Chapitre 4 : Amie ou plus si affinité

En rentrant chez elle après son service, Cosima ne savait plus où donner de la tête. Elle venait de franchir à nouveau cette frontière de l'interdit. Pourquoi ? Comment ?

« Je ne suis qu'une idiote ! » dit-elle sur un ton d'agacement.

« Ce n'était pourtant pas bien compliqué. Ne jamais retomber sous le charme d'une patiente ! Qu'est-ce que je n'ai pas compris par le mot jamais ! JAMAIS ! » Cria t-elle dans un élan de rage.

Empoignant le vase qui se trouvait face à elle, elle projeta l'objet contre un mur et glissa doucement le long de la cloison.

Tremblante, le regard haineux et les poings serrés, Cosima essaya tant bien que mal de contenir sa colère contre elle même. Il ne manquait pas grand chose pour que ce doux poison, longtemps mis sous silence, ne viennent à nouveau lui promettre calme et sagesse.

« Ne pas céder, ne pas céder….Respire…Respire… »

Confuse, apeurée, la jeune femme pris la direction de sa chambre et se laissa tomber t'elle un sac sur son lit. Le regard fixé vers le plafond. Cosima se concentra sur sa respiration. Petit à petit, elle sentie les battements de son cœur ralentir et ses points se décontracter. Le calme commençait doucement à remplacer la tempête.

Au bout d'une heure, elle pris la direction de la cuisine pour se servir un verre tout en préparant le repas pour elle et ses invités. En effet, chaque semaine, Cosima et ses amies s'invitaient à tour de rôle pour un repas entre filles. L'occasion pour chacune de parler de ses peines de cœur, de son travail, et des problèmes quotidiens.

Ce soir, Cosima le savait, ses amies allaient s'apercevoir que celle-ci n'allait pas bien et la questionneraient jusqu'à ce qu'elle lâche le morceau. S'en suivra une longue et interminable discussion et de mises en garde quand à la situation. Pourtant, malgré ces sentiments de peur et de doutes qui l'envahissaient depuis ce baiser, Cosima n'avait qu'une envie, retourner auprès de Delphine quoi qu'il en coûte. Devait-elle, dans ce cas prévis, écouter la voix de la raison ou celle du cœur ? Après tout, Cosima n'avait pas juste envie de Delphine parce que justement, celui lui était interdit ? Dans un autre contexte, dans une autre vie, aurait-elle eut envie d'elle ? L'aurait-elle seulement regardé ?

Delphine, cette jeune femme de vingt-deux ans, pour qui la vie ne fait que commençait ne mérite t-elle pas mieux qu'une histoire vouée à l'échec, au drame et à la souffrance. Camille, elle aussi, n'aurait pas mérité une autre vie ?

La gorge serrée, le regard perdu dans le vide, Cosima n'avait pas le cœur à la cuisine. Et cette petite voix qui se faisait de nouveau entendre n'arrangeait pas la situation. Fais le, tu te sentiras mieux après…Fais le, et tous tes doutes s'en iront…Fais le, et tu seras libre à nouveau…Très vite, cette voix, ce démon du passé, devint une obsession. Quoi qu'elle fasse, quelque soit l'action entreprise…vider la poubelle, mettre la table, allumer une cigarette…cette envie prenait de l'ampleur.

« Tais-toi ! Tais-toi…laisse moi….je ne veux pas…je ne peux pas…LAISSE MOI ! » Cria t-elle de désespoir face à son miroir.

Toc Toc

A ce bruit, Cosima se sentit tout à coup soulager. L'arrivée de ces amies tombées plus qu'à pic. Elle ne devait pas recommencer, elle en avait la promesse à la personne qui lui était le plus cher à son cœur.

« Hey les filles, comment vous allez ? » Dit-elle en ouvrant la porte.

« Trop trop bien. Il faut que je te raconte un truc qui m'est arrivée aujourd'hui. Tu ne vas pas en croire tes yeux ! » Dit Alice tout en prenant Cosima par le bras, ne lui laissant pas d'autre choix que celui de la suivre.

Autour de la table, l'ambiance était décontractée. Alice raconta à l'ensemble des convives sa rencontre du jour avec une jeune femme qu'elle avait connu plusieurs années au par avant en colonie de vacances et avec qui elle avait découvert son penchant pour le sexe féminin.

« Et tu comptes la revoir ? » Demanda Sophie.

« Et comment…disons que ce matin…après notre rencontre…nous nous sommes comment dire…hum…légèrement embrassée » dit-elle l'air de rien.

« Coquine va ! » Répondit Cosima.

« Oh toujours chérie ! » Répondit Alice en lui envoyant une cacahuète au passage.

Cosima se leva pour commencer à servir le repas.

« Au menu de ce soir, papillote de saumon et son gratin de pomme de terre, le tout accompagnée d'une fricassée de légumes. »

« Oh oh… » dirent les filles en cœur.

« Quoi ? » Demanda Cosima.

« C'est le repas que tu nous fais à chaque fois que quelqu'un chose te tracasse ! »

« Non ce n'est pas vrai. J'avais juste envie de poisson… » Dit-elle en servant la dernière assiette.

« Mais bien sur…et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d'allu… » Dit Mégane en fixant Cosima.

« Et pourquoi pas ! » Dit elle en souriant.

« On te connaît très bien, et l'on sait ce que ce repas signifie pour toi ! Allez, crache le morceau, nous sommes toutes ouïes ! »

« Disons que…en ce moment…au travail….c'est comment dire…compliqué ! » Finit-elle par avouer.

« Mmm et dans quel sens ? » Demanda Alice tout en savourant le repas.

« Disons que…peut-être…je dis bien peut-être…il se pourrait…que j'ai une fois encore…merdé ! »

« C'est pas vrai ! » Dirent en chœur les filles.

« Si » Répondit Cosima sans oser les regarder.

« Comment c'est possible. Après…après ce qui s'est passé avec Camille, on pensait toute que tu ferais plus attention. Tu as pensé à ta carrière Cosima. Tu veux vraiment tout compromettre encore une fois ? » Demanda Sophie l'air grave.

« Je ne sais pas. Je ne l'ai pas voulu si vous voulait tout savoir. Je ne me suis pas levée un beau matin en me disant, tient et si aujourd'hui je trouvais une patiente pour qui j'éprouverai du désir…Ca m'est tombée dessus encore une fois sans que je ne le vois venir. »

« Et elle, cette fille, elle ressent quelque chose pour toi ? A t-elle fais un signe ou un geste qui pourrait te laisser croire qu'elle serait attirée par toi aussi ?» Demanda Mégane.

« On s'est embrasée ! » Dit Cosima en levant les yeux.

« Comment ça vous vous êtes embrassées. Sincèrement, tu me déçois Cosima. Tu as énormément souffert depuis six mois avec tout ce qui t'es arrivée et te voir retomber dans cet engrenage…j'ai peur. Enfin, ON a peur ! » Déclara Alice.

« Alice a raison. Nous sommes tes amies donc quoi que tu décides de faire on te soutiendra mais réfléchis bien avant de continuer. Tu es une fille en or et tu mérites le bonheur mais rappel toi comment nous t'avons retrouvée après ta rupture avec Camille. Tu étais une loque humaine… » Intervient Sophie.

Cosima ne savait pas quoi dire. Elle écoutait attentivement ses amies sans sourcilier. Au fond d'elle, elle n'espère qu'une chose, pouvoir mettre le temps sur pause le temps de réfléchir comme il se devait à la situation. Les paroles de ses amies l'avaient touché au plus profond de son être.

Quand elle dû mettre un terme à sa relation avec Camille, ses amies ont été les seules personnes envers lesquelles Cosima pu se tourner. Chacune à leur manière, elles l'avaient aidé à retrouver le sourire et à combattre ses vieux démons. Ce soir encore, leur arrivée à l'appartement, l'avait empêché de céder à celui-ci. Pourtant, une fois de plus, son appel se faisait de plus en plus violent et il ne manquait plus grand chose pour qu'elle succombe à son charme. Seule dans la salle de bain, l'objet tant convoité, n'était qu'à quelque centimètre de sa porté. Il lui aurait fallu qu'une fraction de seconde pour l'empoigner et se libérer. C'est pourquoi elle portait tant d'importance à ce groupe de fille, ses amies, ses sœurs de cœur pour qui elle n'avait aucun secret, aucun tabou.

« Merci les filles ! Je ne sais pas ce que je ferai sans vous ! » Finit-elle par leur dire.

Une à une, elles se prirent la main dans un signe de soutient et malgré la peur que chacune pouvait éprouver, elles éclatèrent d'un même rire.

« Bon ce n'est pas tout ça mais certaine personne travail demain ! » Dit Cosima en se levant de table.

Après les embrassades d'au revoir, Cosima s'empressa de débarrasser la table et de faire la vaisselle afin de retrouver son lit au plus vite et de sombrer dans les bras de Morphée.

5h du matin. Le réveil sonne. A peine quelques heures de sommeil, trop peu aux yeux de Cosima, et déjà l'heure de se lever pour une nouvelle journée de travail.

A cet instant précis, Cosima remercia le ciel de lui avoir offert l'opportunité de pratiquer un métier qu'elle aimait et qui lui tenait à cœur. Sans quoi, elle se demandait comment, un matin comme celui-ci, elle trouverait le courage de prendre le chemin du travail.

Le soleil venait à peine de se lever. Quelque rayon de lumière transperçait les nuages matinaux. Accompagnée de son café du matin, Cosima monta dans sa voiture, souriante et fraiche comme la rosée du matin. En effet, Cosima avait cette faculté que peu de gens avaient à savoir que malgré son manque de sommeil et la fatigue naissante, elle réussissait à le surmonter et très vite la vitalité prenait le pas sur la faiblesse.

6h15. Arrivée au CHR. Encore quelques minutes avant son début de service. Encore quelques minutes avant de se retrouver dans cette situation à laquelle elle ne pourrait échapper. Tentant de calmer ses nerfs, elle alluma une cigarette tout en faisant les cent pas dans le jardin hospitalier.

Dans l'ascenseur qui l'emmenait au cinquième étage, elle prit une dernière grande respiration afin d'évacuer son stresse.

« Bonjour les filles ! » dit-elle à ses collègues.

« Hey belle brune, prête pour cette journée ? » demanda Laetitia.

« Est-ce que j'ai vraiment le choix ? » répondit-elle.

Cosima pris la direction du bureau infirmier en compagnie de l'infirmière de nuit afin de commencer les transmissions. Collations prises ou non hier soir, déroulement de la nuit, traitements administrés…tout était passé au peigne fin pour ne commettre aucune erreur.

7h00. Les infirmières et aides soignante commencèrent la tournée matinale. Cosima quand à elle, préféra se protéger encore un peu et s'isola dans le PC infirmier. Calmement, elle prépara les traitements pour les patientes.

« Bonjour ! »

Cosima leva les yeux. Delphine se présentait devant elle, un verre d'eau à la main.

« Bonjour ! » lui dit-elle.

Perdue dans ses pensées, Cosima ne s'était pas rendue compte du temps qui était passé. 8h sonnait déjà et avec elle, le début du traitement.

« Tu peux t'assoir, je vais commencer ! »

Delphine s'exécuta et commença à jouer avec son verre.

« Bien dormi ? » Finit-elle par demander.

Cosima leva les yeux de son planning l'air interrogateur.

« Ca ne serait pas plutôt à moi de te demander cela ? » Dit-elle en souriant.

« Très bien merci. Et toi ? » Répondit Delphine.

« La nuit fût courte mais agréable ! »

« Oh…je vois… » dit Delphine l'air songeuse.

« Ce n'est pas ce que tu crois. C'était soirée entre filles hier soir et comme c'était à mon tour de recevoir je ne me suis pas couchée tôt ! » Intervient Cosima.

En finissant sa phrase, la jeune femme se demanda pourquoi elle avait ressentie ce besoin de se justifier ou, plutôt, ce besoin de rassurer Delphine.

Cette dernière afficha un sourire à la réponse d'Cosima.

« N'oublie pas, c'est cinq gouttes de vitamine et quinze gouttes de phosphore. »

Delphine s'exécuta puis avala d'un trait le verre et ses cachets tout en exécutante une grimace révélant le goût abjecte de cette mixture.

« Tu finiras pas t'habituer au goût…ou pas ! » Dit Cosima en éclatant de rire en voyant l'air de dégoût qu'affichait Delphine.

« Ce n'est pas bien de se moquer ! » Répondit Delphine tout en essayant de garder son sérieux.

« Aurai-je vexé la jeune enfant ? » Lui demanda Cosima.

« Vexé je ne sais pas, touché peut-être ! » Dit Delphine tout en quittant la salle.

A cette réponse, Cosima ne savait pas quoi répondre ni même quoi penser. Elle regarda Delphine qui quittait la pièce sans dire un mot.

Doucement, elle se remit dans son travail. Absorbé par ce dernier, elle ne s'aperçue pas que Delphine était revenue sur ses pas et attendait, les bras croisées et un sourire sur le visage, dans l'ouverture de la porte.

« En tout cas moi je ne t'ai pas perturbée plus que cela ! » Finit-elle par dire tout en faisant mine de quitter la pièce.

Cosima sursauta à ces paroles.

«Disons plutôt que ce que tu m'as fais…ça ne se voit pas d'un simple coup d'œil ! » Répondit elle en la fixa du regard.

A cette phrase, à ces mots…Cosima se mordit l'intérieur de la joue maudissant cette spontanéité qui l'empêcher de réfléchir avant de parler.

Delphine, quand à elle, affichait un regard moqueur et ne pouvait s'empêcher de sourire. Tout un tas de scénario lui traversaient l'esprit et très vite, sa température corporelle atteint un niveau presque insupportable. Telle une chaudière en surchauffe, ses mains moites trahissaient ce trouble qui venait de s'installer en elle.

Sans dire un mot, elle marcha à reculer tout en gardant ses yeux rivés dans ceux de Cosima. Pour rien au monde, elle n'avait envie de rompre ce contact si particulier mais son corps, quand à lui, réclamer une distance entre elle et l'objet de ses désirs. Car oui, Delphine ne pouvait plus le nier. Elle désirait Cosima plus que jamais. Il ne s'agissait pas d'un désir amical mais bel et bien d'un désir fougueux, soudain, et intense. Face à elle, tout son être se consumer de l'intérieur et n'attendait plus qu'une chose, exploser.

Adossée au mur, le passage d'une autre patiente dans le couloir la sortie doucement de ses pensées. Il lui fallu quelques minutes pour se donner plus de constance et, dans un dernier geste de fuite, elle pris la direction de la salle de vie afin d'attendre son petit déjeuner.

Dans le PC infirmier, Cosima était en mode pause. Assise à son bureau, elle venait d'être transpercé d'une force inouïe qu'elle avait encore du mal à identifier. Cet échange, de quelques secondes, yeux dans les yeux, l'avait transporté dans un autre univers où plus rien autour d'elle n'avait d'importance. Seul le bruit de sa respiration, lui rappeler qu'elle n'était pas entrain de rêver et que ce qui venait de se passer était bien réel. Face à elle, Delphine l'a fixé intensément et semblait elle aussi troublée par cet échange. Jamais, en 26 ans d'existence, elle n'avait ressentie un tel chamboulement.

Soudain, des flashs d'elle et de Camille lui vînt en mémoire. A cela s'ajoutèrent la douleur et la peine qu'elle avait ressentie quand leur relation éclata au grand jour. En quittant le bureau de son chef de service, elle s'était jurée sur ce qu'elle avait de plus cher que plus jamais elle ne tomberait amoureuse d'une patiente. Elle s'était également promise qu'elle ne donnerait plus sa confiance ni son cœur aussi facilement que dans le passé. Malgré cela, ce simple regard, ces simples mots échangés avec Delphine avaient, telle une vague balayant une plage, ravagés toutes ses convictions.