Voilà enfin mon deuxième chapitre (après un mois d'attente…). Il a mis beaucoup de temps à sortir, mais je suis en pleine période de bacs blancs, et donc de ré désolée, j'essaierai de faire mieux la prochaine fois ! Bonne lecture quand même !

Plié en deux, Sabo achevait de vider le contenu de son estomac sur le sol.

Il avait pourtant su que cette mission ne serait pas de tout repos pour lui. Il avait su mais l'avait néanmoins acceptée, pour le salut de tout ces gens que chaque minute écoulée rapprochait un peu plus de l'abîme. Cependant, et aussi terrible que cela pu lui paraître, la survie de ces quelques milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ne lui étaient que bien piètre consolation. Il s'était promis dix ans plus tôt de ne jamais remettre les pieds dans cette ville qu'il haïssait tant. Et voilà qu'aujourd'hui, il brisait cette promesse et revenait, pénétrait la ville haute et en foulait les rues ? De par ces mots qu'il avait prononcé, assis à cette maudite terrasse, ne les avait-il pas honteusement trahis eux tous, victimes et témoins du Grey Terminal? Demeurerait-il le témoin impuissant de la folie des nobles de ce pays ? Ou pire encore, l'éternel prisonnier de l'un d'eux, de ce riche héritier, de cet Ashita qui lui faisait aujourd'hui malgré lui seconde peau?

Ah, comme il aurait aimé ne pas s'embarrasser ici de fards et postiches et sauter à la gorge de cet homme! Il s'adossa au mur et pris une profonde inspiration, dans une vaine tentative pour refouler la nausée qu'il sentait de nouveau monter en lui. Quel autre choix lui restait-il de toute façon? Il était sans aucun doute le seul à pouvoir mener cette mission à son terme, pour enfin enclencher le piège déjà mis en place. Cela aussi faisait partie des contraintes imposées par la place qu'il occupait au sein de l'armée révolutionnaire. Tandis qu'une grande majorité de ses pairs agissaient dans la relative sécurité de l'anonymat, son rôle en revanche impliquait des prises de risques considérables. En effet, chaque nouvelle mission signifiait pour lui une nouvelle apparence, une nouvelle identité. Un seul faux pas, une seconde d'hésitation et son petit jeu était éventé. Aussi, si ce don inné pour la dupe et l'imposture qui lui était propre constituait aux yeux des révolutionnaires un atout sans pareil, il pouvait de la même manière se retourner contre lui.

Sabo poussa un long soupir et sa tête bascula en arrière pour venir à son tour s'appuyer contre la pierre dont il chercha, du bout des doigts, à capter l'apaisante fraîcheur. Et tandis que progressivement les battements de son cœur retrouvaient un rythme normal, ses pensées, elles, se tournèrent vers une certaine jeune femme qui devait en ce moment même attendre son retour.

"Je ferais mieux de vite rentrer avant qu'elle ne perde patience." Admit-il finalement avec un sourire.

"Il ferait mieux de vite rentrer avant que je ne perde patience" fulmina Koala alors qu'elle faisait furieusement les cents pas, tournoyant dans sa cabine comme une lionne en cage.

"Mais qu'est-ce qui a bien pu retenir ce crétin ?!" s'écria-t-elle avant de balancer un violent coup de pied dans le mur le plus proche, sous l'œil amusé de son compagnon qui percevait, derrière l'attitude agacée de la jeune fille, une angoisse grandissante.

"Allons" temporisa Hack "tu sais bien comme il est. Laisse lui donc encore un peu de temps et arrête de tourner en rond, tu te fatigue pour rien !"

Il eu à peine achevé de parler qu'on toqua à la porte. Sabo apparu sur le seuil, souriant d'une oreille à l'autre. Koala poussa un soupir de soulagement mais ne dit rien. Elle se contenta de noter le teint pâle du jeune révolutionnaire, puis de hausser un sourcil inquisiteur.

"Il est tombé dans le panneau" lança celui-ci en guise de réponse à la question muette de sa partenaire. " Je dirais même plus, il se l'est mangé en pleine face"

Les trois jours qui suivirent s'écoulèrent bien trop vite aux yeux de Sabo. Un soir enfin, Koala le rejoignit dans sa cabine et ensemble, ils achevèrent les préparatifs en vue de la confrontation à venir.

Le jeune commandant fixa un jabot de dentelle blanche autour de son cou et troqua sa vieille redingote pour un long manteau de velours noir ajusté à la taille, qu'il avait adroitement fait rehausser de fil d'argent.

"Un bal ici, sert en premier lieu à faire étalage de ses possessions. Dés lors, chacun se doit de venir paré de ses plus beaux atours, c'est une règle tacite." se cru-t-il obligé de préciser à son amie, qui jetait à cet habit un regard mauvais.

Puis, lorsque celle-ci eu effectué quelques dernières mise au point sur son costume, ils abordèrent ce que les révolutionnaires appellent communément la "théorie de dernière minute".

"Outlook se méfie. "le prévint Koala "Il sait que le gouvernement les surveille de prés, lui et ses associés .Alors pour couvrir ses arrières, il va camoufler cette rencontre privée en bal. De cette manière, il espère rassembler son Conseil au grand complet sans éveiller les soupçons, ce qui veut dire que ce soir il recevra tout un paquet d'aristocrates véreux sous son toit. Seule la moitié d'entre eux est au courant de ses magouilles et parmi ceux-là, tu n'en trouveras pas un qui ne lui soit dévoué corps et âme. "

Sabo acquiesça en silence.

"Ce que j'essaie de te faire comprendre" insista-t-elle "c'est que nous n'aurons pas le droit à l'erreur. Si ce soir tu es démasqué, très vite le bruit courra dans l'assemblée que les révolutionnaires tentent d'infiltrer leur précieux système. Et crois moi, si ce genre d'information se propage, nous pourrons dire adieu au terrain et à nos petites expéditions privilégiées. "

Après s'être assuré une dernière fois que Sabo avait compris, elle fixa enfin un micro à l'intérieur de son col.

"Je dois connaître les noms de chacun des membres de cette assemblée. Ce sera notre seul moyen de communiquer. " expliqua-t-elle en lui tendant une oreillette. Il plaça celle-ci précautionneusement derrière son oreille gauche, afin de mieux la dissimuler sous les mèches blondes qui encadraient son visage. Puis, il consulta sa montre: bientôt neuf heures sonneraient et déjà il devait partir.

Il se faufila donc hors du navire, silencieux comme une ombre et s'introduit dans la ville haute. Comme il marchait et pénétrait de plus en plus profondément dans la cité, ses yeux s'attardèrent quelques instants sur les bâtisses qui l'entouraient. À sa grande surprise, il en reconnaissait la plupart: cette maison-ci appartenait à un jeune couple qu'il avait à maintes reprises rencontré dans la rue, alors qu'il était encore petit . Des gens charmants, qui n'avaient jamais manqué de le saluer, ou même de lui offrir quelques menus présents lorsqu'il était accompagné de sa mère. Deux mois plus tôt, il trouvait leurs signatures au bas d'un document qui confirmait la liquidation d'une douzaine d'ouvriers "trop curieux".

Dans ce manoir, à sa gauche, habitait un garçon en compagnie duquel il se souvenait avoir joué dans une vie antérieure. Il se remémora leurs course-poursuites endiablées et leurs parties de cache-cache dans les rues de Goa. Mais ces souvenirs ne soulevaient aucune nostalgie en lui, éclipsés par celui beaucoup plus vif du nom de ce garçon sur la liste des plus grands producteurs actuels d'arme de destruction massive.

Chacun d'eux appartenaient désormais à une autre vie, celle qui avait précédé sa rencontre avec Ace et Luffy. Pourquoi s'attarder sur le passé, puisque son rôle désormais était d'exterminer tout ces gens ?

Il fut tiré de ses pensées par les claquements de dizaines de paires de talons sur le pavé à quelques mètres de là. Il s'aperçut alors que d'autres nobles étaient apparus autour de lui, qui tous convergeaient dans la même direction. Il leva les yeux et contempla la silhouette menaçante de cette demeure qui l'avait tant répugné. Il était enfin arrivé au seuil de l'antre des Outlook .

Sabo demeura quelques secondes immobile devant le portail grand ouvert . Enfin il se résolu à faire un pas, puis deux, et finit par gagner le jardin à l'arrière de la maison où tous affluaient. Là, il ne fut pas vraiment surpris de trouver une bonne moitié de la noblesse d'East Blue, occupée à babiller et à absorber des quantités phénoménales de nourriture . Il redressa les épaules, afficha son plus beau sourire et se fondit aussitôt dans la masse . Il s'employa dans un premier temps à rejoindre le buffet et à imiter ses « congénères ». Et tout en grappillant quelques biscuits de-ci de-là, il alluma discrètement son micro.

« Koala, tu m'entends ? » chuchota-t-il « C'est maintenant que tout commence... »

« Entendu » répondit la voix de cette dernière, quelques peu hachée par les interférences « Surtout pense à ... »

Mais Sabo ne su jamais ce qu'elle avait voulu dire, car une main lui agrippa l'épaule et il fut gracieusement tiré par en arrière. Il trouva au bout de ce bras un Outlook rayonnant.

« Ashita-sama ! » s'exclama-t-il « Je suis ravi que vous me fassiez l'honneur de votre présence ! Mais venez donc, que je vous présente à nos compagnons ! »

Il resserra son étreinte sur le bras du révolutionnaire pour l'entraîner vers un cercle d'hommes, un peu à l'écart de l'assistance. Tous se tournèrent alors vers lui et il sentit son estomac se contracter.

Devant lui se trouvait un autre personnage qu'il aurait voulu ne jamais revoir, qu'il aurait préféré oublier pour toujours . Et son visage ingrat, ses traits inchangés ravivaient en lui une brûlure qu'il avait depuis longtemps enfouie au fond de son cœur. Il s'empressa cependant de dissimuler le masque de contrariété qu'il avait senti couler sur son visage avant qu'Outlook ne se tourne vers lui et déclare :

« Maître Ashita, laissez-moi vous présenter notre fils unique,Stelly ! »

Le jeune noble qu'il venait de désigner étira ses lèvres en un sourire et fit une profonde révérence.