• Informations sur le chapitre :
– 10k mots. Il est divisé en deux parties, la première suivant un résumé de la vie de Yumi durant les trois derniers jours avec un nouveau personnage : un journal intime. La deuxième, c'est un retour au présent, rien de plus normal.
– Ceci est un « CHAPITRE PERSONNAGE » qui parlera essentiellement de Yumi, faîtes attention à ne pas vous ennuyer sur le trajet.
– Sachez que les phrases écrites entre parenthèses ou précédées par un tirait ne sont PAS des notes d'auteur, mais des pensées secondaires du personnage.
– Le chapitre est écrit au présent de l'indicatif (du moins, la majorité).
–Quand j'écris en italique ou en gras, ça veut dire que Yumi change la couleur du stylo pour interpréter son carnet ou qui sais-je.
• Blabla de l'auteur vers la fin.
Un journal intime, une surprise
10 Octobre.
Salut ? Ouais, début de conversation très réussi avec un carnet. On va me prendre pour une folle (mais c'est qui, on ?) mais… je crois que je vais commencer à tenir un journal intime. Je sais, oui, même si tu ne me connais pas –et que tu dois t'en battre royalement les testicules de moi parce que t'es une feuille–, tu as déjà dû comprendre que je ne suis pas du tout du genre cul-cul la praline à déballer mes journées à un carnet. En fait, tu ne peux même pas comprendre parce que t'es une feuille. Mais ça m'arrange. Tu ne peux pas réfléchir, donc tu ne peux pas me faire chier. Ca me donne l'impression d'avoir un contrôle sur toi… pour une fois que je peux contrôler quelque chose. Tu te contenteras juste de mémoriser mes magnifiques journées (ah ça pour être magnifiques, elles le seront !). Qu'est-ce que tu vas me donner en retour –parce que je vais te déballer les moments les plus gênants de ma vie ? Du soutien psychologique ? Sans blague. Une entorse ? Ouais. T'es aussi inutile que mes amies en ce moment. Je commence déjà à râler. M'enfin, je suppose que c'est ton devoir de me supporter. Peut-être que tu m'éviteras d'égorger quelqu'un dans les prochains jours. C'est seulement là que j'éprouverai un peu de respect envers toi –je te promets que j'ai une vie sociale assez mouvementée pour me donner un semblant de raison de respecter une feuille.
J'ai trop la flemme d'inscrire quelque chose pour l'instant. Tu m'excuseras.. oh, wait. J'm'en branle de tes excuses.
Bonne nuit, p'tit con.
12 Octobre.
Je me faisais chier et là d'un coup, je me rappelle que t'es là. Le sujet d'aujourd'hui portera sur… ma vie morbide. Je me ferai chier à écrire ça dans un français correct, à employer de beaux mots, juste pour trouver une forme de beauté dans toute cette laideur que je vais écrire –la phrase d'accroche. Allez, fais genre qu't'es impatient, ça me donnera l'impression d'avoir un spectateur au moins.
Je nommerai cette journée : ma vie merdique.
La perception d'un week end change selon ton état d'humeur. C'est vrai, quoi. Soit tu le passes en révisant parce que t'es un intello, soit tu es un gosse de famille des années 80 et tu le passes chez tes grands parents, soit… tu es comme moi. Je passe la journée allongée sur mon lit, à fixer le mur avec une main sur le ventre et l'autre derrière la tête. Je me demande qui est cet enfoiré qui m'a jetée un sort assez puissant pour me clouer au lit. Pourtant, je n'ai de comptes à régler avec personne –et Petra et Lili ne sont pas assez farouches pour pratiquer de la magie noire sur une fille déjà paumée. Attends, je vais te les présenter –c'est loin d'être mon jour de bonté, c'est juste que je me fais chier comme quarante. Lili, c'est comme la méchante sorcière qu'on trouve dans les Disney, ou encore la salope-leadeur-des-Cheerleaders qu'on trouve dans les séries Netflix –ton choix dépendra de ton niveau de maturité. Je la hais, elle me hait et tant que ça continue à être réciproque, tout va bien –parce que si un jour Lili vient vers moi en s'excusant, j'irai passer mes dernières heures à l'église avant la fin du monde. Petra, c'est cette putain de licorne qu'on trouve dans les Bisounours et qui n'arrête pas de te chier des arcs en ciel dans la gueule –j'avais promis de te parler plus respectueusement mais il paraît que j'ai oublié le respect chez Jawad – je sais que cette blague ne fonctionne plus depuis l'an dernier mais mon humour morose me pousse à la ressortir. Navrée –. Elle est serviable, attentionnée, courageuse et mignonne. Le genre de femelles qui a besoin d'un mâle comme Levi Ackerman pour la protéger.
Je sais, je sais… tu t'embrouilles. Levi, c'est le connard, sarcastique, insociable mais foutrement sexy garçon de la série. Comment ça c'est cliché ? Tu n'as encore rien vu. Selon la règle générale et toutes les séries pour adolescents que j'ai pu gober, le méchant connard finit toujours avec la belle princesse qui finira par le changer en beau prince –et ils vécurent heureux et n'eurent pas d'enfants parce que Yumi jeta un sort de stérilité sur la princesse. Et là tu te demandes : « mais c'est qui cette Yumi encore ? Putain, j'aurais mieux fait de servir comme cahier de cours et finir brûlé ou déchiré à la fin d'l'année ! ». Tu dois déjà te douter de son identité mais tel un bon vieux film des années quatre vingt, je vais laisser ça pour la fin. Bref, revenons-en à nos moutons. Contrairement à ce que tu as prévu (parce qu'il se trouve que je lis dans tes pensées –et il n'y a pas du beau là dedans), le méchant connard finira avec… un beau prince ! – oh, c'est bon hein, ce n'est qu'un changement de sexe – ce n'est pas comme si les feuilles pouvaient être homophobes. Ce beau prince est mille fois plus beau que la belle princesse et, tu l'auras compris, mille fois plus digne du méchant connard qui lui sert d'ami. Je sais, cette histoire est totalement fourbe.
En fait, aucun des deux ne mérite les surnoms que je leurs ai donnés. C'était ironique et surtout stéréotypé –c'est ce que tous les gens pensent d'eux. Levi n'est pas un méchant connard –loin de là, Eren n'est pas un si beau prince que ça finalement. Petra n'est pas la princesse qu'elle prétend être et Lili… j'aimerais bien dire un truc bon d'elle mais… bof, une salope reste une salope, qu'est-ce que tu veux que je te dise – et puis je ne veux pas provoquer la fin du monde alors que je n'ai que seize ans.
Donc, vu qu'on arrive à la fin du conte, vu que tu as été un sage enfant, tu as le droit de connaître la réponse clé à ta misérable existence : Yumi, c'est moi (ah ? Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas eu d'roulements de tambour ?). La même fille qui hait Petra et Lili, qui te remplit de blabla incessant et inutile. La même fille dont tu suivras les aventures jusqu'à ce qu'elle t'oublie, ou que tu n'aies plus de pages. Tu seras aussi la possible cause d'une séquestration par sa mère si jamais elle te découvre – ne te réjouis pas trop vite, tu finiras brûlé toi aussi. Mais t'inquiète pas, je peux toujours te trouver une place parmi mes affaires.
Wow, je t'ai accordé quatre pages aujourd'hui ! C'est plutôt une forte entrée en matière.
A demain, petit salaud (j'ai une entorse).
13 Octobre.
On est Dimanche aujourd'hui (encore une très bonne entrée en matière). J'ai failli faire une grâce matinée hier si ce n'était ma mère qui m'a rappelée l'existence des tâches ménagères –on aurait dit l'épouse de Levi, quoique je ne suis pas incestueuse. Après ça, j'ai dîné sous sa –merveilleuse voix remplie de reproches vis-à-vis de ma négligence, et pour une fois, je n'ai pas eu envie de lui planter ma fourchette dans la langue –quel irrespect ! Je suis restée stoïque, je n'ai pas répondu à ses questions et je ne l'ai pas regardée dans les yeux pour lui transmettre un message de « fous-moi la paix ». Elle-même a dû trouver ça bizarre. J'ai lavé mon assiette et je suis repartie dans ma chambre dans un silence louche, reprenant mon habituelle séance de « glander une heure (voir des heures) de plus sur son lit » qui consiste à fixer son plafond. Je t'arrête toute de suite, mon plafond ne détient pas de mystérieux codes autour d'un complot franc-maçon, et ne figure nullement parmi les sept merveilles du monde. Il n'est même pas joli, en fait. Seulement, l'ennui et le mal de vivre qui m'animent me poussent à l'imaginer comme tel, et à scruter la moindre de ses imperfections. Là, si tu avais des yeux et que tu jetais un coup d'œil autour de moi –ce que je ne te souhaite aucunement, tu seras surpris de la quantité d'objets électroniques qui sont entassés dans ma chambre. Un ordinateur, une imprimante, une bibliothèque remplie de fond en comble et un téléphone sur mon bureau. Si tu avais un cerveau –ce que je ne me souhaite aucunement, tu te poserais l'évidente question « mais comment une adolescente de seize ans est-elle sensée s'ennuyer avec autant de divertissements dans sa chambre ? La technologie, c'est le domaine des teenagers, non ? »
Excellente question –ne me remercie pas. Eh bien, l'envie manque.
Pour la première fois de toute mon existence, je n'ai aucune putain d'envie de toucher à un ordinateur, un téléphone, un livre ou autres. Je te vois d'ici me demander d'investir ce temps dans la révision ou quelque chose de beaucoup plus utile que la contemplation d'un plafond –et je ne peux pas t'en vouloir parce que c'est vrai, mais je n'en ai pas l'envie non plus. Là, tu vas demeurer perplexe « mais alors, qu'est-ce qu'elle veut cette grosse conne ? ». Je ne veux rien faire, voilà. C'est aussi simple que ça. J'ai perdu le goût à tout ce qui m'entoure. Je ne me rends même pas compte du lieu dans lequel je me trouve, seulement que j'écris dans un stupide carnet qui me cause une entorse. Je suis atrocement fatiguée mais à chaque fois que j'allonge la tête et que je ferme les yeux, un mal horrible explose dans mon crâne, m'obligeant à écarquiller mes paupières. Comme si mon corps se contredisait (ou contrefaisait), ce qui a multiplié les insomnies. Tout ça en l'espace de trois jours. Mais pourquoi à ton avis ? Là tu dois te dire : « je m'en contre bats les couilles de la raison. Vivement que tu me fermes » mais je t'ai déjà dit d'agir comme un fervent intéressé –parce que sans spectateurs la scène perd tout intérêt.
Vu que j'ai un côté masochiste et que j'adore me récolter une entorse qui me servira d'excuse pour reporter mes devoirs à plus tard, je vais parler. Je suis une personne très bavarde, si tu l'savais –à ton plus grand malheur ! J'adore parler pour ne rien dire, c'est ce qui fait ma particularité dans un groupe. Pour en revenir au sujet (car je divague trop), je vais établir trois thèses que je contrerai par des arguments. Je jouerai les deux rôles : la thèse et l'anti thèse, le policier et le poursuivi, l'avocat et l'accusateur. A fin que tu ne te perdes pas dans mon délire presque fiévreux, je vais parler d'un point de vue extérieur. Imaginons.
L'alibi le plus crédible est la maladie, dit l'avocat. Il y'a trois jours la concernée a eu une hémorragie nasale (épistaxis) à cause d'un événement qu'on gardera clandestin, c'est donc normal que la fatigue fasse partie des répercussions de tant de sang perdu en quelques heures. Sauf que, débute l'accusation, l'anti thèse avance que la concernée ne tombe que très rarement malade et que l'attitude mère-poule de sa génitrice a contribué à une guérison rapide et efficace en l'espace de quelques heures seulement, ce avant le drame. De plus, malgré les signes apparents de fatigue, l'accusée ne semble pas sermonnée scolairement, est loin de fréquenter des salles de sport et passe le trois quart de son temps affalée sur son lit en position d'étoile de mer. La faiblesse est donc de nature plus ou moins mentale. Elle éprouve une lassitude persistante à tout ce qui l'entoure et ne daigne même pas bouger le petit pouce en guise de signe vital. Ca témoigne d'une situation psychologique atypique à son caractère d'habitude hyperactif. Toute objection est refusée. La thèse est invalide. Suivant alibi ?
Le suivant alibi sera présenté demain. Le témoin, ce fils de pute d'accusateur et le juge sont trop fatigués. En somme, je suis fatiguée et il est 23H.
A demain !
Attends, il manque quelque chose tu ne trouves pas ?
…Ah oui ! A demain, connard !
15 Octobre.
Les jours défilent d'une telle lenteur. Rien ne se passe. Du moins, pas de trucs intéressants. Je sors de chez moi débraillée comme toujours, je rencontre Marie et Lucie, nous traçons la route ensemble (quoique le trajet se fait de plus en plus silencieux avec elles… à moins que ça ne soit moi, qui ne fait plus la folle au milieu de la route ?), nous attendons dans la cour que le professeur arrive. Lucie voit en cette pause une opportunité parfaite pour me faire chier, Marco… je ne le vois plus. Mais je sais juste qu'il est quelque part, à parler avec une fille quelconque, à se recoiffer d'un coup de main dans les cheveux tandis qu'il sourit de toutes ses dents à la première venue. Je l'ai vu le faire, une fois. D'ailleurs, c'est à partir de ce jour-là que j'ai arrêté de le chercher des yeux. C'est tout le contraire de Petra, qui ma foi, semble destinée à me faire face chaque fois que je me retourne. Elle continue à esquisser ses sourires ennuyants. Le rapprochement avec Enzo est inévitable dans ma tête –ils sourient tellement, ces deux là, comme si le monde était fait en sucre. A un moment, je me demande si elle peut ressentir de l'ennui ou de l'exaspération. Si elle a déjà essayé d'envoyer bouler quelqu'un car je ne l'ai jamais vue le faire –et moi les filles parfaites à papa, ça me fait chier.
Ensuite, il y'a Eren et Levi. Contrairement à ce qu'on peut entendre, ils ne sont pas si…. Comment le dire ? Bon, ils ne sont pas si inséparables que ça. Eren trouve ses aises avec les garçons de la classe voisine. Son genre amical est à l'effigie d'Ilse Langnar et Sasha Braus. Il m'arrivait parfois de le voir assis à côté de Petra dans le réfectoire, mais jamais en la présence de Levi –étant donné les tensions omniprésentes entre ces deux là. Il y'a des rumeurs comme quoi Levi s'est excusé auprès d'elle et qu'elle l'a repoussé mais je n'y crois pas. De un, parce que Levi ne s'excuse jamais et de deux, parce que mon premier argument est presque incontournable. De plus en plus, je vois ce petit nain fréquenter Hanji Zoe, notre institutrice de sciences. Et comment te le dire, p'tit carnet ? A chaque fois que je les vois parler j'ai un fou rire incontrôlé –depuis mon intégration ici, je n'ai pas arrêté de penser au fait qu'ils étaient tous les deux farouches, et qu'un lien entre eux (à la limite de l'amical) serait plutôt marrant. « T'es sure que ça ne va pas se transformer en histoire d'amour comme dans un roman ? » J'hallucine, tu es aussi con que moi ! « Dit la schizophrène qui écrit des dialogues entre un carnet et une humaine car elle n'a pas de vie sociale » Mm ? On parle de moi ? « Non, de ton cul »
Humhum. Je te rappelle que nous avons une séance judiciaire à compléter. « Oh non, tu vas pas encore recommencer -»
Bien… Avant d'avancer le second alibi nous tenons à préciser que la banalité de ce supposé drame ne laisse pas de places à des théories plus élaborées que la susnommée (pause de quelques secondes. Mon poignet commence à me faire mal). C'est ce qui va nous conduire à la seconde et dernière thèse : un événement tragique. Nous précisons, encore une fois, que l'importance de cet événement et son origine ne peuvent être déterminés. Il se peut qu'il vienne d'un énième conflit entre la concernée et sa mère. Objection ! Avancez des preuves de ce que vous dîtes ? dit l'accusation. L'avocat le traite secrètement de fils de pute à sa mère la bergère, se racle la gorge et continue. Eh bien, selon nos rapports, elle a eu de récents conflits assez graves avec sa génitrice. Il nous semble que la source soit un possible choc entre les générations, du fait du caractère conservateur de la mère. Caractère qu'elle essaye vainement de retransmettre à sa progéniture. De plus, son journal d'appels démontre un contact récent avec une certaine Sarah. Leur avant dernier appel date du 3 Septembre, tandis que le plus récent (soit le dernier), est âgé de trois jours. Rajoutez à ça un fait intéressant : d'habitude, leurs appels durent jusqu'à trois heures sans interruption mais ce dernier fut coupé au bout de dix minutes, ce qui est très peu compte tenu de la fréquence. Ca laisse suspendre l'hypothèse d'une dispute qui a influencé l'état d'esprit de la concernée. L'accusation (moi) déglutit puis se tourne vers le juge (qui est en fait moi, sauf que j'ai soi disant changé de place pour crédibiliser la pièce). Il dit. Eh bien… j'avoue que la solidité des propos de mon homologue me fait presque changer d'avis… Dans ce cas-ci, la thèse est valide. L'affaire est close. Enculons-nous à présent -
HUMHUM. Retour au présent, carnet de merde ! Tu viens de découvrir à travers ce débat judiciaire schizophrène (ou que sais-je) passionnant et passionné, que je suis la victime d'un événement tragique. Eh oui, je ne vais pas te faire les yeux d'un chaton japonais trop mignon parce que je n'ai pas besoin de pitié, encore moins quand je me rappelle que tu es un carnet –parce qu'il m'arrive d'oublier ce fait. Là encore on se retrouve devant deux accusées. « Hein ? Encore ?! Mais j'en ai marre, moi ! Je veux que mes pages Est se marient avec mes pages Ouest ! Et puis, t'en as pas marre ? T'as écrit dix putains de pages sans prendre en compte ta grosse écriture ! » Comme ma bite ? « … J'abandonne. Tu parles à un carnet, tu dis de la merde par-dessus tout. Bah c'est bon qu'est-ce que tu veux que je te dise ! Si au moins j'étais tombé entre les mains d'un philosophe ou d'un scientifique qui m'aurait rempli de choses utiles ! T'es folle ma vieille, sors, pars rencontrer du monde et parle avec les gens. Tu verras, nous sommes sept milliards sur cette terre, t'es pas la seule » Je sais, ce n'est pas un livre qui va me faire des cours d'éducation sociale « … » Pardon, je n'aurais pas du… oh, attends ! « Je sais, tu t'en bats les couilles » Exactement !
Oh mon dieu. J'entends un Pokémon crier depuis la cuisine… « tu sais, c'est malpoli de parler ainsi de sa mère » Pas l'temps d'te clasher, je le ferai ce soir ! Carnet merdique.
[ 5 heures plus tard]
Ouf, enfin finis ces devoirs de merde ! Bref, reprends-toi… j'en étais ou déjà? Accorde-moi deux minutes le temps que je feuillette les pages. « Ce n'est pas comme si j't'avais attendu pendant cinq heures… »
Oh putain, j'ai déjà rempli vingt pages en l'espace de trois ou quatre jours. Je suis fière toi, cher ennui ! Tu as frappé très fort cette fois-ci !
Revenons-en à nos carnets. Nous allons élaborer deux thèses. Celle de ma mère et celle de Sarah. Déjà, pour commencer avec la première, c'est une hypothèse très envisageable et je suis la première à le dire. La tension était plus palpable que jamais ce mois-ci. Il y'a eu des coups d'état (beaucoup), en commençant par le renvoi et les magazines découverts jusqu'à nos disputes quotidiennes à propos de mon image publique –celle de la fille studieuse, l'exemple à suivre, l'archétype des enfants du quartier et l'unique fierté de sa maman chérie. Parlons-en un peu de cette image publique, « continue à parler, je prendrai des notes plus tard…». C'est dur de l'être. Encaisser le rôle de la gamine parfaite n'est pas une partie gagnée d'un jeu Nintendo amusant. C'est même loin d'être le cas. Je suis obligée de fermer ma gueule lorsqu'on m'adresse une mauvaise parole pour ne pas faire la rebelle, forcée de sourire, faire la bise à chaque adulte que je croise et acquiescer la tête comme un robot sans contredire, faire semblant d'être la nunuche qui obéit à sa mère (même si elle lui demande de se jeter du haut d'une falaise).
Elle me force à le devenir, mais tu sais pourquoi ? « Non ? » Parce qu'elle a honte de ma personnalité, la vraie Yumi. « Dit comme ça on dirait que tu parles d'un personnage de BD… » Celle qui s'en bat les couilles de son entourage, celle qui montre son majeur à la terre entière en toute neutralité émotionnelle, celle qui s'intéresse à des sujets aussi tabous que l'homosexualité et qui n'a pas honte d'en parler dans une société arriérée. Celle qui sait trop de choses sensées la dépasser, des choses qui ne se discutent pas en public, des choses qu'on est sensé apprendre que quand maman décide de nous en parler. Celle qui ne suit pas les médias, qui s'en contre fout des trucs de filles modernes et qui veut juste s'enfermer dans sa chambre à l'abri des préjugés. Celle que tout le monde méprise, hait, déteste, celle que les adultes zieutent d'un mauvais regard, que les enfants évitent en traversant la route. La façade impolie, introvertie, déchaînée et pervertie d'une fille soi disant bien élevée, studieuse et mignonne.
« Je ne veux pas casser ton délire mais tu parles comme Light Yagami… ça me fout les jetons. Transportez-moi loin d'ici s'il vous plaît ! ».Ne t'inquiète pas, p'tit carnet. Ce que je viens de citer, c'est le côté le plus obscure de mon âme que j'enchaîne à grands coups de marteau dans les clous – et je ne le fais pas pour le plaisir de ma mère mais pour la sécurité de tous, y compris la tienne, car viendra un jour ou tu te retrouveras projeté contre le mur et déchiqueté en milles morceaux (il n'y a pas d'hôpitaux ni de cimetières pour cahiers, dommage !). Tout de même… rien qu'en écrivant cette épopée, je sens une rage incommensurable grandir dans mon ventre, me forçant à exploser le mur à coup de poings (quoique c'est mon poing qui explosera, pas le mur).
J'ai écrit cinq pages de plus aujourd'hui. A la limite, j'écris plus de pages que pour un exposé (beaucoup plus utile). C'est fou à quel point j'accorde de l'importance à un cahier, mais j'avoue que tu me fais sentir bien. Un tout petit peu, et ne va surtout pas t'imaginer une relation tordue entre une humaine et un cahier (même si je fantasme sur toi toutes les nuits, hum…). Il me reste la deuxième cause appelée « Sarah ».
A demain.
Comment ça, il manque quelque chose ? Je ne trouve rien, moi.
Connard.
25 Octobre.
PS : Ce qui va suivre est trop urgent pour que je puisse justifier ton oubli. Rappelle-toi, j'm'en branle de ton avis !
Ce soir, j'ai prit la pire décision de ma vie.
Non pas celle de me marier une fois grande, ni d'arrêter de fixer l'écran de mon ordinateur pendant 18h (la seule décision que je ne prendrai jamais) mais plutôt celle de couper ma frange. Oui, j'ai coupé un bout de mes cheveux, toute seule comme une grande fillette responsable, sans demander le conseil d'une coiffeuse ou même regarder un tutoriel style « girly » sur internet (la dernière chose que j'aurais fait sur le moment). J'ai prit un ciseau, un papier-mouchoir pour récolter les cadavres, me suis enfermée dans la salle de bain à l'abri du regard réprobateur de ma mère et ai commencé… commencé quoi ?
Bah à faire la connerie du siècle.
J'ai débuté par le côté, allant verticalement de la droite vers la gauche, tout en prenant le soin de débuter par la racine (un peu d'expertise, voyant !).. et merde, qu'est-ce que mes cheveux pouvaient être épais et gras ! C'était carrément handicapant et presque dégueulasse au toucher (l'impression d'avoir vidé un litre d'oïl dessus – l'une des causes de la décision).Résultat final : disparition totale de la mèche. Plus aucune trace, seulement quelques petites vrilles partants de la racine (et donc impossibles à cibler), ainsi qu'un front agrandi. Sur le moment, j'avoue avoir été complètement choquée par cette transformation. L'impression que ma mèche était la seule partie visible de mon visage me hantait déjà, et seule la pensée de porter un serre-tête me donnait un long aperçu sur la réaction moqueuse des autres (plus particulièrement celle de Lily). L'endroit de la coupure était encore frais, et les effets du ciseau (peut-être sale et infecté de microbes) commençaient à faire impression sur ma tête. Une légère douleur tout à fait supportable, mais toutefois angoissante.
Et là tu te demandes : pourquoi ô Jesus Christ irai-je jusqu'à couper ma mèche ?! J'avoue que j'ai oublié de t'en parler dans les premières pages. En fait, je suis une grande anxieuse (comment ça tu t'en doutais ?), et cette anxiété me pousse à… bah à faire pleines de choses pas forcément bonnes, qu'est-ce que tu veux que je te dise. Je me ronge les ongles parfois, et par-dessus tout : je touche fréquemment mes cheveux, jusqu'à former des boucles –comme une botte de laine qu'on donne à un chat. Ca m'arrive de faire ça lorsque je m'ennuie et… comment dire ? Cette fois ci, je suis partie trop loin… bah quoi ? Ce n'est pas de ma faute si les mecs de mon magazine Yaoi étaient trop absorbants pour que je me rende compte de la gravité de mon acte ! Enfin, bref. Je me suis retrouvée avec une botte de laine comme dit précédemment, et je n'ai pas pu la défaire en passant mes doigts dedans – mon seul argument pour justifier l'irréalisme de cet acte est : tu comprendras quand tu grandiras – quand tu deviendras un joli gros registre et que je te marierai à un autre cahier – je divague. Vu que le travail manuel ne servait à rien, j'ai décidé d'employer les gros moyens et… fin voilà quoi. On peut dire que cette foutue mèche se faisait désirer depuis le début par mes ciseaux alors j'ai juste vu ça comme une opportunité de s'en débarrasser –mariage forcé.
Espérons seulement que ça ne soit pas trop voyant..»
2 Novembre.
« C'est de pire en pire. Déjà pendant la première semaine, je n'arrêtais pas de penser à une manière de camoufler cette honte qui trône sur le bout visible de ma tête. Autrement dit, je me suis fait humilier. Et bien comme il faut pour me revigorer de l'agréable appréciation que j'ai ressentie envers cette nouvelle coupe.
– Yumi, y s'est passé quoi à ta mèche ? (remarqua Lucie)
– Pourquoi… mais what the fuck sister ! (me sermonna une inconnue de ma classe réputée pour son anglicisme répugnant)
– Elle est ou ta belle frange, l'intello ? (dit une certaine fille dont je ne préciserai pas le prénom pour ne pas provoquer la fin du monde)
– Ahlala.. T'es passée chez le boucher au lieu d'aller chez la coiffeuse, rassure-moi? (demanda ironiquement Enzo –dont la blague était plus humiliante que drôle)
Et oui. Cher journal, la frange maléfique que j'ai laissée si petite a drôlement grandi ! Si ma mère ne l'a pas remarquée, mes camarades de classe eux, ont tout de suite souligné le changement. Comme si en rentrant dans la classe, j'étais passée à travers un laser à rayons X qui signalait le moindre déraillement de système. Sans oublier que Marie et Lucie sont dotées d'une capacité visuelle extraordinaire et d'une langue aussi longue qu'un tapis cérémonial, quand il s'agit de m'humilier devant vingt personnes. Même les pimbêches les plus moches et sous-estimées de ma classe m'ont fait la remarque comme deux professionnelles de l'esthétique !
Il se trouve que cette putain de mèche ait décidé de bouder. Comment faire ? Bah, elle a laissé ses héritiers (les petites mèches délaissées sur la racine dont je parlais au début) gonfler, aidées par l'épaisseur de mon cuir chevelu (auquel je pense fortement à chaque fois que je me regarde dans un miroir..). La conséquence est toute aussi désastreuse que mon aspect actuel : à présent, je dois appliquer du gel pour aplatir le nouveau décor et l'empêcher de me transformer en goule.
Que faire, hein ? Que faire ?! Sachant que je l'ai coupée avec un ciseau raillé datant de vingt-ans sans aucune aide professionnelle, je risque (ou plutôt je suis sûre) de traîner avec cette misère sur ma tête (digne de la mèche d'Aladin, celle qui dépasse de son chapeau) durant le restant de l'année ! Et ça, vois-tu (cher) journal, je ne peux pas l'accepter. Je sais que je suis une catastrophe naturelle qui fout tous les jours des queue-de-cheval décoiffés sans se préoccuper d'arranger sa chevelure indomptable, mais ça… ça ! Je ne peux pas l'accepter –je me répète. Parce que contrairement à mon état actuel, j'étais habituée, et d'ailleurs tout le monde était habitué à me voir arriver dans un état désastreux et décoiffé (comme si je n'étais pas passée par la station « miroir »), mais là.. là, c'est abusé. Ma réputation en prend une claque, tout comme moi qui ne supporte déjà plus ce.. ce machin truc tel l'a surnommé Marco. D'ailleurs, en parlant de ce dernier, je crois qu'il a commencé à renier toute « amitié » entre nous depuis le jour ou je suis devenue la risée du lycée. Bah oui, souiller son honneur avec une connerie faite-maison par son « amie ». Les autres comme Eren et Levi ont juste pouffé de rire en me voyant –même Levi a souri moqueusement en me voyant, l'heure est réellement grave ! – en fait, je me suis subitement rendue compte que je ne pouvais pas dire ''Eren'' sans le compléter par ''Levi'' par la suite et vice versa.
De mon côté, plus que claquée par toutes ces humiliations (qui m'encourageaient à y faire passer le reste de mes cheveux), j'ai décidé d'y remédier avec rapidité.. et qui dit rapidité dit sans efficacité. J'ai remplacé le gel par l'astuce la plus risible qu'il soit : mettre un bandeau. Une putain de bandeau pour couronner ma tête, comme si j'avais soudainement décidé de faire partie des Barbie-girls. L'idée m'ait venue alors que je l'ai trouvé par hasard sur l'un des stands du marcher.. mon beau sauveur à la couleur rose vif (qui ne contraste aucunement avec la couleur nocturne de mon habillement, ni ma peau hâlée).. il était le dernier, posé là, avec toute modestie (vu son prix plus que raisonnable). Comme si on voulait se débarrasser de lui au plus vite. Alors je l'ai piqué, je l'ai payé, je l'ai ramené à la maison dans un petit sachet avec la joie d'une enfant, je me suis positionnée devant le miroir, je l'ai mis avec une maladresse contrôlée par la joie…
Et je l'ai tout de suite renié.
« Comment ai-je pu gâcher 2 euros pour une telle mocheté ?! Non mais, a raison celui qui avait dit : « les apparences sont trompeuses » ! Déjà, on aurait dit que la couleur mâte de ma peau est encore plus ressortie avec celle claire du bandeau et puis, mettre un tissus rose à la base du front n'a jamais été une mode. En fait, je crois qu'on peut traduire ça par : c'est moche. Extrêmement moche. Tellement affreux que j'enlève rageusement le bout de tissus devenu maléfique (manquant d'arracher le peu de mèches qui me reste avec) à fin de le jeter sur le lavabo. Quand je relève mon regard vers le miroir, ce dernier est embrumé par les larmes handicapantes qui naissent à mes yeux. Dans le reflet, je ne distingue aucune autre chose à part la couleur aveuglante du bandeau.
Une boule de regret de la taille d'un ballon de hand me bloque soudainement la gorge et gonfle ma cage thoracique au point de l'implosion, tandis que les muscles de mon ventre se contractent…
Qu'est-ce que j'ai fait.. »
10 Novembre.
Finalement, tout le monde a finit plus ou moins par s'adapter à ma nouvelle apparence. Moi y compris.
La routine a tranché : je me suis habituée à porter ce doux serre –casse– tête.
Les recommandations des autres sur le fait que je devais « le baisser un peu en arrière car ce n'est pas comme ça qu'on porte un bandeau » ont cessé après une nulle justification de ma part comme quoi c'était « la nouvelle mode au Japon » –tout le monde est au courant de mon addiction un peu farouche à tout ce qui est japonais. Les remarques de Marco sur la mocheté du tissu et la nécessité de l'enlever ont cessé aussi –et sa proximité avec, et Marie et Lucie n'ont pas posé plus de questions. Evidemment, j'ai ressorti l'un des fameux bobards dont j'avais le secret : C'est une coupe ratée ! Tout est de la faute de cette coiffeuse.. que je disais en blâmant dieu-sait quelle pauvre coiffeuse. Impossible de leur avouer la vérité, je n'ai surtout pas envie de me faire humilier une seconde fois. A part ça, la situation s'est plus ou moins débloquée pour moi. Or le fait que je refusais strictement toute main qui approchait mon bandeau, ou les garçons chiants qui essayaient de me l'enlever pour « découvrir mon secret », tout allait pour le mieux. Cependant, tout le monde n'était pas au courant du bobard que j'ai raconté, et à force de porter toujours ce bandeau et de l'arranger toutes les deux secondes chronos, je vais vite finir par être suspectée. Mais ça m'arrangeait. Tant que la connerie restait camouflée, tout allait pour le mieux.
Mais je crois que le pire reste la réaction de ma mère.
« Elle a quoi ta mèche ? » me dit-elle alors que je longeais le long couloir de la maison.
D'abord surprise et interloquée, je posai une main moite sur l'emplacement de la coupure.. avant de me rendre compte que j'ai accidentellement oublié de mettre le bandeau devant ma mère.
« Yumi, reviens ici tout de suite ! »
« Aaah ! » criai-je de ma voix aigue, tandis que l'intonation de mon hurlement digne d'une coque en danger résonna entre les murs (malheureusement) sonores. Les voisins ? Je m'en fous. Dix claques de la part de ma méchante voisine n'équivaudront jamais une seule de la part de Saitam- euh, ma mère. Réfugiée dans la salle de bain, j'attendis patiemment le verdict qui ne tarda pas à tomber :
« Yumi ! Arrête de crier, bon sang, et sors de cette salle de bain ! Je veux juste voir ta mèche ! » me supplia ma mère.
« Elle n'a rien ma mèche ! »
« Alors pourquoi tu cherches à la cacher, sale cachotière ? »
…
La porte de la salle de bain s'ouvrit trois secondes plus tard, dans un signe d'abandon total. There is no escape, je suis cuite comme une quiche. Aussitôt, le regard de ma mère se porta sur ma « mèche », avant de changer de la surprise à la réprobation la plus totale..
« T'es contente ? » demandai-je narquoisement.
« Oh.. nom de dieu.. » s'esclaffa-t-elle. Et pendant un court instant je me demande de quel dieu parle-t-elle.
« Qui t'as fait ça ?! » dit-elle en effleurant ma racine de ses mains durcies par le travail, main que je repoussai immédiatement dans un geste presque instinctif. On ne sait jamais, peut-être que je servirai de « serpillère évacuatrice de rage » dans les minutes suivantes. Quant à ma mère, ses sourcils fortement froncés et sa bouche entre-ouverte témoignaient du prochain état de colère dans lequel elle va se mettre (et donc une transformation du stade humain à hybride mi-humain/mi-titan).
Et alors que je me mise en position défensive pour encaisser la claque, ce en plissant ridiculement les yeux, mais ma mère ne fit rien.. elle baissa juste les mains.. à ma plus grande surprise. Son regard est vide de toute lueur à part celle de l'abandon –il me semble, et elle me posa juste une question d'un ton chargé d'une émotion proche de la mélancolie :
« Pourquoi tu t'es fait ça.. ? » me demanda-t-elle.
Là, je baissai mes bras et rouvris mes yeux, un peu plus rassurée.
« Je.. ma mèche me faisait chie- euh me dérangeait alors je l'ai coupée ! C'est pas d'ma faute ! » dis-je sur un ton boudeur de petite-fille en roulant des yeux. La dernière phrase était stupide. Bien sur que c'est de ma faute, un ovni ne va surement pas débarquer en pleine nuit pour me faire une coupe stylée gratuitement –quoi que ça serait vachement cool. Jouer sur la carte de la victimisation est mon unique chance d'échapper (ce pourquoi j'ai soigné mon langage).
« Oh, je vois.. » répliqua ma mère d'un ton soudainement plus froid. Et tandis que je faillis regagner rapidement ma chambre pour échapper à un autre questionnaire (tout en me rappelant de la chance que j'ai eu sur le moment), sa main saisit fermement mon poignet, me faisant couiner de douleur.
Parce que la réalité est toujours dure, et que je dois payer pour ma connerie. »
L'instant présent – LUNDI
Every time we lie awake.. After every hit we take..
Every feeling that i get, but i haven't missed you yet..
« Pas mal, pas mal.. » marmonna Lucie qui enleva la paire d'écouteurs de son oreille. Quant à moi, je l'écoutais d'une oreille distraite sans en avoir grande chose à foutre de son avis. Son désintéressement était évident –elle est loin d'aimer tout ce qui est rock préférant la musique locale, mais je voulais absolument lui faire écouter ce morceau qui est de loin mon préféré. Non pas que je sois en pleine rupture –que personne ne vienne me parler de Marco, je ne songe aucunement de me mettre avec lui malgré les quasi-sentiments que j'ai pour lui–, mais d'une certaine manière, je me reconnais dans les paroles agressives de la chanson. Cela résonne dans ma tête comme quelqu'un qui déteste tout de son conjoint, mais qui continue à l'aimer d'une certaine manière. Un mélange entre colère, souvenirs douloureux, mélancolie et amour. Si on me demandait la personne pour qui je ressens tout ce mélange sentimental truffé de paradoxes, le premier prénom qui surgira dans ma tête sera surement Sarah. Sarah et ses changements subits d'humeur qui me tapent sur les nerfs. Sarah et sa nouvelle fichue manie de me claquer la porte au nez à chaque fois que je veux me comporter affectivement. Sarah qui pourrit mes pensées, qui me pousse à remettre en question ma personnalité comme jamais personne ne l'a fait. Sarah depuis quelques temps, et je cherche sérieusement la raison de ce changement. Moi, qui persiste à trouver une explication rationnelle.
Only when you stop to think about me.. Do you know ?
Peut-être que ses problèmes l'ont changée ? Peut-être qu'elle en a marre de l'affection que je lui donne ? Peut-être qu'elle a trouvé une autre oreille plus fiable, une épaule plus ferme et des paroles moins ennuyantes ? Ou bien, peut-être qu'elle passe une période difficile due à ses hormones d'adolescence un peu (trop) mal fichus ? … Mes yeux s'écarquillent au même moment ou la musique prend une tournure plus agressive. Je me rends compte que je persiste à lui trouver des fichues excuses. Des arguments pour justifier ce trou qui s'est creusé subitement. Comme si, quelque part au fond au moi, je refusais de croire à la véracité de ce qui s'est passé il y'a un mois, que je niais tout bonnement l'existence des larmes que j'ai versées et de la fermeté des paroles qu'elle m'a adressées. Simplement parce que c'est la seule personne sur qui je ne peux pas mettre une croix rouge aussi vite. Non pas à cause de ces vieilles niaiseries d'amitié et autres mais… je sens, ou plutôt j'ai la certitude que Sarah a dépassé tous ces stades depuis longtemps. Elle a dépassé le simple rang d'une meilleure amie avec qui on passe des soirées pyjama de folie, ou même une sœur pour se chamailler sur tout et n'importe quoi. C'est la seule personne que je n'arrive pas à classer dans l'échelon des relations tant elle est importante pour moi (tout de même, sa position vis-à-vis de la barrière « amour » est indifinie).
Elle est montée telle une étoile filante dans mon estime, d'une telle rapidité que je n'ai même pas prit la peine de regarder l'expression de son visage tandis qu'elle gravait l'échelle de la confiance que j'ai bâti pour elle.
Elle est arrivée au sommet, et moi, je suis restée en bas, la tête levée à lui sourire naïvement.
I ! HATE everything about you !
WHY do I love you ?
« Eh, tête de mule, t'es ou ? » Une minute de blanc passa, et je sursautai pour mieux réveiller les neurones endormis de mon esprit. Pendant cet instant, l'endroit dans lequel je me trouvai me sembla étranger. Comme si je revenais d'un voyage spatiotemporel. Pourtant, je n'ai pas bougé d'une semelle de ce vieux banc dégueulasse sur lequel j'étais assise avec Lucie. Mes oreilles semblent se déboucher, et le brouhaha des élèves m'impacte violemment. Oui, je suis toujours dans la cour de récréation.
« Pardon, je réfléchissais à quelque chose.. » dis-je sans vraiment être désolée, tout en souriant à Lucie qui me toisait d'un regard incrédule. Avant qu'elle n'explose de rire :
« Parce que tu as un cerveau pour réfléchir, toi ?! » ricana-t-elle. Je secouai la tête sans chercher à répliquer pour une fois. Mon esprit était encore trop embrumé par mes précédentes réflexions. « … Euh, tu sais Lucie .. » débutai-je, visiblement gênée par la manière dont je vais lui dire ça. Elle fronce les sourcils en attendant que je crache le morceau. « ..Je dois y aller, bye ! » dis-je en me relevant du banc d'une spontanéité totale, sans chercher à savoir si ma camarade m'a suivie ou non. Cette dernière haussa un sourcil en se relevant du banc, puis m'interpella :
« Mais- tu vas ou ?! » cria-t-elle en vain. Déjà bien enfoncée entre les silhouettes des gens et leurs brouhahas, je lui lançai quand même un incompréhensible : « J'ai philo maintenant ! ».
« Rien n'est stable. Tout peut aller tout droit, ou dans le sens paradoxe. Absolument tout, sans aucune exception. Les maisons qui nous abritent, la nourriture qu'on mange, la terre sur laquelle on marche et même l'univers qu'on persiste à découvrir ont tous été créés à partir d'une graine. Les plus grandes bêtes de la terre n'étaient jadis que de petits microbes. Sur une échelle d'évolution, tout peut se passer. Certains éléments de la vie montent, d'autres descendent, et certains restent inchangeables. L'humain aussi, est un être évolutif. L'humain qui a découvert toutes ces choses, qui a su mener son monde par le bout du nez vers une guerre évolutive, est instable… l'humain, le seul être capable de tenir dans sa main l'épée de la science et du savoir qui a servi à combattre tant de difficultés, reste vaincu face à l'instabilité. Comme si le changement était la seule chose que rien ne pourra arrêter, quelque soit son rang ou son pouvoir. Une chose fondamentale, sans quoi la longue équation de la vie ne peut être résolue ou complétée. En fait, la vie elle-même est instable »
La cloche annonçant la dernière heure sonna au même moment ou le professeur de philosophie finit sa longue lecture. Mes camarades se levèrent, épuisés par toute cette surcharge émotionnelle incomprise (mais aussi par l'intensité des mots). J'étais adossée contre la vieille rambarde de la porte avec un sale rictus sur les lèvres, entrain de scruter indiscrètement les silhouettes d'Eren et Levi qui discutaient calmement en enfilant leurs manteaux. Moi, je les attendais depuis une dizaine de minutes –le prof m'a chassée parce que je voulais lancer une boule sur Marie mais elle a atterri sur lui– l'année commence super bien. Je ne le fais pas pour me taper l'incruste (comme toujours) ou parce qu'on est devenus les meilleurs amis du monde, mais simplement pour trouver des compagnons de route en cette après-midi glaciale. Même si c'est pour écouter une conversation inutile sur le match d'hier, voir même semer leurs regards interloqués en mode « qu'est-ce qu'elle fout avec nous ? », je veux absolument avoir de la compagnie ce soir. D'habitude, j'aime marcher seule sur le long pont qui donne sur la vaste auto route de la ville, à voir tous les lampadaires allumés pour éclairer la route sombre. C'est une vue magnifique et relaxante –regarder le monde s'animer sous ses pieds–, mais le fait qu'il fasse déjà sombre alors qu'il n'est même pas 17h m'inquiète un peu –je doute que ce soit l'un des sortilèges de ma mère.
Levi et Eren finissent par arriver, marchant côte à côte, leurs mains soigneusement abritées dans les poches de leurs manteaux trop épais. Je m'attarde un peu plus sur Levi qui, encapuchonné de la sorte, a l'air d'être un enfant frêle qu'on cherche à protéger de la moindre brise de froid. Toutefois, ma respiration se bloque soudainement, ma courte contemplation prend fin et mon cerveau arrête toute activité cérébrale en le voyant s'approcher légèrement d'Eren pour lui réajuster son écharpe rouge. Ce dernier rougit faiblement par l'attention que lui porte son « ami », et se contente de profiter du moment en enfonçant son nez dans le tissu moelleux. Bordel, ils sont beaucoup trop… parfaits pour mon bien. Faire le trajet avec ces deux là promet d'être aussi bouillant qu'un chocolat chaud… quoi de mieux dans cette après midi glaciale. J'entreprends de réajuster le col un peu trop grand de ma veste, de façon à cacher ma bouche et mon nez dedans à fin d'étouffer tout cri indésirable –certes, même si Levi et Eren sont au courant pour mon fangirl sans limite depuis la scène des vestiaires, ils n'ont encore rien vu de ce qu'il peut m'arriver.
Lorsqu'ils finissent enfin par sortir de la pièce, je m'approche légèrement d'eux et Eren est le premier à m'accorder son attention. Je leur demande poliment –avec un ton de barbie dont j'ai le secret, de bien vouloir faire le trajet avec moi et ils acceptent à grande joie-.. Pardon, il accepte à grande joie. Levi n'a pas l'air de s'en réjouir plus que ça, et je viens directement à penser que je suis un élément dérangeant. Attends… si mon esprit de fujoshi n'est pas en dysfonctionnement à cause du froid, cela voudrait dire qu'ils avaient prévu de faire le trajet ensemble pour se serrer romantiquement la main à fin de se réchauffer, puis s'arrêter au bout d'une ruelle à fin de s'embrasser et-..
« Yumi ? » La voix angélique au timbre inquiet de mon petit ange aux yeux verdoyants m'interpelle. Je sors de ma rêverie et relève brusquement ma tête vers lui, le voyant arborer une expression interloquée –surement parce qu'il me voit sourire niaisement depuis toute à l'heure–. Levi à ses côtés est aussi silencieux qu'une tombe, fixant le sol du hall avec grand intérêt. Je m'excuse brièvement et on décolle enfin de ce maudit couloir.
J'ai beau gardé une distance raisonnable entre nous, j'ai beau resté silencieuse pour ne pas les déranger, rien ne peut arrêter ce soudain cirque qui se passe dans mon estomac. On aurait dit que mes intestins ont décidé de faire le grand huit, s'empalant hasardeusement l'un sur l'autre, tandis que mon cœur repart dans un réel concours de jeux olympiques. Ma gorge est bloquée par le même ballon de rugbys qu'on utilise pendant les séances sportives, et mes mains commencent à devenir réellement moites, étranglées par la chaleur de mes poches. Je ne suis pas à l'aise dans ma tenue actuelle. Ma mère a tenu à ce que je porte un maximum de vêtements pour ne pas attraper froid –parce que la période des examens approche et que ce n'est pas le moment de rester clouée au lit. Mais je ne crois pas que la chaleur de mes fringues soit la seule à provoquer de telles réactions chimiques dans mon corps. Le silence de plus en plus gênant qui s'installe entre nous me laisse penser que je n'aurais peut-être pas dû coller à leurs baskets. Ils ne sont pas le duo le plus bavard de la classe, certes –cette médaille revient à Marie et Lucie–, mais ils ne sont pas silencieux non plus –cette médaille revient à Mikasa de la classe voisine.
Mon regard dérive discrètement vers mes compagnons, puis fit une fixette sur Eren. Ce dernier regarde droit devant lui, ses cheveux bruns en bataille à cause du courant d'air froid et ses yeux, reflétant une grande détermination comme s'il y'avait un but précis à la fin de cette rue. Mon système nerveux a arrêté de traiter le froid. Je ne peux le sentir qu'à travers le souffle qui résonne de temps en temps dans mes oreilles. Mon esprit entier est maintenant focalisé sur une chose d'une forte magnificence : les yeux d'Eren. Notre proximité me permet pour la première fois de contempler minutieusement ses orbes, et aucun mot ne peut décrire la puissante décharge qui menace de m'électrocuter une bonne fois pour toutes. Si je devais résumer ce à quoi consistait la couleur de ses yeux, ça serait : un grand contour noir qui encercle d'indomptables nuances vertes en constant mouvement –c'est l'impression que ça donne lorsqu'il est déterminé ou triste. Dans tous les cas, le créateur du visage d'Eren a réellement réalisé une œuvre d'art. Le contraste entre la manière dont les mèches de ses cheveux virevoltent, la couleur inédite de ses yeux et la beauté de ses traits, est juste superbement trouvée. Un véritable ange.
Mon corps reprend brutalement contact avec la réalité. Le froid se fait à nouveau sentir à travers tout mon être, m'arrachant de longs frissons continuels et un sec grincement de dents. Les yeux que je détaillais auparavant se tournèrent vers moi d'un seul coup et je peux le sentir dans la chaleur soudaine qui parcourt ma colonne vertébrale. Je lève les yeux vers lui, arborant une expression neutre –complètement décrédibilisée par mon stupide bandeau. Et il me sourit, parce qu'il a certainement cru que je commençais à étouffer dans mes vêtements. Une autre paire d'yeux anthracite se joint au débat. Levi, le sourcil gauche froncé, n'arrive pas à cerner notre soudain échange. Il lâche un léger « Tsk », faisant part de sa frustration –nous voir échanger un regard aussi langoureux et chargé de niaiseries a suscité un soudain éclair qui passe dans ses yeux sans que je ne puisse le déchiffrer. Puis, en une fraction de seconde, je le vois –Levi– sortir sa main gauche de sa poche à fin de l'enfuir dans celle –la poche– droite d'Eren. Je reste quelques secondes ahurie, avant qu'un grand sourire ne fonde ma bouche en deux. Et bah.. moi qui croyait qu'Eren était le plus démonstratif des deux, apparemment je suis loin de tout connaître d'eux. Eren sursaute légèrement à ce geste mais ne rougit pas plus que ça, et je peux voir leurs mains liées former une petite boule dans la grande poche du brun.
Je ne suis pas plus surprise que ça par le geste de Levi. Des démonstrations amoureuses, j'en vois tous les jours depuis leur mise en couple. En fait, j'en vois tous les jours depuis mon intégration au lycée. Il y'a les couples timides qui se lancent de longs regards chargés de niaiseries tout le long du cours et ceux qui n'ont pas honte de s'exhiber. Entre les deux, se trouve un fossé ou je peux ranger l'Ereri – Levi n'a pas de problèmes avec les bisous publiques mais Eren est un peu plus pudique. Pendant un court instant, j'arrive à m'imaginer moi et Marco. On marche ensemble, côte à côte, il me sourit, je lui souris et – un petit mal de tête me fit soudainement tituber. Tout compte fait, je vais mettre une croix rouge sur ma vie sentimentale (dont je ne suis pas vraiment fière) et me contenter de mater Eren et Levi, comme un célibataire envieux –ou un pervers, les deux sont corrects. Je baisse la tête au sol et accélère mon avancée, prise d'une soudaine rapidité. Je jette un léger coup d'œil envers les amoureux, et je ne peux m'empêcher de sourire mélancoliquement. Tant mieux, ils sont dans leur petit monde, je ferais mieux de les laisser tranquilles. Mon regard est de nouveau rivé sur la longue route qui me sépare de mon habitat et je presse un peu plus le pas – je suis fatiguée. Je viens de me rappeler que je n'ai pas encore fini d'écrire dans mon journal intime (cette phrase est trop girly-nunuche pour me correspondre, je sais) –enfin, je veux surtout parler de la partie qui parle de Sarah… je ne sais pas trop comment l'entamer, par ou commencer et comment finir, parce que résumer toutes ces choses dans un carnet, c'est dur. Oh et puis merde, au pire je ne suis pas obligée de –
Je ralentis considérablement, mon regard soudainement fixé sur quelque chose au loin.
Un véritable troupeau de garçons – ils sont nombreux, peut-être dix ou quinze. Je reconnus plusieurs de mes camarades de classe, dont Enzo, habillé dans un maillot de sport estival alors qu'il fait dix degré dehors. Il porte un ballon sous son avant bras, sourit de toutes ses dents à son ami, Bertholt –une grande perche de 1m90. Il rit à gorge déployée de sa voix aigue, et j'entends l'un de ses amis lui dire : « Mec, tu dois faire quelque chose à propos d'ta voix. On dirait une fillette ! Si tu veux j'ai du miel… ou tu préfères le lait si tu vois ce que je veux dire ?» provoquant un rire collectif. Moi-même j'enfonce ma bouche dans le grand col de mon manteau, incapable de rompre mon sourire (la blague n'était pas spécialement drôle mais il en faut peu pour me faire sourire). Enzo continue à sourire, lançant des blagues piquantes à son ami qui lui assène une tape amicale sur la tête. Mes yeux se focalisent irrésistiblement sur son visage au moment ou son rire explose une nouvelle fois dans l'air. Le sourire d'Enzo, c'est le truc le plus contagieux que j'ai pu voir en cinq ans. La manière dont ses yeux noirs rétrécissent, dont ses fossettes s'éclaircissent, lui donne un air de chaton adorable… et la manière dont j'enregistre les moindres détails de son visage comme si j'allais le repeindre est beaucoup moins adorable… voir même inquiétante… voir même psychopathe-
Putain tu ne vas pas recommencer. Huh ? Je t'emmerde petite voix (à moins que ça ne soit l'esprit de mon carnet qui me suit jusqu'ici ?). C'est mon cerveau, j'en fais ce que je veux ! Merde quoi, si on n'a même plus le droit de penser en paix –tiens, cette phrase me rappelle un certain événement. Je m'écarte légèrement pour laisser la place au groupe. Mes yeux se relèvent dans le mouvement et je le vois soudainement porter son regard sur moi. Il ferme les lèvres, interrompant son fou rire puis me fait un sourire en coin. Ses yeux noirs me suivent comme je le faisais toute à l'heure et le chahut de ses amis se fait plus discret, plus lointain à mes oreilles. Pendant un instant, mon attention est tellement focalisée sur lui que je pourrais me cogner la tête contre un poteau sans même m'en rendre compte. Ses amis se taisent aussitôt lorsqu'ils voient qu'il n'est pas concentré sur la conversation et certains d'entre eux tournent leurs regards vers moi. Enzo ne laisse aucunement la place au silence étant donné qu'il dit d'une voix haute et transpirant la bonne humeur : « Hey, Yumi ! ». Le temps semble se figer autour de nous, comme s'il avait dit quelque chose de contraignant. Moi-même je suis statufiée sur place, incapable de prononcer le moindre mot.
C'est quoi, ça encore ? Dis quelque chose, bordel ! Tous les regards sont focalisés sur moi comme si des vies entières dépendaient de ce que j'allais dire – ce qui a l'effet d'accentuer mon anxiété et l'impression désagréable d'être le centre du monde. Finalement, un sourire timide et imperceptible est la seule expression que je puisse esquisser –le reste de mon corps étant trop tendu.
Le silence continue, et c'est là que je décide de prendre la meilleure décision de toute ma carrière : je cours. Attention, pas de la même manière dont vous courrez lorsque vous êtes en EPS ou qu'un dangereux psychopathe à tronçonneuse vous poursuit. C'est pire. Je cours comme le ferait une putain de collégienne amoureuse et ça, ça a le don de détruire ma crédibilité –qui s'est déjà barrée lorsque je suis restée figée tel un Moine Shaolin. Je cours jusqu'à être à bout de souffle, soit jusqu'à la devanture de ma maison. Ma respiration est courte, j'expire une buée plus blanche que la neige et mon corps entier est en flammes. Mes vêtements me collent, et mon premier réflexe est de baisser la fermeture de mon manteau à fin d'aérer ma gorge embrasée.
Et c'est là que se passe le truc le plus magnifique qui m'ait jamais arrivé. Une illumination me vient soudainement à l'esprit, tandis que mon cerveau me diffuse des flashes back de moi, entrain de courir comme une fille filmée par une caméra arrière (imaginaire). C'était quoi ça ? Mais je suis conne, putain ! Par toutes les bizarreries du monde, au nom de Jésus Christ, des sept merveilles et de mon plafond adoré : qu'est-ce qui vient de se passer ?! Je veux dire… pourquoi est-ce que j'ai couru ? Je suis conne, putain ! Maintenant ils vont croire que j'étais gênée par son sourire –par conséquent, secrètement amoureuse. Nicht ! Ce n'est même pas vrai bordel à couilles ! J'étais juste tellement stressée par leurs regards à la con que j'ai décidé de me sauver- oh et puis merde, connaissant ses potes, ils vont surement me pourrir la vie dès demain. Calme-toi Yumi, si ça se trouve c'est toi qui dramatise les choses. Je ne dramatise rien du tout ! Je connais ses putains d'amis, ils sont tous aussi cinglés que lui et je n'ai pas envie de diffuser de nouvelles rumeurs comme l'Eremi (Eren x Yumi) –un ship oublié maintenant. J'en ai ma putain de claque de tous ces commérages – au collège Marco, et maintenant en ce début d'année, l'Eremi et le… le… Yenzo ! Attends, what ? Yenzo ? Et puis quoi encore, ''Yarco'' ? Oh c'est bon, la ferme. Je suis tellement anxieuse que je dis n'importe quoi, et parmi toutes ces conneries que mon cerveau diffuse en boucle, seule une phrase me vient au cerveau. Une phrase que j'imagine avec la voix de mon carnet (comment ça, c'est impossible ?) : « Suicide-toi ».
Ouais. Celle-là et une autre phrase qui arrive tel un flash météo de dernière minute : « En fait, tu sais que t'es toujours scotchée au seuil de ta porte comme une constipée et que tous les gens te regardent en tant qu'une toxicomane sous l'emprise d'une puissante drogue, alors que tu n'es ni l'une ni l'autre? » …
« Tuez-moi ».
A peine ai-je franchi le seuil de la porte, qu'un brouhaha immédiat résonna dans mes oreilles. Quoi ? On a des invités ? Et puis quoi encore, c'est le père Noel venu nous rendre visite pour annoncer un congé maladie ? Je dis ça parce que nous ne recevons jamais d'invités, encore moins en début de la période scolaire – là ou tous les adultes sont naturellement préoccupés par l'achat des affaires et la reprise du boulot.
Je reste un bon moment debout, devant la porte, dans le but de distinguer la voix intrus mais le silence revient à nouveau. Je m'éclaircis la gorge à fin de crier un habituel : « J'suis rentrée ! », espérant recevoir une réponse. Les murs sombres du couloir reflètent les bordures de la porte du salon, tandis que je m'avance vers ce dernier. Soudain, j'entends des bruits de pas et ma mère sort, habillée d'une longue robe verte et une veste noire par-dessus. Je fronce les sourcils et fais un geste de ma main, posant une question muette. Au même moment, elle me sourit puis tourne la tête vers la pièce.
– Viens, ne sois pas timide voyons !
Mon froncement de sourcils sévit jusqu'à me dessiner des rides. Ne me dîtes pas que ma mère a décidé de passer au baby setting ? Tout de même, je passe une main pour réajuster mon bandeau, ne souhaitant pas repousser la timide, tandis que l'ombre de cette dernière grandit de plus en plus telle une projection cinématique.
L'ombre devient silhouette. Le corps s'éclaircit, le visage est révélé, et un hoquet de surprise franche la barrière de mes lèves. Aussi indésirable soit ma réaction, je tremble comme une malade de Parkinson. Mes mains deviennent atrocement moites, mon souffle se coupe et mes poumons se remplissent d'air au point d'exploser. Un pétard, non, une bombe explose dans mon ventre, faisant tressauter mes intestins. Mes pupilles se dilatent. L'air me manque malgré ma bouche entre ouverte dans un cri mort-né.
– Tu es comme chez toi, Sarah ! Viens voir Yumi, je suis sure que vous vous êtes drôlement manquées !
Putain de nom de nom de dieu.
Sarah.
Salut les limaces ! Après une absence de un an, je suis de retour (pour ne jouer aucun tour. Bah ouais, on est grands les mecs).
… Comment ça je dois me justifier ?
Le chapitre 15 m'a pris exactement un mois à écrire et pour le reste, c'était un blocage associé à une auto critique compulsive et un examen final à préparer. La chance, quoi. Le blocage revient à l'histoire Toxicomane. L'histoire de cette histoire (ironie), c'est que j'ai été trop impatiente de sortir le prologue sans rien planifier pour la suite (j'avais quelques idées mais elles étaient trop floues pour être exploitées). Faire poireauter les lecteurs pendant plusieurs mois c'est mal (et je m'en excuse) mais c'est les écrivains qui payent le prix de cette attente, parfois au prix d'oublier la passion pour se concentrer sur l'assouvissement des besoins insatiables du lecteur. A la fin de tout ça, on se fait forniquer par le manque de passion et ça je ne le souhaite à personne. Moi, j'avais envie de continuer IAF mais elle n'attirait plus grand monde –ils ont tous déserté vers l'île insécurisée de Toxicomane ou vers d'autres fictions, je ne vais pas les retenir en tous les cas. Du coup, en écrivant le chapitre 15 je me disais « non tu devrais être entrain de travailler sur Toxico par sur celle là ! » et quand je me dirigeais vers Toxico bah… je ne pouvais pas. Je bloquais. J'écrivais et effaçais (tout de même j'ai un texte de 3000 voir 4000 mots qui a survécu mais je ne compte pas le publier). Tout ça parce que j'étais dirigée par l'élément «public » (je ne vous blâme pas), alors qu'en vérité je ne suis nullement le genre d'auteurs qu'on harcèle par messagerie pour recevoir les prochains chapitres.
Voici la raison de cette absence ! Celle du retour maintenant (je suis aussi chiante et bavarde que Yumi) est : je me suis rendue compte de deux choses. La première, la médiocrité de IAF pour laquelle elle n'a pas attiré grand monde : beaucoup de clichés insérés et une évolution des personnages faîte à l'arrachée, une précipitation claire et nette et une mal organisation sur tous les plans –notamment celle de Eren et Levi, je ne vous cache pas que j'ai envie de me « face palmer » à chaque fois que je relis le troisième chapitre. Bizarrement, Yumi était le seul personnage qui a eu une évolution un tant soit peu réaliste (affaire classée secrète).Tout de même au milieu de toute cette auto critique reflétant l'image d'une écrivaine peu confiante et susceptible, je me suis dise : « mais putain c'est ta première fan fiction, c'est normal ! Tu as lu tellement d'histoires sur ce site et sur Wtpd (des histoires que je juge mauvaises maintenant) que t'as eu envie d'écrire la tienne et voilà quoi… t'avais 14 ans bordel ». Et c'est vrai. J'avais zappé le fait que l'oisillon trébuche avant de voler.
La deuxième cause, je persiste à la continuer, tout simplement parce que j'y tiens et que comme l'a dit Mathieu Sommet : « lorsqu'on est si bien lancé sur l'autoroute de la connerie, ça serait con de s'arrêter en si bon chemin ! ».
Au passage, j'ai supprimé ce coup de gueule publié il y'a un an. C'est fou toutes les conneries que j'ai pu y raconter (et je m'en excuse x2) mais je l'ai écrit sur un excès de rage, celle d'une gamine boudeuse qui a besoin de la lumière des projecteurs pour avancer. Maintenant, je n'en ai plus besoin (putain je sens que j'ai évolué à la manière d'un chimpanzé se transformant en humain –merci tonton Darwin !). Justement, compte rendu de cette fabuleuse évolution dont je parle je me suis rendue compte que le public ne constitue pas la passion. Un écrivain restera talentueux et passionné avec ou sans public (je ne sous entends pas que j'ai un talent). Au début nous sommes comme des bébés, nous avons besoin d'une ligne directrice, de conseils et d'une gifle parfois pour apprendre à marcher. Ensuite : l'indépendance, je me barre du foyer maman. Oui je sais, je m'en suis rendue compte dix ans après tout le monde mais mieux vaut tard que jamais.
En tant que dernière consigne, vu que je mets de plus en plus de temps à publier « Non, jure ? » je vous demande (voir ordonne) de ne pas trépigner d'impatience pour les prochains chapitres. Je sens d'ici venir les lecteurs déçus de Toxicomane (coucou ! *gros cœur avec les mains*), alors je ne veux pas refaire la même chose avec IAF (même si j'ai l'impression d'avoir merdé un peu).
Encore une fois, j'ai reçu un commentaire comme quoi mes phrases n'étaient pas très françaises des fois… bah moi-même je ne suis pas Française, je suis Algérienne mais j'essaierai de travailler ça !
Remerciements à Lin Konasa qui m'a aidée à sortir de la brume, ainsi qu'à tous vos commentaires que j'aime relire.
Maintenant, cessez de me jetez des pommes moisies à la bouche é.è … *en croque une au vol*…pas si mal que ça, au final.
Quoi qu'il en soit, j'ai adoré l'écriture de ce chapitre. C'est passionnant d'insérer une touche petite mais nette d'obscurantisme dans un texte bourré d'ironie, le tout raconté par une fille comme Yumi (je fais allusion à ce passage ou j'ai cité le côté perverti de Yumi, sans trop en dévoiler). Oh… *entend un bruit*… un instant ! * ouvre la porte * « Bonjour ! Nous venons vous parler de la sainte et miséricorde modestie… auriez-vous quelques minutes à nous accorder ? » … *regarde fixement puis claque la porte au nez* Non.
Le texte philosophique est écrit par moi donc chut.
Allez, à dans 1 an ! … Antoine Daniel, sors de ce corps. Je plaisante : à dans quelques semaines ou quelques mois.
Bonne rentrée scolaire souhaitée par Yumi et son carnet.
