Bonjour, voici le troisième chapitre ! Bonne lecture.
Musique : Letters From The Sky - Civil Twilight
L'Etranger (III). We Will Fall, Until We Will Rise.
Sur la route du retour, c'est un silence de mort qui s'est installé dans la voiture. Henry a emprunté le véhicule à son oncle pour pouvoir me ramener et fixe droit devant lui en évitant soigneusement de jeter un coup d'œil dans ma direction. De mon côté je regarde le paysage montagneux défiler, dégoûté. Si j'avais su que cette rencontre allait être un tel échec, je serai allé directement à l'Est. Ce mec est buté comme jamais. Il a nié tout du long comprendre quelque chose à ce que je lui racontais pourtant tout dans son comportement portait à croire que ça ne lui était pas inconnu. Il n'aurait pas agi de manière aussi excessive sinon. Mon instinct m'attire vers lui et je ne sais même pas ce que je suis censé faire avec lui. Je vais devoir continuer la route tout seul malgré tous mes efforts pour le persuader. Tant pis... Je ne peux pas le forcer après tout. On approche de la ville. Je lui dis que j'ai garé mon véhicule sur le parking de la rive ouest et il me dépose juste devant le pick-up.
-Si tu dois aller à Teton Village, c'est par là.
Il me montre la route à suivre du doigt et je le remercie promptement. J'attends qu'il ait redémarré avant de pousser un soupir et monter dans le pick-up. C'est donc ici que s'achève notre aventure. Pfff... J'allume la radio à fond pour ne plus y penser et file droit vers Teton Village. Je me dis que j'aurais pu les apprécier tous les deux. Même le cheval. Et aussi qu'Henry a de la chance d'avoir une famille, un toit, une vie... Rah ! Mais arrête de penser à lui bon sang ! Je me reprends et m'arrête à Teton avant de retourner sur mon siège pour attraper mon sac sur la banquette arrière. Je farfouille dedans, écartant le pistolet, le fusil, le bocal de sel et les livres pour attraper un badge de police.
Mon but est de récolter le maximum d'informations autour du voisinage afin de comprendre comment sont mortes les victimes. Et surtout qui ou quoi est derrière tout ça. ça me prend toute l'après-midi. La dernière victime, propriétaire de la maison au bout de la rue, se serait suicidée en se pendant dans sa chambre. Les voisins n'ont rien vu ou entendu d'inhabituel le soir de sa mort et n'ont pas été interpellé par ses cris car il était fréquent de l'entendre hurler. Certains se sont plaints pour tapage nocturne mais rien à faire, ça continuait nuit après nuit. D'autres plaignaient sa pauvre femme, si c'est sur elle qu'il criait ou frappait. Pourtant, personne ne l'avait jamais vu avec une femme. Plusieurs personnes m'avouèrent qu'ils pensaient sans trop y croire que la maison était hantée ou maudite car toutes les victimes ont été retrouvées dans cette maison. Bref, même avec tout ça, je ne sais pas encore à quoi j'ai à faire même si quelques petites idées me trottent en tête. Je décide donc d'aller sur place directement, la nuit venue.
C'est une baraque immense et je dois passer par-dessus le mur en pierre depuis le jardin car le portail a été condamné par la police pour éviter que les badauds viennent faire les curieux sur la scène de crime. Lampe torche en main et fusil à l'épaule, je m'avance prudemment jusqu'à la porte de derrière. Elle est fermée à clé et je parviens à l'ouvrir à l'aide d'une épingle au bout d'une petite minute. Celle-ci s'ouvre dans un grincement sinistre et je pénètre à l'intérieur des lieux en pointant le bout de mon fusil devant moi tout en marchant à pas de loup. Je traverse le hall puis longe les longs corridors et le silence est oppressant, tant les lieux sont glauques. Une ombre dans un coin me fait sursauter et je me tourne dans cette direction le cœur battant la chamade.
-Miaou ?
-Sérieusement ? Je rouspète en soulevant le chaton gris par la peau du cou. Qu'est-ce que tu viens faire là toi ? T'es sur une scène de crime tu sais ça ?
Bon okay, moi aussi. Mais pour une bonne raison. Un autre bruit au bout du couloir retient mon attention et je repose le chaton pour me concentrer sur ce que j'ai à faire. Je continue mon expédition jusqu'à arriver dans la chambre où j'ai entendu le bruit. Je ne trouve rien à part une chaise renversée et j'imagine que c'est là qu'a dû se pendre le malheureux. Je sens soudain un souffle derrière moi qui me fait hérisser les poils de la nuque et je tourne la tête lentement pour voir un fantôme me fixer avec de grands yeux exorbités. Sous le choc je tombe à la renverse et il fonce à l'endroit où j'étais une seconde plus tôt pour m'attraper. Je tire mais le rate et il prend la poudre d'escampette en traversant le mur dans un cri... fantomatique ? De spectre tueur indigné. Je me relève le plus vite possible, dérapant sur le parquet pour sortir de la pièce et courir après le fantôme. Ou plutôt les fantômes. En effet, plusieurs viennent d'apparaître sur mon chemin et ils n'ont pas l'air commode. J'ouvre la porte du couloir en grand et je m'arrête net sous la surprise.
-AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Je hurle.
-AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Hurle Henry en même temps que moi.
-Mec, tu m'as foutu les chocottes ! Je m'écrie.
Le brun me regarde complètement ahuri avec ses grands yeux bleus.
-Mais qu'est-ce que tu fiches ? J'ai entendu tir- Attends, qu'est-ce que tu fous avec cette arme ?!
-Ça tombe bien que tu sois là, attrape ça !
Je lui lance un revolver et il le rattrape de justesse, mais il est complètement dépassé par les événements et un fantôme nous fonce dessus à vitesse grand V. Heureusement, j'ai le temps de relever mon fusil et lui tirer dessus. Il disparaît tandis qu'Henry se protège les oreilles avec ses mains.
-Dépêches-toi ils vont revenir ! Je lui dis en longeant le couloir.
-Woh ! Attends, tu m'expliques là ?!
Je me retourne vers lui.
-On est encerclé par des fantômes psychopathes prêts à nous sauter dessus ! Oui, Henry, les fantômes existent. Même qu'ils tuent les vivants parfois. Et ça, je lui explique en montrant mon fusil, ça ne va pas les retenir bien longtemps, donc on se bouge et vite !
-Tu leur tires dessus ? Me sort mon nouvel équipier stupéfait, n'y croyant pas vraiment.
-Ils n'aiment pas le sel. Je réponds comme si c'était une évidence, en lui désignant les munitions.
Henry roule des yeux et nous descendons au premier étage, moi en premier pour tirer sur ceux qui s'approchent trop près. Je fini de descendre l'escalier et une commode sort de je ne sais où pour me plaquer contre le mur. Bordel de merde ! Je grimace comme j'essaie de la bouger pour me décoincer mais rien n'y fait, cette saloperie de fantôme à l'autre bout de la pièce fait en sorte qu'elle ne bouge pas d'un centimètre. Je me sens écrasé quand d'un coup la pression relâche après un 'bang' bien distinct. Henry vient de tirer avec le revolver sur le fantôme et s'empresse de m'aider à repousser la commode.
-Merci vieux. Je dis dans un souffle.
-Pas de quoi.
On continue à avancer mais la porte qui devait nous mener au rez-de-chaussée se ferme devant notre nez et impossible de l'ouvrir.
-Bon sang ! On est piégé !
-Je crois qu'on les a un peu énervés...
-Non tu crois ? Rétorque Henry en donnant un coup de pied rageur dans la pauvre porte qui n'avait rien demandé.
On entend des sirènes au loin qui se rapprochent. La police.
-Il manquait plus qu'eux... Je grogne.
-Les voisins ont dû être alertés par les coups de feu. C'est malin.
-Si on reste ici, t'es fichu.
-Comment ça JE suis fichu ? Et toi, tu l'es pas peut-être ?
-Toi t'es du coin, contrairement à moi. Et moi, j'ai un badge.
-T'as vraiment pas une tête de flic, tu sais ça ?
-Fed, je réplique. Fed.
-Quoiqu'il en soit. On fait quoi maintenant ?
-Je réfléchis, je réfléchis !
Je tourne en rond pour trouver une solution mais rien ne me vient à l'esprit. Saloperies de fantômes !
Henry m'attrape par le manche et regarde d'un côté de la pièce avec un air très décidé.
-Ok, on a pas le choix... COURS !
Il m'entraîne avec lui et nous courons vers la fenêtre qui donne sur le jardin. Je n'ai pas le temps de contester que nous sautons déjà, brisant le verre et atterrissant au lourdement au sol avant de rouler sur le côté.
-Je te retiens avec tes idées saugrenues toi ! Je lui fais remarquer.
On se relève déjà et nous sortons par derrière en enjambant le muret avant de décamper vite fait.
*o*o*o*o*
-Donc t'es un Fed chasseur de fantômes tueurs en série, c'est ça ?
Je ris en lui tendant une bouteille d'eau qu'il prend volontiers. On a piqué un sprint jusqu'à ma voiture, garée un peu plus loin dans un coin tranquille et on s'est assis par terre pour reprendre notre souffle.
-Non, juste un Ghostbuster. Je lance en imitant Raymond Stantz.
Henry secoue la tête avec un sourire amusé en me voyant faire le pitre.
-Alors cette vague de suicide, c'était en fait des meurtres.
-Hum, je ne sais pas, quelque chose me chiffonne dans cette histoire. Que le fantôme du proprio' vienne hanter sa baraque pour faire fuir les nouveaux proprios' passe mais de là à ce que ça soit toutes les victimes qui reviennent... Mais bon, le plus embêtant maintenant ce que je ne sais pas où est leur corps.
-Comment ça ?
-Le seul moyen de les faire partir pour de bon, c'est de les brûler.
-Réjouissant. Renifle Henry, pas vraiment ravi d'entendre ça. Mais... je crois savoir où ils sont. Me confie-t-il.
-Ok c'est partit. En voiture !
-Oh woh ! Attends, il est hors de question que je monte dans ce... truc ! Me fait-il en désignant mon vieux tas de ferraille.
Je hausse un sourcil.
-Monte. Je réponds, et ce n'est pas une suggestion.
*o*o*o*o*
Nous avons roulé jusqu'au cimetière et avons marché dans ses allées pour retrouver les tombes. Malheureusement, tout ce que nous avons pu trouver, ce sont des stèles à leur mémoire. Les corps avaient étaient incinérés.
-Et maintenant...? Me demande tout bas mon compagnon.
-Maintenant, ça va pas te plaire.
Le brun a levé un sourcil interrogatif avant que je lui annonce qu'on retournait à la maison hantée.
*o*o*o*o*
Il est plus de minuit lorsqu'on arrive sur les lieux. Les policiers sont fort heureusement repartis, n'ayant rien trouvé et nous nous réintroduisons dans la demeure comme des cambrioleurs. Cette fois-ci, on essaie de rester discret, espérant ne pas réveiller les morts.
-Qu'est-ce qu'on cherche ? Me glisse Henry à l'oreille.
-Des objets appartenant à chacune des victimes. Je murmure en retour en regardant partout et dans tous les tiroirs et les placards.
-Comment on est censé savoir quoi appartenait à qui ?
Je hausse les épaules tout en continuant les recherches. Quelques minutes plus tard, Henry m'interpelle depuis le salon.
-Psscht, Urban ! Viens voir ça !
Je m'empresse de le rejoindre et il me présente un petit sachet rose contenant tout un tas de bagues différentes.
-On dirait bien qu'on tient le trésor !
-Ça aussi on doit le brûler ? Suppose-t-il. On va avoir du mal.
Je souris, une petite idée en tête.
-Bouge pas, j'ai ce qu'il faut.
Un peu plus tard, et un peu d'huile versé sur les bijoux, nous avons un beau feu dans la cheminée de la maison. Les fantômes courroucés apparaissent devant nous mais s'évaporent avant d'avoir pu nous approcher. Et cette folle histoire prend enfin fin.
*o*o*o*o*
-Tu sais ce qu'il y a là-bas ?
Henry regarde vers l'Est tandis que je range le matériel utilisé pendant la nuit dans le sac. Une fois zippé, je le jette à l'arrière du pick-up et suis son regard.
-Franchement ? Je n'en ai aucune idée. Peut-être que c'est une autre personne comme nous, après tout, c'est bien en suivant ce 'sentiment' que je t'ai trouvé... ou peut-être que c'est quelque chose d'important. Je murmure, pensif.
Le brun me dévisage un instant en plissant les yeux à cause du soleil qui tape déjà, tout aussi songeur.
-De toute manière, le seul moyen de le découvrir, c'est en suivant cette route. Je déclare en désignant du doigt le chemin à suivre, le bras tendu vers l'Est. Je laisse retomber mon bras et jauge Henry du regard.
-Tu es prêt ?
Celui-ci inspire longuement pour gonfler ses poumons d'air, comme pour se donner du courage et hoche la tête.
-Ouais. Ouais, je suis prêt. Mais d'abord il faut que je fasse quelque chose.
Je roule jusqu'au Ranch sur sa demande. Je m'arrête un peu avant -environ à une centaine de mètres, sur le bord de la route et nous observons la bâtisse et ses plaines immenses et verdoyantes. Je tourne mon regard vers Henry et sa mâchoire est crispée. C'est un choix difficile mais il a pris sa décision. Il va finalement tout abandonner pour me suivre. Cette histoire de fantôme lui a comme qui dirait ouvert les yeux.
Lorsqu'il m'a laissé à Moose City hier midi, il n'arrêtait pas de penser à ce que je lui ai dit. A la moitié de son trajet retour il s'est arrêté et a changé d'avis, faisant demi-tour pour me rejoindre à Teton Village. Il m'a retrouvé dans la demeure hantée en se demandant vraiment ce que je pouvais bien faire là. Quand il a vu les fantômes, je pense qu'il a compris. Je sais que les créatures surnaturelles existent, et je sais aussi qu'elles peuvent être de redoutables tueuses. Mais peu d'Hommes le savent. C'est en parti pour ça que je suis devenu Chasseur. L'autre raison qui me motive, c'est pour comprendre quelle créature je suis moi. Je pensais être seul mais je ne le suis pas. Quand j'ai vu Henry, j'ai su qu'il était comme moi.
-J'y vais. Se décide ce dernier en descendant de la voiture.
Il claque la portière et se dirige vers le Ranch. Je reste au volant, l'observant simplement s'éloigner. Il n'y reste pas longtemps, un quart d'heure tout au plus. Lorsqu'il revient, il n'a sur l'épaule qu'un tout petit sac à dos. Alors ses affaires personnelles ne se résument qu'à ça ? Je démarre toutefois sans poser de question. Je sais qu'il fait semblant d'être détaché de tout ça. Mais au fond de lui, je sens que quitter Oncle Jo et le Ranch ne le laisse pas indifférent. Bien au contraire, ça le blesse au plus au point et j'ai un pincement au cœur de l'arracher à ce petit monde si tranquille.
-La route risque d'être longue. Je sors, essayant de casser ce silence trop long et déprimant. J'espère que tu es bien installé.
-Au poil Urban.
Ah. J'avais oublié ce point.
-Au fait, je crois que des présentations s'imposent. De véritables présentations je veux dire. Je ne m'appelle pas Urban, et encore moins James. C'est Peter.
-Et moi Will. M'avoue le brun.
-...Pas de nom de famille ? Je demande doucement.
-Non. Je n'ai jamais été lié à Oncle Jo ou quoi que ce soit de ce genre.
Je vois qu'il n'a pas vraiment envie d'en parler et je le comprends parfaitement, c'est un sujet délicat. Nous avons un nouveau point commun. Nous n'avons pas connu notre famille biologique. Nous sommes orphelins.
Ce voyage ne va pas se faire sans encombre, je ne me fais pas d'illusion. Et je sens, malgré les quelques liens que nous avons tissés ensemble, qu'il va lui être difficile de parler de tout ce qu'il a vécu et ressenti ces dernières années. Il va falloir être patient et y aller petit à petit. Peut-être qu'en commençant à lui raconter ma propre expérience, cela l'aidera à se confier plus facilement. Je me lance alors.
-J'avais huit ans quand j'ai découvert que j'avais des capacités spéciales. Au début ça m'a fichu la trouille. Je me demandais si c'était normal.
Et si Will ne me regarde pas, je sais qu'il m'écoute attentivement. Je continue donc, alors que les kilomètres défilent devant nos yeux.
*o*o*o*o*
Qui sommes-nous ? Quel lien nous unit ? Nous ne sommes pas comme les autres, nous sommes différents. Nous pensions être seuls mais nous nous sommes trompés. Ensemble, nous sommes plus forts, et nous avancerons pour trouver les réponses à nos questions. Plus nous approchons de l'Est et plus le sentiment que nous avons devient fort. Encore plus fort que celui qui me lie à Will. Les réponses sont là-bas... J'en suis sûr.
La suite vendredi prochain : Sur la Route (I). A Long Story.
