Chap 5 :

Le soleil allait bientôt se coucher lorsque Tauriel entra dans la ville de Dale. Ce qui restait des survivants étaient encore en train de réunir leurs morts. Hommes, femmes, enfants… Personne n'avait été épargné par la furie meurtrière des orques. Des mères en pleurs, des vieillards hagards errant dans les rues, des blessés ensanglantés… Dans leurs yeux, la bataille de la veille n'était pas encore terminée.

Les habitants de Lacville avaient quitté un enfer pour un autre. La cité de Dale avait été détruite par Smaug plusieurs siècles auparavant et hier, la ville avait été envahie par les troupes d'Azog. Les bâtiments étaient en ruine et le froid d'une nouvelle nuit passée entre les murs croulants à prendre soin des blessés allait avoir raison de l'espoir de beaucoup de monde.

Une vieille femme au front marqué d'une vilaine entaille, tentait vainement de ramasser une des quelques buches de bois qu'elle venait de faire tomber. Tauriel sauta à bas de son cheval et alla à sa rencontre. Elle examina d'abord la plaie avant de sortir un morceau d'étoffe de sa poche intérieure pour le tendre à la blessée.

-Il faut soigner cela avant tout. Nettoyez-la avec de l'eau bouillie et appliquez un cataplasme de fleurs de cydrès. J'en ai vu près de l'entrée de la ville. Où allez-vous vous abriter pour la nuit ?

-Tout le monde doit se rendre dans le palais pour l'instant, répondit la voix de Bard.

Tauriel se retourna et vit l'archer approcher d'elle. Il posa une main bienveillante sur l'épaule de la vieille femme et lui adressa un sourire.

-Montez au palais, lui demanda-t-il. Je vous ramène du cydrès. Tout le monde doit se rassembler là-haut. Faites passer le mot. Il faut amener les blessés là-bas aussi, tout ce qu'on peut trouver comme bandages, bois pour le feu, couvertures. Les vivres offertes par le roi Thranduil y sont déjà entreposées. Allez, ne tardez pas…

-Soyez béni, Bard…murmura la pauvre femme en lui serrant la main affectueusement. Merci, s'adressa-t-elle ensuite à Tauriel.

L'archer la regarda partir avec inquiétude avant de se retourner vers la femme elfe.

-Je vous pensais repartie pour Mirkwood.

-Je ne retourne pas là-bas. Si vous le voulez bien, je souhaiterais rester ici pour vous apporter mon aide.

Bard lui adressa un regard interrogateur.

-Votre roi n'a-t-il pas besoin de vous ? demanda-t-il.

Tauriel baissa les yeux.

-Souhaitez-vous que je reste vous aider ou non ? rétorqua la jeune elfe sur un ton un peu plus sec qu'elle ne l'aurait voulu.

Bard soupira.

-Bien sûr, votre assistance est la bienvenue. Nous avons de nombreux blessés. Les nuits sont glacées et nous manquons de nourriture.

Tauriel ne put s'empêcher de regretter la rudesse de sa voix. Le peuple du lac était au bord du désespoir. Leurs foyers avaient d'abord été brulés puis à présent la bataille les laissait exsangues. Dale était une ville en ruine qu'ils n'avaient ni la force, ni les moyens de reconstruire pour le moment. Tout ce qui leur restait était leur instinct de survie. Bard la regarda pourtant avec gratitude.

-Je ne vous ai pas encore remerciée d'avoir pris soin de mes enfants pendant l'attaque du dragon. Alors merci infiniment. Et effectivement nous aurions bien besoin de vous ici.

La jeune femme elfe inclina la tête.

-Le plus important est de trouver plus de nourriture et de bois.

-Le champ de bataille… proposa Bard. Nous pouvons récupérer les débris des catapultes.

OoooooooO

Les survivants de Lacville s'étaient tous rassemblés dans la grande salle du trône de l'ancien roi de Dale. Ils étaient si peu nombreux que seulement quelques-uns restaient cantonnés sur le parvis extérieur. Bard était debout sur la petite estrade qui surplombait l'assemblée. Tauriel était à ses côtés, un peu en retrait.

-Nous allons mourir de faim ! L'invectiva un grand brun à la carrure de colosse. Si ça continue comme ça, il ne restera plus un seul d'entre nous ! Sans parler du froid !

- Nous te faisons confiance Bard. Une femme fluette avait pris la parole à son tour. Pourtant sa voix étrangement puissante arrivait à couvrir le brouhaha qui régnait dans la salle. Tu es le descendant des rois de Dale et tu as tué Smaug.

Une nouvelle vague de chahut balaya l'auditoire.

-Je ne suis pas roi ! lança Bard.

Le silence se fit instantanément.

-J'ai tué Smaug. C'est vrai. J'ai essayé de gérer la situation du mieux que je le pouvais. Je me suis battu tout comme vous, pour sauver la vie de mes enfants et la mienne. Mais je ne suis pas légitime. Le temps des anciens rois est révolu comme le temps des bourgmestres corrompus. Pourtant, il nous faut un dirigeant. Toute personne présente ici peut prétendre à cette fonction et toute personne ici a le droit de choisir qui doit le diriger.

Tauriel s'avança soudain aux côtés de Bard. Les regards se tournèrent instantanément vers elle.

-Est venu alors le temps du choix, peuple des hommes ! Qui souhaite devenir le nouveau seigneur de Dale ? lança-t-elle. Qui se sent capable d'endosser la responsabilité de toutes les épreuves que vous allez devoir supporter ici durant les semaines à venir ? Qui se sent assez sage pour prendre toutes les décisions, résoudre tous les problèmes ? Qui a suffisamment de cœur et de vaillance pour redonner espoir à tous dans les sombres moments que vous vous apprêtez à traverser ?

Chacun tenta de parcourir l'assistance du regard pour voir si l'un des leurs aurait le cran d'assumer cette tâche. Mais dans l'esprit de chacun, le choix était déjà fait. Tauriel afficha un léger sourire.

-Qui pense que Bard est l'homme qu'il vous faut ?

L'une après l'autre, dans un silence étrangement solennel, une dizaine de mains se levèrent doucement, puis une cinquantaine, puis toutes les mains se retrouvèrent dressées. Mais plus que ces mains meurtries, bandées, maculées de terre ou de cendres, ce furent les regards qui marquèrent le plus Bard. Il voyait dans ces yeux braqués à présent sur lui, cet espoir fou dont Tauriel venait juste de parler. Ils avaient tous foi en lui.

-Alors voici debout devant vous, le nouveau seigneur de Dale, déclara Tauriel. Le roi Bard, fils de Bast.

Tous s'inclinèrent pour honorer leur nouveau souverain.

OooooooO

Une dizaine d'hommes étaient rassemblés autour de Bard près de la cheminée. Cela faisait à présent sept jours que l'archer avait été « élu » nouveau seigneur de Dale et les survivants commençaient à s'organiser de façon plus efficace.

-Corvin, où en es-tu concernant la distribution de la nourriture ?

-Il n'y a plus de viande séchée. Les légumes aussi sont épuisés.

-Il faut aller chasser dans ce cas, déclara Bard. Talgard et Dern, prenez cinq ou six hommes et des chevaux. Allez voir à l'ouest si vous pouvez trouver du gibier. Nous devons économiser le grain également. Faites passer le mot. Plusieurs d'entre nous doivent aussi retourner à Lacville pour pêcher et rapporter le reste de ce que nous avons dû abandonner sur la rive avant de venir ici. Nous devons aussi préparer un fumoir.

Les mines étaient graves. Le manque de nourriture était le souci le plus grave auquel ils devaient faire face.

-Tauriel ? Les blessés ? demanda Bard en se tournant vers elle comme pour chercher désespérément quelque bonne nouvelle.

L'elfe soupira.

-Un homme mort hier. Il s'appelait Hondem. Je n'ai pu arrêter l'infection. Les autres vont s'en sortir.

-Bien…murmura Bard d'un ton mêlé de gratitude et de lassitude.

Tauriel s'approcha de lui et posa la main sur son épaule.

-Vous devriez aller voir vos enfants. Et vous reposer un peu. Cela fait trois jours que vous vous attelez à la tâche sans répit. Les rois ont aussi besoin de dormir.

Tous acquiescèrent avant que Bard ait eu le temps de protester.

-Nous allons nous charger du reste, ajouta Talgard. Plusieurs dizaines d'habitations ont été réparées et peuvent être occupées. Nous les avons attribuées aux familles avec de jeunes enfants en priorité. Certains préfèrent rester ici au palais et continuer à le remettre en état. Le toit est quasiment terminé et les fenêtres calfeutrées.

Soudain, la porte de la pièce s'ouvrit et une petite fille aux cheveux bruns s'élança vers eux.

-Père ! s'écria-t-elle avant de courir vers Bard.

L'archer accueillit chaleureusement Tilda dans ses bras et la serra contre lui.

-Tu as l'air si fatigué père, soupira l'enfant.

Bard jeta un regard noir vers Tauriel qui baissa coupablement les yeux vers le sol en souriant.

-C'est un coup bas, grogna Bard en direction de la femme elfe.

-Nous n'avons pas besoin d'un roi prêt à s'écrouler d'un moment à l'autre, mais d'un chef lucide et dispos.

-Tout va bien Tilda, ne t'inquiète pas, fit l'archer en caressant la tête de sa fille.

Bain et Sigrid firent à leur tour leur entrée dans la salle. Bard n'eut d'autre choix que de capituler.

OOOOoooooooooooOOO

Il peina à sortir de sa léthargie malgré les tambourinements répétés à la porte de sa chambre. Il lui sembla avoir dormi des mois entiers. Tauriel avait raison. Il était exténué. Il passa ses mains sur son visage pour s'extirper difficilement des entraves du sommeil. Il avait dormi tout habillé. A peine avait-il approché de la paillasse qui lui avait servi de couche qu'il avait sombré dans les limbes.

Derrière la porte, il découvrit Corvin le visage grave et tremblant de nervosité.

-Qu'y a-t-il ? lança-t-il, à présent totalement réveillé et plutôt inquiet.

-Un messager nain est ici. Il veut te voir Bard…euh…sire… désolé, je ne suis pas encore habitué…bafouilla l'homme aux cheveux blancs.

L'archer soupira et lui répondit par un sourire.

-Je t'avoue que moi non plus Corvin. Viens, allons voir ce que notre visiteur a à nous dire.

OOOooooOOO

Sigrid apprenait vite. Elle avait insisté pour aider Tauriel dans leur infirmerie de fortune au cœur du palais. Il restait encore de nombreux blessés mais les dons de guérison de la jeune femme elfe faisaient des miracles. Se tenir occupée. Ne pas penser à lui. Tauriel faisait tout ce qui était en son pouvoir pour tenter d'apaiser la douleur qui rongeait sa poitrine et qui ne semblait pas vouloir disparaitre. D'ailleurs disparaitrait-elle vraiment un jour ? Comment pourrait-elle continuer à vivre comme cela ?

-Un peu plus serré, indiqua l'elfe à la fille de Bard qui était en train de bander le bras d'un homme endormi.

Sigrid s'exécuta puis rejoignit Tauriel en train de préparer de nouveaux onguents.

-Qui vous a appris tout cela ? Les plantes qui soignent, je veux dire…

Tauriel afficha un sourire triste.

-Elle s'appelle Merlys. Elle m'a accueillie dans sa famille après la mort de mes parents. Sa fille Belwen et moi sommes devenues amies. C'est une grande guérisseuse.

-Ces paroles que vous prononcez près des malades, ce sont des sortilèges ? demanda Sigrid.

-En quelque sorte, répondit Tauriel avec amusement. Elles invoquent le pouvoir de la Nature. Des étoiles quelquefois aussi. Leur force bénéfique s'ajoute à celle des éléments terrestres.

La jeune fille était admirative. Depuis plusieurs jours, elle suivait Tauriel partout, avide d'apprendre.

-Tous les elfes de la Forêt Noire ont-ils les mêmes dons ? Le prince Legolas aussi ?

Sigrid avait légèrement rougi en prononçant le nom du fils de Thranduil. Tauriel, en train de broyer des herbes dans le pilon de pierre, suspendit son geste quelques secondes. Elle prit une profonde inspiration avant de répondre.

-Pas vraiment. Le roi son père, par contre, possède un grand pouvoir.

La jeune fille ne se rendit pas compte que le regard de Tauriel venait de se voiler. Elle n'avait pas souvent l'occasion de partager de tels moments de complicité féminine avec les autres et emportée par son enthousiasme, elle se hasarda à la confidence.

-Le prince et vous, êtes si courageux. Dans notre maison à Lacville, vous nous avez sauvés la vie. Après la bataille, je croyais que vous seriez retournée chez vous. Alors merci pour votre aide. J'aurais aimé que le prince reste aussi. Il est très gentil malgré son air très sérieux… Sigrid se mit à rougir de plus belle. Il a porté Tilda jusqu'à la charrette sur les rives du lac. Je n'avais plus assez de force pour le faire. Et puis il est si… Elle baissa les yeux un peu gênée de ce qu'elle s'apprêtait à dire… si beau…

Bien sûr qu'il l'était. Les hommes avaient toujours été comme éblouis par l'allure fine et délicate des elfes. Ils vantaient souvent leur beauté et leur grâce. De nombreuses fois elle avait pu se rendre compte à quel point Legolas faisait sensation auprès de la gent féminine chez les mortels comme chez les elfes d'ailleurs. Lui ne semblait pas se rendre compte de son pouvoir de séduction. Tauriel avait béni son ignorance autrefois.

-Le prince est-il fiancé ou promis à quelque dame elfe ? La nouvelle question de Sigrid tira Tauriel de ses pensées.

Au même moment, Talgard entra dans l'infirmerie.

-Dame Tauriel, le roi Bard vous attend dans la salle du trône. Un messager nain est en ce moment au palais.

La femme elfe se leva sans attendre.

-Termine pour moi, veux-tu ? demanda-t-elle à Sigrid.

Puis elle sortit de la pièce à la suite de Talgard, le visage soucieux.

OoooooooooooO

Erebor- Royaume nain-

Tauriel et Bard se tenaient debout devant le trône de pierre sur lequel Dain II Pied d'Acier, siégeait à présent à la place de son cousin Thorin. Le messager envoyé à Dale n'était autre qu'Oïn. Le roi nain souhaitait rencontrer son voisin et dorénavant homologue, le seigneur de Dale le plus vite possible. Comme Tauriel n'avait pas quitté la région et qu'il vouait une inimitié toute particulière envers Thranduil, Dain en avait profité pour la convier également en tant que représentante du peuple de la Forêt Noire. Aussi Bard et elle avaient-ils pris la route sur le champ pour rejoindre Erebor.

L'Arkenstone avait été replacée en haut du fauteuil surplombant la tête couronnée du nouveau roi sous la montagne.

-Je ne suis plus dans les bonnes grâces de mon souverain, votre altesse, annonça la femme elfe. Je doute que ma présence ici soit légitime.

Dain détailla Tauriel de la tête aux pieds.

-Les compagnons de Thorin m'ont dit le plus grand bien de vous. Kili était apparemment très attaché à vous.

-Et moi à lui…soupira-t-elle péniblement. Retenir ses larmes devenait à peine plus facile. Elle n'allait pas s'écrouler en ce lieu. Ce qui restait de la compagnie des nains était présente aux côtés de leur roi. Balin lui adressa un sourire des plus chaleureux.

-Je préfère donc vous avoir en face de moi en cet instant plutôt que cette espèce de gringalet vaniteux, râla Dain.

-Votre messager nous a simplement dit que vous souhaitiez nous rencontrer en paix, fit Bard à son tour.

-En effet, répondit le roi nain. Thorin vous avait fait une promesse, déclara-t-il avant de se tourner vers Balin, Dwalin et Oïn qui hochèrent la tête. Il avait promis une part des richesses de la montagne au peuple de Lacville en échange de leur aide.

Le cœur de Bard se mit à battre la chamade.

-C'est ce que nous étions venu réclamer aux portes d'Erebor avant l'attaque des orques, en effet.

-Eh bien je suis quelqu'un qui honore sa parole ainsi que celle des membres de ma famille. Je vous donne donc en ce jour ce qui vous est dû.

L'archer n'en croyait pas ses oreilles. De l'or, des bijoux. Ils pourraient recommencer à vivre, reconstruire Dale et peut-être même Lacville. Son peuple pourrait retrouver l'espoir.

-J'ai fait remplir plusieurs chariots avec votre part du trésor. Mes meilleurs soldats vous escorterons jusqu'à Dale. Vous êtes également dans une situation plutôt difficile en ce moment. J'ai préparé des vivres pour vous. De même que plusieurs de nos forgerons et charpentiers se joindront au convoi et resteront quelques temps dans votre cité pour vous aider à reconstruire. Hélas, nous avons beaucoup à faire ici aussi donc je vous offre bien peu par rapport à ce que je souhaiterais.

Bard s'élança vers le trône. Il s'arrêta à deux pas de l'escalier de pierre, prêt à s'agenouiller aux pieds de leur sauveur, mais Tauriel le rattrapa en un éclair pour lui serrer doucement le bras. Il se rappela tout à coup que lui aussi était désormais roi. Etait-il d'usage qu'un roi s'agenouille devant un de ses semblables ? Il eut rapidement la réponse dans le regard réprobateur que lui lança Tauriel. Quoi qu'il en soit, il posa sa main sur son cœur et s'inclina devant le roi nain.

-Je vous suis infiniment reconnaissant de ce que vous faites pour nous, roi Dain. Autrefois, les nains et les hommes étaient alliés, amis. La bataille des cinq armées a scellé une nouvelle ère où nos deux peuples peuvent retrouver cette fraternité des temps jadis. Si et dès que vous aurez besoin de nous, nous répondrons présents.

-Qu'il en soit ainsi s'exclama Dain en levant son marteau sous les hourras de l'assemblée des nains. Quand à vous dame elfe, vous repartirez aussi avec ce que mon peuple vous doit.

Tauriel leva des yeux plein de surprise vers le roi nain.

-Il y a bien longtemps, mon peuple et le vôtre avaient un accord. Une commande. J'honore cette commande aujourd'hui.

Dain fit signe à un nain à la barbe noire portant un grand coffret de bois de descendre. Ce dernier s'arrêta devant Tauriel et ouvrit le couvercle. Une lueur éblouissante s'en échappa instantanément. Devant les yeux ébahis de la femme elfe, les gemmes de Lasgalen reposaient dans toute leur splendeur sur un lit de diamants.

-Apportez-les à Thranduil. Elles lui appartiennent.

OOOOOOOoooooooooooOOOOOO