Bonjour et bonsoir à tous, voici le douzième chapitre.

Je ne m'étends pas plus et vous souhaite une bonne lecture !

POV :Peter

musique :Paint It Black - Ciara. (OST de The Last Witch Hunter, ça va parfaitement bien pour Peter.)


Secrets & Mensonges (II).Can't Hide.

Springfield, Illinois.

-COURS ! Hurle Peter.

Nous dévalons les escaliers et percutons la porte de plein fouet pour l'ouvrir avant de courir comme des fous à travers les couloirs, essayant de trouver une sortie pour échapper à notre poursuivant…

*o*o*o*

Nous avons fait mouvement vers l'Illinois. Il se trame quelque chose là-bas selon l'ami de Maître Gregory. Il m'a appelé ce matin pour prendre de nos nouvelles et nous dire qu'il y avait du grabuge non loin de Chicago. Les orages, les chutes de tension, le bétail qui meurt mystérieusement, tout porte à croire qu'il a une présence accrue de démons et donc que cela pouvait nous intéresser. De plus, je me sentais inextricablement attiré là-bas. Quelques heures de voiture nous ont suffis pour atteindre l'État. J'ai frissonné en sortant de l'habitacle, le temps se rafraîchissant franchement. Je suis un peu dégoûté. Il ne me reste que quelques tee-shirts légers, mes chemises étant toutes irrécupérables car pleines de sang et déchirées. Voyant que je croise les bras pour me protéger du vent, Will m'interpelle et me lance un de ses pulls à lui. Je le remercie avant de l'enfiler. Ce n'est pas trop mon style mais c'est mieux que de se trimbaler en ville avec de vieilles loques toutes crades qui risque d'effrayer les belles jeunes femmes et au moins, je ne risque pas de chopper la crève.

-Dis, tu écoutes ce qu'on te dit des fois ? Je rouspète. Je croyais t'avoir dit de ne pas boire dans ce flacon !

J'arrache le récipient des mains de Will alors qu'il en prend une gorgée avant qu'il ne me la vide complètement. Il m'énerve ! Il le fait exprès ou quoi ? C'est la deuxième fois qu'il me fait le coup !

-Tu ne m'as toujours pas dit à quoi ça te servait. Répond-t-il simplement, sans prendre la peine de s'excuser.

-C'est de l'eau bénite et c'est pratique contre les démons ! Ça ne les tue peut-être pas sur le coup mais ça les déstabilise. C'est comme le sel pour les fantômes, ils y sont sensibles.

-Et comment tu reconnais un démon ? Je veux dire… à quoi ils ressemblent vraiment ?

-C'est simple, au lieu de boire de l'eau bénite mon cher Willou, balances-en sur un humain et tu verras tout de suite si c'est un démon ou non -leurs yeux tournent au noir. D'ailleurs tu crois que c'est vraiment comme le sel ? Ça porte chance si on en jette par-dessus son épaule ? Je me demande soudain, en me disant qu'on aurait bien besoin d'un peu de chance dans nos recherches.

-Heu…. Fait Will pas très convaincu. Et après tu dis que je gaspille… ?

Je hausse les épaules et tente l'expérience, jetant par-dessus mon épaule un peu de liquide de la flasque. Je n'ai pas vu l'homme qui passe derrière moi à ce moment. Il se prend les gouttes d'eau bénite sur le visage et j'entends hurler. Je me retourne, surpris et je vois l'homme commencer à courir en criant de douleur, la peau où il a été éclaboussé fumant ! Will me regarde estomaqué.

-Ça par exemple…. C'est un démon ! Je lui fais en désignant le type qui s'enfuit en gesticulant comme s'il était possédé. Oh pardon, c'est un peu le cas. Jeu de mot à part, si ça ce n'est pas un coup de chance, je ne sais pas ce que c'est.

-Quel… hasard. Acquiesça Will, les sourcils bien hauts sur son front. Et nous ça ne nous affecte pas ?

-T'étais pas en train de brûler de l'intérieur après en avoir bu à ce que je sache, regarde, moi non plus ça ne me fait rien ! Je m'exclame en versant deux gouttes sur ma main gauche. Main qui se met alors à me picoter et la chair à fumer légèrement.

-Aïe. Je lâche en grimaçant, surpris.

-…

-...

Je reste muet en regardant ma main avec horreur…

C'est quoi ce délire ?

*o*o*o*o*

Nous avons essayé de retrouver le démon qui avait pris malencontreusement mon eau bénite en pleine tête mais nous n'avons pas réussi à le dénicher. Notre fameuse chance légendaire s'arrêtait au pur hasard et je n'allais sûrement pas retenter l'expérience sur tous les gens de la ville pour trouver les autres s'il y en a. Il me faudrait une pluie d'eau bénite pour ça.

-A ton avis, pourquoi ils sont ici ? Demande Will.

-Aucune idée. C'est pour ça que j'aimerai bien en chopper un pour lui soutirer les informations. On ferait bien de se séparer pour aller glaner des infos en ville en laissant traîner une oreille discrète. Tâchons juste de ne pas nous faire remarquer.

-Ça marche.

*o*o*

L'après-midi m'a paru long. J'ai traîné dans la rue jusque tard. Il faisait presque déjà nuit et je n'avais même pas trouvé la cause de la présence des démons ici... Car impossible d'en trouver un ! Je rebrousse donc chemin pour retrouver Will au pick-up. Sur ma route, une silhouette se déplace rapidement dans la pénombre avant de traverser le passage piéton pour rejoindre le trottoir de l'autre côté de la chaussée. C'est le démon de tout à l'heure ! Je m'élance vers lui pour le rattraper et le stoppe d'une main sur l'épaule.

-Hey toi ! Je fais et l'homme se retourne alors.

Il me lance un regard surpris puis très vite agacé d'être abordé de la sorte. Ses yeux sont normaux. Ils ne passent pas au noir d'encre comme ils le devraient en ma présence. Oups, mauvaise personne. J'enlève ma main de son épaule.

-Excusez-moi... Je me suis trompé... Je balbutie, gêné.

L'homme d'affaire plisse le nez de façon hautaine et continue son chemin. Je me renfrogne et mets la main dans mes poches, tournant les talons pour rejoindre mon ami qui m'attend déjà.

-Tu en as mis du temps. Il me fait remarquer.

-Mouais... Y'a rien. J'ajoute comme il attend que je lui dise si j'ai vu quelque chose.

-Ton pote chasseur s'est peut-être trompé lorsqu'il nous a donné ces informations.

-Ou alors ces saloperies de démons ont déjà mis les voiles. Je suggère.

-Tu penses qu'ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient ? Demande Will.

-Possible, et alors on a un train de retard... Je grogne.

Je nous ai trouvé un motel non loin de Springfield où passer la nuit. Une fois les deux chambres payées, je tends à Will sa clé. Il me dévisage avec un air confus.

-Tu disais que je ronflais trop.

-Et donc j'ai le droit d'avoir ma propre chambre pour avoir une nuit complète ?

-Profites-en alors.

Il prend la clé puis nous nous dirigeons ensuite vers nos chambres respectives. Je m'étale sur le lit et laisse mes pensées dériver un moment. Je grommelle comme je m'ennuie trop rapidement quand c'est trop calme et que je n'ai rien à faire. Je me relève d'un bond et ressort de la chambre pour entrer dans celle de mon partenaire. Will est en train de se raser dans la salle de bain et il ne m'a pas vu.

-Ouah, tu ressembles vraiment à un garçon juvénile comme ça.

Il sursaute et manque de se couper la joue avec le rasoir en se retournant d'un seul mouvement. Moi, je suis juste allongé sur son lit en train de me moquer de lui gentiment.

-Oh oui, je confirme, t'as une tête de bébé, sans poil sur les joues.

Je me retiens à peine de pouffer. Il repose le rasoir sur le lavabo et ses yeux bleus me lancent des éclairs.

-Je peux savoir ce que tu fous là ?

-Pourquoi tu t'es rasé ?

Il roule des yeux et se passe un coup d'eau sur la figure pour enlever la mousse qui reste.

-Je te manque déjà pour que tu viennes m'importuner, sans t'annoncer et en squattant mon lit au passage ? Et je ne te demande même pas comment tu as fait pour ouvrir la porte.

-C'était juste pour savoir si t'aurais du shampoing. Y'en a pas dans ces fichus motels.

Tout en demandant, je rampe sur le lit pour atteindre le sac de voyage du brun et fouiller dedans sans vergogne. J'en sors un tube de gel douche.

-Fruits Rouges ? Sérieusement mec ? Déjà que sans ta barbe t'es moins viril- Je commence mais il interrompt vite ma raillerie.

-Oh la ferme. Prends ce dont tu as besoin et sors, je compte bien profiter de cette soirée sans que Monsieur le railleur vienne me casser les pieds.

-Ouais, bon je te pique ça quand même ma petite Willou qui se douche avec des trucs de filles.

-Moi au moins je me lave et je sens bon. J'ai pas l'odeur du cambouis ou de la poudre en fin de journée.

-Je ne t'entends pas~ ! Je chantonne en retournant à ma chambre.

-D'ailleurs tu ferais mieux de lâcher cette caisse toute pourrie avant que ce ne soit elle qui te lâche ! Il s'exclame dans mon dos.

-Je ne t'entends toujours pas ! Je m'écrie depuis le bout du couloir.

J'adore le faire rager. Je crois qu'il n'a pas fini de me détester, surtout après ce que je m'apprête à faire. Car il ne reste qu'une solution si on veut comprendre ce qui se passe avec ces démons ici... En sortant de la douche, après m'être rhabillé et avoir regagné la chambre, mon regard se pose sur mon sac d'où dépasse le livre que Malia possédait...

*o*o*o*o*

-Je ne dis pas qu'on doit abandonner mais regarde, ça ne nous mène nulle part ! Alors je pensais- Commence Will.

-Tu pensais que quitte à gaspiller notre temps, autant le faire pour quelque chose d'utile. J'ai compris. Je complète alors.

Tout en marchant dans la rue, Will argumente. Il aimerait repartir à l'Ouest afin de récupérer son coffre... Ce que je peux parfaitement comprendre. Il a entreprit ce voyage avec moi précisément dans ce but. Il a envie de savoir. C'est même devenu un besoin pour lui, comme pour moi. Même si là, j'accorde un peu plus d'importance à cette histoire de démons avec Malia.

-Imagine ce qu'on peut trouver dedans ! On pourrait peut-être découvrir qui sont nos vrais parents ! Ou au moins quelque chose pouvant nous guider sur ce point.

-Ouais… bien sûr…

-Peter. Qu'est-ce que tu t'es fait au bras ? Demande soudain le brun.

Je m'arrête et baisse les yeux sur le bandage entourant mon avant-bras.

-Justement, j'allais te parler de ça. Je dis en soupirant.

Un grognement sinistre nous parvient dans notre dos, à une dizaine de mètres de là, derrière des containers alors que je suis en train de sortir le livre de ma poche, celui où l'on avait retrouvé le sang de Malia sur une des pages. Will me dévisage durement. Il devine sans difficulté ce que j'ai fait, quelques heures plus tôt.

-Peter, qu'est-ce que tu as fait encore ?

Dans le coin sombre de la rue se dessine la silhouette d'une bête monstrueuse, aux yeux rouges démoniaques assoiffés de sang.

-….COUUUURS ! Je hurle à Will.

Nous détalons aussi vite que nous le pouvons. Dans ce coin paumé de la ville, nous sommes seuls avec sur nos talons une créature féroce prête à se jeter sur nous toutes griffes et crocs dehors…

-Il faut qu'on le sème ! Je crie.

-Non tu crois ?! Me lance Will. On a juste Cerbère à nos trousses !

-Non, pas Cerbère ! Pire que ça… Un chien des Enfers ! Je lâche sombrement.

Mon ami râle et je bifurque dans une des ruelles en l'entraînant avec moi. Nous nous engouffrons dans un bâtiment et fermons la porte derrière nous mais le chien fonce dessus et nous sommes obligés de nous enfuir à travers le dédale de couloirs, dévalant les escaliers et donnant ensemble des coups d'épaule dans les portes fermés sur notre chemin. On ressort enfin à l'air libre et on se précipite pour refermer cette porte de sortie au nez de la créature. Will la barricade à l'aide d'une longue barre en métal et j'étale du sel au pied de la porte. Le chien grogne et commence à gratter derrière. On reprend enfin notre souffle.

-Bon sang mais qu'est-ce qui t'a pris ?! Me gronde Will.

-C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour comprendre ce qui est arrivé à Malia ! J'explique précipitamment.

-Mais bien sûr ! Autant se jeter dans la gueule du loup tout de suite !

-C'était la seule façon ! C'était tout réfléchi ! Je réplique pour ma défense. Si on ne peut pas aller jusqu'à eux, il suffit de les faire venir jusqu'à nous. Je souris, victorieux.

-C'est l'idée la plus débile que t'as jamais eue !

-Au moins ça a marché ! Un peu de sang sur le même symbole que Malia et hop ! Je ne m'attendais juste pas à ce que ça soit un Chien des Enfers…

-Tu vas avoir du mal à le faire parler celui-là Hein. Se moque Will.

J'aperçois le sel rouler sur le sol, le souffle du Chien sous la porte le dispersant et brisant la ligne protectrice.

-Oh merde… ça ne le retiendra pas longtemps ! On se barre ! Je déclare.

-Il faut qu'on retourne au motel, toutes nos armes sont là-bas ! S'exclame mon ami.

-Non, c'est trop dangereux. Trouvons-nous un endroit sûr d'abord.

-Y'a pas un moyen pour se débarrasser de ce truc ?!

-Aucune idée ! Je fais.

-hggrr… toi et tes idées à la con, je te retiens ! Peste-t-il alors que nous courons à fond et ce, le plus loin possible de la créature.

*o*o*o*o*

Nous nous trouvons dans une vieille usine abandonnée, de l'autre côté de la ville. On est à l'abri ici, du moins pour l'instant. On en profite donc pour souffler. Will est lessivé à en voir par sa tête, il s'assoit une minute pendant que j'inspecte les environs.

-Si on n'a pas de quoi nous protéger, comment on va faire pour ne pas se faire tuer par ce "Chien des Enfers" et éviter l'aller simple pour le monde inférieur maintenant ? Me demande-t-il.

-Normalement ces bêtes-là ne s'arrêtent que lorsqu'elles ont récupérer l'âme cible. Mais je ne crois pas qu'on a à s'inquiéter sur ce point...

-Tu te fous de moi ? Ce truc allait nous bouffer !

-Tu ne comprends pas, ce que je veux dire c'est que s'il avait vraiment cherché à prendre notre âme pour l'emmener en Enfer, on serait déjà mort. Et Malia aussi. Or on sait très bien que ce n'est pas le cas.

-Malia s'en serait débarrassé ? Propose le brun.

-Peut-être... Ou peut-être pas... Je crois qu'il est juste là pour nous traquer. La cavalerie va arriver après. En tout cas, on sait par mon expérience que c'est avec le sang de Malia qu'ils ont réussi à la trouver...

-Et maintenant c'est ton sang qu'ils ont !

-C'est pas grave ça Will.

-Mais bien sûr que si ! Tout à son importance ! S'emporte mon ami en se relevant, contrarié parce qu'il pense que je prends tout ça à la légère.

Le néon -le seul qui marche dans cette usine désaffectée- se met à grésiller.

-Will... Dis-moi que c'est toi qui as fait ça...

-Ne change pas de sujet, bon Dieu ! Râle celui-ci avant de s'immobiliser à quelques mètres de moi, devenant alors anormalement silencieux.

Je me tourne complètement pour suivre son regard. Dans la pénombre on nous observe. Face à moi, la silhouette d'une démone et en regardant sur les côtés du coin de l'œil, quatre autres d'entre eux. Nous sommes encerclés. La cavalerie hein ? Ça me déçoit, ils ne sont que cinq ! Je sers la tige de métal que j'ai ramassé juste avant dans ma main, les défiant du regard. Le premier à s'élancer vers nous sonne le début du combat. Je riposte et déjà deux autres s'élancent à sa suite. Je joue au corps au corps, usant de quelques ruses pour les faire reculer et les affaiblir : de l'eau bénite sur mon arme, du sel sur mes mains… qu'ils s'approchent et ils brûleront sur Terre comme en Enfers ! Will aussi fait de son mieux pour les repousser et il est clair qu'il puise sa force dans la rage contenue jusqu'à présent car il est sans pitié et donne tout ce qu'il a. Cependant, je ne m'attendais pas à ce qu'il en ait aussi marre de toute cette histoire. Alors que je repousse une énième fois un démon plutôt coriace, je sens l'air se charger en électricité et je me retourne vers la cause de ce changement d'air.

-ÇA SUFFIT… Gronde d'une voix sourde et dangereuse Will.

Je fronce les sourcils en voyant les yeux de mon ami s'illuminer pour passer à un bleu phosphorescent surnaturel. Il est immobile au centre de la pièce, son corps entouré d'une aura elle aussi bleutée et je peux sentir toute la puissance qui se dégage de lui. Même les démons se sont figés, observant avec stupeur et une crainte assurée cet étrange phénomène qui est en train de se produire sous leurs yeux. Will ne rigole plus du tout. A bout de nerf et fatigué, il veut qu'on le laisse tranquille et la seule façon d'arrêter nos attaquants c'est de laisser ses émotions le gagner pour libérer ses pouvoirs. Et ça marche car je vois soudain dans son dos s'étirer une forme que je reconnais sans mal alors que dehors, l'orage et la tempête font rage, la pluie et le vent battants sur le toit de la vieille usine abandonnée...

Je ne les avais jamais vues auparavant. Will ne me les avait jamais montrées. J'ose à peine respirer, les yeux écarquillés par la vue incroyable que j'aie de ces deux grandes ailes noires si puissantes et majestueuses qui sont apparues dans son dos. Mais je n'ai pas le temps de m'extasier plus, Will sert les poings et déploie ses ailes avant de disparaître dans un halo de lumière aveuglant qui me fait plisser les yeux. Je suis obligé de mettre mon bras devant le visage pour me protéger de cette vague de puissance qui déferle de Will et j'entends tous les démons hurler et disparaître dans la lumière sacrée, sûrement détruits en même temps. Lorsque enfin la lumière diminue en intensité pour s'éteindre totalement, je constate que je n'ai rien, pas même une égratignure alors que tous les démons eux, sont réduits en poussière. Will n'a pas bougé, ses ailes sont redevenues invisibles et il essaie de se calmer en contrôlant sa respiration, les yeux dans le vague.

-Will… Je fais prudemment en avançant lentement vers lui. Il ne faut pas rester là….

Très lentement et avec douceur pour ne pas le brusquer, je pose une main sur son épaule et il relève les yeux vers moi tout à coup comme si je l'avais réveillé d'une transe. Je le fixe avec un regard se voulant rassurant et attend sa réponse. Il finit par hocher la tête plusieurs fois en soupirant un coup, encore un peu sonné.

-Aller viens… Je fais en le guidant d'une main dans le dos vers la sortie.

*o*o*

Will s'est effondré sur son lit à l'instant où nous sommes rentrés dans la chambre du motel. Il était complètement vidé. Je reste silencieux en fixant le dos de mon ami. Son corps maintenant détendu se soulève légèrement à chacune de ses inspirations. Je ne l'ai jamais vu aussi énervé. J'ai la preuve maintenant qu'il ne faut pas trop le faire chier si vous ne voulez pas qu'il déchaîne sa fureur sur vous. Sa force est phénoménale et dévastatrice. Je peux désormais imaginer sans peine quel sort Malia a fait subir aux démons qui s'en sont pris à elle. Toutefois, je doute que nous en avons fini avec ces créatures de l'Enfers. Je doute fort que ce qui s'est passé ce soir –la violence avec laquelle Will s'est débarrassé d'eux- ne va pas passer inaperçu. D'autres voudront très probablement comprendre ce qui s'est produit et rappliqueront ici sans tarder. Et cette fois, on sera là pour les cueillir. Nous serons prêts.

Le lendemain, nous sommes donc retournés à l'usine délabrée. Will a bien récupéré. Quand il s'est levé je lui ai expliqué calmement pour ne pas qu'il s'emporte à nouveau qu'il était nécessaire que l'on y retourne et que j'avais un plan cette fois. A ma grande surprise, il ne s'est pas opposé et n'a même pas bronché. Au contraire, il semblait partant et affichait un air calme et réfléchi, plus sûr de lui. Est-ce d'avoir montré son vrai visage, sa vraie nature, hier soir que mon Willou m'apparaît si différent, comme transformé ? Lui qui refusait de se joindre à moi dans mon périple est maintenant prêt à se battre pour retrouver nos origines ? Quoi qu'il en soit, nous voici revenus sur nos pas, avec nos armes et avec une longueur d'avance.

-Tout est prêt ? Me demande Will.

-Ouais. S'il y en a qui se pointent, ils vont être accueillis comme il se doit. En attendant, allons vérifier l'autre partie de l'usine.

Nous traversons avec prudence arme en main une partie des bureaux de l'aile est. Ceux-ci sont sombres et poussiéreux et des tas de papiers jonchent le sol. Tout est silencieux jusqu'à ce que nous entendons des bruits de pas précipités se diriger vers nous. On a à peine le temps de se mettre en position que plusieurs personnes déboulent dans la pièce, fonçant droit sur nous. Les yeux de la première personne tournent au noir.

-Des démons ! Je crie et Will tire aussitôt sur la créature.

La balle vient se loger dans l'épaule du démon qui grimace mais ne s'arrête pas pour autant. Il continue de courir et passe devant nous sans même nous adresser un regard, comme si nous n'étions pas là. Deux autres font de même et Will et moi restons hébétés l'espace d'un instant.

-Pourquoi ils fuient comme ça ? Je souffle, interdit.

-Rattrapons-les ! Propose Will. S'ils passent par l'entrepôt ils vont tomber sur nos pièges et on pourra les coincer.

Je grogne. Pourquoi est-ce que mes plans tombent toujours à l'eau ?! Il passe le fusil en bandoulière et se met à les poursuivre à travers les bureaux. Je le suis de près quand derrière moi j'entends quelque chose s'écrouler et je me retourne pour voir un des bureaux en bois se fracasser en mille morceaux sous le poids de deux personnes. Un homme au-dessus d'un autre le tenant par le col enfonce sa lame dans sa poitrine. Aussitôt débarrassé du démon, il se relève d'un bond et s'élance en avant pour rattraper les autres. Des chasseurs ?! Non ?! Mais bordel, qui est ce type ?! Je me demande avant de me décaler juste à temps pour ne pas être sur son passage. Puis comme il rattrape Will qui est juste devant, je crie pour le prévenir.

-Attention WILL !

Mon ami se retourne et plonge sur le côté juste à temps pour éviter un coup de couteau dans le dos. S'ensuit ensuite un combat au corps à corps entre Will et le grand type brun élancé et adroit, maniant son couteau avec dextérité. Pas de doute que celui-là a de l'expérience, ce qui le rend encore plus dangereux que les autres démons qu'il chasse et qui apparemment le fuit... Will arrive à contrer ses coups en le bloquant grâce à ses avant-bras et il arrive à le faire passer par-dessus lui pour le faire tomber au sol. Mais celui-ci se relève très vite, continuant à l'attaquer sans relâche. A un moment, l'autre homme semble se rendre compte de quelque chose et s'arrête dans son élan, ce qui permet à Will de lui balancer une droite en plein visage. Son adversaire réplique d'un coup de pied dans le ventre pour le faire reculer.

-Dégage ! Peste l'inconnu.

Au lieu de ré attaquer, il profite que Will soit plié en deux, le souffle coupé pour s'en aller en direction de l'entrepôt.

De mon côté, je sens une nouvelle présence derrière moi et par réflexe j'attrape la personne pour la plaquer contre le mur. C'est une jeune femme aux longs cheveux châtain foncé et ondulés, portant des habits noirs qui me repousse aussitôt d'un coup de pied dans le ventre. Elle aussi a un couteau, une lame bien aiguisée que je m'empresse d'esquiver en l'attrapant par le bras.

-Oh non, ça ne va pas se passer comme ça. Je préviens.

Elle essaie de se défaire de mon emprise autour de son poignet en faisant de grands mouvements mais je réussis à lui faire lâcher le couteau qui tombe un peu plus loin au sol avant qu'elle n'arrive à me faire lâcher prise. Je n'ai pas le temps de comprendre ce qui m'arrive, que je me fais envoyer balader et atterris contre une poutre, mon dos s'indignant contre le dur traitement reçu. Je parviens heureusement à me mettre derrière avant qu'un coup de poing violent vienne fracasser la poutre, laissant un creux en son centre. Je suis sidéré ! Mais pas le temps de m'en remettre, je vois qu'elle a tourné son attention sur le couteau et passe par-dessus les bureaux pour aller le récupérer. Je me dépêche de la rattraper avant mais la jeune femme est rapide. Elle me piège et se retourne au dernier moment alors que je lui fonce dessus et c'est moi qui me retrouve à terre sur le dos. Je grogne et me retrouve avec la brune au-dessus de moi après qu'elle ait récupéré sa maudite lame. Elle s'en va définitivement pour me tuer mais stoppe son geste en fronçant les sourcils.

-Mais... Tu n'es pas l'un d'entre eux. Remarque-t-elle en regardant mes yeux avec attention.

Je profite de ces précieuses secondes de déstabilisation pour attraper sa main armée. Et au moment où notre peau entre en contact, c'est comme si une décharge électrique nous parcourt et un flash nous assaille tout à coup. Elle hoquette sous la surprise et la violence du choc que cela provoque sur notre organisme et notre esprit. J'en ai moi-même le souffle coupé. Dans ma tête, comme sûrement dans la sienne, des rires me parviennent distinctement ainsi que des images, des scènes que je ne reconnais que trop et lesquelles je ne saurais oublier… Je fixe la jeune femme, frappée par cette révélation soudaine mais je suis interrompu dans ma contemplation.

-Shannon ! Où tu es ? Dépêches-toi, il en reste deux ! Crie la voix masculine de l'autre type depuis l'entrepôt.

La jeune femme au-dessus de moi relève la tête et Will accourt au même moment dans la pièce où nous nous trouvons. Il s'arrête par sécurité à quelques mètres de là comme la brune me menace toujours de son arme même si son geste est resté en suspens. Finalement, après avoir hésité une seconde elle se lève en soupirant d'agacement et prend la poudre d'escampette sans même un regard en arrière. Je me redresse et Will se précipite sur moi pour m'aider à me remettre debout.

-Hey Pete' ça va ?

-Ouais ouais… je grogne, distrait.

-J'ai du mal à croire ce que je viens de voir. Toi, te faire avoir par une fille ! ... Heu, tu es sûr que ça va ?

Je me tourne vers mon ami, très sérieux.

-Will, c'était ma sœur...


L'apparition soudaine de la sœur de Peter laisse les garçons perplexes... Vous en saurez plus la semaine prochaine dans Secrets & Mensonges (III). Forgiven Not Forgotten :

"-Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?

-Tu ne m'aurais pas cru si je te l'avais dit..."

La fin de la première partie de cette fanfiction, "The Lost Sons", approche. ça va bouger un peu plus dans la seconde partie, qui contiendra treize nouveaux chapitres à la suite des treize premiers.

A bientôt !