Chapitre 3 –La Tapisserie
La chambre de Dorcas à St-Mungo était pleine de visages attristés. Marianne, sa mère, Edward, son père, et Jules, William, Leonard, ses frères aînés, et Jane, sa cadette, étaient à son chevet nuit et jour depuis son arrivée il y avait trois semaines de cela. Pour les trois derniers, l'école s'était terminée plus tôt, dans le chagrin et l'appréhension.
Dans la chambre exiguë, des fleurs, des ballons, des boîtes de confiseries et des lettres cachetées gisaient un peu partout, attendant un regard qui ne semblait pas venir.
Le docteur Sven arriva dans la chambre, l'air sombre, et demanda à parler à Edward et Marianne. Ces derniers sortirent dans le couloir pour entendre le verdict du médecin sur l'état de santé de leur fille.
Par la fenêtre, Jules, William, Leonard et Jane virent leur mère s'effondrer dans les bras de leur père alors que ce dernier portait une main à son visage dans un effort vain pour retenir ses larmes.
Durant les heures qui suivirent le docteur Sven fit plusieurs allers-retours, surveillant les signes vitaux de Dorccas, la mine sombre, les lèvres pincées. Vers la fin de la nuit. il revint et, après avoir longuement examiné Dorcas, leur fit l'annonce de sa mort.
ooOoo
Seuls ses pas résonnaient dans la forêt sur laquelle la nuit tombait doucement. Les ombres des arbres s'étiraient sur le sol recouvert d'une fine couche de neige. Dorcas prêta l'oreille au silence surnaturel de la forêt.
De la buée sortait de sa bouche, formant un mince filet blanc, si semblable à la fumée sortant d'une cheminée. Elle ne savait pas vraiment où elle allait. En fait, ses jambes semblaient la porter en un quelque part qu'elle ne connaissait pas encore.
Après un temps indéfini, elle arriva à une maison en bois dont les fenêtres étaient éclairées. Elle s'avança sur le porche et frappa à la porte, mais personne ne lui répondit. Alors qu'elle s'apprêtait à frapper une seconde fois, la porte s'ouvrit d'elle-même et la scène qui s'offrit à elle en fut une de joie et d'effervescence. Des gens qu'elle connaissait y étaient rassemblés. Il y avait ses grands-parents maternels, son oncle Gilbert, son chien Brad et son chat Cumulus. Un sourire éclaira son visage jusqu'à ce qu'elle se souvienne que tous ces êtres étaient morts.
Ses grands-parents, qu'elle n'avait que brièvement connus, s'avancèrent vers elle et la prirent dans leurs bras dans une accolade chaleureuse. Elle sentit qu'on lui donnait des baisers sur la tête et vit que les visages arboraient des sourires joyeux. Elle se pencha pour saluer ses défunts animaux de compagnie, se ramassant au passage quelques coups de langue sur le menton de la part de Brad, un ronronnement sonore et un coup de tête puissant qui n'appartenaient qu'à Cumulus.
Alors qu'elle s'affairait à rendre hommage à son chien et à son chat, elle sentit une petite main se glisser dans la sienne. Elle leva les yeux sur la personne à qui était attachée la main et découvrit avec une surprise entremêlée de joie qu'il s'agissait de Mélodie, une amie d'enfance qui est morte à l'âge de 7 ans.
« Tu as vieilli », lui dit-elle, une lueur taquine dans les yeux.
« Pas toi », rétorqua Dorcas, tout aussi moqueuse. Par Merlin! Mélodie et elle étaient comme des sœurs au moment de sa mort! Sept ans déjà!
Mélodie tira sur sa main et l'entraina vers un escalier étroit qui menait au second étage.
Quand Dorcas se retourna pour lui parler, elle constata avec déception que Mélodie avait disparu.
À l'étage, elle constata qu'elle n'était pas seule. Là, assise dans un fauteuil faisant face à la fenêtre, une immense silhouette recouverte d'une grande cape noire semble absorbée dans la contemplation de la valse des flocons de neige qui tombaient désormais dans le ciel nocturne.
« Dorcas Tabitha Meadowes », dit la silhouette sans se retourner.
« Bonsoir », répondit Dorcas.
Elle observa la silhouette encapuchonnée se lever lentement du fauteuil. Debout, la pointe de sa cape frôlait le plafond. Dorcas contorsionna son cou, mais fut incapable de discerner le visage de l'être qui se cachait dans les replis noirs de la cape.
« Excusez-moi, mais qui êtes-vous? » demanda Dorcas poliment.
« Quelle politesse! » se moqua gentiment l'être sans-nom. « Tu ne sais donc pas encore qui je suis, si je comprends bien? »
Dorcas s'approcha de la silhouette et plongea son regard dans la noirceur où se cachait le visage de l'être sans-nom.
« Oh », souffla-t-elle.
« Tu comprends maintenant? »
« Vous êtes… »
L'être sans-nom poussa son capuchon vers l'arrière, révélant un visage d'une beauté si douloureuse, que Dorcas recula d'un pas en se couvrant les yeux.
« Oui? » fit l'être sans-nom.
« Vous êtes la Mort. »
« Dix points pour toi petite Hufflepuff! » ricana la Mort.
« Je ne vous aurais jamais imaginé si belle », avoua Dorcas, incapable de détacher son regard de la Mort. Cette dernière se tenait devant elle majestueusement, son regard cristallin plongeant dans le regard brun de Dorcas.
« Je suis morte, c'est bien cela? » demanda-t-elle.
« Oui…mais non », dit la Mort en poussant son regard dans un coin de la pièce. « Pas encore. »
Dorcas suivit son regard et vit trois femmes assises en train de tisser une tapisserie qui recouvrait en partie le mur derrière elles.
« Allô Volva! » dit la femme qui filait sur la tapisserie. Elle était plus vieille que Dorcas de quelques années, mais de beaucoup plus jeune que les deux autres. Elle portait sur la tête une couronne agrémentée de sept étoiles. Son vêtement était coloré, mais le bleu restait dominant.
« Volva? Je suis désolée, mais je me nomme Dorcas Meadowes », la corrigea-t-elle le plus poliment du monde.
La femme qui enroulait le fil se mit à glousser en la regardant.
« Si polie petite Volva! »
Dorcas fronça les sourcils, se demandant ce que ces êtres avaient contre la politesse! Et ce nom encore!
« Je me nomme Clotho », se présenta la première femme qui tenait le fil qu'elle s'apprêtait à passer dans la tapisserie.
« Et moi Lachesis », dit la deuxième. La troisième dame, qui semblait être âgée d'un siècle ou deux, se tourna vers elle, ciseaux à la main et lui dit, le regard noir :
« Je suis Atropos, Dorcas Meadowes. »
Comme elle avait de bonnes manières, Dorcas se dit enchantée de faire leur connaissance.
« Ah Volva, Volva, Volva! » rigola Lachesis. « Tu nous connais déjà! »
Comment pouvait-elle les connaître? Elle venait tout juste d'arriver dans cet étrange lieu!
« Non, je ne crois pas. Je… »
Elle s'arrêta et se mit à réfléchir à toute vitesse. Elle venait de rencontrer la Mort et ces trois dames étaient…
« Vous êtes les Parques! » s'exclama-t-elle, toute heureuse de sa découverte.
Atropos leva un sourcil dédaigneux en direction de Dorcas.
« Quel nom dégoûtant! Nous sommes les Moires ma petite Volva! »
Secouant la tête de contrariété à ce nom, Dorcas dit : « Mon nom est Dorcas Meadowes. Pas Volva! »
« Elle a oublié », commenta Lachesis.
« Oui on dirait bien » dit Clotho.
« Elle a toujours été un peu idiote », ajouta Atropos en jetant un sourire édenté à Dorcas.
« Je ne suis pas idiote! » s'exclama Dorcas, sentant la colère la gagner.
Elle tourna la tête vers la Mort qui se tenait silencieuse, derrière elle, et lui lança un regard inquisiteur.
« Que se passe-t-il? Pourquoi ces femmes sont-elles là? Je suis morte oui ou non? »
La Mort s'avança vers elle, les plis de sa cape noire effleurant le plancher de bois dans un froufrou presque imperceptible.
« Oui, tu es morte Dorcas Meadowes », dit la Mort. « Pour l'instant. »
Elle reprit : « Mais il semblerait que le fil de ta Destinée ne s'arrête pas là. »
Le rire caquetant d'Atropos retentit dans la pièce, aussi aride que celui d'une poule qui ne pond plus. Élevant les ciseaux qu'elle tenait dans sa main droite à la hauteur de ses yeux, elle regarda Dorcas avec une expression machiavélique sur le visage.
Instinctivement, Dorcas recula, comme si elle craignait d'être attaquée.
« Je ne comprends pas… »
« Vois par toi-même Volva », l'invita Clotho d'un geste amical. Dorcas s'approcha d'elle, gardnt une certaine distance avec Atropos en qui elle n'avait pas confiance. Cette vieille folle pourrait lui sauter dessus à tout moment avec ses ciseaux!
Clotho attira son attention sur la tapisserie qui recouvrait le mur. Sur ses lèvres, il y avait un sourire avenant. C'était une belle tapisserie, pleine de jolies couleurs effervescentes. Les petites images qui s'y retrouvaient représentaient des scènes et Dorcas découvrit à sa plus grande excitation qu'il s'agissait de scènes de sa jeune vie.
« C'est moi! » cria-t-elle aux quatre personnages qui ne semblaient pas plus émus que cela de sa découverte.
Une des dernières scènes sur la tapisserie représentait le moment où elle avait accepté de travailler avec Sirius sur l'essai que McGonagall leur avait imposé lors de leur retenue.
« Ça ne peut pas être la dernière chose d'importance dans ma vie, ça fait deux mois de cela! J'ai continué à respirer après ce moment pas si mémorable que ça vous savez! J'ai ri, pleuré, je me suis amusée depuis ce temps! Ma vie ne peut pas se terminer… là-dessus! »
« Chère Volva, ce n'est pas toi qui décide de ce qu'il y a sur la Tapisserie », déclara Clotho d'une voix sobre, mais Dorcas ne voulait rien entendre.
« Et puis, ce n'est pas ta seule vie », ajouta Lachesis en désignant l'entièreté du mur.
Levant son regard, Dorcas absorba l'immensité des scènes qui se jouaient devant ses yeux éblouis.
« Oh. »
Quelque chose voulait remonter à la surface de sa mémoire, quelque chose de très bien enfoui. Elle reconnaissait ces images, mais ce n'était pas elle Dorcas qui s'y trouvait, mais pourtant il s'agissait bien d'Elle.
« Oh. »
Elle se sentait ridicule de répéter ce tout petit mot, mais il lui semblait si approprié en la circonstance.
« Volva », dit précipitamment la Mort. « Le Temps presse. Tu auras le loisir de contempler tes vies à un autre moment. Ce n'est pas comme si tu ne les connaissais pas. »
Les Moires acquiescèrent en ricanant.
Un silence s'établit et la Mort regarda les trois femmes l'une après l'autre.
« Nous avons une entente mesdames? » Les trois femmes – trois sœurs vraiment –hochèrent la tête d'un seul et même mouvement.
Atropos déposa ses ciseaux alors que Lachesis donnait du lousse au fil que Clotho se dépêcha d'aller insérer dans la Tapisserie.
La Mort se pencha vers Dorcas et, posant son long doigt effilé entre ses deux yeux, à la jonction de ses sourcils au-dessus de son nez, elle lui dit :
« Vois Volva. »
Dorcas se sentit basculer vers l'arrière dans une chute sans fin.
ooOoo
À St-Mungo, la chambre de Dorcas Meadowes était envahie de sanglots étouffés, de mots de sympathie et d'étreintes réconfortantes. Marianne et Edward pleuraient dans les bras l'un de l'autre, alors que Jules tentait de réconforter leurs grands-parents paternels qui venaient d'arriver. Jane était étendue contre le corps encore chaud de sa sœur aînée, ne croyant pas à l'absurdité de la situation, le visage vide de toute expression, doutant de son propre désir de vivre. Dorcas avait toujours été celle à qui elle s'était confiée et qui l'encourageait dans tout ce qu'elle entreprenait.
Leonard et William étaient assis de chaque côté du lit, se demandant comment quelqu'un pouvait mourir de quelque chose d'aussi banal qu'une grippe, même d'une souche aussi virulente que celle-ci. Par la barbe de Merlin! C'était de leur petite sœur qu'il s'agissait! Celle qui gardait le sourire malgré les coups durs, celle qui prenait en charge la moindre tâche et celle qui s'assurait qu'ils ne manquaient de rien à Hogwarts.
Pour Leonard, c'était celle qui avait sauté sur le terrain de Quidditch l'année précédente, inconsciente des dangers que représentaient les Quaffles pour s'assurer que son grand frère, couché au sol par une chute particulièrement intense, soit hors de danger. Pour William, c'était celle qui connaissait son secret le plus intime et qui l'accueillait, corps et âme, dans tout ce qu'il était.
Marianne, le regard enfoui dans l'épaule de son mari, se rappelait que Dorcas était sa première fille, après trois beaux garçons. Elle était aussi celle qui était venue la trouver au cœur de la nuit quand elle avait appris la mort de ses parents et qui avait essuyé ses larmes de ses petits poings d'enfant. Elle se rappelait ses sourires, ses premiers mots, ses premiers pas. Quand la Magie s'était manifestée en elle la première fois, Marianne se souvenait du rire de sa fille au moment où toutes les fleurs du jardin avaient éclos. C'était en mars et les fleurs avaient percé la neige.
Edward avait le souvenir de cette petite fille qui souriait dès qu'il lui parlait et de ces longues heures durant lesquelles il la berçait, lui chantant chanson après chanson jusqu'à ce que le sommeil la gagne et qu'il puisse aller la déposer dans son lit. Il lui était impossible d'oublier comment Dorcas criait pour l'accompagner partout où il allait et il ne pouvait en être plus fier. Quel père ne souhaitait pas être l'objet de l'adoration de sa propre fille?
Jules, l'aîné, se rappelait encore quand sa mère lui avait déposé ce petit paquet tout rose dans ses bras en lui présentant sa petite sœur Dorcas. Elle était si magnifique et Jules avait ressenti une telle fierté en la prenant dans ses bras. Dorcas vouait une admiration sans borne à son grand frère, mais Jules avait toujours eu l'impression que c'était lui le plus fier.
Après quelques minutes, le silence se fit dans la chambre et tous ceux qui s'y trouvaient, se rassemblèrent autour du lit où Dorcas gisait. Son visage était pâle et creux. Ses cheveux noirs tombaient sur ses épaules et, par réflexe, Marianne en poussa une mèche derrière son oreille, accentuant l'ombre qu'il y avait dans ses pommettes.
Dorcas Meadowes n'était plus de ce monde.
ooOoo
Qu'est-il arrivé à Dorcas? Pourquoi la Mort et les Moires ont exprimé un tel intérêt en sa personne?
Pour en savoir plus, reviewez s.v.p.! je vois que plein de gens lisent, mais une simple review vaut plus qu'un « hit »!
Sirius est dans le Plan, ne vous en faites pas!
=)
