Coucou,

Tout d'abord, merci à tous ceux qui ont lu, suivi, ajouté en favori ou commenté cet écrit. C'est vraiment gentil de votre part. Enfin, je n'avais pas spécialement prévu de suite, mais il semble que mon inspiration du moment ne voulait pas cesser de me turlupiner jusqu'à ce qu'écrit s'en suive. Alors voilà, j'espère que vous ne trouverez pas ça trop niais, et si c'est le cas, n'hésitez pas à expliquer pourquoi.

Peut-être bonne lecture et à plus!

DZ0

PS : RAR en bas


L'intruse et la fumée

Posé sur la table basse, le téléphone portable de Stiles vibra, faisant raisonner toute la structure du petit meuble dans un son des plus agaçants. Le propriétaire de l'engin le regarda un instant avant de se décider à mettre son film sur pause et se saisir de l'appareil. Lorsqu'il vit la photo de Derek apparaître, il se permit d'attendre un peu avant de décrocher, simplement pour pouvoir contempler le visage de son correspondant. Ne voulant pas le faire patienter plus que de raison, il fit glisser son doigt sur l'écran et répondit.

― Oui ?

― Stiles ? demanda Derek qui paraissait essoufflé.

― Non, c'est son double maléfique, rétorqua l'adolescent avant de rire niaisement.

― Est-ce que tu peux me passer mon gentil Stiles, renchérit l'homme qui entra aisément dans le jeu. C'est à lui que j'ai des choses à dire.

― Dommage, je l'ai séquestré dans sa chambre, il fait mes devoirs, enchainé à son bureau pendant que je regarde un film. Rappelle tout à l'heure.

― Je n'ai pas le temps, s'agaça légèrement Derek dont la voix se fit plus grave. Je vais rentrer dans une demi-heure avec une camarade de promotion, on doit travailler sur un projet de groupe. Est-ce que tu peux commander des pizzas ou Chinois ? demanda-t-il, un stress nouveau transparaissant dans son timbre d'habitude si assuré.

― J'ai fait à manger Derek, et au cas où tu voudrais le savoir, non, cette poufiasse de ton cours ne goutera pas aux lasagnes que j'ai cuisinées spécialement pour nous deux. Alors je vais commander chinois pour elle, des fruits de mer et j'espère qu'elle aura une intoxication alimentaire. À tout à l'heure, bisous, dit-il froidement sans attendre de réponse avant de raccrocher.

Contrarié, l'adolescent reposa violemment son smart phone sur la table basse et se renfrogna. Il ne savait pas pourquoi il avait réagi aussi vivement, mais toujours était-il que la manière dont Derek avait exposé les choses avait réveillé sa jalousie de façon totalement inattendue. Avant même d'avoir rencontré cette fille que son tuteur ramenait chez eux, il la détestait déjà viscéralement. Une quantité de pensées possessives s'invitèrent dans son esprit, lui imposant des peurs aussi futiles qu'invraisemblables. Le téléphone sonna de nouveau et Stiles, étant persuadé qu'il s'agissait de Derek, hésita à le prendre en main pour répondre. Une subite culpabilité le força à agir et il répondit à contrecœur.

― S'il te plait, écoute-moi, je… j'ai beaucoup hésité avant de l'inviter à la maison, mais la colocataire de Kate reçoit son petit ami et je ne voulais pas passer la soirée à travailler chez elle de toute façon. Je veux garder mon temps libre pour le vivre avec toi, mais je ne pouvais pas échapper à cet exposé Stiles, j'ai besoin que tu sois compréhensif, se justifia l'étudiant. Stiles se rongea la lippe et se retrouva attendri par le ton qu'employait l'homme qu'il aimait.

― Excuse-moi Derek, j'ai surréagi. Je sais bien que tu n'avais pas le choix et… peut-être que j'aurais été encore plus inquiet de te savoir ailleurs pour la soirée. Je te fais confiance, c'est juste… tu es mon Loup des bois, et j'ai tout le temps peur de te perdre. S'il te plait, ne m'en veux pas d'avoir été bêtement jaloux, tu as le droit d'inviter qui tu veux, je n'ai rien à t'imposer. J'espère seulement qu'elle n'a pas entendu notre conversation, finit-il par dire sur un ton qui se voulait plus léger.

― Non, je me m'éloigne toujours du boucan quand je te téléphone, je veux pouvoir t'entendre. Notre groupe est rempli de filles qui piailles sans cesse, je suis sûr que tu sympathiserais rapidement avec elles, commenta Derek qui s'autorisait un petit pique machiste. Bon je vais te laisser, à tout à l'heure, ajouta-t-il avec une tendresse qui fit rougir l'adolescent à qui elle était destinée.

― À tout de suite, bégaya Stiles. Il allait couper la communication quand il entendit la voix de Derek qui l'interpellait. Il reposa fissa l'écran contre son oreille.

― Merci d'avoir fait des lasagnes, t'es le meilleur des bébés renards, chuchota Derek, comme s'il voulait éviter que quelqu'un ne le surprenne à prononcer ces dernières paroles, les mots secrets de son affection. Stiles gloussa de contentement et se retrouva idiot que son tuteur légal lui fasse autant d'effet alors qu'ils étaient si loin l'un de l'autre.

― Que ne ferais-je pas pour apaiser l'estomac du Grand Méchant Loup, le charma Stiles avant d'entendre un « grrr » satisfait, suivit du bruit blanc qui signait qu'il venait de mettre un terme à l'appel.

Derek était vraiment quelqu'un de merveilleux, sincère et bon. Stiles mesurait la chance qu'il avait de pouvoir compter sur lui, de le connaître depuis toujours, de faire partie des êtres qu'il chérissait, à qui il réservait la démonstration de ses plus belles délicatesses. Lorsqu'il eut reposé son téléphone, il replia ses genoux vers sa poitrine et resta pensif quelques instants sur le canapé. Il devait faire des efforts, pour montrer à son aîné qu'il lui faisait entièrement confiance, qu'il le soutenait et surtout, lui prouver qu'il n'était plus un gamin immature réagissant au quart de tour, sans réfléchir. Ils se désiraient l'un et l'autre, mais le plus âgé n'avait encore rien initié entre eux. L'adolescent savait que c'était de sa faute. Tant qu'il ferait preuve de puérilité, Derek n'oserait rien avec lui et lui donnerait le temps de grandir encore un peu. Cependant, les hormones du jeune commençaient à faire bouillir son sang et cela devenait vraiment difficile de ne pas allumer l'homme en permanence.

Stiles se leva d'un coup et éteignit la télévision ainsi que le lecteur de DVD. Il devait se rendre présentable, ne pas faire honte à son aîné devant sa camarade de classe. Il se rendit dans la salle de bain et commença à se débarbouiller. Tout y avait été réparé depuis la crise de nerfs de Derek et Stiles avait du mal à y retrouver ses marques tant la petite pièce était différente. Il se contempla timidement dans le miroir et chercha à discipliner en pure perte, les quelques épis rebelles qui sortaient de sa masse de cheveux châtains. Il soupira de dépit avant de réajuster sa chemise rouge quadrillée de part en part et tenta de prendre une posture digne. Il se fit rire, il n'arrivait décidément pas à comprendre ce que Derek pouvait lui trouver, même s'il était vraiment flatté d'être son centre d'intérêt.

Cela accompli, il se rendit dans la cuisine pour observer l'aspect que la cuisson donnait à ses lasagnes maison. Il fut assez satisfait, à ce stade, tout laissait présager que son plat serait une réussite. Ne souhaitant pas attendre inutilement devant le four, Stiles décida de commencer ses devoirs pour ne pas passer son temps à regarder l'horloge dans l'attente que Derek revienne avec l'invitée surprise. Il ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais il stressait à l'idée qu'une étrangère pénètre le territoire de leur intimité. Personne ne venait jamais, si ce n'était les ouvriers auxquels ils faisaient appel les rares fois où ils devaient faire des réparations, ou les assistantes sociales qui passaient s'assurer une fois par trimestre, que la cohabitation entre tuteur et pupille se déroulait sans anicroche.

Quand la porte d'entrée fut ouverte, le cœur de Stiles s'emballa sans qu'il ne puisse rien faire pour le calmer. Il se redressa subitement, manquant de faire tomber sa chaise et attendit, droit comme un piquet, que Derek fasse son apparition. Alors qu'il le vit souriant, une bouffée de chaleur se répandit dans son ventre et il ne chercha pas à contraindre le reflet de son expression sur ses propres lèvres. Celui-ci s'évanouit pourtant très vite. La vue de la jeune femme qui suivait son aîné le paralysa dans l'aigreur. C'était une pulpeuse blondinette aux yeux bleus, avec une silhouette agréable mise en valeur par des vêtements à la mode, et elle touchait Derek comme s'il était son ami depuis toujours, posant ses doigts manucurés sur son épaule, riant comme une bécasse dès qu'il disait quelque chose. Une boule de contrariété se forma dans les entrailles de l'adolescent et il dut prendre sur lui pour ne rien laisser paraître.

― Kate, je te présente Stiles, dit Derek qui se montrait naturel et enjoué.

― Oh, il est à croquer, on dirait qu'il s'est fait beau pour me recevoir, lâcha la blondasse alors qu'elle se dirigeait vers l'adolescent. Elle lui fit la bise et Stiles se força à contenir sa répulsion, se tendant malgré lui. Elle puait le parfum trop cher et le maquillage de marque.

― Kate Argent, se présenta-t-elle. Et ne sois pas surpris, mes parents sont français. Faire la bise est la coutume pour saluer les amis dans le pays des romantiques, ajouta-t-elle avec un sourire carnassier avant de se retourner pour observer les lieux. Ouah, cet appart est une pure merveille, il faut être vraiment friqué pour louer un petit bijou pareil en plein centre de New York. Sans vouloir te vexer Derek, j'aurais jamais imaginé que tu vivais aussi confortablement. Les étudiants sont pauvres, la plupart du temps. Ta famille doit être putain de riche pour t'offrir ça.

― Nous ne louons pas, intervint l'homme avant d'être coupé par Stiles.

― Derek, est-ce que je peux te demander un conseil ? Aujourd'hui au lycée, il y a ce gars qui m'a déchiré mon classeur de maths… enfin, je préfère t'en parler en privé, laissa-t-il en suspens tout en constatant le doute dans le regard céruléen de son aîné. S'il te plait, j'ai besoin que tu relises ce que j'ai écrit, je voudrais prévenir ma prof et lui envoyer un message électronique dans la soirée… ça ne prendra que deux minutes. Derek acquiesça et s'excusa auprès de leur invité avant d'être trainé de force dans la chambre de son protégé.

― Qu'est — ce qui se passe ? demanda-t-il sérieusement, sa voix prenant les accents du murmure.

― Méfie-toi d'elle Derek, t'as fait rentrer un serpent dans la tanière, lui dit Stiles en constatant que ses propos déclenchaient un levage de sourcil dubitatif.

― C'est encore ta jalousie qui parle ? l'interrogea l'homme, sévère.

― Non, je te jure Drek, je me suis raisonné après ton coup de fil et je me suis vraiment fait beau pour ce soir, je voulais bien présenter pour ne pas te faire honte. Mais… mais cette fille est hyper familière, elle est persuadée de son charme et que rien ne peut lui résister. Tu es sa proie mon Loup, elle veut te mettre le grappin dessus. Le moindre renseignement qu'elle pourra tirer de sa soirée chez nous sera une arme dont elle se servira pour satisfaire ses envies. Je ne la sens pas du tout, dit-il sur un ton comploteur.

― Ça fait deux minutes qu'elle est ici et tu es capable de voir tout ça en elle ? questionna Derek, sceptique. Ne la juge pas si vite s'il te plait, elle est sympa, pour de vrai, lui dit-il avec douceur.

― Mon sixième sens s'est réveillé dès qu'elle a franchi le seuil de la porte. Tout mon corps me crie d'être loin d'elle, c'est la première fois que je ressens ça et ce n'est pas de la jalousie, je te le promets. Je te dis que cette fille est dangereuse, c'est une hypocrite de premier ordre et je suis certain qu'elle ment comme une arracheuse de dents. Tu lui paraissais déjà intéressant par ta plastique et ton air mystérieux. Maintenant qu'elle sait que t'es plein aux as, elle va être une vraie sangsue, prête à tout pour te foutre dans son pieu, même te faire du chantage si cela sert ses intérêts. Crois-moi, méfie-toi d'elle, c'est une arriviste, conclut Stiles qui avait débité tous ses arguments en un temps record.

Derek soupira, passa sa main sur son front et observa l'adolescent. Stiles paraissait vraiment soucieux et dans la semi-obscurité de la petite pièce, ses yeux étaient brillants de sincérité. Derek lui sourit gauchement et le prit soudainement dans ses bras, incapable de retenir son élan d'affection. Leur proximité physique les soulagea immédiatement et ils se détendirent ensemble. Le jeune expira son bienêtre reconquis et l'adulte lui baisa le front. Ils s'écartèrent l'un de l'autre et se contemplèrent une nouvelle fois dans l'ombre ambiante.

― Je vais être prudent dans ce que je vais partager avec elle, mais soi gentil d'accord ? Pas de piques déguisés, commanda l'homme.

― Pas de piques, c'est promis, soupira Stiles.

― Alors comme ça, tu trouves que j'ai un air mystérieux ? le taquina finalement Derek, tandis que Stiles le poussait affectueusement.

― Tant que je n'aurais pas eu ton goût dans ma bouche, tu resteras mystérieux, susurra l'adolescent avant d'ouvrir la porte et s'extirper de la pénombre.

Quand ils revinrent dans la pièce de vie, ils constatèrent que Kate avait posé ses affaires sur une chaise et avait pris ses aises pour se délasser dans le canapé. Stiles et Derek eurent un échange de regards équivoque et le cadet leva les épaules pour mieux s'empresser de regrouper ses affaires d'école qu'il avait laissée trainé sur la table. L'étudiant vint à la rencontre de sa camarade de promotion, se tendant dans l'appréhension. Kate fit les yeux doux à Derek et lui sourit, un brin de coquinerie ostentatoire dans le plissement de son petit nez.

― J'espère que tu ne m'en veux pas, mais je n'ai pas pu résister à l'appel de ce fabuleux canapé d'angle revêtu d'un velours si doux, dit-elle avant d'entonner un rire mélodieux. Enfin, continua-t-elle en se relevant gracieusement, je trouve super que tu prennes soin de ton petit frère comme ça, vous paraissez tellement proches et confiants l'un envers l'autre. Et que dire de cet appart où vous vivez, je suis jalouse, avoua-t-elle, prise au dépourvu devant le manque évident de réactions de son interlocuteur.

― Je te l'ai dit tout à l'heure, Stiles n'est pas mon petit frère, répondit platement Derek.

― Décidément, je suis une véritable gourde, excuse-moi. Oui, je me souviens que tu m'as parlé du stupide accident qui a fait passer l'arme à gauche à ta sœur, de tout l'ennuyeux tralala qui en a résulté, et cetera, et cetera, intervint Kate, évoquant cette anecdote comme si elle parlait de la pluie et du beau temps. C'est vraiment triste toute cette histoire, on peut dire que vous avez joué de malchance tous les deux, ajouta-t-elle lorsqu'elle se rendit compte que Derek la fusillait du regard.

Un silence gêné s'en suivit et l'homme se détourna de son invitée pour se diriger vers son protégé qui bouillait d'une rage mal camouflée. Figé devant son sac posé sur la table, le jeune avait tant pâli, qu'il paraissait être sur le point de s'effondrer. Derek se rendait compte que tout ce que lui avait dit Stiles quelques instants plus tôt était fondé et cela ne le réjouit guère. Pourquoi était-il plus aveugle qu'un adolescent de quinze ans ? Comment se pouvait-il que son jeune amoureux ait vu plus de choses sur cette fille en si peu de temps, que lui en toute une année à la côtoyer dans le cours d'histoire amérindienne qu'ils partageaient ? Était-il à ce point naïf ?

― Ça va aller Stiles, Kate ne voulait pas dire ça comme ça, n'est-ce pas ? demanda-t-il en se retournant vers elle pour lui destiner toute l'austérité que son regard perçant pouvait exprimer.

― Oh, je ne pensais pas que c'était encore si douloureux pour vous, pardonne-moi Stiles, dit-elle avec une affectation qui puait la comédie à mille mètres.

― Je veux qu'elle s'en aille, murmura le plus jeune quand Derek pressa son épaule pour tenter de le calmer. Je veux qu'elle parte, maintenant ! fulmina-t-il sur un ton qui prenait les allures d'une future crise de larmes, tandis qu'il fixait Kate avec des iris devenus meurtriers.

― Je me suis excusée, dit Kate qui ne savait plus où se mettre. Pourtant, quelque chose dans son attitude laissait suspecter qu'elle aurait voulu fermer le clapet du gamin à l'aide d'une bonne gifle bien placée.

― Reprends tes affaires Kate, je vais faire notre exposé tout seul, intervint Derek qui se montra aussi froid qu'un iceberg. On se revoit en cours, ajouta-t-il avant de se retourner vers Stiles pour tenter de le raisonner. Celui-ci ne quittait pas l'intruse du regard, lui dévoilant une colère qui aurait fait frémir n'importe qui de censé.

― Oh hé, c'est bon hein, j'ai rien fait de grave, c'est pas de ma faute si tu vis avec un adolescent perturbé, dit-elle en reprenant son gilet et son sac tendance.

― Pars, et arrête d'en rajouter. Ce n'est pas Stiles qui est anormalement perturbé, c'est toi. Tu parles de ma sœur, de la femme qui a pris soin de nous, comme si c'était une peccadille qu'elle ne soit plus ici, comme une mauvaise blague. On n'évoque pas les morts avec autant de désinvolture, on respecte le fait qu'ils ont été importants pour les vivants, cracha Derek qui se glaçait de seconde en seconde, devenant plus menaçant que jamais.

― C'est bon, je me casse ! cria-t-elle, inconsciente d'entretenir le feu qui se distillait dans les veines de l'homme et de l'adolescent. Elle claqua la porte d'entrée et ils attendirent de l'entendre dévaler les escaliers pour s'autoriser une embrassade plus franche.

― Je la hais, vraiment, je… je ne veux plus jamais la voir Drek, plus jamais, murmura un Stiles devenu fébrile, visiblement blessé, tandis qu'il prenait son réconfort en inspirant la fragrance musquée qui planait derrière l'oreille de son amoureux.

― Je suis désolé d'avoir douté de toi Stiles, je vais me fier davantage à tes intuitions. Comment j'ai pu être aussi con et la faire venir ici, s'en voulut Derek qui raffermit sa prise autour du corps frêle de son protégé.

Stiles n'eut pas le temps de répondre quelque chose, une odeur de brûlé envahit bientôt l'atmosphère de la grande pièce et quand ils s'en rendirent compte, l'adolescent courut jusque dans la cuisine pour émettre un cri de déception. Les lasagnes étaient carbonisées et une épaisse fumée grise s'échappait des interstices de la porte du four. Il ragea littéralement et traita Kate de tous les noms d'oiseau qu'il connaissait. Prenant ses précautions, il sortit le plat noirci de l'antre brûlant qui le contenait et le jeta négligemment dans l'évier pendant que son comparse ouvrait toutes les fenêtres.

― Non, non, non, cette salope a vraiment tout gâché ! Il ne nous reste plus qu'à commander des putains de pizzas, alors que j'avais cuisiné avec amour, ragea-t-il devant un Derek qui ne pouvait empêcher sa lèvre supérieure de dessiner un sourire attendri sur son visage.

― T'es trop mignon quand t'es en colère mon bébé renard, dit-il, un amusement à peine voilé dans la voix. Stiles releva la tête et se calma instantanément à la vue du beau gars qui lui souriait.

― C'était pour toi Drek, je voulais te faire plaisir, te montrer que je pouvais prendre soin de toi aussi. C'était parti pour être un chef-d'œuvre culinaire, je te jure et maintenant… tout est foutu, lâcha l'adolescent qui faisait preuve d'un regret craquant.

― Viens là, l'enjoignit l'étudiant en ouvrant ses bras musclés pour l'inviter à se pelotonner contre lui. Le lycéen ne se fit pas prier deux fois et courut presque pour le rejoindre.

― Laura se serait moqué de nous à gorge déployée, et on lui en aurait voulu, dit Derek, une doucereuse nostalgie dans sa manière d'évoquer.

Il se recula un peu, soudain sérieux. Il prit alors le visage de Stiles entre ses mains et observa son regard dans lequel chatoyaient tant d'émotions vibrantes. L'instant se figea dans un espoir qui fit flageoler les jambes du plus jeune. Il se raccrocha d'instinct aux épaules de Derek qui le fixait avec une telle intensité qu'il avait l'impression qu'il sondait son âme. Puis, l'homme ferma les yeux et cola son front au sien, s'autorisa quelques respirations saccadées avant de se servir du bout de son nez pour frôler celui du plus jeune. Et, alors que Stiles se perdait dans les ressentis qui bouleversaient sa peau de frissons, leurs lèvres se trouvèrent, se joignirent sensiblement, s'écrasant tout en douceur les unes contre les autres. L'électricité qui naquit de ce contact se propagea instantanément dans leurs corps assoiffés d'amour, pour se transformer en plaisir dévorant.

L'adolescent avait l'impression d'avoir quitté la terre et il entrouvrit la bouche sans même s'en rendre compte. Derek laissa sa langue envahir cet espace tendre et humide qui ne demandait qu'à être conquis et un agréable jeu d'effleurements s'entama là, dans l'inédit qui s'imprègne des découvertes amoureuses. C'était tellement bon de taire tout le reste pour ne vivre que cette délicatesse qui les amenait à se chercher, à mêler leurs salives, à se laisser envahir par ce chaos d'impressions vibrantes et émouvantes. Leurs langues se lovaient entre-elles, à tour de rôle, et plus rien d'autre ne comptait, plus rien n'avait d'importance hormis toutes ses sensations brulantes qui irradiaient leurs êtres pour les piéger dans le désir de prolonger le contact.

Ils se séparèrent à regret pour reprendre leurs souffles et apaiser leurs palpitants instables. Stiles pleura sa joie sans s'en apercevoir, se laissant porter par toute l'émotivité que cet attouchement avait fait naître en lui. Il ouvrit les yeux et constata les prunelles amoureuses qui s'ancrèrent dans les siennes pour accélérer la frénésie qui s'était emparée de son cœur. Derek baisa ses joues, récolta ses larmes comme s'il buvait à la source d'un paradis oublié. Il avait l'impression que son être allait imploser sous la pression de ce bonheur trop intense pour son corps si menu.

― Pourquoi ? bafouilla Stiles sans cesser de fixer Derek qui paraissait autant perdu que lui.

― Parce que je n'en pouvais plus d'espérer que tu le fasses, répondit l'homme, essoufflé par la course de son sang. Parce que tu es sublime et que chaque seconde passée en ta compagnie est un cadeau du ciel. Merci d'être toi, finit-il par dire en fermant les yeux.

― Je t'ai quand même bavé partout dessus, rit Stiles en rougissant de sa bêtise. Derek ricana et laissa ses doigts fureter dans sa barbe pour constater qu'elle était effectivement tout humide. Il s'essuya négligemment avec sa main.

― On va apprendre tous les deux, mais en attendant, il faut quand même manger et faire nos devoirs. Je me souviens que tu avais promis de contenter l'estomac du Grand Méchant Loup, et je peux affirmer qu'il risque de devenir ronchon s'il n'a rien à se mettre dans le cornet, plaisanta-t-il.

― On peut s'emballer encore une fois avant ? demanda Stiles, ses yeux pétillants d'anticipation.


RAR:

Lucie : Merci pour ton appréciation qui me va droit au cœur. J'espère toujours faire mieux, mais je ne sais pas encore comment m'y prendre alors je tente des choses. J'espère que tu ne sera pas déçue par ce nouveau passage.

Alexiadelmas : Oh, c'est vraiment gentil comme petit mot, bisous et merci. Voilà une suite non prévue qui je le souhaite, continuera de te plaire. Biz

Julie-deoliveira : Ta review me touche. Merci d'avoir pris de ton temps pour m'écrire et me faire savoir ce que tu en pensais. J'espère que la suite ne te déplaira pas de trop. Amicalement DB0