeux de plaisir lorsqu'elle se mit à le raser. Il dut admettre que bien des barbiers auraient envié la dextérité de la jeune servante. La lame glissait sur sa peau avec une précision experte, et Harry se sentit apaisé par le contact de ses doigts calleux et agiles. L'espace d'un instant, il se perdit dans l'odeur de la pièce, et la proximité de leur corps, la pensée d'être enfin en sécurité reléguant dans les tréfonds de son esprit toute sa peine et toute la colère de la guerre. Il se perdit dans ce doux et éphémère sentiment de sécurité.

Mais le pire fut les senteurs qui se dégageaient de la servante. Elle sentait le foin, le bois, et la chaleur de la cheminée. Maison et sûreté. Voilà ce que disait son essence. Puis, alors qu'il la reniflait encore sans pouvoir s'en empêcher, il se figea en reconnaissant une odeur. C'était fin, et discret, une odeur de monoï, ou de vanille. Comme Hermione… Son amie adorait s'asperger de son parfum de vanille moldu, malgré les autres parfums hors de prix que s'obstinait à lui offrir Ginny, et cette senteur avait fini par la caractériser. Et il pouvait la sentir à chaque fois qu'il la prenait dans ses bras pour se réconforter. Il aurait dû se redresser, couper court à ce moment inapproprié, mais l'ivresse et les souvenirs qu'il éprouvait le submergeaient. Enfin, sans qu'il sache si la servante avait capté son trouble, il se laissa faire lorsqu'elle lui essuya tendrement le visage d'un linge mouillée. Il pouvait presque imaginé Hermione avec lui, un air réprobateur sur le visage face à son état. Levant les yeux en soupirant, pour la première fois son regard croisa et s'ancra dans celui de la jeune vampire, et un petit silence s'éternisa entre eux.

- Ce sera tout, servante. Claqua une voix froide de la porte de la salle de bain.

Campé sur ses deux jambes, le dos bien droit, et la mine revêche, il remarqua enfin la présence d'Edward. Il était habillé simplement d'une longue tunique blanche, sur un pantalon de la même couleur, avec une ceinture de tissu doré. Des sandales serties de pierres aux pieds, et les cheveux humides lâchés sur un côté de son épaule, il ne devait pas être levé depuis longtemps lui non plus. Hautain au possible, le nez pointu bien haut, il ne semblait pas avoir du tout été blessé durant une bataille contre des griffons tant il avait l'air fier. Croisant son regard devenu noir, il leva un élégant sourcil provocateur, alors que la pauvre servante balbutiait des excuses avant de quitter la pièce. Le discret claquement de la porte de la chambre lui apprit qu'il était maintenant seul avec le vampire.

- Edward… Appela-t-il lentement en se relevant du tabouret. Ça fait longtemps que tu es là ?

- Assez longtemps pour te voir faire de l'œil à la servante. Et moi qui pensais que tu n'oserais pas user de ta position pour flirter avec des jolies demoiselles. Il eut un claquement de langue. Je suis déçu.

- Eh bien, on dirait que j'ai passé trop de temps en ta compagnie.

Le regard qu'il reçut à cette pique fut… carnassier. Gêné, il s'éloigna de la salle de bain, entra dans la chambre et vit que le plateau-repas était à présent poser sur une table en bois branlant à côté du lit. Sans y penser, juste pour cacher son embarras, il s'en approcha et y prit un verre pour le porter à sa bouche. Un liquide laiteux et sucré au possible envahit ses papilles.

- Essayerais-tu de me faire comprendre quelque chose ? Susurra Edward en le suivant à la trace. Manquerais-tu d'attentions venant de moi, mon petit lapin ?

Il s'étouffa sur le verre de lait de chèvre chaud qu'il buvait à ce surnom grotesque. Et voyant le piège, il se contenta de lui répondre par un sourire menaçant en reposant son lait. Il fit quelques pas dans la chambre en tentant de se donner un air décontracté. Malheureusement, il était beaucoup trop mal à l'aise sous le regard noir qui ne cessait de détailler chacun de ses gestes minutieusement pour reprendre contenance.

- Arrête ! Craqua-t-il face à la jalousie évidente du prince. Je n'étais pas en train de coucher avec elle, non plus.

Un sourire féroce lui répondit.

- Non. Répondit lentement Edward en se rapprochant de lui. Mais c'était autre une forme d'abondant, n'est-ce pas ?

Et sans lui laisser le temps de répondre, Edward usa de sa vitesse vampirique pour apparaitre devant lui et l'enlacer dans une prise d'ours. Râlant et se débattant, il voulut quitter cette étreinte forcée lorsque celle-ci se fit soudainement douce et bienveillante. Une main se mit à caresser ses mèches folles, tandis que l'autre cajolait le bas de ses reins. Plongeant le nez dans les cheveux longs à sa portée, il ne retint pas son petit gémissement satisfait en retrouvant la douce odeur familière. La maison ? Il y était au creux des bras du vampire.

- Ce sont juste, murmura-t-il, des souvenirs persistants….

- Je ne te laisserais pas trouver du réconfort dans d'autres bras que les miens, chuchota le prince à son oreille. Et je ne te laisserais pas à ces souvenirs ! Tu devras te contenter que de moi !

Il faillit rétorquer : qui a dit que j'avais besoin d'un autre que toi ? Mais se retint à temps. Aucun doute que ces quelques mots allaient rendre son amant infernal s'il lui avait échappé.

- Et toi ? Demanda-t-il soudainement.

- Quoi, moi ?

- Tu parles souvent de ce que je peux ou ne peux pas faire. Qu'en est-il de toi ? Dans combien de bras trouves-tu du réconfort ?

Il se traita mentalement de midinette et se serait frappé en sentant son cœur rater un battement pour battre encore plus fort à sa propre question. Au regard moqueur qu'il reçut en coin, aucun doute que le vampire l'avait entendu.

- Voyons, mon lapin… Commença ce dernier.

- Arrête ça ! Coupa-t-il.

- Ça fait bien longtemps que tu es le seul que je n'ai jamais désiré, finit-il tout de même, l'air de rien.

Et voilà. Son cœur reprit sa course folle sous le regard goguenard du vampire. Naturellement, leurs lèvres se trouvèrent et se pressèrent avec douceur l'un contre l'autre.

- Tu as un goût… Lui murmura le prince en se baissant légèrement, sortant une langue rose, pour sillonner le long de son torse en insistant bien en petits cercles taquins autour de ses tétons. De sable et de transpiration… Et de feu de bois, aussi, finit-il en plissant élégamment du nez.

- Désolé… Raison de plus pour me laisser me laver alors.

Il crut pouvoir l'esquiver, mais se trouva pris au piège entre ses bras. Le vampire émit un petit rire, se redressa pour déposer un baiser contre sa joue maintenant lisse, puis pressa son corps dur contre le sien, la tête nichée au creux de son épaule.

- Je ne m'en plains pas, sourit contre sa peau Edward. Au contraire.

- Je ne me suis même pas lavé du voyage. ! Je suis tombé endormi dans mes habits en sueur et couvert de saleté.

- Arrête, tu m'excites…

- T'es dégueu !

Un ronronnement de chat lui répondit, et une main lui caressa les épaules, lui arracha un léger soupir de plaisir. Avant qu'il ne se fasse repousser sur le lit.

- Arrête ! Protesta-t-il encore. Je te rappelle que tu étais blessé. Ce n'est peut-être pas le moment de faire des galipettes.

- Moi ? Blessé ? Vérifie par toi-même.

Et là, sans gêne aucune, Harry regarda des yeux écarquillés le prince saisit le col de sa tunique pour en défaire les quelques lacets. Sensuellement, il le regarda l'enlever pour révéler sa peau blanche et nette sur des abdos fermes et nerveux qui se contractaient à chacun de ses gestes. Et, le temps d'un souffle, le bas de son corps se dévoila pour laisser apparaitre de longues jambes, des cuisses musclées dont une gardait la ligne rose d'une blessure cicatrisée, et des hanches étroites. Harry rougit jusqu'à la pointe des cheveux en évitant de fixer une certaine partie de l'anatomie du vampire qui tendait vers lui.

- Mais… Tenta-t-il une dernière fois, son ventre gargouillant bruyamment. J'ai faim moi !

- Moi aussi…

XXXX

Le reste fut perdu sous l'ivresse de leur union, et de toute manière, rien n'importait plus que ce moment. Mais comment pouvait-il avoir envie de lui après toutes ces horreurs ? Comment pouvait-il s'enflammer sous ses caresses alors que ces mêmes mains avaient tué et torturer sous ses yeux ? Un gémissement franchit ses lèvres alors que ses pensées prirent une autre direction. Car n'avait-il pas fait de même ? Ne s'était-il pas montré aussi implacable ? Ils étaient égaux sur le pire plan de leur personnalité. L'étreinte qu'il partageait était une étreinte de meurtriers. Où était-ce simplement celle de deux guerriers amoureux ? Pourtant, sans avoir de véritables réponses à ces questions, cela n'empêcha pas la fièvre qui avait envahi leur corps de vouloir se rapprocher pour s'unir encore et encore et encore … Et leur étreinte dura des heures durant, au cours de laquelle ils avaient fait l'amour avec urgence et passion. Parfois même avec violence, se griffant et se mordant. C'était ce que réclamait leur chair. Ce que voulait leur esprit. Et Harry oublia vite la saleté de son corps, ou sa faim, ou même son dégout de la guerre alors qu'il rendait caresses pour caresses, et baisers pour baisers. Il ne se lassait pas de sentir sa peau contre la sienne, d'éprouver la caresse merveilleuse du souffle d'Edward dans son cou tandis qu'il se faisait pénétrer, s'abandonnant à lui, le laissant plonger avec délice dans son corps souple et accueillant. Et là, alors que la jouissance lui tendait les bras dans un finale éblouissant, il se cambra brusquement lorsque des crocs lui transpercèrent la gorge, et que son sang lui fut prélevé. Sous ses paupières à demi closes, un feu d'artifice se jouait par vagues montantes de plaisir alors qu'il se livrait entièrement à la vigueur dont faisant preuve son amant. Enfin, la douleur et la peur de la guerre acceptèrent de les quitter à la faveur des lueurs du matin.

XXXX

Harry se réveilla bien plus tard, épuisé mais apaisé. La lumière forte du jour vint le cueillir et filtra à travers les persiennes de la seule fenêtre de la chambre, éclairant la pièce et révélant le visage calme de son partenaire. Ce dernier, couché sur le dos, le visage tourné vers lui, était encore profondément endormi. Comme il était rare qu'il puisse être levé avant lui, il passa un petit moment à juste l'observer. Puis, tout doucement, sans geste brusque, il approcha son doigt de son visage, caressa sa joue, son menton, puis taquina son nez. Edward fronça les sourcils dans son sommeil, alors que son nez remuait d'inconfort. Amusé, il recommença à taquiner son nez, et son doigt finit même par se fourrer un dans une narine d'un geste rapide. Et là, il vit le nez qu'il embêtait se froncer, bouger, puis, d'un coup, éternuer. Il en éclata de rire.

- Harry… Gronda le prince, réveillé, en roulant sur le côté.

Il le vit bâiller, ouvrir les bras, et il se trouva tout de suite après attirer dans ses bras pour un câlin matinal. Caressant son torse, il resta un moment silencieux, profitant de l'instant.

- Faut que j'aille voir Rosalie, dit-il. Tu sais si elle est réveillée ?

- Hum… Elle a repris des forces et recommence à engueuler Emmett.

Il explosa de nouveau de rire. Si la blonde avait assez de force pour engueuler son époux, c'était qu'elle était effectivement sortie d'affaire. Se pressant contre son vampire, ses lèvres effleurèrent le bas de son oreille pour y poser un baiser. Il sentit parfaitement l'atmosphère changer dans la chambre, se réchauffant, et roulait déjà sur le dos lorsqu'un discret bruit retentit dans le couloir, suivi de la voir tremblotante de la servante. Clignant des yeux, le vampire allongé sur lui fit un large sourire avant d'étouffer à son tour un rire. Il ne comprit pas très bien son hilarité ni la gêne qu'il percevait de la voix de la servante qu'il entendit s'excuser avant de disparaitre dans le couloir. Il haussa un sourcil vers son amant, qui se contenta de ronronner en plongeant son nez dans cou. Le son se répercuta contre le mur de la petite chambre. Et à ce moment seulement, Harry se rendit compte d'une chose. Au contraire des châteaux d'Efryn ou d'Alayis, avec leurs murs en double béton, ici tous les sons passaient librement entre ces cloisons en papier mâché. Chaque petit bruit se répercutait et s'amplifiait pour résonner partout. Petit à petit, il se sentit rougir sur tout le corps alors qu'il se faisait ses propres conclusions.

- Lave-toi, et habille-toi, Harry, lui souffla doucereusement Edward. Je t'attends en bas.

Puis, trop rapidement pour être honnête, il regarda sans bouger son amant se rhabiller et fuir rapidement la chambre. Ce ne fut qu'une fois la porte fermée qu'il balança le pot de chambre en verre vide au pied de son lit contre elle en jurant à voix haute.

Plus tard, ce fut rouge de honte qu'il alla s'enquérir de l'état de santé de Rosalie. Bien qu'affaiblit, ce fit une belle blonde bien éveillée, frappant son époux, qui l'accueillit. Il avait dut affronter sur tout le chemin un mélange de regards d'envie, de connivence, et bien souvent, de gêne. La fille du tenancier avait même fuie en courant à sa vue. Dépité, il s'assit au chevet de la princesse, et ne trouva même pas la force de répondre aux piques grivoises qu'Emmett ne se gênait pas pour lui balancer. Pourtant, alors qu'il fusillait son compagnon, qui venait d'apparaitre, d'un regard vicieux, il ne put s'empêcher d'échanger un petit sourire avec lui à la vue de son géant de frère de nouveau joueur et blagueur. Cela fut difficile, mais il parvint enfin à se détendre. L'idée que tout revenait à la normale fit partir une boule qu'il n'avait pas conscience de savoir peser sur son cœur. Il allait prendre congé d'eux lorsqu'il fut surpris de voir Emmett le suivre dans le couloir.

- Tu voulais quelque chose ? Demanda-t-il, méfiant.

Le géant eut un sourire un peu trop innocent avant de le faire signe de le suivre. Lentement, Harry le suivit hors de l'auberge, ignorant les regards sur son passage, et marcha lentement avec lui dans le village. Il pouvait encore sentir la peur baigner les lieux. Les rues pavées étaient vides. Aucune femme étendant son linge dans la rue, aucun enfant criant et se poursuivant, et aucun homme ou Marchand pressé n'y déambulait. Les rares magasins ouverts, comme le boulanger, n'étaient pas vraiment accueillants tant les propriétaires guettaient leurs futurs clients avec appréhension. Il avait l'impression qu'à tout instant allait apparaitre un groupe d'Arkans. Et il ne les blâmait pas pour cette peur.

- Je m'excuse si je t'ai fait peur, fit enfin le géant, mal à l'aise. Ce n'était pas mon intention.

Il ne répondit pas tout de suite.

- C'est Rosalie qui t'a forcée à venir me parler c'est ça ? Demanda-t-il.

Le petit rire gêné qu'il reçut en réponse lui fit émettre un rictus moqueur. Il marcha encore quelques pas en silence.

- Je suis toujours le même tu sais, insista Emmett.

S'arrêtant, il se tourna vers ce dernier et fut surpris de croiser un regard incertain et troublé. Il sentait que si l'investigatrice de cette discussion avait été la princesse blonde, là, c'était vraiment le géant qui voulait en quelque sorte son… pardon ? Il repoussait tellement les limites de ce qu'il croyait pouvoir supporter et accepter depuis qu'il était à Elysion qu'il était même surprit que quelqu'un prenne la peine de savoir comment il encaissait tout ça. Il sourit en voyant Emmett, embarrassé sous son examen, jouer de sa botte contre le sol comme un gamin pris en faute.

- C'est bon, Emmett. Il fallait bien que je te voie dans un de tes mauvais jours !

- Oh, et puis, je reste moins pire qu'Edward !

Ça, c'était discutable. Pour lui, tous les frères Cullenus étaient à leur façon un peu (voir beaucoup) effrayants.

- Tu savais que c'était un pleurnicheur ? Demanda soudainement Emmett en le coupant dans ses réflexions. Non, il ne te l'a surement jamais dit. Mais s'en était un !

- De qui parles-tu ?

- D'Edward bien sûr ! Un vrai fils à maman celui-là.

Il s'était arrêté de marché, trop surprit, avant de se presser de rattraper le géant qui continua d'un ton moqueur :

- C'est le dernier fils d'Esmée et de Carlisle. Il a toujours été surprotégé dans son enfance. Surprotégé et gâté ! Et Jasper et moi n'avions rien le droit de lui faire !

Harry avait envie de rire au ton râleur et offusqué du vampire, mais se retint à temps.

- Dès qu'on tentait de lui jouer un tour, dit le géant, on se faisait taper sur les doigts. Ah, crois-moi Harry, ma mère peut-être redoutable une fois bien énervée.

- Oh, mais je veux bien te croire.

Ils continuèrent quelques pas en silence. Chacun perdu dans leur pensée.

- En plus, se scandalisa encore le prince, son pouvoir s'était révélé dès son plus jeune âge. Et il n'hésitait jamais à l'utilisé contre nous ! T'imagines même pas le nombre de plans qu'il a ruiné avec sa grande bouche…

Une image d'Edward, tout petit, les cheveux brun-roux courant dans tous les sens, allant répéter à ses parents les projets de ses frères le fit éclater de rire. Quoi qu'il en soit, à les voir si unis aujourd'hui, surtout Edward et Jasper, il n'aurait jamais pu croire qu'il y ait pu exister des querelles entre eux. Il avait du mal à les voir enfant.

- Un jour, fit Emmett en baissant la voix comme pour révéler un secret, on a réussi à contourner son pouvoir. Et on l'a attiré hors du château en lui disant qu'on allait lui apprendre à chasser.

Là, Harry s'imaginait les yeux pleins d'innocence de son amant briller de plaisir à l'idée de courir dans les bois et chasser avec ses frères.

- On n'a pas été sympa… Avoua le vampire, soudain gêné. On voyait juste un petit emmerdeur qui trainait dans nos pattes, et allait pleurer dans les jupes de mère quand on ne voulait pas jouer avec lui. On était des sales gosses, comme on en voit souvent, et un jour, on a voulu se venger… On l'a attiré dans la forêt sous ce prétexte bidon, celui de la chasse. La bonne blague ! Enfin bon, pendant qu'il gambadait partout pour repérer un ours (ces mots-là étaient dits avec dérision) on lui a sauté dessus, on l'a bâillonné, et on l'a attaché à un arbre avec une corde avant de l'abandonner.

La chute de l'histoire l'avait laissé pantois. Il vit l'air d'Emmett qui ricanait encore de sa mauvaise blague d'enfance, et lui frappa l'épaule en représailles.

- Ça, dit-il, c'est pour le petit Edward au cœur brisé par ses idiots de grands frères.

- J'imagine que je le mérite…

- Oui ! Je te le confirme.

Loin de se vexer, le géant rigola de son air encore incrédule à son grand énervement.

- Dites-moi que vous vous êtes fait pincer ? Râla-t-il.

- Oh que oui ! Ma mère a été implacable. Mais, tu sais, on s'en voulait déjà nous même lorsqu'à la nuit venue il n'était pas rentré.

- Il a passé la journée attaché à cet arbre ?!

- On n'avait pas serré les cordes ! On pensait qu'il allait vite se libérer et revenir au château nous faire punir ! Et… Ben, on pensait mal.

Il pouvait voir à son air penaud qu'il le pensait vraiment. Il s'en voulait même toujours un peu. Et il le crut. Emmett avait beau être un chiant, il n'était pas un vrai méchant. Il était juste un peu trop joueur.

- Enfin bon, continua ce dernier en secouant la tête pour chasser ses pensées, mes parents allaient lancer les soldats à sa poursuite lorsqu'il est apparu au bas de la cour, tout échevelé et dégoulinant de morve à force d'avoir trop pleuré. Il était accompagné d'une jeune fille qui, ayant entendu ses pleurs, l'avait aidé à se libérer.

- Une chance…

- Oui. Elle a toujours été un vrai petit miracle. Apparaissant au bon moment, et disparaissant quand on avait plus besoin d'elle.

Un malaise le prit à la vue de l'air soudain tout à la fois accablé et nostalgique d'Emmett.

- J'ai surpris sa discussion avec elle avant qu'elle ne parte, dit celui-ci, ses yeux dans le vague. Mon petit frère lui disait à quel point il était triste de ne pas avoir d'amis, mais que des serviteurs. De ne même pas pouvoir compter sur ses frères pour jouer avec lui !

- Prend pas cet air triste, tu l'as cherché !

- Tu as raison. En tout cas, la gamine lui a dit qu'elle serait son amie dans ce cas. Et ce merdeux a osé lui répondre « Mais… t'es une fille ! »

Harry explosa de rire, et eu besoin de s'arrêter pour se reprendre. Il connaissait bien cette animosité qu'avaient les jeunes enfants. Les filles et les garçons ne voulaient pas forcément rester ensemble. Ils ne se mélangeaient pas vraiment. Jusqu'à un certain âge…

- Et au lieu de se vexer, rigola avec lui Emmett, la gamine lui a fait un sourire en lui disant qu'elle lui apporterait un ami demain.

- Elle lui a apporté un ami ?

Sa perplexité était visible alors que le géant levait les yeux vers le ciel. Triste.

- Aranwë a été son premier ami. Souffla-t-il. Et il était le dernier cadeau de sa défunte fiancée, la princesse Isabella. C'était son seul souvenir vivant d'elle.

- Oh…

- Ils ont grandi ensemble, tu sais. Avec ce foutu canasson ! Edward lui apprenait toute sorte de tours débiles. Il le faisait même rentré en cachette dans le château, et ils volaient de la nourriture dans les cuisines avant de se planquer dans sa chambre. Ma mère était folle lorsqu'elle retrouvait des traces de sabots partout. C'était incroyable ! Il rigola à s'en tenir les côtes à ces doux souvenirs. Et ce cheval était un Celeris pur race. Le plus rapide de tous, et surtout, à la vie extrêmement longue ! Là, il prit un air totalement admiratif, puis il devint doux en continuant : je crois que cette histoire a aussi marqué le début de mon amitié avec ce petit frère qui m'embêtait tant. J'ai eu envie de le protéger, et de l'aimer. D'être le deuxième ami de sa vie. En ex æquo avec Jasper.

Une chape de plomb s'abattit sur les épaules d'Harry à ces quelques mots. Il savait que le cheval avait une signification toute particulière pour Edward. La preuve, la première de ses tâches en arrivant dans son monde avait été d'en prendre soin. Il revit son choc et sa plainte lors de la mort de l'animal, et les pièces manquantes du puzzle s'emboitèrent dans son esprit. Il se sentit encore plus mal de la mort du cheval.

- Tout ça pour te dire merci. Finit par dire le géant en tentant un sourire.

- Merci ?

Son étonnement était loin d'être fin. Il ne comprenait plus rien à cette discussion bien qu'il aimait l'idée d'en savoir plus sur son compagnon. Ses émotions étaient des montagnes russes. Tantôt il riait, tantôt il se sentait au bord des larmes.

- Je pensais qu'il serait plus… haineux. Admit le prince. Que sa carapace de vampire dure et sanguinaire reviendrait au galop après toute cette attaque, tout ce sang, ces pertes... Mais t'avoir à ses côtés l'aide beaucoup. Il est plus stable. J'aurais aimé que Jasper trouve en lui ce même soulagement.

Harry avait envie de lui que le prince blond fût beaucoup trop brisé pour ça, mais il n'osa pas. Son animosité ne le permettait pas de le juger ainsi. Et puis, il avait vu l'autre Edward surgir sur le champ de bataille. Cruel et sanguinaire. Cependant, il était vrai qu'il était revenu à la normale une fois loin des crevasses d'Onedyn.

- Ou plutôt, ce qui l'aide, ce sont toutes vos petites activités d'hier soir ! Rigola vivement le géant. Mes oreilles pleurent encore d'avoir entendu tes gémissements….

- D'accord, Emmett. Maintenant, je crois que la discussion est close.

Et il repartit d'un pas pressé vers l'auberge sous le rire gras du vampire, et, dans son esprit, un petit garçon aux cheveux roux courrait derrière un poney noir. Tandis que l'ombre d'une princesse veillait sur eux.

Ils prirent encore quelques jours pour se reposer, jours où Harry rasa de honte les murs, avant de se remettre en route vers la capitale. Ils eurent pendant ce temps la confirmation par le Général en chef Allucard que la menace Arkan avait bien été neutralisée sur le territoire vampire. Les fuyants avaient été traqués et exterminés. De plus, de nouvelles troupes en charge de renforcer toutes les cités vampiriques avaient ainsi pu être rencontrées par Emmett et Edward qui donnèrent leur dernier ordre. Le peuple vampire était en crise et, avant de pouvoir répliquer, la sécurité dans les villages et autour de leurs frontières allait être renforcée de manière impitoyable. Une guerre, sous forme de représailles, se préparait et semblait inévitable.

Et à l'aube d'un nouveau jour, ils prirent la route pour Wihelm, le château d'Emmett et de Rosalie. Leurs chevaux frais galopaient presque joyeusement le long des chemins boisés qu'il empruntait. Et au détour du sommet d'une colline, il vit se dessiner un énorme château à l'horizon. Le soleil de fin d'après-midi le faisait baigner dans une lumière orangée, et même à cette distance, Harry pouvait voir qu'il avait l'air majestueux. Il était vaste, et d'une certaine manière, il lui rappelait le château d'Edward, à Efryn. Avec ses hauts murs, parapets, cours intérieurs à ciel ouvert. Il n'était pas aussi grand que le palais d'Alayis, mais il avait des éléments dont celui-ci ne disposait pas, tel qu'une immense tour s'élevant à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, construit sur une colline, avec des parapets. D'ailleurs, à bien y regarder, il y en avait plusieurs autres tours de ce style, donnant au tout une allure très gothique.

- Bienvenue chez moi, Harry, lui souffla Rosalie en se penchant vers lui, alors qu'elle avait été installée dans une calèche pour le voyage. Bienvenue au château de Wihelm.

Il lui répondit d'un sourire, impressionné. À mesure qu'il approchait, il pouvait détailler que le château avait été construit juste au bord d'une rivière, et par conséquent un de ses flancs était protéger par l'eau. Il était entièrement entouré par la nature, des terres agricoles s'étendant à perte de vue. Et il s'agissait de la seule structure sur des centaines de kilomètres, ce qui lui conférait encore plus cette impression d'être imposante dans un paysage très rural. La ville, protégée par de hauts murs, qui entourait l'édifice ne s'étendait que bien loin à leur pied. Le tout était traversé par une autre rivière qui en finissait le tour. Harry se fit la réflexion qu'on aurait dit la grotte d'un ours, bien à l'abri perché dans les collines, ce qui en soit ressemblait bien à Emmett.

À leur approche, il vit que les parapets étaient gardés par des soldats qui, en reconnaissant leur convoi, s'empressèrent de descendre le pont-levis et leur ouvrir la voie vers la cité. Ils longèrent une rue pavée et propre, bien qu'un peu étroite pour leur procession. Plusieurs maisons en pierre, aux murs clairs, avec une ou deux fenêtres par étage, se serraient les unes aux autres. Harry sourit de voir une poule poursuivit par un citadin sauté sur un des toits de chaume, agrémenté de cheminée fumante, des maisons gardant le long de la rue. Vers la place de la ville, un petit marché s'étendait, pas vraiment fréquenté, des étales étaient même fermés ou vides, alors que les rares marchands les regardaient avancer avec crainte.

Un silence lourd et dérangeant régnait.

La ville était encore sous le choc des attaques des Arkans, et ce fut un peuple effrayé qui les observa avancer sans jamais oser s'approcher. Puis, au son de leur cor, puis à l'élévation de leur étendard, l'allégresse envahit enfin les habitants qui sortirent timidement de leurs chaumières. Et ce fut des vampires ravies de retrouver leur prince qui les accueillir. Il reçut de nombreux regards curieux alors que plusieurs personnes tournaient autour de son cheval sans oser approcher. Souriant d'un air engageant, il accepta avec bienveillance la coupelle d'eau que lui tendit une enfant, à l'instar de son amant devant lui. Lorsqu'il releva les yeux pour remercier la gamine, toujours à cheval et penché vers elle, celle-ci posa brusquement sa main sur sa joue, fronçant ses délicats sourcils de concentration. Il pouvait sentir son essence, sa petite magie vampirique buter contre la sienne et le reconnaitre. Sursautant, il cligna des yeux en l'observant. Même s'il se savait lier à Elysion, et ses créatures, il avait toujours été plus sensible à la magie que dégageaient les enfants vampires. Un peu comme celui qu'il avait aidé à passer sa transition. Alors qu'un grand sourire édenté lui était offert, il grimaça plus qu'il ne sourit en réponse, confus.

- Sorah ! Fit la voix enfantine.

Un murmure de son nom parcourut lentement la foule, les gens sortant enfin de leurs maisonnettes pour le voir, alors que la mère de l'enfant la tirait en arrière en s'excusant. D'un signe de main, il balaya ses excuses, et se remit correctement en selle pour continuer sa route. Comme si quelqu'un venait d'allumer la lumière, une clameur s'éleva de la ville. Les gens s'approchaient, criaient, fêtaient, et se réjouissaient de leur arrivée. Les marchands quittaient les stands pour leur proposer des boissons ou de la viande séchée, et plusieurs d'entre eux s'approchèrent humblement de lui pour recouvrir ses mains d'essence parfumée.

Une fois au milieu de la grande place, à quelques rues encore du château, leur convoi s'arrêta sous l'ordre d'Emmett. Ce dernier, dresser sur son cheval, fit face à la petite foule qui se rassemblait autour d'eux pour prendre la parole sans préambule :

- La guerre est finie ! Leur annonça-t-il. Les Arkans ont été exterminés et chassés hors de nos terres. D'autres encore de nos troupes partiront dès demain parcourir le royaume et traquer ceux qui pourraient encore subsister. Ils garantiront aussi votre protection. Il marqua une pause, comme cherchant ses mots. Les pertes sont lourdes, je ne vous le cacherais pas, dit-il en marquant un silence, mais l'ennemi retiendra une leçon de cet affrontement : que le royaume d'Orlysin ne se laissera pas conquérir si facilement ! Nous sommes un peuple fort, et ces crimes qui ont été commis à notre encontre ne resteront pas impuni. En attendant, ne restez pas chez vous dans la peur et l'angoisse, ne vous cachez pas ! Faites-leur l'affront de continuer à vivre dans cette joie, cette liesse, qui caractérise tant notre beau peuple. Vivez, peuple d'Orlysin, vivez ! Vivez en sachant que vos princes, votre roi, et votre Sorah veillent sur vos enfants !

Si le début de son discours n'attira aucune ovation, ou cri de joie, au fur et à mesure de ses mots, le soulagement surpris qui se lisait sur tous les visages se finit joyeusement par un enjouement général. Le tonnerre de cris et d'applaudissements qui résonna à la fin de son discours fit littéralement trembler la ville. Ce fut dans une nouvelle allégresse qu'ils atteignirent le château sous les hourras de la foule. Emmett et Rosalie, se comportant comme de véritables souverains, se penchaient pour serrer des mains, ou caresser des têtes. Rassurant d'un geste leur peuple en souffrance. Il y avait eu des pertes, mais ils revenaient tout de même vainqueurs.

Leur troupe ne tarda pas à se séparer d'eux, après un dernier salut du Général Allucard, pour se diriger vers leurs réserves. Une fois sur la place du château, il mit avec un certain plaisir enfin pied-à-terre, tendant ses rênes à un serviteur nerveux par sa présence, et suivit la famille royale lorsque celle-ci traversa la cour du château.

- Bienvenu chez moi, Harry ! Rigola Emmett en le frappant dans le dos. Surtout fait comme chez toi. Je ne veux pas que tu te sentes gêné ici. Je te laisserais même faire toutes ces choses qui t'ont tant fait crier à l'auberge avec mon frère.

- Avance, Emmett ! Râla ledit frère en le poussant.

Rouge de gêne, il ne savait plus où se mettre et remercia mentalement Edward pour son intervention. Tout en lui promettant des nuits difficiles à venir. Voir, plus aucune nuit du tout. Un gémissement exaspéré le fit se tourner vers Rosalie à ses côtés. Cette dernière, revêtue d'une longue robe rouge, et d'un châle, fixait le dos de son époux en lui promettant, elle aussi, des futures nuits bien difficiles. Il lui sourit, et tendit un bras vers elle pour l'aider à avancer. Et après avoir levé les yeux au ciel sous tant de prévenance, cette dernière accepta sa délicate attention. Ils longèrent de longs corridors, à l'architecture magnifique de pierre, de l'ancien calcaire. Ils finirent par rejoindre une énorme salle à manger, et, après une toilette pour se débarrasser de la poussière du voyage, ils purent enfin se restaurer et profiter d'un calme bien mérité. Buvant plus que de raison, il se dit que demain il serait encore temps de compter les morts, de pleurer les pertes, et de reconstruire ce qui avait été détruit. Demain, ils auraient le temps d'échafauder des plans pour abattre une fois pour toutes la menace que représentaient aujourd'hui les Arkans. Et leurs maitres.

Demain, une autre grande bataille se profilerait à l'horizon.

À Suivre.