Chapitre 2 : Une nouvelle arrivée

Depuis sa plus tendre enfance, Cosima avait toujours souhaité aidée les personnes qui l'entouraient. Cela aller de faire le ménage, les courses au dépanner financièrement sa famille quand le besoin y était. Elle avait toujours aimé voir apparaître un sourire sur ceux qu'elle aimait et ne concevait pas d'agir pour elle seule. C'est donc tout naturellement qu'elle s'était dirigée vers le métier d'infirmière une fois son baccalauréat en poche.

D'abord intéressée par l'univers du bloc opératoire, elle s'était très vite réorientée vers un service plus social. Avant tout de chose, Cosima souhaitait aider les gens mais surtout être en contact permanent avec des personnes qui en on besoin. Elle voulait guider, comprendre et épauler ses patients. Pour elle, ce n'était pas grave si son poste au service TCA pouvait sembler ennuyeux aux yeux des communs des mortels. Certes elle n'avait pas de véritable action et se contentait pour la plus part du temps à surveiller un groupe d'adolescentes. Pourtant, pour rien au monde, elle ne changerait de service.

En arrivant ce matin là, Cosima ne s'attendait pas que quelque chose ou plutôt que quelqu'un allait tout à coup changer sa vision des choses.

Arrivée à 6h du matin pour la relève de nuit, elle avait préparé minutieusement les dossiers pour les constantes du matin et n'attendait plus que l'heure propice du levé. Car quand bien même les patientes étaient au bon service de l'équipe hospitalière, Cosima restait persuader qu'elles avaient besoin de temps et d'intimité, le matin, avant d'être observer de part et d'autre.

Après le petit déjeuner, elle s'était attelée à préparer le dossier de la nouvelle arrivante et avait commencé à parler de ce cas avec le reste de l'équipe présente ce jour là. Le poids, la taille, l'histoire….tout était analysé dans les moindres détails afin de l'accueillir dans les meilleures conditions possibles. A 12h, la chambre était prête et c'était donc l'esprit léger qu'elle commençait la distribution du déjeuner.

A 14h quand elle entendit une voix inconnue émanant du couloir, s'est tout naturellement qu'elle était partie à la rencontre de celle-ci. C'est là qu'elle l'aperçut. Grande, blonde au regard fuyant. Son visage trahissait sa peur et ses doutes. Cosima avait l'habitude d'accueillir les nouveaux patients et connaissait très bien ces expressions. Son rôle était de rassurer et d'apaiser les craintes qu'ils pouvaient ressentir à leur arrivée. Elle en avait conscience, entrée dans ce service n'était pas une chose facile à accepter ni à mettre en pratique. Bon nombre de jeunes filles avaient préférées tout annuler à la dernière minute. Pas prêtes ou pas assez confiante, elles avaient choisi la fuite plutôt que d'affronter le problème de front. Cosima avait fini par comprendre leur choix et espéré seulement que ce n'était que partie remise, et que bientôt, elle reprendrait le chemin de la raison.

Cependant, en voyant cette jeune femme au bord des larmes se tenir droite et fière dans le couloir, elle avait eut un pincement au cœur et pour la première fois depuis longtemps, elle s'était promis de l'aider du mieux qu'elle le pouvait quitte à la prendre sous son aile. La plus grande difficulté dans cette promesse, serait de ne pas franchir la frontière entre l'univers professionnel et personnel. Car la première fois qu'elle avait cet engagement, le dénouement ne fut pas aussi joyeux qu'elle l'avait espéré.

Accueil du patient, présentation de la chambre, entretient d'arrivée, prise des constantes...un rituel que Cosima ou tout autre infirmière connaissait par cœur. Au bout d'une heure passée en sa compagnie, Cosima avait réussi à dresser un portrait plus ou moins étoffé de Delphine. Le résultat était sans équivoque, elle le savait, elle le sentait, cette jeune femme avait l'envie, l'espoir de s'en sortir. A ses yeux, c'était les seules preuves dont elle avait besoin pour s'engager pleinement dans envie de l'aider.

« Que penses-tu de la nouvelle ? » Demanda Nathalie, une autre infirmière.

« Je pense qu'il y a de bonne chance pour qu'elle s'en sorte. J'ai senti en elle l'envie de partir d'ici le plus vite possible. En la questionnant sur son histoire, son vécu, j'ai réussi à discerner une certaine prise de conscience vis à vis de sa présence ici et une véritable rage de guérir. »

« Je l'espère de tout cœur. Tu veux la prendre en charge ou tu préfères la déléguer à quelqu'un d'autre ? »

« Je vais m'en occuper. J'ai besoin de me prouver que je peux aider une personne ! » Répondit Cosima en affichant un regard attristé.

« Tu ne dois pas t'en vouloir pour ce qui s'est passé la dernière fois. Personne n'avait rien vu venir et tu n'es pas responsable ! »

« Elle était sous ma surveillance, j'aurai du être plus vigilante. Je ne me le pardonnerai jamais. »

Nathalie ne savait pas quoi répondre face à cette déclaration. Tout le monde dans le service gardait en mémoire l'accident du mois passé. Tout avait pourtant bien commencé. Une jeune fille âgée de 15 ans avait été admise dans le servie et c'est Cosima qui s'était proposée de la suivre. Après une semaine sans accroche, une relation amicale voir fraternel s'était installée entre Cosima et la jeune Hélène. Tous ici, pensaient que l'adolescente était heureuse et sur la bonne voie. Pourtant, un matin, en entrant dans la chambre pour la réveiller, Cosima vit Hélène allongée morte sur son lit. La jeune fille s'était donnée la mort. L'équipe de nuit n'avait rien vue d'étrange. Comment, pourquoi ? Seule la présence d'un flacon de somnifères jaugeant le sol permis de mettre un mot sur ces questions. Un manque de vigilance avait suffit pour qu'Hélène dissimule des cachets dans sa valise. Bien qu'elle n'en soit pas directement responsable, Cosima ne s'était jamais remise de cette perte.

Vers 17h, Cosima emmena Delphine dans sa chambre afin de contrôler son rythme cardiaque. Les risques, au vue de son poids faible et de sa taille, d'un arrêt cardiaque étant importants, le médecin avait demandé une analyse au plus vite.

« Ne t'en fais pas, cet examen est indolore, tu ne sentiras rien ! »

« Je n'ai pas peur de l'examen entant que tel mais plutôt des résultats » répondit Delphine.

En élevant son t-shirt, elle se surprit de son manque de timidité. En temps normal, elle détesté se dévêtir devant des inconnus et même devant les membres de sa famille. Or, ici dans cette chambre, dans cet environnement hospitalier, toutes ses barrières semblaient être tombées. A moitié nue devant cette infirmière, elle ressentait tout un tas d'émotions aussi contradictoire les unes des autres mais en aucun cas de la pudeur. Allongée sur son lit, elle attendait patiemment que Cosima commence l'installation des capteurs.

Ce genre d'examen était une banalité pour Cosima. A chaque cas critiques, et sachez que dans ce service, ils le sont pratiquement tout le temps, les internes prescrivaient un électrocardiogramme afin de vérifier si le patient était assez fort pour ne pas être en chaise roulante lors des sorties journalières.

Cependant, celui-ci ne se déroulait pas comme d'habitude. Cette fois-ci, Cosima voulait le faire durer. Inconsciemment, elle voulait admirer plus longuement ce corps frêle qui se trouvait devant ses yeux. Certes, avec un BMI comme celui-ci, le corps de Delphine ressemblait plus à un squelette vivant qu'à un corps pulpeux et envieux. Cependant, Delphine avait ce petit quelque chose d'intriguant et de touchant qui donner envie à Cosima de l'admirer. En découvrant ses formes, son cœur se mit à battre plus rapidement et sa bouche devînt sèche.

« Tu n'as pas trop froid, ça va ? » Demanda t-elle afin de se contenir.

Delphine frissonnait légèrement mais elle le savait au plus profond d'elle. Cela n'avait rien avoir avec la fraicheur de la pièce. Non. Ces frissons avaient commencé au moment même où Cosima avait posé ses mains sur son corps pour placer les capteurs.

Après l'examen, Cosima sorti de la pièce en direction du PC infirmier. Là-bas, ses collègues l'a fixait de façon énigmatique. Cosima semblait songeuse.

« Les résultats ne sont pas bon ? » demanda Nathalie.

« Heu si si tout va pour le mieux ! » Répondit Cosima en sortant de ses pensées.

« On ne dirait pas en voyant ton visage. Tu à l'air préoccuper par quelque chose. Tu ne veux pas nous en parler ? »

« Non, merci. Ce n'est rien, sans doute un peu de fatigue, ne vous en faite pas les filles ! »

A 18h, à l'heure du repas du soir, plusieurs fois elle s'était demandée si elle avait pris la bonne décision. En effet, après le drame passé, son chef de service lui avait proposé une affectation dans une autre aile de l'hôpital. Malgré quelques réticences, Cosima avait fini par la refuser et s'était jurer de continuer quoi qu'il lui en coûte.

C'est donc en toute simplicité qu'elle s'était installée aux côtés de Delphine afin de lui rendre cette première soirée aussi agréable qu'elle puisse l'être.

« Si tu te décidais à te joindre aux autres filles, le temps passerait beaucoup plus vite tu sais. A ce qu'on m'a dit, elles ne sont pas cannibales ! » Dit-elle en riant.

Delphine ne savait pas quoi répondre. Elle n'avait jamais été très entreprenante pour tisser des relations avec le monde extérieur. Si une personne l'abordait, elle y répondait très facilement mais de là à faire le premier pas, il y avait une frontière qu'elle n'arrivait pas à franchir. Cependant, et sans trop savoir pourquoi, elle pris les devant et lança un sujet de conversation.

Le sujet tourna autour de la famille et du monde extérieur.

« Je suis fiancée depuis six mois ! » avoua Ludivine. « Le week-end prochain je déménage avec mon ami pour notre première maison ! » finit-elle le sourire aux lèvres.

« Et toi, Delphine ? T'as vie sentimentale ? » Demanda Ingrid.

« Moi ? Comment dire, c'est compliqué. Enfin pour faire simple disons que je suis seule et que je me cherche encore ! »

Cette réponse énigmatique intrigua plus que de raison l'ensemble du groupe. Même Cosima, qui s'affairait à remplir le cahier des retours, leva les yeux pour la fixer. Un regard interrogateur et un sourire en coin.

« Tu te cherches encore ? Tu entends quoi par là ? » Demanda Ludivine.

« Disons qu'à l'heure d'aujourd'hui je ne sais pas encore qui je suis et qui j'ai envie d'être ! »

Cette réponse ne parvint pas à faire taire les questions et très vite Delphine se sentie dépasser par les évènements. Cependant, elle prit sur elle et finalement réussi à faire taire l'ensemble des filles.

« Vous savez les filles, ce qui est bien quand on se cherche, c'est que l'on peut goûter à tout ce qui se présente ! » Lança Cosima en fixant Delphine tout en quittant la pièce.

Delphine sourie à cette intervention. Cosima aurait elle compris ce qu'elle sous-entendait ? Qu'importe, dans cet environnement, Delphine se sentait protégée et elle savait qu'ici, personne n'était là pour la juger.

Après que Delphine soit parti se coucher, Cosima s'installa à son bureau et commença son compte rendu de la journée afin de faciliter le travail de l'interne pour le lendemain. Elle résuma son entretient avec la patiente et ses hypothèses quand à sa situation actuelle. Motivation, prise de conscience, tout était analysé afin d'en tirer un profil le plus détaillé possible. En terminant le dossier, Cosima se demanda si la situation avec Delphine n'allait pas être difficile à gérer. Elle le savait, la frontière entre le monde professionnel et la vie personnelle était mince. Elle en avait d'ailleurs fait l'amère expérience dans son ancien service.

Début du Flashback

« Cosima, Camille…je suis désolé mais vous ne me laissez pas le choix. Plusieurs personnes m'ont rapporté votre comportement et je ne peux pas fermer les yeux la dessus. Cosima, vous le savez, le personnel n'a pas le droit d'entretenir une quelconque relation non professionnel avec un patient. Je ne veux pas savoir quelle est la véritable nature de votre relation, ceci appartient au domaine privé, mais je n'ai pas d'autre choix que de vous muter dans un autre service. Je vous ai trouvé une place, qui j'en suis sur, vous satisfera grandement. Tout comme ici, vous resterez proche des patients et serait à leur écoute. J'espère que vous comprendrez que je n'ai pas pris cette décision de gaieté de cœur mais la situation m'oblige à prendre des décisions. Votre nouvelle affectation commence dès demain. »

Cosima n'avait pas bougé durant toute cette tirade. Le chef de service avait raison, il n'avait pas d'autre choix que de la changer de service. Elle avait dépassé les limites et maintenant elle devait en payer le prix. Cela faisait maintenant deux mois qu'elle entretenait une relation secrète avec une patiente qui venait à peine de quitter le service. Chargé de soutenir psychologiquement les patients sortis d'opération, Cosima s'était pris d'affection pour une patiente plus âgée qu'elle et très vite cet attachement s'était transformé en une relation passionnée. Pourtant, pour sa carrière et son image professionnelle, Cosima rompu tout contact avec Camille dès le premier jour de sa mutation.

Fin du Flashback

A la sortie de sa garde, elle se dirigea vers son café favori afin de s'évader et de se changer les idées. Quoi de mieux qu'une soirée entre amis pour repartir du bon pied.

« Eh les filles, comment allez vous ? » demanda t-elle en s'installant à une table.

Mégane, Alice et Sophie, ces meilleures amies étaient déjà attablée autour de leur deuxième ou troisième tournée, à la vue du nombre de verre déjà vidé.

« Très bien et toi ma belle ? Tu as l'air réjouis ? » Demanda Mégane.

« Oui on dirait que notre Cosima a retrouvé le sourire. Mmmm ça faisait longtemps qu'on ne l'avait plus vu aussi souriante ! Quelque chose de croustillant à nous raconter ? » Rajouta Alice.

« Mmmm ça se pourrait oui ! » Répondit Cosima en faisant mine de rien, les yeux pétillants, tout en sirotant son jus de fruit tout juste service.

« Tu nous en as trop dit, allez raconte ! » S'empressa d'ajouter Alice.

« Disons que j'ai rencontré quelqu'un aujourd'hui et que je ne suis pas insensible à son charme ! » dit-elle tout naturellement.

« Oh et peut-on savoir qui c'est ? On la connaît ? » Demanda Sophie.

« Non, et vous ne la rencontrerait sans doute jamais. » A cette réponse, le visage d'Cosima s'assombrie.

« Pourquoi ? » demandent-elles en cœur.

« Si je vous le dis vous allez sans doute vouloir me tuer ! » répondit-elle tout en souriant.

« Oh non ! Ne me dit pas que ça a recommencé ! » Dit Alice tout en essayant de garder son calme.

Cosima ne dit rien et son silence trahie ce que ses amies pensées. Oui, cela avait recommencé, Cosima était tombée à nouveau sous le charme d'une de ses patientes.

« Tu sais que tu ne peux pas Cosima. Il ne faut pas que tu recommences. Tu as déjà assez souffert pour tout perdre à nouveau, tu ne crois pas ! » Demanda Sophie.

« Je sais c'est pourquoi je vous en parle. J'aime mon nouveau service et je n'ai pas envie de devoir tout recommencer une fois encore. Ne vous en faites pas les filles, je vais faire en sorte que ma relation reste très professionnelle. »

Au lendemain matin, en se réveillant, Cosima décida de se rendre plus tôt que prévu à l'hôpital afin de voir si Delphine avait passé une bonne nuit. Son expérience lui avait déjà montré qu'une première nuit en milieu hospitalier n'avait rien de facile et pouvait parfois en déstabiliser plus d'une.

A l'entrée du bâtiment, elle s'alluma une cigarette puis une deuxième dans l'espoir de calmer ses nerfs. Cette dose de nicotine, ce poison meurtrier, était la seule chose que Cosima avait réussi à trouver pour se calmer quand le besoin se faisait sentir. Dans sa jeunesse, une période de dépression l'avait amenée à une autre sorte d'addiction bien plus destructrice et la cigarette restait la seule solution acceptable qu'elle avait trouvée.

« Bonjour tout le monde ! » déclara t-elle à son arrivée à l'ensemble des patients.

Son métier, sa passion, était sa seule joie de vivre ces temps-ci. Et ce service, Troubles du Comportement Alimentaire, lui avait permis de se retrouver et de s'épanouir. Dès qu'elle y mettait les pieds, elle se sentait comme apaisée et contrairement à beaucoup de employés, venir ici pour travailler plus que de raison n'était pas un fardeau mais un réel bonheur. C'est pourquoi, il n'était pas rare de la voir au poste bien avant son début de service et inversement, elle restait souvent tard même si elle n'était plus en activité.

« Déjà là de si bon matin. Tu es tombée du lit ? » Demanda en riant Mariel.

« Qui sait, je n'ai peut-être pas dormi cette nuit cela expliquerait que je sois déjà ici ! »

« Oh mais tu fais ce que tu veux de tes nuits ! » répondit l'ensemble du personnel en la taquinant.

«Je peux avoir le dossier de Delphine s'il vous plait ? »

En partant du bureau, elle se retourna une dernière fois vers ses collègues et pris la direction de la salle commune.

« Delphine, je peux te voir quelques secondes ? » demanda t-elle en entrant dans la pièce.

Delphine suivit Cosima sans demander son reste. Elle était juste intriguée par cet entretient imprévu et se demandait bien ce que la jeune infirmière pouvait bien lui vouloir. Avait-elle mal agi ? Avait-elle fait quelque chose d'incorrect depuis hier soir ? Le visage fermé et froid d'Cosima n'arrangeait rien à ce doute naissant.

« Assis-toi s'il te plait ! » Lui demanda Cosima.

Assise sur son fauteuil, Delphine observa l'infirmière qui faisait les cent pas dans la chambre. Puis Cosima s'installa à la table et ouvrit un dossier. Elle tourna les pages sans se sourcilier. Delphine restait passive et attendait qu'on lui explique pourquoi on l'avait convoqué.

« Comment te sens-tu aujourd'hui ? » Demanda enfin Cosima.

« Ca peu aller pourquoi ? » Lui demanda Delphine.

« Tu as bien dormi ? » Relança Cosima sans répondre à la question.

« Très bien merci ! »

« Tu sais que tu peux tout me dire. Ce qui est dit ici, entre ses murs, ne sortira pas de la pièce. »

« De quoi devrai-je vous parler ? » demanda Delphine sur la défensive.

« J'ai remarqué que tu n'étais pas en très grande forme ce matin. Quand je suis entrée dans la pièce pour vous saluer tu n'as pas bougé. Tu fixais ton plateau et j'ai eu l'impression que quelque chose te tracassait. »

« Tout va bien, vraiment ! Je pensais juste… »

« Oui ? » relança l'infirmière intriguée.

« Non à rien, ne vous en faites pas. Sans doute la fatigue ! » Répondit Delphine en éludant la réponse.

Cosima retourna à son dossier. Elle essayait de percevoir sur ces quelques bouts de papier un sujet, un problème qui pourrait être la cause de ce changement brutal d'humeur. Hier soir après le dîner, quand elle l'avait laissé se coucher, la jeune fille était joyeuse et resplendissait malgré la situation. Elle le savait, la première journée, la première nuit, étaient très difficile pour quiconque venait d'entrer dans le service. Pourtant, ce matin, l'adolescente semblait perdue et songeuse. Son ancienneté au sein de ce service lui rappela que cela n'était jamais anodin et que, quand bien même la fille refusait de répondre, il se cachait derrière cela un mal bien présent et tenace. Il était donc de son devoir de réussir à le percevoir et à épauler l'adolescente du mieux qu'elle le pouvait. Elle se l'était jurée. Plus jamais elle ne revivrait une perte.

« Je sais que tu me mens Delphine. Je préfère te le dire tout de suite, je ne te lâcherais pas. Tu auras beau me repousser, faire comme ci de rien n'était, et dire que tout est parfait comme dans le meilleur des mondes, je vais toujours essayer de te pousser dans tes retranchements quitte à ce que tu finisses par me haïr. Saches que je suis là pour toi, pour t'écouter, te rassurer et t'aider dans la guérison. Si tu refuses mon aide alors poses-toi les bonnes questions. Veux-tu vraiment que l'on t'aide ? »

Delphine avait écouté Cosima et avait réussi à percevoir une profonde sincérité dans ce qu'elle lui avait dit. Certes Cosima était une infirmière mais elle n'était pas comme toutes les autres. Elle voulait et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour aider ses patientes. Delphine, le savait, tous les médecins n'étaient pas identiques. Certain ne se montrer que pour être sur de toucher leur chèque en fin de mois. Mais elle sentait que Cosima était différente. Cette jeune femme, qui hier encore lui était inconnue, faisait naître en elle un sentiment de confiance qu'elle n'avait pas ressenti depuis bien longtemps. L'avait-elle vraiment déjà sentie ?

« C'est vrai, je ne vais pas bien ! » Finit-elle par avouer.

Cosima sourit. Elle avait réussi. En quelques secondes, cette carapace épaisse que s'était forgée Delphine commençait à se craquer. Elle laissait entrevoir une onde, juste assez pour commencer à creuser.

« Je suis…comment dire perdue… »

« Perdu vis à vis de quoi ? » demanda Cosima.

« De tout…moi…ma présence ici…et puis il y aussi… »

Delphine ne pouvait pas finir sa phrase. Les larmes lui montaient aux yeux et c'est dans un effort sur humain qu'elle finit par retenir ses larmes et à fixer Cosima. Seulement 24h passé entre ses murs et déjà, elle se sentait perdue et tout un tas de questions venait la hanté dans ses rêves.

« Si tu n'es pas prête à me parler ce n'est pas grave. L'important c'est que j'ai pu voir que tu en avais envie. C'est le principal ! »

Cosima se leva, sourit et quitta la pièce. Que pouvait-elle faire d'autre dans ces circonstances. Delphine était perturbée, elle le lui avait avoué à demi-mot. Il ne lui restait maintenant plus qu'à attendre que cette dernière face un pas vers elle.

« On se demandait si tu allais sortir un jour de cette chambre ! » déclara Mariel et Nathalie tout en riant.

« Vous êtes seulement jalouse. Je sais, avouez le, vous aussi vous rêver de passer quelques minutes avec moi dans une chambre ! » Répondit Cosima.

Les infirmières rirent de bon cœur et chacune à son tour retourna à ses activités. Cosima ne s'en était jamais cachée. Ses collègues connaissaient son penchant pour les filles et cela n'avait posé aucun problème dans leur travail. Elle leur avait même expliquait l'objet de sa mutation et malgré quelques réticences, au final, elles avaient toutes finis par l'accepter.

L'après-midi était consacré à l'atelier socio esthéticienne. Selon ses colocataires, l'atelier était pour la plus part du temps sympa et permettait de se rapprocher et de créer des liens. Pour son deuxième jour, cette opportunité de tisser une relation avec les autres filles réjouissait Delphine Après tout, elle n'avait d'une part pas le choix et d'autre part elle se disait que se faire des amis ne serait pas une mauvaise chose. De plus, une ou plusieurs amies entre ses murs lui donneraient une raison de plus de se lever chaque matin.

A 14h précise, Béatrice, l'infirmière socio esthéticienne entra dans la pièce pour installer l'atelier du jour. Au programme, soin du dos. En binôme, chaque participante aller faire et recevoir un massage aux huiles essentielles. Delphine qui était de nature très pudique et qui avait, dans le passé, vécues des choses difficiles, avait senti son cœur battre plus fort à l'annonce du sujet.

« Pour que l'atelier se passe dans les meilleures conditions possibles, je vous propose de faire vous même vos duos. Pour celle qui serait un peu réticente à l'idée de toucher ou d'être touchée par quelqu'un d'autre, je leur propose d'être massée par moi même ou par l'infirmière présente aujourd'hui. »

A cet instant, la porte s'ouvrit et Cosima entra dans la pièce essoufflée.

« Désolée Béatrice pour ce retard. Un imprévu de dernière minute et je n'ai pas vu le temps passer ! » Dit-elle d'une seule traite.

« Ca ne fait rien, nous n'avons pas encore commencé. Je venais justement d'expliquer aux filles que si elles le désiraient l'une d'entre nous pouvait se charger du massage. » Répondit Béatrice.

Delphine regarda Cosima. Cette derrière la fixa également. Ce regard intense, ne dura qu'un quart de seconde, mais pour elles deux, celui-ci sembla durer une éternité.

« Cosima ? » Appela Béatrice.

« Heu, oui ! » Répondit-elle en détournant ses yeux.

« Tu es d'accord pour masser une des filles si elle le désir ? »

« Oui bien sur ! »

Doucement, les binômes se mirent en place et Delphine se retrouva seule. Il restait juste une autre fille qui apparemment était aussi réticente qu'elle à l'idée d'être massée.

« Je vais m'occuper de Margot et toi Cosima, peux-tu t'occuper de Delphine ? C'est son premier atelier et comme on m'a dit que c'était déjà toi qui s'occupais d'elle depuis son arrivée, je pense que ça serait plus facile pour elle de partager cet atelier avec toi. Qu'en penses-tu ? »

« J'en pense que c'est une très bonne idée. »

Les mots étaient sortis d'eux même de sa bouche. Au fond d'elle, seulement, Cosima se demanda si c'était vraiment une aussi bonne idée qu'elle le prétendait.

Pendant que les filles se dénudaient et enfilait une robe de chambre des plus affreuse, à savoir blanche avec tout un tas de fleurs style maison de grand-mère et le corps hospitalier mettait en place les tables et les chaises.

Les filles s'installèrent confortablement sur une chaise et détachèrent leur robe de chambre dans le dos.

Delphine posa sa tête sur l'oreiller. Avant cela elle pris soin de dégrafer son soutient gorge et essaya tant bien que mal de se détendre.

Les mains dans la bassine, Cosima trempa un gant de toilette et délicatement le posa sur le dos de Delphine. La chaleur de celui-ci sur sa peau froide l'électrisa instantanément. Délicatement, Cosima mis une cuillère à café de gommage et la posa sur le haut de son dos. Les grains aux contacts de celui-ci encore tiède, commencèrent à fondre et un soupçon de violette s'en dégageait.

Delphine qui détestait être touchée, était au bord de l'endormissement. Au contact des mains de Cosima, tout son corps frissonna et elle sentit naître au creux de son bas ventre, des papillons de joie. Elle était bien, et appréhendait maintenant l'instant où ce doux massage s'arrêterait.

Après le gommage, Cosima essuya le dos de Delphine avec une serviette en éponge et se prépara à utiliser de l'huile essentielle de monoï. Petit à petit, elle fit glisser ses doigts le long de la colonne vertébrale de Delphine. A chaque mouvement, à chaque caresse, elle se mit à rêver que cet instant ne s'arrête jamais ou que celui-ci se déroule dans un autre cadre. Car oui, elle devait se l'avouer, elle ressentait bien du plaisir à la masser. Sa peau, son odeur, sa respiration…chaque parcelle de ce dos l'envoutait. Pourtant, elle le savait, elle devra être forte et ne pas céder à ses envies.

Delphine quand à elle, était au bord de l'extase. Bien longtemps, elle s'était demandée ce qu'elle aimait, ce qu'elle voulait dans la vie, et en quelques minutes, la réponse lui sauta aux yeux. Jamais au par avant, elle n'avait ressenti de pareils émotions. Chaque frôlement provoquait en elle un élan d'émotions encore jamais éprouvé.

« Tu me dis si tu veux que j'arrête. » Dit Cosima dans un murmure à peine audible.

« Non c'est bon ! » répondit Delphine dans un souffle.

Cet instant, cet échange leur était propre. Certes elles étaient entourée d'une dizaine de personnes mais elles s'étaient créés une bulle invisible où aucun son, aucun bruit ne pouvait les atteindre. Absorber par ce qu'elles ressentaient, ni Delphine ni Cosima ne s'aperçu que le reste du groupe les observait Les autres patientes étaient rhabillées, et Béatrice attendait patiemment que l'échange se termine afin de ranger son matériel. Car bien que le temps semblait être fiché, les minutes s'étaient écoulées et déjà 16h sonné.

« Je ne voudrai pas vous déranger mais il va falloir arrêter pour pouvoir tout ranger avant la collation. » Intervient Béatrice.

Cosima sursauta. Elle s'était perdue dans ses pensées et ce dur retour à la réalité lui fit perdre tous ses moyens. Elle arrêta délicatement le massage comme le lui avait indiqué Béatrice puis quitta la pièce sans regarder Delphine. Cette dernière, encore envoutée et bouleversée par ce qu'elle venait de ressentir n'avait pas remarqué qu'elle venait de sortir de la salle.

Cosima ne se montra pas le reste de la journée. Préférant s'isoler et demanda à ses collègues de s'occuper de la distribution de la collation.

Elle se l'était pourtant jurer. Elle ne devait plus céder à la tentation. Elle devait être forte et ne pas se laisser happer parce qu'elle pouvait ressentir. Seulement 24h s'était écoulées depuis l'arrivée de Delphine et déjà elle perdait pied. Elle se sentait sombrer dans un gouffre profond sans aucun moyen d'échapper à la tristesse qui l'y attendait.

En s'allongeant dans sa chambre, des flashs de l'après-midi lui revint à l'esprit. La douceur de sa peau, son odeur, sa respiration changeante au rythme des ses caresses…Cosima sentait bien qu'au fond d'elle, Delphine devenait plus qu'une patiente. Elle n'avait pourtant rien fait pour. Elle s'était comportée comme avec un n'importe qu'elle autre malade. Pourtant, une chose encore inconnue était entrain de grandir au fond d'elle. Il ne lui restait plus maintenant qu'à décider si elle voulait l'arrêter ou la laisser continuer de se développer au risque de se blesser.