Bonjour, voici le sixième chapitre, avec un tout nouveau personnage qui va avoir son importance par la suite, bien que je pense que Will et Peter resteront les deux OCs principaux de cette fiction.

Merci à vous et bonne lecture.

musiques : To Feel Alive - IAMEVE / Dominion (feat. Julie Elven)R. Armando Morabito - EpicMusicVn


Sans Identité (I). Into Darkness

Université du Wisconsin, Madison, Wisconsin.

Je me fraie un chemin dans les couloirs, au beau milieu d'un flot d'étudiants qui sortent de leur salle de cours et empruntent les longs couloirs pour se rendre à l'extérieur, vers la cafétéria ou bien vers les salles d'études. Il y a beaucoup de monde à cette heure-là, c'est la raison pour laquelle je mets autant de temps à rejoindre mon casier. J'y pose quelques affaires et prend un cahier et le manuel de mathématiques pour les glisser dans mon sac passé en bandoulière. Je me fais légèrement bousculer lorsque je referme mon casier mais j'ai le droit à des excuses de la part du terminal qui ne m'avait pas vu. Je lui adresse un petit sourire gêné en signe que j'acceptais ses excuses et il repart alors que je baisse le regard vers mes pieds. Je me sens affreusement petite parmi tous ces gens. Ce lycée est vraiment très grand et même si j'entame ma deuxième année* ici, j'ai toujours l'impression d'être une nouvelle élève car je ne vois jamais les mêmes têtes et ça ne me met pas très à l'aise. Peut-être est-ce aussi parce que je ne connais pas beaucoup de monde et que le nombre d'amis que je possède reste limité. Il est même plutôt proche de zéro. Mais heureusement, il y a Alex.

-Hey Malia ! S'écrie joyeusement une voix qui m'est familière et qui me fait aussitôt relever la tête dans sa direction.

-Alex !

Un sourire naît sur mes lèvres alors que je vois apparaître mon ami au milieu de ce flot incessant d'étudiants bruyants et pressés. Alex parvient à se faufiler aisément entre eux et arrive jusqu'à moi en tenant son sac sur une seule épaule avec un grand sourire rayonnant. Nous nous détaillons quelques secondes puis nous ne pouvons plus y tenir. Nous nous sautons dans les bras l'un l'autre et nous rions tout deux comme des idiots. Mais on est heureux, et je suis tellement contente de le revoir que je ne peux pas m'empêcher de l'embrasser sur la joue. Dans notre délire, je n'ai même pas fait attention qu'il m'a soulevé et il me repose maintenant au sol avant que je ne m'écarte un peu de lui.

-Alors, ces vacances aux Michigan ? Je lance avec animosité.

-C'était absolument génial ! Il s'exclame enthousiaste. Mais dis-moi plutôt, toi comment tu vas ? ça a dû être long ces deux mois !

-Oh tu n'étais pas là, alors ça va ! Je fais pour l'embêter et je ris lorsqu'il lâche un petit cri faussement indigné. Je me suis débrouillée, même si je me suis ennuyée, sans toi dans les parages ! ...Tu m'as manqué. J'ajoute avec sincérité en le regardant.

-Toi aussi tu m'as manqué. Il répond en m'invitant à marcher avec lui vers le parc.

Nous nous installons sur l'herbe pour discuter. Il fait encore chaud pour cette fin d'été et nous profitons donc des derniers rayons de soleil estivaux. J'inspire profondément. C'est tellement agréable que j'ai l'impression que c'est le début des vacances et qu'Alex et moi on va enfin pouvoir passer du temps ensemble et s'amuser. Ces deux mois m'ont paru longs comme il est parti en vacances avec son père loin d'ici. Je n'avais personne à qui parler ou avec qui sortir et j'avais hâte que les cours reprennent pour qu'on puisse se retrouver. Malheureusement, cette année allait être différente de celle qu'on a passée l'an dernier. Rien que d'y penser, ma bonne humeur retombe quelque peu.

-Alors comme ça on n'est pas dans la même classe hein ? Il lance en observant les grands arbres face à nous.

-Non...

-Hum... Il se redresse et me fixe avec de grands yeux. Mais qu'est-ce que tu vas devenir sans moi !

Je ris et secoue la tête. C'est tout lui ça, il adore faire le pitre en en faisant des tonnes.

-N'exagère pas. Tu n'es pas le centre du monde ! Je vais survivre même si on n'est pas ensemble. Et puis on a les cours de physique en commun, je vais déjà devoir te supporter pendant ces heures-là.

-Hey ! Avoue que ça t'arrange bien, tu vas pouvoir continuer à copier sur moi. Réplique-t-il en me faisant un clin d'œil.

Je rougis légèrement en repousse mes mèches de cheveux bruns derrière l'épaule comme ils volent au vent et tombent sur mon visage. Je suis contente d'avoir ce garçon comme ami. Il est toujours là pour moi quand j'en ai besoin et il a toujours le mot pour me fait sourire, même lorsque rien ne va. Il n'y a qu'avec lui que je me sens aussi bien, que je suis moi-même. Il est facile à vivre, toujours souriant et protecteur. Il est aussi très intelligent. Premier de sa classe, il est très doué dans les matières scientifiques, aussi m'aide-t-il souvent en m'expliquant avec patience les points que je n'ai pas compris en classe. En particulier en physique. Cependant, il a un hobby très spécial qui lui attire beaucoup de regard en biais par les autres étudiants et des rires moqueurs. Car Alex croit aux extraterrestres et à la théorie du complot. Je trouve ça vraiment idiot que les gens ne le juge que sur cet aspect et le traitent de cinglé. Lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, dans les couloirs de cet établissement, il se faisait intimidé par des brutes du club de football. Il s'était renfermé sur lui-même et il m'a même conseillé de ne pas me fréquenter car il avait mauvaise réputation. Contrairement aux autres, je suis passé au-dessus de tout ça, j'ai vu que derrière ce garçon maigre, pas plus grand que moi, aux cheveux courts châtain souvent en pagaille et ses grands yeux marrons tristes d'être ainsi rejeté, se cachait quelqu'un d'extraordinaire qui ne cherchait qu'à être accepté. Nous sommes devenus très vite amis et inséparables. Qu'importe ce que pensent les autres ! De toute façon, je n'ai moi-même jamais été très douée en relation sociale. Je suis réservée et plutôt effacée, préférant rester invisible aux yeux du monde. Je m'appelle Malia, mais je n'ai pas de nom, je vais sur mes seize ans, j'ai de longs cheveux noirs et des yeux bleus céruléens. Je suis orpheline. Je reçois des aides pour payer mes études et pour pouvoir me loger à l'internat du lycée.

-D'ailleurs tu vas aussi devoir me supporter le soir. Lance Alex.

-Ah bon ? Je demande intriguée.

-Eh oui ! Je suis à l'internat, tout comme toi.

Alex n'a pas besoin d'aller à l'internat, il habite suffisamment près du lycée pour faire l'aller-retour chez lui tous les jours, en plus il possède sa propre voiture, une vieille jeep qu'il adore.

-Alex, tu ne te serais pas disputé avec ton père par hasard ?

-Oh, tu sais, ces vacances passés ensemble c'était une bonne idée dans l'ensemble mais au bout de deux mois... on commençait à ne plus se supporter. Alors je crois que si je m'éloigne un peu, ça ne ferait pas de mal pour qu'on garde tout deux une bonne santé mentale. Et puis ça me permettra de mieux bosser. A la maison c'est impossible.

-Mais bien sûr, pour mieux travailler... Je fais pas très convaincue.

Il hausse les épaules et nous rions à l'unisson. Cette année n'allait peut-être pas être si mal finalement.

*o*o*o*o*

Je fini de lacer mes chaussures dans les vestiaires avant de rejoindre la classe qui commence déjà à se regrouper autour du professeur de sport. Celui-ci nous donne ses instructions puis nous nous dispersons pour l'échauffement. Cette année nous débutons par la course et le sprint et j'en suis contente. Les sports collectifs ne me déplaisent pas mais je me sens toujours inutile et pas très douée lorsqu'il s'agit de tenir ou lancer un ballon. De plus, j'aime courir et je suis à ce qu'il parait très rapide. Je dois améliorer mon endurance si je veux dépasser mes limites pour les examens en fin de trimestre. Je cours sur la piste lorsque je vois l'équipe de LaCrosse** sortir des vestiaires pour prendre place sur le terrain. La plupart d'entre eux sont grands et ont une musculature assez imposante. J'ai déjà vu un de leur match et je peux dire que c'est assez impressionnant comme sport. L'équipe de notre lycée se débrouille plutôt bien et ils s'entraînent dur pour pouvoir être qualifiés pour les nationales. Je les suis du regard et mes yeux s'arrêtent sur un des joueurs que je n'ai jamais vu auparavant et qui s'approche de ses coéquipiers avec une allure fière. Il a les cheveux blonds coupés en brosse, un regard perçant et un sourire un peu hautain. Je suppose que c'est le genre de garçon populaire et orgueilleux dont toutes les filles du lycée parlent. Quoiqu'il en soit, je ne m'attarde pas plus sur eux et retourne à mon échauffement. Quelques minutes plus tard, je bats mon record de l'année dernière avec une facilité déconcertante. J'en étonne plus d'un, moi-même en premier. Peut-être devrais-je m'inscrire au club d'athlétisme ?

Le cours fini, je prends une douche rapide et décide d'aller à pied jusqu'à la supérette qui se trouve à dix minutes du lycée afin de faire quelques courses. Il fait chaud et sur le chemin du retour, je croise plusieurs étudiants se promenant en ville ou se désaltérant sur les terrasses de cafés. Je passe devant l'hôpital et ne peut m'empêcher d'observer la bâtisse et le personnel s'activer autour des ambulances qui viennent et partent. Certains infirmiers prennent leur pause dehors, un café à la main, certains ont l'air fatigués et je ne doute pas qu'ils doivent passer des journées très difficiles. Ils sont courageux et je les admire. J'aimerai bien pouvoir les aider. Pour aller au dortoir, je passe tous les jours devant l'hôpital, et je vois les mêmes têtes. Il y a, parmi le personnel soignant, un homme blond de la trentaine. Il fini sa pause lorsque je rentre le soir et j'aperçois très brièvement son visage avant qu'il ne se retourne pour entrer dans le bâtiment. Je me dis toujours qu'il s'en va sauver des gens et je ne sais pas pourquoi mais j'ai envie d'aller lui parler, pour qu'il me raconte sa journée, pour qu'il puisse m'apprendre comment soigner ces personnes. Je sais je suis bizarre, sans doute que ces envies viennent du fait que je n'ai pas de famille et que ces liens me manquent... J'aimerai bien savoir ce que ça fait d'être entourée et aimée.

Je retrouve Alex au dîner. Il a l'air déprimé de sa journée à cause des insultes portées à son égard mais il retrouve vite le sourire quand on commence à discuter.

A vingt-heure, il est l'heure de rejoindre nos chambres respectives. Je suis allongée sur le ventre sur mon lit, stylo à la main et cahier ouvert sous les yeux pour réviser lorsque un caillou vient percuter ma fenêtre. Je me relève d'un bond et ouvre la fenêtre pour voir mon ami attendre en bas.

-Malia ! C'est bon je les ai ! Il me souffle depuis la pelouse en désignant les clés qu'il tient dans sa main.

-Tu es génial ! Attend j'arrive ! Je chuchote assez fort en retour pour qu'il m'entende.

Je referme la fenêtre et me précipite pour le rejoindre au rez-de-chaussée après m'être chaussée et surtout sans faire de bruit, pour ne pas risquer de se faire épingler. Nous traversons le campus dans la nuit.

-Tu me laisses venir avec toi cette fois ? Demande-t-il avec espoir.

-Désolé, mais ce que je fais est un secret ! Je réponds en tendant la main.

Il pousse un soupir et me donne les clés.

-Allez quoi ! Tu pourrais au moins me dire ce que tu fais là-bas trois fois par semaine, c'est grâce à moi que tu peux entrer et Dieu sait que je me donne un mal fou pour obtenir ces clés !

-Okay, okay ! Promis, la semaine prochaine, tu pourras venir. Je consens. ...Merci. J'ajoute en lui adressant un sourire avant de filer.

-Ne reste pas plus d'une heure ! Les gardiens pourraient bien faire des rondes ! Il me lance, par-dessus mon épaule.

Je fais un signe de la main pour le rassurer que je ne rentrerai pas trop tard et je glisse la clé dans la serrure avant de rentrer dans la bibliothèque. Je referme doucement derrière moi et me dirige vers une des tables au fond de l'immense pièce remplie de livres pour allumer la petite lampe qui s'y trouve. Je souris et me dirige vers les imposantes étagères pour en sortir un livre ancien, à la couverture en cuir et dont les pages sont ternies par le temps. La calligraphie est belle et les symboles mystérieux. Je l'étudie depuis que je l'ai découvert quelques mois auparavant, caché derrière une pile de livres à l'abandon. Si Alex est passionné par les extraterrestres et les ovnis, moi, j'adore la mythologie et le fantastique. Et cette bibliothèque regorge d'ouvrages intéressants sur ces sujets. Cependant je n'ai jamais le temps de me rendre à la bibliothèque la journée, c'est pourquoi je m'offre quelques petites escapades nocturnes -Merci Alex. Il est vingt-deux heures passé et je suis en train d'essayer de comprendre l'étrange symbole tracé élégamment à la main au milieu de la page quand j'entends du bruit dehors, me faisant sursauter.

-Aïe ! Je lâche faiblement après avoir retenu ma respiration de peur qu'il y ait quelqu'un -ce n'était qu'un oiseau s'envolant d'un arbre !

Je constate en baissant les yeux que j'ai réussi à me taillader le doigt avec un des coins d'une page du manuscrit et que les gouttelettes de sang tâchent maintenant la dite page. Je le referme et m'empresse de le remettre à sa place. De toute façon j'ai trop tardé et je dois me dépêcher de rejoindre l'internat. Les couloirs sont silencieux, aussi je marche sur la pointe des pieds jusqu'à atteindre ma chambre. Je m'en vais pour fermer les rideaux, et j'aperçois une silhouette dans la pénombre me fixer. Je fais un bond en arrière sous la surprise et, le cœur battant, je me dis que c'est peut-être Alex, qui est venu vérifier que je suis bien rentrée. Je m'approche à nouveau des vitres mais ne vois personne. Je soupire, soulagée, et je me change pour aller dormir.

*o*o*o*o*

La première semaine de cours est passée à une vitesse folle. Tout s'est déroulé de façon normale, excepté que cela faisait une semaine que je me réveillais souvent en sursaut le matin, probablement à cause d'un mauvais rêve, mais il m'est impossible de me les rappeler. Je n'ai pas revu de type bizarre sous ma fenêtre en pleine nuit, Alex mis à part. Toutefois, j'ai l'impression qu'on m'observe et cela me donne des frissons dans le dos rien que d'y penser. Je dois me faire des films. Après le cours de mathématiques, j'attends Alex devant son casier pour aller ensemble en physique. J'essaie de penser à des choses positives mais il semble que la chance n'est pas de mon côté en ce moment. Je me fais aborder par deux garçons un peu lourds.

-Hey ! Fait l'un. T'es nouvelle ?

Je les ignore et m'en vais un peu plus loin pour être tranquille. Mais je les vois déjà venir vers moi. Je ne sais pas quoi faire et je sers mes cahiers contre moi, comme un bouclier. Ils approchent et je ferme les yeux pour me persuader qu'ils vont partir lorsque j'entends un BAM au-dessus de ma tête, comme si on cognait le casier. Je rouvre les yeux pour voir les deux types s'arrêter net et décamper avant de tourner la tête pour rencontrer des yeux vert-émeraude intimidants. Je me retrouve coincée entre le casier et mon 'sauveur' qui se tient à quelques centimètres de moi avec son bras au-dessus de ma tête posé contre le casier. Montrant à tous que je suis chasse gardée en les menaçant du regard, défiant quiconque s'approcherait de trop près. Je reste muette de stupeur et n'ose pas bouger ni même détourner le regard. C'est le grand blond de l'équipe de LaCrosse. Il doit être en dernière année car je lui donne au moins dix-huit ans. Lentement, il finit par s'écarter de moi et mon cœur se calme un peu.

-Tu ferais mieux de faire attention, petite. Me conseille-t-il.

Et sur ces mots, il s'en va. Je le regarde s'éloigner, incapable de piper mot. Alex apparaît quand il sort de mon champ de vision.

-Hey, Malia ! ...ça va ? Tu as l'air toute retournée. Me demande-t-il en remarquant l'état dans lequel je suis.

-Heu...Oui, ça va. On y va...?

*o*o*o*o*

Avec ce qui s'est passé aujourd'hui, je n'arrive pas à me concentrer sur mes devoirs ou faire quoi que ce soit d'autre. Je tourne en rond dans ma chambre depuis une demi-heure et je sens un début de migraine pointer. Ma tête va imploser sous peu si je continue à me poser tant de questions sans réponse. Soudain, j'ai comme un flash et je suis obligée de m'asseoir par terre pour ne pas tomber. Je me prends la tête entre les mains et ferme les yeux aussi fort que je peux. Des images défilent devant mes yeux, derrière mes paupières closes. Des images animées aussi familières qu'inconnues. Une accolade affectueuse, des mots doux et des rires viennent jusqu'à moi puis un visage flou mais que je devine triste, inquiet et ensuite le vide. Cela ne dure que quelques secondes et quand enfin cela cesse, j'ai oublié toutes ces scènes et pourtant je me souviens d'avoir vu et entendu des choses. C'est le cinquième flash que j'ai. Mon premier m'est apparu il y a deux semaines -avec en plus le pressentiment que je devais retrouver quelqu'un que je connaissais mais dont je ne me souvenais plus- et depuis j'ai l'impression qu'ils surviennent de plus en plus fréquemment, de façon plus rapprochée dans le temps. C'est frustrant et fatigant de ne pas comprendre ce qui m'arrive. Je me relève et me rue sur mon portable pour envoyer un message à Alex. Il y répond aussitôt et accepte que je le rejoigne, à mon grand soulagement. J'attrape mes affaires et, cahier sous le bras, me rend jusqu'à sa chambre. J'ai besoin de me changer les idées.

Nous parvenons à finir nos devoirs ensemble en nous entraidant et nous révisons tranquillement, tout deux installés sur son lit dans un silence complice, apaisant. Alex joue avec son stylo tout en observant distraitement le plafond tandis que je tourne une énième page de mon manuel de physique pour prendre des notes.

-Au fait, tu ne m'as pas raconté tes vacances. Lance-t-il.

Je relève la tête et repousse mes cheveux derrière les oreilles avant de refermer mon livre.

-Toi non plus, du moins pas en détail. Je fais malicieusement. Très bien, je fais ensuite en m'asseyant en tailleur face à lui et il se redresse pour écouter attentivement, j'ai passé mes deux mois à aider à l'hôpital.

-Oh. S'exclame mon ami, visiblement surpris. A l'hôpital vraiment ?

-Oui, je fais fièrement, je ne voulais pas passer mes après-midi à l'internat, qui est pratiquement vide durant cette période. Du coup, je me suis dit que je pouvais me rendre utile quelque part. J'y ai appris plein de choses intéressantes.

-Ouah, Malia, c'est génial ça ! Pourquoi tu ne me l'avais pas dit pendant les vacances ?

-Peut-être parce que ton portable est allé se baigner avec les poissons au Michigan ? Je lui rappelle alors.

-Oh... ça n'empêche que tu aurais pu appeler sur le portable à mon père ! Il aurait été ravi d'avoir de tes nouvelles aussi ! Même qu'il s'est dit qu'il aurait bien voulu que tu viennes avec nous.

-Je sais. Merci, ça me touche beaucoup.

-La prochaine fois, tu viendras avec nous, c'est obligatoire. D'ailleurs, ce week-end que dirais-tu de te joindre à nous ? Papa a envie de faire des crêpes et veut te revoir.

-Avec plaisir !

Ethan, son père, est vraiment adorable. Il m'a tout de suite accepté quand Alex m'a présenté à lui il y a un an de cela. Il est Sheriff et Alex a perdu sa mère quand il avait huit ans. Ils sont donc heureux d'avoir la touche de féminité qu'il leur manquait tant depuis cette triste disparition. Alex m'invite souvent et je me sens vraiment bien quand je suis avec eux. Je fais en quelque sorte partie de la famille, et ça me rend vraiment heureuse.

-Alors, à ton tour. Je lance joyeusement. Votre randonnée ? Vos chamailleries ?

-C'était magique. Il y a des paysages somptueux. On a fait du camping sauvage. J'ai cru que mon père allait attirer les ours à force de ronfler si fort. J'ai pas fermé l'œil de la nuit, ce soir-là.

-A cause des ours ou parce que ton père ronflait ? Je fais en riant sans me retenir.

-Les ours ! Bien sûr !

Je ris de plus belle et il me raconte d'autres anecdotes tout aussi hilarantes les unes que les autres. Je suis maintenant à moitié allongée sur les draps et ma tête repose sur l'épaule d'Alex alors qu'il continue de narrer ses aventures. Je suis transportée par ses paroles, vers ces lieux extraordinaires.

-Nous avons pêché des truites. Tu aurais dû voir la tête de papa lorsque j'ai attrapé deux gros poissons à la suite ! Il n'en revenait pas. Il y avait aussi des cerfs et... Malia ?

Il s'interrompt pour jeter un coup d'œil vers moi, qui commence à somnoler contre lui. Je me sens beaucoup mieux, et je n'ai vraiment pas envie de bouger. Je sais qu'il n'y a pas le droit de rester dans le dortoir des garçons après le couvre-feu. Mais je ne veux pas partir.

-S'il-te-plait, laisse-moi rester. Je demande dans un murmure.

-Bien sûr. Il me souffle en devinant que ça n'allait pas lorsque je suis arrivée et rassuré que je vais mieux.

Je tombe aussitôt dans le sommeil, apaisée et me savant en sécurité.

*o*o*o*o*

J'ai passé un week-end merveilleux en compagnie des deux hommes auxquels je tiens le plus au monde. Le Sheriff m'a appelé "fille" et mon cœur s'est arrêté de battre pendant une minute au moins avant que je ne vienne l'étreindre. Alex m'a dit que je faisais "officiellement partie de la famille Hunt" désormais. Ce qui signifie que j'ai une nouvelle maison. Ils m'ont aménagé une chambre rien que pour moi, comme ça je n'ai plus à passer mes week-ends et les vacances seule à l'internat. Je suis gênée, ils font tellement pour moi, je ne sais comment les remercier. Je retiens des larmes de bonheur et promets de les aider dans les tâches ménagères, notamment en cuisine. Son père est ravi et Alex l'est encore plus. C'est le plus beau cadeau que je puisse avoir pour mes seize ans, mon anniversaire approchant à grands pas. Pour ce week-end-ci, c'est-à-dire demain, je prévois de leur préparer un repas pour célébrer ça et je pars donc faire quelques courses pour l'occasion. Je passe devant l'hôpital et jette un coup d'œil comme à mon habitude du côté jardin, où les infirmiers prennent leur pause et j'aperçois l'homme blond qui cette fois ne me tourne pas le dos. Je lui fais un sourire comme il semble regarder dans ma direction puis poursuis ma route en direction du centre-ville. Sur le chemin, je sens comme un léger picotement dans mes mains et je fronce les sourcils comme je trouve cette sensation étrange. Je sens soudain un nouveau flash arriver et je me précipite à un coin de rue pour m'appuyer contre le mur d'un bâtiment. Bon sang, je n'y faisais plus attention ces derniers temps comme tout allait bien. Pourquoi il faut que ça arrive maintenant ? Je respire profondément pour me calmer et j'arrive à passer à travers de cette manifestation d'images et de sons incompréhensibles. Je me rappelle cette fois d'avoir aperçu de façon très imprécise deux hommes de la vingtaine échanger des paroles en riant, puis à bord d'une voiture et d'en d'autres endroits que je ne saurais localiser. Arriverais-je un jour à comprendre ce qui m'arrive et à quoi correspondent ces scènes ? Sont-elles au moins réelles ? Je n'ai pas le temps de me poser plus de questions. Un homme à l'air déterminé s'avance droit vers moi, comme s'il avait un but précis me concernant. Je prends peur et commence à courir dans le sens opposé pour essayer de retrouver un endroit plus fréquenté et me fondre dans la foule, à l'abri au milieu des gens. Je me retourne pour voir s'il me suit et je fonce dans quelqu'un.

-Désolé ! Je fais en tournant la tête pour voir qui j'ai percuté par inadvertance. Il y a quelqu'un qui...

J'allais dire que j'avais besoin d'aide mais je m'interromps lorsque je croise le regard de l'homme qui me poursuivait, se tenir devant moi. Attendez quoi ? Comment est-ce possible ? Je n'ai pas le temps de reculer qu'il m'attrape dans ses bras et plaque sa main sur ma bouche pour m'empêcher de crier. J'écarquille les yeux et me débats pour le faire lâcher prise. Je panique car il va pour plaquer un chiffon que je suspecte déjà imbibée d'une substance pour me faire perdre connaissance, sur mon visage mais je réussis au dernier moment à me défaire de mon agresseur en lui donnant un coup de coude dans le sternum. Je m'enfuie aussi vite que je peux à travers les ruelles étroites de Madison. Mais je me sens faible et les picotements le long de mes doigts ont augmenté en intensité. Je suis maintenant poursuivie par trois autres personnes dont une qui arrive à m'intercepter en me poussant au sol. Ma tête percute le bitume et je vois des étoiles. Ma respiration est erratique, et une terreur monte en moi comme je les vois approcher.

-Non...! Non... Laissez-moi ! Je parviens à dire, la voix tremblante.

-Elle semble humaine. Note l'un.

-Plus pour longtemps. Répond l'autre.

Mais qu'est-ce qu'ils racontent ? Je me demande, le cœur battant à tout rompre. Je me débats pour ne pas sombrer mais ma vue se brouille et soudain...

Tout n'est que ténèbres.


*Le cursus scolaire aux USA est différent du nôtre en France : le lycée dure quatre ans. Malia est une « Sophomore » en 10th grade, équivalent de la Seconde.

**Crosse ou Lacrosse en anglais : sport collectif d'origine amérindienne où les joueurs se servent d'une crosse pour mettre une balle dans le but adverse. peu connu en France.


A suivre, avec le chapitre 7 : Sans Identité (II). Bound And United, You And I.

A quoi ressemble Malia ? voir : Emily Rudd ou Lily Collins.
A quoi ressemble Alex Hunt ? voir : Callan McAuliffe.

A quoi ressemble Ethan Hunt ? Voir : Tom Cruise ou Linden Ashby.

Les références cinématographiques du jour :

*Ethan Hunt/Tom Cruise, pour les films Mission Impossible.

*Alex Hunt, OC inspiré du film Numéro Quatre (I Am Number Four) et donc de la série littéraire Lorien Legacies de Pittacus Lore. L'acteur Callan McAuliffe interprétant Sam Goode.

*LaCrosse (et Linden Ashby), pour la série TV Teen Wolf.

*Le mystérieux homme blond de la trentaine de l'hôpital... Personnage surprise ! Un indice ? ...spn.