Chapitre 8
Troisième âge- 3017
Dale
Tauriel entendit hurler depuis le bas de l'escalier. Elle grimpa rapidement les marches et frappa à la lourde porte de chêne. Sans attendre de réponse, elle entra dans la chambre pour trouver Elig qui tentait de calmer la vieille femme allongée sur le lit.
-S'il vous plait Sigrid, ne vous énervez pas !
Vêtue d'une grande chemise de nuit lui arrivant à mi- mollet, elle agitait les bras et sa longue chevelure blanche était en bataille.
-C'est Tilda qui me coiffe ! Uniquement Tilda ! Je ne veux pas que tu touches mes cheveux ! Appelle Tilda ! Dis-lui de venir !
Elig capitula. Elle se tourna vers Tauriel avant de lever les yeux au ciel.
-Elle ne me laisse rien faire depuis ce matin. Elle est très agitée.
La jeune femme elfe se dirigea vers Sigrid et attrapa doucement ses poignets. Les yeux de la vieille femme se focalisèrent soudain sur elle et comme par magie, son visage passa de l'inquiétude à l'émerveillement en une fraction de seconde.
-Tauriel, tu es là… Je veux que ce soit toi qui me coiffe aujourd'hui, tu veux bien n'est-ce pas ?
L'elfe aida son amie à s'asseoir sur le lit. Elig la remercia silencieusement du regard avant de s'éclipser de la chambre. Tauriel attrapa la brosse posée sur la petite table de nuit.
-Je peux ? demanda-t-elle doucement.
La fille de Bard soupira de satisfaction avant d'acquiescer de la tête.
-J'aime quand tu t'occupes de moi, murmura-t-elle. Tilda va venir aujourd'hui ?
-Elig prend soin de toi aussi. Elle est très gentille et patiente. Tu ne devrais pas t'énerver contre elle. Et tu sais bien que Tilda est à Lacville maintenant. Ton fils Ernon est là-bas aussi.
Sigrid baissa la tête et se mit à bouder comme une enfant que l'on venait de gronder. Le cœur de Tauriel se serra.
- Mais je ne te quitte pas, ne t'inquiète pas. Je crains que tu sois coincée avec moi pour encore un bon bout de temps ! plaisanta-t-elle.
Sigrid lui adressa alors le plus bienveillant des sourires.
-Tu es toujours aussi jeune et belle. Et je suis si vieille à présent ! Comme j'aimerais être un elfe moi aussi… Mais j'ai eu une vie bien remplie. J'ai été si heureuse. Et à présent, je suis prête à quitter ce monde sans aucun regret.
- Tu n'es pas encore morte que je sache ! répondit Tauriel en passant doucement sa main sur la joue de la vieille femme. Tu es en pleine forme.
-J'ai quatre-vingt-douze ans…
-Une jeune fille, c'est bien ce que je disais, répliqua l'elfe avec un grand sourire. Regardez-moi cette magnifique chevelure ! Je pourrais peut-être te faire des tresses aujourd'hui.
Sigrid plongea ses yeux dans ceux de son amie.
-Tu aurais dû aller le retrouver…
La jeune femme elfe se figea avant de dévisager la vieille femme avec circonspection.
-Excuse-moi ?
-Legolas… Après la mort de Kili, tu aurais dû aller le retrouver. Tu étais si aveugle ! Tu ne t'es même pas rendu compte de la façon dont il te regardait. Il était si charmant. Si courageux et noble. Tu m'as dit que quand tu étais plus jeune toi aussi tu étais amoureuse de lui.
-Quand j'étais une enfant Sigrid…ça ne compte pas.
La vieille femme leva les yeux vers l'elfe.
-Il était ton premier amour. Cela ne s'oublie jamais.
Soudain, elle voulut se lever mais perdit l'équilibre avant que Tauriel ne la rattrape de justesse.
-Si tu ne veux pas le faire je le ferais moi ! J'irais à Mirkwood ! Je vais aller le chercher pour toi ! Pour que tu sois enfin heureuse !
Tauriel la força à se rasseoir près d'elle. Elle passa la main sur son front avec bienveillance.
-Chhh…. Calme-toi Sigrid, fit-elle. Ce n'était pas la première fois que son amie s'emportait de la sorte. Ces épisodes étaient de plus en plus fréquents. Elle s'énervait pour des subtilités, marmonnait et ressassait les choses du passé, oubliait ce qu'elle venait de dire ou confondait les noms et les visages avant de recouvrer subitement toute sa lucidité.
-Tu aurais dû lui dire que tu tiens à lui, Tauriel, tu aurais dû…
-Tu as raison. Je tiens beaucoup à lui. Mais Kili…
-Kili est mort et tu es vivante ! s'exclama Sigrid.
A cet instant précis, Tauriel se remémora les paroles que Bard lui avait dites quelques décennies plus tôt. Plus elle regardait Sigrid, et plus la ressemblance avec son père était évidente. Certes, son amie aurait souhaité être un elfe. Mais avait-elle seulement idée de ce que cela impliquait? Voir les mortels grandir, vieillir, diminuer comme Sigrid en ce moment précis et mourir. S'attacher à eux, les aimer profondément, comme une famille, et les perdre, les uns après les autres.
-Ma tête tourne à présent. Je suis fatiguée, balbutia Sigrid.
Tauriel l'aida à se mettre au lit. Elle arrangea les oreillers pour que son amie soit bien installée.
-Je dois me faire belle pour le mariage de Bain. Je dois aider papa à accueillir les invités et Tilda à enfiler sa robe aussi… fit soudain Sigrid avant de tenter de se relever à nouveau.
La jeune femme elfe soupira. L'esprit de la vieille femme venait encore de se perdre dans le labyrinthe de ses souvenirs. Tauriel restait souvent là, à la regarder se replonger dans son passé en silence, la plupart du temps, le sourire aux lèvres. C'était le cas en cet instant. Que pouvait-elle bien se rappeler ?
Elle préféra ne pas la contrarier.
-Le mariage est dans trois jours Sigrid. Tu as bien le temps pour cela. Ne t'en fais pas d'accord ?
Son visage se détendit alors et elle ferma les yeux.
Une fois son amie endormie, Tauriel sortit de la pièce, referma la porte et, la main toujours sur la poignée, appuya son front contre le bois dur. Elle avait besoin de quelques instants pour refouler les larmes qui montaient jusqu'à ses yeux. Elle entendit les pas d'Elig qui s'approchait d'elle.
-Son état s'aggrave, déclara la jeune femme. J'ai peur que…
-Je connais un remède qui va ralentir le processus, la coupa l'elfe. Une plante rare qui ne pousse qu'à un seul endroit. J'ai juste besoin de partir pendant quelques semaines. Je vais aller prévenir le roi Brand.
-Où allez-vous trouver cette plante dame Tauriel ?
La jeune femme elfe soupira.
- A Dol Guldur.
OooooO
Au Nord des Montagnes de Mirkwood
-C'est trop serré ! Cette corde nous fait mal aux poignets. Les lamentations de la créature s'achevèrent par son râle habituel. Gollum ! Gollum !
Aragorn, le dos appuyé contre un rocher, jeta un œil par-dessus le feu crépitant servant à les réchauffer. Il avait attaché Gollum les mains dans le dos au tronc d'un petit arbre. Emmitouflé dans son grand manteau brun, il fumait tranquillement en essayant de faire abstraction des gémissements incessants de son prisonnier. Cela faisait maintenant trente jours qu'il avait capturé l'ancien porteur de l'anneau à la lisière des Marais des Morts. Et il avait pu voir à quel point l'Unique avait pu ravager le corps et l'esprit de celui qui, autrefois, avait été un simple Hobbit de la branche des Forts. Gandalf lui avait demandé de l'amener à Mirkwood dans les geôles de Thranduil.
-Trop serré….Gollum ! Gollum !
-Tais-toi ! Tu vas attirer tous les orques des environs avec tes jérémiades !
-Nous n'avons pas peur de toi ! N'est-ce pas mon précieux ? Oui, sale rodeur, sale rôdeur ! Gollum ! Gollum !
-Tu ferais mieux de dormir. Demain nous doublons la cadence.
-Le rôdeur est méchant ! Nous n'avons rien fait ! Rien du tout pour mériter ça ! Nous ne voulons plus marcher. Nous sommes fatigués. Nous n'aimons pas la forêt. Surtout celle-là.
Aragorn soupira avant d'éteindre sa pipe et de rabattre son capuchon pour essayer de trouver le sommeil. Au bout de quelques minutes durant lesquelles il lui sembla que la créature s'était enfin calmée et commençait à s'endormir, il entendit un léger craquement qui le fit porter la main à la garde de son épée. Quelqu'un s'approchait. En un éclair, il fut sur ses deux pieds, sa lame dirigée vers l'inconnu. Une flèche était pointée dans sa direction. Gollum sortit également de sa torpeur.
-Un elfe ! Un elfe ! s'écria-t-il !
Aragorn n'arrivait pas à distinguer le visage de son assaillant, masqué par l'ombre des feuillages. Mais il était à Mirkwood. Quoi de plus naturel que de tomber sur un elfe sylvestre en patrouille sur le territoire de Thranduil. Il abaissa son arme et leva sa main libre en guise d'apaisement. De toute façon, si cet inconnu décochait sa flèche, il était mort.
-Je n'ai aucun désir de me battre, déclara-t-il en rengainant son épée.
Il vit l'arc s'abaisser à son tour et la silhouette fine sortir enfin de l'obscurité des arbres pour entrer dans la douce lumière pourvue par son modeste feu de camp. L'individu dégagea sa capuche, et, à la surprise, d'Aragorn, ce fut un « elle » et non un « il » qui se présenta à lui.
-Moi non plus. Puis-je savoir ce que vous faites ici ?
La jeune femme elfe lança un regard intrigué vers Gollum qui grogna et tenta de cacher son visage avec ses mains.
-Je me nomme Grand-Pas. Je suis un Dunedain du Nord. Cette créature est mon prisonnier et je dois le livrer au roi Thranduil.
- Je me nomme Tauriel. Eh bien, Grand-Pas, me donneriez-vous l'autorisation d'utiliser votre feu afin que je puisse faire cuire ce gibier que je viens de prendre ? fit-elle en tirant de sa gibecière deux magnifiques perdrix. Je suis même prête à partager.
-Pouah..cuire ! Tu entends ça mon précieux ? Cuire ! Quel gâchis ! éructa Gollum en se léchant les babines à la vue des deux oiseaux tuées par la jeune femme elfe.
Tauriel le regarda avec un mélange d'incompréhension et de pitié.
-Ne faites pas attention à lui. Je vous en prie, fit Aragorn en lui désignant une place près du feu.
Les deux volailles furent rôties et vite avalées. Seul Gollum refusa de gouter à cette « abomination » comme il s'était évertué à qualifier ce bien sympathique repas.
Ils discutèrent longuement de Gollum, de Mithrandir et du périple de Grand Pas depuis les Marais des Morts. Aragorn apprit que Tauriel avait connu le magicien à la Bataille des Cinq Armées mais l'elfe changea rapidement de sujet. Elle voulut tout savoir à propos de la noirceur qui grandissait à l'Est et le rôdeur lui raconta ses rencontres avec les groupes d'orques tout au long de son voyage jusqu'à la forêt. Il interrogea ensuite Tauriel sur l'objet de sa présence à Mirkwood.
-Je croyais que vous veniez du palais.
-Cela fait bien longtemps que je ne vis plus au palais…Longue histoire, fit-elle en baissant les yeux. Non je dois me rendre à Dol Guldur.
Aragorn fronça les sourcils.
-Vous plaisantez. Vous voulez allez à Dol Guldur ? Seule ?
Tauriel releva la remarque en affichant un petit sourire.
-Je suis une elfe sylvestre. Je connais très bien cette forêt et on peut dire que j'ai une certaine expérience avec ces créatures.
-Alors vous savez que de nouveaux nids d'araignées sont apparus au sud et à l'est des montagnes.
Le visage de Tauriel se ferma. Elle tourna la tête vers Gollum. Ce dernier s'était finalement endormi et ronflait doucement appuyé contre son arbre.
-Elles sont toujours là…soupira-t-elle.
-Oui elles sont là. Et même si je ne doute pas que vous puissiez vous débrouiller seule et que vous sachiez vous servir de ça, fit-il en désignant l'arc de la jeune femme elfe, je pense que vous sous-estimez le danger.
-Je dois absolument me rendre là-bas. Je contournerai les nids en traversant la rivière plus à l'ouest jusqu'à la vieille route. Puis je marcherai droit vers le sud. J'ai besoin d'une plante bien particulière qui ne pousse que dans les ruines de Dol Guldur.
Aragorn fut soudain intrigué. Tauriel poursuivit.
-J'ai besoin de nauthnestad.
-La plante qui guérit l'esprit, traduisit le rôdeur.
Les crépitements du feu s'étaient atténués. Aragorn attrapa de nouvelles branches et les jeta dans les flammes puis il resta silencieux. Le visage de cet homme était indéchiffrable. Tauriel était pourtant assez douée pour cerner les gens mais ce mortel était vraiment particulier. Quelque chose d'étrange émanait de lui mais elle n'arrivait pas à définir exactement ce que c'était : une aura, une force plutôt bienveillante… Bizarrement, Aragorn n'avait posé aucune question la concernant d'où elle venait, pourquoi elle avait quitté les cavernes de Thranduil…
La nuit se fit soudain plus fraiche. Emmitouflée dans un grand manteau gris, Tauriel tenta vainement de s'endormir. La créature attachée à l'arbre grognait dans son sommeil. Il balbutiait des paroles sans queue ni tête au sujet d'un « précieux » qu'on lui aurait volé.
Soudain, tous les sens de la jeune femme elfe furent en alerte. De l'autre côté du feu, elle vit qu'Aragorn avait déjà la main posée sur la garde de son épée. Quelque chose approchait d'eux. Le rôdeur l'avait senti lui aussi. C'est alors qu'un cri strident déchira l'obscurité. Tauriel bondit sur ses jambes et attrapa son arc. Elle décocha une flèche dans la nuit à l'endroit où les branches s'étaient mises à s'agiter frénétiquement. Les cris redoublèrent ou plutôt un mélange de sifflements et de caquètements métalliques.
-Des araignées ! hurla Tauriel en continuant à décocher ses flèches. Elle ne savait même pas si elles atteignaient leur cible.
Aragorn brandit son épée et se retourna vers Gollum, lui aussi à présent parfaitement réveillé.
-Elles arrivent ! Elles arrivent ! Elles vont nous dévorer tous crus ! Détachez-nous ! Détachez-nous ! fit la créature en se tortillant dans tous les sens pour tenter de se libérer.
La première araignée bondit sur eux. D'un coup de patte elle projeta Aragorn contre le rocher derrière lui. Malgré l'impact, il esquiva les crocs velus de la bête et roula sous la masse imposante du monstre pour se saisir d'une branche incandescente qu'il planta dans son abdomen.
Deux autres araignées firent leur apparition. Tauriel lâcha son arc et attrapa ses dagues. D'un bond, elle atterrit sur le dos de la première. Elle la transperça avec rage avec une de ses lames avant de lancer la deuxième en direction de la tête de l'autre araignée qui avait repéré Gollum. La créature tomba raide morte devant le prisonnier terrorisé et hurlant toujours ligoté à son arbre.
Une autre araignée arriva par la gauche, puis une autre… Elles étaient trop nombreuses. Aragorn tranchait des pattes, évitait les crochets, mais se retrouva vite acculé auprès de Gollum. Tauriel utilisait sa vitesse et son agilité pour transpercer et mutiler elle aussi le plus possible mais le flot de créature surgissant de la forêt ne semblait pas vouloir se tarir. Elle repéra à côté d'Aragorn, un arbre au tronc recouvert de sève. Elle plongea vers le feu où elle avait laissé son arc et décocha la flèche. Le tronc s'embrassa instantanément de même que trois araignées qui descendaient depuis la cime. Le feu sembla un instant effrayer les monstres et Gollum en profita pour s'accrocher comme il le put avec ses jambes au mollet d'Aragorn.
-Lâche-moi ! hurla le rôdeur avant de sentir une douleur fulgurante transpercer son épaule. Une araignée était parvenue à y planter une de ses griffes. Mais aussitôt, le membre sans vie de la bête tomba aux pieds d'Aragorn. Tauriel venait de lui trancher la patte d'un coup de dague avant de planter l'arme entre ses deux paires d'yeux. La créature s'écroula aux pieds du rôdeur. L'elfe se retourna pour faire face à d'éventuels nouveaux assaillants mais les araignées reculèrent avant de s'enfuir dans l'obscurité de la forêt.
Tauriel était hors d'haleine. Aragorn sentit ses jambes se dérober sous lui et posa un genou à terre. Sa tête tournait et sa vision se troublait.
-Vous avez été piqué, constata l'elfe. L'extrémité de leurs griffes contient du venin.
Aragorn voulut se relever mais s'en sentit incapable. Plus loin, les lamentations de Gollum résonnaient dans le silence de la nuit qui pesait à nouveau sur le camp.
-Mon précieux ! Mon précieux ! Elles ont failli nous dévorer ! Vous êtes stupides ! Stupides !
-Tais-toi ! menaça Tauriel sur un ton implacable. Elle n'eut pas besoin de se répéter. Gollum se recroquevilla au pied de son arbre sans rechigner.
Elle se précipita vers Aragorn pour constater l'état de sa blessure. Son bras prenait déjà une teinte noirâtre. Leurs regards se croisèrent. Ils savaient déjà tous deux que la situation était critique.
-Nous devons rejoindre le palais le rapidement possible, décréta Tauriel.
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Palais de Thranduil
-Aerandir, il a été piqué par une araignée. Il n'y a pas de temps à perdre ! s'exclama Tauriel à la vue du capitaine des gardes et de son escouade qui venait à leur rencontre sur le sentier menant au palais.
-Hannad (merci), murmura Tauriel à l'oreille du grand cerf qui s'était arrêté à côté d'elle. Elle avait transporté Aragorn sur le dos de l'animal qui avait office de monture.
Gollum gigotait derrière la bête, attaché par les mains et le cou grâce à une corde. Le capitaine des gardes acquiesça sans un mot et fit signe à deux de ses hommes de se charger d'Aragorn.
-Emmenez-le voir Merlys ! Vite !
-Il s'appelle Grand-Pas et il conduisait justement ce prisonnier ici quand nous avons été attaqués par les araignées au pied des montagnes. Comment se fait-il que ces monstres soient si proches du palais à présent ? lâcha Tauriel en défiant Aerandir du regard.
Le capitaine soupira mais ne baissa pas les yeux pour autant. La jeune femme elfe regretta aussitôt ses paroles. Elle savait très bien que son successeur, tout comme elle, devait se plier aux ordres du roi. Et il ne devait pas pouvoir non plus faire tout ce qui lui semblait nécessaire pour éradiquer la menace des araignées une bonne fois pour toutes.
Soudain, les soldats se raidirent et se mirent tous au garde à vous. Legolas marchait d'un pas déterminé et se dirigeait vers eux. Il arrêta les deux elfes qui menaient Aragorn à l'intérieur et inspecta le bras du rôdeur. Son visage se para d'inquiétude quand il vit que Grand Pas était à demi-conscient à présent. Il encouragea les soldats à se dépêcher puis rejoignit le groupe à l'entrée du palais. Ses yeux se plantèrent dans ceux de Tauriel. C'était à la fois si bon de le revoir et si douloureux. Bien sûr il n'avait pas changé. Toujours aussi majestueux, charmant et sérieux.
-Bonjour Tauriel, lança-t-il le plus simplement du monde.
-Legolas, répondit-elle en inclinant la tête.
OooooooooooO
Aragorn était allongé sur un lit de la salle de guérison. Merlys venait de lui donner un antidote et le rôdeur s'était endormi. La fièvre n'avait pas encore baissé et on pouvait l'entendre murmurer des bribes de phrase en elfique. Tauriel aurait d'ailleurs juré l'avoir entendu prononcer le prénom d'Arwen.
-Il a besoin de repos, chuchota la guérisseuse en rejoignant Legolas et Tauriel qui attendaient en retrait devant la porte ouverte de la salle.
Depuis leurs retrouvailles, ils avaient pris soin de ne pas avoir à échanger plus de deux phrases. Legolas avait proposé d'aller retrouver Grand Pas et de prendre de ses nouvelles. Ils avaient assisté en silence aux soins prodigués par Merlys. Tauriel voyait bien que le prince semblait aussi troublé qu'elle. Elle n'arrivait pas très bien à définir ce qu'elle ressentait en cet instant. Bien sûr, elle était heureuse de revoir son ami de toujours. Mais elle n'était pas certaine que ce fût réciproque.
-Je reviendrai lui faire boire un peu plus de potion quand il sera réveillé, ajouta la guérisseuse. Elle avança ensuite vers Tauriel et la serra dans ses bras. Je suis si heureuse de te revoir.
La jeune femme elfe, lui rendit son étreinte.
-Moi aussi je suis heureuse. Tu m'as beaucoup manqué.
Merlys lança un petit regard en coin lourd de sens en direction du prince avant de prendre congé. Le silence retomba comme une chape de plomb entre les deux elfes.
-Nous devrions aller voir mon père, décréta finalement Legolas en se dirigeant vers les escaliers de pierre.
Tauriel n'avait pas bougé.
-Je suis désolée, lâcha-t-elle sans préambule.
Legolas se figea.
- Je vous ai contraint à l'affrontement avec votre père. J'ai désobéi à mon roi et je vous ai fait souffrir. Je suis désolée. Je ne voulais pas tout cela.
Le prince revint lentement sur ses pas. La jeune femme elfe sentait les larmes monter. Elle s'était souvent demandé comment se passeraient ses retrouvailles avec Legolas si elles avaient lieu. Elle avait imaginé de multiples scénarios, certains heureux, d'autres tragiques. Mais la plupart du temps, Legolas la blâmait, elle et son amour pour Kili. Il l'accusait de l'avoir trahi lui et son peuple. Peut-être que cette version lui convenait plus que toute autre car, au fond, c'est ce qu'elle méritait après tout.
-Je ne voulais pas briser votre cœur. Je n'ai pas choisi.
A ces mots, Legolas plongea son regard d'azur dans le sien. Elle n'y vit aucune rancœur, aucun reproche mais plutôt une sorte d'acceptation qui l'étonna. Il lui adressa un sourire triste avant de s'approcher d'elle. Il ne fut plus qu'à quelques centimètres et, sans pouvoir esquisser le moindre mouvement, elle vit la main du prince se lever et venir effleurer sa joue. Jamais auparavant il ne s'était permis un tel geste. Mais au contact si doux de ses doigts caressant sa peau, Tauriel sentit son cœur s'accélérer.
-Je sais, murmura-t-il. Vous n'avez pas à vous excuser et je n'ai rien à vous pardonner. Je n'ai pas non plus choisi de tomber amoureux de vous. Ce n'est la faute de personne.
Puis Legolas la contourna pour disparaitre dans l'escalier de pierre. Une larme coula que la jeune femme elfe s'empressa d'essuyer d'un revers de la main.
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