Bonjour à vous.
Je vois que vous avez apprécié Matt et j'en suis ravie ! Il apporte un peu de piquant à la Team Nephilim.

Aujourd'hui... un nouveau personnage OC va faire son apparition. Promis promis c'est la dernière, j'arrête là pour les POV ! J'espère que son histoire vous intéressera tout de même. Et vous retrouverai aussi un personnage de la série.

Merci pour vos adorables reviews et bonne lecture.

Music : Adele - Set Fire To The Rain.


Nouveaux Ennemis (III). Reason To Flee.

Floride, bord de mer. Deux ans auparavant.

Une existence de rêve. La plage de sable fin, la mer et ses vagues qui attirent les surfeurs, une chaleur quasi-tropicale, des baraques en bois sur pilotis pittoresques, et des jeunes qui font la fête jusqu'au petit jour. C'est vraiment le pied. Je n'avais qu'à ouvrir la porte et faire quelques mètres pour aller piquer une tête dans l'eau délicieusement fraîche ou prendre un bain de soleil.

De tous les endroits où j'ai dû habiter, c'est sans aucun doute celui-ci le meilleur. Tout ce que j'espérais c'était qu'on allait rester ici très longtemps, Dorothy et moi.

Que je vous explique. Je m'appelle Abigail. Mais aussi Kim, Leaticia, Katheryn ou encore, comme aujourd'hui, Stephany. Je change d'identité à chacun de mes voyages pour ma "sécurité". Il en est de même pour Maria, qui s'appelle en fait Dorothy, à moins que ce ne soit un autre prénom... Je ne sais même plus. A force de vivre dans le mensonge, on ne sait vraiment plus démêler le vrai du faux. Ce qui est sûr, c'est qu'elle fait tout pour mon bien. Dorothy n'est pas ma mère mais une sorte de protectrice. A chaque fois qu'elle sent que l'on n'est plus en sécurité quelque part, on quitte tout, on change d'Etat et de mode de vie. Que fuit-on comme ça vous allez me demander ? Je ne sais plus très bien moi-même... Dorothy persiste à croire que je suis constamment en danger et qu'il faut que je sois prudente et que je reste discrète où que je vais et qu'importe ce que je fais. Pourtant, je ne me sens pas en danger plus que ça. Cela fait trop d'années que notre cavale dure, que nous sommes obligées de fuir et vivre comme des bêtes traquées. Je n'ai pas vu l'ombre d'une menace depuis qu'on a commencé à vivre de la sorte.

Il y a deux semaines, j'ai commencé à flirter avec un garçon à la peau mate et au sourire charmeur. Il est gentil et vraiment trop craquant. On a passé pas mal de temps ensemble cette semaine avec son groupe d'amis fêtards et aujourd'hui on a pris quelques photos à la plage tous ensemble. C'était vraiment génial, je ne m'étais jamais autant amusé avant. En rentrant à la maison ce soir, je prends mon ordinateur portable sur ma table de nuit et m'assois en tailleur sur mon lit avant de poser le PC sur mes genoux et commencer à pianoter dessus. En me connectant au site de Brandon, mon ami à la peau mate, je découvre que les photos que l'on a pris cette après-midi ont été postée. Je les fais défiler à l'écran en souriant. Mais ce sourire fini par s'effacer progressivement, au fur et à mesure que les photos où j'apparais disparaissent pour laisser place à des rectangles gris où il est écrit en lettres rouges "image non trouvée, le site ne peut trouver l'image sur le serveur".

Dorothy apparaît à ce moment sur le palier de la porte de ma chambre, apparemment furieuse.

-Combien de fois te l'ai-je dit ? In-vi-si-ble. C'est bien ce qu'on avait dit ? Oui parce que, je me souviens que tu étais là quand on en a parlé.

-...

Elle repart et je secoue la tête, agacée. Ma mâchoire se contracte sous la colère et je ferme mon ordinateur avec fureur.

*o*o*o*

Une petite fête à lieu au bord de la plage ce soir-là. Il y a de la musique, une bonne ambiance, des cocktails à volonté et du monde qui danse sur le sable, sous les projecteurs colorés. Je ne suis toutefois pas d'humeur à danser. C'est avec une boisson à la main que je m'éloigne un petit peu du bruit et des gens, marchant sur la plage à l'ombre des palmiers.

-Hey Steph' ! Lance une voix masculine pleine d'entrain.

Je lève les yeux vers l'océan et aperçoit Brandon me faire signe de le rejoindre dans l'eau.

-Un bain de minuit ? Je fais en nageant jusqu'à lui.

-C'est pas génial ça ? Rien que nous deux, les étoiles au-dessus de nos têtes.

Je grimace mais pas à cause de ses paroles. Quelque chose me pique dans le dos comme si mes os voulaient sortir de dessous ma peau. C'est une sensation des plus désagréables. Brandon continue à me parler et j'essaie de l'écouter mais la douleur se fait de plus en plus vive et mon corps semble se mettre à chauffer et s'illuminer, faisant bouillir l'eau autour de moi.

-Hey, ça va ? Demande Brandon inquiet.

Je retiens à grande peine un hurlement de douleur et recule comme je peux pour sortir de l'eau. Je tombe et rampe sur le sable à grande peine en inspirant par saccade.

-Bon sang mais... Qu'est-ce qui se passe ?! S'écrie Brandon en s'empressant de me rejoindre. Il s'accroupit à côté de moi et s'en va pour poser une main sur mon épaule afin de m'aider à me relever et je hurle.

-Non ! Ne me touche pas !

Trop tard, Brandon retire sa main vivement, comme s'il avait été brûlé, ce qui est sûrement le cas, car autour de moi s'est formé un cercle de flamme. Mes mains se sont elles aussi enflammées et mon corps est toujours aussi brillant qu'une ampoule.

-C'est pas vrai ! S'exclame Brandon les yeux écarquillés.

Des murmures s'élèvent au loin, et des gens se rapprochent, intrigués et alertés par les cris et la lumière blanche vive. J'essaie d'éteindre les flammes en plongeant mes mains dans le sable, de plus en plus paniquée à l'idée que tous voit ça. Brandon titube sur le sable et se met à courir vers ses amis qui lui demandent ce qui se passe.

-C'est un monstre ! C'est un monstre ! S'écrie-t-il.

-Non, non, non ! Je gémis tout bas.

Je ne contrôle plus rien et mes cheveux prennent feu à leur tour. Je suis tellement horrifiée que je me redresse et détale en direction des arbres pour m'enfuir loin d'eux.

Au petit matin, je réapparais devant la maison sur pilotis. Dorothy me voit et s'aperçoit tout de suite que quelque chose ne va pas. Elle se dirige d'un pas rapide vers moi, les yeux brillants d'inquiétude, tandis que je titube vers elle, les yeux dans le vague, le sable me collant à la peau, le tee-shirt cramé et les cheveux roussis.

-ça a commencé... Constate-t-elle dans un murmure. Aller, viens.

La brune me prend par les épaules et m'entraîne à l'intérieur en jetant un regard autour de nous pour voir si personne ne nous suivait.

Quelques heures plus tard, je suis assise devant un feu juste devant la maison. Dorothy à plier nos bagages et charge les derniers dans le coffre de la voiture. Elle retire la plaque d'immatriculation et la jette dans le feu qui se met alors à crépiter de plus belle. Il ne reste plus rien dans la maison, on emmène le strict nécessaire pour le voyage et on se débarrasse de ce qui a fait de nous "Stephany" et "Maria", pour ne laisser aucune trace de notre passage, de notre existence, ici.

-C'est bon, on peut y aller. M'annonce-t-elle.

Je regarde encore quelques instants les photos que j'ai de ces derniers mois se consumer dans le feu avant de me lever et de suivre silencieusement Dorothy dans la voiture.

*o*o*o*o*

Les paysages défilent devant mes yeux tandis que Dorothy nous conduit hors de l'Etat, vers le nord, le plus loin possible de la chaleur et des plages paradisiaques de la Floride...

Je resserre mon gilet autour de ma taille et, la tête appuyée contre la vitre de la voiture et les écouteurs enfoncés dans les oreilles, je ferme les yeux pour écouter la musique et pour tout oublier, effacer les visages de mes amis que je ne reverrai jamais... Une fois encore, mon monde s'écroulait. Et une nouvelle vie dont je ne voulais même pas commençait... Mais pour combien de temps encore...?

Je hais ma vie encore plus lorsque je pose le pied dans l'Ohio. Il pleut à verse, il fait froid et le bâtiment en vieilles pierres qui se dessine dans le paysage sombre et terne en face de moi ressemble plus à un manoir hanté lugubre.

-C'est quoi cette ruine ? Je lâche, dépitée.

-ça c'est notre nouvelle maison.

-Tu plaisantes j'espère. Je me plains en faisant rouler ma valise sur le sol caillouteux et détrempé.

-Entre ces murs on sera en sécurité. A l'abri des regards. M'assure-t-elle.

Elle fixe la bâtisse d'un regard déterminé. Elle a l'air si sûr d'elle que ça me désespère... J'espère pour une fois qu'on ne va pas rester longtemps ici. Avec un peu de chance on ne sera même pas acceptées !

Une femme au visage sévère est venue ouvrir la lourde porte de chêne.

-Croyez-vous en la parole de Dieu ? a-t-elle demandé, une moue aux lèvres et le regard inquisiteur.

-La parole de Dieu est mon vœu. A répondu Dorothy avec un hochement de tête solennel.

Je ne sais pas où elle est allée chercher cette réponse mais c'était la bonne. La soeur Tiana nous a fait entrer et visité le couvent.

-Le but est de s'intégrer et de se fondre dans le décor. Obéis aux sœurs, ne te fait pas remarquer et tout se passera bien, compris ? M'ordonne Dorothy avant de suivre sœur Tiana.

Je n'ai pas le temps d'ajouter le moindre mot pour contester. Elle marche en regardant droit devant sans même m'adresser un regard. J'ai l'impression d'être reniée. Mais ce n'est pas de ma faute si je suis différente des autres. Dorothy n'a pas voulu m'en dire plus au sujet des capacités étranges que je possède. Elle m'a interdit de les utiliser car ils sont trop dangereux et me mettrais en danger. On nous localiserait, et on serait obligée de fuir à nouveau. Mais qui est ce "On" à la fin ? Et qu'ai-je donc de si spéciale ?

Je suis accompagnée jusqu'à ma nouvelle chambre, qui se trouve au deuxième étage, tout au bout d'un long couloir froid et humide. Seul le bruit de nos pas se répercute sur les pierres du couvent. J'ai des frissons partout. J'aime pas cet endroit. Il est sans vie, totalement opposé à mon mode de vie. Sept autres filles partagent la même pièce. J'obtiens le lit du fond, auprès de la fenêtre.

Pas de télévision, pas de soirée, pas de sortie après vingt-deux heures, la messe le dimanche, les prières tous les jours, l'école cinq jours sur sept et corvées le samedi. C'est l'Enfer ici. Sœur Elizabeth s'acharne sur moi, car je ne fais jamais assez bien ce qu'on me demande de faire. Je suis sûre qu'elle me déteste car j'ai les cheveux roux -Dorothy voulait que je change de couleur pour être "moins voyante" en venant ici, mais c'était hors de question- et je le lui rends bien en lui faisant les cents coups.

*o*o*o*o*

Deux ans plus tard, au même moment où Will et Peter se rencontre dans le Wyoming...

Tout ça n'a que trop duré. Accoudée sur le rebord froid de la fenêtre, je contemple la pluie qui descend des cieux obscurs et vient humidifier le paysage. L'automne approche à grand pas. La pluie n'a pas faibli de toute la journée et la météo annonce qu'elle tombera encore cette nuit. Je distingue à peine la ville, plus au nord -le monde semble avoir été englouti dans une purée de pois et je ne peux m'empêcher de me demander ce qui peut ramper dans l'ombre des arbres.

Car depuis plusieurs jours, je crois apercevoir deux yeux m'observer à l'orée de la forêt ou dans un recoin sombre dans la cour intérieure du couvent la nuit ou les jours sombres comme aujourd'hui. Je commence à croire que Dorothy a raison. J'ai bien essayé de lui en parler mais elle m'a rétorqué qu'ils ne viendraient pas nous trouver ici, que je me fais peur toute seule. Peut-être que ce ne sont que des illusions, mais je ne suis pas rassurée pour autant... En plus, hier soir, alors que j'allais me coucher, j'ai été prise d'un malaise soudain et j'ai eu le pressentiment que je devais retrouver des gens, partir d'ici pour les rejoindre... Et ce n'est pas l'envie qui me manque.
Le couvent fait aussi office d'orphelinat pour filles. Je suis aujourd'hui la plus âgée des pensionnaires, distinction que je détiens depuis six mois, quand la dernière a avoir eu dix-huit ans s'en est allée. A cet âge, nous devons toutes faire un choix : partir vivre de notre côté, ou entrer dans les ordres et opter pour une vie au sein de l'Eglise. De toutes celles qui ont atteint la majorité, je n'en au jamais vu une seule rester. Je ne peux pas leur reprocher. Dans moins de cinq mois, ce sera mon anniversaire. J'aurai dix-huit ans à mon tour. Et j'ai bien l'intention de laisser derrière moi cette prison, que Dorothy décide de m'accompagner ou pas. Et j'ai du mal à croire qu'elle le fera.
Le couvent, construit au seizième siècle, est entièrement en pierre et bien trop grand pour notre petite communauté. La plupart des pièces sont vides; quant à celles qui sont occupées, il y règne une odeur d'humidité et de terre, et les voix résonnent sous le haut plafond. On dirait que ce lieu à été oublié par le temps. Cela fait maintenant deux ans que j'ai commencé à implorer Dorothy de partir, de reprendre notre course incessante, comme elle aimait si bien le faire à l'époque. Je l'ai prévenu, si mes dons apparaissent -car je suis sûre que je ne pourrais pas les contenir éternellement, mon dos me picote et parfois me fait presque aussi mal que le jour où nous avons quitté la Floride pour une raison encore inexpliquée- les filles et les bonnes-sœurs me feront brûler vive pour sorcellerie ! Mais chaque fois, elle me dévisage d'un regard vide et me décourage en citant la Bible. Cependant, je sais que mon salut n'est pas ici.

Pour tromper l'ennui mais aussi parce que je n'ai plus personne a qui me confier -Dorothy semble m'avoir presque raillé de sa vie-, je parle à un garçon sur un site de chat en ligne, lorsque l'on a le droit d'utiliser les ordinateurs du couvent. Pour s'en servir, il faut s'inscrire sur une liste et attendre son tour. Le soir, on est limité à dix minutes s'il y a de l'attente et à vingt, dans le cas contraire. Les deux filles installées devant les ordinateurs sont plantées là depuis une demi-heure et je commence à perdre patience.

-Quoi ? Aboie la première d'une voix snob, en me fusillant des yeux. J'écris un mail.

-ça fait plus de dix minutes que j'attends. Et tu n'écris pas, tu regardes des types torse nu.

-Et alors ? Tu vas me dénoncer, la concierge ?

Elle prend sa voix moqueuse et à l'ordinateur d'à côté l'autre fille glousse.

Je me mords la langue et me tourne de nouveau vers la fenêtre, les bras croisée sur la poitrine. Je bous intérieurement parce que j'ai vraiment besoin de savoir si BadWolf, mon ami virtuel, m'a envoyé des nouveaux messages. Il est mon seul contact avec l'extérieur et aussi le seul qui me comprend et à qui je peux tout dire -ou presque. Un jour, j'ai craqué et je lui ai dit que je n'étais pas comme les autres, que j'avais des sortes de dons. J'ai eu peur qu'il me traite de folle et me rejette mais c'était trop tard, le message avait été envoyé. A ma grande surprise et à mon grand soulagement, il m'a soutenu et m'a même dit que lui aussi, n'étais pas normal. Je pense qu'il a dit ça pour me rassurer et ça m'a redonné le sourire. Et hier soir, je lui ai confié ma peur, que j'étais sûr que quelqu'un me scrutait mais aussi à propos de mon étrange malaise. Alors je veux savoir ce qu'il en pense !

Mais je n'ai aucun moyen de le savoir, ces deux pouffes égoïstes refusant de me laisser la place. Plus que quatre minute avant la prière. J'en tremble de colère. C'est alors qu'une idée me traverse l'esprit et je ne peux m'empêcher de jubiler. C'est risqué mes ça vaut le coup d'être tenté.

Ce que Dorothy ne sait pas, ce que j'ai peaufiné mon don de pyrokinésie ! Le seul que je contrôle correctement à petite échelle -on va éviter de brûler le couvent, même si l'envie ne me manque pas- et aussi le seul que je connaisse, mais passons. Je pivote juste ce qu'il faut pour apercevoir les chaises sur lesquelles les deux filles sont assises. J'inspire à fond, en concentrant toute mon énergie sur ces chaises et utilise la pyrokinésie pour faire chauffer le métal. Le blonde fronce un sourcil.

-Quoi ? Demande sa copine.

-Tu trouves pas que ça sent le cramé ?

-Génial, on va encore manger un truc trop cuit ce soir. Râle l'autre.

Puis la petite blonde se lève d'un bond en poussant un cri, la chaise fumante lui brûlant son postérieur. L'autre imite la blonde quelques instants plus tard en remarquant qu'une flamme commençait à grignoter un pan de sa robe. Oups. Ni une ni deux, elles abandonnent sans regret leurs ordinateurs et se ruent en braillant hors de la pièce.

-YES !

Je lève le poing en signe de victoire et me précipite vers l'ordinateur. Je m'empresse de taper l'adresse du site Internet puis j'attends impatiemment que la page charge. Les ordinateurs sont tellement vieux et la connexion tellement lente que cela me rend folle. Plus qu'une minute avant la prière. Enfin, les messages de BadWolf et les miens apparaissent puis je lis enfin sa réponse.

"Je dois te dire quelque chose moi aussi. Pas d'inquiétude. Tu n'es pas seule. L'aide arrive."

Le message est inhabituellement court et son contenu me fait tiquer. Qu'est-ce qu'il veut dire par "l'aide arrive" ?

-Ozalee* (mon nouveau nom du moment...) ! Aboie une voix derrière moi.

Je fais volte-face et, dans l'embrasure de la porte ouverte, je vois le regard assassin que me jette Sœur Elizabeth.

-Viens. Immédiatement ! Je ne le répéterai pas !

Je pousse un soupir, je sais que je n'ai pas le choix. J'efface l'historique Internet, éteins le PC et suit Sœur Elizabeth jusqu'à l'église. Je prends place sur l'un des bancs au fond et contemple les têtes inclinées sans écouter la prière récitée en chœur par l'assemblée. Dorothy se tient au premier rang. Pas une fois elle relève la tête pour me chercher des yeux comme avant : lorsque nos regards se croisaient, nous échangions un sourire complice, celui du secret partagé. Le secret existe toujours mais au bout d'un moment, Dorothy a cessé de le partager. Nous n'avons plus évoqué notre fuite, mes dons ou la menace qui me poursuivait...

Je me rends compte qu'à côté de moi se tient une petite fille que je n'avais jamais vu auparavant. Elle doit avoir onze ans. Elle relève ses grands yeux gris vers moi.

-Tu es nouvelle ? Je demande à voix basse pour ne pas que les sœurs m'entendent. Je m'appelle A-Ozalee... Je me rattrape avant de dire mon vrai prénom.

-Oui. Moi c'est Ella. Elle me répond, et Sœur Elizabeth se retourne pour nous fusiller des yeux.

La petite baisse aussitôt les yeux et se tord les mains. Elle est presque prête à pleurer !

-Hey, n'ai pas peur. Je lui souffle quand la sœur nous tourne le dos. Si elle tente quoi que ce soit, je lui fais bouffer sa bible de poche.

Elle se mord la lèvre en retenant un rire et hoche timidement la tête. Cette petite me plait déjà.

*o*o*o*o*

Ella et moi sommes inséparables. La petite me suit partout et est trop mignonne, étant un peu maladroite. Aujourd'hui Ella vient me réconforter, étant en colère suite à une nouvelle dispute violente avec Dorothy.

-Qu'est-ce qui ne va pas Zaza' ? Demande doucement Ella en s'approchant de moi qui suit recroquevillée sur mon lit.

-Oh rien ma puce... J'essuie une larme de rage et lui fais un petit sourire, Ella a toujours le don de m'apaiser. Je me suis encore disputée avec Dorothy au sujet de mon coffre. C'est la seule chose qui me reste de ma famille et qui me rattache ici, toi compris bien sûr ! Mais elle refuse de me le rendre. Une fois que je l'aurai récupéré je partirai d'ici.

-Je peux venir aussi ? Quand tu partiras ?

-Je n'ai pas l'intention de te laisser avec ces affreuses bonnes-sœurs ! Je réponds et elle me donne un large sourire.

-Pourquoi tu ne récupères pas ton coffre toi-même ? C'est le tien après tout, tu n'as pas à le lui demander !

-J'aimerai bien... J'ai déjà essayé de fouiller sa chambre, en vain. Je ne sais pas où elle l'a caché... Il doit être quelque part dans le couvent.

-Je vais te le trouver ! Déclare la petite en se levant d'un bond et s'empressant de sortir de chambre sans que j'ai eu le temps de répondre quoi que ce soit.

Les jours suivant, je ne vois que très peu Ella. Parfois, elle loupe des repas, et des soirs, elle revient dans la chambre les habits si sales que je me demande vraiment où elle va chercher mon coffre. Sœur Elizabeth l'a sermonné une fois mais elle n'a même pas cillé ! Au bout de six jours, elle revient me voir avec un visage rayonnant de fierté.

-Ozalee, je l'ai trouvé ! Me chuchote-t-elle en m'attrapant par le bras pour que je vienne avec elle.

-Oh Ella ! Je suis si fière de toi ! Je m'exclame en la prenant dans mes bras.

-Viens, je vais te montrer où il est. Me confie-t-elle.

Cette petite m'épate ! Elle qui était si timide et peureuse est maintenant déterminée et n'a plus peur de rien, même de Sœur Elizabeth. Nous sortons du dortoir sur la pointe des pieds et traversons à pas de loup les couloirs dans la nuit. Nous atteignons la nef et remontons l'allée centrale. Au premier rang, elle tourne à droite et file vers l'une des nombreuses chapelles qui jalonnent les murs. Je la suis. Il fait plus frais, tout à coup, et une grande statue de la Vierge Marie surgit devant nous, les bras écartés. Ella la contourne.

-Il va falloir que je te l'apporte. M'informe-t-elle une fois derrière.

Elle se met alors à grimper sur la statue comme un écureuil. Je la contemple bouche bée, impressionnée par son agilité. Lorsqu'elle atteint le plafond, elle ouvre une trappe, s'y glisse et disparaît de ma vue. Dieu sait comment Ella avait trouvé et quelle idée avait eu Dorothy pour mettre mon coffre dans un endroit pareil. En l'imaginant effectuer les mêmes acrobaties qu'Ella pour le cacher, j'ai une furieuse envie de rire. Soudain, un frisson glacé remonte le long de ma colonne vertébrale et je me retourne vivement en sentant une présence dans mon dos. A quelques mètres de moi se tient un homme, l'allure nonchalante, me fixant avec un sourire en coin.

Ses yeux étaient entièrement noirs.

Et les mots de Dorothy me frappèrent de plein fouet.

"Ils vont te retrouver."


*Ozalee : prénom amériendien qui signifie soleil levant.

Un petit aperçu physique de :

*Matt : Nick Youngquest ou Alexander Ludwig.

*Abby : Susan Coffey

*Dorothy : Kaniehtiio Horn de Supernatural.

La semaine prochaine on retrouve Peter, avec un autre personnage de la série dans : Changement de Plans (I). Help Would Be Welcomed.

"La synthèse et la tonalité du tirage allait être donné par cette carte... Les yeux assombris par ces terribles nouvelles, je contemple avec effroi la carte se retourner. L'atmosphère est étouffante et le suspense intenable...

La Maison de Dieu."