Elysion, le royaume des vampires
Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.
Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !
Réponse aux reviews :
Perline : Salut Perline ! Alors avec le chapitre dernier, j'ai fait mon Mea Culpa pour la mort d'Aranwë, je l'avoue ^^ Et pour le coup, j'ai bien envie de rajouter quelques petites histoires / allusions à l'enfance d'Edward et de tes frères dans d'autres chapitres parce ça m'a vraiment amusée de le faire, et en plus, ça à l'air de t'avoir plut. Et pour ce chapitre, j'ai comme pari de te faire pleurer lol. Bon, j'exagère, pas pleurer, mais te toucher en remettant une petite scène de « confidence » entre E/H dans le même style que celle du bateau. Bon, pour la magie violette, je ne peux pas encore donner d'explication, même si tu sais où je veux en venir suite à nos messages en MP. J'ai beaucoup réfléchi, et relu, nos échanges, et j'avoue que moi aussi… Je suis tout de même de la team Edward ! Plutôt, du Edward vampire sanguinaire et possessif de la fic ^^, Mais bon, j'ai tout de même envie, et besoin, d'exploiter la connexion que j'ai imaginé entre Harry, et l'énergie violette et son porteur. Tu ne m'en voudras pas trop ? Sinon, j'ai posé pas d'indices importants dans ce chapitre… Je ne veux pas trop en dire, mais j'ai trop TROP envie de voir si tu vas voir entre les lignes où je veux en venir… ^^ Je te dis bonne lecture !
Élodie Nina : Coucou Élodie ^^ Je dois avouer que tes déductions sur la magie violette et Harry sont très intéressantes, limite proche de ce que je veux faire. Sinon, comment ça je les martyrise ?! XD Pour la peine, je vais te bombarder de scènes toutes mignonnes dans ce chapitre ! Merci, je vais beaucoup mieux. Le moral remonte en flèche lol ! Je suis toujours bloquée à résidence, mais bon, avec un ordi dans les mains le temps passe plus vite ^^ Allez, je te laisse découvrir cette suite ! Bisouxxx
guest de l'emoi : Hey ! Je pensais que tu aimais mon sadisme ? XD Oui, t'as vu ça ?! Quand j'ai relu le chapitre, je me suis dit « il manque quelque chose… Ah oui, des morts, des blessés, des pièges… « Mais je me suis retenue. Oui madame ! ^^ Sinon, oui, je me venge en ne mettant pas de scène complète de lemon lol Bonne lecture à toi !
kawa-D : Salut ! Merci pour ta gentille review. Dans ce cas, je te laisse dévorer ce nouveau chapitre ^^
Kay Snape : Coucou ! Ah, je crois que je vais vraiment faire plus de scènes sur l'enfance des 3 frères, peut-être même faire ça sous forme de flash-back… Oh oh, je vois que la magie ennemie violette ne fait vraiment VRAIMENT pas des heureux/heureuses ! Ca réjouit mon côté sadique lol. Allez, je te laisse découvrir ce nouveau chapitre en espérant qu'il te plaira ^^
Guest : Merci pour la review. Voici la suite ! Bonne lecture à toi ^^
Chapitre 49 : L'armée de la Sorah
Harry longeait rapidement des corridors richement décorés. Gêné par tous les nobles qui se figeaient à sa vue, certains même se cognaient au mur tant ils l'observaient, puis s'inclinaient respectueusement sur son passage. Cela faisait maintenant quelques jours qu'il vivait à Orlysin, et il avait déjà pris ses marques. Les vampires, par contre, sursautaient toujours autant à sa vue, mais il n'y prenait plus vraiment garde. La veille, il avait pris plaisir à visiter le marché et la place de la ville en compagnie d'Emmett. Ce dernier l'avait régalé d'autres histoires d'enfances qu'il gardait précieusement en mémoire pour faire chanter son amant au moment opportun. Partout la ville semblait avoir repris vie et les marchands se battaient pour attirer leur attention. Les enfants courraient partout, indifférents à leur hauts rang, et se bousculaient le long des rues pavés. Mais le clou de la visite de la ville avait pourtant été lorsqu'il avait visité le temple dédié à la Sorah. Le même sentiment étrange l'avait envahi en ce lieu alors qu'il pouvait presque voir le fantôme de son ancêtre longer les murs poussiéreux et vieillit par le temps. Il s'était alors surpris à la suivre et a lui aussi déambulé parmi le dédale des colonnes du temple, et, à la fin de la journée, y était ressorti le sourire aux lèvres après y avoir découvert un fabuleux trésor. Il était tout aussi surpris que satisfait de sa trouvaille.
Revenant à l'instant présent, au détour d'un couloir, il trouva une cage d'escalier en pierre étroite et circulaire devant lui. Il commença alors à gravir les marches qui tournaient encore et encore. Ce faisant, il passa devant des petites fenêtres étroites et taillées dans la pierre, ressemblant à des fentes, à travers lesquelles il pouvait entrevoir au loin le paysage de la ville. Après plusieurs centaines de marches, il commençait à peine à se sentir essoufflé lorsqu'il atteignait enfin le haut de l'escalier. Il sortit enfin et se retrouva au sommet d'une tour ronde, blanche, entourée de parapets. Là, lui tournant le dos, se trouvait un homme à la longue chevelure lâchée au vent froid de fin d'hiver, emmitouflé dans une large cape de fourrure noire.
Se détournant un instant de la silhouette, Harry ne put s'empêcher d'être émerveillé par la vue des alentours : il pouvait voir le paysage entier s'étendre sur des kilomètres en ce matin clair. Le soleil qui se levait dans ses beaux rayons orangers, la ville qui s'éveillait et criait en contre bas, les bois verts et marrons de la forêt, et les pointes blanches et brillantes des montagnes. Il prit un instant pour tout contempler, avant de s'approcher, soudainement nerveux, face au dos d'Edward qui ne semblait pas avoir remarqué sa présence. Ce dernier avait semblé particulièrement orageux en ce beau matin.
- Edward ! Cria-t-il pour ce faire entendre alors que le vent grondait dans un souffle.
Il vit son dos se raidir avant que celui-ci, surpris, ne se retourne vers lui. Immédiatement, son expression sérieuse et sombre se détendit, et il reçut un petit sourire encourageant. S'avançant, il accepta le câlin que lui réclama immédiatement le vampire qui le prit dans une étreinte d'ours en le protégeant du froid en le forçant à entrer sous sa cape en fourrure. Il souffla discrètement de soulagement lorsqu'il sentit sa magie, la traitresse, se réjouir de leur contact et s'éveiller. Elle qui, profitant de ces temps de repos, s'était largement reconstituée, semblait virevolter au gré du vent pour les enfermer dans un cocon tendre et protecteur. Il ne comprenait toujours pas ce qu'il s'était passé avec l'Arkan, et, franchement, avait trop peur d'avoir toutes les réponses pour s'y attarder. Il profita donc pleinement de sentir sa magie reprendre ses sens et s'enrouler doucement autour du prince pour éteindre tous ses doutes. Son dos contre son torse, il admira quelques secondes en silence la ville en effervescence en contrebas. Il pouvait apercevoir des enfants tracer des dessins au sol avec des poudres colorées.
- Ton frère m'a dit que je te trouverais là. Finit-il par dire. Que fais-tu ?
Le prince prit le temps de plonger dans son cou pour respirer son odeur avant de répondre.
- Je réfléchissais. Mon pouvoir est une vraie plaie parfois. Râla-t-il. Je n'arrive pas toujours à bloquer les pensées des autres, et ça m'embrouille.
Un rire moqueur le prit. Lui qui aimait passer sa vie dans la tête des gens, ce n'était qu'un juste retour des choses. La main froide qui lui pinça les côtes lui apprit que ses pensées belliqueuses avaient trouvé bon entendeur. Râlant pour la forme, il se renforça contre le torse du prince sous un coup de vent plus fort que les autres qui firent s'envoler leurs cheveux en tous sens.
- Il va falloir que nous retournions à Alayis. L'apprit le vampire en l'embrassant dans la nuque. Il faut que je fasse un rapport de cette bataille à mon père. En tant que roi, il faut qu'il prenne position dans cette guerre au lieu de rester bras ballants à attendre les prochaines attaques.
Harry remarqua dans son ton qu'il avait l'air amer. Voilà donc ce qui le préoccupait. Il avait eu peur pour rien mais n'avait pas osé le questionner au matin. Il avait appris à connaitre et à composer avec son caractère capricieux. Il ne servait à rien de le forcer à parler, ce dernier ne ferait alors que se braquer. Il fallait toujours attendre qu'il vienne à lui. Et c'était ce qu'il faisait à l'instant même.
- Que proposerais-tu toi si tu étais le roi ? Demanda-t-il en prenant son temps pour bien formuler sa demande.
- Je marcherais vers l'Haradas !
Il marqua un petit silence, le temps que l'agacement du vampire s'éteigne, avant de lui répondre.
- Ça n'a pas servi à grand-chose la dernière fois…
- C'est vrai. Mais maintenant que nous savons que la menace est réelle, j'y mènerais mes troupes avec moins de désinvolture. Qui sais-je à soulever chaque foutu rocher recouvrant ces terres de désolation, je débusquerais et tuerais chaque rat qui s'y terrent.
La colère couvait chacune de ses paroles. Il n'y avait rien à dire de plus au vu de toute l'horreur et les pertes des derniers jours, et Harry se garda bien de lui répondre le contraire. Il avait bien senti que son compagnon était tendu et inquiet. Et là, il devait juste le laisser sortir toute la haine et la colère des derniers jours avant qu'il n'explose. D'ailleurs, il ne fallut pas longtemps à ce dernier pour se purger de toute négativité, sa propre magie répondant à son agacement dans des volutes d'énergie brutes dans le ciel. Il l'écouta râler et fomenter des plans de meurtres un instant avant qu'il ne sente dans un souffle revenir enfin son calme dans l'air du matin.
- Puis, je reviendrais à toi. Soupira en dernier Edward à son oreille.
Il eut un long sourire, mais ne répondit toujours pas. Il appréciait particulièrement lorsque son amant devenait… romantique. Il n'y avait pas d'autres mots ! C'était tellement loin de son tempérament habituel qu'il resta toute ouïe.
- Voudras-tu… Hésita Edward. Accepterais-tu de retourner avec moi à Efryn ?
- Bien sûr, répondit-il rapidement, sans y penser tant cela était évident.
Un petit silence confortable s'installa, et il frotta sa tête contre le menton du prince. Récoltant ainsi un autre baiser.
- Y demeureras-tu avec moi ? Murmura encore celui-ci.
Ne venait-il pas déjà d'accepter ? Devenait-il sourd avec l'âge ? Il allait se moquer de son amant centenaire lorsque, sans se retourner, il passa en boucle leur conversation pour trouver la meilleure manière de se moquer. Il tourna dans son esprit la question qui lui était posée, et, brutalement, sentit son cœur s'accélérer lorsque la lumière se fit enfin. Dans le nouveau chaos qui animait son esprit, ce qu'il avait pris pour une simple invitation se transformait petite à petit en véritable déclaration. En demande solennelle posée de la seule manière que pouvait le faire le vampire : derrière une fausse arrogance et assurance face à sa réponse. « Demeureras-tu à jamais à mes côtés », voilà ce qui résonnait dans sa tête. Voilà ce qu'il lisait derrière ces simples mots. Son cœur s'affola, et l'étreinte de son amant qui se resserra fut suffisante pour le convaincre qu'il avait visé juste. Relevant la tête pour plonger dans une mer améthyste, vulnérable, comme mise à nu, il donna sa réponse du bout des lèvres :
- Oui.
Il était plus que près de le suivre à Efryn pour y rester à ses côtés, c'était ce que disaient ses yeux, et, s'il voulait bien se l'avouer, ce que disait aussi son cœur. Il était déjà envahi par toutes sortes d'idées plus mièvres les unes que les autres, dont certaines le firent rougir de gêne alors qu'ils échangeaient un sourire complice. Tellement de possibilités s'offraient à lui qu'il en eut le tournis avant que, amener par un nouveau souffle de vent, une autre pensée, plus sournoise et douloureuse, ne vienne l'effleurer et marquer son esprit d'une langue de feu. La tristesse vint lentement assombrir son visage en emportant son bonheur au loin. Lentement, il venait de se rappeler qu'il était aussi la Sorah, la Grande Gardienne, un Sauveur, et qu'il avait un devoir envers le peuple d'Elysion. Qu'une guerre se préparait encore, et que son ancêtre elle-même veillait au grain pour qu'il intervienne au plus vite. Il se devait alors d'être réaliste. Oui, il rêvait de le suivre dans son château pour avoir enfin leur part de bonheur. Tout du moins… « Dans un premier temps… » Fut sa pensée, et l'ombre qui passa dans le regard violet lui dit qu'Edward l'avait perçu.
Un autre silence, beaucoup plus inconfortable, s'étendit entre eux. Et Harry se détourna pour regarder de nouveau l'agitation de la ville, et admirer les arbres ployant sous la force du vent de fin d'hiver. Comme si la Nature pouvait emporter leur peine au loin.
- Eh bien, dans ce cas, contentons-nous d'abord de retourner à Alayis. Sourit le prince, sans qu'aucune joie ne fasse pourtant scintiller son regard. Et voyons ce que nous réserve demain.
Il ne put qu'acquiescer de la tête, même si l'un comme l'autre savait ce qu'il en était. Se serrant contre le torse de son amant, il resta un moment silencieux à observer le paysage s'étendant à ses pieds tout en laissant le vent délicatement caresser ses cheveux. Il ne voulait plus penser à rien. Car ce moment n'appartenait qu'à eux. Profitant juste de l'instant, il sursauta lorsque la main d'Edward apparut soudainement devant ses yeux. Il cligna des yeux, encore étonné par son geste brusque, avant d'observer la main tendue. Entrelacés dans les doigts blancs pendaient une longue chaine en or. Le collier fait de fine maille d'or tressé se finissait par un petit pendentif brillant. C'était une perle d'améthyste, de la même couleur que les yeux du vampire, en forme de goutte d'eau, et dont le dos était cerclé par une feuille d'or finement ouvragé en fin filet d'or. Abasourdi, il fixa le magnifique bijou sans oser y toucher.
- Mon frère possède les meilleurs orfèvres du royaume, murmura Edward à son oreille. Sa cité est d'ailleurs reconnue pour ses merveilles. Et, ça fait un moment que je lui avais commandé cette petite beauté…
Il ne répondit pas. Les yeux toujours fixés sur le bijou qui pendait encore devant ses yeux, comme le narguant.
- Je sais que… Continua son amant dont la voix sonnait pour une première fois incertaine. …Tu as du mal à contrôler ta magie, ta puissance. Regarde.
Il tourna le bijou sous ses yeux afin qu'il observe mieux le dos de la feuille d'or qui recouvrait la goutte d'améthyste. Là, en plissant des yeux, il réussit à voir les fines écritures en Argpal qui y avait été apposé.
- Ce n'est pas vraiment comme celui que tu as porté à ton arrivée à Elysion, se justifia immédiatement le vampire. Les écritures ne bloqueront pas tous tes pouvoirs. Ils ne sont là que pour les… réguler. Ils te permettront de mieux gérer l'arrivée et le flux de ta magie.
À cet instant les paroles de Rosalie sur le bateau lui revinrent en mémoire. Son amant le comprenait mieux que ce qu'il pensait. Lui qui pensait que ce dernier n'avait pas vu sa détresse, pas comprit ses accès de colère, ou de pouvoir, il se rendait à présent compte que c'était tout le contraire. Il avait été entendu, et ce dernier avait cherché à l'aider alors que lui été trop obtus pour le laisser entrer. Son cœur se serra en comprenant qu'il avait cherché pendant tout ce temps un moyen de l'épauler sans jamais se plaindre ou abandonner face à ses rejets.
- J'ai aussi apposé quelques gouttes de mon sang lors des gravures en Argpal, fit ce dernier en chuchotant presque. Pour que tu ne doutes pas de notre lien…
À ces mots, Harry faillit se retourner pour apercevoir l'expression du vampire. Car ils étaient plus que liés. Ils étaient destinés. Jamais il ne pourrait douter d'un tel lien.
Avait-il conscience de la profondeur de leur lien ? Savait-il qu'il était sa demi-Ancre ? Avait-il eu accès à toutes ses pensées qu'il pensait avoir cachées ? Il croisa du coin de l'œil les yeux de son amant et sut que non. Ses nombreux secrets qu'il gardait pour lui étaient toujours inviolables. La culpabilité le rongea. Il allait ouvrir la bouche et tout révéler sur leur lien, en envoyant au Diable les conséquences juste pour le rassurer, mais, comme s'il avait senti son indécision, le vampire le coupa en présentant son poignet droit à hauteur de son visage d'un geste vif. Il avisa le précieux bracelet, finement ouvragé en dentelle de fil d'or, qu'il portait. Une petite pierre émeraude incrustée à l'avant avait été gravée d'une petite inscription en Argpal.
- Nous serons toujours liés, lui apprit Edward dans un sourire tellement timide qu'il en fut adorable. Je te garderais toujours avec moi.
Une émotion forte le prit à la gorge et l'empêcha de répondre. Puis, sans un mot, se retournant légèrement, il présenta son index devant la bouche du vampire. Il vit ce dernier lever un sourcil interrogateur avant de capter la pensée qu'il lui transmettait. Et ce fut avec un sourire ravageur que qu'il lui lécha sensuellement le doigt avant, de la pointe de sa canine aiguisée, le lui percer. Une petite goutte rouge de sang perla et il se dépêcha de l'apposer sur le bracelet en or qui rayonna légèrement de magie avant de revenir à la normale.
- Là, fit-il, c'est parfait.
Son doigt avait déjà cicatrisé lorsqu'il passa sa main dans les longs cheveux brun-roux du prince, l'enlevant de devant son visage, se battant contre la brise qui les faisait s'envoler en tous sens. Les yeux plongés dans deux mers améthystes satisfaites, il laissa le collier lui être attaché autour du cou. Il se sentit immédiatement entré en résonnance avec le bijou, sa magie pulsant doucement tout autour, sauvage au départ elle finit pourtant par s'adoucir joyeusement dans un sentiment de paix indescriptible. Il pouvait sentir dans son apaisement qu'elle avait comme enfin trouver son point d'ancrage pour se laisser manier avec facilité. Les deux bijoux brillèrent alors sous les rayons du soleil. Le moment était doux. Solennel.
- Manque plus qu'on se décide à porter un tee-shirt assorti, rigola-t-il, brisant l'instant, et on sera enfin l'image du parfait petit couple
À sa boutade, il se reçut une petite taloche derrière la tête, à la place du baiser qu'il avait senti poindre par avant, et l'accepta sans rechigner. Gêné, il avait sciemment brisé l'instant trop romantique qu'ils vivaient de peur d'en dire trop et de se laisser aller. Il avait déjà du mal à se faire à l'idée qu'ils allaient surement bientôt devoir se séparer, il était inutile de se faire plus de mal en se faisant des promesses qu'ils ne tiendraient pas. La guerre qui se profilait à l'horizon ne leur permettrait pas de vivre pleinement et sereinement ces doux sentiments. Pas pour l'instant. Il reporta son attention sur l'étendue verdoyante qui s'étendait à l'horizon, encore recouverte ci et là par des restes de neige, son cœur battant malgré lui la chamade, et cette vision sembla lui donner un sentiment de calme qui le poussa à se serrer entre les bras qui le retenaient encore.
- Ce château est magnifique. Il me rappelle celui des contes de fées que je lisais gamin en cachette dans mon pla… Dans ma chambre.
S'il avait perçu son lapsus, le prince ne le reprit pas et ne le força pas à s'expliquer. Il resta calmement là, sans bouger, à attendre qu'il en dise plus. Lui qui parlait si rarement de son enfance ou de sa vie avant Elysion à ce dernier, l'en remercia, car il trouva dans son geste le courage de continuer :
- Enfant, avant de m'endormir, j'aimais particulièrement lire ces histoires, avoua-t-il à mi-voix. J'avais réussi à emprunter un de ces bouquins à mon cousin et je m'en régalais. J'aimais particulièrement celle de la Belle au bois dormant.
- Qui diable est cette Belle au bois dormant ? Demanda subitement Edward, haussant les sourcils.
- Oh, c'est un conte très connu de mon monde. L'histoire d'une jeune princesse qui en se piquant le doigt sur le fuseau d'un rouet empoisonné se retrouve plongée dans un profond sommeil. Et pour tenter de la réveiller, un prince va devoir lui offrir un vrai baiser d'amour.
Il avait largement simplifié l'histoire, mais l'essentiel était là. Du coin de l'œil, il rigola de l'air sérieux du prince qui réfléchissait en silence.
- C'est stupide. Fit alors par déclarer ce dernier d'un ton catégorique.
- Stupide ?
- Oui, il aurait dû lui donner l'antidote. Personne ne se réveille d'un empoisonnement avec un baiser.
- Mais… Mais si, elle s'est réveillée avec le baiser ! Tout ça, c'est pour la poésie du texte, pour dire que l'amour est un pouvoir sans limites qui défit toutes lois et contraintes.
N'avait-il jamais eu droit à des contes le soir ? Il venait de piétiner allègrement un de ses plus beaux souvenirs d'enfance.
- Harry, continua Edward, impitoyable et tenace, si un jour je suis empoisonné, je t'assure qu'un simple baiser ne me réveillera pas. Amène-moi plutôt un guérisseur !
- Rahh, mais tu ne comprends rien ! Mais pourquoi on parle de ça déjà ? !
Râleur, il lui donna un coup de coude vengeur avant de reporter son attention sur le paysage. Un petit silence buté éternisa alors entre eux.
- Harry, appela le vampire au bout d'un moment, pourquoi aimes-tu tant ce conte ?
- Parce que j'aime l'idée que l'amour triomphe de tout.
Il passa la fin de cette journée dans les bras de son amant, tout en haut de la tour, à se disputer et à, secrètement, rêver d'une vie plus facile qu'ils auraient tellement aimé vivre à deux.
Ils quittèrent les terres d'Orlysin quelques jours après. N'emportant que leurs soldats ainsi que quelques vivres. Harry croisa fortement les doigts pour que tout se passe bien pour ce long voyage de retour, tandis qu'Emmett et Rosalie préféraient les rejoindre dans quelques jours, le temps que la princesse se rétablisse entièrement. Son cœur se fendit lorsqu'ils durent tous se séparer, et il garda longuement la guerrière blonde dans ses bras avant de quitter leur château. Les troupes de Jasper les accompagnèrent un long moment, avant que leur chemin ne se sépare pour qu'ils puissent repartir vers Galyas sous la bonne escorte du Général en chef Allucard. Ils s'arrêtèrent fréquemment, le temps de dormir, de reposer les chevaux, et de profiter d'une bonne marmite de gruau cuite au feu de bois. Ils retrouvèrent le Capitaine et ses marins, et prirent la mer un beau matin sur un autre navire flambant neuf, lorsque le soleil faisait d'apparaitre par-dessus la cime des arbres, dispersant lentement la rosée. Fébrile, il monta la passerelle pour rejoindre leur embarcation, et se dirigea immédiatement sur le pont. Son amant donnait des autres à tout va, et il sourit de le voir si à l'aise en dirigeant les autres. Un brouhaha lui fit tourner la tête vers les soldats qui embarquèrent à pas pesants, croulant sous le poids de leur harnais démonté. À la différence des marins qui s'agitaient en tous sens, prêts à mettre les voiles, leur humeur était de loin la plus versatile. Après les longs jours de guérison, et de deuil qu'ils avaient vécu - imposé par Emmett, pour commémorer les morts sur le champ de bataille, et où toute la cité monta des drapeaux noirs du haut de toutes les chaumières - ils se laissaient enfin aller à fêter leur victoire durement acquise. Certains pleuraient la perte de leurs somptueux destriers qu'il avait perdus à la bataille, ou qu'il devait abandonner derrière eux vu que ce nouveau navire était largement plus petit, tandis que d'autres, manifestement toujours soûls de la veille, s'esclaffaient à grands cris.
- Un piteux spectacle quand on les voit sans armure ni monture, non ? lui demanda le Capitaine, le faisant sursauter.
Un autre soldat trébucha à plusieurs reprises sur ses propres pieds avant de franchir la passerelle, avant qu'il ne se décide à répondre.
- Ce sont de bons combattants, affirma-t-il. Sans eux, Orlysin serait tombée et aucun d'entre nous ne regagnerait le royaume d'Alayis aujourd'hui.
- Vous avez raison, Sorah.
Dans son dos, le Capitaine s'éloigna sur ces quelques mots chuchotés au vent. Et, toujours perché sur le pont, Harry savoura le vent violent qui amènerait leur convoi sur les douces terres d'Alayis. Le voyage fut reposant, il put pleinement en profiter, et n'eut à s'inquiéter de rien maintenant qu'il n'avait pas à se pressé ou à passer dans des eaux dangereuses comme celles du Drakan. La longue route vers Alayis fut presque comme des vacances pour lui. Des vacances qui lui permirent d'atténuer ses cauchemars, et d'éloigner de son esprit les horreurs de la guerre qu'il avait vécue. Le pire étant que la bataille contre les Arkans se mélangeait avec celle menée contre Voldemort. À cet instant, il aurait payé cher pour une pensine afin de mettre de l'ordre dans tout ça.
À Alayis, comme la première fois, leur arrivée fut triomphale. On les acclama du port jusqu'au palais où les attendait la famille royale en grand complet. Harry sentit une forte émotion l'étreindre lorsqu'il revit l'air espiègle d'Alice qui ne le quittait pas des yeux. Enjoué, il lui sourit plus largement, sans prêter attention à son époux qui les fixait, une étrange expression déformant ses traits en captant leur émotion.
- Tu me fais mentir Harry, dit sa voix guillerette lorsqu'ils furent face à face. J'avais prédit que nous nous ne reverrions pas avant un long moment. Et que notre prochaine rencontre ne se ferait pas Alayis. Eh bien, on dirait que je me suis trompée. Un comble pour une voyante !
- Ou peut-être que ta vision ne s'est tout simplement pas encore réalisée.
Un sourire énigmatique lui répondit. Juste avant qu'il n'entraine son corps frêle dans une longue étreinte. Alice l'avait manqué. Tellement. Esmée, qui le prit aussi dans ses bras une fois la petite brune éloignée, l'avait aussi manqué. Le hochement de tête satisfait de Carlisle, l'avait encore une fois de plus manqué. Et même le regard, moitié respectueux moitié hargneuse de Jasper lui avait définitivement manqué. À quel moment avait-il commencé à se sentir chez lui parmi les vampires ? La caresse discrète de son amant sur son bras éloigna toute pensée parasite alors qu'il profitait pleinement de leurs retrouvailles. Et même s'il se surprit à être ravi de retrouver sa garde personnelle qui le suivit discrètement, rien n'assombrit leur retour à Alayis.
Le soir de leur arrivée, il eut droit à un repas de fête qui dura jusque tard dans la nuit. Des danseurs et des jongleurs avaient empli la majestueuse salle de bal et les enchantaient tous de leur numéro. Confortablement installé en hauteur en compagnie de la famille royale, il sourit en sentant les doigts froids d'Edward se mêler aux siens. Sensible, croisant son regard brillant de complicité, il sentit monté en lui le besoin de le presser contre lui, de le garder à jamais près de lui, sans connaitre la raison de ce soudain élan de tendresse. La chaleur, l'alcool, et la joie firent monter en lui une émotion si forte, si puissante, qu'il en vint presque à oublier ses inquiétudes, les visions d'Alice, la guerre, et toute cette affreuse et sanglante expédition qu'il avait vécue. Presque.
- Sorah, l'appela son compagnon en lâchant ses doigts pour faire un geste de la main à une servante qui s'avança en tenant une bouteille de vin, voilà la toute dernière bouteille de Cidraël de toute la ville, notre meilleur cru. Que dirais-tu de trinquer avec moi ?
Il haussa un sourcil en se détournant des plaisantins qui les amusaient encore. Ils avaient tellement bus depuis le début de la fête que les murs de la pièce tournaient sans arrêt.
- Me serais-je épris d'un ivrogne ?
À peine ces mots eurent-ils quitté ses lèvres qu'il se sentit rougir. Jetant des regards furtifs autour de lui, il vit que les vampires étaient trop pris par le spectacle pour s'intéresser à eux. Par contre, le regard flamboyant qu'il reçut d'Edward lui fit comprendre que ce dernier n'avait raté aucun des mots qu'il avait prononcés. L'alcool ne lui réussissait pas.
D'un autre geste de la main, le prince donna l'ordre de verser une mesure de vin dans deux coupes d'or, et, tentateur, lui en tendit une sans attendre en se penchant largement vers lui.
- Bois avec moi, Harry, susurra-t-il devant son visage, son regard scintillant plongé dans les siens.
Il lui parlait de boire de l'alcool lorsque ses yeux lui demandaient de lui faire l'amour. Comment arrivait-il à faire cela ? Rougissant, il porta sans trinquer la coupe à ses lèvres et fut surpris du nectar doux, capiteux et sucré qui s'écoula dans sa bouche. Délicieux.
- Est-ce bon ? S'enquit rapidement le vampire.
Il sourit et trempa une autre fois ses lèvres dans le vin avant de répondre.
- Oui. Fit-il. Très bon.
Le reste de cette soirée de retour fut étrangement assez flou pour lui. Et se retrouver, nu, et enfermé entre les bras d'Edward, tout aussi nu, dans ses appartements le lendemain ne le surprit qu'à moitié. Il se sentait raide à des endroits qui ne laissaient pas de place à l'imagination sur ses activités de fin de soirée. Encore endormi, il s'étira longuement dans le lit, se battant avec son amant pour qu'il lâche prise sur ses hanches, afin de se lever difficilement du lit. Ce matin aurait enfin la grande réunion sur la menace Arkanienne et il voulait être irréprochable. Il en était même impatient.
- Lève-toi, Edward. Lâcha-t-il en lui donnant un baiser sur le front avant de partir vers la salle de bain. On doit voir ton père ce matin.
Il n'obtint aucune réponse et haussa les épaules. Il se lava, profitant de l'eau chaude et parfumée qu'avaient pris soin d'apporter des servantes, et s'habilla rapidement en prenant grand soin de se raser dans le même temps. Ses longues mèches de cheveux lui barrèrent un instant la vue, et il se dit avec une grimace qu'il aurait bientôt besoin d'une bonne coupe. Ils lui arrivaient aux épaules, et bien que pas aussi long que son compagnon, ils l'étaient assez pour lui donner un air délicat qui le fit grimacer.
- J'espère que tu es levé, Edward, cria-t-il en finissant de se préparer. Il ne reste pas beaucoup de temps.
Et alors qu'il repassait dans la chambre, en tentant de remettre ses bracelets en or autour de ses poignets, il bloqua en voyant le vampire toujours étendu comme un bienheureux dans le lit. La couverture avait glissé le bas de ses hanches, laissant apercevoir le haut de ses fesses, et quelques grains de beauté. Et il dut combattre vaillamment la vague de désir que cette vision lui apporta immédiatement.
- Debout le vampire, râla-t-il.
Puis, entendant le coup discret à la porte, il passa dans le petit salon attenant à la chambre, et découvrit une servante, tête baissée, qui leur apportait leur repas. La remerciant, il prit le temps de déguste un thé, et quelques pains ronds, pour finir par des fruits, avant de retourner dans la chambre. Son amant n'avait toujours pas bougé d'un pouce.
- Edward ! Gronda-t-il, grimaçant quand sa voix lui parut comme celle d'une vieille mégère. Debout ! On a promis à ton père qu'on irait le voir aujourd'hui. C'est important !
Il n'eut même pas droit à un frémissement. Regardant autour de lui, il vit un pichet d'eau froide sur la table de nuit, et il eut un sourire de hyène. Puis, finalement, il se ravisa, et préféra remonter sur le lit. S'allongeant tout doucement, il approcha sa bouche de l'oreille hyper sensible du vampire.
- Edward, susurra-t-il.
- Quoi ? Fit ce dernier sans ouvrir les yeux, grognon. Je dors.
- Edward… Appela-t-il plus lascivement.
- Laisse-moi !
- Edward…
- Hum…
- Oh, Edward… Réveille-toi… Il lui mordit sensuellement l'oreille avant de rajouter : J'ai quelque chose pour toi…
La ruse était grossière et pourtant elle marcha. Un frissonnement parcourut le vampire qui ouvrit un œil embué vers lui. Il prit l'air le plus lubrique possible, se mordant même les lèvres au passage en détaillant son corps nu offert à son regard. Bizarrement, paraitre excité ne fut pas du tout difficile pour lui.
- Hum ? Fit le prince intelligemment.
Pour toute réponse, il lui embrassa le cou, avant de lui suçoter le lobe de l'oreille. Comme s'il avait appuyé sur le bon bouton, son amant ouvrit réellement les yeux, avant de le saisir par la taille, de le relever, pour le reposer à califourchon sur lui. Déjà, il sentait une grosseur battre contre ses fesses.
- Dommage que tu sois si fatigué, gémit-il en se penchant pour un baiser langoureux.
- Je suis réveillé là.
- Tu es sûr ? Parce que j'en ai vraiment envie là…
Il agrémenta sa demande lascive d'un petit coup de hanche qui arracha un gémissement plaintif et chaud au vampire.
- Oh oui, Amour, dit ce dernier, le regard noir et lubrique. Je suis parfaitement réveillé là. Je vais te faire du bien, ne t'inquiète pas.
Un sourire aux lèvres, il se laissa quelques minutes caresser, et rendit les attentions qu'il recevait avec envie. Puis, se penchant lentement vers le prince, il retint un halètement à la sensation de leur corps s'emboitant parfaitement l'un contre l'autre. Ses lèvres, ouvertes sur un gémissement, frôlèrent celle de son amant. D'un coup de lange, il lui fit ouvrir la bouche d'un grognement impatient, et alors qu'ils allaient s'embrasser… il transplana à l'autre bout de la pièce.
Ah, qu'il était bon de sentir que le repos de ces quelques jours, et de contact constant avec sa demi-Ancre, avait aussi permis à sa magie de bien se rétablir. Il pouvait la sentir papillonner avec délectation autour de lui. Quant à l'expression de frustration inédite qu'afficha le vampire, à moitié redressé vers lui, elle fut parfaitement délectable. Il eut du mal à retenir un rire.
- Parfait ! Fit-il en réarrangeant sa tenue, l'air de ne pas y toucher. Je t'attends dans dix minutes dans mon petit salon. Ton père nous attend.
Il eut juste le temps de voir le visage choqué, de pure trahison, qu'affichait son prince avant de se sauver. Les injures qu'il perçut immédiatement au travers de la lourde porte en bois lui firent frotter ses mains de plaisir. Il était mort de rire de ce petit tour. Vraiment, il allait falloir qu'il lui refasse le coup. Pas maintenant, car il se tiendrait sur ses gardes. Mais un jour, il le lui referait encore. Et puis, c'était aussi une faible vengeance pour le coup de l'auberge. Il rougit encore au souvenir de l'œil goguenard de certains soldats trop hardis, et du profond rougissement des servantes qu'il croisait. Aujourd'hui, justice était faite. Il s'éloigna prudemment loin de la porte lorsque des bruits de meuble cassé lui parvinrent de la chambre alors que résonnaient les mots « Vilain petit lapin ! ». Il pouvait sentir l'esprit de son amant, tendu vers le sien, grommeler ces pensées. Oh oui, sa vengeance était douce à ses oreilles.
Rapidement, il passa par ses appartements, saluant de la tête une partie de sa garde personnelle qui en protégeait toujours l'accès. Mais en passant en coup de vent devant la porte de son bureau, il fut surpris d'y entendre du bruit. Il hésita puis, se rapprochant jusqu'à coller son oreille sur la porte, il entendit plus distinctement les bruits suspects. Il lui semblait que des tiroirs s'ouvraient comme à la volée avant d'être tout aussi vivement refermés. Fronçant des sourcils, il ouvrit la porte à la volée et sursauta en même temps que la servante qui se trouvait de l'autre côté. Après un moment de flottement, où ils se fixèrent en chien de faïence, cette dernière se pressa de se mettre à genou devant lui, respectueuse, en baissant bien bas la tête.
- Que faites-vous ? Demanda-t-il, son regard se promenant partout dans la pièce. Répondez !
- Je… Fit sa voix frêle. Je rangeais vos effets, grande Sorah.
Il hocha silencieusement la tête et chassa en vain la méfiance qui l'étreignait alors qu'il clouait encore au sol la malheureuse de son regard acéré. Il se sentait comme… dérangé… par la présence intruse dans cette partie de ses appartements. Et une fois de plus, il préféra suivre son instinct.
- Je ne veux aucune d'entre vous dans le bureau, grinça-t-il.
- Mais… Sorah… Et la poussière… ?
- J'ai dit personne !
Il demanderait plus tard à Marianne de s'occuper personnellement de ranger son bureau, ainsi que les documents royaux qui s'y trouvaient. Par chance, les éléments les plus sensibles étaient rangés dans un coffre-fort à l'abri des regards derrière un tableau, mais mieux valait être prudent même si cela le faisait paraitre paranoïaque. Car seule la vampire rousse avait sa totale confiance. Cinglant toujours la domestique de son regard ennuyé, il finit pourtant par se détourner d'elle lorsqu'un garde lui apprit que son amant était en approche de ses appartements. Le bougre ! Il avait dû user de sa vitesse vampirique pour se préparer. Rapidement, il ordonna au garde de raccompagner la servante au dehors de son bureau, et se détourna en oubliant bien vite cette dernière abandonnée au milieu de la pièce.
Plus tard, lorsqu'Edward « le caractériel » finit sa crise de colère contre sa petite blague, ils purent enfin se rendre dans la salle des conseils royaux où les attendaient déjà tous les membres de la famille royale. Tous sauf Emmett et Rosalie, rester à Orlysin. Alice lui fit un sourire complice qu'il ne comprit pas, mais son œil brillant, parvint tout de même à le faire rougir de honte pour une raison inconnue. C'était comme si elle avait vu sa petite scène de ce matin dans le lit de son beau-frère. Il reprit pourtant bien vite son sérieux lorsque Carlisle, qui présidait leur assemblé, les interrogea sur la bataille. Installé autour de la table, il laissa le soin à Edward de conter leur combat contre les Arkans à Orlysin, les souvenirs de ce qu'il s'était passé hantant ses pensées à mesure qu'il avançait dans son rapport.
- L'ennemi est plus puissant qu'il nous apparaissait, dit-il à la fin de sa tirade.
- Puissant comment ? Lui demanda vivement Carlisle en se redressant de son siège.
- Assez puissant pour me tenir en respect !
Silence.
Le corps tendu des vampires aurait pu être comique si la situation n'était pas aussi grave. Les regardant les uns après les autres dans les yeux, il finit par narrer sa propre expérience dans la tête du commandant Arkan. Sans buter sur ses mots, il parvint finement à ne pas mentionner la traitrise de sa magie qu'il ne comprenait toujours pas.
- Il faut que nous réorganisions une expédition en Haradas, dit son amant à la fin de son récit, et cette fois-ci, envoyons-y des milliers d'hommes prêts au combat.
- On ne sait toujours pas où se terrent leurs maitres, Edward, calma Alice. Si ce n'est que pour donner un autre coup d'épée dans l'eau, ce n'est pas bien utile.
- On aura qu'à les chercher ! Les traquer ! Il faut absolument les débusquer.
- L'Haradas est grand, mon fils, dit Esmée. C'est le plus grand des territoires. Le fouiller ne prendra pas quelques jours, mais des années. Surtout que nous subirons des attaques en traitre d'Arkans, qui me semblent bien entrainés, une fois sur place.
- Raison de plus pour faire face à cette menace qui devient de plus en plus réelle, intervint Jasper, en prenant la défense de son frère. C'est la deuxième fois qu'il nous attaque, et vous voulez juste attendre et regarder ? Les autres peuples commencent à nous moquer. A parler de notre faiblesse ! Surtout que nous sommes les seules à subir la colère Arkanienne ! Imaginez que les autres Sudariens profitent de nos déboires pour nous envahir…
- L'avis des autres ne m'intéresse nullement, Jasper ! Claqua la reine. Seule la vie de nos hommes m'importe.
Esmée, droite et fière sur son siège, avait été tellement froide dans ses propos qu'un calme glacial parcourut la salle du Conseil.
- Que vois-tu, Alice ? Demanda-t-il soudainement.
Il y eu un silence, le temps que la petite brune ne se concentre, puis, elle secoua la tête.
- Je ne vois rien, avoua-t-elle. Ces temps-ci, je suis comme… parasitée par d'autres visions. Je n'arrive plus à bien voir l'avenir. Ou à voir ce que je veux vraiment. L'attaque au port d'Orlysin était un coup de chance !
Elle avait dit cela en le regardant intensément, comme s'il était responsable de son aveuglément. Il lui rendit son regard en haussant un sourcil. Mais ne reçut aucune réponse lorsqu'elle détourna silencieusement le regard. Un coup d'œil à son amant lui apprit qu'il avait lui aussi capté cet étrange échange.
- Donc on reste les bras ballants ?! Ragea ce dernier tout de suite après. On laisse l'attaque de Rosalie, et la mort de nos gens, de nos soldats, impunis ?
- Nous ne sommes pas assez nombreux pour mener une telle expédition, tout en protéger nos royaumes, calma encore une fois Esmée.
- Vous n'avez pas tort, lui accorda Alice en la regardant. Il va nous falloir plus d'hommes que nous en disposons pour une telle expédition.
- L'as-tu vu ? Lui dit Edward.
- Non, mais…
- Alors ce n'est pas sûr !
- Ce que dit la reine est juste censé. J'ai encore le droit de parler en dehors de mon don, Edward !
La tension de la pièce était à couper au couteau après cette petite dispute. Il passa la main sous la table pour serrer les doigts de son amant, espérant ainsi le calmer.
- Vous pourriez faire appel à vos alliés ? Demanda-t-il alors. Vous avez bien signé des traités de paix et d'entraide avec d'autres peuples Elysionniens ?
Il croisa le regard gêné de Carlisle, qui se tortilla sur son siège, avant que ce dernier ne lui réponde :
- Durant le règne de Licianus, nos chasseurs ont ravagés beaucoup de terres, et tués beaucoup d'innocents. Cela a éveillé la haine que nous vouent majoritairement les humains et les loups-garous. Et les traités qui avaient été signés sont pour la plupart aujourd'hui caducs. Il avait frissonné en mentionnant les loups, c'était discret, mais Harry le vit avant qu'il ne reprenne : Lorsque j'ai repris le pouvoir, j'ai stoppé et puni l'avancée des chasseurs, mais le mal reste accompli.
Il pouvait encore ressentir la honte et la peine d'un fils face aux actes du père. Il aurait pu se laisser émouvoir s'il ne s'était pas souvenu soudainement d'une chose.
- Et je suppose que garder les terres conquises par vos chasseurs pour vous, siffla-t-il, n'a pas aidé à vous faire aimer par les autres. Pourquoi ne pas être allé jusqu'au bout de ce simulacre de rédemption en les rendant ?
Cette fois, ce fut à Edward de serrer son poignet pour l'enjoindre au calme. Il affronta sans flancher le regard glacé de Jasper qui ne semblait pas aimer ses remontrances envers son père.
- Si nous ne sommes pas assez nombreux, dit-il en se calmant, alors nous appellerons à nous les autres peuples. Les Arkans n'attaquent peut-être pour l'instant que les royaumes vampires, mais lorsque vous tomberez, ils se tourneront forcément vers d'autres. Leurs maitres, je l'ai senti, sont des conquérants. Alors convoquons-les de nouveau ici. Et créant des alliances.
- Demander de l'aide ? S'offusqua Jasper. En les convoquons ?
- Oui. Dit-il, catégorique. Et ils répondront tous à l'appel de la Sorah.
Un silence assez respectueux, qui le surprit malgré lui, s'étendit autour d'eux. Les vampires le regardaient, la tête légèrement baissée face à sa puissante autorité. Il avait l'impression que sa voix commandait et agissait directement sur eux. Les envoutants presque. Il semblait avoir enfin trouvé la technique de son ancêtre : la main de fer dans le gant de velours. Seul son amant, droit sur son siège, ne semblait pas atteint par ses paroles.
- Tous ne viendront pas, se risqua à dire Alice. Déjà, lors de votre éveil certains ont marqués leur désintérêt en ne se présentons même pas à vous, ou en vous défiant carrément. Et beaucoup n'attendent rien de vous, Sorah.
Le vouvoiement était revenu d'un seul coup, comme si son aura dominante les poussait à le faire. Sans montrer que cela l'avait un instant désarçonné, tant de révérence était rare, il reporta un regard aigu vers Esmée.
- Voilà pourquoi il est temps que j'agisse, fit-il d'une voix forte, que je montre que la Sorah que je suis est prêt à prendre en main son rôle de Gardien. Et pour commencer, les terres que vous avez volées dans le sang et les larmes, vous allez les rendre. En les gardant, aujourd'hui, vous voilà isolés, seuls, et encore victime des attaques incessantes de ceux qui veulent toujours reprendre ce qui leur ait dû. Vous devez le leur rendre !
La reine avait écarquillé les yeux au début de son discours avant de se raidir sensiblement.
- Il pourrait le prendre pour une preuve de faiblesse, intervint Jasper, toujours aussi mordant. Et qui sait ce qu'ils feront une fois ces terres récupérées ? Non, nous devons bien y réfléchir. Peut-être pourrions-nous les rendre en échange de leur loyauté ? Qu'ils se soumettent à nous sinon…
- Vous voulez les faire chanter ? Rigola-t-il, jaune.
- Non, souffla Esmée, blanche, juste nous assurer de notre sécurité.
Il eut malgré lui de la peine pour elle tant elle semblait effrayée à par cette idée. Il comprit qu'elle voyait ceux du Sud plus comme des ennemis que de futurs alliés. La blessure de son cœur était trop grande pour qu'elle soit rationnelle. Et il n'allait pas la laisser continuer sa vindicte pour la mort de son premier né encore longtemps.
- Non ! Refusa-t-il, catégorique. Vous n'allez pas les faire chanter ! Vous allez envoyer vos plus rapides messagers pour informer aux quatre coins de votre territoire que vous rendrez leurs terres aux Sudariens après signature d'un traité de paix sous le sceau de la Sorah.
Il eut un léger brouhaha à ces revendications. Alice et Jasper chuchotaient vivement entre eux, tandis qu'Edward sifflait quelques mots à son père qui lui répondaient vivement. Seule Esmée resta encore figée en le regardant.
- Ils prendront ce recul, fit-elle d'une voix tellement faible qu'il eut du mal à l'entendre, pour une preuve de faiblesse. Libérer et rendre ces terres…
- Terres qui ne vous appartenaient pas en premier lieu, coupa-t-il.
- … C'est enlever un peu de cette peur et de cette puissance que nous leur inspirant…
- C'est vous donner une chance de créer des alliances ! La peur ne vous a amené que de la haine, et toutes ces attaques d'Arkans enragés !
- … C'est leur permettre de reprendre assez de forces pour nous prendre d'assaut.
- C'est leur donner la chance de vivre plus dignement.
- … Et que ferons-nous de ceux qui y vivent déjà ? Ils n'abandonneront pas leurs maisons sans protester.
- Vous n'aviez pas à revendiquer des territoires qui ne sont pas vôtres ! Que faites-vous de ceux qui ont en premier lieu était chassé de leur foyer ? Il secoua la tête, désabusé. Cela, ma reine, est de votre ressort.
Il dut prendre une longue inspiration pour se calmer tant les doigts d'Edward le serraient pour contenir sa fougue. Il pouvait presque l'entendre faire les cent pas dans sa tête, leurs esprits toujours liés, pour tenter de l'apaiser et le guider dans ses paroles.
- Vos rapatrierez les vôtres sur votre territoire. Vos donnerez l'ordre dès ce jour de construire de nouveaux foyers si besoin est.
- Cela représentera un coût... Tenta de dire Jasper.
- Vous prendrez ce qu'il faut des temples de la Sorah.
- Quoi ?! S'offusqua Esmée, plus blême que jamais.
Il eut un petit sourire.
- Il se trouve que j'ai eu le temps de visiter en profondeur un de ces temples à Orlysin, dit-il. J'y aie par hasard découvert une pièce bien intéressante. Elle était sale, oubliée et condamnée, mais j'ai tout de suite reconnu sa fonction : une salle des offrandes. C'est un peu comme ma propre salle du trésor, non ? Et d'après ce que vous avez dit, chaque ville d'Elysion à son propre temple. Combien d'or cela peut-il bien représenter ?
- Vous ne pouvez pas piller les temples de la Sorah ! Souffla la reine, toujours sous le choc.
- La Sorah, c'est moi !
La pièce était plongée dans un silence dérangeant. Les vampires observaient sa joute avec la reine sans oser intervenir. Leurs yeux passaient de l'un à l'autre dans l'attente de celui ou celle qui aurait le dernier mot.
- Ce trésor est vôtre et je vous l'offre sans regret pour votre peuple. L'accepterez-vous ?
- Oui, Grande Sorah, intervint Carlisle, humble.
Il ne lui avait pas vraiment laissé le choix. Refuser aurait été un affront qu'il ne pouvait se permettre. Il pouvait voir dans la manière dont Jasper se mordait les lèvres qu'il s'en voulait d'avoir parlé d'or devant lui. C'était comme admettre que leur peuple n'était pas aussi riche et prospère qu'ils voulaient tous le faire croire. Mais lui, s'en moquait totalement. Après tout, cet argent était des cadeaux du peuple vampire, il ne faisait que leur rendre leur bien. Calme et raisonnable pour la première fois, il réduisait à néant et trouvait une solution pour chaque problème qui lui était présenté, alourdissant encore et encore le pouvoir qu'il avait sur eux à chacune de ses paroles et ordres.
- Bien, fit-il, adouci. Quant à moi, j'irais personnellement à la frontière. Je m'assurerais de gérer et diviser ces terres. J'administrerais la signature des traités de paix avec le Sud sous mon sceau. Et sachez que dès ce jour, ces terres m'appartiennent ! Je les revendique ! Vous ne pourrez plus y imposer ni vos coutumes, ni vos croyances, et ni votre langue. Tout comme vous n'y exploiterez plus les cultures et les commerces.
Esmée se renforça violemment dans son siège, la tête baissée, tandis que son époux le fixait sans broncher.
- Comment pouvez-vous être si sûr de vous, Sorah ? Fit alors la reine en se redressant encore une fois sur son siège, sa longue chevelure battant au sol. Que ferez-vous s'ils nous attaquent en remerciement de ce don ?
Il prit un long moment pour réfléchir. Il sentait grâce à la tension de la pièce que l'instant était crucial.
- Dans mon monde nous procédons parfois à un… rituel… qui se nomme le « serment inviolable », expliqua-t-il lentement. C'est un engagement magique qui lie et oblige deux personnes à respecter sa parole sous peine de mort.
Il voulut lâcher son amant, mais celui-ci raffermit sa prise sur sa main, alors, haussant les épaules vers lui, il se leva avec une lenteur calculée de sa chaise pour faire face au couple royale. Ses doigts entrelacés à ceux d'Edward aux yeux de tous, il tendit son autre main vers Carlisle et le transperça d'un regard devenu d'un blanc éclatant. Il pouvait sentir sa magie, bien que sous contrôle du collier, évoluer en volutes de filament de puissance bleu tout autour de lui. Le roi lui rendit son regard, raide sur son siège, et après s'être observés longuement, consenti à se lever à son tour pour lui tendre sa main. Il ne trembla même pas lorsque les doigts glacés du vampire s'enroulèrent autour de la sienne, chaude et vibrante de magie. Mais il retint un sourire en sentant Carlisle frémir malgré lui sous son toucher et la puissance qu'il dégageait, et dit :
- Je jure sur ma magie que moi, Sorah, Grande Gardienne d'Elysion, offrira ma puissance et ma protection aux vampires en échange de la restitution des terres Sudariennes qui ont été conquis par la force et le sang.
- Je jure sur mon nom et ma lignée que moi, Carlisle Cullenus, Grand roi des terres d'Alayis, redonnera aux Sudariens leurs terres et leurs biens en échange du soutien de la Sorah.
Il ne fut pas surpris de voir sa magie reconnaitre leur serment alors qu'un long filament de magie bleu s'enroulait le long de leur main jointe. Il vit le sourcil du roi tressauter sous un tic nerveux lorsque ce dernier ressentit la force de leur engagement alors que le lien magique se resserrait entre eux. Un point au cœur le fit grimacer, alors que Carlisle se pliait légèrement vers l'avant en serrant les dents, avant que la sensation ne s'évapore doucement, leur lien accompli. La salle du Conseil resta plongée dans un long et troublant silence, alors qu'ils se fixaient toujours, avant que leurs mains ne se relâchent. Harry, qui n'avait pas lâché son amant, se laissa tirer en arrière par celui-ci et se rassit sur son siège. Le roi en faisant de même, la main de son épouse venant s'agripper à la sienne. Pendant un court instant, seuls les élans de sa magie, qu'il laissait volontairement évoluer dans la pièce, se fit encore sentir, tandis que les vampires s'étaient tous figés dans leur siège dans une posture inhumaine. Le fixant sans cligner de leurs yeux brillants.
- Certains protesteront, et vous en voudrons même après avoir récupéré leur bien, coupa-t-il le silence. Oui, je suis conscient qu'il y a un risque que certains chercheront encore à se venger de vous-même après avoir signé le traité de paix. Et ceux qui ne sont pas venus à moi seront les plus dangereux…
- Dans ce cas qu'allez-vous faire ? Demanda dans un souffle la reine.
Il la fixa, et son regard s'adoucit sous son angoisse apparente.
- J'irais vers eux, affirma-t-il. Je parcourrais chaque territoire d'Elysion, s'il le faut. Je demanderais audience à chaque roi ou reine de chaque royaume que je foulerais, et, qui sais-je à faire un serment inviolable avec chacun d'entre eux, je ramènerais la paix à Elysion. Et alors je vous rallierais tous à ma cause : stopper la menace Arkanienne.
La main de son amant le serrait tellement qu'il était sûr de récolter un bleu. Mais malgré la douleur, il continua, imperturbable :
- Assez de sang à couler entre nous alors que l'ennemi est là, plus puissant que jamais, et qu'il avance chaque jour un peu plus vers nous. Il est temps d'arrêter de se battre entre nous. Et surtout, il est temps pour moi de prendre mes responsabilités. Je suis un Gardien, votre… Sauveur...Mais surtout votre Guide ! Et pour vous aider, je vais monter la plus grande armée jamais vue à Elysion, une armée regroupant chaque être vivant et conscient de ce monde rassembler sous la même et seule bannière : I eldaiva ne Sorah (L'armée de la Sorah).
Ces mots résonnèrent et vibrèrent contre les murs de la pièce tout en faisant frémir ses occupants. Il savait qu'il allait devoir partir. C'était comme… déjà inscrit d'avance. Il venait juste de confirmer les doutes de tous ceux présents dans cette pièce. Alice, qui fuyait son regard, avait les épaules basses. Pour mettre fin à la guerre, et éteindre les conflits, il forcerait ces têtes de mules à travailler ensemble contre un seul et même ennemi commun. Il montera une armée, la plus grande jamais existée, faites de vampire, d'elfes, de dryades, et même d'humains…. Tous assemblés sous sa bannière. Il ferait ainsi ses preuves, et rachètera l'honneur bafoué de son ancêtre fuyarde. Voilà qu'elles étaient ses armes. Voilà qu'elle était son rôle.
- Vous ferez amende honorable envers ceux que vous avez offensés. Et je ferais de même envers ceux que j'ai abandonnés.
À cet instant précis, il ressentit vraiment le pouvoir et l'impact de ses paroles. Jusqu'à aujourd'hui, il se sentait mal à l'aise dans son rôle de Sorah. Comme s'il devait jouer un rôle dont il ignorait le texte. Mais à présent, alors que les doigts de son compagnon glissaient et se resserraient sur les siens, il venait d'asseoir sereinement sa puissance et sa place dans ce monde. Son collier brillait et chauffait légèrement autour de son cou alors que sa magie était domptée. Elle ne lui montait plus à la tête, et il ne s'en sentait plus confus. Il en avait utilisé juste assez pour étendre sa domination avec une facilité qui lui fit esquisser un rictus. Quand il regardait en arrière, vers ses crises de colère et ses pertes de contrôle, il pouvait pleinement admirer le chemin parcouru. Il avait peut-être finalement trouvé sa place. Trouver quel type de Sorah il voulait être.
Affrontant chaque regard autour de la table, il les vit frémir, en apercevant quelque chose dans ses yeux qu'il ne pouvait pas percevoir, et incliner discrètement la tête. Et il aurait pu exploser de rire en voyant que même Jasper ne pouvait s'empêcher de s'infléchir devant lui. Son amant, droit dans son siège, semblait le seul à lui être égal.
- Bien. Intervint avec un temps de retard Carlisle en se raclant la gorge. Nous enverrons des missives au nom de la Sorah, nous commencerons à rédiger les traités d'alliances, et à nous reparlerons de marcher sur l'Haradas lorsque la neige aura entièrement fondu. Pour l'instant, nous renforcerons la sécurité de nos villes et de nos terres.
- Pourquoi attendre si longtemps ? S'agaça de nouveau Edward. Vous croyez que les Arkans vont rester bras croisés à nous attendre ?
- Parce que la civilité veut pour certains peuples que la guerre attende la fin des froideurs hivernales. C'est la tradition. Tu froisserais les elfes s'ils devaient se déplacer durant les grandes neiges ! Et ce n'est pas parce que nos ennemis s'en moquent que nous devrions en faire de même, s'agaça la reine qui avait repris contenance. Et puis, c'est aussi parce que mon anniversaire approche, avoua-t-elle plus calme, et nous avons déjà entamé les préparations pour une grande fête.
- Il y aura une foire, se réjouit doucement Alice, et une grande joute royale. Keren a été ravi d'être rappelé pour être notre Maitre des jeux.
Un lointain souvenir de cet homme fit Harry se tendre malgré lui dans son siège de velours rouge.
- Vous voulez faire la fête ? Fit son compagnon, incrédule.
Les filles râlèrent silencieusement après lui alors que Jasper lui lança un regard de supplice complice. Aucun doute que son épouse devait lui rebattre les oreilles avec la préparation de cette fête depuis un moment.
- Oui, Edward, dit paisiblement Carlisle, nous allons renforcer nos frontières et faire la fête. Justement pour prouver que nous n'avons pas peur, et parce que le peuple a besoin de divertissement après toutes ces attaques.
- Emmett doit revenir après-demain, les informa Alice, les yeux perdus dans le vide. Et la fête aura lieu cinq jours plus tard, pour le solstice d'hiver de cette année.
À la mine revêche des filles, Edward choisit sagement de ne pas protester plus, et il loua sa prudence. Ces femmes pouvaient être redoutables…
- Bien. Alors c'est réglé ? Demanda Jasper.
Alors qu'il attendait la réponse de Carlisle à cette question, il tressaillit presque en voyant que tous le regardait pour attendre son accord à lui. Tentant de cacher tout malaise, il répondit :
- Oui, c'est parfait.
Il quitta alors la salle des conseils un peu trop rapidement pour que cela soit naturel, sans attendre personne, mais s'en moquait. Il ne prit le temps que d'échanger un long regard avec son amant avant de quitter les lieux. Une fois à l'abri dans les couloirs, la tension de cette réunion étant enfin retombé, il n'empêcha pas le large sourire qui s'étendit sur ses lèvres. Ma foi, il était vraiment fier de lui, et s'en félicita d'avoir put aussi aisément s'imposer tout en se sentant aussi juste dans ce rôle. Il avait obtenu ce qui était pour lui primordiale pour avancer dans cette paix qu'ils voulaient tous sans rien faire pour l'avoir : la libération des terres Sudariennes. Il allait éteindre ce petit conflit pour ces terres volées avant de s'attaquer aux Arkans. Surtout que, pour avoir vu l'histoire d'un souvenir de son ancêtre, il savait que les conflits avaient commencés avec les vampires, avec Licianus. Il était donc juste que ce soit à eux de faire le premier pas vers la paix. Il ne voyait pas d'autres moyens pour combattre les Arkans, et leurs maitres. Il ne connaissait pas d'autres moyens pour les amener à faire la paix et pour mettre à défaut l'inconnu à la magie violette… Il était tellement perdu dans ses pensées lorsque des bruits de pas derrière lui le fit se retourner et qu'il vit Alice le rejoindre à vitesse vampirique. Il sursauta violemment lorsqu'elle lui saisit le bras, serrant trop fort, et lui lança un regard perdu.
- Alice ? Fit-il doucement.
Pas de réponse. À ses yeux plongés dans le vague, il comprit rapidement qu'elle vivait une de ses visions. Une vision d'une rare violence vu comment son corps se mettait à présent à frémir.
- Harry ! Cria-t-elle subitement en resserrant ses doigts.
Puis, comme s'il ne s'était rien passé, elle revint d'un coup à elle, et relâcha difficilement sa prise, doigt après doigt. Ses yeux écarquillés le regardèrent lui, toujours figé sous la surprise, et il croisa son regard vif et méfiant un cours instant avant qu'elle ne le détourne.
- Qu'as-tu vu ? Murmura-t-il, presque effrayé.
- Trop confus, fit-elle en revenant au tutoiement. Rien de précis. Excuse-moi.
Et sans un mot de plus, et sans cher à la retenir, il la laissa s'esquiver vivement pour s'élancer dans des couloirs adjacents. Encore tout retourné, il resta un moment à fixer le vide avant que le murmure des nobles qui l'observait ne devienne dérangeant. Il les foudroya d'un regard, appréciant de les voir baisser vivement la tête, et reprit sa route au gré des dédales de couloirs, sans but précis. Qu'avait-elle vu ? Qu'est-ce qui l'attendait encore comme catastrophe à vivre ? Il aurait dû user de la Légimencie pour voir en même temps qu'elle cette vision. Alice semblait trop troublée pour que ce ne soit pas quelque chose à prendre en compte. Elle avait tout de même crié son nom ! Perdu dans ses pensées, ses pieds le menant au travers des nombreux passages du palais, il remarqua qu'il venait d'atteindre une zone qu'il n'avait pas encore visitée lorsque la luminosité faiblit. Il remarqua l'absence de nobles ou de passants dans les couloirs moins richement décorés. Il allait faire demi-tour lorsqu'une voix l'interpella :
- Sorah ?
Se tournant, il sourit de plaisir en reconnaissant les doux traits de Marianne. S'approchant, il allait lui faire partager sa bonne humeur lorsqu'il aperçut son visage marqué de fatigue, et ses cernes, et en fronça les yeux avant de la serrer dans ses bras. Alice quitta rapidement son esprit alors qu'il se concentrait sur elle.
- Ma Sorah, dit-elle en lui rendant son étreinte, c'est inconvenant pour une personne de votre rang.
- Cela n'a rien d'inconvenant entre deux amis, et c'est ce que nous sommes.
Se séparant, il remarqua une nouvelle fois sa fatigue, et son air soucieux.
- Tu vas bien, Marianne ? Demanda-t-il. Tu sais que si tu as besoin d'aide, tu peux tout me demander, pas vrai ?
Un sourire timide et quelque peu forcé lui répondit, l'inquiétant encore plus.
- Oui, Sorah, fit-elle pourtant. Tout va très bien. Ça me fait juste du bien d'être avec vous après tout ce temps.
- Oui, on ne peut pas dire que mes expéditions à droite à gauche nous aient facilité nos rencontres.
- Puis-je en profiter maintenant que je vous ai ?
Il haussa un sourcil curieux et se laissa entrainer vers le fond du couloir, et passa une porte sur la gauche. Là, s'ouvrit devant lui la cuisine royale d'Alayis. Une large table en noyer avec plein de chaises accueillait des servantes qui discutaient joyeusement se redressèrent comme un ressort à son entrée. Il pouvait apercevoir des armoires, bien pourvues de toutes sortes de vaisselles de porcelaine et d'étain, de chandeliers de cuivre et d'argent, de couverts et autres parfaitement rangés. Un large et long établi qui servait de plan de travail accueillait tout une batterie de casserole et d'ustensiles de cuisine. Dans un coin, des seaux provenant du marché étaient encore remplis de poissons frais, de fruits, et de légumes. Il y avait aussi une pompe double avec ses bras et des robinets de cuivre au-dessus d'un évier ou trempait des sortes de haricots noirs. Sous le dressoir, une porte s'ouvrait sur un escalier en colimaçon qui descendait sur une cave à vin et à bière dont il percevait l'odeur. De sa place il pouvait en apercevoir les nombreux tonneaux, d'autres bouteilles pourvues de bouchons noirs, des pots, des poëles, des tonneaux à beurre, et d'autres choses qu'il ne distinguait pas bien. Pour finir, une large cheminée au feu ronflant accueillait une marmite au bouillon frémissant. Ce fut le discret murmure agité des servantes qui lui fit reporter son attention sur elles. Les malheureuses semblaient mal à l'aise, un majordome se trouvait parmi eux n'en menait pas large lui non plus.
- Tout va bien, dit-il en sentant venir le malaise. Reprenez vos occupations.
Ils durent prirent ses mots pour une remontrance, car rapidement après la cuisine se vida alors qu'ils courraient trouvés une tâche à faire. Retenant un soupir ennuyé, il reporta son attention sur les trois seules femmes qui étaient restées. Leur tête baissée vers le sol ne l'empêcha pas de les reconnaitre. Michelle, Melinda et Lara, la famille de son amie se trouvait à Alayis.
- Ce n'est pas vrai, s'exclama-t-il. Quand sont-elles arrivées ?
- En vérité, fit Marianne, gênée, elles sont là depuis votre éveil, Sorah. Elles sont venues en même temps que les délégations étrangères venues vous rencontrer.
- Si longtemps ? Pourquoi n'as-tu rien dit ?
Puis, repensant à cette période, et à tous les problèmes qu'il faisait face alors, il leva la main pour l'interrompre et dit :
- Laisse tomber ! Ma faute !
Puis, se tournant vers Michelle, qui lui rappelait tant Molly Weasley, il tenta de capter son regard en vain.
- Relevez-vous, je vous en prie. Sourit-il. Je suis ravie de vous revoir. S'il vous plait, répondez-moi, ajouta-t-il en se rappelant du protocole qui les tenait muettes.
- La Sorah nous fait trop d'honneur, dit la voix tremblante de la mère de famille. Nous sommes aussi ravies d'avoir la chance de vous revoir.
Son sourire s'élargit lorsqu'il les vit se détendre lentement, leur tête se redressant sans pourtant oser croiser son regard. Pour le coup, Marianne lui semblait moins timorée dans ses contacts avec lui.
- Venez, Sorah, lui dit d'ailleurs cette dernière. Laissez-moi vous servir à boire.
Immédiatement à ses mots, ses sœurs s'éclipsèrent pour lui laisser la place vers la table, tandis que leur mère se pressait de mettre à chauffer de l'eau sur le poêle pour lui faire un thé. Au final, seule Marianne s'installa avec lui, et osa discuter l'air de rien. Mais malgré la gêne ambiante, il était ravi de passer ce moment avec eux. Il se revoyait encore à Efryn, dans leur cuisine, se faire cajoler par Michelle pour manger plus, et taquiner par les deux sœurs sur ses prises de bec avec le prince Edward. Parfois des servants entrés joyeusement dans la cuisine, puis, l'avisant, rebroussait chemin sans demander leurs restes. Seuls quelques téméraires, qui devaient aider pour le repas du midi, eurent le courage de rester. Bien qu'ils veillèrent à rester le plus éloigné de lui possible. Lorsqu'ils devaient saisir un ustensile proche de la table, ils faisaient toute une comédie pour se faire discrets. C'était assez marrant à regarder. Il passait un bon moment, lorsque, son thé presque fini, il vit une nouvelle ombre assombrir les traits de son amie.
- Bon cette fois, fit-il, je t'ordonne de me dire ce qui te préoccupe.
Marianne parut surprise de son éclat, et elle jeta un œil circulaire à la pièce. Par chance, que ce soit sa famille, ou les domestiques, ils étaient tous trop occupés pour prêter attention à eux. De plus, sa présence seule les intimidait assez pour qu'il évite de le regarder, et à plus forte raison, de les espionner.
- Je suis juste inquiète pour mon frère, Kéry. Lui révéla Marianne après un silence.
Il fronça les sourcils en se rendant compte qu'effectivement le jeune homme manquait à l'appel.
- Ou est-il ? Demanda-t-il en se penchant en avant pour croiser le regard devenu fuyant de son amie. Vous n'êtes pas venu avec lui ?
- Non, il… Il était malade lorsque ma mère et mes sœurs ont pris la route. Oh, rien de grave, mais elles ont préféré qu'il vienne avec le prochain convoi. Mais… il y a eu l'attaque l'autre nuit dans la chambre du prince Edward, et il a fermé toutes les portes de la ville. J'ai juste eu le temps de lui envoyer un dernier message pour lui dire de ne pas venir, et depuis, nous sommes sans nouvelles.
- Pourquoi ne le contactes-tu pas de nouveau ?
- Parce que le palais est toujours en état d'alerte. Les portes sont toujours closes, et aucun message ne peut être envoyé de peur que l'ennemi ne le repère.
Au départ, Harry voulut traiter son amant de parano psychotique. Puis, il repensa avec quelle facilité les Arkans avait pu retracer leur chemin de voyage vers Orlysin, et se mit à douter. Avec les espions qu'ils soupçonnaient vivre parmi eux, ça ne l'étonnait pas qu'il ait décidé de couper les communications extérieures pour éviter toute dilatation d'informations. À sa connaissance, en ces temps tendus, les seuls messages qui étaient envoyés ou reçus venaient de la famille royale et de leur coursier.
- Pour l'anniversaire de la reine Esmée, continua Marianne, les portes seront de nouveau brièvement ouvertes. Et j'aimerais bien que Kéry en profite pour pouvoir entrer et nous rejoindre. Il est jeune, ce n'est pas bon qu'il soit laissé seul aussi longtemps.
- Je comprends. Mais je n'irais pas à l'encontre d'Edward... Je suis désolé mais c'est pour notre sécurité à tous.
Une émotion passa dans son regard, mais bien trop vite pour qu'il puisse la définir.
- Oui, bien sûr, fit-elle, la voix tremblante. C'est juste qu'il est tout seul. Et nous n'avons aucune nouvelle. Ma mère n'en dort plus la nuit. Et moi non plus.
Il se sentit gêné sous le regard plein d'espoir qu'il reçut à ce moment précis. Comme s'il détenait déjà le remède à tous ces maux, et qu'elle le suppliait de l'administrer.
- J'aimerais juste pouvoir lui envoyer un seul mot, supplia-t-elle alors. Juste lui dire de nous retrouver à l'anniversaire de la reine.
Gêné, il détourna le regard, et vit une servante manquer de faire tomber des assiettes en porcelaine avant de se rattraper.
- Oh, Sorah, renifla-t-elle en posant une main sur son bras pour attirer son attention. Je sais que vous avez beaucoup souffert d'être séparé des tiens, de ton monde. Je veux juste réunir les miens.
Le souvenir de ses amies envahit son esprit, et il se sentit faiblir d'un coup. Qu'aurait-il offert aujourd'hui pour les revoir ? Cette pensée le bouleversa.
- Un ami de ma mère qui a un bateau en partance pour Efryn pourra prendre ma lettre pour la remettre à mon frère, se pressa-t-elle de dire. Mais l'accès au port aussi est règlementé. Les soldats ne me laissent pas passer, j'ai déjà essayé. Il faudrait que je parvienne à les contourner. Mais c'est impossible !
Impossible ? Pourtant, il voyait dans son esprit un passage qui lui permettrait de sortir subtilement d'Alayis. Et, avec un peu me marche, elle pourrait rejoindre les docks, se fondre dans la foule de marchands, et passer son message. Puis, tout aussi, silencieusement, revenir dans la cité sans souffrir d'aucun barrage.
- Et si je te disais qu'il y avait un moyen, fit-il lentement. Promets-tu de t'y rendre, de donner ta lettre, sans te faire voir, et de revenir ?
- Je vous le jure !
- Bien, dans ce cas, je connais un passage par le temple érigé en mon nom…
Harry avait une notion très poussée de l'amitié. Car dès qu'il l'offrait, celle-ci était acquise à jamais. Et qu'en conséquence, loyal, il faisait toujours tout pour venir en aide à ceux qu'il considérait comme tels. C'était son côté Griffondor qui parlait. Et ce fut pour toutes ces raisons, que dans le secret de la cuisine royale, sous le couvert des conversations alentours, il révéla à une amie qu'il estimait au-delà des mots le seul passage dérobé qu'il connaissait d'Alayis. Le talon d'Achille de cette forteresse imprenable.
S'il avait pris le temps d'y réfléchir, il se serait dit que c'était tout de même un comble que cette seule faiblesse prenne naissance en son temple.
À Suivre.
