Bonjour !
De retour aujourd'hui avec un chapitre un peu plus long; sur la route avec le duo de choc, de nouvelles aventures attendent les deux garçons qui commencent petit à petit à se connaître et à s'apprécier.
Merci pour vos reviews !
Musique : Runnin - Adam Lambert (Asia - Only Time Will Tell)
Sur la route (II). Up & Down
-Debout là-dedans ! Je m'écrie joyeusement en tapant sur le tissu de la tente.
-Hrmgrrrgf. Me répond une voix ensommeillée à l'intérieur.
Je passe la tête par l'ouverture pour voir un Will emmitouflé dans la couverture, avec des petits yeux, les cheveux en pagaille et un air renfrogné non feint.
-Lèves-toi marmotte, tu vas louper le petit déjeuner !
-Hmmmm, croissants' ? Marmonne-t-il.
-Tu rêves ! Je m'exclame en pouffant.
Will est vraiment drôle au réveil même si c'est involontaire et je dois dire que je ne suis pas prêt de m'ennuyer avec lui. Cependant, il reste assez réservé, comme s'il était gêné. Sûrement parce qu'on ne se connait pas encore beaucoup. Ce qui est sûr, c'est que ça ne va pas durer ! Oh ça non ! Comptez sur moi pour le décoincer. Il est jeune et je suis sûr qu'il a envie de se lâcher mais ne sait juste pas comment faire. Il a vécu avec un vieux et loin de tout après tout. Qu'importe ça va changer !
Lorsqu'il sort de dessous la tente après s'être changé, je lui tends un café qu'il prend volontiers en me gratifiant d'un petit merci. Je prends soin de ranger correctement la tente dans son sac pendant que Will charge la voiture avec nos affaires. Un quart d'heure plus tard, nous sommes déjà de retour sur la route.
-Pas trop dur cette nuit ?
-Je suis aussi raide qu'une planche en bois si tu veux savoir. Sans compter que t'as ronflé une bonne partie de la nuit.
-Tu rigoles ?
-J'ai très bien dormi. Merci de t'en inquiéter. Il me fait, un peu moqueur. Par contre je ne dirai pas non pour un vrai déjeuner cette fois.
-Okay. Je te dois bien ça. Puis je meurs de faim moi aussi.
Nous nous dirigeons vers la capitale du Nebraska, Lincoln, que nous atteignons vers l'heure de midi. Nous ne cherchons pas longtemps un petit restaurant nous convenant tous deux, la devanture ainsi que les odeurs qui s'échappent de la cuisine nous ouvrant l'appétit.
Apparemment Will s'attendait à ce que je prenne un hamburger quatre étages car quand la serveuse apporte notre commande, il me regarde comme si j'étais un extra-terrestre. Je pioche dans ma salade en maugréant -c'est quoi ces préjugés à la fin ?- et il préfère heureusement se taire pour se concentrer sur son propre plat, goûtant les frites maison de l'enseigne. La serveuse est repartie en trottinant et cache son visage derrière son plateau mais je peux aisément voir qu'elle rougit. Will n'a rien remarqué et je ne peux m'empêcher de lui faire part de mon observation.
-Je crois que notre couverture est grillée.
Will relève ses yeux océan pour me regarder en se demandant de quoi je parle et je fais un petit signe de tête suggestif sur le côté. Il jette alors discrètement un œil vers la serveuse qui a rejoint sa collègue et qui murmurent toutes deux avec animosité en nous jetant des coups d'œil. Il n'y a aucun doute sur le fait que Will et moi-même sommes leur centre d'attention. Celui-ci se tourne d'ailleurs à nouveau vers moi et me lance un regard blasé.
-Ne me dit pas que tu n'es pas intéressé. Je dis à voix basse, indigné.
-Je ne crois pas que ce soit dans nos objectifs premiers. Réplique-t-il en coupant sa viande.
-Arrête ! Elles sont super-mignonnes ! Y'en a pas une qui te plait ?
-Peter, je m'en fiche. Me lâche-t-il, en haussant les épaules d'un air complètement détaché.
Putain, je suis sûr qu'il ment et qu'il se cache derrière un masque. En vrai il doit rougir de gêne qu'on le matte aussi ouvertement. J'ai une envie soudaine de me lever et de le secouer. On ne me l'a fait pas à moi.
-T'es vraiment pas drôle Willy. Je soupire en jouant avec une tomate-cerise du bout de ma fourchette.
Nous mangeons finalement sans trop nous crêper le chignon -ce serait bête de faire un scandale alors que nous ne nous connaissons que depuis avant-hier et que nous sommes au beau milieu d'un restaurant, n'est-ce pas ? Le déjeuner se fait donc en silence et je suis en pleine lecture du journal quand le café arrive à notre table. Will m'observe silencieusement tout en prenant une gorgée de sa tasse mais je suis trop concentré pour m'en soucier. Lire les nouvelles locales est quelque chose que je fais automatiquement lorsque j'arrive dans une ville. Allez savoir pourquoi, j'ai besoin de m'informer sur ce qui s'y passe et aujourd'hui ça m'évite aussi de lancer des piques à mon cher coéquipier ici présent.
A la fin de ma lecture, je replie le journal et le jette sur la table avant de me lever et de sortir mon briquet et un paquet de cigarette.
-Tu fumes ? Me demande Will avec un air réprobateur.
-Non, j'évacue le stress. Je rétorque avec une pointe de dérision en sortant une cigarette pour la coincer entre les lèvres avant de m'éloigner.
Peter me tourne le dos et sort pour aller fumer devant le restaurant. Les grandes baies vitrées me permettent de le voir depuis ma table et je m'aperçois très vite qu'il commence à discuter avec la petite serveuse qui m'observait tout à l'heure. Elle doit être en pause et il en a profité pour aller lui taper la discute. Génial. Je finis par détourner mon attention, m'intéressant plutôt à finir mon café. Mes yeux se baladent sur la salle avant de tomber sur le journal que Peter a laissé. Je m'en empare et le feuillette distraitement. Il n'y a pas grand-chose d'intéressant et je m'apprête à le reposer lorsque le titre d'un article retient toute mon attention. Il est dit que plusieurs habitants de Lincoln sont portées disparus. La première personne, une jeune femme de vingt-cinq ans, depuis six mois, un homme de la quarantaine depuis trois mois et les disparitions semblent se multiplier depuis le mois dernier. Les autorités commencent à penser qu'il ne s'agit plus d'un hasard et que quelqu'un les aurait enlevés. Les disparus n'ont pourtant aucun lien entre eux et il n'y a aucune preuve prouvant qu'il y a bien un agresseur. Bref, cette affaire reste une vraie énigme pour tout le monde. Je relève les yeux de l'article quand on vient m'apporter la note. J'en profite pour regarder dehors mais je ne vois plus Peter. Je le cherche des yeux mais de là où je me trouve, je ne le vois ni à l'extérieur ni à l'intérieur. Je me lève dans le but de vérifier s'il n'est pas au coin de la rue mais un bras se pose sur mon épaule et je me tourne vers le serveur qui me retient.
-Il faut payer avant de partir, Monsieur. Dit-il fermement en me fixant droit dans les yeux.
Je jure entre mes dents et m'empare de la note laissée sur la table avant de me diriger vers la caisse. Aussitôt fait, je sors du restaurant et cherche le brun des deux côtés de la rue mais il reste introuvable.
-C'est pas vrai ! Je lâche agacé en posant mes mains sur les hanches.
Si ça se trouve, il s'est tiré en me laissant en plan ici. Rien qu'à cette idée mon humeur se dégrade un peu plus et je me traite mentalement d'idiot. Quel naïf je suis pour me laisser embarquer dans un voyage avec un inconnu complétement barré ! Il a profité de mon moment d'inattention pour déguerpir et me laisser qui plus est, régler l'addition. Bah tient. Je me masse la nuque en poussant un soupir quand je m'aperçois que la serveuse avec laquelle Peter parlait dehors se trouve dans le restaurant et sert des clients. Je m'empresse de retourner à l'intérieur. La jeune femme se dirige vers la cuisine et je l'interpelle avant qu'elle ne disparaisse derrière la porte.
-Excusez-moi, mademoiselle !
Elle se retourne vers moi, surprise et son visage s'illumine. Elle m'adresse un large sourire et je lui réponds avec un sourire gêné.
-Oui, que puis-je pour vous ?
-Heu.. Vous parliez avec mon ami. Dehors, tout de suite, et... Je bafouille en cherchant mes mots. Est-ce que vous savez s'il...
-Votre ami ? Il est parti à droite en sortant lorsque j'ai dû rentrer pour reprendre mon service.
-Merci. Je fais en m'éloignant mais je me stoppe dans mon élan pour me retourner vers la jeune femme. Est-ce que... Il vous a dit quelque chose ?
Les joues de la serveuse s'empourprent légèrement.
-Non, je veux dire... Attendez, si. Il m'a posé des questions, me demandant si je connaissais les personnes qui ont disparu. Je lui ai répondu que non, mais que je savais où habite la dernière femme portée disparue.
C'est bien ce que je craignais. J'aurai dû me douter que ce crétin ne faisait rien sans raison. Je me repasse la scène de tout à l'heure à toute vitesse dans ma tête. Je revois Peter en train de lire le journal. L'article. Se lever pour aller fumer. Fumer, mon œil oui. C'est juste un style qu'il se donne pour plaire aux filles et leur soutirer des informations au passage. Bon sang, si je le choppe, je lui fous mon poing à la figure. Et je le pense très fort alors que je me rends à l'adresse que m'a donnée la serveuse. Heureusement, ce n'est qu'à deux rues d'ici et il me faut à peine deux minutes pour y parvenir. Cependant et alors que je suis face à la maison concernée, je n'y trouve aucune trace du brun. Mais où a-t-il bien pu se rendre ? Je retourne sur mes pas pour m'assurer qu'il n'a pas pris la voiture pour mettre les voiles. Je suis soulagé en la voyant toujours garée sur le parking, derrière le restaurant. Ne reste plus qu'à retrouver son propriétaire. Je fais demi-tour et un papier accroché sur un poteau attire mon regard. Je l'arrache sans ménagement tout en marchant et observe le visage souriant sur la photo. C'est la jeune femme portée disparue. Ses proches ont dû placarder sa photo sur tous les murs de la ville dans l'espoir de la retrouver. Je me demande bien pourquoi Peter s'intéresse autant à cette affaire. J'en suis là dans mes réflexions lorsqu'une douleur fulgurante au front et au nez me fait basculer en arrière. Je porte une main à mon visage et réussis miraculeusement à retrouver mon équilibre alors que j'allais tomber en arrière. J'ai à peine le temps de comprendre qu'on m'a donné un coup de tête qu'une main me serre le cou et me soulève du sol, m'empêchant alors de respirer.
-Tu es trop curieux, toi et ton copain. Me siffle une voix féminine et j'écarquille les yeux en reconnaissant la collègue de la petite serveuse de tout à l'heure.
Malgré sa petite taille et son corps frêle, elle n'a aucun mal à me tenir d'une seule main. Elle a une force phénoménale et ces yeux... Ils me lancent des éclairs !
Je lutte pour mon souffle en m'accrochant à son bras, espérant la faire lâcher prise mais elle resserre sa prise sur mon cou. Ma vue se trouble légèrement, toutefois, je peux voir un sourire cruel se dessiner sur ses lèvres.
-Mais ça ne fait rien... J'aime bien ton corps, tu es plutôt beau gosse... Je vais le prendre et après je m'occuperai de lui.
Je ne comprends rien à ce qu'elle raconte mais l'important, c'est qu'elle me lâche lorsqu'elle se prend une planche en bois en pleine tête. Je tombe à genoux et tousse lorsque l'air s'engouffre dans ma gorge sèche avant de relever les yeux pour voir Peter, inquiet, laisser tomber la planche en bois qu'il tenait pour m'aider à me relever. La serveuse en profite pour se faire la malle.
-Will, rien de cassé ?!
Je titube un instant et suis obligé de m'agripper à son manteau pour ne pas retomber.
-Bon sang... Peter... T'étais passé où, bordel... Je demande d'une voix hachée et éraillée. Tu t'es tiré comme un voleur en me laissant payer l'addition !
-J'étais seulement parti faire un tour mec ! Je trouvais ces disparitions étranges. J'ai dû jeter un coup d'œil.. Merde Will, il faut la rattraper avant qu'on ne la perde de vue ! S'écrie-t-il en regardant la serveuse courant à travers le restaurant en bousculant tout sur son passage.
Je l'arrête pendant que je le tiens encore.
-Attends une minute, c'est quoi encore cette histoire ?! Je réplique en reprenant mes esprits.
-Pas le temps Will, tu peux courir ? Bien. Me fait-il sans attendre ma réponse.
Et il s'élance à travers le restaurant, en passant par les cuisines. Je grimace et je le suis.
-Tu peux au moins me dire ce que c'était que ça ?!
-J'ai ma petite idée. Et on a tout intérêt à la retrouver vite si tu veux mon avis.
Les cuisiniers nous lancent des regards perplexes mais le brun poursuit sa route comme si de rien n'était, et plonge la main dans une pile de couvert, en prenant une pleine poignée. Il tourne la tête vers moi et plaque des couteaux et des fourchettes sur ma poitrine.
-Prends-en, on risque d'en avoir besoin. Il me fait très sérieusement, ce qui contraste complètement avec l'air malicieux qu'il prend d'habitude.
Je m'en empare un peu malgré moi et Peter traverse les cuisines pour atteindre la réception avant de sortir de l'établissement, moi sur ses talons.
-Ils détestent l'argent. M'explique Peter comme je l'observe lorsqu'il range les couverts qu'il a pris dans la poche intérieure de sa longue veste. Et si je ne me trompe pas, soit elle va se cacher, soit elle va se transformer. On n'a pas beaucoup de temps en résumé.
Nous traversons la rue d'un pas vif et Peter cherche activement dans toutes les directions.
-Par ici ! Me fait-il alors que je regarde dans la direction opposée.
Il se dirige vers une plaque d'égout ouverte. La jeune femme ou quoi que ce soit a dû s'enfuir par là. Peter n'attend pas et saute déjà dans le trou. Je le rejoins à contrecœur et il sort de sa poche une petite lampe torche afin d'éclairer le sous-terrain lugubre et humide de la ville. Nous avançons rapidement mais prudemment en silence jusqu'à ce qu'on trouve une espèce de flasque peu ragoûtante sur notre chemin. Peter se penche et soulève un morceau avec un bâton.
-Merde. Fait-il en semblant tirer des conclusions de son observation.
Je grimace et mets ma main devant ma bouche pour éviter de vomir. Cette chose ressemble à de la peau, mais c'est beaucoup plus visqueux.
-C'est bien ce que je pensais... Cette saloperie s'est déjà transformée.
-Seigneur, c'est vraiment ce que je crois ?
Peter se relève et soupire. Il me fait part de ses interrogations les sourcils arqués, en pleine réflexion.
-C'est un polymorphe. Une créature qui vole les apparences des humains. C'est son ancienne "peau" qui est là. Ils muent en quelque sorte, comme les serpents. Ils se transforment qu'en cas de nécessité ou lorsqu'ils se sentent en danger. Mais là est le problème. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi il ferait disparaitre les gens dont il a copiés le physique...
-Tu veux dire qu'il les a tués ? Pour prendre leur place, leur vie ?
-Possible. Même si je ne connais pas la raison qui le pousse à faire ça... Bon on ne trouvera rien de plus ici, retournons à la surface.
Sur ces mots, nous rebroussons chemin et ressortons par la même bouche d'égout, que nous rebouchons juste après puis nous retournons au pick-up.
-Alors, où est-ce qu'il a bien pu aller se cacher...
-Parce que tu veux poursuivre cette bestiole en plus ? Je l'interroge, incrédule.
-ça me paraît évident. Il répond simplement en démarrant et en sortant du parking.
-Ce n'est pas nos affaires Peter ! C'est à la police de s'occuper de ça. Je proteste.
-La police est aveugle. On parle de créature surnaturelle Will, réveilles-toi, tu crois qu'ils vont gober qu'un Polymorphe se balade dans les rues pour tuer les gens ?
-C'est absurde. Je lâche en secouant la tête.
-On est d'accord. C'est moi leurs yeux. Déclare-t-il. Et j'ai déjà ma petite idée où il est parti se planquer...
*o*o*o*o*
-L'adresse de la serveuse ?
-Elle et sa collègue sont colocataires. Oui car Môsieur faisait semblant de regarder ailleurs alors que deux jolies filles étaient intéressées hein ! Donc c'est moi qui ai dû aller vers elles.
-Eh, je t'ai rien demandé ! Je réplique pour ma défense en lui arrachant des mains le papier sur lequel est inscrit l'adresse et un numéro de téléphone.
-Quoi tu vas le garder finalement ? Il me demande avec un sourire en coin, railleur.
-Dois-je te rappeler qu'elle a tenté de m'étrangler ?
-Pas elle, l'autre, la petite blonde qui nous a servi. Elle s'appelle Beth. Rajoute-t-il en se penchant vers moi.
Je lève les yeux au ciel et il rit avant de se stopper, redevant sérieux. Il regarde vers la maison et je suis son regard. Il y a du mouvement dans l'habitation et on peut apercevoir une silhouette s'agiter par les fenêtres du rez-de-chaussée.
-La voilà. Il me souffle.
Il sort du pick-up et fouine dans un sac à l'arrière du véhicule. Je m'empresse de le rejoindre et le voit sortir un fusil de chasse avec un air déterminé. Mes yeux s'agrandissent sous le choc.
-Woh oh ! Mais qu'est-ce que tu fais ?!
Je lève le bras pour baisser l'arme qu'il pointe en l'air et m'interpose devant lui.
-Eh bien l'abattre, ça ne se voit pas ?!
-T'es malade ! Tu crois pouvoir te pointer comme ça et tuer quelqu'un, en pleine ville en plus ?!
-Personne ne va le faire Will ! Si on ne l'arrête pas, cette chose va continuer à faire n'importe quoi !
-Okay... Très bien... Je dis en me rendant. Va-s'y tout seul alors. Je n'ai pas envie d'être impliqué là-dedans.
Une affaire de fantôme, je veux bien, mais là, ça prend une autre dimension ! On pourrait très bien aller en prison pour ça ! Peter semble déçu mais me dévisage avec un regard dur.
-Comme tu veux. Lâche-t-il sèchement.
Il s'en va en direction de la maison et se plaque contre le mur en testant la poignée de la porte d'entrée. Celle-ci s'ouvre et il se glisse à l'intérieur à pas de loup, sans faire de bruit. Quelques secondes s'écoulent, mais c'est comme si c'était des minutes entières et je grogne en tapant du pied nerveusement, cédant finalement. Je m'empare d'un des pistolets dans le sac et le glisse à ma ceinture sous mon tee-shirt au cas où, puis trottine jusqu'à l'entrée. Je traverse le couloir quand j'entends plusieurs coups de feu et des objets se casser dans le salon. Je presse le pas et ouvre la porte en grand pour voir Peter essayer de se relever au milieu d'une table renversée, des livres dégringolant de la bibliothèque et un miroir brisé, les morceaux jonchant le sol. Soudain, Beth surgit devant moi en furie et je fais un bond sur le côté pour l'éviter. Elle court dans le couloir en hurlant et mon rythme cardiaque s'emballe sous la surprise. Peter sort de la pièce à son tour.
-Mais rattrape-laaaaaa ! S'écrie-t-il en se remettant à courir après elle et je m'élance à leur suite.
Or, lorsqu'il entre dans la cuisine, la jeune femme ou plutôt la polymorphe ayant pris cette fois l'apparence de Beth se jette sur Peter avec un couteau et il l'évite de peu, en se cognant contre la table de travail. Elle se tourne ensuite vers moi et me regarde avec des yeux fous. Je contourne la table de la cuisine pour mettre de la distance entre nous. Nous tournons autour de la table mais elle finit par passer par au-dessus et me donne un coup de pied dans le sternum qui m'envoie balader plus loin, dans le couloir. Pendant ce temps Peter est repassé à l'attaque mais la créature a gardé le dessus. Lorsque je réussis à me relever et à revenir, je vois rouge. Peter est à terre, coincé sous un meuble qui a dû lui tomber dessus, son fusil se trouve à l'autre bout de la pièce et la polymorphe le menace de sa lame...
La polymorphe s'avance vers moi, couteau brandit et j'essaie en vain de me tirer de dessous la commode mais celle-ci est lourde et je n'arrive pas à me concentrer assez pour utiliser ma force physique pour la soulever. Puis Will refait apparition et cette saloperie de créature se détourne de moi pour fixer mon coéquipier. Celui-ci s'est figé à l'entrée de la pièce alors que le sosie de Beth se rapproche dangereusement de lui.
-Will ! Je m'écrie. Tire-lui dessus ! Maintenant !
L'interpellé jette un bref coup d'œil vers moi et sort un flingue de dessous son tee-shirt le pointant vers elle, ce qui a pour effet de la stopper un instant. Cependant, Will semble terrifié et hésitant. Je peux voir sa main légèrement trembler d'ici. La polymorphe fait un nouveau pas, puis un autre et je la vois sourire, même de dos. Elle se rapproche dangereusement de Will, qui est toujours figé sur place.
-Will !
Je serre les dents et pousse de toute mes forces la commode, parvenant enfin à la faire bouger, du moins assez pour me dégager de dessous. Aussitôt libre de mes mouvements, je fonce sur la blonde tel un rugbyman. Celle-ci est surprise mais contre-attaque et nous bataillons un moment avant qu'elle ne jette contre le mur. J'atterris par terre et la voit fondre sur moi avec son couteau. Elle s'apprête à me poignarder quand deux coups de feu retentissent et elle s'effondre à côté de moi. Je relève la tête vers Will, arme encore pointée là où se trouvait la polymorphe une seconde plus tôt. Il met un petit moment avant de réaliser ce qu'il vient de faire et abaisse lentement son arme et regardant le sol. Je respire profondément avant de me relever et de me diriger vers lui. Je pose une main sur son épaule et le secoue doucement.
-Merci vieux. Je lui souffle.
*o*o*o*o*
Nous avons regagné la voiture après avoir effacé les traces qui pourraient nous accuser. Les corps des victimes de la créature ne seront probablement jamais retrouvés mais au moins, il n'y aura plus de disparition à présent. J'ignore pourquoi ce polymorphe faisait cela. Peut-être, comme l'a dit Will, qu'il aimait prendre la place de ces gens, copier leur mode de vie. Quoiqu'il en soit, il ne causera plus de mal à personne maintenant. Je remets les armes dans les sacs et le range correctement dans le pick-up.
-Comment tu fais ? Me demande Will, qui est resté silencieux jusque-là.
J'arrête ce que je suis en train de faire pour le regarder mais ses yeux bleus restent obstinément rivés vers le bas.
-Comment je fais quoi ?
-Vivre comme ça. C'est quoi ton objectif ?
-C'est mon boulot de chasser ces vermines Will. Peu de gens savent que des créatures comme ça existent. Il faut bien quelqu'un pour s'en charger. Nous avons fait ce qu'il y avait de mieux à faire aujourd'hui.
-Mais je ne suis pas là pour tuer des gens ! S'emporte-t-il en me fixant dans les yeux cette fois-ci.
-Mais moi non plus Will ! Je réplique sur le même ton avec ferveur, en claquant la porte du pick-up avec force. Si je le fais... C'est pour sauver des gens. Des humains. Ce n'est pas ce qui importe ? Je rajoute plus calmement.
Ses yeux cherchent où se poser tout en évitant les miens. Il se lèche les lèvres, mal à l'aise. J'ai marqué un point.
-Le monde n'est plus ce que tu croyais Willy, les enfants ont peur des monstres qui peuvent se tapir sous leur lit, dans l'ombre. Et ils ont raison d'y croire. C'est pourquoi on doit les rassurer, les aider et surtout les sauver. Alors oui, c'est dur -tirer sur des fantômes à l'air simple comparé à ça hein ?, oui ça peut être dangereux et oui il faut tuer. C'est un mal pour un bien.
-Et nous alors... Qu'est-ce qu'on est, si ce n'est pas des monstres ?
-Les monstres sont des monstres parce qu'ils ont choisi de l'être. Et moi je ne veux pas faire du mal aux gens. Qui nous sommes, ça n'a aucune importance ici. C'est qui nous voulons être qui ne dépend que de nous. Pour ce qui est d'où on vient ou ce que l'on attend de nous en allant vers l'Est, j'ai bien l'intention de le découvrir. Mais ça ne changera rien en mes idéaux. Maintenant, il faut se relever et avancer.
Will semble d'accord. J'ai réussi à le calmer et il a l'air plus détendu. Il va juste avoir besoin d'un peu de temps pour se faire à l'idée qu'il vient de tuer son premier monstre.
-Peter... Je ne sais pas si j'ai bien fait de venir. Dit-il pas encore très sûr de lui.
-Mec ! T'as vraiment pas envie de savoir ?
A mes mots, je crois qu'il percute enfin le sens de ce voyage. L'importance capitale qu'il a. Je sens qu'il veut sincèrement comprendre qui il est réellement, le pourquoi nous sommes nés comme ça et le lien qui nous unit. C'est plus qu'un besoin, c'est notre désir le plus cher. Je suis rassuré en le voyant reprendre un air déterminé et affiche un sourire fier.
-Aller, en route champion.
Il y a des hauts comme il y a des bas je suppose...
Des doutes et des certitudes...
Nous continuons toutefois à avancer, lentement, mais sûrement...
La suite vendredi prochain avec un nouveau personnage :Sans Identité (I). Into Darkness.
