Chapitre 3 : La tentation
Une semaine. Déjà une semaine que Delphine été entrée à l'hôpital. En ce lundi matin, le stresse était à son maximum. Une semaine qu'elle essayé de suivre toutes les indications qu'on lui donnait. Une semaine qu'elle se battait contre son démon intérieur en ayant pour unique objectif d'aller de l'avant, et qui sait, peut être un jour, de le vaincre. Aujourd'hui, la tournée du matin contenait ce que toutes les patientes redoutaient le plus : la pesée.
« Bonjour Delphine, ça va aujourd'hui ? » Demanda Pascale en entrant dans la chambre.
« Bien et vous ? » Répondit-elle.
« Très bien merci.»
S'en suivit les éternelles questions, « Avez-vous bien dormi ? », « Avez-vous mal quelque part ? », « De la visite aujourd'hui ? ».
« Je vais prendre vos constantes ».
Les résultats furent plus ou moins probant : 8.5 de tensions, 85 de glycémie et 37 de température. En vue de son état général, Delphine ne s'en tirait pas trop mal.
« Tu veux bien aller te mettre en sous – vêtement dans la salle de bain. On va faire la pesée ! » Dit Pascale.
Seule face au miroir de sa salle de bain, Delphine, tout en enlevant son pyjama, observa sa silhouette. Le constat était sans appel. Elle faisait toujours aussi peur et ses efforts ne faisaient que commencer. Au moment du résultat, elle retînt sa respiration. Puis dans un souffle de soulagement, elle afficha un sourire révélateur. Une semaine pour 1k500, de quoi se réjouir suffisamment pour le reste de la semaine.
Cependant, le lundi matin n'était pas un moment de joie pour tout le monde. Assise dans un fauteuil en attendant son traitement, elle observait du coin de l'œil les filles qui arrivaient chacune à leur tour. Certaines affichées un visage déconfit tandis que d'autre avaient elles aussi un sourire. Cette concentration l'empêcha de voir Cosima qui arrivait, trainant un panier à provision derrière elle. Depuis cette séance de relaxation particulière, Cosima l'avait évité. Plus jamais, elles ne s'étaient à nouveau retrouvées seules toutes les deux. Les seules paroles qu'elles s'étaient échangées se résumaient à : « Bonjour, Au revoir ». Delphine souffrait de cette situation et même si elle pouvait la comprendre, elle espérait au fond d'elle que cette distance, installée à son insu, ne soit bientôt plus qu'un lointain souvenir.
« Bonjour les filles. Voici le nom de celles qui font la sortie au marché ce matin. Les autres auront APA (Activité Physique Adaptée) ».
Très vite, les têtes se levèrent et l'on pouvait déceler chez l'ensemble des patientes l'envie d'être sur cette liste. En effet, hormis les sorties quotidiennes pour s'aérer, à savoir 3 fois par jour, rares étaient les occasions de sortir de ses murs. Faire partie de cette sortie au marché était une occasion unique de voir le monde extérieur et d'oublier, le temps de quelques heures, son statut de malade. Et puis, en y participant elles étaient également certaines de faire partir de l'atelier cuisine du lendemain.
« Ludivine, Elise, Margot, Solène et pour finir Christine ! Les filles allez vous préparer, on vous attend devant le PC infirmiers dans 20 minutes. » Finit par annoncer Cosima.
Delphine eut un pincement au cœur. En n'entendant pas son nom, elle comprit que ce n'était pas aujourd'hui encore qu'elle pourrait sortir s'évader. C'est donc la peine dans l'âme qu'elle retourna à ses activités.
Très vite, les filles affluèrent les unes après les autres dans le couloir. Delphine les regardait avec envie. Cosima les attendait. Apparemment c'était elle qui s'occuper de la sortie.
« Cosima ! Tu veux bien venir avec moi s'il te plait.» Intervient Mariel.
Un quart d'heure plus tard, les infirmières sortirent du bureau. A voir la tête d'Cosima, ce qui venait de se dire ou de se décider ne lui faisait pas plaisir. Mariel parti avec les heureuses élues en direction de l'ascenseur. Cosima quand à elle resta tête baissé. En la relevant doucement elle croisa les yeux de Delphine. Cette dernière lui fît un sourire timide. Cosima détourna le regard et rentra à nouveau dans le bureau infirmier. Delphine n'avait alors plus aucun doute, Cosima essayait de la fuir mais elle ne savait pas encore pourquoi.
« Bonjour tout le monde ! »
Une voix féminine jusque là encore inconnu arriva aux oreilles de Delphine.
Une jeune fille brune, âgée d'une vingtaine d'années, venait de faire son apparition. A l'allure peu féminine, de part sa tenue sportive et ses cheveux attachés en arrière, elle avait pourtant l'air fort sympathique. Très vite, Delphine appris que la jeune fille en question s'appelait Justine. Justine était l'éducatrice sportive. Elle se chargeait de l'atelier APA à savoir Activité Physique Adaptée pour des personnes atteintes de ce type de pathologie.
« Vous allez vous habiller les filles comme ça on pourra commencer tout de suite. »
Cosima pointa le bout de son nez pour saluer Justine.
« C'est moi qui encadre aujourd'hui l'activité ! Et puis comme ça on sera un nombre pair vu que les autres filles sont parties sur l'extérieur. »
Effectivement, avec l'absence des autres patientes, le groupe était à présent réduit à seulement cinq personnes. En entendant ce que Cosima venait de dire, Delphine espérait seulement que cet atelier allait lui permettre de parler avec elle.
Justine installa la salle de manière à pouvoir mettre des tapis sur le sol et d'avoir assez d'espace pour se déplacer sans heurter la personne qui se trouvait à côté. Le hasard voulu que Cosima s'installe à la droite de Delphine. Est-ce que Delphine avait tout calculé pour qu'elle n'ait pas d'autre choix que celui-là, elle seule le sait.
« Allez les filles c'est parti. Commençons par une série d'échauffements ! Ensuite vous vous mettrez par deux pour la série d'exercices suivant ! »
Cosima se rendit bien vite compte qu'elle n'aurait pas d'autre choix que de faire équipe avec Delphine. Elle lui fit face et la regarda s'assoir sous les indications de Justine. L'exercice consistait à se mettre derrière la personne et à se coller à son dos. Puis à faire passer un ballon de la gauche vers la droit afin que la personne soit obligée de basculer le bassin afin d'attraper la balle.
En entendant les explications, Cosima maudit Mariel d'avoir eut cet imprévu l'obligeant à prendre sa place. Elle qui essayait à tout pris de faire abstraction envers l'objet interdit, se retrouvait une fois encore face à la tentation. Dans cette position, elle pouvait à nouveau sentir l'odeur parfumé de Delphine et entendre son souffle saccadé. Très vite elle cala sa propre respira sur la sienne. Elles ne faisaient plus qu'une et une fois de plus, elles firent abstraction de ceux qui les entouraient.
« On inverse les rôles ! » Déclara Justine.
En se levant, Delphine pris appuis sans le vouloir sur la main de la jeune infirmière. Pris au dépourvu, celle-ci la retira vite et se releva sans regarder l'adolescente. La situation commençait à devenir insupportable pour elle qui n'avait jamais autant résisté à ses pulsions. L'entourage de Cosima le savait très bien. Quand la jeune femme avait envie de quelqu'un, elle réussissait toujours à l'avoir coûte que coûte. Pourtant, ici, sa conscience professionnelle guidait ses mouvements.
Les exercices suivant ne l'aida pas, ils aggravaient même la situation. En effet, au fur et à mesure que la séance se poursuivait, Cosima se demandait si Justine avait décidait de la faire souffrir. Dernier exemple du jour, Cosima s'allongea et Delphine se mit face à elle tête vers les pieds pour tenir ses derniers. Dans cette position, Cosima avait une vue irréprochable sur le décolleté de Delphine. Elle devinait facilement ses formes et pouvait y voir des gouttes de sueurs descendre lentement vers le bas de son ventre. Plus qu'un supplice, Cosima se mordit les lèvres en taisant un soupir.
Delphine avait perçu le regard envieux de Cosima. En la voyant se mordre les lèvres, ses doutes s'évaporèrent. Elle était sur maintenant que Cosima la fuyait car elle éprouvait un désir pour elle. A cette pensée, elle ne pu s'empêcher de sourire et de jouer avec elle. Lentement, elle se pencha un peu plus laissant entrevoir un peu plus ses seins. Puis dans un mouvement naturel, elle fit en sorte que son débardeur remonte un peu plus pour dégagé le bas de son dos.
« Il fait chaud aujourd'hui n'est-ce pas ? » Demanda t-elle en regardant Cosima.
La jeune femme ne savait pas quoi répondre. Certes il faisait chaud dehors et la petite pièce peu aérer n'aidait en rien la situation. Mais en plus de cela, elle brûlait de l'intérieur d'un désir qui la consommait rageusement.
« Pour faire chaud il fait chaud ça c'est sur ! » Dit-elle en essayant de ne laisser rien paraître.
Delphine jubiler. Elle avait envie d'aller plus loin. Elle qui est d'un naturel puritaine et conservatrice. Elle qui n'osait jamais de peur de se brûler les ailes, avait envie de taquiner un peu plus celle qu'elle désirait secrètement. Delphine se cherchait encore et ne savait pas si elle préférait les femmes ou les garçons. Depuis tout ce temps elle attendait patiemment un signe qui lui ouvrirait les yeux. A cet instant précis, la réponse lui sauta aux yeux. En voyant Cosima fuir son regard et même sa présence, elle se rendit compte qu'elle aimait ce jeu du chat et de la souris. Elle n'avait plus qu'une envie, attraper sa proie.
« Bien les filles, on va pouvoir commencer à s'étirer avant de se quitter ! »
L'intervention de Justine sorti Delphine de ses pensées. Elle se releva et commença à suivre les indications du professeur. A la sortie du cour, elle prie la direction de sa chambre pour se préparer à prendre une douche, sans jeter un seul regard envers Cosima. Après tout, elle aussi pouvait se faire désirer.
Jamais une séance d'APA n'aura semblé aussi intense aux yeux de l'infirmière. S'enfermant dans le PC infirmier, elle essaya tant bien que mal à se calmer. Si elle était chez elle, une douche froide lui aurait remit les idées en place. Malheureusement pour elle, son service se terminait à 19h. Il lui restait encore plusieurs heures avant de quitter ce lieu.
Dans sa chambre, Delphine, installait confortablement sur son lit, attendait l'heure d'en sortir pour aller déjeuner. La moitié des filles et du personnel étant de sortie, c'était pour elle une occasion en or de se rapprocher de Cosima. Tout en réfléchissant à la manière d'y parvenir, elle se rendit compte que jamais au par avant elle ne s'était attachée à une personne en si peu de temps. A l'aide d'un stylo, elle commença à écrire sur un carnet tout ce qui lui était arrivée depuis ce fameux 21 juin.
Enfant, elle avait déjà essayait de tenir un journal intime mais très vite, elle avait abandonnée avant même d'avoir réellement commencé. Seulement, voilà, cet environnement quoi qu'un petit austère pour une grande majorité d'individus, était à la fois un lieu de sérénité et de méditation.
Coupée du monde extérieur, Delphine avait tout le temps nécessaire pour réfléchir sur elle même et sur sa vie. Ainsi, elle espérait comprendre ce qui l'avait fait basculer dans cette maladie. Absorbée par ses réflexions, elle en oubliait l'heure et la musique de son baladeur berçait ses écrits.
Cosima voyait l'heure passait et ne voyait toujours pas Delphine arrivée. Virginie l'aide soignante, commençait la distribution des repas sans avoir l'air de remarquer l'absence de la jeune fille. Elle n'avait donc pas d'autre choix que d'aller la chercher.
Arrivée à la porte 401, elle prit une grande respiration et frappa à deux reprises. Pas de réponse. Après deux autres tentatives infructueuses, Cosima ouvrit la porte et vît Delphine allongeait sur le ventre sur son lit. Dans cette position, Delphine ne pouvait pas voir que Cosima était entrée dans la chambre.
L'infirmière observa l'adolescente. Celle-ci était adorable en fredonnant une musique pop rock tout en mordillant son crayon. Finalement, Cosima approchant doucement afin de ne pas l'effrayer. A hauteur d'épaule, elle toucha délicatement celle-ci. Delphine sursauta de peur et se releva rapidement tout en retirant ses écouteurs.
« C'est l'heure du déjeuner. Je suis venue te chercher car ne te voyant pas arriver je me suis inquiétée ! » Déclara Cosima.
Delphine ne bougea pas d'une semelle. Avait-elle vraiment envie de rompre cet instant. Seules dans cette chambre, elles s'observaient l'une et l'autre sans oser parler ni bouger. Au fil des secondes qui défilaient, Delphine se rapprochait doucement d'Cosima. Yeux dans les yeux, la jeune femme arriva à la hauteur de l'infirmière. Celle-ci restait stoïque et ne détournait pas le regard.
Encore quelques centimètres et Delphine pourrait la toucher, goûter ses lèvres…un..deux…encore un pas…Délicatement elle pris la main de Cosima et son souffle saccadé trahissait son envie brulante de l'embrasser. Cosima quant à elle, été pétrifiée par ce qui allait arriver. Des flashs d'elle et de Camille, de leur étreinte, de leur baiser jusqu'à ce jour de février où l'inconcevable arriva. Un instant d'inattention suffit pour que cette idylle encore naissante ne soit balayée d'un coup de vent. Ces souvenirs d'une rare violence la fît sursauter et reprendre ses esprits.
« Il faut que tu ailles manger. Les autres vont s'inquiétaient sinon ! » Finit-elle par dire pour rompre ce moment d'intensité.
Déçue mais contente de l'avoir troublé, Delphine lui fit un clin d'œil puis sortie de la chambre sans la regarder.
Restée seule dans la chambre, Cosima pris une profonde respiration histoire d'avoir un peu plus de contenance. Elle le savait, ses collègues et son chef de service l'attendaient au tournant. Avec un passé professionnel comme le sien, Cosima n'avait pas d'autre choix que de se faire toute petite. Menacée d'un renvoi pour faute grave, elle avait échappée de peu à cette sentence en acceptant ce poste et en faisant plusieurs concession. Si elle voulait continuer ce métier qu'elle affectionnait, elle n'avait pas d'autre choix que de refreiner ses pulsions, ses désirs. C'est donc la tête haute et pleine de résolutions que Cosima sorti de la chambre. Encore quelques heures avant ces quelques jours de congés. Plus que quelques heures à tenir avant de souffler le temps d'une semaine.
Dans la pièce de vie, Delphine quand à elle ne quittait plus ce sourire qui avait pris naissance en quittant la chambre. Certes il ne c'était rien passé entre elle et l'infirmière mais il en aurait fallu de peu pour qu'il se passe quelque chose. Elle s'était retrouvée à quelques centimètres à peine des lèvres et de la peau d'Cosima.
En la voyant entrée dans la salle, Delphine ne pu s'empêcher de la fixer. Ignorant complètement son assiette ainsi que les personnes qui l'entouraient, elle observait d'un regard intense la soignante.
« Allez on accélère mesdemoiselles ! C'est trop long ! Encore cinq minutes avant que l'on retire les plateaux et vous savait ce que cela signifie ! » Intervient Laetitia, une aide soignante.
Delphine le savait très bien. Qui disait plateau ramassé avant la fin signifiait une collation importante au soir afin de rattraper sa ration.
Rapidement, elle engloutie littéralement son repas. Plus les jours passaient, plus sa ration augmentait et plus la difficulté se faisait sentir. En commençant avec une ration de 1000 calories, Delphine était aujourd'hui à une répartition de 1600. Certes, celle-ci restait très en dessous d'un apport suffisant pour une femme de son âge mais comparé à ce qu'elle réussissait à engloutir avant son hospitalisation, Delphine avait fait une avancée énorme.
Cependant, ce jour là, à l'idée d'avoir avancé aussi vite, Delphine eut le sentiment que justement, cela allait beaucoup trop rapidement à ses yeux. Le sourire qu'elle affichait depuis le matin fût remplacé par un air triste et renfermé. Tel un pantin que l'on manie avec des ficelles, elle se leva, débarrassa son plateau et s'installa dans un fauteuil. Là, seule face au mur, les écouteurs sur les oreilles, elle ferma les yeux et essaya de faire abstraction de ce qui l'entourait.
A 14h30, l'heure à laquelle elle pouvait regagner sa chambre, c'est sans demander son reste que Delphine quitta la salle de vie. Face à la fenêtre, elle regarda les vas et viens des passants. En y regardant de plus près, elle remarqua au loin un groupement de lapins et quelques chats errant qui passaient par là. Plongée dans ses pensées, elle se mit à penser à ses amis qui venaient d'être diplômés et qui fêtaient cela comme il se devait. Elle pensait à sa famille réunie ce soir autour d'un bon repas pour l'anniversaire de sa cousine. Tout doucement, des larmes coulèrent sur son visage et un sentiment d'angoisse l'envahie. Les mains tremblantes, le cœur battant à cent à l'heure, elle s'allongea sur son lit et enfoui son visage dans son oreiller. Elle avait honte. Honte d'être ce qu'elle était, honte d'être ici à l'hôpital pour cette maladie, honte d'avoir perdue une année scolaire, son diplôme. Ces émotions, enfouies en elle depuis bien trop longtemps, eurent raison d'elle. A bout de force, Delphine sombra dans un sommeil agité.
Dans la pièce voisine, les autres patientes vaguaient à leurs occupations. Peinture, dessin, jeux de sociétés, toutes les filles avaient trouvés de quoi passer le temps. En effet, le confinement dans ces quatre murs pouvait parfois être pesant. Afin de remédier à cela, les aides soignants et les infirmières encourageaient les jeunes filles à s'occuper en pratiquant notamment des activités manuelles.
« Vous partez en vacances cette année ? » Demanda Ludivine.
« Je ne pense pas. Je devais partir en Espagne mais un changement de dernière minute m'a poussé à modifier mon programme ! » Répondit Cosima l'air évasive.
Personne ne le savait. Les vacances dont parlait Cosima devaient se passer avec Camille. Lors de leur première rencontre, elles avaient évoquée toutes les deux l'envie d'y passer quelques jours et lorsqu'elles avaient commencé leur relation, c'est tout naturellement que leur choix pour la destination de leur vacances se posa sur l'Espagne. Malheureusement, le destin avait voulu que leur amour se termine aussi vite qu'il n'avait commencé.
Alors que Cosima venait d'être transférée dans une autre aile de l'hôpital, Camille encore fragile, n'avait pas supporté cet éloignement forcé. Du jour au lendemain, celle qui représentait tout à ses yeux l'ignorait et ne répondait plus à ses messages. Un jour puis deux pour au final une semaine sans aucun signe de vie. Camille savait au fond d'elle que Cosima n'avait pas d'autre choix que d'agir ainsi. Elle savait que pour le bien de celle qu'elle aimait, elle devait la laisser partir et aller de l'avant. Pourtant, seule face au miroir, les yeux remplie de larmes et le regard remplie de désarroi, Camille empoigna le premier objet qui lui vient à la main. Son rasoir, posé délicatement sur le bord du lavabo était à présent posé contre son avant bras. Elle prit une grande respiration puis d'un geste vif elle se trancha les veines du bras gauche. Pas de douleur ni de peur. Un sourire sur le visage, elle remercia le seigneur de lui avoir donné l'occasion de ressentir autant d'émotions et d'avoir connu le véritable amour. Puis son rasoir passa de sa main droite à la gauche et d'un second geste précis, elle tailla son avant bras droit. Face à elle même, le sang perlant sur le carrelage, elle prie la photo de Cosima et d'elle prise quelques semaines plus tôt. Elle qui était d'un naturel à aimer la vie, n'aurait jamais imaginé qu'un jour elle serait là, face à elle même, face au néant à attendre que sonne sa dernière heure.
Cosima appris la mort de Camille le soir même. Ce jour là, elle venait d'entamer une garde de 8h. A l'annonce du décès de la jeune femme, elle s'effondra en larme puis se terra dans un coin de la pièce. Ce n'est que quelques minutes après qu'une infirmière, inquiète de ne pas l'avoir arrivée, entra dans la pièce et la trouva dans cette position. Cosima été restée muette durant plusieurs heures. Tel un automate sans vie, elle restait assise face à ses collègues. Incapable de parler, incapable d'expliquer pourquoi elle était ainsi, toutes autour d'elle s'affairaient à lui remonter le moral. Mais rien n'y faisait. Cosima devait se l'avouer. Camille s'était donnée la mort. Si seulement elle avait répondu ne serait-ce qu'une seule fois à l'un de ses messages pour lui expliquer son silence soudain alors peut-être, qui sait, Camille serait encore de ce monde. Le temps passa et Cosima petit à petit repris le cour de sa vie. Jamais depuis ce jour, elle n'avait évoqué avec qui que ce soit sa culpabilité.
« Normalement, moi je pars début Septembre à Nice. » Répondit Ludivine.
Pour les autres filles, la réponse ne se posait pas. En effet, à partir du moment où l'une d'entre elles passait la porte de l'établissement et se faisait hospitaliser, elle connaissait leur date d'entrée mais par la date de sortie.
L'évocation des vacances provoqua une déferlante de souvenir dans l'esprit de Cosima. Incapable de maîtriser ce torrent inattendu de nostalgie, elle quitta la pièce avant de s'effondrer.
Au même moment, Delphine sortait de sa chambre et n'avait pas remarqué qu'une personne était sur le point de quitter la salle de vie. Et ce qui devait arrivée arriva. Delphine et Cosima se percutèrent violemment. D'abord furieuse d'être heurtée, Delphine retient sa rage en voyant le regard de Cosima. Les yeux larmoyants, l'infirmière prononça de manière presque perceptible un doux « désolée ».
« Ce n'est rien. Vous voulez parler ? » Demanda t-elle avec prudence.
Delphine ne savait pas ce qu'elle espérait en proposant son aide. Cosima était une infirmière, un personnel soignant de cet hôpital. Pourquoi aurait-elle envie de se confier au près d'une patiente. Patiente qui d'autant plus ressentait une attraction pour elle.
Cosima quand à elle, ne savait plus où elle était ni ce qui se passait. Elle avait seulement envie de fuir ce trop plein d'émotions et de se laisser mourir à petit feu. Trois mois depuis de ce jour, depuis la mort de Camille et déjà deux morts sur la conscience. L'une causée par son manque de tact, par sa peur des représailles. L'autre par son manque de clairvoyance et de vigilance.
« Je veux juste partir ! » Finit-elle par répondre.
Delphine ne savait pas comment interpréter cette réponse. C'est tout naturellement qu'elle lui tendit la main afin de l'aider à se relever. Puis, elle a l'a conduise dans sa chambre pour être au calme. En pénétrant dans la pièce, Delphine installa Cosima sur le fauteuil et pris place sur le lit. S'en suivit un long moment de silence. Ni elle ni Cosima n'osant parler. Toutes les deux se contentaient de se regarder de temps à autre ou de fixer ses chaussures.
Delphine espérait simplement que Cosima se mette à lui parler. Le fait que celle-ci est déjà acceptée de la suivre était pour elle une victoire. Cosima ne la fuyait plus. Elle acceptait même à nouveau d'être seule avec elle dans une pièce. Qui l'aurait cru, se dit-elle pour se donner plus de courage. Devait-elle provoquer la conversation ou au contraire attendre que l'infirmière se livre.
« Je comprendrai que vous vouliez parler à quelqu'un d'autre mais je suis là si vous le désirez » Finit-elle par dire.
Cosima releva la tête et regarda Delphine. Cette dernière lui lança un timide sourire.
« Tu peux me tutoyer si tu veux. Enfin, quand nous sommes que toutes les deux ! »
Pour Delphine, cette seule phrase lui redonna de l'espoir. D'une part Cosima lui avait répondu mais d'autre part elle réduisait la distance entre elle d'eux.
« Ca va mieux ? » Relança t-elle.
« Ca va mieux. Merci beaucoup pour ton aide ! »
Un silence s'installa. Pour Delphine, c'était maintenant à Cosima de faire un pas vers elle. Après tout, elle venait de lui offrir son écoute, que pouvait-elle faire d'autre.
« J'aimerai que tout ce que vient de se passer reste entre nous si cela ne te dérange pas. Je n'ai pas envie que tout le service sache que j'ai eu un moment d'égarement et que je me suis effondrée ! » Déclara Cosima.
« Je ne dirai rien ne t'en fais pas. Tu veux en parler ? »
« En évoquant les vacances, je me suis mis à penser à une personne à qui je tenais beaucoup. Elle est morte peu de temps après mon arrivée ici et même si je ne suis pas totalement fautive dans cette tragédie, j'y ai ma part de responsabilité. » Répondit Cosima en jouant avec un bout de ficelle.
« Tu sais, j'ai moi même perdu des personnes que j'aimais et je pense que même si l'on aimerai remonter le temps pour changer les choses, pour passer plus de temps avec elles, il faut se dire que si ça s'est passé ainsi c'est qu'il y a une raison. Tu ne pourras jamais l'oublier mais tu peux toujours essayer de vivre avec son souvenir. Le temps efface la peine. »
Cosima sourie à ce discours. Entendre une jeune femme comme Delphine tenir ce genre de propos était inimaginable. Ce petit brin de femme avait l'air de connaître déjà beaucoup de chose sur la vie pour son âge. Son passé difficile devait surement l'y aider.
« Merci Delphine. Ca m'a fais du bien d'en parler avec toi. »
Delphine quitta son lit pour se mettre à hauteur de visage d'Cosima.
« Je serai toujours là si tu as besoin de parler. Ce n'est pas comme si je pouvais trouver une excuse pour m'enfuir. N'oublie pas que je suis obligée de rester entre ces quatre murs ! » Dit-elle en riant.
Cosima sourie et tapota gentiment l'épaule de Delphine.
A ce contact, Delphine regarda Cosima droit dans les yeux. Ce qu'elle avait ressenti pour elle lors de la séance de sport revint instinctivement. Les battements de son cœur jusque là régulier, s'accélèrent doucement. La bouche entrouverte, elle laissait s'échapper une respiration chaude et saccadée. Dans cette position, elle n'était qu'à quelques centimètres des lèvres de l'infirmière.
Cosima, en voyant le regard intense de Delphine, s'arrêta net. Ce qu'elle redoutait le plus était entrain de se produire. Son corps tout entier lui suppliait de s'approcher de Delphine pour goûter à ces douces lèvres. Elle pris quelques minutes pour réfléchir puis délicatement, elle remis une mèche de Delphine derrière son oreille.
Doucement, elle approcha son visage de Delphine. A intervalle régulier, elle regardait Delphine droit dans les yeux puis ses lèvres. Elle en avait tellement envie. Dans un dernier geste de contrôle, elle se mordit les lèvres. Elle ne devait pas céder, elle le savait, mais avait-elle vraiment envie d'y renoncer ?
Delphine brûlait de tout son être. Elle ne rêvé pas, Cosima se rapprochait doucement d'elle. Elle pouvait lire dans son regard son désir de l'embrasser. La chambre toute entière tremblait face à cet élan d'émotions. Délicatement, Cosima déposa un doux baiser sur les lèvres de Delphine.
Delphine était aux anges. Avide de cette douceur, elle embrassa à nouveau Cosima en intensifiant toute fois l'échange.
Le temps sembla se figer. Le monde pouvait bien s'arrêter de tourner, plus rien n'avait d'importante si ce n'est ces baisers, ces caresses.
A contrecœur, Cosima se retira pour regarder Delphine.
« Il serait préférable de rejoindre les autres ! » Dit-elle en repoussant une mèche de Delphine.
Mêlant la parole aux gestes, Cosima se leva et sortie de la chambre laissant Delphine seule dans sa chambre.
