Troisième Age- juin 3019 :

Mirkwood

Tauriel acheva d'ajuster le col de sa tunique avant de se lever pour récupérer ses dagues posées sur le fauteuil près de son lit. Belwen, debout sur le seuil de la chambre, la regardait faire en silence.

- Aucune remontrance de ta part ? demanda Tauriel.

Belwen lui répondit par un sourire avant d'ajouter:

-Pour quoi faire ? De toute façon tu n'as que faire de mon avis. Tu es la personne la plus têtue que je connaisse. Tu as décidé de partir et tu partiras, quoi que je dise.

Une vive douleur se réveilla soudain alors qu'elle étendait le bras pour positionner correctement son fourreau dorsal mais son visage de marbre ne laissa absolument rien paraitre. Merlys lui avait conseillé d'attendre encore quelques jours avant de quitter Mirkwood mais Tauriel en avait décidé autrement.

-Je vais bien, déclara la femme elfe en passant devant son amie pour sortir de la chambre. Belwen lui emboita le pas.

-Où vas-tu aller à présent ? demanda l'elfe aux cheveux d'ébène.

-Je dois me rendre à Erebor.

-Tu retournes vivre avec les nains ?

-Non j'ai juste quelque chose à faire là-bas. Mais d'abord je dois aller parler au roi.

Sa démarche était assurée mais ses mains tremblaient légèrement. Belwen la rattrapa soudain et lui saisit l'avant-bras pour stopper son élan. Tauriel, surprise, pivota pour lui faire face.

-Je ne t'ai pas remerciée, fit la jeune elfe brune avec un grand sourire. Pour Aerandir. Tu lui as sauvé la vie à lui aussi. Merci de tout mon cœur.

Tauriel prit le temps de contempler le visage reconnaissant de son amie et les deux femmes s'étreignirent chaleureusement au milieu de la passerelle.

-Je suis contente qu'il aille bien. Vous méritez d'être heureux tous les deux. J'espère enfin un jour assister à votre union.

-Et j'espère aussi que tu trouveras le bonheur que tu mérites Tauriel.

Le cœur ragaillardi par les paroles affectueuses de Belwen, l'ex-capitaine des gardes se dirigea ensuite vers la salle du trône.

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Minas Tirith :

Le soleil était en train de se coucher derrière les plus hauts sommets des montagnes blanches à l'ouest. Aragorn admirait le ciel se parer de teintes violettes et orangées alors que le doux vent du sud venait caresser son visage fatigué mais serein.

-C'était un mariage splendide, fit une voix derrière lui.

Le Dunedain accueillit la venue de Legolas avec un sourire satisfait.

-Merci mon ami. Merci pour tout.

-A votre service majesté.

-J'ai encore du mal à réaliser tout ce que nous avons accompli, Legolas. Et j'ai encore plus de mal à m'habituer à ce que les gens me donnent du « majesté » à présent…

-Pourtant vous êtes le roi du Gondor dorénavant. Il va falloir vous y faire, s'amusa l'elfe.

-En effet.

Les deux amis portèrent ensemble une nouvelle fois leur regard vers l'horizon.

-J'espère que tout ira bien désormais pour nos amis de la Comté, soupira Aragorn.

-Je suis venu vous dire au revoir moi aussi, annonça Legolas. Gimli et moi partons pour le Rohan. Il y a quelques temps de cela, je lui ai promis de visiter avec lui les cavernes étincelantes et notre cher fils de Gloin semble plutôt pressé de se rendre dans ce lieu enchanteur.

Aragorn se retourna vers son ami le sourire aux lèvres.

-Vous serez toujours tous les deux les bienvenus à Minas Tirith. Revenez dès que vous le souhaitez.

Le roi posa ses mains sur les épaules du prince de Mirkwood qui fit de même en retour. Tous deux inclinèrent la tête en signe de déférence.

-Vous saluerez Arwen de ma part, ajouta Legolas.

-Je n'y manquerai pas rétorqua Aragorn avant de regarder l'elfe s'éloigner.

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Erebor-Royaume Nain

Tauriel arriva devant les portes monumentales du palais sous la montagne. Les gardes nains l'arrêtèrent et elle se présenta avant d'attendre l'autorisation d'entrer. Alors que son cheval patientait calmement, elle inspira profondément, tentant de chasser le trouble qui l'assaillait en cet instant devant le seuil du royaume de Dain. Les nains et les hommes avaient, eux aussi, subi les assauts des troupes de Sauron composées presque exclusivement d'orientaux au cours des derniers mois. Les habitants de Dale avaient d'ailleurs dû quitter la cité pour se réfugier chez leurs alliés. Finalement, ils avaient triomphé et étaient parvenus à chasser l'ennemi après la chute de Sauron. Les vestiges des récents affrontements parsemaient encore la plaine au pied de la montagne. Le souvenir de la bataille des cinq armées revint à l'esprit de la femme elfe. Instinctivement, elle tourna la tête vers les crêtes sombres de Ravenhill. Mais le bruit des lourdes portes pivotant pour la laisser pénétrer dans le palais la ramena à la réalité.

Elle fut accueillie par le roi Dain et s'inclina devant lui.

-Bienvenue à Erebor, Tauriel. Quelles nouvelles des terres du sud ?

-Je suis ravie de voir que vous avez vaillamment repoussé les troupes de Sauron. Les royaumes elfiques ont également dû faire face aux armées du seigneur des ténèbres et en sont ressortis victorieux, tout comme vous. Mirwood est enfin débarrassé du mal qui le rongeait. Celeborn et Thranduil ont décidé de rebaptiser la forêt noire. Désormais le territoire sylvestre se nomme Eryn Lasgalen. La chute de Sauron est une bénédiction. Et Thranduil vous envoie ses chaleureuses salutations.

-Mmmmhhh, vous faites une parfaite ambassadrice Tauriel aussi talentueuse que rompue à la diplomatie ! Car je doute que les salutations de votre roi soient aussi chaleureuses que vous le laissiez entendre. Dain partit d'un petit rire moqueur.

La femme elfe ne put s'empêcher de l'imiter avant d'emboiter le pas au roi nain qui l'invita à le suivre.

Elle se retrouva à partager le festin préparé pour son arrivée. L'hospitalité des nains était légendaire. Entourée de Gloin et Bofur, elle ne put s'empêcher de partager la bonne humeur de ses amis et le bonheur de les revoir tous sains et saufs.

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Le ciel était dégagé. Les milliards d'étoiles au-dessus de sa tête offraient le plus beau des cortèges au grand croissant de lune dont la lumière se reflétait sur les eaux de la rivière Celduin.

Tauriel laissa divaguer ses pensées tout en respirant l'air frais caressant son visage. Avant de partir pour la montagne solitaire, elle avait tenu à parler avec Thranduil. Elle devait lui faire part de ses intentions. Elle avait décidé de ne pas s'enfuir comme une voleuse cette fois.

Elle avait fait irruption sur la plateforme alors que Thranduil était en train de s'entretenir avec Eldenor et plusieurs autres soldats. D'un simple geste de la main, le roi avait signifié à ses interlocuteurs de les laisser seuls. Tauriel s'était sentie soudain fébrile et hésitante. Thranduil l'avait dévisagée avec circonspection et inquiétude.

-Merlys ne vous a-t-elle pas recommandé de vous reposer encore quelques jours ? fit-il en approchant de quelques pas vers elle.

-Je me sens beaucoup mieux, Monseigneur. Je vous assure. Je suis venue vous témoigner de ma plus profonde gratitude. Merlys m'a dit que vous aviez joué un rôle crucial dans mon rétablissement. Je vous en suis extrêmement…

-Tauriel, la coupa le roi. Vous avez failli sacrifier votre vie pour sauver la mienne.

La femme elfe leva les yeux vers lui et soutint son regard d'acier.

-Vous êtes toujours mon roi. J'ai fait des erreurs jadis. Je vous ai déçu et j'ai trahi votre confiance mais je serai toujours loyale au peuple de Mirkwood.

Elle crut voir se dessiner un léger sourire sur les lèvres du souverain avant que ce dernier ne se retourne vers la balustrade surplombant le canyon en contrebas.

-Alors c'est aussi à moi de vous remercier, répondit-il.

Tauriel sentit sa gorge se serrer.

-Monseigneur, vous n'avez pas…

-Legolas est venu vous voir pendant votre convalescence, ajouta-t-il sans lui laisser le temps de terminer sa phrase.

Tauriel se figea.

-Legolas était…Je n'ai pas…balbutia-t-elle sans pouvoir subitement mettre de l'ordre dans les pensées qui se bousculaient dans sa tête.

-Vous étiez inconsciente. Il est reparti pour Minas Tirith après s'être assuré que vous étiez hors de danger.

-Il est donc sain et sauf ?

Thranduil se retourna alors, en jetant à présent un regard intrigué vers l'ex-capitaine des gardes. C'était bien la première fois qu'il voyait la femme elfe aussi troublée à l'évocation du nom de son fils. Hormis peut-être la fois où il lui avait confirmé que Legolas éprouvait des sentiments pour elle et lui avait demandé de ne pas lui donner de faux espoirs. Il la regarda ensuite inspirer profondément et relever la tête pour lui faire face à nouveau. Une lueur nouvelle brillait dans les yeux de la jeune elfe. Un mélange de soulagement et de surprise.

-J'en suis très heureuse, ajouta-t-elle.

Thranduil perçut comme une hésitation dans sa voix.

-Parfait. Vous avez donc décidé de quitter le palais à nouveau ?

-Oui, je compte me rendre à Erebor une nouvelle fois.

-Votre affection pour les nains est donc toujours aussi vivace.

Tauriel tiqua légèrement et le roi regretta immédiatement de s'être laissé aller à une telle remarque.

-Je dois rendre ramener ceci sur la tombe de Kili.

Tout en prononçant ces mots, Tauriel avait sorti la petite pierre polie de sa poche. Thranduil posa un regard curieux sur le caillou gravé. Il savait que ce genre de colifichet était très apprécié des nains. Ils les considéraient souvent comme des porte-bonheurs.

-Je n'en ai plus besoin à présent, soupira la femme elfe.

Un sourire triste ornait son visage. Elle serra son poing sur le talisman et le porta contre son cœur.

- Vous aviez raison. Mon amour pour Kili était sincère. J'ai longtemps cru que la douleur ne me quitterait jamais quand je l'ai perdu. J'ai endossé mon armure. Tout comme vous avez endossé la vôtre jadis…

Le regard de Thranduil se voila alors qu'il écoutait les paroles de Tauriel en silence.

-Puis, au fil des années, elle s'est lentement craquelée. Imperceptiblement au début, puis des pans entiers ont cédé sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Erodée par les paroles de réconfort de mes amis, les conseils de mes ainés, les souvenirs remontant à la surface… Un souvenir en particulier, récurrent et ancré en moi depuis ce qui me semble être une éternité.

Tauriel reprit son souffle. Ses mains tremblaient. Le bruit de la rivière en contrebas faisait doucement écho contre les parois de pierre de la caverne. La femme elfe sentit les larmes monter mais elle refusa de se laisser envahir par la crainte en cet instant précis. Thranduil se dirigea vers le point de vue et ses doigts agrippèrent la balustrade de bois blond.

-Le souvenir du sourire de votre fils à mon arrivée à Mirkwood.

Le roi laissa enfin échapper le souffle qu'il retenait depuis plusieurs secondes. Pourtant il n'arrivait pas encore à savoir s'il ressentait du soulagement ou de la contrariété. Le mutisme de Thranduil devenait oppressant. Mais elle se força à continuer.

- Je ne suis pas une Eldar, juste une simple elfe sylvestre. Vous me l'avez bien fait comprendre ce jour-là, dans vos appartements. Mais je dois à présent être honnête avec moi-même et me débarrasser des derniers vestiges de mon armure.

De longues secondes passèrent avant que Thranduil ne daigne réagir. Tauriel n'osait pas bouger. Allait-il enfin dire quelque chose ? Allait-il la bannir une nouvelle fois ? Ou pire ? Le roi pivota enfin et son visage affichait alors une expression que Tauriel n'avait jamais eu l'occasion de voir auparavant. De la compassion.

-Qu'attendez-vous pour le rejoindre à Minas Tirith ?

Les mots de Thranduil résonnaient encore dans sa tête quand elle entendit un bruit de pas derrière elle.

-Pardonnez mon intrusion, dame Tauriel. Je vous ai apporté une lampe, murmura Gloin.

-Merci infiniment mon ami. Je sais qu'il est tard mais est-il possible d'aller le voir maintenant ?

-La crypte est ouverte. Prenez tout votre temps.

Tauriel remercia Gloin d'un signe de tête et prit la lampe que le nain lui tendait. Quand elle arriva devant les tombeaux de pierre, elle prononça quelques paroles sacrées dans sa langue en guise de prière en hommage aux défunts. Elle s'approcha de celui du neveu de Thorin et posa sa main à plat sur la surface froide. Elle regarda encore une fois l'effigie au visage endormi et plaça la petite pierre noire sur la poitrine de granit.

-Tu as raison Kili. Il est temps à présent…murmura-t-elle en souriant.