Chapitre 12: Puzzles
Nous sommes à l'hôpital St Barts, Sherlock, Papa et moi. Papa en a profité pour me faire passer des radios et apparemment j'ai une commotion à la tête et le poignet droit fracturé. C'est donc attelle pendant environ un mois. Yipii !
J'observe Sherlock qui observe et analyse la paire de baskets trouvée à Baker Street.
J'aime pas cette enquête. On s'en prend directement à nous physiquement et Sherlock est clairement visé. Le jeu de Moriarty ne me dis rien qui vaille. Mais d'un côté c'est l'affaire la plus excitante qu'on ait eu depuis des mois.
Papa vagabonde un peu autour de moi en attendant que Sherlock puisse alimenter toutes conversations.
Sherlock regarde des échantillons au microscope. Moi, j'observe la paire de baskets. Gamine je rêvais d'en avoir des comme ça.
- Alors, c'était qui à ton avis ? Fait soudain mon père.
Il est négligemment appuyé contre une table et regarde Sherlock.
- Mmmh ? Répond Sherlock, très éloquent.
- La femme au téléphone, celle en pleurs. Tu penses que c'était qui ? Répète papa.
Ah! L'otage.
- Elle n'est pas importante, ce n'est qu'un otage. Ce n'est pas une piste. Répond Sherlock.
Ouais. Même moi je suis pas aussi désinvolte quand j'en parle, coco.
- Je pensais à tout sauf une piste. Réplique papa, exaspéré par la réponse de notre colocataire.
- Ce n'est pas toi qui vas pouvoir l'aider. Dit Sherlock, toujours le nez sur ses échantillons.
- Est-ce qu'on tente de tracer l'appel ? Interroge de nouveau papa.
Tu te fais du mal, p'pa.
- Il est trop malin pour ça. Répond Sherlock, un bip retentit. Emily, passe-moi mon téléphone. M'ordonne-t'il.
- Il est où ? Je grogne en regardant autour de moi.
- Veste.
- Tu te fous de ma gueule ? Je demande en apercevant sa connerie de veste SUR lui.
Mon père jette un regard semi-agacé, semi-éberlué à Sherlock.
D'un pas enragé, je me dirige vers lui et tente de sortir le téléphone avec des gestes brusques.
- Attention ! S'exclame Sherlock.
Je t'emmerde mon grand.
Je déniche finalement son satané portable et regarde l'écran.
- Un message de ton frère. J'annonce en lisant brièvement le contenu du SMS.
- Supprime-le.
- Supprime-le ? Répète mon père. Pourquoi ?
- Les plans sont déjà à l'étranger, on n'y peut rien. Explique Sherlock.
- Mycroft croit que si. Rétorque mon paternel.
- C'est son huitième SMS ! Je précise.
- Ce doit être important. Suppose papa.
- Il ne serait pas allé chez le dentiste ? Marmonne Sherlock.
- Il quoi ? Soupire papa en regardant les SMS avec moi.
- Mycroft n'écrit que s'il ne peut pas parler. Nous apprend-t'il. Andrew West a volé les plans, essayé de les vendre et s'est fait butter. Fin de l'histoire.
- N'écris jamais de roman policier. Je lui conseille, exaspérée par ce résumé.
- J'approuve la gamine. Dit papa.
- Le seul mystère c'est pourquoi mon frère insiste-t'il pour m'ennuyer alors que d'autres sont si intéressants ?
Papa et moi échangeons un regard blasé.
- N'oublie pas q'une vie est en jeu.
- Pour quoi faire ? Cet hôpital est rempli de mourants, Docteur. Vas donc pleurer à leur chevet pour voir le bien que ça leur fait.
- Sherlock ! Je rappelle à l'ordre.
Papa détourne le regard de Sherlock. Un jour il va finir par lui foutre une patate.
L'ordinateur sonne. Sherlock pousse une exclamation. Au même moment, Molly entre dans la pièce:
- Ça roule ? Demande-t'elle.
- Oui ! S'exclame mon coloc'.
Elle s'approche de nous. Un homme entre dans la pièce à son tour.
- C'est un moulin, ce labo... Je marmonne.
- Oh! désolé. Je pensais que...
- Jim! S'exclame Molly, sa voix montant d'une octave. Entre, je t'en prie ! Jim, je te présente Sherlock Holmes.
Il pousse une exclamation qui en gros signifie: C'est donc vous le gros chieur dont elle passe son temps à me parler.
- Et voici... C'est quoi vos noms déjà ? Nous demande Molly.
Putain, sérieux ?
- John Watson. Enchanté.
- Emily, sa fille. Salut. Je précise en désignant mon père.
- Salut. Nous dit-il doucement.
Il se tourne vers Sherlock.
Putain de fanatique.
- Donc vous êtes Sherlock Holmes! Molly m'a pas mal parlé de vous ! Vous êtes sur une affaire ?
Euh... On a pas élevés les moutons ensemble mon coco.
- Jim travaille au-dessus, aux soins intensifs. On s'est rencontrés ici. Un vrai coup de foudre. Nous précise Molly.
Elle a remarqué que son mec tourne autour de Sherlock comme un lion en cage ?
Sherlock daigne enfin lancer un bref regard au nouveau.
- Gay. Dit-il.
Oh Bonne Mère !
Papa donne l'impression qu'il va cogner sa tête contre le sol.
- Pardon, quoi ? Demande Molly en perdant son sourire.
- Rien. Hey. Corrige Sherlock.
- Hey. Répond Jim.
Il fait tomber un truc.
- Désolé, désolé !
C'est quoi le papier qu'il vient de glisser sous la boîte de pétri ?
Je vois papa détourner le regard et plaquer sa main contre son front.
- Il faut que j'y aille. Je te retrouve à la brasserie vers 18 h ? Demande-t'il à Molly.
- Oui !
- Au revoir, j'ai été ravi de vous rencontrer. Dit-il à Sherlock.
Genre nous, on pue ?
Sherlock lui fout un vent monumental.
- Nous aussi. Déclare papa.
Quel Saint, cet homme.
Jim des Soins Intensifs s'en va dans un silence assez lourd.
- Pourquoi vous avez dit "gay" ? Demande Molly. On est ensemble.
- Et le bonheur vous réussit, Molly. Vous avez pris 1,4 Kg, depuis ma dernière visite. Déduit Sherlock.
Quelle enflure.
- 1,2 Kg. Tente-t'elle.
- Non, 1,4 Kg.
- Sherlock... Interpelle papa.
- Il n'est pas gay ! S'écrie Molly. Pourquoi tout gâcher comme ça ?
La pauvre.
- Avec le soin qu'il apporte à sa toilette ?
- Mon meilleur ami prend soin de lui, il n'est pas gay pour autant ! Je m'exclame.
- C'est un homo refoulé ton meilleur ami. Me réplique-t'il.
Gnein ? Thomas ? Faut que je lui envoie un SMS à celui-là.
- Parce-qu'il prend soin de ses cheveux ? Je prend soin des miens ! S'exclame papa.
Oui mais toi je reste sur mes théories concernant ton homosexualité.
- Tu laves tes cheveux, c'est différent. Rétorque Sherlock. Sourcils colorés, traces de crème anti-âge sur les rides du front, yeux fatigués, sans parler des sous-vêtements.
- Ses sous-vêtements ? Répète Molly.
- Visibles à la ceinture. Très visibles, d'une marque particulière. Ajoutez à cela, le fait très suggestif qu'il est laissé son numéro sous ce haricot. Dit-il en montrant le papier que j'avais aperçu. Vous feriez mieux de rompre dès maintenant, ça vous évitera de souffrir.
Molly nous lance un regard noir et s'enfuit en courant. Super on passe pour des connards à cause de l'autre andouille.
- Charmant ! Bien joué ! S'exclame papa avec ironie.
- Je lui fais gagner du temps. C'est gentil, non ? Demande-t-il.
Sociopathe de haut niveau de mes couilles.
- Rappelle-moi la définition d'un sociopathe ? Je grogne.
- Gentil ? Non, non, Sherlock. Ça ce n'était pas gentil. Gronde papa les bras croisés.
Sherlock pousse un soupir imperceptible.
Pauvre Molly. Sherlock est tellement idiot qu'il ne voit pas qu'elle craque complètement sur lui. Et il vient de lui faire encore plus mal que s'il lui avait mis un râteau.
Sherlock se penche sur les baskets et les place devant papa.
- A toi de jouer. Dit-il.
Hein ?
- De quoi ? Demande papa, sans comprendre.
- Tu sais ce que je fais, alors vas-y.
- Non. S'esclaffe papa en regardant sa montre.
- Vas-y. Sherlock insiste.
- Je ne vais pas rester là à attendre que tu m'humilies pendant que j'essaye de...
- J'ai besoin d'un deuxième avis. Un regard extérieur. Ça m'est utile. Vraiment. Coupe Sherlock.
- Tu as Emily pour ça. Réplique papa après un échange de regard dans le silence le plus intense.
- J'ai besoin de ton avis. Emily ne fais souvent que confirmer mes hypothèses. Là j'ai besoin d'une méthode différente.
Sympa...
Papa me regarde brièvement, puis:
- D'accord.
Il observe la paire de chaussures.
- C'est une paire de baskets. Déclare papa.
Il à l'air gêné, le pauvre.
- Bien. Confirme Sherlock.
- Elles sont en bonne état. Elles ont l'air... plutôt neuves, sauf que les semelles sont usées, donc leur propriétaire devait les avoir depuis un bon moment. Modèle rétro, inspiré des années quatre-vingts.
Et bah mon petit papa, je suis impressionnée.
- Tu es très en forme. Quoi d'autre ? Demande Sherlock.
- Elles sont assez grandes. Sans doute des baskets d'homme.
- Mais ...? Encourager Sherlock.
- Mais... Il y avait un nom à l'intérieur, écrit au feutre. Les adultes n'écrivent pas leurs noms dans leurs baskets. Elles étaient donc à un gamin.
- Excellent. Félicite mon colocataire, Quoi encore ?
- C'est tout.
Bip, mauvaise réponse.
- C'est tout ? Répète Sherlock.
- Qu'est-ce que tu en dis ?
- C'était bien papa. Je le félicite.
- Pas mal, John, pas mal du tout. Tu as zappé un peu près tout ce qui est important, mais bon...
- Sherlock... Je soupire, las.
C'est malin papa est vexé.
- Emily, ton tour. Ordonne le brun.
- Nope. Je passe. Montre nous ta science. Je réplique.
Il attrape les baskets et commence à débiter à toute vitesse:
- Il adorait ses baskets, les frottait, les blanchissait souvent, Il a changé les lacets trois...
- Quatre fois. Je coupe.
- Quatre fois. On trouve des petits lambeaux de peau provenant de ses doigts, donc il souffrait d'eczéma. La semelle, usée vers l'intérieur, révèle un voûte plantaire fragile.
- Fabriquées localement, il y a vingt ans. J'ajoute.
- Vingt ans ? S'exclame papa.
Je montre mon portable.
- Elles sont d'origine, pas rétro. Deux bandes. C'est une édition limitée sortie en 1989. J'ai toujours rêvé d'en avoir des comme ça.
- Mais il y a de la boue dessus et elles ont l'air neuves. Dit papa, dubitatif.
- Parce-qu'on les a maintenues ainsi. Souffle Sherlock. Il y a de la boue séchée sur les semelles. Ce serait une boue du Sussex couverte de boue londonienne.
- Comment tu peux le savoir ?
Analyse.
- Pollen ! A la carte des pollens: Le Sussex et le Sud de la Tamise.
- Donc on récapitule: Un gosse, originaire du Sussex, est venu à Londres il y a vingt ans. Il a laissé ses baskets derrière lui. Je résume.
- Qu'est-il arrivé ? Demande papa.
- Un grand malheur. Répond Sherlock. Ses chaussures adorées, il ne les laisserait pas sans y avoir été contraint.
- Donc ? Je demande.
- Donc on cherche un gamin, avec de grands pieds qui...
Sherlock s'arrête et je vois qu'il vient de trouver la réponse.
- Quoi ? Demande papa en le voyant s'arrêter.
- Carl puissances. Chuchote Sherlock.
- Qui ? Je demande simultanément avec papa.
Oh ! bonjour la synchro !
- Carl Powers, John.
- Sherlock, qu'est-ce qu'il y a ? Je demande.
- C'est à ce moment-là que j'ai débuté.
Nous sommes tout les trois dans un taxi. J'échange des SMS avec mes amis en maintenant la version fuite de gaz de l'explosion. Je refuse de les inquiéter pour rien.
Sherlock nous raconte sa première enquête: Carl Powers.
- En 1989, un gamin, champion de natation, venu de Brighton pour une compétition, se noie dans la piscine. Une tragédie. Vous ne vous en souvenez pas, évidemment.
- Bah moi j'étais pas née pour commencer. Je réplique.
Entre deux SMS avec la bande, je cherche sur Google des articles concernant l'affaire Carl Powers.
- Mais, toi, oui ? Demande papa.
- Oui. Confirme Sherlock.
- Sa mort était suspecte ? Je demande à mon tour.
- Personne n'a tiqué. Personne, excepté moi. Je n'étais qu'un gamin, Raconte Sherlock, La presse en a parlé.
- Tu as commencé jeune. Remarque papa.
Au même âge que moi. Il avait onze ans.
- Carl Powers a fait une sorte de malaise, le temps qu'on le repêche, il était trop tard. Quelque chose clochait et ça me tracassait.
- Quoi ?
- Ses chaussures n'étaient plus là. Je réalise.
- Exactement. J'ai insisté, je l'ai signalé auprès de la police, personne n'y a attaché d'importance. Il poursuit, Toutes ses affaires étaient dans son casier mais aucune trace de ses chaussures. Jusqu'à aujourd'hui. Souffle-t'il en prenant les baskets en main.
Nous observons la ville par les vitres du taxi, chacun dans ses pensées. Il reste six heures pour résoudre l'affaire et j'essaye de ne pas penser à cette femme assise sur une bombe. La finalité de cette enquête me paraît lointaine mais également très menaçante.
Nous sommes à la maison. Sherlock étudie des papiers pour l'enquête. Je suis sur le perron avec mes amis qui sont venus me rendre visite.
- Comment tu te sens ? Me demande Thomas contre qui je suis blottis.
- Bien. J'ai pas grand chose. Juste des plaies superficielles.
Nous discutons tous ensemble et échangeons des fous rires en racontant les dernières conneries arrivées à l'école.
Au bout de trois quart d'heure, je les embrasse et avant qu'ils partent, Thomas se tourne vers moi et me demande:
- C'est quoi ce lien que tu m'as envoyé tout à l'heure ? "Sortir Du Placard . com " ?
- Oh ? Euh, un pari débile avec Sherlock ! Je répond en rougissant et en frottant ma nuque.
Je remonte à la maison. J'arrive lorsque papa finit par arrêter de faire les cent pas et demande à Sherlock s'il peut lui apporter son aide.
- J'aimerai t'aider. Il ne reste plus que cinq heures.
Son portable sonne.
- C'est ton frère. Il m'envoie des SMS maintenant ! Il s'arrête. Comment il a eu mon numéro ?
- C'est certainement une grosse carie. Dit Sherlock.
J'ai une vision de Mycroft qui boude Anthea lorsqu'elle lui dit que c'est l'heure de son rendez-vous chez le dentiste et qu'il refuse de quitter son bureau. Mon pauvre cerveau.
- Il a quand même parlé d'une affaire cruciale pour le pays. Rappelle papa.
- Original. Dit finalement Sherlock, d'un air impassible comme à son habitude.
- Qu'est-ce qui est original ? Demande papa, à brûle-pourpoint.
- Toi. Pour la reine, la patrie.
- On ne peut pas juste l'ignorer. Dit durement mon père en se rapprochant de Sherlock.
- Mais je ne l'ignore pas. Je mets mon meilleur homme sur le coup immédiatement.
- Bien. Tant mieux.
Il y a un grand silence.
- Qui est-ce ?
Sherlock nous fait un magnifique sourire ironique.
- Papa ? J'interpelle.
Il se tourne vers moi:
- Oui ?
- Enfile un costume. On va chez le Gouvernement Britannique.
Mon pauvre papa ne comprend pas et reste immobile.
Je l'attrape par la manche et le traîne jusqu'à sa chambre. J'ouvre son armoire et le colle devant.
- A tout de suite ! Je m'exclame.
Je passe devant Sherlock et lui dit:
- Je le prend avec moi et te débarrasse de Mycroft. En échange je veux un SMS toutes les demi-heures pour un rapport complet sur l'avancée de l'enquête. Deal ?
- Marché conclu. Acquiesce celui-ci.
C'est donc en slim noir, chemise blanche, blazer bleu marine et bottines noires que je me prépare pour aller chez mon Parapluie-Man préféré.
