Hello! Voilà enfin le troisième chapitre, il m'a fallu beaucoup plus de temps que pour les deux autres et je m'en excuse. Je manque toujours aussi cruellement de temps libre mais j'ai une idée très précise de ce que je veux faire, donc tout va bien. J'espère vraiment qu'il vous plaira !..
Sabo savait qu'il aurait du être préparé à cette éventualité avant même d'avoir posé le pied dans ce maudit jardin. Il espérait seulement que sa mission n'en serait pas compromise pour autant.
"Je suis ravi de faire votre connaissance, jeune maître." déclara-t-il enfin en s'inclinant à son tour. Il aurait volontiers exposé autre chose que sa nuque à ce faciès ingrat. Il maintint néanmoins ses bras le long du corps et sa dague ne quitta pas sa manche où il la gardait dissimulée. Puis, comme il se relevait:
" Ashita-san, permettez-moi de vous présenter aux vaillants compagnons qui nous assisteront tout au long de cette périlleuse équipée!", s'exclama Outlook avec un entrain que ne partageait pas le révolutionnaire. Il prit cependant un malin plaisir à sa rappeler à quel point cette petite escapade serait en effet "périlleuse", et cette pensée fit naître un rictus narquois au coin de ses lèvres, qu'il ne parvint à effacer de son visage.
Mais la voix de Koala retentit une seconde fois à son oreille.
"Sabo, s'il te plait concentre-toi. Je te rappelle que ces noms devront figurer dés demain sur notre liste noire !"
L'interpelé acquiesça d'un imperceptible hochement de la tête, mais n'ajouta rien car déjà Outlook reprenait, désignant l'assemblée d'un geste circulaire de la main.
"Voici M. Costa", annonça-t-il avant de tapoter l'épaule d'un petit homme sec, aux traits affaissés. " Il est l'un de nos plus précieux partenaires, ainsi qu'un homme plein de ressources…" Et tandis que son père se répandait en éloge, Sabo lui, recueillait une autre facette du personnage, par le biais du petit appareil qui bourdonnait contre sa tempe.
"Ebiko Costa. Il est à la tête d'une véritable armée d'industriels. Tu te rappelle de ce que Dragon-san nous avais dit à son sujet ? Il a des sièges dans chaque grande ville de South Blue, et ses saloperies d'usines déversent leurs déchets dans des fleuves, en amonts de petits villages où il se procure ses ouvriers."
Effectivement, il se souvenait. Le jeune révolutionnaire connaissait ce nom, pour l'avoir récemment ajouté aux dossiers prioritaires de l'armée révolutionnaire. Il se rappelait désormais que l'énergumène avait eu droit à un portrait grandeur nature épinglé au mur et estampillé à l'encre rouge "À éliminer".
Sans se départir de son masque d'affabilité cependant, il serra la main que Costa lui présentait. Puis Outlook poursuivi les présentations. Sabo fut bien forcé de lui reconnaitre une certaine habileté à tresser de la langue les plus subtiles flatteries ; mais il se souvint bien vite des barrages que l'un avait fait construire pour alimenter sa résidence secondaire et qui avaient asséché toute une ville, et qu'un autre avait logé une balle dans la tête de deux gamins du Grey Terminal. Mais rodé depuis quelques années déjà à ce genre d'exercice, il gardait malgré tout un visage impassible et, imperturbable, échangeait chaque poignée de main avec une troublante authenticité.
Koala, qui suivait ces échanges avec un intérêt grandissant, savait pertinemment que son partenaire bouillonnait intérieurement. Elle savait les raisons de cette colère et n'en admirait que plus encore le parfait contrôle que Sabo exerçait désormais sur ses propres sentiments, comme elle admirait son irréprochable jeu d'acteur. À sa droite était disposé un petit carnet dans lequel elle consignait chaque nom, chaque information qu'il relevait sur le terrain. Aussi, ce fut avec un tressaillement agacé qu'elle accueillit les paroles d'Outlook.
"Bien!, avait-il déclaré, Je pense messieurs qu'il est temps de nous mêler à la foule de nos invités, voulez-vous ? Profitons un peu de cette magnifique soirée avant de retourner à nos affaires. "
Sabo devina derrière cette déclaration un désir pressant de se fondre dans la masse afin de lever tous soupçons. Tous durent parvenir à cette même conclusion, car en quelques instants, le petit cercle se dispersa. Tandis que certains rejoignirent les jeunes femmes timidement attroupées autour des tables, le commandant des révolutionnaires quant à lui s'équipa d'une mince flûte de champagne qu'il fit mine de boire à petites lampées.
Durant de longues minutes, il se contenta de jeter des regards écœurés aux nobles qui se trémoussaient sur la pelouse. Tout dans cet étourdissant tourbillonnement de teintes chatoyantes semblait se jouer de lui, de cet héritage accablant qui était le sien, de cette intolérable hérédité qui devrait le poursuivre durant le restant de sa vie.
"Un beau nid de vipère… finit-il par cracher dans l'émetteur.
-…et tu es le charmeur de serpents, tu te souviens ? Fais-les danser!
-Compte sur moi. Dés que le bal touchera à sa fin, on nous réunira à l'intérieur. Outlook est bien trop arrogant pour se méfier d'un intrus potentiel, par conséquent il est prévu qu'il nous guide lui-même jusqu'au coffre-fort. Là encore une fois, il ne pourra pas résister à l'envie de faire étalage de ses possessions, mais j'imagine qu'il refusera de s'exposer au moindre risque. Les plans t'attendront donc bien au chaud dans leur boîte. Dés que je les aurais localisés, je te donnerais les indications nécessaires." Il eu une moue méprisante. "Techniquement, c'est presque trop facile. Ces couillons finiront bien un jour par s'étouffer dans leur propre bêtise!
- Ce n'est pas juste cette mission qui m'inquiète, tu sais? Je veux dire… tu tiens le coup?
- Je suis impatient le voir la tronche qu'ils vont tirer quand ils réaliseront à quel point ils ont été naïf et avec quelle facilité ils se sont laissé embobiner!", se contenta-t-il de répondre.
Mais comme il prononçait ces mots, il réalisa que ce n'était qu'une partie de la vérité. Il l'avait comprit au moment même où il avait, pour la première fois depuis bien longtemps, de nouveau posé le pied dans cette demeure. Il en faudrait bien plus pour étancher sa soif de vengeance. Il ne se contenterait pas de leur voler ces plans, il voulait aussi les humilier, il voulait qu'ils le contemplent fouler leurs rêves à ses pieds, comme ils l'avaient fait avec les siens alors qu'il n'était encore qu'un petit garçon. Mais cette partie-là de la vérité, Koala n'avait pas besoin de la connaître.
"Très bien, je te fais confiance.", céda-t-elle. La conversation s'acheva ainsi, sur un soupir.
Durant les heures qui suivirent, Sabo alterna danses et courtoisies de passage, courbettes et pirouettes, et n'eu finalement de repos que lorsqu'Outlook annonça la valse qui clôturerait ce bal infernal. Dés les premières notes, le jeune commandant épuisé quitta la piste, en pestant intérieurement contre ces bottes de cuir qui lui donnaient l'affreuse sensation d'être chaussé de boîtes d'allumettes. Il prit mentalement note de les envoyer -avec le reste- dire bonjour aux poissons dés qu'il en aurait l'occasion.
Soudain absorbé par ses projets immersifs, il n'aperçut que trop tard Stelly venir à lui d'un pas assuré.
"Ashita-sama, quel heureuse coïncidence! Je me rendais justement au grand salon, où nous devions poursuivre la fête. M'accompagneriez-vous ?"
Le révolutionnaire doutait fort que cette rencontre soit réellement dut à une "coïncidence" et plus encore que cette dernière soit "heureuse", il allait donc décliner l'offre lorsque son regard fut attiré par une œillade pressante de la part de son interlocuteur. Ce ne fut qu'à cet instant qu'il prit alors conscience que celui-ci l'invitait à rentrer à l'abri des regards indiscrets, là où les véritables divertissements devaient débuter, là où tout allait se jouer désormais. Dans une autre situation, il se serait volontiers giflé pour avoir jamais été si prés de se trahir.
Il répondit par un hochement de tête discret et une lueur de satisfaction passa dans le regard de Stelly qui fit alors volte-face et, sans plus de cérémonie, se dirigea à grandes foulées vers la demeure des Outlook. Il lui emboîta aussitôt le pas. Les deux hommes traversèrent le jardin sans prononcer un mot et Sabo prit le temps de noter que son frère de substitution avait très peu changé au cours de ces dix dernières années. Il lui importait évidemment bien peu que ce dernier ait gardé cette immonde coupe au carré, ou qu'il n'émane de ses lèvres que les mêmes mièvreries que lorsqu'il était enfant, cependant, le jeune commandant avisa sa carrure frêle et son allure chétive en se disant que s'il devait y avoir altercation, pour quelque raison que ce soit, il n'aurait aucun mal à prendre l'avantage.
Enfin, ils atteignirent la porte qui séparait le jardin du reste du domaine et le jeune noble s'y engouffra résolument. Le révolutionnaire se trouva alors nez-à-nez avec une multitude de ces éléments qui avaient composé son environnement dans le passé, des candélabres en argent aux lustres rutilants en passant par les poignées de portes en cristal. La même fragrance aseptisée envahit ses narines et il lui sembla à cet instant que la maison avait été jusqu'alors figée hors du temps, qu'elle avait attendu son retour pour revenir à la vie et pouvoir mieux l'étreindre, mieux l'étouffer. Sabo avait la sensation de se retrouver transporté douze ans en arrière et de redevenir le petit garçon désarmé qu'il était alors… et ce sentiment le glaçait jusqu'aux os.
Stelly choisit cet instant pour accélérer le pas, permettant ainsi au jeune commandant de s'arracher à ses pensées. Les pièces défilèrent les unes après les autres et ils débouchèrent enfin dans le grand salon. Sabo le connaissait bien pour sa grande cheminée de marbre blanc au coin de laquelle il avait tant de fois veillé, mais lorsqu'il entra, aucun feu ne brûlait dans l'âtre. En revanche, il trouva son père accompagné de ses acolytes, tous rassemblés autour d'une immense tenture.
"Ashita-san, vous tombez à pique ! J'étais justement sur le point de dévoiler à ces messieurs en quoi consistait notre mission. Mais avant cela, je me dois bien entendu de vous faire montre de ma bonne foi. "
Sans rien ajouter, il souleva un coin de la tenture, révélant par la même occasion l'angle métallique d'un coffre-fort.
"Les plans se trouvent à l'intérieur. Comme vous pouvez le constater, ils sont en sécurité.", triompha-t-il.
Il entama alors un long discours dans lequel il était question de nettoyer le royaume des déchets qui entachaient sa réputation, mais déjà Sabo n'écoutait plus.
" Excusez-moi, pourriez-vous m'indiquer les…hum…les toilettes ?" Susurra-t-il à l'oreille d'un employé de la maison qui se tenait non loin de là.
L'homme le dévisagea un long moment d'un air suspicieux, mais finit par accepter. Ils quittèrent le salon sur la pointe des pieds et une nouvelle fois, Sabo se laissa guider à travers la maison. Ils s'arrêtèrent enfin devant une petite porte en chêne massif et l'employé lui fit signe qu'il attendrait ici. Le commandant entra alors, mais s'attarda de l'autre côté de la porte et y colla une oreille. Après s'être assuré que l'homme montait bien la garde devant l'entrée, il la déverrouilla sans un bruit et lui assena un violent coup dans la nuque. Le malheureux s'écroula au sol et fut trainé à l'intérieur de la cabine. Il fallut à Sabo dix bonnes minutes pour le débarrasser de son uniforme et lui lier les mains et les pieds. Il exhiba enfin une seringue de la poche intérieure de sa veste et injecta au garde une dose de narcotique. Par acquis de conscience.
"Koala? J'ai ta tenue. Je vais tout laisser derrière une étagère, à l'emplacement prévu. Dés que tu l'auras, fonce au grand salon. C'est là qu'il planque les plans."
De l'autre côté de l'émetteur, Koala examinait la carte que son partenaire avait tracée. Elle pointa l'emplacement A, puis suivit avec son doigt une ligne invisible jusqu'à l'inscription " Grand salon".
"C'est d'accord. Préviens-moi dés que vous bougez."
Lorsque Sabo rejoignit le salon, il fut soulagé de constater qu'Outlook, accaparé par son apologie du parfait andouille, n'avait prêté aucune attention à sa disparition. Quand enfin, il se tut, le silence révérencieux qui s'était entretemps installé parmi les auditeurs fut rompu par un fracassant tonnerre d'applaudissements. Puis, à leur tour, les hourras cessèrent. On quitta alors la salle pour gagner le deuxième étage. L'infiltré profita de la cohue pour se saisir discrètement de son émetteur et l'écraser entre son pouce et son index. Sa partenaire devait avoir compris le signal et s'être dirigée déjà vers le lieu qu'il venait de quitter: ils abordaient à présent la partie la plus délicate de ce plan et il n'y avait plus rien désormais qu'il puisse faire pour l'aider, sinon effacer tout indice susceptible de les trahir.
" Mais Outlook-san, n'est-il pas pour le moins dangereux de laisser ces plans sans surveillance?" s'étonna Ebiko Costa à sa droite.
-"Ne craignez rien, mon cher. J'ai récemment fais l'acquisition de nouveaux den-den mushi, qui retransmettent les images du grand salon à mes employés. Aucun risque donc…"
Trop prévisible, trop facile à détourner, songea Sabo tandis que ses lèvres s'étiraient en un sourire goguenard.
"…Mais pour bien m'assurer que nous ne courons aucun risque, j'ai récemment engagé deux gardes pour garder mon coffre. Ils devraient d'ailleurs bientôt revenir, je les avais envoyés dehors pour nettoyer le jardin …"
Comme pour appuyer ces mots, deux coups de feu retentirent dans leur dos, en provenance du salon. Là où Koala devait se trouver en ce moment même.
"Tin-tin-tiiiiiiinn !" Voilà, merci beaucoup d'avoir lu! Laissez-moi une review, même si vous avez trouvé ça mauvais –surtout si vous avez trouvé ça mauvais!- A plus ! ;)
