Bonjour, bonjour, voici le trente-troisième chapitre de Wingschester Legacies.

Au programme aujourd'hui, des ténèbres, de la peine, de la haine, en veux-tu en voilà, mais promis promis, cela ne va pas durer éternellement, parce que je n'aime pas faire souffrir mes personnages et, comme j'ai pu le voir dans vos reviews : vous.

Pour vous répondre justement :

Til'lllan : je suis impaaaardonnable. Vraiment ! je suis désolée ! Quand j'ai commencé a lire ta review, je t'avoue je me suis dit ''ça y' est je suis en train de me faire démonter!''. Tu dois bien te demander pourquoi cette auteure est aussi sadique pour faire mourir ses personnages de la sorte et ainsi, faire pleurer ses lecteurs. Et bien, moi aussi, je me le demande... Plus sérieusement, je suis ravie de voir que tu t'es autant accrochée a cette histoire. Tes hypothèses sont très intéressantes et je ne peux que confirmer que les questions que tu te poses vont bientôt avoir des réponses. On s'approche doucement mais sûrement de l'heure des révélations ! Alors, maintenant, je ne peux pas te dire de ne pas redouter la suite au vu du chapitre qui suit, mais, je suis sure d'une chose et si ça peut te rassurer, tu vas apprécier les prochains chapitres (le 35 et 37 en fait.) alors, patience, patience, et un grand merci pour ta review ! Bonne lecture !

Courtney Ackles : les prochains chapitres vont pouvoir répondre à tes questions ! Bonne lecture.

Leana Las : comme dis à Til'lllan, je ne peux pas te promettre que tout va bien se passer parce que c'est Supernatural avant tout, mais rassures-toi, les prochains chapitres s'annoncent disons plus appréciables pour ne pas spoiler... bonne lecture donc et à la prochaine !

POV : Peter

Musiques : All The Things Lost by Ms Mr / Kaleo - Way Down We Go / Warrior Of Light / Dead Inside - Skillet


Les Âmes tourmentées (II). Lose Your Mind

Vide, je me sens vide.

Je sombre, lentement et sûrement dans les ténèbres. Je coule, je me noie dans les profondeurs abyssales.

Je ne suis plus que l'ombre de moi-même. On a tordu mon âme, et jamais je ne redeviendrai celui que j'étais avant.

Voici comment s'est déroulée ma descente aux Enfers...

Jefferson, Missouri.

Je supplie, devant les portes de l'hôpital, qu'on vienne l'aider. Qu'on vienne le sauver. J'ai volé aussi loin de Chicago et de ses anges que j'ai pu, aussi loin que mes ailes fatiguées pouvaient nous conduire. Des hommes et des femmes en blouse blanche ont accouru et me l'ont pris des bras. Et tandis que je les regarde l'emmener loin de moi, on m'attrape par les épaules et on me soulève parce que je suis tombé à genou, mes jambes ne me portant plus à cause du poids de la fatigue et de la pression.

Un peu plus tard, alors que j'attends dans les couloirs aseptisés de l'hôpital, un médecin se dirige vers moi. Je me relève d'un bond et vais à sa rencontre, l'estomac noué par la peur comme jamais.

-Vous l'avez ramené ? Je m'empresse de lui demander.

Le médecin me regarde, le visage grave.

-Oui mais...

Je ne peux m'empêcher de prendre une grande inspiration, soulagé. Will est vivant !

-Mais je crains qu'il ne puisse survivre de ses blessures. M'avertit l'homme. Nous l'avons mis dans un coma artificiel pour le moment.

-Comment ?! Mais vous... Vous pouvez le soigner n'est-ce pas ? Je fais, ayant confiance en leurs compétences.

-Ses blessures sont trop graves, déclare le docteur. Il a de multiples lésions, des côtes cassées, fractures aux tibias, un poumon perforé... Et au vu du choc qu'il a reçu à la tête, il est très probable qu'il ait une commotion cérébrale. Si on décide de le réveiller il...

Le médecin expire, un air navré peint sur le visage.

Will est brisé.

-Il ne va pas s'en sortir, c'est ça ? Je fais difficilement, une boule dans la gorge et les yeux brillants, embués.

-Il souffrirait inutilement. Ce ne serait pas lui faire un cadeau.

Je déglutis avec beaucoup de difficulté en hochant la tête.

-Je... Je peux le voir ? Je demande, au bord du gouffre.

-Bien sûr. Acquiesce l'homme en me montrant le chemin.

Lorsque j'entre dans la chambre et le vois là, allongé, mon cœur s'arrête de battre.

*o*o*o*

Alors que je fixe Will le regard dans le vague, mon téléphone portable posé sur la table à côté de moi se met à vibrer. Je me redresse sur le siège et l'attrape avant de regarder qui m'appelle. Sumiko. Je décroche aussitôt.

-Peter, enfin ! Fait, visiblement soulagée, ma sœur jumelle.

Je lâche un soupir moi aussi de soulagement en me frottant les yeux avec mes doigts. A sa voix, elle a l'air d'aller bien.

-ça fait du bien d'entendre ta voix... Je souffle.

-Je ne t'entends pas très bien, ça coupe. Le signal a du mal à passer ici, on est en plein milieu d'un marécage. Tu vas bien ?! Demande-t-elle en parlant très vite.

Un petit sourire que je ne contrôle pas apparait l'espace d'un instant sur mes lèvres. Elle s'inquiète pour moi. La jeune femme qui ne pouvait pas me blairer au départ a peur pour moi. Sumiko se dévoile enfin, brisant cette façade indifférente et distante.

-Il s'est passé quelque chose Su'... Je lâche alors, en sentant déjà la bile remonter.

-Les anges vont attaquer Chicago ! Je voulais vous prévenir, on va vous rejoindr-

-Non ! Je l'interromps. Il ne faut surtout pas que vous retourniez à Chicago. Notre repère n'est plus sûr...

-Vous...Vous avez déjà été attaqué. Devine facilement la blonde. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Y'a plus d'appartement. Les anges ont fait le ménage. Matt va nous tuer... Je ris, désabusé.

-Peter...

-Will va mal. Je lâche enfin. Il ne va pas s'en sortir.

J'entends Sumiko bouger à l'autre bout du fil. Elle est horrifiée.

-On... on s'est fait avoir... par l'un de nous, j-je ne sais pas par qui ils l'ont su, il faut que tu fasses attention ça pourrait être l'un de v-

-Ne cherche pas. S'empresse de dire Sumiko, la gorge nouée. C'est Rick. Ils nous a tous trahi et a envoyé les anges sur Chicago. Il a... Il a tué Matt.

Le choc me laisse sans voix. Je me laisse tomber au fond du siège en ayant l'impression d'être renvoyé directement six pieds sous terre. Ce gringalet, cet avorton de Nephilim a fait semblant de ne rien savoir pour mieux nous poignarder dans le dos. Il s'est joué de nous.

-Comment... ? Je demande.

Je sens l'émotion dans la voix de ma sœur lorsqu'elle reprend la parole.

-Peter... C'était moi qu'il visait et Matt s'est interposé. Il s'est jeté entre nous deux... Pour me protéger !

-Et Abby ? Je l'interroge.

Sumiko expire profondément, pour se donner contenance et surtout ne pas craquer.

-Elle est sous le choc... Elle m'en veut. Répond-elle. Elle me tient pour responsable, j'aurai dû être à sa place ! C'est son frère !

-Ne dis pas ça. Je fais, me sentant encore plus coupable.

Je ne peux pas lui en tenir rigueur, j'aurai dû tous les protéger et exiger qu'on reste tous ensemble.

-Tout ça, c'est de ma faute. On n'aurait jamais dû se séparer. En plus, j'ai perdu Malia. Je dois lui avouer. Je suis parti sans elle, je l'ai laissé seule face aux anges pour secourir Will...

-On va la retrouver Peter, on l'a déjà fait une fois non ?

Je soupire en secouant la tête, las.

-Su' Je...

-Peter, Rick a l'Amphore ! S'exclame-t-elle. On ne peut pas se permettre d'être faible ou de faire un seul faux pas ! Ce serait l'erreur fatale...

-Alors c'était pour ça ? Je fais, les dents serrées. Il nous a utilisés pour s'emparer de l'Amphore ?

-Et il compte l'utiliser à ses propres fins. Si on ne l'arrête pas-

-Ce sera sans moi. Je déclare sèchement.

Sumiko est surprise par mon ton dur.

-Mais... Peter tu-

-Tu ne comprends pas ? On a trop perdu. Ça suffit. J'arrête les frais.

-...

-Il vaut mieux qu'on arrête là avant que d'autres personnes soient blessées.

-Pete'... Fait la jeune femme au bout du fil, suppliante. Je t'en prie, j'ai besoin de toi. On a tous besoin de toi.

-Ce n'est plus ma guerre, Shannon. Je réponds avant de raccrocher et de jeter le portable dans la poubelle à mes pieds.

Je sais que je viens de lui briser le cœur en l'appelant par son surnom pour mettre de la distance et en l'abandonnant là. Mais c'est le seul moyen que j'ai désormais pour la protéger de moi-même. Il faut que je mette le plus de distance possible avec les gens que j'aime. A chaque fois qu'une personne devient trop proche, elle est blessée, ou pire... elle perd la vie.

J'en ai marre, je veux que tout s'arrête. Je prends ma tête entre mes mains et me balance d'avant en arrière, plein de rage et de rancœur. Je me déteste.

Trop de personnes sont mortes à cause de moi.

Matt. Will. Master Gregory.

Hier, nous étions unis. Je pensais qu'ensemble, nous serions forts. Mais je me suis trompé...

Je serre les dents, mes ongles s'enfonçant lentement dans la chair tandis que des larmes de colère mouillent mon visage et mes mains.

Les objets de la pièce ainsi que les meubles se mettent à trembler sans que je me rende compte que c'est moi, avec ma grâce s'agitant en tout sens qui perturbe l'atmosphère. L'ascenseur émotionnel me fait dérailler et déstabilise mes sens. Je ne contrôle plus mes pouvoirs.

Puis la porte s'ouvre dans un grincement et une femme aux cheveux bouclés entre. Deux mains se posent sur mes genoux et lorsque je relève les yeux, je me retrouve nez à nez avec Scarlett.

-Peter... Souffle-t-elle, inquiète en me voyant dans un tel état.

J'essaie de reprendre contenance mais je n'arrive même pas à décrocher un mot sous l'émotion. La sorcière secoue la tête doucement en me murmurant des mots doux pour me calmer et enlace ses mains avec les miennes pour les serrer et faire en sorte qu'elles arrêtent de trembler et faire n'importe quoi. Je ferme les yeux et inspire lentement avant de me détacher d'elle en me levant et en m'éloignant. Je suis maintenant dos à elle et je regarde par la fenêtre tout en reniflant et en m'essuyant les joues.

-Peter... Souffle la jeune femme.

Je vois le reflet de son visage attristée.

-C'est fini, Scarlett. Je fais, la voix encore un peu enrouée. Il ne va pas s'en sortir...

-Où est Malia ?

-Je n'en ai pas la moindre idée. Les anges l'ont peut-être eue... Je réponds en secouant la tête, main sur les hanches.

-Alors il faut aller la chercher maintenant.

-Non. J'objecte.

-Quoi ?! Tu vas l'abandonner là et la laisser entre les mains de ces anges ? S'insurge Scarlett, outrée par mon comportement.

Mes yeux se durcissent et je tourne vers elle un visage froid, dénué de sentiments.

-Tu crois que c'est ce que voudrais Will ?! Continue-t-elle d'argumenter en faisant de grands gestes et en me lançant des éclairs avec ses yeux, révoltée.

-Ne parle pas lui. Je siffle, menaçant.

-Tu n'es qu'un lâche Peter ! Claque-t-elle en venant se mettre à deux centimètres de moi.

-Va-t'en. Je lui ordonne.

La sorcière est déstabilisée pendant une demi-seconde.

-Quoi ?

-Je t'ai donné ce que tu voulais non ? Je t'ai débarrassé de tes problèmes. Alors maintenant dégage. Je n'ai plus besoin de toi.

Scarlett fait un pas en arrière, abasourdie.

-Tu ne penses pas ce que tu dis.

-Je peux encore te tuer. C'est ce que je devais faire au départ, rappelles-toi. Je menace en faisant gronder ma Grâce.

-...

Elle finit par sortir de la pièce sans un mot et sans un regard en arrière.

Une fois partie, je lâche un soupir et me laisse aller à la mélancolie. Je ne pensais pas que ça ferait si mal, de la jeter de la sorte. Mais c'était nécessaire. C'est avec un dernier regard pour mon ami et cousin que je m'envole, sans bruit.

*o*o*o*flashback*o*o*o*

Des trombes d'eau s'abattent sur nous. Le vent fait rage, si bien que les hommes doivent crier pour se faire entendre. Il fait nuit noire et les lampes torches des chasseurs peinent à percer l'obscurité.

-Par ici ! Aboie l'un d'entre eux. Elle est par-là !

-Ne la laissez pas s'enfuir ! S'écrie un autre.

Des coups de feu déchirent la nuit. Un homme crie et est propulsé en arrière avant de percuter un arbre. Le petit garçon continue de courir, son arme à feu contre lui, la respiration courte. Il a peur.

-Saloperie de sorcière. Marmonne dans sa barbe son Maître, à quelques mètres de là. Elle est à toi Peter, t'as intérêt à pas la louper.

Mais il fait tellement noir, que le garçon ne sait pas s'il est tout proche ou non. Puis vient le silence. Le petit brun s'arrête de courir et regarde autour de lui. Il peut entendre son cœur cogner dans sa poitrine, le stress montant en flèche.

Et il la voit, à dix mètres de là où il se trouve. Il lève son arme avec précipitation et maladresse et la pointe sur elle. C'est une jeune femme aux longs cheveux châtains qui se retourne vers lui. Elle est belle, pense aussitôt le petit chasseur. La sorcière se tourne entièrement vers lui en lui lançant un regard apeuré. Peter est pétrifié. Comment pourrait-il tuer cette femme ? Elle pourrait être sa mère...

Des pas précipités se rapprochent.

-Bon sang, Peter ! Crache Master Gregory. TIRE ! Hurle-t-il.

L'adolescent écarquille les yeux et resserre les doigts autour de la carabine, mais il n'a pas le temps de tirer.

La magnifique jeune femme se transforme en une hideuse sorcière et s'élance vers lui en récitant un sortilège faisant pousser ses ongles maintenant aussi longs et affutés que des lames de rasoir. En deux secondes, elle est sur lui.

Et ses ongles s'enfoncent dans sa chair. Le garçon hoquette, en voyant son Maître faire barrière de son corps et se faire embrocher à sa place. L'homme s'étouffe avec son propre sang, la créature l'a touché aux poumons.

-Fuckin'... Witches... Réussit-il à articuler.

Peter est tétanisé, le doigt en suspens à côté de la gâchette. La sorcière hurle de rage et s'en va pour lui donner le coup de grâce mais Greg tire le premier et ils s'effondrent en même temps.

*o*o*o*end flashback*o*o*o*

Je verse la moitié de la bouteille d'alcool à côté de mon verre. Mon énième verre, en fait. Mes gestes sont moins précis. J'ai du mal à rester droit et m'appuie donc sur le bar. Les gens autour de moi s'agitent, mais ce n'est qu'un brouhaha lointain qui me fatigue les oreilles.

Se noyer dans l'alcool permet de tout oublier il parait. Franchement, qui est le con qui a dit ça ? Ça ne marche pas son truc. Je ne me sens pas mieux. Juste un peu plus paumé et malheureux. Tous mes souvenirs remontent d'un seul coup et ça me donne envie de vomir.

Je ne sais pas si ce sont les bons ou les pires qui font le plus mal. Je vois Will avoir un fou rire à cause de ma blague, Master Greg me faire la morale après avoir remonté son arme à l'envers, Matt faire le pitre la tête à l'envers et Malia me demander un câlin. Et je revois mon Maitre puis Will mourir sous mes yeux et ce sont les scènes de trop. Je repose la bouteille et lève les yeux du bar lorsque j'entends quelqu'un m'appeler, à l'intérieur de ma tête.

Malia...

Elle est en vie, et à l'abri...

Je tente de la dissuader d'aller voir Will. Elle ne s'en remettrait pas elle non plus. Mais elle est trop bornée. Je cède. Lorsqu'elle me recontacte, je fais en sorte de couper court à la conversation. Elle est forte, elle s'en sortira. Je ne peux aider personne de toute façon, je n'en suis pas capable. J'ai une soudaine impulsion et dans la colère, je prends la bouteille et la fracasse au sol avec force. Le bar est bondé et mon acte attire forcément l'attention.

-Tu ferais bien de te calmer sur la boisson mon gars. Suggère un homme en s'avançant vers moi, pour tenter de me raisonner.

Le regard mauvais, je l'attrape par le col et l'envoie par terre avec force. Les gens sont choqués et je les défie d'approcher du regard, tout en chancelant, pas très stable sur mes deux pieds.

-Eh bien, c'est du joli. Lance une voix rocailleuse.

L'homme en manteau noir et à la barbe naissante grisonnante s'arrête aux pieds de l'homme à terre pour le regarder en hochant la tête et en grimaçant.

-Un problème ? Je lui lance avec mépris.

-Je crois plutôt que c'est toi qui a des problèmes. Peut-être pourrais-je t'aider avec ça ? Il me propose alors.

Je fronce les sourcils et le jauge.

*o*o*o*

La pluie tombe sans discontinuer et en cette fin du mois de janvier, l'hiver est froid. Nous nous sommes abrités dans un vieil hangar non loin du pub. Je finis une bière, assis contre le mur froid et sale.

-L'alcool ne résoudra en rien tes soucis. Me fait constater le type en frottant ses mains dans ses poches pour les réchauffer.

Je vide ma bouteille d'une traite et le fusille du regard.

-Tu pourrais te débarrasser de toute cette peine si tu le désirais.

Je renifle. Pour qui il se prend celui-là ? Le médecin du cœur ? Espère-t-il réellement que je l'écoute docilement ?

-Mais bien sûr. A moins que vous ne soyez Dieu, vous ne pouvez rien faire pour moi. C'est pas une peine de cœur, Doc'. C'est mon âme qui est tourmentée. Maintenant, si vous pouviez dégager du plancher... Je grogne.

-Laissons Dieu en dehors de ça. J'ai mieux pour toi : un moyen simple et efficace de te libérer de ces sentiments qui te rongent de l'intérieur.

-Vous me faites sérieusement chier monsieur le vendeur de rêves. Je réplique, en l'entendant déblatérer ses sornettes.

-Hum. Amusant.

L'homme me toise à son tour, irrité et s'avance vers moi. Je lève les yeux vers lui et me relève d'un bond lorsque ses yeux tournent au noir d'encre.

-J'aurai dû m'en douter. Seul un démon serait capable de ça. Tu veux quoi, que je te vende mon âme en échange de la disparition de ma souffrance ? Je fais, en colère.

-Non, je ne peux pas faire disparaître par enchantement tes peines et tes souffrances. Tu devras apprendre à vivre avec. Mais...

-Mais ?

Je le regarde avec méfiance et bombe le torse, prêt à l'expédier dans l'autre monde s'il me sort quelque chose qui ne me plaît pas.

-Tu peux faire le choix de ne plus rien ressentir.

-Pff, je fais en ricanant, tu te fiches de moi. Je ne suis pas comme toi.

-Détrompes-toi. Ce sont ces ailes qui t'ont apportés tant de malheur, je me trompe ?

Je plisse les yeux et jette un œil dans mon dos, sentant mon être entier lutter contre ma Grâce.

-Il ne fait pas bon d'être Nephilim en ce moment. Ajoute le démon de sa voix trainante.

-Qu'est-ce que tu veux de moi ? Je siffle, en voyant qu'il tourne autour du pot.

-Rien d'autre que te donner un conseil. Fait le démon en haussant les épaules. Tes amis sont morts, tu as repoussé tous les gens qui te sont proches. Pourquoi ne laisses-tu pas ta haine s'exprimer ? Libères-toi ! S'exclame avec emphase le démon.

J'inspire à fond avant de me jeter sur lui en hurlant. Cette saloperie de démon n'a aucun droit de jouer avec moi et de s'amuser de mes malheurs. Mon poing va s'encastrer dans le mur d'en face, le démon s'étant volatilisé avant que je ne le frappe. Je tremble de rage et sens le contrôle m'échapper tellement je suis énervé. J'ai l'impression d'être en train de lutter contre ma partie angélique sans le vouloir. Ce fumier a toutefois raison. J'en ai marre d'être traqué parce que je suis Nephilim.

Tout mon corps se met à bouillir et je lève la tête vers le plafond en hurlant, mes yeux s'obscurcissant en même temps.

Jusqu'à devenir complètement noirs.

Vide, je me sens vide.

Je viens de réveiller ma partie démoniaque.

Je sombre, lentement et sûrement dans les ténèbres. Je coule, je me noie dans les profondeurs abyssales.

Et elle est en train de gagner du terrain sur ma partie angélique.

Je ne suis plus que l'ombre de moi-même. On a tordu mon âme, et jamais je ne redeviendrai celui que j'étais avant.

Ceci est ma longue descente aux Enfers.

*o*o*o*

Santa Fe, Nouveau Mexique. Quelques jours plus tard, en février.

Le jour décline et les gens quittent leur travail pour rentrer chez eux. Dans un petit patelin près de Santa Fe, un homme se gare sur le parking, sort de sa voiture et récupère ses affaires dans le coffre. Peter se trouve à une trentaine de mètres de là et le suit des yeux. Il reste silencieux, le regard fixé sur l'homme qui cherche ses clés de maisons. L'homme finit par se sentir observé et relève la tête pour tomber sur lui. Il se fige et fronce les sourcils, essayant de se rappeler de ce visage étrangement familier.

-Peter ? Fait une voix féminine derrière le brun.

Le Winchester se retourne lentement vers une femme blonde de la quarantaine qui le dévisage, à la fois étonnée et effrayée à l'entrée de sa maison.

Le couple, aussi bien la femme que l'homme, reste figé par l'étonnante retrouvaille. Cet enfant qu'ils avaient élevé comme le fils à contrecœur pendant plusieurs années avait bien grandit et changé.

Il s'était enfuit à ses quatorze ans à leur grand soulagement -ils ne l'avaient jamais porté dans leur cœur- et il ne pensait pas le revoir un jour. Et pourtant... C'était bien lui, qui aujourd'hui, se trouvait face à eux.

Un sourire se dessine lentement sur le visage sombre de Peter, terrifiant alors la femme qui devient blanche comme un linge.

Puis Peter tourne le dos à ses parents adoptifs et s'en va alors sans un mot, se glissant dans les ténèbres de la nuit.

Et derrière-lui, des grondements sourds s'élèvent, et des yeux rouge sang apparaissent dans l'ombre du bois bordant la résidence.

Une dizaine de chiens de l'Enfer l'accompagne...


Alors, si vous vous posez la question, non, Peter n'a pas tué ses parents adoptifs. Je n'allais pas le rendre plus dark qu'il ne l'est déjà. Ils leur a plutôt... fichu une grosse frayeur avec ses gros chiens chiens des Enfers et son visage ...diabolique de démon nouveau né. Une sorte de petite vengeance, disons, pour l'enfance triste et sans amour qu'ils lui ont donné.

Donc, pour résumer, Peter a rejoins le côté obscur de la force, et la semaine prochaine, on retrouve les filles, Sumiko et Abby, pour voir comment elles s'en sortent de leur côté dans : Les Âmes tourmentées (III) - Fire & Rain