Bonjour ! Quel plaisir de voir de nouveaux lecteurs !
Ca fait maintenant neufs mois que je travaille sur cette fanfiction et ça fait vraiment bizarre car je ne pensais pas aller aussi loin. Je suis actuellement au chapitre 24 alors ce chapitre 11 me parait bien loin... ! Au moins, soyez assurés que la parution des chapitres sera régulière pour un bon moment.
Merci pour vos reviews, vous êtes adorables ! Chapitre plus long que le précédent ; Je vous souhaite une bonne lecture.
PS : Tous les lieux sont réels et sont souvent choisis avec application. (Si si, Moose City aussi prolixius5, c'était un clin d'oeil à Sam !). J'ai fait une carte pour suivre le mouvement des Nephilim. Je pourrais les mettre en ligne si cela vous intéresse.
PPS: Un petit point calendrier s'impose pour ne pas trop se perdre : nous sommes au mois de septembre dans l'histoire, une quinzaine de jours s'est écoulée depuis la rencontre entre les deux compères.
POV : Will, pour commencer mais attention ça va switcher entre du POV Will & POV Peter !
Musique : Snow Ghosts - And The World Was Gone / Charlotte OC – Cut The Rope. / A Monster Like Me - Mørland & Debrah Scarlett
Secrets & Mensonges (I).Lie Or Die, But Don't Tell Who You Are.
Ames, Iowa.
Il est des choses pénibles que nous préférons tous enterrer au fond de notre mémoire, en priant pour qu'elles ne refassent plus surface. Mais lorsqu'elles refont surface sans prévenir, nous sommes obligés de nous confronter à elles à nouveau... On ne peut se défaire du passé.
-« Ames » city hein ? C'est quoi ce nom de ville ? Je demande. Pourquoi vient-on ici ?
-Je trouve ce nom très inspirant moi ! Me lance Peter en roulant en direction de la-dite ville. Et puis, il se passe quelque chose, il faut que je vérifie. Ça te pose un problème ?
-Ce n'est pas parce que la ville à un nom disons très spirituel qu'il se passe forcément quelque chose. Je lui fais remarquer.
-Je préfère être sûr et puis ce n'est pas comme si on avait autre chose à faire…
Je dois avouer qu'il n'a pas tort, malheureusement. Ces derniers jours ont été trop longs à notre goût et un peu de changement est la bienvenue. Une lassitude c'était emparée de moi. Je suis lassé de ne rien trouver, lassé et fatigué de tourner en rond, de chercher en vain une piste à laquelle se raccrocher.
Je m'endors de temps à autre, la tête posée sur mon poing fermé. Peter est plus silencieux qu'à son habitude, il m'est donc facile de décrocher. Nos longs voyages sont devenus une routine pour moi, comme si j'étais sur la route depuis des années aux côtés de Peter, tels deux vieux frères cherchant un but sans vraiment parvenir à le trouver. Il faut dire ce qui est, on erre dans la nature comme deux âmes perdues. Tient, serait-ce la raison de notre venue à Ames ? J'ignore ce que mon compagnon a en tête en ce moment et franchement, je ne cherche même pas à savoir, trop blasé que je suis. Nous nous installons au premier motel que nous trouvons. J'ai envie de me laisser tomber sur le matelas et dormir jusqu'au lendemain après-midi au moins mais je m'efforce de me réveiller car j'ai déjà dormi durant une bonne partie du trajet et j'ai grand besoin de me dégourdir le corps et l'esprit. Pour aider, je pars prendre une bonne douche pendant que Peter, qui a déjà toutes ses armes étalées sur son lit, se met à en démonter une première pour la nettoyer. Toutefois, avant que je n'ai le temps d'entrer dans la salle-de-bain et alors que je le tourne le dos, Peter me pose une question à laquelle je ne m'attendais pas.
-C'est quoi cette cicatrice dans ton dos ?
Je me fige, les épaules raides et le souffle court avant de tourner la tête vers lui sans pour autant le regarder, mes yeux errant plutôt sur mon dos, là où la cicatrice se trouve, puis par terre quelque part sur le tapis. Encore quelque chose que j'aurai préféré oublier et que Peter ne remarque pas. Manque de chance, cette horrible marque se voit parfaitement lorsque je porte un débardeur. Des images me reviennent en tête, douloureux souvenirs d'un passé sombre et difficile. Le grillage percutant mon dos, la poussière et la terre dans mes narines et sur mes lèvres, les coups reçus dans mes tibias, les mains qui me poussent et les rires, les insultes qui fusent… La barre de fer qui s'enfonce sous ma peau et déchire mon être est l'image de trop. Je la chasse de mon esprit.
-Parfois, les enfants sont sans pitié entre eux. Ils se font du mal et deviennent violents. Je souffle en réponse.
Je sens le regard de Peter sur moi quand je m'éloigne pour rejoindre l'autre pièce. Je croise mon propre regard dans le miroir et observe mes yeux trop bleus un instant. Pourquoi ai-je l'air si triste ? Est-ce parce que je n'ai jamais connu que le rejet des autres ? Les autres enfants me brimaient parce que j'étais différent. J'étais une cible facile parce que j'étais le plus petit, le plus inoffensif. J'étais bien trop réservé pour aller vers les autres. Je n'osais pas, je ne savais pas comment m'y prendre. Et contrairement à eux, je n'ai jamais reçu l'amour d'un parent et il ne pouvait comprendre ça. Un jour, alors que je rentrais de l'école, je suis passé devant un garage et j'ai vu un des mécaniciens galérer sur une auto. Il est partit au fond du garage en rouspétant. Comme il n'y avait personne en vue, je me suis approché pour voir ce qui n'allait pas, par curiosité. Je reconnaissais cette partie du matériel et voyais le problème rencontré. Je me suis permis de toucher, et dans la seconde qui suivit, le moteur se mis à rugir. J'ai sursauté quand une voix derrière moi m'interpella.
-Hey petit qu'est-ce que tu fich-…Attend, c'est toi qui a fait ça ?
Je ne savais plus où me mettre. Le visage de l'homme me surprit cependant car je pensais y voir de la colère or je n'y ai vu que de l'étonnement.
-Comment tu as fait ça ? M'a-t-il demandé avec un sourire incrédule.
J'ai beaucoup appris en observant les gens, faute de pouvoir aller vers eux.
-Je connais quelqu'un qui a la même voiture, je l'ai vu faire ça. J'ai expliqué de ma petite voix en réitérant l'opération pour lui montrer.
L'homme m'a félicité d'un hochement de tête admiratif. Par la suite, je suis revenu plus souvent, je regardais les trois hommes travailler, assit sur un pneu au milieu du garage. Parfois, je leur tendais les outils qu'ils avaient besoin et ils me remerciaient en m'ébouriffant les cheveux, ou en m'enfonçant leur casquette sur la tête. Ça les faisait rire et je crois qu'ils m'appréciaient car ils m'accueillaient toujours avec joie. Un jour cependant ils m'ont demandé où étaient mes parents. J'ai secoué la tête et baissé les yeux. Ils ont tout de suite compris et cela semblait les gêner.
-On ne peut pas le laisser comme ça. A fait l'un aux autres, réunis ensemble en cercle pour discuter de mon cas.
-On n'a pas le droit de le faire travailler ici, il est trop jeune ! Objecta un deuxième.
-On pourrait peut-être demander à Jo' ? Il est tout seul et je ne pense pas qu'un coup de main au Ranch serait de refus. Au moins il pourra s'occuper du p'tit gars. Suggéra le troisième.
Tous acquiescèrent, songeant que c'était la meilleure solution. Moi j'appréhendais, mais ils m'ont aussitôt rassuré lorsqu'ils ont lu mon inquiétude dans mes yeux. Quelqu'un allait enfin s'occuper de moi. La première fois que j'ai vu Jo' je vous assure pourtant que je n'étais pas rassuré. Le vieil homme ne paraissait pas amical pour un poil. Il avait un air sévère et avait des petits yeux brillants qu'il plissait pour mieux vous scruter. Il m'intimidait encore plus que les enfants de mon âge et je restais silencieux en sa présence. Apparemment, je faisais l'affaire car il a juste hoché la tête après son examen minutieux et il m'a pris avec lui. Je me suis installé chez lui, au Ranch. J'avais un toit, à manger, et j'aidais aux corvées en échange. J'avais enfin une vie normale. Je retournais moins souvent en ville, seulement quand c'était nécessaire. Mes talents commençaient à apparaître et je me gardais de révéler ce secret à quiconque. Malheureusement je ne parvenais pas à me contrôler tout le temps. C'est ce qui a causé ma cicatrice… Je me suis retrouvé en face de mes persécuteurs. Ils étaient plus forts, plus nombreux. Je ne sais plus comment cette situation a dégénéré mais je me suis retrouvé avec cette barre de fer enfoncé dans ma chair, la douleur fulgurante me faisant perdre le contrôle. La barre de fer est ressortie sans que j'aie eu besoin de la toucher, une force hors du commun s'est échappée de moi pour repousser les quatre autres, les plaquant à terre. Lorsque je suis rentré chez Oncle Jo' je me suis recroquevillé sur mon lit en sanglotant. Le vieil homme est arrivé et s'est assis à côté de moi, posant sa main sur mon épaule avec douceur. J'étais ensanglanté, le visage couvert de poussière, les genoux éraflés mais ma blessure dans le dos avait déjà presque fini de se refermer. J'ai pleuré longtemps à chaudes larmes dans les bras d'Oncle Jo. Pas parce que j'avais eu peur ni parce que j'avais eu très mal et que j'aurai très bien pu mourir ce jour-là, mais parce que j'avais blessé quatre personnes. Deux d'entre eux étaient à l'hôpital. Moi j'avais juste fui les lieux. J'osais à peine imaginer ce qui se passerait quand je les croiserai à nouveau… Je voulais rester caché dans les montagnes à tout jamais. Oncle Jo' m'a assuré que je ne souffrirais plus jamais à cause d'eux. Quelques temps plus tard, je suis allé avec lui en ville et j'ai aperçu l'un d'entre eux. Celui-ci a baissé les yeux à notre passage et s'est éloigné le plus vite possible. J'ai appris peu après qu'Oncle Jo' était allé voir les gosses et leurs parents et leur avait fait passer un sale quart d'heure à tel point qu'ils n'oseraient plus s'approcher de moi. Sacré Jo'. Son sale caractère lui valait une drôle de réputation en ville.
Ayant fini de me remémorer cette foule de souvenirs, j'entre enfin dans la cabine de douche. La pluie d'eau chaude qui court le long de ma peau me revigore et je me sens à nouveau d'attaque, paré à toute éventualité qui pourrait se présenter à nous cet après-midi. Je ressors de la salle-de-bain, serviette jetée sur l'épaule, les cheveux encore dégoulinants d'eau pour voir Peter passer son tee-shirt par-dessus la tête pour le jeter dans un coin et se diriger droit vers la salle-de-bain.
-Je prends ta place !
-Ok, pendant ce temps je vais chercher à manger, tu veux quoi ?
-N'importe quoi fera l'affaire. Lance-t-il avant de fermer la porte.
Je suis revenu avec le déjeuner. Peter a levé les yeux de son écran d'ordinateur et m'a regardé d'un air grave.
-Will j'avais raison… plusieurs personnes sont mortes dernièrement dans le même immeuble… On a déjà vu un cas semblable à celui-ci…
*-*-*POV PETER*-*-*
-Ne me dit pas que c'est encore cette histoire de fantômes… A maugréé Will.
-Quelqu'un ou quelque chose doit être derrière tout ça, car le cas est étrangement similaire. J'ai dû rater ce détail la première fois, au Wyoming…
-Un détail ? On a très probablement affaire à un meurtrier en série, je n'appelle pas ça un détail moi ! Et puis pourquoi ramener les morts à la vie ? C'est quoi le but ? Demande mon ami.
-Pour les utiliser à des fins pas très nettes, et je crois que j'ai une petite idée sur le genre de monstre qu'on a affaire…
En milieu d'après-midi, nous nous retrouvons tous deux à prendre connaissance des lieux puis à surveiller l'immeuble depuis la voiture, garée de l'autre côté de la route. Je réajuste mes lunettes de soleil et épie l'entrée et les fenêtres, en quête du moindre mouvement ou personne pouvant être suspect.
-On pourrait aller jeter un œil directement, tu ne crois pas ? L'immeuble a l'air abandonné de toute façon. Propose Will, qui s'ennuie comme il ne se passe strictement rien.
-Si on rentre tout de suite par devant, il y a des risques qu'on se fasse griller. Le but est de rester discret. J'explique à mon compagnon.
L'effet de surprise est notre meilleur atout. Il faut l'abord identifier notre cible avant de trouver un plan pour l'arrêter. Will roule des yeux et soupire silencieusement avant de me fixer.
-J'ai une meilleure idée. Me dit-il.
Il rabat sa capuche sur la tête et sort du pick-up sans me laisser le temps de lui donner mon avis. Fort défavorable d'ailleurs.
-Will reviens ! Je siffle mais il traverse déjà la route et s'engage dans une ruelle étroite entre l'immeuble cible et une autre bâtisse.
Je le vois marcher, la tête inclinée est les mains dans les poches de son sweat noir avant de disparaître à l'angle de la rue. Il ressemble à un ado qui va voir un groupe de potes squattant le hall d'un immeuble. Je peste et m'agite sur mon siège sans savoir quoi faire. Deux minutes ou plus s'écoulent pendant que je tergiverse sur l'attitude à adopter. Lorsque je me décide enfin et m'en vais pour le rejoindre, un 'pschht' me stoppe dans mon mouvement et je tourne la tête du côté passager pour voir Will se tenir à la vitre, me faisant signe de venir. Je ne l'avais même pas vu revenir ! Par où diable était-il passé ?
-J'ai trouvé comment entrer sans être vu, suis-moi. Chuchote-t-il.
Sur ces mots il s'éloigne déjà et je sors de la voiture en prenant avec moi un 9mm et la vieille Winchester. Nous faisons un détour et Will nous fait passer par des petites ruelles étroites avant de nous faire entrer dans le bâtiment par une porte de secours. Il fait sombre à l'intérieur et je dois plisser les yeux pour tenter d'apercevoir le bout du couloir et éviter les objets qui traînent par terre. Will a l'air plus à l'aise et me guide sans mal jusqu'à l'autre bout du couloir.
-On est près du hall d'entrée maintenant. A droite ce doit être la porte menant aux sous-sols et en face, on devrait tomber sur les escaliers pour monter au premier. Il m'indique.
-Très bien, allons voir ce qui se trame là-haut, c'est au quatrième qu'il s'est passé des choses étranges selon le voisinage. Je réponds.
Je charge la carabine avec des munitions contenants du gros sel et lui passe le 9mm, qu'il prend à contrecœur.
-Au cas où. Je lui fais.
Nous commençons à avancer prudemment dans l'immeuble désertique. Ce lieu silencieux et sale ferait presque froid dans le dos. Il n'y a rien à signaler jusqu'au troisième étage. Là un craquement se fait entendre. Will et moi nous regardons et d'un signe de tête nous nous mettons en position, moi la carabine pointée droit devant et Will me couvrant. On se stoppe face à la porte d'un des appartements et à trois on l'ouvre en grand. Nous nous retrouvons face à face avec un homme pointant le canon de son fusil sur nous et nous sommes aussi surpris l'un que l'autre. Nous nous fixons dans les yeux pendant au moins une demi-douzaine de secondes, tendus, immobiles, en chiens de faïence. Lorsque soudain, l'homme d'environ cinquante ans, les cheveux et la barbe grisonnante baisse son fusil pour s'exclamer :
-Peter, le fils à Greg' ? C'est bien toi ?
J'abaisse légèrement mon arme pour le regarder, n'en revenant pas.
*-*-*POV WILL*-*-*
Il y a eu un blanc, et j'ai regardé Peter et l'homme tour à tour, interloqué. Pete' était terriblement troublé, ses yeux dorés ne quittant pas ceux du type. Il ne s'attendait certainement pas à cette 'retrouvaille'. Le chasseur en face de nous semblait le connaitre et j'ai comme l'impression que mon ami me cachait encore pas mal de choses sur lui-même, des choses qu'apparemment il n'avait pas du tout eut l'intention de me parler si l'occasion ne se serait pas présentée. Ce n'est qu'après m'avoir raconté son histoire que j'ai compris pourquoi il n'avait jamais abordé le sujet…
*o*o*o*o*
Angel Fire, Nouveau-Mexique, six ans auparavant.
« Quand j'ai été capable de me débrouiller tout seul, je suis parti. J'ai laissé Santa Fe et cette famille qui ne m'aimait pas derrière moi et j'ai filé plus au nord. Mon but était simple : maîtriser mes nouveaux pouvoirs qui apparaissaient au fur et à mesure que je les laissais s'exprimer, découvrir de quoi j'étais capable, apprendre à m'adapter à n'importe quelle situation et surtout survivre. Si j'étais un monstre, j'ai très vite découvert que je n'étais pas le seul. Je me suis rangé du côté des humains quand j'ai vu quelle cruauté pouvait montrer les créatures à leur égard. J'ai commencé à chasser. C'était ma raison de vivre, le but que je m'étais fixé. Car si on ne m'avait pas aidé moi, moi je pouvais aider les autres. J'avais des pouvoirs, autant qu'ils servent pour sauver des gens innocents des agresseurs invisibles.
En même temps, je sentais que quelque chose m'attirait vers l'Est. Mais je n'étais pas encore prêt ! Je devais m'entraîner, me préparer avant de m'aventurer plus loin dans l'inconnu. Je n'étais encore qu'un gosse d'à peine quatorze ans, qui sait ce qui m'attendait là-bas, sur des territoires inconnus ?
A Angel Fire, j'étais en train de chasser du loup-garou. Il y avait un immense parc naturel. Une forêt pleine de promeneurs comme de bêtes sauvages avides de chair fraîche. J'en ai découvert un qui rodait près de la petite ville, trop près même… J'étais caché derrière un buisson, observant la créature qui s'apprêtait à chasser. Je me tenais prêt, arme en main, attendant le bon moment pour frapper. J'ai lancé mon couteau qui fila droit sur le loup-garou et vint se ficher dans son épaule. La bête hurla de douleur et s'enfuit plutôt que chercher à contre-attaquer. Je l'ai regardé partir, déçu.
-Pas mal ! S'exclama une voix qui m'a fait sursauter et prendre une position de défense.
L'homme, un quadragénaire, fusil à l'épaule, m'adressa un sourire amusé. Il se moquait de moi le bougre ! J'ai plissé le nez.
-Non, je l'ai raté. J'ai répliqué.
-C'était bien visé.
-Je visais sa tête.
-Oh. Dans ce cas, il va falloir t'entraîner un peu plus.
-ça m'évitera de perdre des couteaux inutilement comme ça… J'ai marmonné
-Je vais te montrer comment on fait.
Il m'a souri et a fait un signe de tête pour que je le suive. Il s'avança doucement entre les arbres et intrigué, je n'ai pas pu m'empêcher de le suivre, à distance respectueuse. Il s'est accroupi derrière des fougères et je l'ai imité lorsque je l'ai vu lever son fusil. Il n'y avait rien à viser et pourtant il tira et c'est à ce moment-là que j'ai vu une forme s'affaisser plus loin. Je suis resté bouche bée tandis qu'il se relevait et se dirigeait vers le loup-garou qu'il avait abattu d'une balle en pleine tête. Il a arraché le couteau de l'épaule et est revenu vers moi pour me le redonner.
-Et ne le perd pas cette fois. Il m'a fait.
-Co…Comment vous avez fait ? Vous êtes un chasseur ?
-Ouais p'tit gars, je n'étais pas venu là pour chasser ce genre de bête mais bon. Ça en fait un de moins Hein ? Pas bien difficile à traquer, vu que tu l'as blessé il ne pouvait pas être bien loin.
Je l'ai regardé droit dans les yeux, la tête haute, très déterminé.
-Apprenez-moi.
C'était plus qu'une demande, c'était une requête. Le chasseur m'a jaugé du regard un moment.
-A partir de maintenant je serai Maître Gregory, mais je te préviens gamin, si t'es dans mes pattes et que tu ne tiens pas le rythme ça va chier.
L'accord était passé. J'étais devenu son apprenti. Partout où il allait, je le suivais comme son ombre. Oh le bougre n'était pas facile à vivre mais il était très bon. C'est lui qui m'a tout appris, lui qui m'en a fait le plus baver mais grâce à qui j'ai pu progresser. Il savait que j'étais différent, pas complètement 'humain' mais il m'a accepté. Peut-être justement parce que j'avais cette part humaine en moi. On ne restait généralement pas très longtemps au même endroit, il fallait qu'on soit toujours en mouvement. Très vite, j'ai pris l'habitude de camper car Maître Gregory préférait l'isolement aux grandes villes. Sa chasse préférée, c'était la chasse aux sorcières. Il disait que c'était la pire des créatures qu'il lui a été donné de rencontrer. Elles étaient vicieuses, manipulatrices et donc extrêmement dangereuses. Sa phrase fétiche c'était ''Fuc'king Witchies !'' qu'il gueulait ou grognait de sa voix bourrue. On a chassé ensemble pendant quatre ans, principalement dans le sud des Etats-Unis.
Tout s'est compliqué il y a trois ans… Lors d'une chasse qui a mal tourné… »
Le visage de Peter s'est assombrit. Il a fait une pause dans son récit pour regarder le fond de son verre qu'il tournait entre ses mains avant de le finir d'une traite. Le chasseur s'est raclé la gorge.
-Ce n'était pas de ta faute gamin.
-Si. Répliqua sèchement Pete' en fermant les yeux. Tout est de ma faute.
Nous étions tous les trois assis autour d'une table d'un bar en ville, buvant une bière pendant que le brun nous racontait ce passage de sa vie. Nous l'écoutions en silence, attentifs et par respect. Il a poursuivi, partageant avec nous ces terribles moments qui lui avaient torturés l'esprit pendant toutes ses années, gardant ses secrets pour lui tout seul.
« Encore une chasse aux sorcières. Tout avait pourtant bien commencé, on l'avait repéré et on était prêt à l'avoir sans qu'elle ne se doute de rien. C'était à mon tour de me débarrasser d'elle. Maître Gregory me laissait m'en charger moi-même cette fois. Mais lorsque je me suis retrouvé face à elle… Je n'ai pas pu. Impossible de lui tirer dessus. J'étais comme tétanisé, le doigt en suspens à côté de la gâchette. Elle était belle et avait l'air la plus innocente du monde. Comment une femme comme elle pouvait être un tel monstre ? Je ne pouvais y croire. Et le piège s'est refermé sur moi. Elle s'apprêtait à m'embrocher avec ses ongles qu'elle avait fait pousser comme je ne regardais pas. Greg m'a prévenu et s'est jeté sur elle avant qu'elle ne se jette sur moi. S'en est suivi un combat sanglant entre eux… Elle… elle a réussi à… Il est mort…. Parce que je n'ai pas été capable de tirer il est mort à cause de moi. Si j'avais fait comme il l'avait dit, il serait encore là. Mon erreur lui a coûté la vie et jamais je ne pourrais réparer ça. »
-Et tu as disparu dans la nature tout de suite après. Lorsque l'on a appris pour Gregory, on s'est tous inquiété. On se demandait où tu avais bien pu passer.
-Je voulais disparaître. Je ne supportais pas d'être vivant alors que lui était parti. Mais je suppose que c'était ma punition.
-C'est pour ça que tu t'es isolé ? Que tu es allé à Death Valley ? J'ai demandé tout bas.
Il a acquiescé d'un lent hochement de tête. Le chasseur assis avec nous n'a pas eu l'air d'apprécier cette affirmation.
-Greg t'aurais foutu un bon coup de pied au cul s'il avait pu en entendant tes conneries. Tu n'y es pour rien, ce n'est pas la peine de te rendre malade et te laisser mourir au passage. Il n'aurait jamais voulu ça. Tu le connais mieux que moi, tu sais que je dis vrai et ce qu'il dirait lui.
Peter inspira et ne put qu'approuver. Les deux hommes s'étaient rencontrés lors d'une de leurs chasses. Gregory avait un large cercle de connaissances même s'il préférait le travail en solitaire.
-Il t'a choisi toi, tu étais spécial à ses yeux. Je suis sûr qu'il te considérait comme son propre fils.
-Non j'étais juste son apprenti. Le pire-
-Son meilleur et unique. L'interrompit l'homme. C'est ses mots, oseras-tu le contredire ?
-Jamais.
-Bon et cette chasse alors, qu'est-ce que tu comptes faire ? Demande le chasseur
-J'ai ma petite idée. Répond le brun.
-Tu sais ce que ça veut dire…. Tu es sûr de toi ? Je peux m'en occuper sinon.
-Certain. Will et moi on va se charger de cette sorcière.
*o*o*o*o*
Le chasseur est parti et Peter l'a regardé s'éloigner. J'avais le cœur gros après avoir entendu la tragédie ayant frappé mon ami.
-Peter, si tu ne veux pas le faire, je comprendrais très bien. On n'est pas obligé… D'autres chasseurs pourront s'en occuper.
-Il ne faut pas faire de pitié. Lance le brun en faisant volte-face. On fonce et on réfléchit après. Allons-y, il va bientôt faire nuit.
*-*-*POV PETER*-*-*
-Regarde il y a de la lumière là-haut. Murmure Will en m'indiquant l'une des fenêtres éclairée par une lueur faiblarde mais bien réelle.
Nous montons au quatrième étage en passant comme tout à l'heure par les escaliers. L'atmosphère a changé mais aucun fantôme n'apparaît. A un moment je fronce les sourcils et regarde Will.
-C'est toi qui ronronne comme ça ? Je demande.
-Ça va pas la tête ? Il me fait éberlué par cette question impromptue. Bon j'imagine qu'on va encore devoir chercher des petits objets à brûler ? Génial. Il grogne pour changer de sujet. Heu… Pete' je croyais qu'on devait être discret. Me fait-il remarquer comme il me voit défoncer une porte pour continuer mon chemin.
-Pas la peine. Si elle est là, elle nous a déjà repérés.
Je traverse la pièce sombre à grands pas, sans me cacher, avec Will sur mes talons quand un rire nous parvient dans notre dos. Will et moi nous retournons et nous découvrons une jeune femme aux longs cheveux châtain foncé bouclé léviter au centre de la pièce. Elle atterrit devant nous, un grand sourire aux lèvres. Une fois de plus je reste muet de stupeur.
-Vous voilà à nouveau, quelle agréable surprise. Nous dit-elle et je reconnais sa voix entre mille.
-….Scarlett ?!
La fille du bar au Wyoming. Celle avec qui j'ai flirté le soir où j'ai rencontré Will et d'ailleurs grâce à qui j'ai pu tomber sur lui….
-Eh oui, j'ai donné mon vrai nom, contrairement à vous. N'est-ce pas James, ou plutôt devrais-je dire Peter ?
Elle pose ses mains sur ses hanches et nous regarde en relevant le menton d'un air fier et prétentieux. Will tire une tête du genre 'attends, tu la connais en plus ?'
-Et lui c'est ce cher Will allergique.
-Comment elle sait nos- commence Will.
Je me suis posé la même question mais la réponse s'est imposée à moi presque aussitôt… Scarlett m'observe avec un petit sourire malicieux, devinant le cheminement de mes pensées.
-Le chat. Je dis simplement. C'était toi, le chat gris de la maison hantée, toi que j'ai emmené. Tu as tout entendu de nos conversations dans le pick-up, avant qu'on ne te laisse au Nebraska !
-Très passionnants vos histoires d'ailleurs, j'aurais bien aimé connaitre la suite. Dommage que Will n'aime pas les poils de chat. Soupire exagérément Scarlett, presque déçue en regardant mon compagnon.
J'hallucine complètement, cette sorcière peut se transformer en chat, et elle nous a suivis comme ça, sans que je me rende compte de rien !
-Tu nous as espionnés… et après quoi tu comptais nous tuer ? L'interrogea Will en grinçant des dents, la menaçant toujours de son pistolet.
-Oh non ce n'était pas vraiment mon intention. Mais vous avez ruiné tout mon travail au Wyoming ! Alors qu'est-ce que je pouvais bien faire d'autre ? Il fallait bien que je trouve une occupation, et je dois dire que vous êtes vraiment divertissant. Avoua la jeune femme en… me matant ouvertement ? Comme ce soir où elle me faisait presque du rentre dedans. Je déglutis et tente de penser à autre chose.
-Et c'est aussi pour ça que tu as recommencé ton 'travail' ici, tu t'ennuyais de nous ? Je fais, ironique.
-Hmm~… peut-être ?
-Tu es tombée sur les mauvaises personnes. Je l'informe en chargeant mon arme.
-Et vous, vous n'auriez jamais dû venir vous mêler de ça. Elle gronde.
Son beau visage est devenu brusquement plus froid et cruel. Le vrai visage de la sorcière. L'atmosphère s'est alourdie et une aura noire et rouge s'est dégagée d'elle. Elle s'est soulevée à nouveau du sol, ses longs cheveux flottants eux aussi dans l'air électrifié.
-Venez à moi. Ordonna Scarlett en levant les bras à hauteur d'épaule.
Une dizaine de fantômes sont soudain apparus tout autour de nous, effrayants et visiblement de très mauvaise humeur… Nous nous sommes jetés tous les deux dans la bataille, et on a été très vite submergés par ces esprits de malheur qui nous tombaient dessus en traversant le plafond, le parquet, les murs… Scarlett nous défiait de nous défaire de sa petite armée comme la première fois. J'avais l'impression qu'elle avait ramené tout l'immeuble d'entre les morts tellement ils étaient nombreux. Will avait apparemment une idée car il m'a crié de le couvrir avant de foncer hors de la pièce, aussitôt suivit de trois esprits. Il a commencé à déverser du sel sur le sol tout autour de la salle où on se trouvait afin de piéger ceux à l'intérieur et garder éloignés ceux à l'extérieur du cercle. Ça lui permettait de chercher les objets qui empêchaient les morts de partir si Scarlett les avaient cachés. Pendant ce temps, je pouvais me concentrer sur la sorcière. Lorsque j'entrevu une faille dans sa défense j'ai foncé sur elle mais elle m'a aussitôt repoussé par la télékinésie et j'ai atterrit dans le débarras en traversant littéralement la porte. Scarlett s'est approchée comme elle ne me voyait pas me relever. J'étais en train de réciter un exorcisme et quand elle l'a compris elle n'a pas eut le temps de m'arrêter. Je me suis relevé d'un bond, la main tendue vers les esprits malfaisants et j'ai récité les derniers mots pour que l'exorcisme fonctionne et les renvoie dans l'au-delà. Ils ont disparu dans un nuage de fumée tandis que Scarlett criait un NON ! Les yeux écarquillés de stupeur. Il ne restait maintenant plus qu'elle et moi. La jeune femme s'est très vite repris, en colère et s'est élancée vers moi pour me combattre au corps à corps. Will a accouru quelques secondes plus tard après avoir brûlé les objets retenant ici les autres fantômes restants. Je me trouve à présent au-dessus de Scarlett, la plaquant au sol et l'immobilisant avec un couteau sur la gorge.
-Pete'… ?
-Tu peux y aller Will, je veux m'occuper d'elle… seul. Je déclare en appuyant sur le dernier mot.
Il hésite mais je lui assure que ça va aller du regard et il hoche la tête avant de sortir lentement de la pièce. Une fois seuls, je me reconcentre sur la jeune femme. Elle bouge la tête, la position étant inconfortable mais mes muscles restent tendus et je ne desserre pas la prise que j'ai sur ses poignets, le poids de mon corps sur le sien et la lame appuyée contre sa gorge.
-Alors, tu préfères le bûcher ou que je t'étrangle en te faisant avaler une pelote de laine, chaton~ ? Je fais avec ironie.
-Et si tu me serrais juste contre toi Hein ? Tu es plutôt du genre romantique non ? Me suggère la brune avec ses grands yeux charmeurs et son sourire de séductrice malgré les tâches de sang qui colorent sa joue, dues au coup de poing que je lui ai donné un peu plus tôt.
Je ne suis pas en meilleur état non plus, je me suis ouverts l'arcade sourcilière en atterrissant dans le débarras et du sang tache mes habits déchirés, sans compter les bleus que j'ai dû me faire en me cognant un peu partout et dans notre lutte.
-Pourquoi tu as fait ça ? C'est quoi la raison pour laquelle tu as tué tous ces gens ? Je crache, parce que j'avais besoin de savoir et comprendre ses motivations, aussi morbides soient-elles.
-Ce n'est pas moi qui les ai tués. Me répond Scarlett d'une voix blanche en fixant mes lèvres plutôt que mes yeux.
-Ne me mens pas ! Je grogne en l'obligeant à me regarder. Tu es un monstre, voilà ce que tu es.
-… Je suis née comme ça, je n'ai pas choisi d'être une sorcière. Tu crois qu'on peut renier notre vraie nature ? Tu crois que les autres membres de la famille me laisseraient partir si je le voulais ? Que je ne serais pas obligée de faire ce qu'ils me demandent de faire ? Toi, tu me traites de monstre mais toi, tu ne sais même pas qui tu es. Comment peux-tu me juger ?
Ses paroles me percutent de plein fouet, les mots sont crus mais vrais, et je m'arrête de respirer pour la considérer. Mais peu importe, elle a fait du mal c'est tout ce compte, et elle ne peut pas en ressortir vainqueur, ni même vivante. Elle est dangereuse et elle recommencera si je ne l'arrête pas. Je ferme les yeux et inspire. Elle ne bouge plus, attendant simplement que ça se finisse. Elle sait qu'elle n'a plus d'échappatoire.
*-*-*POV WILL*-*-*
L'immeuble est redevenu silencieux. J'attends au bout du couloir, appuyé contre le mur les bras croisés que Peter en finisse avec cette sorcière de malheur. Au bout d'un moment, j'entends un bruit de fracas comme des meubles en bois qui tombent et un cri féminin, celui de Scarlett et puis plus rien. Je suis tendu, le souffle court jusqu'à ce que la porte s'ouvre et que Peter n'en sorte. Je me redresse soulagé et attends qu'il me rejoigne. Son visage est fermé et je remarque les traces de sang le long de son cou et sur ses vêtements ainsi que le couteau dégoulinant de sang qu'il tient à la main. Nul doute que cette épreuve a dû être difficile pour lui et je compatis. Nous quittons les lieux sans un mot et sans nous retourner.
A quoi ressemble Scarlett à part un chaton noir : Danielle Campbell ou Ellen Page.
Cette histoire de fantômes ou plutôt de sorcière est enfin réglée... Peter et Will vont pouvoir se reconcentrer sur leur quête principale prochainement dans : Secrets & Mensonges (II). Can't Hide.
"Illinois.
-COUUUURS ! Hurle Peter.
Nous dévalons les escaliers et percutons la porte de plein fouet pour l'ouvrir avant de courir comme des fous à travers les couloirs, essayant de trouver une sortie pour échapper à notre poursuivant…"
