Chap 3
Bilbon profita de l'invisibilité conférée par l'anneau de pouvoir pour libérer ses amis nains. Leur évasion par la rivière dans des tonneaux vides n'échappa pas à l'escouade d'orques menée par Bolg qui les suivait déjà depuis un moment. Contrés par les elfes, les orques réussirent toutefois à blesser Kili avec une flèche empoisonnée. Thorin et ses compagnons descendirent donc la rivière pour rejoindre le lac. Legolas et Tauriel firent prisonnier un des orques pour le conduire devant Thranduil. A demi-mots, la créature avoua l'existence d'une puissante force du Mal prête à tout anéantir sur son passage, informant ainsi le roi du retour de Sauron. Après avoir décapité la créature Thranduil ordonna la fermeture de toutes les issues du palais. Mais ce fut sans compter sur le départ de Tauriel à la poursuite des orques. Legolas décida alors de quitter le palais à son tour pour suivre la jeune elfe.
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Il l'avait enfin retrouvée. Ce n'était pas bien difficile. Il savait que Tauriel parviendrait à suivre la piste des orques. L'évasion des nains au petit matin avait plongé son père dans une rage folle. Quant à lui, c'est l'entrée en jeu des orques qui l'avait mis hors de lui. Ces créatures étaient un fléau. Il les haïssait au plus haut point. Et apparemment, ces derniers en avaient après les nains. Pourquoi ?
La réaction de son père suite aux paroles de cet orque capturé l'avait aussi plongé dans un profond trouble. C'était la première fois depuis bien longtemps qu'il avait senti de la peur dans la voix de Thranduil. La créature avait parlé de son maitre. Il avait dit que ce dernier servait l'Unique, que les flammes de la guerre s'abattraient sur le peuple Elfe. Et qu'une arme d'une puissance inégalée semblait être en la possession de leurs ennemis. Cela n'avait aucun sens pour lui. Mais le roi avait l'air d'en savoir plus qu'il ne voulait l'avouer et avait brusquement mis un terme à ses questions sur le sujet après avoir tranché la tête du captif.
Depuis quelques temps. Legolas s'était surpris à partager de plus en plus le point de vue de Tauriel. L'autarcie dans laquelle Thranduil maintenait le royaume commençait à lui peser à lui aussi. Les missions de reconnaissance aux limites de la forêt, les visites à Fondcombe et en terre de Lorien, les campements près du lacs pour troquer avec les habitants d'Esgaroth…Tout cela lui manquait.
-J'ai cru avoir affaire à un orque, s'exclama Tauriel, sa flèche toujours pointée dans sa direction.
-Si j'avais été un orque, vous seriez déjà morte, répliqua Legolas avant d'abaisser son arc. Tauriel, vous ne pouvez traquer une trentaine d'Orques à vous seule,reprit-il en s'approchant d'elle.
-Mais je ne suis pas seule,répondit-elle en lui jetant un regard de connivence.
-Vous saviez que je viendrai.
Tauriel lui sourit pour lui signifier qu'il avait raison. Un moment il se laissa attendrir. Il adorait la voir sourire.
-Le roi est furieux Tauriel. Depuis six cents ans, mon père vous accorde protection et privilèges. Vous avez désobéi à ses ordres. Vous avez trahi sa confiance…
Les mots de Legolas tombèrent sur elle telles des lames acérées.
-Revenez avec moi. Il vous pardonnera.
-Si je reviens avec vous, moi, je ne pourrai pas me le pardonner. Le roi n'a jamais laissé d'Orques parcourir ses terres. Et il laisserait ces vermines franchir nos frontières et tuer nos prisonniers ?
-Ce n'est pas notre combat.
-C'EST notre combat ! Ça ne s'arrêtera pas là. A chaque victoire le Mal ne fera que croître. Si votre père agit à sa guise, nous ne ferons rien. Nous nous terrerons dans nos murs. Nous vivrons loin de la lumière et les ténèbres s'installeront. Ne fait-on pas partie de ce monde ?
Legolas planta son regard bleu acier dans celui de la jeune elfe.
-Dites-moi, Mellon, quand avons-nous laissé le Mal devenir plus fort que nous?
Le prince baissa les yeux. A ce moment précis, Tauriel sut qu'elle avait gagné. Mais un sentiment de culpabilité commença à s'insinuer dans son cœur. Kili l'avait profondément touchée. Elle n'arrivait pas à s'expliquer pourquoi mais le nain était parvenu à balayer en quelques heures la résignation qui s'était peu à peu installée dans son esprit suite aux refus répétés de Thranduil de réagir face à la menace qui planait sur la Terre du Milieu. Et à présent, elle entrainait Legolas dans sa quête folle contre la volonté du roi. Elle savait le prince profondément attaché à son père. Mais elle ne put s'empêcher de repenser aux paroles de son souverain. Si les sentiments du prince à son égard étaient fondés, il allait tout risquer pour la suivre. Elle ne pouvait pas lui demander ça…
Legolas avança jusqu'à la rive du fleuve et s'agenouilla pour toucher le rocher sous ses pieds. Il ferma les yeux quelques secondes avant de lever à nouveau la tête vers elle.
-Les nains ont traversé le lac. Dans une embarcation. Un homme était avec eux.
Puis il se releva et observa la berge face à eux. Il était déterminé. Tauriel sut qu'elle ne pourrait plus le faire changer d'avis.
-Les orques ont dû remonter la rivière vers le Nord pour pouvoir traverser. Cela va les retarder.
-Nous devons arriver à Esgaroth avant eux, conclut-elle.
-Je sais où nous pouvons trouver un cheval, répliqua le prince avant de s'élancer sans plus attendre vers les bois bordant le lac.
Tauriel s'élança derrière lui.
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Ils entendirent soudain des cris d'enfants. Tauriel allait bondir sur le ponton adjacent mais Legolas la retint par le bras. Le prince lui fit signe de passer par la porte principale et désigna le toit sur lequel il comptait sauter. Elle acquiesça d'un signe de tête avant de perdre de vue son compagnon. Puis elle s'élança sur le ponton pour rejoindre l'entrée. Ses deux sabres en main, elle pénétra dans la maison de Bard et entama le combat. D'un geste précis elle trancha la gorge d'un premier orque, puis d'un deuxième. Du coin de l'œil elle aperçut Legolas atterrir sur la table. Le combat se poursuivit. Une des créatures à sa gauche allait s'en prendre à Kili, allongé sur le lit. Elle lui assena un coup de dague. Le nain roula sur lui-même pour tomber à terre. Derrière elle, d'autres orques se regroupaient. Elle monta sur le mur pour se projeter sur ses assaillants tandis que Legolas faisait lui aussi mouche à chaque coup. C'est alors qu'elle entendit derrière elle le râle d'agonie d'un des orques poignardé en pleine poitrine par Kili. Son sabre levé allait s'abattre sur elle et le nain venait de lui sauver la vie. Kili s'écroula ensuite sur le sol en hurlant. Il était en piteux état. Sa peau était grisâtre et ses lèvres livides. Le poison de Morghul allait avoir raison de lui. Tauriel fixa le pauvre garçon au sol avec un sentiment d'impuissance tandis que les orques fuyaient désormais la maison. Du dehors, elle entendit la voix rocailleuse de celui qui semblait être leur chef et qui ordonnait le repli. Legolas trancha la tête d'un dernier assaillant tandis que le calme revint subitement dans la pièce. Les pas lourds des créatures résonnaient sur le bois des pontons et s'éloignaient. Un jeune garçon se releva de derrière la table renversée, imité par deux jeunes filles. Legolas s'élança vers la porte.
-Tauriel ! Venez ! s'exclama-t-il avant de s'immobiliser sur le seuil.
La jeune elfe était paralysée. A ses pieds, Kili agonisait. Oïn leva la tête et lui jeta un regard implorant.
-Nous allons le perdre ! »
Tauriel croisa le regard glacé de Legolas.
-Tauriel ! répéta-t-il avant de disparaitre au dehors.
L'elfe hésita. Machinalement, elle emboita le pas de son prince mais les gémissements de Kili l'arrêtèrent encore une fois. Elle ne put s'empêcher de se retourner pour voir le nain se tordre de douleur sur le sol. En contrebas, Legolas s'était jeté aux trousses des orques en fuite. Elle le vit bondir sur le pont et décocher plusieurs flèches meurtrières. Les orques trop lents n'avaient aucune chance contre son prince. Si elle le rejoignait maintenant, à eux deux, ils arriveraient sûrement à les éliminer tous.
Elle allait s'élancer vers l'escalier quand Bofur surgit devant elle, tenant à la main une touffe de feuilles vertes qu'elle reconnut aussitôt.
-Atelas… souffla-t-elle en s'emparant des précieuses tiges.
Dès lors, elle n'hésita plus. Legolas était impitoyable. Il allait pouvoir tenir jusqu'à ce qu'elle le rejoigne. Kili n'aurait pas ce loisir. Son cœur lui intimait de faire tout son possible pour le jeune nain.
-Qu'est-ce que vous faites ? demanda Bofur.
-Je vais le sauver, répondit Tauriel en revenant sur ses pas.
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Tauriel rengaina ses sabres dans son étui dorsal. Bofur et Oïn la regardaient sans dire un mot. Kili dormait à présent et sa respiration lente et apaisée signifiait que la guérison était en bonne voie. L'elfe ne put s'empêcher de s'approcher à nouveau de lui pour vérifier le pansement sur sa cuisse. Lorsqu'elle leva les yeux, elle tomba sur le visage reconnaissant de Fili.
-Mon frère vous doit la vie. Je vous remercie infiniment pour ce que vous venez de faire, déclara-t-il en inclinant la tête.
Tauriel esquissa un sourire.
-A mon sens, les querelles qui existent entre nos deux peuples n'ont pas lieu d'être. La vie est plus importante que tout. Kili est un être qui méritait d'être sauvé. Son cœur est pur et courageux. Et le mien ne pouvait se résigner à le laisser mourir.
Sur ces paroles, elle inclina la tête à son tour. Fili retourna aider les filles de Bard à remettre de l'ordre dans la maison. La jeune femme elfe passa la porte pour se retrouver sur le balcon extérieur. L'air glacé de la nuit lui fouetta le visage. Elle prit une profonde inspiration et tenta de remettre de l'ordre dans son esprit. Les mots de Kili, dans son délire, l'avaient profondément touchée. L'aveu de cet amour qu'il lui portait avait submergé son cœur. Oui. Elle était bien là, avec lui, en cet instant, au lieu de suivre son prince à la poursuite des orques qui venaient de les attaquer. Elle avait frémit quand Kili avait effleuré ses doigts et prononcé son nom. A présent, le soulagement de voir le jeune nain hors de danger était une délivrance.
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Bolg. C'était bien le nom qu'il avait entendu prononcer par plusieurs orques au milieu des cris et des rugissements des assaillants. Son père lui avait déjà parlé d'Azog et de sa progéniture et il était sur le point de le rattraper. Il devait reconnaitre que le colosse était un adversaire redoutable. Il s'était laissé surprendre un peu plus tôt sur les quais de Lacville. Il pensait que Tauriel l'aurait rejoint, comme toujours, pour couvrir ses arrières. Elle ne l'avait pas fait. Il avait compris qu'elle avait surement tenté de sauver le nain empoisonné. Mais ce qu'il ne comprenait pas, par contre, c'était l'intérêt que semblait porter la jeune femme à cet individu. Il avait remarqué la façon dont le neveu de Thorin regardait Tauriel et la chaleur dans sa voix lors de leur conversation dans les geôles du palais. Et ce qui le chagrinait le plus, c'était à quel point Tauriel semblait également apprécier sa compagnie. Il n'avait jamais imaginé être dans une telle situation un jour. Il connaissait la jeune elfe depuis qu'elle était enfant. Aerandir avait raison… A présent elle était devenue une courageuse guerrière, loyale et d'une troublante beauté. Elle n'avait pourtant rien perdu de son caractère aventureux et rebelle. Depuis quelques temps, il avait de plus en plus de mal à détacher ses yeux de la capitaine des gardes. Il se surprenait à la regarder discuter avec les soldats, à attendre un peu plus longtemps dans l'armurerie pour pouvoir la croiser une fois de retour de l'entrainement à l'épée des jeunes recrues. Elle parlait de leur forêt avec tant de passion, de tristesse aussi. Le royaume d'autrefois s'assombrissait de jour en jour. Il le savait. Son père aussi. Mais Tauriel était la seule à oser afficher sa révolte, son empathie pour les autres peuples de la Terre du milieu. Et il devait avouer que sa dévotion était contagieuse. Son amie réveillait inexorablement en lui tout ce que son père tentait le plus souvent d'éteindre. En la suivant, il avait fait le choix de suivre son cœur, car il en était sûr à présent : lui, Legolas Thranduilion, prince de Mirwood, était amoureux d'une fille de feu.
Ce ne fut que lorsqu'il entendit le rugissement terrifiant du dragon suivi de l'ombre grise qui passa au-dessus de lui qu'il arrêta la course folle de son cheval. La silhouette hideuse de Bolg disparut au loin derrière la colline. La créature se dirigeait vers le nord. Il fit faire demi-tour à sa monture pour voir la ville endormie survolée une première fois par Smaug dans un crissement d'ailes effrayant. Il savait qu'il ne pourrait rien faire pour aider tous ces gens. Le dragon avait quitté la montagne dans un seul but. Détruire toute vie sur son passage. Son cœur se glaça alors qu'il vit le dragon descendre en piqué vers les habitations, le poitrail gonflé et rougeoyant. Tauriel était encore dans la cité du Lac.
