Coucou les amis du mardi !

J'ai mis un peu plus de temps que prévu, mais voici la suite. Plus qu'un chapitre et "Sur nos présents débris" sera définitivement bouclé. Alors voilà un peu de légèreté avant la fin. J'espère que ça vous plaira et n'oubliez pas. Gros bisous et peut-être bonne lecture.

DbZ0

PS : Merci Bayruna pour tes petits mots. Oui, je voulais que Stiles domine totalement la partie, qu'il assure grave !

Invoges :Ta review m'a trop fait plaisir, merci mille fois d'avoir pris le temps de me laisser cette impression positive et encourageante. J'espère que la suite continuera de te plaire. Bisous tout doux comme ta délicatesse de lectrice.


Les indésirables, l'intrigante et les amants

Stiles et Derek avaient obtenu le droit de se marier et l'événement avait eu lieu en octobre, le lendemain de l'anniversaire du cadet. Des épousailles entre jeunes amoureux avaient rarement été aussi sobres, d'ailleurs, il n'y avait pas eu d'invités pour célébrer l'officialisation de cette union. L'avocat Peter Bohen avait joué le rôle de témoin et les amoureux étaient simplement passés devant un maître de cérémonie pour formuler leurs vœux. Avec le stress, Derek s'était agacé et avait repris plusieurs fois leur marieur quant à la prononciation du véritable prénom de son chéri. Ça avait été un moment inconfortable que le surdoué s'était empressé de dissiper avec humour et bonhomie. Au fond, il était tellement fier que son amant attache une si grande importance à ce qu'on le nomme correctement. Ils avaient ensuite bu un verre en compagnie de leur témoin et lorsqu'ils étaient rentrés chez eux, ils s'étaient empressés de se donner l'un à l'autre avec la passion qui était la leur.

Cela faisait désormais une semaine que Stiles portait le nom de Hale, qu'il allait à l'université avec sa nouvelle identité et qu'il exultait littéralement du tournant qu'avait pris sa vie. Derek était heureux également, mais il ne savait pas en faire la démonstration avec la même expansivité que son époux. L'homme était seulement content de pouvoir se montrer prévenant en sa compagnie, de travailler avec lui à la bibliothèque universitaire, de partager des moments simples, en couple. Il pouvait être ce qu'il avait toujours espéré avec son bébé renard et que cela ne soit plus un problème le réconfortait comme jamais, il souriait d'ailleurs beaucoup plus souvent. Ces acolytes de promotion lui avaient posé des questions sur Stiles et il avait uniquement répondu qu'ils étaient mariés. Il en avait profité pour défier silencieusement, quiconque avait quelque chose à redire sur ça, et n'avait obtenu qu'une acceptation résignée et parfois craintive, de la part des curieux qui l'avaient interrogé.

Pourtant, ce soir, Derek était sur les nerfs. Stiles avait eu la bonne idée de venir dans le bar « Galaxy City » après les cours. L'établissement était aux abords de leur campus et il fourmillait d'étudiants venus décompresser d'une longue journée à ingurgiter de nouveaux enseignements. Pour un jeune homme qui n'aimait pas se retrouver oppressé par la foule, cet endroit ressemblait à l'enfer, et l'héritier de la fortune Hale était tout bonnement crispé de malaise. Les relents d'alcool, les corps qui se pressaient, le bruit, les rires tonitruants, et son bébé renard qui observait l'ensemble comme s'il s'apprêtait à prendre des notes pour réaliser une étude sociologique. Tout ça le mettait dans un état d'alerte maximal et le côté protecteur de Derek prenait le dessus. Totalement fermé à l'interactivité, il n'était plus que sur un mode défensif pour analyser les potentiels dangers pouvant se dessiner dans les environs de son mari.

Quand Stiles s'en rendit compte, ils s'installèrent à une table et le plus jeune tenta de rassurer visuellement son loup. Il lui proposa d'aller chercher des consommations au bar, un moyen de respirer un peu et prendre le temps de réfléchir à un moyen de détendre son compagnon. Accaparé par ses pensées, l'adolescent ne vit pas le groupe de deuxièmes années qui s'agglutinaient derrière lui pour jouer au billard. Il ne fit pas attention aux trois gars qui s'intéressèrent à lui et se détachèrent du lot pour venir en sa direction. Stiles sentit seulement qu'une main inconnue se posait sur son épaule et il releva la tête pour découvrir un mec avec les cheveux blonds courts, des yeux gris, une barbe naissante, un visage moqueur et une carrure moyenne. Ces collègues lui apparurent flous dans sa vue périphérique, mais il pouvait dire que les trois personnes qui lui faisaient face étaient alcoolisées.

― Tu me parais bien jeune pour être dans un tel endroit, intervint le nouveau venu alors que les camardes qui l'accompagnaient pouffaient. C'est un bar étudiant ici on y vend de l'alcool, ajouta-t-il comme s'il s'adressait à un demeuré. Je comprends même pas qu'ils aient laissé entrer un lycéen, dit-il en se retournant vers ses potes qui ricanèrent devant l'expression qui leur réserva.

Lorsque l'intrus redirigea son attention sur Stiles. L'adolescent en profita pour faire en sorte qu'il ne touche plus son épaule et sortit nerveusement de son portefeuille sa carte étudiante. Il la plaqua avec suffisance sous l'œil de l'importun qui s'en saisit avec surprise. Il regarda le plus jeune comme un abruti et étudia la carte qu'il avait sous les yeux. Les deux ombres derrière lui se rapprochèrent et se chuchotèrent quelques mots incompréhensibles. Stiles reprit la preuve qu'il avait le droit d'être ici avec rapidité et fronça les sourcils alors que le gêneur en face de lui semblait avoir bogué.

― Et oui, ça fait bizarre hein ? demanda l'adolescent qui exprimait une colère froide teintée d'ironie.

― Alors là, ça me sidère, t'as forcément passé des classes, répondit le blond qui démontrait son incrédulité sans recul. Stiles eut un sourire calculateur et se rapprocha du type pour parler sur un ton comploteur.

― Sois discret, mais regarde du côté du bar. Tu vois le beau gars baraqué avec les cheveux noirs et la veste en cuir ? questionna-t-il avec une malice que l'autre ne savait pas interpréter. Il se retrouva malgré lui à faire ce que lui demandait son interlocuteur.

― Derek Hale ? répondit-il pour se reculer d'un pas et observer suspicieusement le plus jeune.

― Tu le connais, c'est bien, répondit Stiles qui s'amusait désormais. Sois discret s'il te plait, renchérit-il comme s'il s'adressait à un boulet, chose qui énerva manifestement ledit boulet. Bon, tu vois, ce type, c'est lui qui a toute mon attention, pas toi, renchérit le surdoué qui n'essayait plus d'être discret.

― Ah, tout s'explique. En fait, t'es une petite lope masochiste qui est venue pour pécho un pervers, se moqua immédiatement le blondinet avant de se retourner de nouveau vers ses camarades comme s'il cherchait leur assentiment. Un rire collégial retentit alors et Stiles se permit d'adjoindre sa propre voix aux moqueries qui lui étaient destinées.

― Si tu veux te faire défoncé, t'es pas obligé de chercher l'inaccessible, mes potes et moi on peut te dresser comme une chienne, renchérit l'intrus qui ne pouvait pas s'empêcher de prendre le jeune de haut, comme s'il était le dernier des rebus. Stiles ne se départit pas de son visible amusement à être ainsi traité par un inconnu.

― Non. En fait, ce gars, je suis déjà avec lui, on s'est même marié la semaine dernière, sourit-il tout en montrant l'alliance à sa main. Nouvelle démonstration de bogue chez l'imbécile et rire léger d'un jeune qui se moque de ses propres effets.

― Donc je te disais que mon époux, c'est un type merveilleux, le genre mâle alpha, que toutes les femmes m'envieraient tu vois, reprit Stiles qui usait d'un comportement désinvolte pour s'adresser à la tache devant lui. Il s'avère que s'il y a une chose qui le met en rogne et le fait devenir carnassier, c'est qu'on m'approche d'un peu trop prêt, qu'on se montre familier avec moi ou que l'on ne m'octroie pas de respect parce que j'ai une tête de gamin et que je suis pédé, dit-il ensuite, laissant sa voix tomber dans des graves cyniques tandis que tout son corps se verrouillait en posture offensive. Il est très protecteur, crut-il bon de rajouter en voyant le type commencer à se déstabiliser. L'adolescent se sentit vainqueur et prit plaisir à voir le blondinet se raidir de malaise puis déglutir. Quand bien même il ne pouvait pas voir son loup, il savait ce que l'autre était en train de constater.

― Ah ça y est, il a notre commande et il t'as vu me parler, déduisit Stiles tandis que l'importun n'osait plus le regarder. Je suis sûr qu'il vient vers nous en te faisant son regard de la mort qui tue, c'est ça ? questionna-t-il alors qu'il connaissait déjà la réponse. C'est très mauvais signe… si t'as une once d'instinct de survie, ripe ta graisse, souffla-t-il avec autorité. Le mec se recula encore et se retourna vers ses potes qui pouffèrent une nouvelle fois.

― Oh putain trop la honte, comment tu t'es fait rembarré, entendit Stiles alors que les trois gars s'éloignaient désormais pour retrouver leur groupe en charriant le blond.

Un sourire soulagé apparut sur les lèvres de Stiles, lui donnant cet air angélique qui avait toujours fait craquer son compagnon et il se retourna vers ce dernier pour le regarder arriver. « Magnifique » fut le seul mot capable d'apparaître clairement dans ses pensées. Son Loup avait une allure prédatrice qui lui conférait un charisme à tout épreuve. Il émanait de lui une aura mystérieuse qui le rendait autant admirable que redoutable. Son jeune époux ne put s'empêcher de s'émerveiller et quand l'homme déposa leurs verres de Coca sur la table, il lui caressa timidement la main. Derek regarda son protégé comme s'il cherchait des signes de mal vécus dans son expression et s'assit ensuite avec rudesse.

― Qu'est-ce qu'il te voulait, gronda-t-il alors que son regard glacé se posait sur le groupe d'étudiants au billard derrière Stiles.

― Ils trouvaient que j'avais rien à faire là et le blond me prenait la tête, répondit le cadet qui ne pouvait pas s'empêcher de sourire. Je me suis bien amusé avec lui et vraiment, t'as assuré, t'as été parfait. On n'avait même pas besoin de se regarder pour être en symbiose, dit-il, comme si tout cela l'excitait. Mais qu'est-ce qui y a, on dirait que tu veux brûler tout le monde d'un simple regard, s'enquit-il alors que son loup semblait se rembrunir davantage. Stiles se sentit soudainement coupable et il tenta de se justifier devant un Derek qui ne décolérait pas. Bien au contraire, son attitude devint réfrigérante.

― Je voulais pas ça, c'est eux qui sont venus me chercher des poux. Détend-toi mon amour, c'est arrangé, murmura Stiles qui se rapprocha et s'accrocha au bras de son mari, toujours tendu.

― On boit rapidement ce Coca et on rentre à la maison, c'était une mauvaise idée de venir ici, grogna Derek d'une voix de baryton.

― Quoi ? s'inquiéta immédiatement Stiles. Mais non, je m'excuse d'accord, se plaignit-il comme s'il était redevenu un gamin. On peut un peu profiter d'être à l'extérieur, c'est la première fois qu'on a les mêmes horaires depuis qu'on vit à New York, argumenta-t-il tout en essayant de convaincre son chéri.

― C'est pas de ta faute, soupira l'aîné. Mais j'ai envie de tuer tous ceux qui te regardent, dit-il avec hargne. Depuis qu'on est entré ici, j'arrête pas de m'imaginer en train de péter des mâchoires, lâcha-t-il agressivement tout en redressant son regard électrique vers son amoureux. Lorsqu'une main se posa chaleureusement sur le bras de Stiles, celui-ci n'eut même pas le temps de constater l'identité de l'individu qui l'interpelait par ce contact, que Derek crachait déjà son fiel.

― Enlève ta putain de pince de son épaule, vite avant que je ne réfléchisse plus et que je fasse de ta gueule un récipient à purée, menaça-t-il entre ses dents. Il fusillait du regard la personne qui avait osé toucher son renardeau et choqué, Stiles sentit un mouvement de fuite derrière lui.

― Mais c'est qui cette salope, s'insurgea l'homme alors que l'adolescent tentait de savoir qui avait été la victime des menaces de son compagnon. La longue chevelure rousse qui disparut dans la foule d'autres étudiants le renseigna immédiatement.

― Derek… t'es en train de faire une crise de jalousie ? demanda Stiles, complètement déstabilisé alors qu'il voyait son homme devenir de plus en plus aigri.

― Non. C'est juste qu'ils te matent tous, t'es un vrai sujet d'attraction, ils veulent que tu t'intéresses à eux et… putain, je fais une crise de jalousie, expira-t-il en empoignant sa tête entre ses mains alors qu'il prenait conscience qu'il allait trop loin, que ses réactions étaient tout bonnement disproportionnées.

― La fille que tu viens de menacer d'une mort dans d'atroces souffrances, c'était juste Lydia Martin, expliqua le jeune qui se cola à Derek pour le rassurer de sa proximité. Elle est dans ma promo et elle a le même âge que moi. Certainement qu'elle était juste contente de me voir ici aussi. Elle est super intéressante, d'ailleurs je crois sincèrement qu'elle est plus intelligente que moi, digressa-t-il à mesure que son loup régulait sa respiration pour revenir vers un état plus zen. Bref… je sais même pas si elle va vouloir me reparler après la manière dont tu l'as traité, soupira Stiles avant de caresser tendrement la barbe de son amoureux. Il le força à le regarder et prit son visage en coupe.

― J'avais oublié que t'étais coléreux comme ça, chuchota-t-il avant de sourire coquinement. En même temps, je dois te dire que ça me fait de l'effet de revoir cette facette de ta personne, ça faisait longtemps, dit-il tout en s'approchant pour lui offrir un léger bécot sur les lèvres. T'es majestueux quand tu te retiens de tout casser, tellement sexy, murmura le jeune, directement à l'oreille de son compagnon. Derek fit une risette forcée pour montrer que ça y était, il parvenait enfin à se raisonner et glisser tout doucement vers une humeur moins intense.

― Tu m'énerves…, laissa-t-il en suspens avant de sourire plus naturellement. Un concert de voix retentit sur leur gauche, une réunion de troisièmes années qui s'éclataient et réclamaient au mec de la régie de passer une chanson qu'ils désiraient tous entendre.

― Bon, tu veux que je t'avoue quelque chose, j'ai compris un truc grâce à la fausse Française que tu nous as ramenée en mai dernier, reprit Stiles après s'être brièvement intéressé aux situations qui changeaient un peu partout dans le bar. Ça m'écorche la gorge de le dire, tu sais que je la déteste jusqu'à la méchanceté gratuite, expliqua-t-il tout en retenant l'attention de son amoureux. Enfin bref, maintenant, quand je me hérisse en imaginant qu'une belle fille se colle à ton corps, te touche ou espère quelque chose avec toi, ça finit par m'exciter, confia l'adolescent avant de boire une bonne quantité de soda.

― Pourquoi ? demanda Derek qui paraissait troublé par cet aveu.

― Ben, je me dis qu'elles peuvent toujours essayer de te draguer, c'est de la pure perte de temps pour elles. Je sais que quand tu te retourneras vers moi pour me sourire, elles disparaitront immédiatement, elles deviendront de simples figurantes, expliqua Stiles une tendre rougeur aux joues. En fait, ça me rend toute chose de savoir qu'elles s'échinent à te plaire pour rien et ne gagneront jamais ton cœur ni ta bite, parce que c'est avec moi que tu les partages, finit-il par susurrer tout en se rapprochant de son compagnon, faisant fi du brouhaha alentour. Sans prendre en compte l'endroit dans lequel ils étaient, Derek baisa sa bouche et se sépara de lui pour pouvoir le regarder dans les yeux.

― Toujours, murmura-t-il fiévreusement avant de baisser le regard pour contempler ses mains. Mais de mon côté, c'est pas pareil Stiles, ajouta-t-il, l'ombre d'un tourment dans son attitude. Je peux pas penser comme toi parce que c'est pas qu'une histoire de filles qui te tournent autour. Il y a tous ces cons prétentieux qui attendent la première occasion de se sentir plus gars que toi et t'écraser parce que tu parais être une cible fragile, un bon faire valoir à leur puissance, cracha-t-il, comme si l'idée seule lui était insupportable. Souriant timidement, Stiles lui caressa la main et l'observa amoureusement. Il reprit la parole avec une sensibilité qui renouvelait ses moindres gestes :

― J'ai survécu au lycée Drek, et t'étais pas derrière moi à menacer tous les pauvres types qui se prennent pour des héros, parce qu'ils ont marqué des points dans un match de sport collectif bidon, dit-il avec conviction. J'aime que tu sois comme tu es avec moi, mais pas jusqu'à te faire du mal aux nerfs, d'accord ? ajouta-t-il, usant de toute la délicatesse qui saurait apaiser son loup. Et puis, si j'ai un problème que j'arrive pas à résoudre avec ma grande gueule, tu seras le premier averti, je te l'promets, conclut-il sérieusement. Derek avait un regard de chiot quand il refit face à son époux.

― Je veux qu'on rentre à la maison, dit-il avec une voix grave soutenue par un ton bourru. C'est… c'est trop tôt pour les mondanités, se renfrogna-t-il comme si affronter la situation était au-dessus de ses forces. Je sais que t'as raison, mais là, je suis juste à cran, finit-il par dire avant de prendre une respiration calmante.

― Alors on vide nos verres en quatrième vitesse et on rentre, accepta Stiles qui ne pouvait s'empêcher de sourire sa douceur. On fera tout ce que tu voudras mon loup, tout, lui assura-t-il, accompagnant ses propos d'un clin d'œil charmeur. Il se saisit ensuite de sa consommation et but d'un trait tout ce qui lui restait de Coca. Derek acquiesça et fit pareil même si cela s'avéra plus délicat qu'il ne l'aurait cru étant donné qu'il n'y avait pas touché avant.

― Salut Derek, Stiles, les interpela une voix familière.

Les jeunes mariés levèrent la tête pour découvrir une blonde plantureuse vêtue d'un col roulé bleu canard et d'un jeans très moulant. Stiles ne savait pas comment réagir devant la nouvelle venue, il avait juste la sensation que l'instant sombrait dans le paradoxe. Il regarda Derek qui s'était raidi immédiatement à sa vision, pour foudroyer l'intruse de ses yeux clairs. La jeune femme se perturba de leurs réactions et un blanc s'étendit entre les trois protagonistes.

― Kate, soupira froidement le plus âgé, qui loin de vouloir briser la glace semblait en rajouter une couche, comme s'il cherchait à s'assurer que sa collègue de promotion glisserait fatalement dessus.

― J'ai pas vraiment eu l'occasion de m'excuser pour mon comportement, la dernière fois, dit la blondinette qui se montra aussitôt repentante. Alors voilà, je suis désolée de m'être transformée en garce sans cœur, ajouta-t-elle avant de les fixer l'un après l'autre. C'est que j'étais persuadée d'avoir un ticket avec toi Derek, et je me suis rapidement rendu compte que ta pupille allait être un obstacle à mes désirs, soupira-t-elle comme si elle se sentait idiote d'avoir espéré jusqu'au bout. Je me suis transformée en une véritable connasse. Alors voilà, je ne voulais pas bafouer la mémoire de quelqu'un que vous aimiez comme ça, je m'en veux d'avoir été si punaise, souffla-t-elle tout en baissant les yeux. Ah, au fait, félicitation pour ton intégration à l'université Stiles. T'as quoi, deux ans d'avance ? reprit-elle avec l'idée de se rendre sympathique en s'intéressant à lui.

― C'est ça, répondit platement Stiles, qui n'arrivait pas à en croire ses oreilles.

― Je peux m'assoir avec vous ? osa-t-elle demander comme si elle marchait sur des œufs.

― C'est pas contre toi Kate, mais on va y aller, intervint Derek qui se releva pour renfiler prestement sa veste. Nos verres sont vides et de toute façon, on a pas mal de boulot avec la reprise, les justifia-t-il tandis que Stiles l'imitait.

― Derek n'est là que parce que je voulais absolument savoir ce que ça faisait de sortir après les cours, expliqua le surdoué qui contourna la table pour se placer à côté de son amant, tout évitant scrupuleusement les gestes d'affection trop démonstratifs.

― Ouais, je sais qu'il est pas du genre à aimer les réunions de ce genre, répondit Kate qui était visiblement déçue. J'ai essayé de l'attirer ici je sais même pas combien de fois, il a toujours refusé. Bon ben, probablement à une prochaine alors, se résigna-t-elle gentiment, avant de partir vers une autre tablée plus loin.

Les deux amants s'observèrent un instant, essayant de saisir ce qui venait de se passer et Derek décida qu'il était temps pour eux de s'extirper de cet endroit qui lui inspirait tant de sentiments contradictoires. Ils passèrent à travers les différentes allées qui se dessinaient entre les corps, faisant en sorte de ne brusquer personne ou d'obtenir le passage sans avoir à le réclamer. C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent dehors, à respirer l'air frai de la fin du mois d'octobre, sous les lumières artificielles des lampadaires qui éclairaient les rues de New York. L'un et l'autre ne s'étaient pas assez vêtus pour faire face au froid qui accompagnait l'automne et pourtant, ils semblaient soulagés. Ils commencèrent à marcher l'un à côté de l'autre en direction de l'arrêt de bus.

― Elle est peut-être pas si conne que ça en fait, intervint sceptiquement le plus jeune, une vapeur légère s'échappant de sa bouche. Derek écarquilla les yeux à l'écoute de ces mots et fronça les sourcils dans la foulée, un sourire ironique au coin de sa bouche entourée de poils.

― Stiles, est-ce que c'est bien toi qui parles de Kate là ? demanda-t-il comme s'il cherchait à déterminer si son amoureux était possédé par une quelconque entité lui ayant lavé le cerveau.

― Quoi je réévalue ma position, y a que les cons qui changent pas d'avis, non ? s'indigna légèrement le cadet tandis que Derek redirigeait son attention face à lui.

― Ce n'est pas ça. Ça m'étonne que toi, t'es pas déjà fait le rapport, insista l'homme qui se montrait dubitatif. Stiles s'arrêta et attendit que Derek en fasse de même.

― Quel rapport ? Je ne vois vraiment pas de quoi tu veux parler, et j'dis pas ça pour faire ma princesse Leïa, je le pense vraiment, se contraria-t-il, clairement troublé d'être passé à côté d'une information qui n'avait pas échappée à Derek. Son loup parut surpris et il leva les yeux au ciel avant de dire :

― Le juge qui a rendu notre mariage possible.

― Sois plus explicite s'il te plait, je ne vois toujours pas, s'agaça Stiles qui commençait à avoir l'impression que son mari se foutait de lui.

― Gerard Argent, Kate Argent…, déclara Derek qui repris sa progression dans la rue, suivi d'un renardeau qui n'en revenait pas.

― C'est son grand-père ? demanda le jeune tout en rattrapant l'allure de son aîné.

― Son père, mais oui, l'idée est là, ils sont de la même famille, répondit le bel étudiant qui s'amusa de constater la démarche dégingandée de son compagnon.

— Oh putain, mais comment une femme a pu se laisser féconder par ce vieux débris qui a le sex appeal d'un grumeau, s'insurgea Stiles qui faisait une moue de dégoût. L'argent fait vraiment faire n'importe quoi, digressa-t-il. Bref, Père et fille, rien que ça, tout s'explique, renchérit-il évasivement, les rouages de son esprit fonctionnant à plein régime pour imbriquer les pièces du puzzle.

― Et oui, elle sait que t'es plus ma pupille, intervint Derek qui exposa ensuite ses soupçons. Elle est d'ailleurs certainement au courant des moyens dont on a usé pour faire chanter son paternel. Elle doit probablement tenter de se rapprocher de nous pour savoir si on a bien éliminé les preuves que tu avais réunies, conclut-il alors que son compagnon validait sourdement sa théorie, tout en continuant de marcher à ses côtés.

― Mais quelle salope, dire qu'elle a failli m'avoir, s'énerva le cadet qui regardait devant lui avec des prunelles assombries de mauvaises pensées. Derek l'observa de côté et il ne retint pas le sourire qui redessina sa bouche.

― Ou alors le vieux a respecté le secret professionnel et elle ne sait rien du tout. Peut-être qu'elle voulait vraiment s'excuser dans ce cas, lâcha-t-il comme si de rien n'était. Stiles s'arrêta immédiatement et le montra du doigt.

― Oh non, pas ce vieux doute, se plaignit-il. Je vais me sentir obligé d'entrer dans ses bons petits papiers pour en avoir le cœur net. T'as pas le droit de me faire ça Derek, tu sais que je la déteste, renchérit-il plaintivement, avant de changer brusquement d'humeur pour prendre une attitude comploteuse. Non, en fait c'est pas un problème, elle est de ton âge, ce sera plus simple de faire de toi mon agent infiltré auprès d'elle, dit-il en prenant de l'avance pour se placer face à l'homme et marcher à reculons.

― N'y compte pas, soupira Derek qui empêcha son compagnon de rentrer par mégarde dans un passant. Je m'en fous d'elle et le mieux c'est de faire en sorte de l'ignorer. J'veux pas laisser une seule chance au vieux de se venger par son entremise, dit-il le plus sérieusement du monde. Dans le doute, on reste hermétique à ses tentatives de rapprochement, conclut-il alors qu'il fit en sorte que Stiles cesse de marcher à l'aveugle et reprenne une progression normale.

― Comme j'aime ce plan, Général, expira le jeune en regardant son amant de façon complice. Il ressemble à une tactique ésotérique grâce à laquelle on tue l'intrigante à petit feu, par le simple exercice de notre capacité à la faire disparaître de nos visions d'avenir, déclama-t-il comme s'il était devenu le personnage d'une série fantastique qui avait droit à sa tirade. Derek ne retint pas son amusement et s'empourpra du désir que son renard stimulait en lui de façon tellement inopinée.

― T'es fou, dit-il le sourire aux lèvres. Je t'aime, ajouta-t-il dans un souffle vaporeux qui s'évanouit langoureusement sur le nez en trompette du coquin à qui étaient destinés ces mots.

Les yeux de Stiles brillèrent et ses lèvres remuèrent pour former des syllabes sans sons associés, mais qui disaient la même chose à son compagnon. Le silence revint et ils traversèrent la route. Ils n'avaient plus beaucoup de trajets avant d'arriver à leur station de bus. Je jeune trottina à côté de Derek, comme s'il cherchait à se réchauffer en faisant des gestes inutiles et l'aîné ne put s'empêcher de craquer devant les attitudes joviales de son amoureux. Quand ils furent sur le trottoir d'en face, Stiles bouscula légèrement son loup.

― Dans trois ans, j'aurais une barbe et je porterais ta veste en cuir parce qu'elle m'ira comme un gant, dit-il rêveusement. C'est moi qui te protégerais, tu verras, ajouta-t-il avec conviction. Derek lui fit une risette, le contempla tendrement et répondit avec toute la grave authenticité qui était sienne, quand il disait des choses qu'il estimait importantes :

― Tu me protèges déjà de moi-même bébé, c'est déjà beaucoup.

― Je parlais pas de ça Drek, le coupa le jeune qui paraissait troublé des propos de son amant. Fais pas celui qui sait pas que depuis la cabane, j'ai décidé de me muscler, annonça-t-il comme si c'était une nouvelle primordiale.

― Je le sais, t'as dû m'en parler un bon millier de fois depuis, soupira le plus âgé qui ne retint pas son sourire. Il allait finir par avoir des crampes à force de toujours étirer niaisement ses lèvres face aux moindres comportements de son merveilleux bébé renard, qui le rendait si heureux de vivre. Il s'arrêta de marcher et pris la main de son aimé qui était froide et pâle.

— J'avais seulement envie de te dire ce que j'éprouve en ta compagnie, et je me sens protégé avec toi, dit-il amoureusement tout en constatant que les iris de son mari s'embuaient d'émotion. Enfin, puisque tu insistes, je vais t'entrainer et ne crois pas que je te ménagerais au sport bébé, ou au combat, ajouta-t-il en lâchant sa prise sur la pogne du plus jeune pour se mouvoir de nouveau. Je vais être intransigeant, insista-t-il alors que Stiles le rejoignait en sautillant.

― Oh oui, mon maître, exagéra l'adolescent. De toute façon, c'est de bonne guerre, tant qu'on fait l'amour après, renchérit-il coquinement. Le jeune se serra contre l'homme, ralentissant imperceptiblement leur progression à tous deux. Il désirait que Derek enlace ces épaules et son amant le comprit rapidement. Il le fit avec une vigueur qui démontrait à quel point il était gêné d'en avoir envie aussi, alors qu'il y avait tant de monde autour d'eux, sur les trottoirs de New York. Il se détendit rapidement pourtant.

― Alors bientôt tu porteras ma veste, avec moi dedans, sourit agréablement Derek qui s'autorisa un clin d'œil en direction de son époux. Le cadet écarquilla les yeux, béat. Il n'avait pas envisagé ça quand il avait parlé de porter la veste de son chéri et l'image le troublait clairement. Est-ce que Derek voulait réellement être soulevé comme une princesse ? Et son loup eut un éclat de rire moqueur tellement sincère, que Stiles se dérida immédiatement pour joindre ses gloussements à l'esclaffement entrainant de son époux.