Bonjour à tous, encore merci à ceux qui laissent des reviews. Il est difficile de concilier l'oeuvre de Tolkien et la version de P. Jackson. Mais j'essaye. Tauriel, les propos de Thranduil avant le départ de Legolas vers le "Nord"... Et j'essaye surtout de respecter du mieux possible la chronologie. J'espère y parvenir un minimum.
Excellente et heureuse année 2017 à tous.
Chapitre 6 :
Forêt de Mirkwood-
Elle avait décidé de longer la rivière. Le coffre était bien attaché à l'arrière de son cheval. Depuis trois ou quatre lieues, elle se savait observée. Le contraire l'eut étonnée. La garde de Thranduil avait ses ordres. En d'autres temps c'est elle, d'ailleurs, qui les aurait donnés. Elle n'avait pas forcé l'allure. Elle voulait profiter de son retour dans la Forêt Noire pour communier à nouveau avec ses chers arbres. Les rayons blafards du soleil d'hiver peinaient à réchauffer le sol encore couvert du givre matinal. Rien n'avait changé hélas. Les grands chênes aux troncs gris semblaient plus mal en point que jamais. L'air était lourd de leurs lamentations. Le cœur de la femme elfe se serra. Rien n'avait changé depuis son départ. Son cheval s'engagea sur le sentier plus large menant au palais. Les bruissements de feuilles derrière elle qu'on aurait pu imputer au vent et le crissement presqu'inaudible de la mousse la firent légèrement sourire. Qui avait été chargé de faire l'éclaireur ? Olwë ? Saliros ?
Soudain apparut devant elle le pont de pierre. La grande porte était ouverte et Aerandir se tenait debout devant elle. Elle était attendue, en effet. Elle descendit de cheval juste avant la passerelle et s'avança vers ce qui semblait être le nouveau capitaine de la garde.
-Je suis heureuse de vous revoir à nouveau, mon ami, le salua Tauriel.
L'elfe lui adressa un signe de tête doublé d'un sourire.
-Votre retour au palais me ravit également Tauriel.
-Je vois que Thranduil a choisi judicieusement.
-Vous succéder est un honneur. J'espère être digne du privilège qui m'est accordé.
-Je suis certaine que vous l'êtes.
-Resterez-vous au palais définitivement ?
Tauriel hésita avant de répondre. Elle préféra finalement éluder la question.
-J'apporte quelque chose de grande valeur pour le roi, fit-elle en désignant le coffre harnaché sur sa monture.
Aerandir fit signe à Saliros, qui venait d'apparaitre derrière Tauriel comme par magie, de détacher la petite caisse de bois.
-Je vous en prie, fit le nouveau capitaine en s'effaçant devant la femme elfe pour la laisser passer.
La fraîcheur de la grotte et les parfums de sève réveillèrent en elle de tendres souvenirs alors qu'ils avançaient vers la plateforme centrale du palais. Au fur et à mesure qu'ils progressaient le long des racines géantes et des escaliers de pierre, les regards s'attardaient sur la femme elfe, parfois amicaux, parfois emplis d'animosité. Tauriel s'efforça de ne pas y faire attention. Une question lui brulait les lèvres et elle se décida enfin à la poser.
-Le prince Legolas est-il ici ?
Aerandir baissa la tête.
-Je pensais que vous étiez au courant, répondit-il, visiblement mal à l'aise. Legolas n'est pas revenu à Mirkwood après la bataille d'Erebor.
Le sang de Tauriel se glaça instantanément dans ses veines. Elle se figea, forçant Saliros qui portait le coffre derrière elle à s'arrêter brusquement lui aussi pour ne pas la percuter. Aerandir ne voulait rien cacher à Tauriel. Il savait à quel point le prince était attaché à l'ancienne capitaine des gardes. Et ce depuis longtemps déjà. Il s'était tout d'abord amusé de voir Legolas refouler ses sentiments envers elle et n'avait jamais manqué une occasion de taquiner le prince à ce sujet. Mais depuis le retour de Thranduil de ce qu'on nommait à présent « la bataille des cinq armées » sans son fils, Aerandir avait compris que quelque chose de grave s'était déroulé là-bas. Il avait entendu des rumeurs comme quoi Tauriel était tombée amoureuse d'un nain, neveu de Thorin Ecu de Chêne. Il avait alors compris le désarroi de Legolas. Mais il savait aussi que l'amour ne se commande pas. Sa bien-aimée Belwen était le plus précieux des trésors. Il n'avait aucune idée de ce qu'il deviendrait sans elle. Il savait aussi que Legolas était très amoureux de Tauriel malgré tous les efforts qu'il faisait pour le cacher. La situation de ses deux amis le peinait donc énormément. Il se retourna lentement vers la femme elfe et posa sa main sur son bras.
-Je pense qu'il a besoin d'un peu de temps, ajouta-t-il.
Tauriel ravala ses larmes. Bien sûr. Du temps. Comme elle en avait besoin pour tenter de sortir des sables mouvants qui menaçaient de l'engloutir à chaque instant depuis la mort de Kili. Pourtant la cause du désarroi de Legolas était seulement due au fait qu'elle en aimait un autre. Mais la peine de voir un être si cher à ses yeux souffrir par sa faute venait s'ajouter à la douleur de la perte de son amour. En cet instant, elle aurait voulu disparaitre et même ne jamais avoir existé…
-Tauriel…
La voix d'Aerandir la sortit de sa torpeur. Elle se remit à avancer machinalement et se força à fixer le grand trône vers lequel elle se dirigeait. Thranduil était là qui attendait. Il portait une tunique couleur de bronze et tenait à la main une coupe de vin. Quand il vit s'avancer les nouveaux arrivants, il posa la coupe et se leva avant de descendre les marches pour rejoindre la plateforme. Il croisa ses mains devant lui et lança alors à Tauriel un regard à la fois surpris et interrogateur, mais demeura étrangement silencieux.
La femme elfe s'inclina pour le saluer.
-Mon roi, fit-elle tout simplement en guise de préambule.
Le regard de Thranduil passa à travers elle comme si elle était devenue transparente. Il ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais les mots restèrent bloqués aux portes de ses lèvres. Ses yeux de cristal bleus étaient rivés sur le coffret de bois que portait Saliros. Il tendit la main en avant en esquissant un pas. Aerandir et Tauriel virent alors leur roi frappé de stupeur.
-Je reconnais ceci… balbutia-t-il.
Tauriel osa finalement s'expliquer.
-Le roi Dain m'a chargée de vous l'apporter de la part du peuple nain. Il dit que cela vous est dû et qu'en tant que nouveau seigneur d'Erebor, il comptait honorer toutes les promesses faites par les siens.
Thranduil ne put se retenir plus longtemps. Il s'élança vers Saliros et souleva lentement le couvercle du coffre. Son expression changea en une fraction de seconde. Comme si la clarté des gemmes blanches qu'il avait en face de lui avait atteint le plus profond de son âme. Ses yeux se chargèrent de larmes. Il avança ses longs doigts fins vers le collier déposé au centre. Quand sa peau frôla les entrelacs de mithril et de diamant, une vague d'émotion le submergea. Il retira sa main comme s'il venait de se bruler et referma le coffre. La larme qui avait commencé à couler le long de sa joue disparut comme par enchantement et c'est son habituel visage froid et impassible qu'il présenta à nouveau au trio en se retournant vers eux.
-Qu'on l'amène dans mes appartements, ordonna-t-il. Saliros s'éclipsa avec le coffre. Quand à vous, Tauriel, je vous remercie de m'avoir rapporté les gemmes de Lasgalen. Prenez un instant pour vous restaurer et vous reposer un peu et retrouvez-moi un peu plus tard. Nous avons à discuter.
Sur ses paroles, le roi quitta la plateforme. Tauriel et Aerandir se lancèrent un regard surpris. Qui eut cru que Thranduil souverain de Mirkwood était capable de pleurer?
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Fondcombe-Maison d'Elrond-
-Merci de m'accueillir en votre demeure, Seigneur Elrond.
-Tout le plaisir est pour moi mon cher Legolas.
-J'espère pouvoir saluer également dame Arwen avant de poursuivre ma route vers le Nord.
-Hélas, ma fille est en Lorien depuis plusieurs années déjà. Galadriel aime passer du temps avec sa petite-fille, à mon grand désespoir, fit l'elfe. Quant à mes fils, toujours en train de parcourir la Terre du Milieu. Ils ne tiennent pas en place, vous les connaissez bien. Peut-être les croiserez-vous au cours de votre voyage ?
On vint leur apporter des rafraichissements tandis qu'ils s'installaient sur un des balcons surplombant les cascades.
-Elladan et Elrohir ont toujours aimé parcourir le monde, confirma le prince, et combien de fois m'ont-ils demandé de les suivre dans leurs périples.
Elrond lui adressa un sourire triste.
-Hélas, les temps se troublent. Il semblerait qu'un de nos ennemis des plus inattendus soit de retour.
Legolas leva vers lui un regard inquiet.
-Mon père semble penser la même chose. Il a ordonné de renforcer nos frontières. Il a parlé d'une arme très puissante qui serait capable de nous balayer tous. De qui et de quoi parlait-il ?
Elrond prit une profonde inspiration avant de répondre.
-Sauron.
Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas prononcé ce nom et ne pensait pas avoir à le refaire un jour si ce n'est pour compter à ces futurs petits-enfants les histoires du temps jadis. Legolas le dévisagea avec stupeur.
-Il est de retour. Galadriel, Saroumane et moi l'avons combattu à Dol Guldur il y a de cela deux lunes. Il détenait Mithrandir prisonnier. Les neufs étaient avec lui.
-C'est impossible. Ils sont morts.
-Le nécromancien, comme il se fait appeler à présent les a ramenés à la vie. Ce sont des spectres désormais. Sauron aussi en est un. Le plus puissant de tous. Dame Galadriel a réussi à le faire fuir vers l'est. Mais il reviendra. Les orques ont déjà senti que leur seigneur obscur veut recouvrir sa gloire d'antan. Le récit que vous m'avez fait des évènements qui se sont déroulés à Erebor le confirme. Nous devons être vigilants et nous unir pour l'empêcher de nuire à nouveau. Nous autres, elfes, devons faire front. Fondcombe, La Lorien et Mirkwood. Votre père ne doit pas plus faire cavalier seul. Vous devez le convaincre.
Legolas baissa les yeux au sol.
-Il m'est difficile pour l'instant de rentrer à Mirkwood, déclara-t-il.
-Alors j'enverrai un messager. Nous devons débattre de plusieurs choses. Et nous aurions aussi bien besoin de l'aide de Mithrandir.
Soudain, des bruits de course résonnèrent dans les escaliers de pierre menant à la plateforme où ils se trouvaient.
-Seigneur Elrond ! Seigneur Elrond !
Les deux elfes se tournèrent vers les marches pour voir apparaitre un jeune garçon muni d'un arc, tout échevelé et à bout de souffle. Derrière lui, tant bien que mal, une femme svelte et brune tentait de le rattraper. L'enfant se figea au sommet de l'escalier à la vue de Legolas et baissa la tête, tout penaud.
-Pardonnez-moi seigneur Elrond, je ne savais pas que vous aviez un visiteur.
Enfin arrivée au sommet, la femme le saisit par le bras pour le faire redescendre.
-Pardonnez mon fils monseigneur, cela ne se reproduira pas, s'excusa-t-elle.
Elrond lui répondit poliment.
-Ce n'est rien, Gilraen. Je vous en prie, approchez et laissez-moi vous présenter mon ami Legolas Thranduilion, Prince de la Forêt Noire.
La jeune femme s'inclina avec déférence et voyant que l'enfant à ses côtés demeurait aussi figé qu'une statue, elle lui assena une petite tape derrière la tête. Aussitôt, le jeune garçon imita sa mère. Legolas s'en amusa et s'approcha d'eux. Il les salua à son tour d'un signe de tête.
-Je vous présente Gilraen et son fils Estel. Ce sont mes invités. Voyez-vous, notre jeune ami, tout comme vous, nourrit une vive passion pour le tir à l'arc. Vous pourriez peut-être profiter de votre séjour ici pour lui prodiguer quelques conseils afin améliorer sa technique ? proposa Elrond.
-J'ai touché la cible dans le mile, monseigneur ! répliqua l'enfant avec fougue.
-Estel…le gronda sa mère.
- Il ne te reste plus qu'à défier le prince Legolas, rétorqua Elrond.
-Avec plaisir, ajouta l'elfe. Je ne recule jamais devant un défi.
-Oh mère ! Vous êtes d'accord ? S'il vous plait ? supplia le garçon en piaffant d'impatience.
Gilraen soupira et sourit à son fils.
-D'accord mais fait attention.
-Va préparer les cibles. Je te rejoins, fit Legolas.
La jeune femme remercia silencieusement le prince d'un signe de tête et s'éclipsa.
-Je ne vous savais pas précepteur Elrond, fit Legolas en se tournant vers son hôte. Qui plus est pour un jeune Edain.
Le semi-elfe regarda Estel redescendre en sautillant dans l'escalier de pierre menant aux jardins.
-Cet enfant est…très spécial, répondit-il simplement. Il se pourrait que ce jeune mortel ait un impact important sur les évènements à venir…
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C'était la troisième fois d'affilée qu'Estel touchait le centre de la cible placée à cent pas de l'endroit où ils se trouvaient.
-Vous êtes très doué mon jeune ami ! le félicita Legolas.
-Merci votre altesse.
-Par pitié, appelez-moi Legolas. Quel âge avez-vous Estel ?
-J'ai dix ans.
-Vous ferez un bon archer. Il faut juste que vous relâchiez un peu plus votre bras et leviez un peu plus votre menton avant de décocher.
L'enfant était ravi de partager ce moment avec Legolas. Ses grands yeux bleus d'azur parlaient pour lui. De ce jeune garçon pourtant frêle se dégageait une aura et une force de caractère inhabituelles pour un enfant de cet âge. Intrigué, le prince voulut en savoir plus.
-Votre mère et vous êtes ici depuis longtemps ?
-Depuis toujours, répondit spontanément Estel. Cet endroit est magique et le seigneur Elrond est très gentil. J'adore être ici mais j'adore aussi accompagner Elladan et Elrohir dans leurs aventures. Hélas mère ne m'a autorisé à les suivre que deux fois. Nous sommes allés jusqu'à Annuminas une fois. J'avais sept ans.
-Tu es donc un Dunedain ?
-Mère dit que les Dunedains du Nord sont de très bons marcheurs. Près du lac d'Evendinn, ils m'ont baptisé Grand-Pas, fit l'enfant en riant.
A l'évocation de ce surnom, Legolas, qui s'apprêtait à armer sont bras pour tirer, stoppa net son geste avant de prendre une profonde inspiration et décocher finalement sa flèche. Elle alla se planter au travers de celle de l'enfant en plein cœur de la cible.
-Oh… laissa échapper Estel, impressionné.
Legolas se tourna vers lui en souriant.
-Grand-Pas. C'est un surnom intéressant. Et c'est fou comme le monde est petit…
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Forêt de Mirkwood-
Elle se rappelait la dernière fois qu'elle avait descendu ces quelques marches de pierre. Sa dernière discussion avec Thranduil. La mise en garde du roi concernant son attitude avec Legolas. Sa gorge se serra. Le coffre était ouvert, posé sur la table. Le roi était debout devant lui et ne pouvait détacher son regard des gemmes blanches qui illuminaient toute la pièce.
-Les nains ont finalement tenu parole effectivement, déclara-t-il en soupirant. Je leur enverrai prestement ce que je leur dois pour cette commande.
Le roi se perdit encore quelques instant dans la contemplation des pierres. Il semblait comme hypnotisé. Son esprit était ailleurs, piégé dans de lointaines pensées. Tauriel n'y tenait plus.
-Je…je suis navrée pour votre fils. Je ne voulais pas…
Thranduil sortit soudain de sa torpeur. Le regret dans la voix de la jeune femme elfe était presque palpable.
-Legolas a fait son choix. Tout comme vous.
-Vous m'aviez demandé de ne pas lui donner d'espoir…
Le roi baissa les yeux et l'interrompit encore une fois.
-Il devait être encore plus amoureux de vous que je ne le soupçonnais.
Ces paroles clouèrent Tauriel au pilori. Son visage devint livide et ses mains se mirent à trembler. La boule de douleur dans sa poitrine se réveilla.
-L'amour…reprit-il. Impossible de vivre sans et pourtant si destructeur parfois. N'est-ce pas ? Ce n'était pas vraiment une question et Thranduil se dirigea vers le plateau d'argent sur lequel reposait deux coupes et une carafe de vin. Il versa le breuvage vermeil et tendit un verre vers Tauriel. La jeune femme elfe accepta en le remerciant d'un signe de tête. Le roi désigna ensuite un fauteuil à son interlocutrice.
-Asseyez-vous, ordonna-t-il.
L'elfe s'exécuta, et ils se retrouvèrent face à face.
- Je vous jure que pour rien au monde je ne souhaitais causer un tel chagrin à votre fils.
Thranduil but une gorgée de vin. Un silence pesant s'installa entre eux. Les yeux azuréens du roi la fixaient sans ciller. Tauriel trempa à son tour ses lèvres dans le breuvage liquoreux pour tenter de dissiper le malaise.
-Les gemmes de Lasgalen appartenaient à mon épouse. Elle y tenait beaucoup. Mais afin de renforcer nos liens avec les nains de la Moria dont nous dépendions pour nous fournir en mithril, elle en fit cadeau au roi Durin IV qui régnait alors sur les mines.
-Durin IV… Le Second Age… murmura Tauriel
-Vous n'étiez pas née, et Legolas non plus… Peu de temps après, mon épouse est morte. Les rapports que nous entretenions avec les nains sont restés purement commerciaux. Puis ils furent chassés de la Moria pour aller finalement s'installer à Erebor. On m'apprit alors qu'ils avaient réussi à emporter plusieurs de leurs trésors avec eux. Les gemmes en faisaient partie. Je n'ai jamais cessé de penser à ces gemmes. Tout en elles me rappelait ma femme. Jusqu'au jour où Thrain, père de Thorin Ecu de Chene, devint le nouveau roi sous la Montagne. Il avait la réputation d'être une personne d'honneur. Je tentai donc un nouveau rapprochement avec notre nouveau voisin. Je lui commandai la plus somptueuse des parures en mentionnant mon désir d'y incorporer les gemmes de Lasgalen. Diamants et mithril. La beauté et la force. Tout ce que représentait ma bienaimée Ilmarë. Mais même les plus splendides pierres fines n'auraient jamais pu égaler sa beauté. Je comptais payer Thrain avec une centaine d'épées forgées par nos plus habiles artisans, des vivres et des fourrures. Le roi marqua une pause, comme perdu dans ses souvenirs. Tauriel avala une autre gorgée de vin. Thranduil semblait enclin à la confidence en cette fraiche soirée d'hiver. Elle n'allait pas se priver de connaitre enfin, peut-être, la vérité sur le secret le plus mystérieux du royaume sylvestre.
-Mais au moment de récupérer les gemmes, Thrain garda la parure et refusa ce que je lui offrais en guise de paiement.
Même après tout ce temps, le regard de Thranduil se voilait de haine à l'évocation du pire des affronts fait à sa personne.
-Je ne lui ai jamais pardonné. D'où ma rancœur envers son fils Thorin. Aujourd'hui Dain me rend enfin les pierres. Et je lui en suis reconnaissant.
Tauriel avala une seconde gorgée de vin avant de poser la question qui lui brulait les lèvres depuis que Thranduil avait évoqué le sujet un peu plus tôt.
-Pardonnez mon audace, majesté…mais à l'entrée de la forêt, une statue de pierre semble garder les portes du royaume. Représente-elle votre épouse ? Ilmarë ?
Le vin de l'ouest était savoureux et réconfortant. Thranduil se laissait à présent griser par la douce chaleur qui embrumait son esprit et son corps. Depuis quand n'avait-il pas, ne serait-ce qu'évoqué le souvenir de son épouse avec quelqu'un ? Tauriel était assise là, en face de lui. Legolas était parti. La jeune femme elfe semblait être le seul lien qui le reliait à son fils dorénavant, aussi triste que cela puisse paraître. Il ne pouvait plus garder ce fardeau pour lui seul. Il devait se libérer. Comme Tauriel lui avait courageusement avoué son amour pour Kili. Il sentait qu'en cette soirée d'hiver, son ancienne protégée devait être celle à qui l'histoire pouvait être racontée.
-C'est bien elle… Tout comme vous, elle aspirait à fraterniser avec nos voisins. Avec les changeurs de peau, avec les hommes, avec les nains… Et tout comme vous, elle était une guerrière accomplie.
Tauriel écoutait avec attention.
-La naissance de notre fils n'arriva pas à calmer son impétuosité. Elle haïssait les orques au plus haut point et les nouvelles du Nord n'étaient pas bonnes. Les orques s'apprêtaient à attaquer l'actuel Gundabad, alors sanctuaire des nains… Une rumeur était parvenue jusqu'à nous.
-Legolas a-t-il souvenir de tout cela ?
-C'était il y a une éternité, soupira le roi, soudain très las. Je doute que Legolas se rappelle de ce jour. Il était un enfant. Nous nous sommes disputés ce soir-là. Elle voulait que nous allions aider les nains. Elle disait que nous devions renforcer les liens qui nous unissaient comme jadis le peuple des elfes et celui des hommes s'étaient alliés pour combattre le Mal. Qu'après les nains, les ténèbres allaient assurément fondre sur nous et qu'il fallait se battre. J'ai refusé. Alors elle a décidé d'y aller seule. Au matin, elle avait rassemblé une partie de notre armée et chevauché jusqu'au sanctuaire.
Le regard de Thranduil se voila. Sa voix devint plus fébrile.
- Quand j'ai appris son départ, j'ai tenté de la rejoindre avec le reste des troupes. Mais à notre arrivée, tout était fini. Nous avions triomphé. Beaucoup des nôtres étaient tombés car les orques étaient plus nombreux que nous le pensions mais leur armée avait été éliminée. Mais elle... avait été gravement touchée... Elle n'était pas encore morte quand j'ai couru vers elle. Je me suis agenouillé et je l'ai prise dans mes bras. Elle m'a dit qu'elle était désolée…Elle m'a demandé de prendre bien soin de notre fils, qu'elle nous aimait plus que tout et elle m'a souri avant de fermer les yeux. Son corps a été ramené à Valinor, comme elle le désirait. Gundabad est finalement tombé entre les mains des orques plusieurs décennies plus tard.
Le silence se fit alors dans les appartements du roi. Tauriel n'osait plus respirer de peur de troubler cet instant douloureux.
-Depuis ce jour, pas un seul instant ne passe sans que je pense à elle et que mon cœur ne souffre mille maux, ajouta le roi en levant les yeux vers la jeune femme elfe. Je n'ai pas besoin de statue pour me rappeler d'elle. Son visage me hante jour et nuit.
OooooooO
A suivre
